samedi, 25 juillet 2026
« aussi lui »
Le récit a parfois des accents balzaciens, et on a d’ailleurs tort d’opposer Hugo et Balzac. Leurs styles respectifs – et il faudrait reprendre Dumas aussi – ne sont pas si éloignés que cela. Dans le chapitre XIII du livre I, cela transparaît dans des notations comme celle-ci : « dans un caractère comme dans un rocher, il peut y avoir des trous de gouttes d’eau. Ces creusements-là sont ineffaçables ; ces formations-là sont indestructibles. » (p. 57)
Dans le même chapitre, je veux retenir aussi cette phrase : « Il examinait sans colère, et avec l’œil du linguiste qui déchiffre un palimpseste, la quantité de chaos qui est encore dans la nature. » (ibid.) N’y a-t-il pas quelque préfiguration du structuralisme ?
Dans le chapitre XI, qui est celui dans lequel Hugo critique et recontextualise l’aversion de l’évêque pour Napoléon, il y a une formule étrange : « Mgr Bienvenu eut donc, aussi lui, son heure d’esprit de parti, son heure d’amertume, son nuage. » (p. 51)
Cette incise, aussi lui (au lieu de lui aussi), m’a fait trouver des occurrences, de la même époque voire de la même plume, que je trouve amusant et même instructif de verser au dossier :
On oublie seulement qu’il [Molière] serait mort, aussi lui, comme tant d’autres, qui n’ont pas laissé pourtant de faire rire les « honnêtes gens » de leur temps, s’il n’y avait rien de plus dans son œuvre que dans la leur. (Ferdinand Brunetière, Etudes sur le XVIIe siècle, 1890)
Le Réalisme, pour user du mot bête, du mot drapeau, n’a pas en effet l’unique mission de décrire ce qui est bas, ce qui est répugnant, ce qui pue, il est venu au monde, aussi lui, pour définir dans de l’écriture artiste, ce qui est élevé, ce qui est joli, ce qui sent bon, et encore pour donner les aspects et les profils des êtres raffinés et des choses riches : mais cela, en une étude appliquée, rigoureuse, et non conventionnelle et non imaginative de la beauté, une étude pareille à celle que la nouvelle école vient de faire, en ces dernières années, de la laideur. (Goncourt, préface aux Frères Zemganno, 1879)
« Sans doute la Esmeralda ne songeait pas au capitaine sans amertume. Sans doute il était affreux qu’il eût été trompé aussi lui, qu’il eût cru cette chose impossible, qu’il eût pu comprendre un coup de poignard venu de celle qui eût donné mille vies pour lui. » (Notre-Dame de Paris, 1831)
09:23 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 24 juillet 2026
Un juste
Ce soir, j’ai achevé la lecture du livre I, « Un juste » (pp. 5-61 du Pléiade) et commencé le livre II de la première partie : l’errance du forçat dans les rues de Digne où tout le monde, même le molosse, le rejette, c’est d’une beauté !
Pour en revenir au livre I – Adolescent, je n’avais peut-être pas saisi pourquoi Hugo place, en frontispice de son roman, ce long portrait d’un personnage qui disparaît dès qu’il fait don de son hospitalité et de ses chandeliers d’argent à Jean Valjean. Bien sûr, la figure de M. Myriel permet d’articuler toute la fin du 18e siècle, la Révolution et l’Empire, avec l’histoire sociale du 19e siècle, mais le plus important est de situer le roman sous l’égide de ce grand homme simple et bon, dont la théologie s’exprime en pratique et qui rappelle de façon aiguë le vrai message du Christ. Le vœu de pauvreté est ce qui souligne le rejet de l’indigence organisée.
Hugo s’est appuyé sur un personnage réel, Mgr de Miollis, qu’il a beaucoup romancé sans doute, mais ce qui vient suggérer l'hypothèse référentielle sans même consulter l'appareil critique, c’est qu’il lui reproche son antibonapartisme (p. 52). Soit dit en passant, la fixette de Hugo sur Napoléon et son antithèse entre le grand despote et « le petit » font partie des rares choses qui m’échappent totalement chez lui.
