Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 27 juillet 2026

Livres IV à VII (Première Partie)

    Hier soir, après avoir regardé The Brutalist, film un peu long dans sa dernière partie, à l’épilogue raté mais globalement impressionnant (et surtout, sans les défauts habituels des biopics (du fait que ce n’en est pas un !)), j’ai fini le livre VII, dont je note tout de suite qu’il reste fiché dans la mémoire car il est véritablement exceptionnel. Avant cela, le bref livre VI donne toute son épaisseur au personnage de Javert.

Remontons le cours.

 

Durant ma lecture du livre IV, j’ai retenu la question des noms : Cosette se nomme, de vrai, Euphrasie ; Fantine serait, d’après plusieurs spécialistes, une aphérèse d’enfantine (la jeune femme privée de l’innocence de l’enfance par l’abus de l’homme) ; Azelma a failli s’appeler Gulnare, du fait que sa mère, la Thénardier, est une sorte de Madame Bovary, biberonnée à de mauvais romans. Il faut bien dire que Hugo, si génial fût-il, n’échappe pas à la structure patriarcale : ses personnages féminins relèvent globalement des deux catégories de l’ange et de la salope. Le portrait des Thénardier se complique de classisme, ce qui distingue cette Bovary de la vraie, plus ou moins sa contemporaine :

Plus tard, quand les cheveux romanesquement pleureurs commencèrent à grisonner, quand la Mégère se dégagea de la Paméla, la Thénardier ne fut plus qu'une grosse méchante femme ayant savouré des romans bêtes. Or on ne lit pas impunément des niaiseries. (p. 156)

Je sens que je ne vais pouvoir m’empêcher d’aller fouiner du côté de la traduction de Hapgood, donc prenons-en notre parti. Voici comment Hapgood dilue (ou étoffe) la brachylogie géniale de Hugo, « cheveux romanesquement pleureurs » :

Later on, when her hair, arranged in a romantically drooping fashion, began to grow gray, when the Megæra began to be developed from the Pamela, the female Thénardier was nothing but a coarse, vicious woman, who had dabbled in stupid romances. Now, one cannot read nonsense with impunity.

La langue anglaise offre la nuance entre novel et romance (de même que Ford Madox Ford, plus tard, développera le concept de nuvvle pour se moquer des romans « lisibles », et non scriptibles, de Barthes). C’est heureux. De même, Hapgood choisit de moduler grosse en coarse (= pas dégrossie).

Quant à « Gulnare », il est étrange que Hugo choisisse ce prénom pour se moquer des goûts de la Thénardier. En effet, d’où vient-il ? De deux sources, principalement : de la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland (œuvre que Hugo devait difficilement tenir pour « niaiserie ») et du Corsaire de Byron, poème de 1814 (or, on sait que Hugo admirait profondément Byron). Ce qui interroge aussi, c’est qu’Azelma étant née juste après 1814, sa mère a pu être influencée par le poème de Byron, mais à condition de l’avoir lu en anglais (il n’a pas été traduit tout de suite) ; de toute évidence, ça n’a pas de sens, et Hugo s’est simplement plu à imaginer une petite fille de la banlieue parisienne affublée d’un prénom tellement décalé qu’il en devient ridicule. On trouve cette allusion aussi dans Modeste Mignon de Balzac : « Elle avait, vous le voyez, bien compris le pianto que le poëte anglais a chanté par le personnage de Gulnare. »

Dans le livre IV toujours, le manichéisme – classiste, je l’ai dit – du portrait des Thénardier vient servir d’écho au portrait dilemmatique de Jean Valjean dans le livre II.

 

*              *

*

 

Le livre V, « La descente », raconte la résurrection du forçat en capitaine d’industrie richissime et philanthrope, devenu M. Madeleine, maire de Montreuil-sur-Mer car il n’a pas pu refuser, adoré de tous dans sa région. Le passage qui raconte la cécité de Monseigneur Bienvenu sur sa fin de vie évoque Milton, que Hugo cite en passant au livre VII d’ailleurs :

Voir la pensée à défaut de la figure, constater la fidélité d’un être dans l’éclipse du monde, percevoir le frôlement d’une robe comme un bruit d’ailes, l'entendre aller et venir, sortir, rentrer, parler, chanter, et songer qu’on est le centre de ces pas, de cette parole, de ce chant, manifester à chaque minute sa propre attraction, se sentir d’autant plus puissant qu’on est plus infirme, devenir dans l’obscurité, et par l’obscurité, l’astre autour duquel gravite cet ange, peu de félicités égalent celle-là… (p. 168)

Une fois encore, cela ne tient que par le sacrifice, ou l’angélisation de la compagne de vie, ici la sœur de Myriel, la fille de Milton dans le cas du grand poète anglais. (Hugo connaissait sans doute le tableau de Fuseli représentant Milton dictant Paradise Lost à sa fille.)

