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mercredi, 11 mars 2026

2026 ֍ Ritournelles, 10

Avant d’aller prendre un café, au Vieux Mûrier, avec mon collègue Florent Kohler, je feuilletais de nouveau son beau livre, Les sociétés animales, et suis retombé sur les dernières pages, et ce qu’il écrit de la ritournelle.

Routine et ritournelle sont des machines à circonscrire l’imprévu, l’inquiétant, l’étrangeté. Elles sont construites collectivement et n’existent qu’à travers ce collectif que nous appelons voisinage. Les jardins ont une vie propre, combinaison de vies innombrables, éphémères mais perpétuellement renouvelées, raison pour laquelle on s’y sent heureux. (p. 210)

 

Dans les Landes, j’ai en effet remarqué – à l’instar de ce qu’écrit Florent à la page précédente – que les mésanges, les grimpereaux, les orites et la grive musicienne ne chantaient pas en même temps. Leurs phrases servent à occuper l’espace. Je m’avise de ce que je savais : la ritournelle n’est pas l’earworm. Mon sujet ici, c’est plutôt l’earworm.

 

Florent m’a conseillé de lire un texte qui se trouve dans Le regard éloigné de Claude Lévi-Strauss, et était durablement marqué par la lecture récente de Poor Economics d’Esther Duflo et Abhijit Banerjee. J’irai demain à la B.U. emprunter le premier, et la traduction française d’un autre livre des deux mêmes auteurs, Économie utile pour des temps difficiles, car Poor Economics n’est pas dans le fonds (et si je le télécharge en ebook ou PDF je ne le lirai pas).

 

18:00 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 10 mars 2026

“M. prend la bouscarle” (mallégorie)

En un mois j’ai bien sûr joué des centaines de parties – une partie ne prend que 3 ou 4 minutes en moyenne – mais rien écrit. Travaillant en parallèle sur les formes allégoriques, approfondissant comme jamais avant peut-être dans mes études littéraires la façon dont se constituent les allégories, et plus encore la façon dont on interprète – lecteur·ice, spectateur·ice d’une œuvre d’art – quelque chose comme une allégorie, je réfléchis beaucoup à cela, au façonnage, qui est un forçage. On commence à voir de l’allégorie là où il n’y en a peut-être pas, on force. Je m’amuse ponctuellement à demander à mes étudiant·es de forcer, et il y a vraiment deux catégories : les réticent·es absolu·es et celleux qui s’en donnent à cœur joie.

Pour en revenir à la possibilité de faire œuvre à partir des parties aléatoires d’un jeu qui ne l’est pas tant que cela (aléatoire), il restait toujours la possibilité, la facilité de faire forme à partir des résultats chiffrés. Mais cela, justement, c’est s’en sortir ; ce n’est pas s’efforcer ni forcer, c’est se soustraire.

Faire forme à partir des résultats chiffrés : cela reste une possibilité complémentaire. On y viendra, sans doute.

Mais là tout de suite pas encore.

Peut-on risquer le forçage allégorique ?

Peut-être, mais après coup. [Il faudrait écrire : après coups. Sur le motif, pas le temps.]

 

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Dans cette partie du mardi, Lobo est opposé à Meami. L’insertion de la capture d’écran annonçant le résultat final dès ce paragraphe est un savant divulgâchage : L. a perdu, va perdre dans quelques lignes, vous l’avez déjà vu.

Après prise des papillons par M., L. réplique : rideau de cerisier et ruban simple de glycine. M. est un ennemi de la biodiversité ; L. place un rideau près des cerisiers pour attirer les insectes et nourrir les chauve-souris.

Au deuxième coup, L. pose et conserve le phénix, ne pioche rien.

Après le troisième coup, M. a cinq cartes de plaines. Les bulldozers sont dans la plaine.

Après le cinquième coup, il en a sept, et quatre rubans, plus la coupe de saké. Bien sûr, les destructeurs de l’environnement sont ivres de pouvoir. Ils se décorent à qui mieux mieux.

Au sixième coup, il chipe la grue. Même les migrateurs alors.

Au septième coup, il pourrait marquer 1 point (9 plaines + la coupe), mais risque le koï-koï. Le capitalisme est toujours si vorace.

Au final, personne ne marque rien. Ça arrive. Est-ce que ça arrive que la voracité du capitalisme soit tenue en échec ? Momentanément, sans doute. (On a vu plus haut que M. a gagné.)