23:23 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 23 juillet 2026
Embarqué-es pour une (re)lecture
23 juillet
Ce soir j’ai commencé ma (re)lecture des Misérables.
Contexte : notre ami E° souhaitant lire le roman, nous avons eu l’idée – comme l’envie nous en titillait depuis quelque temps aussi – de le relire, Claire et moi. C’est notre ami É* qui nous en a aussi donné l’idée, car il ne l’avait jamais lu et en est sorti émerveillé l’an dernier… émerveillé et étonné, car il ne s’attendait « pas du tout à ça ».
Claire l’a également commencé ce soir, elle sur liseuse, moi dans l’exemplaire du Pléiade emprunté à la B.U.
Encore du contexte : Claire et moi l’avons lu à peu près au même moment, au milieu de l’adolescence. Je me rappelle clairement l’avoir acheté, en classe de troisième, chez le bouquiniste de Saintes, pour la somme alors énorme de 150 euros ; il s’agissait de la deuxième édition Hetzel, parue alors que Hugo était encore en exil. C’est sur ce colossal volume, imprimé sur deux colonnes, avec gravures, que j’ai lu Les Misérables autour de 1987-88, sans doute en hiver car je me revois lisant une partie à Cagnotte, au coin du feu, sans électricité à la suite d’une coupure de courant qui avait pu durer quelques heures, comme cela arrivait.
J’avais adoré, mais en le relisant, et avant même d’avoir eu besoin de beaucoup avancer, je pense (et suis même certain) que j’avais lu certains chapitres en diagonale. Mes connaissances en philosophie et en histoire politique, entre autres, ne me permettaient probablement pas de saisir vraiment, ni seulement d’accrocher – pour prendre un seul exemple – au chapitre dans lequel Monseigneur Bienvenu discute des excès de la révolution avec le conventionnel mourant. Mais peut-être que si... Peut-être que je calomnie l’enfant de treize ans que je fus. Après tout, vers cette même époque j’ai lu et même dévoré tout le théâtre de Hugo, Cromwell inclus (mais pas sa préface, haha).
Bien que j’eusse aimé relire sur mon vieux Hetzel, je n’ai pu que constater que le confort de lecture, notamment pour mes yeux de quinquagénaire, serait insuffisant. L’autre avantage du Pléiade, édité et annoté par Henri Scepi et Dominique Moncond’huy, est que bien des points un peu obscurs peuvent être aisément levés sans avoir à googler, et donc risquer de tomber dans le trou du lapin d’Alice : je me connais, je vérifie telle référence factuelle qui m’échappe, et je m’interromps pendant cinq minutes, au bas mot, pour lire telle et telle page ouverte de fil en aiguille.
Dernier point : vais-je tenir régulièrement ce carnet de lecture ? On verra. Dans l’idée, oui, j’aimerais. L’idée est surtout de faire part des discussions que nous aurons avec Claire et E°, et de noter toute bricole qu’il me prend l’envie de noter. Pas d’ébauche de thèse ni de réflexion concertée ou profonde sur les thèmes etc. De l’encre, il en a coulé sur ce livre, et plus experte, mieux informée.
21:25 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 06 mai 2026
2026 ֍ Ritournelles, 18
Sur mon vélo, sous une pluie nette sinon battante, je chantonne sans cesse ces strophes que j’ai dans la tête depuis 36 heures, en sachant que si un·e adolescent· ou même jeune adulte m’entend – mais ça ne risque pas, toustes ont des casques ou des écouteurs – iel risque de se demander s’iel n’a pas des hallucinations, car un daron chantonnant toutes les paroles de Bissap du vingtième n’est pas le spectacle le plus probable en ce bas monde, et pourtant et pourtant. Tentant de changer de disque, je me remets en bouche, sur les bords de Loire, après passage à la B.U. et avant de réenfourcher ma bécane – il ne pleut plus, ouf -, ce beau quatrain de Youssoupha :
Sur Whatsapp, on s'écrit même plus pour le Ramadan
Apparemment
Et bientôt on s'écrira même plus
Pour les enterrements
20:19 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 05 mai 2026
2026 ֍ SAD, 18
Le maçon retourne la truelle
Dans le baquet
Où sèche sa détresse.