Tout un passage du chapitre 5 que m’a signalé Claire montre que Hugo, influencé par la physiognomonie, n’était pas loin de développer l’idée de sentience animale et de continuité entre les animaux humains et les animaux non humains :

Ceci soit dit, bien entendu, au point de vue restreint de la vie terrestre apparente, et sans préjuger la question profonde de la personnalité antérieure et ultérieure des êtres qui ne sont pas l’homme. Le moi visible n’autorise en aucune façon le penseur à nier le moi latent. Cette réserve faite, passons. (p. 171)

Ce qui l’en empêche, c’est le christianisme.

De mon côté, j’avais noté le passage situé immédiatement après, assez délirant en un sens (« Hugo est surréaliste quand il n’est pas bête » disait Breton) :

Les paysans asturiens sont convaincus que dans toute portée de louve il y a un chien, lequel est tué par la mère, sans quoi en grandissant il dévorerait les autres petits. Donnez une face humaine à ce chien fils d’une louve, et ce sera Javert.

La dualité irréductible de Javert est d’ailleurs ce que Hugo développe dans le livre VI, je l’ai dit sommairement plus haut au début de ce billet.

 

 

Dernier point, sur l’ortie. La plante « venimeuse » sert à métaphoriser de façon négative le personnage de Mme Victurnien (« c’était une ortie où l’on voyait le froissement du froc », p. 180), ce qui s’oppose au long discours de M. Madeleine sur le profit qu’il y aurait à tirer des orties si on ne les considérait pas d’un point de vue agricole classique (p. 166). On sait, grâce au beau poème des Contemplations, de quel côté penchait Hugo.

 

*              *

*

 

Je n’ai pas pris de notes pendant ma lecture des livres VI et VII. Tant mieux, en un sens, car la rédaction de ces carnets me prend trop de temps. Je gardais un souvenir assez net du fameux chapitre de la « tempête sous un crâne » et de la scène finale où Jean Valjean se découvre au tribunal d’Arras, mais par contre je ne me rappelais pas la contradiction permanente dans laquelle il se trouve au cours de son voyage semé d’embûches, à persévérer sans cesse à trouver une solution pour arriver à temps à Arras tout en se disant que s’il en est empêché c’est que la Providence ne veut pas qu’il se dénonce et sauve Champmathieu.

Disons un mot des titres de chapitres, qui, là encore, restent gravés dans la mémoire. « Une tempête sous un crâne », bien sûr… mais je sais que dans quelques centaines de pages je rencontrerai « Où on lira deux vers qui sont peut-être du diable », « Commencement d'une énigme », « Un siècle sous une guimpe » et « Bouteille d'encre qui ne réussit qu'à blanchir »…

 

Ici, dans le livre V, il y a aussi « Bâtons dans les roues », qui sert à résumer justement le trajet sans cesse interrompu entre Montreuil-sur-Mer et Arras. Avec son tilbury puis sa calèche trop lourde pour le « petit cheval blanc plein de feu », Jean Valjean n’en finit pas d’arriver, puis, une fois admis dans la salle d’audience des Assises en arguant de sa réputation autant que de sa qualité de maire, il n’en finit pas de se décider à se dénoncer. Google Maps nous le montre assez nettement, à bicyclette – si ce moyen avait existé en 1822 – Jean Valjean aurait accompli ce trajet de « vingt lieues » en cinq ou six heures sans forcer.