 

La 2e manche commence presque comme la 1: papillons pour M., + 1 paire de plaines ; poète pour L. Au 2e coup, L. prend le coupe de saké et le phénix. Et au 3e il pioche la lune, donc il met fin à la manche et empoche ses 5 points. La victoire provisoire des militant·es (Extinction rébellion, Soulèvements de la terre ?) s’est faite de nuit (sous la lune), en catimini, dans une forme d’ivresse mesurée (L. n’a pas cherché à faire durer l’avantage du saké).

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La 3e manche commence avec l’attaque de L. qui prend le ruban d’érable avec le sika. M. prend la bouscarle. Après 4 coups, L. a sept plaines et trois animaux, deux rubans seulement. Au septième coup, malgré un yaku, M. doit relancer (11 plaines donc 2 points seulement). L. ne prend rien. M. prend la lune, pioche la grue, marque in extremis les trois lumières auxquelles s’ajoutent les 3 points des 12 plaines. Le capitalisme extractiviste triomphe.

L. est défait. Le capitalisme extractiviste triomphe.

L’envie de tenter l’allégorie est également défaite. Non, en fait, on l’a écrite sur le côté, après coup, après coups (et blessures). Ce forçage est-il une reprise du forçage des ressources naturelles par le capitalisme extractiviste ? Du forage ? Une partie de Koï-Koï peut-elle dire la tragédie du monde ? M., l’adversaire, se nommait Meami : Miami ?

On fera ça une autre fois. Non, le mal est fait. Ne pas résister à la tentation d’appeler ça une “mallégorie”, une allégorie qui fonctionne mal, une allégorie viciée, et avec un mot-valise : mallégorie

 

Par contre, la partie, avec 1 manche nulle, 1 manche gagnée à 5 et 1 manche perdue à 18, offrirait des possibilités du côté de l’esquive par les chiffres.

 

15:21 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ SAD, 10

 

    Ici : « fais ce que voudras ».

Pourtant, ce n’est pas facile

Quand le temps vous tient en laisse.

 

Lessive des amours :

S’il pleut au printemps sur les

Draps, signe de trahison.

 

09:57 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 09 mars 2026

2026 ֍ Affiquets, 10

Dans ce gobelet en plastique – se rappellera-t-on toujours que ces objets furent d’abord baptisés “éco-cups” ? – marqué du logo de l’école élémentaire primaire où les garçons furent élèves, se trouvent sept stylos-bille de couleurs diverses, et dont il faudrait vérifier s’ils marchent, un stylo quatre couleurs, un crayon à papier, un critérium, un feutre saumon et un surligneur rose. Il y a un autre pot à crayons, qu’on gardera pour une autre fois, pour un autre texte. Comme on n’écrit plus guère – tout passe par l’ordinateur – ces innombrables stylos ne s’usent jamais, voire s’accumulent, et même les corrections de copies ne suffisent pas. Il y avait aussi un crayon à papier – ou “crayon de bois” comme on dit en Touraine – de couleur bleu gris, mine cassée depuis des temps immémoriaux, et que je viens de foutre en l’air jeter à la poubelle. Il y a quelques semaines, j’ai cru apprendre lors que je viens d’aller vérifier car le mot ne me revenait pas appris que “surligneur” se disait evidenziatore en italien.

 

06:41 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 08 mars 2026

2026 ֍ Bobines, 10

In memoriam F. Wiseman 

 

    dans ce film il y a peu de filles

gros plans visages

il y a la prof qui explique doctement

ou alors ça se mélange avec la série un peu kitsch

 

gros plans visages

lèvres

surgé goguenard et blasé

 

sa mine goguenarde se confond avec celle

du flic tête-bêche sceptique

des bobards de son collègue

il y a un cadavre aussi

 

il y a un cadavre

 

il ne faudrait pas écrire « aussi » —

il y a un cadavre

 

on sait que c’est un documentaire et qu’on voit un cadavre

et puis non le type est ivre mort

mais pas

mort

 

comme dans cette séquence terrible chez Depardon

 

on sait ce qu’on a vu

on voit ce qu’on voit

on fait avec

 

la pellicule grise du temps qui passe

 