Elle n’est plus si belle :
Questionne-toi, torture-toi.
« Est-ce que j’ai fait un truc pas bien ? »
20:24 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 04 mai 2026
2026 ֍ Affiquets, 18
On tient la longueur, ça tient la distance.
Un stylo usé qu’on voudrait jeter, est-ce un déchet ou une bribe ?
Avec ce genre de questions, plus besoin de crise climatique.
Tu chagnes, tu chagnes.
20:21 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 03 mai 2026
2026 ֍ Bobines, 18
Macario échange des regards appuyés avec la Mort transparente, cet homme qui joue le rôle de la Mort et qui se tient au pied du lit du mourant. Macario échange – rare passage léger du film – des regards appuyés, car il pense que ça n’a aucun sens de maintenir en vie, ou de redonner la vie – si c’est cela que fait Macario – à cet homme grabataire, à ce vieillard au bout du rouleau. « Tiens, j’ai dit une plaisanterie. » Avant de regarder le film, j’ai failli prendre en photo le DVD à côté de Malone meurt, et j’aurais dû. Ce texte vaut rapprochement photographique. Tenez cela pour dit.
10:32 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 30 avril 2026
2026 ֍ Effigies, 18
De profil tout au long de la lecture, car je me suis retrouvé assis dans le sofa vert à proximité, la poétesse ou poète tournait de temps à autre les yeux vers cette partie de l’auditoire. L’auditoire n’était pas dans un auditorium, ou alors était-ce un auditorium de fortune, cette vingtaine de chaises placées au centre de la grande salle de lecture ? Le matin même apparemment la poète ou poétesse avait visité le prieuré Saint-Cosme, et elle a raconté, avant de lire “The House That Never Will Be”, sa visite de la maison de Robert Graves à Majorque. Des abeilles butinent sur les tombes. En français, meure rime avec demeure ; en anglais, mourir est homophone de teindre.
L’effigie tourne les yeux vers l’autre côté de la pièce, plus effigie encore. Deux étudiants viennent d’entrer. Deux étudiants venaient d’entrer.
Effigie : ci-gît.
21:25 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 29 avril 2026
2026 ֍ Ritournelles, 17
Désembué, le pare-brise.
Désembués aussi, les souvenirs, désemmaillotés de leurs langes factices : la petite rue à droite, juste avant la rue Sainte-Catherine, ouvre bien sur une église – ravalée, d’un jaune si clair qu’il est quasi étincelant.
Un pas de côté, sinon casse-gueule dans l’escalier.
La boutique de poupées a laissé la place à une autre boutique.
Justement, faudrait me parler.
Si nos pas nous avaient mené cours de la Somme, nous n’aurions jamais trouvé l’emplacement exact d’ANER, le bouquiniste (à moins de chercher dans d’hypothétiques archives en ligne).
Tombée car je l’ai balancée.
11:08 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 28 avril 2026
2026 ֍ SAD, 17
Mon cerveau passé au formol,
C’est comme si je n’avais plus de mémoire, mal-
Menée : un titre, un visage meurt.
Molloy : la mauvaise guibole donne le la.
Malone meurt : le mourant joue à bricoler.
Murphy – indolore, écrit en anglais, ne fait pas partie de la trilogie.
10:47 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 27 avril 2026
2026 ֍ Affiquets, 17
Dans le tiroir-niche
Quelle misère.