 

trajet de Montreuil à Arras.png

 

09:29 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 26 juillet 2026

« En l’année 1817 »

 

    Dans le livre III, Hugo laisse la fatuité et la vacuité des quatre « étudiants » contaminer un peu son récit. Tout le chapitre de la « surprise » – en fait, ce sont les chapitres III à VIII, soit presque tout le livre – est un peu (beaucoup) longuet. Comme à tant d’autres hâbleurs de roman, on a envie de crier « Mais tais-toi donc ! » à Tholomyès. Ces quatre farceurs sont d’ennuyeux salauds. Léger problème de réception : Hugo veut-il montrer que le charisme et le bagout de Tholomyès ont séduit Fantine à juste titre, ou, au contraire, que c’est un insupportable raseur et que Fantine n’a témoigné, par là, que de sa naïveté et de son ignorance ? Ce qui frappe, bien sûr, c’est que la tragédie de l’abandon et la douleur de Fantine sont expédiées en trois phrases à la toute fin du livre.

Autre élément qui ne colle pas tout à fait : les quatre étudiants déclarent dans leur lettre de rupture qu’ils les « ont rendues heureuses pendant près de deux ans » (p. 146). Or, si Cosette « va sur trois ans » dix mois plus tard (début du livre IV, p. 153), cela signifie qu’au moment où Tholomyès abandonne Fantine et leur enfant (jamais évoqué dans le livre III), Cosette avait déjà deux ans, et donc le moment où Fantine n’a « rien refusé, on ne le verra que trop, à Tholomyès » (p. 130) précède de trois ans la rupture. Peut-être Hugo s’est-il emmêlé les pinceaux ; peut-être veut-il montrer, du point de vue de ce sale type de Tholomyès, que ni la durée de l’idylle ni le fait d’être père n’avaient une quelconque importance. Du reste, Hugo lui règle son compte quelques pages plus tard en faisant de lui, à la fin des années 1830, « un gros avoué de province, influent et riche, électeur sage et juré très sévère, toujours homme de plaisir » (p. 151). Donc oui, un sale type.

Ce qu’il y a de mieux dans le livre III, à condition d’aimer l’humour outrancier de Hugo et son goût presque gratuit de l’encyclopédie, c’est le premier chapitre, « L’année 1817 », longue énumération – grevée de quelques erreurs, si l’on en croit les notes de l’édition Pléiade – de faits parisiens. Certaines notations demeurent ambiguës : « David d’Angers s’essayait à pétrir le marbre. » — comme le marbre ne peut se pétrir, Hugo ironise-t-il sur le talent du sculpteur, ou est-ce un pur effet de style ? D’autres sont savoureuses, comme la pique contre Cuvier : « Cuvier, un œil sur la Genèse et l’autre sur la nature, s’efforçait de plaire à la réaction bigote en mettant les fossiles d’accord avec les textes et en faisant flatter Moïse par les mastodontes. ». Plus inattendu, Hugo évoque Ourika et les romans de Sophie Cottin.

 

10:10 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (0)

Livre II (« La chute »)

    Hier j’ai fini le livre II, lu les III et IV (le IV est très bref). Cherchant nos différents livres de Queneau afin d’en prêter quelques-uns à un ami, je suis tombé sur Le vol d’Icare, dont j’ignorais même que ce fût le titre d’un livre de Queneau – dans nos Folio, à la buanderie, c’était un des livres lus il y a longtemps par Claire, qui en garde un vague souvenir – et que je me suis mis à lire hier soir, pour ne pas prendre trop d’avance sur E° et Claire : c’est tout moi, ça, j’ai des dizaines de livres à lire sur trois ou quatre piles différentes, et je commence un bouquin pas du tout prévu.

 

Au début du livre II, il y a une des phrases les plus banales peut-être, mais qui m’avait fait tiquer adolescent et qui me fait tiquer derechef : « Il pouvait avoir quarante-six ou quarante-huit ans. » (p. 62). À cinquante ans passés, je suis en mesure d’affirmer que personne ne juge ainsi de l’âge d’autrui. Si le narrateur est omniscient, il connaît l’âge du personnage ; s’il ne l’est pas (s’il est à hauteur de lecteur), il pensera quelque chose comme « il pouvait avoir un peu moins de cinquante ans » ou « il devait avoir quarante-cinq ans et quelques »). Je ne note pas cela pour faire un quelconque reproche à Hugo, mais pour indiquer ce qui marque une lecture, et, sans doute, un style. N’y a-t-il pas déjà, dans cette notation singulière, préfiguration (l’esprit interprétatif cherche à trouver du sens et de la complexité partout) de la dualité qui travaille le personnage à partir du chapitre VII (p. 91 sqq) ?