16:47 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 07 mars 2026

2026 ֍ Cantilènes, 10

    impénétrablement

la pointe s’enfonce pourtant

comme un ciseau acéré

dépareillé mais cinglant

faisant saigner les souvenirs

 

tout se hausse le col

d’importance

et d’arrogance

 

justes couleurs

qu’on disait carmin quand j’étais petit garçon

(sept ou huit ans)

 

le ciseau pointu a percé

le sens de cette cruauté-là

à contresang

au sein de l’espace

 

et même au plus profond du sanctuaire

la pointe prend

 

13:30 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 05 mars 2026

2026 ֍ Effigies, 10

    Fringué comme l’as de pique, ça arrive souvent il faut le dire, je regarde le photographe en grimaçant, et vu que le photographe m’a cadré avec la liste des plats du menu à 12,50 € et que je me suis approprié cette image en la publiant dans ma galerie, je lui ai donné le titre « La vérité métonymique sur Guillaume Cingal ». Suis-je censé être une assiette de crudités, une tarte savoyarde ou un pavé de bœuf ? c’est au spectateur de le dire. Sans doute ai-je abusé du concept de métonymie. Sinon, il va sans dire que je n’avais aucun souvenir de cette photo, mais qu’il est hélas tellement probable de me voir habillé, surtout à la mi-saison, avec une chemisette bleu marine sous laquelle on devine un t-shirt (orange) pour la réchauffer et une veste noire par-dessus que les premiers mots de ce texte s’imposaient : fringué comme l’as de pique. La chemisette bleue était un des classiques des séjours landais, car, ayant appartenu à mon beau-père, elle était restée dans la maison de famille de C*. Trop usée, elle a fini par finir au rebut. L’as de pique, lui, se porte bien.

 

La vérité métonymique sur Guillaume Cingal. Mont-de-Marsan, 27.10.2016.

 

07:44 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 04 mars 2026

2026 ֍ Ritournelles, 9

    Avant même de me lever, tandis que je somnolais, je me suis aperçu que me tournait dans la tête, sans que je sache pourquoi ni comment – c’est souvent le cas avec les earworms –, Maria en la playa de Compay Segundo, dont je chantonnais l’air ensuite tout bas en préparant le café et en vaquant aux premières activités de ce mercredi casanier. Cet air a la particularité d’exiger, de moi en tout cas – je ne peux parler que de moi ici –, qu’on en chantonne surtout la mélodie jouée par la clarinette. Il y a des chansons dont la mélodie, et surtout tel ou tel instrument, est plus obsédante que les paroles ou le chant lui-même.

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Cela a duré, assez peu finalement, jusqu’à ce que, dans le chapitre à traduire, je tombe sur l’expression « white knight » (que j’ai d’ailleurs sous-traduite, mais c’est une autre affaire), et que, à mon grand malheur et plus encore au grand dam de C., la chanson qui s’incruste dans ma tête pour le reste de la journée soit celle du chevalier blanc dans le somptueux nanard – jamais revu depuis 1989 ou 1990 – de Coluche, Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. C’est terrible car je connais les paroles – assez brèves il est vrai – en entier.

(J’ai diffusé la chanson dans la voiture, en milieu d’après-midi, grâce au Bluetooth, et C* m’a demandé si c’était Éric Morena qui chantait. Je pense que ça peut être n’importe quel chanteur d’opérette capable de parodier le style de Mariano., et d’ailleurs, vérification faite, le chanteur se nomme Olivier Constantin.)

 

18:30 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 03 mars 2026

2026 ֍ SAD, 9

    Cette angoisse que nous étreint,

Cette angoisse que l’on recycle

En propos sans discernement :

 

Trains de paroles, farandoles (l’eau

Y clapote), et même

Mensonges pour se faire peur.

 

05:55 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 02 mars 2026

2026 ֍ Affiquets, 9

    Sur cette petite boîte noire – ou faut-il l’appeler étui – plus grande que celle de mes écouteurs JBL, est inscrite la marque, Jabra, inconnue de moi. Il y a quelques mois, quand j’ai trouvé cet objet dans la voiture, j’ai fait le tour des quelques personnes qui pouvaient avoir égaré des écouteurs, dont les camarades de ping-pong, mais l’énigme est demeurée entière. Quand on l’ouvre, la petite lumière verte – orange, maintenant que j’en ai refait l’expérience pour écrire ce texte – indiquant la charge s’allume, puis s’éteint au bout de deux secondes, le clapet refermé. Je ne suis pas allé jusqu’à tenter d’utiliser ces écouteurs, toutefois, sans doute parce que je me sers déjà infréquemment des miens, et aussi parce qu’on ne sait pas dans quelles oreilles ça a traîné. Traîné, c’est ce que fait cette boîte noire sur mon bureau. Que fait cette boîte noire sur mon bureau ?