C’est ainsi que s’interrompt le narrateur de Malone meurt, épuisé de devoir raconter ou navré du caractère affligeant de ce qu’il invente : « Quelle misère. »
Ainsi aussi me suis-je interrompu. Pourquoi ? parce que ça me fatigue de devoir expliquer l’expression « tiroir-niche », comme si je devais expliquer le nom de mes habits : stouf, néo-ghesquière, rag’. La solution, évidemment, est de ne rien expliquer.
Dans le tiroir-niche il y a bien de menus objets qui pourraient venir suppléer l’absence de babioles en nombre suffisant sur mon bureau pour pouvoir tenir l’année. 52 babioles, imaginez. 52 textes, quelle misère. Au tiers de l’année, donc, au tiers du texte – si je prends ce mot au singulier pour désigner la totalité de la série –, je m’avise que ce serait mal avisé. Je vais tirer sur la corde, il y a les tiroirs du bureau, et surtout les petits réceptacles dans lesquels je n’ai pas farfouillés.
Le tiroir-niche recèle des babioles, utiles pour la plupart.
Si ces objets sont utiles, ce ne sont plus des babioles.
Le temps rafraîchira en fin de semaine : il sera temps de remettre le néo-ghesquière.
10:39 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 26 avril 2026
2026 ֍ Bobines, 17
Très vite, on n’a rien voulu d’autre que regarder, promener, se repaître.
Il n’était plus question d’écrire, encore moins de filmer.
Pour filmer Venise, il faudrait y revenir, avec des idées précises. Or, on n’y reviendra pas.
Le premier séjour sert à se noyer avec joie dans l’imprécision.
09:05 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 23 avril 2026
2026 ֍ Effigies, 17
Deux grillons sur une mosaïque.
Grillons bipèdes, de profil peut-être.
De quoi ces deux grillons pourraient-ils me rendre nostalgique ?
Du bleu de l’autre côté de la vitre,
Du fait même
d’être séparé du monde par une fenêtre.
Cela n’a pas de sens,
pas d’autre sens que
Ces deux grillons qui nous font signe
à travers les âges, à travers les siècles.
La ligne rouge qui les traverse, invisible, crève les yeux.
12:26 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 22 avril 2026
2026 ֍ Ritournelles, 16
Quand je franchis un pont, c’est cette chanson vénézuélienne qui me revient.
Je la fredonne sans arrêt ici, sans raison.
Mi limón, mi limonero
Entero me gusta más
Un inglés dijo “yeh yeh”
Y un francés dijo “uh la lá”
Peut-être y a-t-il une raison. Peut-être que samedi, sur l’un des premiers ponts que nous avons franchis, j’ai vu un panneau vantant la limonade de tel café.
Ça ne s’explique pas. Je chante la chanson équivoque du vendeur de citrons.
09:25 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 21 avril 2026
2026 ֍ SAD, 16
La barque glisse sur les canaux
Ou sur un seul.
Il faut savoir raison garder.
À nos amours !
Ce laps de temps
Dénoue chaque mot sans logique.
09:20 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 20 avril 2026
2026 ֍ Affiquets, 16
Cet objet, c’est un guide très compact, sous forme de cartes dépliables, par quartier.
Infiniment précieux, mais pourquoi ai-je commencé un nouveau paragraphe.
Le guide ouvert à la page de Canareggio, et je scrute les recoins et les ponts sur le rio Priuli et sur le rio di San Girolamo.
Le guide ouvert à la page de Santa Croce détaille les boutiques, dont ce glacier, Alaska, chez lequel j’ai dégusté deux boules de sorbet, gingembre et curcuma. Le guide ouvert à la page de Santa Croce, la carte dépliée, l’adresse du glacier a disparu, mais apparaît le moindre pont sur le rio di San Boldo.
Je commence quand même un nouveau paragraphe.
Je n’arrête pas de multiplier les paragraphes.
Les paragraphes comme les canaux de Venise séparent. Les paragraphes comme les ponts de Venise réunissent. Je n’ose plus aller à la ligne de peur d’analogiser encore.
Je commence un nouveau paragraphe pour dire qu’entre autres variations régionales les Vénitiens vous souhaitent buonasiera.