Justement, dans ce portrait moral, Hugo racontant comment « l’inoffensif émondeur de Faverolles » devint « le redoutable galérien de Toulon » (p. 97), il y a la mise en place de la structure duelle ou dilemmatique du personnage telle qu’elle se développe dans les chapitres XI à XIII. La scène au cours de laquelle, juste avant de voler l’argenterie, Jean Valjean s’arrête devant l’évêque endormi, est admirable, car elle fait se succéder au regard pictural du narrateur le point de vue du forçat, « effaré de ce vieillard lumineux » (p. 106). La dualité est celle-même qui fait l’objet du tableau :

Au moment où le rayon de lune vint se superposer, pour ainsi dire, à cette clarté intérieure, l’évêque endormi apparut comme dans une gloire. Cela pourtant resta doux et voilé d’un demi-jour ineffable. Cette lune dans le ciel, cette nature assoupie, ce jardin sans un frisson, cette maison si calme, l'heure, le moment, le silence, ajoutaient je ne sais quoi de solennel et d’indicible au vénérable repos de cet homme, et enveloppaient d'une sorte d’auréole majestueuse et sereine ces cheveux blancs et ces yeux fermés, cette figure où tout était espérance et où tout était confiance, cette tête de vieillard et ce sommeil d’enfant. (p. 95)

Le dialogisme du point de vue vient répéter et même reproduire le contraste entre la figure tourmentée du bagnard et l’évêque, paisible et serein.

 

Le chapitre XIII, « Petit-Gervais », est un des passages les plus frappants du livre II. J’avais oublié que Jean Valjean, une fois l’enfant terrifié mis en fuite, prend conscience du fait qu’il a bel et bien enterré la pièce de quarante sous sous son soulier :

En ce moment il aperçut la pièce de quarante sous que son pied avait à demi enfoncée dans la terre et qui brillait parmi les cailloux. Ce fut comme une commotion galvanique. « Qu'est-ce que c’est que ça? » dit-il entre ses dents. Il recula de trois pas, puis s’arrêta, sans pouvoir détacher son regard de ce point que son pied avait foulé l’instant d’auparavant, comme si cette chose qui luisait là dans l’obscurité eût été un œil ouvert fixé sur lui. (p. 113)

L’image ne m’avait peut-être pas frappé en 1988 (et pourtant je connaissais le poème de Hugo, La conscience, vu qu’il se trouvait dans le cahier de poésies de mon père (il faudrait expliquer, pas le temps)), mais la grande ambiguïté de l’état cataleptique de Jean Valjean, oui. Cette ambivalence vient encore du jeu des points de vue : la scène est d’abord vue par l’enfant, de sorte qu’on est sûrs que Jean Valjean fait exprès de voler la pièce, puis par Jean Valjean lui-même, ce qui invite à tout reconsidérer.

Il faut ici dire qu’avant de lire Les Misérables, j’avais vu le film de Robert Hossein. On en parlait avec Claire hier matin, pour nous Jean Valjean a pour toujours le corps et le visage de Lino Ventura (et, ai-je ajouté, Javert c’est Michel Bouquet). Ce film, on était allés le voir au cinéma en sortie scolaire, en CM1, et je me rappelle qu’on avait fait tout un travail autour du film après avec notre institutrice, Mme Lapeyre (la seule institutrice qui ait fait son travail correctement de mes années d’école élémentaire). La scène de la pièce de quarante sous, il me semble (mais tout en ayant plusieurs souvenirs très précis du film, je ne l’ai jamais revu et ça fait donc 43 ans), est beaucoup moins ambiguë dans le film : comment faire, d’ailleurs, sans voix off ? (Et je précise que je préfère une adaptation qui laisse échapper de l’ambiguïté à tout recours à la voix off reprenant tel ou tel paragraphe d’analyse psychologique.)