 

06:38 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 01 mars 2026

2026 ֍ Bobines, 9

    L’adversaire renvoie la balle de celluloïd avec la tête, Marty la lui renvoie en soufflant dessus ; l’arbitre a l’air blasé.

D’un carton vidé par une fenêtre s’échappent des centaines de balles jaunes, qui roulent et rebondissent sur le trottoir.

La première image, il me semble, est celle d’une boîte à chaussures.

Des facilités de mise en scène, comme la tête dépitée puis furieuse de l’industriel quand le pongiste ne respecte pas le contrat.

Des têtes, des gestes, des regards.

Pour le tennis de table, il faudrait savoir si c’est si dur que ça de filmer un point sans utiliser la caméra fixe des télédiffusions sportives.

La balle file, le film moins.

T. C. est excellent.

 

06:45 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 28 février 2026

2026 ֍ Cantilènes, 9

    impénétrablement dans la mémoire

profondément, dans les tréfonds

inextricablement dans les replis

dans les recoins

impénétrablement

 

impénétrablement, et donc

le poème ne peut fouiller

que par un langage exsangue

 

ou vidé de toute image

impénétrablement remisée

dans les tréfonds, dans les recoins

 

impénétrablement dans la mémoire

naît quelque chose comme un bruit

un souffle de vent qui rapporte

une odeur longtemps étouffée

 

l’odeur d’un souvenir s’efface

impénétrablement

 

07:14 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 26 février 2026

2026 ֍ Effigies, 9

    Après tout, pourquoi pas ?

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Lire, au crépuscule commençant, la biographie de Nina Simone, sur la terrasse, en tentant de se rappeler toutes les espèces d’oiseaux entendues, ou plutôt captées par l’application Merlin, dans le quart d’heure de promenade jusqu’au fond du terrain (du côté du Campot) : pourquoi pas ?

Pourquoi pas user, abuser de ces autoportraits diffractés que je publie sur BeReal ?

Ici même, pour les Effigies, veux-je dire.

L’application a donc identifié ce soir-là les deux espèces de grimpereaux, alors que je n’ai entendu que le grimpereau des jardins, comme chaque jour. Le chant du grimpereau des bois n’a été saisi que très furtivement. Comme je l’ai dit à mon père, même visuellement je ne saurais pas les distinguer ; c’est un peu comme les deux espèces de roitelet. J’ai aussi entendu, longuement, le sifflement puissant de la mésange nonnette, sans jamais réussir à apercevoir la ou les chanteuses.

La semaine dernière, n’ayant pas réussi à emprunter Manne – aux Mandelstams, aux Mandelas je l’ai téléchargé (illégalement bien sûr), et c’est le texte que j’imaginais : infiniment problématique. Je songe à cela en me disant que je préfère aujourd’hui lire la biographie de Nina Simone avant d’aller approfondir, dans les semaines qui viennent, sa discographie. Aujourd’hui j’écoute les deux grimpereaux (ou je feins d’avoir entendu un des deux, grâce à l’application tricheuse), et demain je prends le volant. Aujourd’hier (c’est-à-dire demain) je partage—ais—rai sur Facebook une vidéo enregistrée il y a trois ans et dans laquelle j’évoquai (oui, au passé simple) les livres de la série Aujourd’hui de Dominique Meens, le plus ornithologue des écrivains français (avec Fabienne Raphoz), et le projet vite avorté de co-traduction : c’est lui qui m’avait contacté, c’est lui qui m’a laissé le bec dans l’eau.

 

18:04 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 25 février 2026

2026 ֍ Ritournelles, 8

    Cette chanson, qui t’émeut aux larmes – et c’est bien rare, on en plaisante –, n’est pas citée dans la biographie.

Elle se trouve sur le deuxième album enregistré par Nina Simone, à vingt-six ans, et il s’agit apparemment d’une chanson de Jerry Silverman, qui avait à peu près le même âge que Nina, Eunice Waymon dirai-je ici.