Une bonne soirée.
Une bonne montagne.
Le Cartoville Venise n’aborde jamais ces questions langagières.
Le paragraphe accouche d’une pauvre phrase.
09:17 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 19 avril 2026
2026 ֍ Bobines, 16
Une cinéaste suédoise a filmé longtemps les déambulations des visiteurs et des visiteuses dans l’église S. Maria dei Miracoli, ainsi que dans San Alvise, puis elle a monté les scènes en double écran avec des poèmes de Joseph Brodsky lus dans sept langues différentes en voix off. Elle a été bien avisée de ne pas montrer, dans son film, la photo du poète affalé dans un pull sans manches hideux, clope à la main, cheveux gras, rictus sans rapport avec sa voix.
09:06 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 16 avril 2026
2026 ֍ Effigies, 16
Le visage du poète est multiplié par cinq fois, au recto et au verso, sur des fonds colorés contrastés mais toujours un peu bistre (bleu pétrole, brun, ocre, rouge muraille…) : enfant, le design des NRF-Poésie m’impressionnait beaucoup, d’abord avec les deux volumes Apollinaire de ma mère, puis avec les premiers que j’ai reçus en cadeau – et bizarrement je suis infoutu de me rappeler lesquels c’était : Chêne et chien de Queneau, je crois. Mais il y en avait un autre.
Cette photo, qui fait partie d’une série de 12 autoportraits dans le salon de nos amis C° et D° à Caen, est la seule où ma tronche est coupée (délibérément, par traitement après coup). Je n’ai pas eu besoin d’aller la repêcher, c’est-à-dire de la chercher longuement, cette série oubliée rappelée à mon souvenir car, dans les notifications, une de celles où mes pieds enchaussettés occupent le premier plan a été favorisée par un compte « Bigger Feet », probablement fétichiste.
Or, tout ceci est un peu amusant car ce séjour à Caen correspond à nos premières vacances après notre mariage (été 2009), soit il y a 17 ans, alors que j’ai fait remarquer à C* hier matin qu’il s’était écoulé autant de temps entre le moment où nous avons commencé à sortir ensemble et notre mariage que depuis notre mariage : 1992 – 2009 – 2026 ; cela ne se reproduira pas. Et, autre légère coïncidence, hier à Horsarrieu, nous avons longuement parlé de C° et D°, que nous avons perdus de vue depuis plusieurs années mais que H° continue de voir régulièrement, à chacun de leurs séjours à Saint-Sever.
Il paraît qu’il y a une très bonne librairie à Saint-Sever.
07:53 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 15 avril 2026
2026 ֍ Ritournelles, 15
Depuis qu’on parle de Venise, qu’on a emprunté des guides, parcouru des livres, réservé les billets d’avion etc., à peu près une fois sur deux ou trois l’un de nous deux, C* ou moi, fredonne l’insupportable tube de Julien Clerc, dont j’ai le malheur de connaître une partie des paroles (les premiers vers, de l’insupportable Etienne Roda-Gil). Ça aurait pu être Stone et Charden, ce qui n’aurait pas été mieux d’ailleurs. Il est hors de question, cependant, que notre semaine là-bas, sorte de lune de miel très en retard ai-je ironisé dans un mail à un ami traducteur, soit gâtée par cette bluette bêlante. Pour le moment nous ne trouvons pas la parade.
07:52 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 14 avril 2026
2026 ֍ SAD, 15
Cette souffrance, laquelle est-ce ?
On peut difficilement la décrire,
D’un chuchotement, d’une mimique.
Laisse le visage exprimer, d’un
Rire, ce à quoi échoue le langage.
M’y cramponner, à ces mimiques.