 

Je crains de beaucoup évoquer des intertextes dans ces carnets. D’ailleurs, Claire m’a déjà signalé que le début de L’Or de Cendrars était probablement inspiré du début du livre II, l’entrée de Jean Valjean dans Digne. Hier, en lisant le chapitre XIII de ce même livre II, je n’ai pu manquer d’établir un parallèle entre la dualité du personnage et plusieurs passages du Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde de Stevenson, notamment :

Disons-le simplement, ce n’était pas lui qui avait volé, ce n’était pas l'homme, c’était la bête qui, par habitude et par instinct, avait stupidement posé le pied sur cet argent, pendant que l'intelligence se débattait au milieu de tant d’obsessions inouïes et nouvelles. Quand l’intelligence se réveilla et vit cette action de la brute, Jean Valjean recula avec angoisse et poussa un cri d’épouvante. (p. 116)

Jean Valjean est, aussi lui, un cas étrange. En consultant la traduction d’Isabel Florence Hapgood (1887), le rapprochement est plus évident encore : « When intelligence reawakened and beheld that action of the brute, Jean Valjean recoiled with anguish and uttered a cry of terror. »

 

Entre autres échos, la caverne platonicienne n’est pas loin : « Au sortir de cette chose difforme et noire qu'on appelle le bagne, l’évêque lui avait fait mal à l’âme comme une clarté trop vive lui eût fait mal aux yeux en sortant des ténèbres. » (p. 115)

 

[Je viens de passer une heure à écrire ce qui précède. Je n’ai rien dit des livres III et IV. Ça ne pourra pas tenir de la sorte ; on verra bien.]

 

08:15 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (2)

samedi, 25 juillet 2026

« aussi lui »

    Le récit a parfois des accents balzaciens, et on a d’ailleurs tort d’opposer Hugo et Balzac. Leurs styles respectifs – et il faudrait reprendre Dumas aussi – ne sont pas si éloignés que cela. Dans le chapitre XIII du livre I, cela transparaît dans des notations comme celle-ci : « dans un caractère comme dans un rocher, il peut y avoir des trous de gouttes d’eau. Ces creusements-là sont ineffaçables ; ces formations-là sont indestructibles. » (p. 57)

Dans le même chapitre, je veux retenir aussi cette phrase : « Il examinait sans colère, et avec l’œil du linguiste qui déchiffre un palimpseste, la quantité de chaos qui est encore dans la nature. » (ibid.) N’y a-t-il pas quelque préfiguration du structuralisme ?

 

Dans le chapitre XI, qui est celui dans lequel Hugo critique et recontextualise l’aversion de l’évêque pour Napoléon, il y a une formule étrange : « Mgr Bienvenu eut donc, aussi lui, son heure d’esprit de parti, son heure d’amertume, son nuage. » (p. 51)

Cette incise, aussi lui (au lieu de lui aussi), m’a fait trouver des occurrences, de la même époque voire de la même plume, que je trouve amusant et même instructif de verser au dossier :

On oublie seulement qu’il [Molière] serait mort, aussi lui, comme tant d’autres, qui n’ont pas laissé pourtant de faire rire les « honnêtes gens » de leur temps, s’il n’y avait rien de plus dans son œuvre que dans la leur. (Ferdinand Brunetière, Etudes sur le XVIIe siècle, 1890)

 

Le Réalisme, pour user du mot bête, du mot drapeau, n’a pas en effet l’unique mission de décrire ce qui est bas, ce qui est répugnant, ce qui pue, il est venu au monde, aussi lui, pour définir dans de l’écriture artiste, ce qui est élevé, ce qui est joli, ce qui sent bon, et encore pour donner les aspects et les profils des êtres raffinés et des choses riches : mais cela, en une étude appliquée, rigoureuse, et non conventionnelle et non imaginative de la beauté, une étude pareille à celle que la nouvelle école vient de faire, en ces dernières années, de la laideur. (Goncourt, préface aux Frères Zemganno, 1879)

 

« Sans doute la Esmeralda ne songeait pas au capitaine sans amertume. Sans doute il était affreux qu’il eût été trompé aussi lui, qu’il eût cru cette chose impossible, qu’il eût pu comprendre un coup de poignard venu de celle qui eût donné mille vies pour lui. » (Notre-Dame de Paris, 1831)

 

09:23 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 24 juillet 2026

Un juste

    Ce soir, j’ai achevé la lecture du livre I, « Un juste » (pp. 5-61 du Pléiade) et commencé le livre II de la première partie : l’errance du forçat dans les rues de Digne où tout le monde, même le molosse, le rejette, c’est d’une beauté !