Cette chanson, que je n’ai pas réécoutée – et d’ailleurs je n’écoute aucune chanson de Nina Simone, me concentrant seulement sur ce que raconte la biographie que vient de m’offrir ma mère – monte en moi par vagues, et il me semble même, et c’est bien rare, que ce sont les notes de guitare, détachées, qui viennent rendre plus poignant encore le chant.

Elle reste peu connue.

J’ai dans les oreilles, dans la tête, peu importe où se fabriquent les mélodies de l’intérieur, la façon dont Nina Simone détache et fait durer les trois syllabes de tomorrow en ne répétant jamais le mot à l’identique – et c’est rare, on n'en plaisante pas.

 

07:25 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 24 février 2026

2026 ֍ SAD, 8

 

    Ce ne sont pas des façons

De montrer ses sentiments.

La prouesse est de ne rien dire.

 

Son infinie timidité,

Immense, lui donne l’air de

Diriger une symphonie.

 

21:07 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 23 février 2026

2026 ֍ Affiquets, 8

    Ce petit bout de plastique rouge, ce cercle rouge pourvu naguère d’un petit trou afin de pouvoir ajouter ce colifichet de plastique rouge dans un anneau, avec des clés, oui, ce petit cercle rouge que j’ai trimbalé avec moi sur mon porte-clés pendant quatre ou cinq mois, comme un jour le morceau de plastique servant à faire le trou a cassé, depuis je ne peux plus l’avoir sur mon porte-clés, et donc je le trimbale dans mon portefeuille, à moins qu’il ne traîne sur mon bureau, ou dans ce livre, vu que tout traîne dans ce livre, ça traînasse, ça traîne, ça traîne en longueur, péniblement, poussivement, au point de ne pas même dire à quoi sert cet objet, ce petit bout de plastique rouge, qui a passé quelques mois sur un porte-clés, car figurez-vous qu’en fait c’est une clé, ou plutôt un badge, le badge qui me permet d’entrer à toute heure du jour ou de la nuit dans les studios de Radio Campus Tours, badge rouge minuscule dont le sertissage a cédé, m’obligeant à le trimbaler ailleurs que sur un porte-clés, naguère, il y a moins d’un an, vu que je possède ce badge depuis décembre 2024, et que le sertissage s’est cassé vers mai, oh il avait dû se fissurer avant mais je n’avais rien vu, cela c’est naguère, et depuis l’objet traîne dans mon portefeuille, ou sur mon bureau, et assurément dans ce livre, qui sera peut-être lu – par qui ? – quand ce naguère sera devenu jadis, que peut-être ce badge n’ouvrira plus la lourde porte malcommode des studios de Radio Campus Tours.

 

21:03 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 22 février 2026

2026 ֍ Bobines, 8

    Décidément, c’est une manie, de publier le dimanche un texte inspiré d’un film que j’aurai vu le lendemain.

La jeune fille prie pour que le temps s’arrête.

La voilà toujours revenue à ce point du temps.

Elle marche malhabilement en petites socques, frigorifiée par la neige, épuisée par les allées et venues dans les escaliers.

Le film s’arrête le lundi soir. On revient à dimanche.

Un autre point du temps, ça n’avance en rien.

Galerie de personnages burlesques, caricaturaux : on se croirait dans la Manga de Hokusaï.

Dimanche soir, le jeune homme veut partir en France apprendre la cuisine française.

Lundi il fuit ou tente de fuir avec la jeune femme, accusée de sorcellerie.

Les deux amis n’en peuvent plus de se gaver de riz.

Dimanche prochain ce sera comme dimanche dernier, c’est-à-dire aujourd’hui.

Le non-retour est l’inverse du départ : un chant fait de buée.

L’auteur de feuilletons a enfin trouvé une idée en éprouvant la douleur de sa propre mort.

La jeune femme serre un billet sacré entre les doigts, prend une grande inspiration, se retourne vers le cellier.

La jeune fille serre quelque chose entre les doigts, de la buée s’échappe de ses lèvres, et elle se retourne vers le cellier.

La jeune femme serre entre les doigts une petite perle, inspire, a l’air déroutée se retourne vers la réserve de bière.

On est déjà dimanche en quinze, ce qu’on ne peut écrire qu’un autre jour que dimanche.

Pourtant c’est dimanche.

C’est toujours dimanche.