17:31 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 13 avril 2026
2026 ֍ Affiquets, 15
Loin de la rue, loin du muret bordé de troènes, quelques jours surtout après avoir procédé à un grand rangement, tout est en suspens. Il faudrait évoquer les deux clés de voiture, identiques, sur le long bureau de la chambre, à l’hôtel des Thermes : l’une munie du porte-clés du concessionnaire, une plaque de plastique rouge, et l’autre d’un porte-clés acheté à Rome il y a deux mois, représentant une cafetière Bialetti. Une clé, même avec sa jumelle, ne peut faire démarrer un texte.
17:31 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 12 avril 2026
2026 ֍ Bobines, 15
On en revient au phoque de la mer du Nord, ni échoué ni totalement libre, prêt à être tué. Désormais, il nage dans les eaux du canal de la Giudeca. C’est étrange. Depuis les vaporettos, touristes et Vénitiens – qui pourtant haïssent les touristes – le filment. Le phoque une fois a fait chavirer une gondole ; c’est déjà assez compliqué de ramer dans ce détroit. Les chauffeurs de taxis, au volant de leur hors-bord, le narguent, à moins que ce ne soit l’inverse. Puis un jour il disparaît : était-ce un rêve ? Non. Un cinéaste décide de monter bout à bout toutes les vidéos publiées sur Instagram, TikTok etc.
09:06 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 11 avril 2026
2026 ֍ Cantilènes, 15
dans la fontaine des absents
les dents longues
les dents acérées
les dents pourries
les dents aux aguets
les dents aux dépens
de celui qui mord
la vie à belle
les dents à la teinte
olivâtre de qui
a trop fumé
le pouvoir des dents
le tartre des dents
le souvenir ardent des dents dans
la fontaine des absents
les dents tendues
à trop attendre
19:04 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 09 avril 2026
2026 ֍ Effigies, 15
La semaine commence le jeudi.
Avec ses pattes robustes,
Le kamichi
Attend que l’ajuste
L’olibirius qui le photographie.
Son poitrail de plumes est un buste
Et son œil un phare.
La semaine commence
en fanfare.
18:58 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 08 avril 2026
2026 ֍ Ritournelles, 14
Alexanderplatz —Ʊ— auf wiedersehn !
Un jour j’enregistrerai une émission de radio sur Franco Battiato.
Un jour je me déciderai à lire enfin sérieusement Döblin.
Un jour j’irai à Berlin.
Un jour aussi je serai mort, sans avoir fait tout cela.
Peut-être.
18:54 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 07 avril 2026
2026 ֍ SAD, 14
Difficile, l’envie.
L’envie d’être autre chose
Ou un animal différent.
Range tes pensées au placard,
Ose assumer ton être mesquin.
Virage au ralenti, en vie.
08:22 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 06 avril 2026
2026 ֍ Affiquets, 14
On aurait pu finir par l’oublier, et d’ailleurs cette petite carte de visite avait été posée, jetée là sans même qu’un regard y fût lancé.
J’aurais pu finir par l’oublier, si ce n’était ce projet d’écrire sur les petites merdouilles sédimentées sur mon bureau sans l’encombrer. Les carnets dans lesquels je n’ai pas écrits depuis des mois, les trois pots à crayons, le fort volume de Praiseworthy – décidément, c’est la deuxième fois que j’y fais allusion – encombrent le bureau, mais ils n’entrent pas dans l’équation que je cherche à résoudre ici. Si je range vraiment mon bureau, ce qui impliquera de ranger aussi les tiroirs, un travail de longue haleine vraiment, je pense qu’il me faudra une demi-journée entière, or il y a toujours mieux à faire, et puis si ça se trouve on aura une guerre nucléaire sur le râble d’ici quelques jours, si je range vraiment mon bureau (avez-vous vu comment une théorie de virgules vint se substituer aux habituels tirets, aux coutumières parenthèses ?) c’en sera fini de ce livre, mais d’avance je dois assurer mes arrières : c’en est déjà fini de ce livre, à moins…
… à moins de le faire bifurquer des brimborions vers les encombrants…
Et donc dans tout ce bazar, j’ai failli oublier la carte de visite bicolore, rapportée il y a deux ans d’une réunion du parti Les Écologistes, et que je n’avais pas lue vu que je m’avise seulement aujourd’hui, en m’en saisissant pour écrire ce texte, que le « groupe de travail » Associations / Libertés associatives a son propre compte Mastodon, auquel je ne me suis jamais abonné.