 

21:14 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 21 février 2026

2026 ֍ Cantilènes, 8

    prend le large

un effluve échappé de l’oubli

l’odeur étrange

du dissolvant

sur le mur du préfabriqué

 

(je n’ai compris que des années plus tard

que c’était du dissolvant

peut-être à la térébenthine)

 

l’effluve prend le large

a pris le large car

c’est une odeur que je n’ai plus croisée

 

depuis longtemps

je me demande si je la reconnaîtrais

ou si ce sont seulement les gestes les images

associées à cet instant

 

qui se sont fixées

impénétrablement dans la mémoire

 

06:56 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 19 février 2026

2026 ֍ Effigies, 8

    De profil le plus souvent les visiteurses ne s’aperçoivent pas qu’on les prend en photo, vu qu’elleux-mêmes sont trop occupé·es à regarder des photos, des photos par dizaines.

Dans l’exposition Martin Parr, plusieurs salles sont dotées de parois trouées, dont les trous forment, de fait, des cadres. Je ne sais si ces parois sont ainsi de façon permanente au niveau 1 du Musée du Jeu de Paume, ni si – dans le cas contraire – il s’agit d’un dispositif voulu ou testé par Martin Parr lors de certaines de ses expositions : toujours est-il que ces trouées s’accommodent à merveille du regard que l’on ne peut s’empêcher, très métaesthétiquement, de porter sur les visiteurses de cette exposition en particulier.

Méta : oui, vu que la plupart des séries de Parr exhibent des personnes ou des groupes de personnes qui sont autre chose que des sujets ou des objets, mais presque des représentations allégoriques (de la surconsommation, de la richesse, etc.). Quand j’ai saisi, dans la même trouée, avec le même cadrage montrant l’intégralité de la photographie représentant une famille très BCBG traversant un ruisseau et la moitié de la photographie montrant de riches spectateurices du derby d’Epsom – la dame au premier rang, effigie elle aussi, emperlouzée et exhibant une somptueusement ignoble fourrure de renard –, quatre visiteurses différent·es, je savais que je constituais moi-même l’ébauche d’une série. De profil, comme je l’écrivais dans la première phrase, la jeune femme ; de profil, coupée, l’autre jeune femme dont on ne voit que le chignon, l’oreille et un pan de manteau ; sur la troisième photographie, l’enfant avec son manteau crème décoré d’éléphants et de pieuvres bleues, la main gauche frôlant le mur ou collée au mur, sous la photographie, lui aussi de profil, regarde je ne sais quoi, on ne sait quoi, tandis que sur la même image, de dos, un·e visiteurse en blouson matelassé, col en fourrure blanche, tourne le dos à l’objectif et regarde donc, immobile, la photo, peut-être le renard, peut-être la tête du renard mort.

 Il aurait fallu rester une heure planté là ; j’aurais eu de quoi faire une exposition.

D’ailleurs, ces effigies, ces allégories, ces profils, ces groupes, ces monomes – qu’il s’agisse des séries de Parr que je n’envisage pas d’égaler, d’émuler, ou de la mienne, restée à l’ébauche – ne fixent-elles pas déjà un monde figé ? Le cadrage de ces trois images, pour complexe qu’il puisse paraître, ne sera jamais aussi entortillé que la syntaxe de la cinquième phrase de ce texte (ne cherchez pas : celle qui commence par « Quand j’ai saisi… ») : j’ai tout de l’embobineur. Est-ce qu’on m’a, moi aussi, dans ce cadre ou ailleurs, peut-être une heure et demie plus tôt près d’une installation d’Éva Jospin, capturé ?

 

Paris, 15 février 2026

Paris, 15 février 2026

Paris, 15 février 2026 

 

09:58 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 18 février 2026

2026 ֍ Ritournelles, 7

    C’est une phrase, moins qu’une mélodie donc, de Sweelinck ou de Scarlatti, une phrase que je ne saurais pas même fredonner correctement, dont je ne sais la référence – j’ai tout de même écrit qu’elle était « de Sweelinck ou de Scarlatti », ce qui revient à dire que je n’ai pas la moindre idée – et qui m’est revenue tout d’un coup, en voiture, en descendant le pont Mirabeau, en voyant l’eau de la Loire frôler le bord du parapet, dans cette époque de vents violents et d’inondations. Le soir, avant de m’endormir, m’est revenu le premier quatrain de la Lorelei de Heine, là encore pas la moindre idée, si ce n’est que, me trompant sur le dernier mot du premier vers, je me disais que soit je me trompais soit la ballade en allemand, comme en anglais, alterne vers rimés et vers non rimés selon un schéma XAXA. Mais non. Aussi : la phrase de Sweerlatti s’est enfuie.