(Ce serait encore autre chose de raconter pourquoi j’ai bientôt cessé de militer aux Écologistes. L’explication est synthétique, cependant : pas assez d’action, trop de blabla.)
Voici donc un objet qui, le texte écrit, échoue dans le bac du papier à recycler – non sans que je me sois abonné au compte Mastodon susdit… dont la dernière publication remonte à il y a onze mois.
07:36 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 05 avril 2026
2026 ֍ Bobines, 14
Dans My Father’s Shadow, excellent film nigérian d’Akinola Davies vu hier, et qui se passe le jour de l’annulation des élections par la junte militaire le 12 juin 1993, un des personnages parle de « democrazy ». C’est sous l’angle politique, pour changer un peu des différentes recensions lues dans la presse française ou britannique, que j’ai envie de parler de ce film.
Tout d’abord, SPOILER ALERT. Tout le principe narratif du film repose sur une indétermination : cette « journée avec mon père » (pour reprendre le titre français, plus ambigu donc meilleur) est-elle un fantasme des deux enfants alors que leur père est déjà mort ou a-t-elle vraiment lieu ? Les éléments de décalage par rapport au réel ne manquent pas : réplique en voix off de la première scène, conditions de l’apparition du père, cadrage temporel invraisemblable de la journée, scène de la plage, apparitions fugaces d’une femme en boubou bleu ciel (la mère ?), scène du parc d’attractions entièrement vide, saignements de nez du père, surprise ou effroi des proches du père (sœur, patron du parc d’attractions, serveuse au bar) quand iels le voient… Toutefois, l’hypothèse de l’irréalité ne tient pas non plus, notamment parce que le point de vue des garçons implique de nombreux moments d’incompréhension de ce qui se passe, sans arrangement. Le film oscille entre les deux, ou plutôt, comme dans la scène dédoublée de l’offrande du collier à Olaremi, superpose les deux modes narratifs.
Autant dire que cela signifie que le film est très bien écrit (par Wale Davies, le frère aîné du réalisateur), et mieux filmé encore.
Il faudrait pouvoir citer tous les plans qui m’ont ému ou impressionné, mais ma mémoire n’est pas à la hauteur. C* trouvait que la scène finale de l’enterrement était en trop, car elle simplifiait l’histoire en la réduisant à une explication. Plus j’y réfléchis, et plus il me semble que non, justement parce que chacune des deux versions laisse un important résidu non conforme. En fin de compte, la logique linéaire selon laquelle on regarde nécessairement un film ne doit pas être négligée. En ce sens, la Wikipédia anglophone a raison de présenter comme suit la fin du film : “Folarin quickly flees the scene with his sons and tries to bring them home, but they are stopped at a military checkpoint by an aggressive soldier who claims to recognize Folarin from a violent incident in the previous week. Folarin's nose bleeds heavily and they are eventually allowed to pass. Some time later, Folarin has died and Akin, Remi and their mother attend his funeral.” Oui, some time later : la dernière scène est à part, distincte, sans qu’on puisse être sûr·e s’il s’agit d’une invitation à remettre en cause tout le récit réaliste ou d’une scène ultérieure.