22:09 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 17 février 2026

2026 ֍ SAD, 7

    Pleure après la défaite.

Le ciel s’est découvert de nuages

Et résonne de tout son bleu.

 

Fête des sens,

Le printemps qui n’arrive pas :

Âge des incertitudes.

 

08:44 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 16 février 2026

2026 ֍ Affiquets, 7

    Ce marque-pages très long (idéal peut-être pour les bandes dessinées ou les livres d’art mais dont je me suis rarement servi) est jaune et bleu turquois eu recto, blanc avec un très long texte au verso. Il promeut le (beau) journal La Garzette, « le journal le plus lu les pieds dans l’eau », qui est édité par la Mission Val de Loire avec le soutien de l’UNESCO. Le verso contient, outre les deux paragraphes de présentation, le QR Code permettant de ‘abonner gratuitement, et un dessin d’Aurélie Calmet représentant une aigrette garzette posée sur un pieu.

C* a récupéré ce marque-pages l’été dernier, il me semble, à la bibliothèque centrale, dont le bâtiment en diamant de béton donne – d’ailleurs – sur la Loire.

 

08:40 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 15 février 2026

Après trois coups, trois lumières

Le téléphone indique qu’il neige mais je n’ai ouvert aucun volet.

Je joue tous les jours au Koï-Koï, mais j’écris rarement : heureusement, car imagine-t-on les pages et les pages de trash ?

Le maire de Chicago meurt à Miami ; c’est le président Roosevelt qui était visé.

Je m’autoclashe.

Je joue contre un·e Russe, oya, qui prend d’emblée le rideau de cerisier. Je riposte avec la grue, le ruban bleu assorti du cerf (à la pioche). Iel prend le sanglier, moi les papillons avec le ruban bleu de pivoine.

 

On est parti·es du mauvais pied avec ce texte. Déjà car pas de partie commencée. [Mais si.] Ensuite car je je je je je. [Ah ça...]

J’ai gardé une carte de miscanthe pour attraper la lune, quand cela sera possible. Au cinquième coup tout semble se figer, mais il ne me manque qu’un animal. — La lune tombe dans la rivière ; elle sera pour moi au prochain coup.

À force de déguiser des amorces de projets poétiques au sein des textes, ou de les faire émerger des parties, le récit disparaît.

La lune prise, j’ai marqué 6 points. Au premier coup suivant je pose la lune et l’adversaire prend le phénix qui était dans la rivière, grâce à une plaine de paulownia.

En fait étrangement ici ce sont les récits qui sont illisibles, et tout ce qui est discours entougne sans doute, mais ça se lit.

Cette deuxième manche ne se goupille pas trop mal, mais après trois coups l’adversaire a trois lumières ; il ne faut pas qu’il prenne le rideau. Au cinquième coup, sous la menace, je me contente de marquer 1 point avec cinq animaux.

Je ne déguise pas seulement des « amorces », je déguise aussi – mal – je je je je je.

Rideau pris d’emblée, l’adversaire riposte, avec deux rubans bleus puis la grue.

 

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Onze jours sans écrire tandis que nul jour sans jouer.

Au quatrième coup je marque les 3 rubans calligraphiés, et l’adversaire me laisse la victoire sans attendre ma décision.

Le pire ce serait de s’astreindre à noter le récapitulatif de chaque partie en 3 manches et d’écrire un poème dont la structure strophique (ou le nombre de syllabes par vers (plus intéressant)) serait imposée par ce résultat. Le pire, et le vrai courage.

 

Grâce à cette 1.542e victoire en 9 mois j’atteins le classement 1918.

Le coura je je je je je.

La nei je je je je je.

Le jeu je je je je.

 

06:08 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Bobines, 7

    Trop de films tournés à Paris, mais on ne peut empêcher personne de tourner un film à Paris. À côté de ça, j’attends de voir ne serait-ce qu’une scène d’un seul film français largement diffusé, ou même d’un film états-unien, rue Colbert, ou dans le quartier des artisans, ou sur les bords de Loire rive sud, ou devant le rhinocéros de la gare. Je n’avais qu’à apprendre à faire des films, au lieu de pondre des pattes-de-mouche (et de me tromper même dans le langage : quel serait l’équivalent cinématographique d’une expression incohérente comme celle que je viens d’écrire ? un faux raccord ? ou plus audacieusement un point de vue inhabituel ?).