C’est ici que je veux situer le propos du film dans sa dimension politique. La fameuse « journée avec mon père » correspond à la journée du 12 juin 1993, restée tristement célèbre dans les mémoires nigérianes : plutôt que de déclarer vainqueur MKO Abiola, la junte militaire annula purement et simplement les élections. Dans le bar, en début de soirée, le père regarde cette annonce en direct à la télévision avec ses amis, et toujours en compagnie de ses fils, avant de chercher à rentrer au village au milieu des émeutes qui débutent et des barrages militaires. À plusieurs reprises au cours du film, les trentenaires évoquent la responsabilité de la génération de leurs aînés dans la mise en place d’un autoritarisme qui appauvrit le pays et l’empêche d’aller de l’avant. Un personnage féminin (me semble-t-il) déclare que ça ira mieux pour la génération des deux garçons, Olaremi et Akinola. Le film représente aussi, d’après moi, la génération « intermédiaire », née au moment de l’indépendance (1960), dont l’enfance correspond à la guerre civile (dite « du Biafra ») et dont l’adolescence et la vie de jeune adulte ont été rythmées par la succession des coups d’État, des couvre-feu ; c’est la génération de Ben Okri, qui, après le recueil réaliste Stars of the New Curfew, a choisi d’imaginer différemment l’avenir de la nation dans sa trilogie The Famished Road / Songs of Enchantment / Infinite Riches.
Ainsi, la superposition de deux lectures/visions différentes du réel, au moment même où le pays va s’enfoncer dans une de ses crises politiques les plus fortes, correspond à ce décalage entre les aspirations populaires et la confiscation du pouvoir démocratique. Pour en revenir au mot-valise democrazy, le peuple devient fou, c’est-à-dire qu’il ne sait plus comment se situer face au réel. Les deux garçons, Remi et Akin, représentent la génération suivante, celle qui devra essayer de faire émerger une autre vision, et qui, de fait (le film est de 2025), a connu la transition démocratique.
L’événement principal du film, qui est à peine montré, dans des flashes très brefs, c’est le massacre de Bonny Camp (drame fictif qui entrecroise plusieurs répressions militaires différentes). À peine montré en tant que tel, il est dans tous les discours, à la une de tous les journaux. On comprend vite – et c’est cela qui vient renforcer l’hypothèse que le père est déjà mort – que Fọlárìn fait partie des opposants capturés par l’armée et massacrés à Bonny Camp. Mort-vivant, si on s’en tient à la double perspective réaliste/imaginaire dont j’ai dit plus haut qu’on ne pouvait pas en décider ni la trancher, il représente alors toutes les victimes de l’arbitraire militaire nigérian, par exemple – et je cite ce cas-là car il fait partie des rares que ne cite pas le réalisateur dans un très riche et passionnant entretien avec le magazine Double Croche – l’écrivain Ken Saro-Wiva et les autres militants écologistes du peuple Ogoni pendus par le régime de Sani Abacha deux ans et demi plus tard.
L’ambivalence de Fọlárìn , et de toute sa génération en fait, repose aussi dans la dualité de son nom : connu par ses deux fils sous son seul nom de Fọlárìn (qui signifie « celui qui marche avec [la] richesse »), les gens de Lagos l’appellent familièrement et respectueusement Kapo, ce qui implique une position militaire sans rapport avec les boulots de misère qu’il est censé occuper pour faire vivre sa famille. Le Nigeria est donc, comme ce père qui marche beaucoup dans le film – ou qui se laisse transporter sur une motocyclette ou à l’arrière d’une voiture –, pris entre la promesse des richesses déjà présentes et la caporalisation, la soumission à l’ordre militaire, la reproduction infinie du cycle de la violence. Que le regard des garçons soit pris dans une forme de confusion ou d'indistinction face à ces deux courants divergents n'est sans doute pas très optimiste. Mais faut-il l’être ?
Pour une des nombreuses recensions nigérianes, cf ici.
07:33 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 04 avril 2026
2026 ֍ Cantilènes, 14
et me voici comme encerclé
le fauconnier m’attend en bas
la main gantée rudement
la main qui rudoie
moins que le cri
comme encerclé
dans les spirales
que l’air chaud me fait esquisser
que direz-vous en me voyant
foncer sur la proie ou le leurre
que direz-vous
si je m’enfuis
seul et si je choisis
de délaisser cette morne vie aveuglante
on n’écrira rien de plus sur moi
mais l’eau coule plus heureuse
dans la fontaine des absents
08:30 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)