Au cinéma, quel est l’équivalent d’une parenthèse, et d’une parenthèse dans une parenthèse ?

Quand j’ai commencé à tenir des carnets en Touraine, l’idée était, vaguement, de boucler un livre du type Le Département d’Indre-et-Loire ; ça a vite dérapé mais je n’oublie jamais que j’avais commencé, à l’automne 2005 aussi, un roman qui s’intitulait Le vil Landru à Villlandry.

Refourguer des dizaines de livres, vider un peu les étagères.

 

05:40 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 14 février 2026

2026 ֍ Cantilènes, 7

    cela dans un poème

le nombre

(dix-neuf ans)

qui rappelle toujours ce matin-là dans la

maison d’alors

 

beaucoup écrit déjà

sur cet appel téléphonique

au petit matin

 

par contre je n’en ai jamais

reparlé je crois avec

notre fils, qui avait cinq ans

 

— s’en souvient-il

(forcément vu qu’il se rappelle

des moments plus anciens

au début de la maternelle)

 

les scènes rien ne les farde, la mémoire

prend le large

 

04:28 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 12 février 2026

2026 ֍ Effigies, 7

    Il ne nous toise même pas.

Le regard fixé sur la ligne bleue (de la Toscane ? du Latium ?), il est désormais coincé à devoir ainsi entendre des milliers de personnes sans jamais les voir.

Sans jamais pouvoir les voir.

Sans pouvoir.

Il ne nous toise pas, mais il n’a pas choisi.

On s’amuse à écrire qu’il reste de marbre, mais nos écrits ne seront pas plus durables que l’airain.

De profil vu, bien sûr, et en contre-plongée c’était la seule possibilité.

Le photographe aussi avait des pouvoirs restreints.

Moins durables que l’airain.

À passer sous la toise d’un regard aveuglé,

Héroïque,

On n’avait pas compris qu’on vivait

Un poème.

 

Statue héroïque, dite de Jules César. Rome, début du Ier siècle après J.-C. Musée du Louvre, Paris, dimanche 18 octobre 2009.

08:28 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 11 février 2026

2026 ֍ Ritournelles, 6

    Dix jours depuis le film — c’est la chanson qui reste.

Promis le ciel : le titre offre un décasyllabe,

Mais aussitôt on penche vers l’alexandrin

(Avec quelques césures des plus effroyables

 

(Et des rimes qui font l’effet d’un tout-terrain

(Je ne dis rien du schéma du sonnet : la peste

Soit de l’innovation !))) et oncques dans la teste

Demeure le refrain, et le riff de guitare.

 

La chanson est terrible, et tragique ; entraînante,

Elle permet d’approfondir ce paradoxe

Qui fait que l’on fredonne souvent des horreurs.

 

Elle chante les corps et les êtres dans l’onde

Épuisés ou déjà péris. Que l’on endosse

Alors un tel fardeau, spectatrices et -teurs !

 

08:45 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 10 février 2026

Betty's Body

Untung-untung

    10 février 2023

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10 février 2026

Tu n’en avais pas assez, de rubriques à reprendre, de trucs en sus de ton taf ?

Te voici donc à constater que tu n’écoutes plus très souvent The Residents, que t’avait fait découvrir Élodie, et la seule chose que tu trouves à faire (il est 5 h, tu ne vas pas cliquer sur le lien YouTube), c’est de t’interroger en constatant que c’était il y a trois ans, alors que tu aurais juré que l’année où tu as travaillé avec Élodie c’était 2021-2022, la première année de ton second mandat de directeur — mais non, tu as effectivement travaillé avec Aurélie la première année, et avec Camille la troisième et dernière ; le poste de secrétaire pédagogique de L1, c’est la valse.

(Je croise encore Élodie dans les couloirs, rarement, mais nos discussions musicales me manquent.)

05:11 Publié dans Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ SAD, 6

    « Le temps d’apprendre à vivre

Il est déjà trop tard. »

Non, je ne suis pas d’accord, je refuse :

 

Ivre, la pensée joyeuse s’épuise en

Tarots pour la conjecture,

Fuse en souvenirs à chérir.

 

04:44 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)