 

Pour en revenir au livre I – Adolescent, je n’avais peut-être pas saisi pourquoi Hugo place, en frontispice de son roman, ce long portrait d’un personnage qui disparaît dès qu’il fait don de son hospitalité et de ses chandeliers d’argent à Jean Valjean. Bien sûr, la figure de M. Myriel permet d’articuler toute la fin du 18e siècle, la Révolution et l’Empire, avec l’histoire sociale du 19e siècle, mais le plus important est de situer le roman sous l’égide de ce grand homme simple et bon, dont la théologie s’exprime en pratique et qui rappelle de façon aiguë le vrai message du Christ. Le vœu de pauvreté est ce qui souligne le rejet de l’indigence organisée.

Hugo s’est appuyé sur un personnage réel, Mgr de Miollis, qu’il a beaucoup romancé sans doute, mais ce qui vient suggérer l'hypothèse référentielle sans même consulter l'appareil critique, c’est qu’il lui reproche son antibonapartisme (p. 52). Soit dit en passant, la fixette de Hugo sur Napoléon et son antithèse entre le grand despote et « le petit » font partie des rares choses qui m’échappent totalement chez lui.

 

23:23 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 23 juillet 2026

Embarqué-es pour une (re)lecture

23 juillet

 

Ce soir j’ai commencé ma (re)lecture des Misérables.

Contexte : notre ami E° souhaitant lire le roman, nous avons eu l’idée – comme l’envie nous en titillait depuis quelque temps aussi – de le relire, Claire et moi. C’est notre ami É* qui nous en a aussi donné l’idée, car il ne l’avait jamais lu et en est sorti émerveillé l’an dernier… émerveillé et étonné, car il ne s’attendait « pas du tout à ça ».

Claire l’a également commencé ce soir, elle sur liseuse, moi dans l’exemplaire du Pléiade emprunté à la B.U.

Encore du contexte : Claire et moi l’avons lu à peu près au même moment, au milieu de l’adolescence. Je me rappelle clairement l’avoir acheté, en classe de troisième, chez le bouquiniste de Saintes, pour la somme alors énorme de 150 euros ; il s’agissait de la deuxième édition Hetzel, parue alors que Hugo était encore en exil. C’est sur ce colossal volume, imprimé sur deux colonnes, avec gravures, que j’ai lu Les Misérables autour de 1987-88, sans doute en hiver car je me revois lisant une partie à Cagnotte, au coin du feu, sans électricité à la suite d’une coupure de courant qui avait pu durer quelques heures, comme cela arrivait.

 J’avais adoré, mais en le relisant, et avant même d’avoir eu besoin de beaucoup avancer, je pense (et suis même certain) que j’avais lu certains chapitres en diagonale. Mes connaissances en philosophie et en histoire politique, entre autres, ne me permettaient probablement pas de saisir vraiment, ni seulement d’accrocher – pour prendre un seul exemple – au chapitre dans lequel Monseigneur Bienvenu discute des excès de la révolution avec le conventionnel mourant. Mais peut-être que si... Peut-être que je calomnie l’enfant de treize ans que je fus. Après tout, vers cette même époque j’ai lu et même dévoré tout le théâtre de Hugo, Cromwell inclus (mais pas sa préface, haha).

Bien que j’eusse aimé relire sur mon vieux Hetzel, je n’ai pu que constater que le confort de lecture, notamment pour mes yeux de quinquagénaire, serait insuffisant. L’autre avantage du Pléiade, édité et annoté par Henri Scepi et Dominique Moncond’huy, est que bien des points un peu obscurs peuvent être aisément levés sans avoir à googler, et donc risquer de tomber dans le trou du lapin d’Alice : je me connais, je vérifie telle référence factuelle qui m’échappe, et je m’interromps pendant cinq minutes, au bas mot, pour lire telle et telle page ouverte de fil en aiguille.

Dernier point : vais-je tenir régulièrement ce carnet de lecture ? On verra. Dans l’idée, oui, j’aimerais. L’idée est surtout de faire part des discussions que nous aurons avec Claire et E°, et de noter toute bricole qu’il me prend l’envie de noter. Pas d’ébauche de thèse ni de réflexion concertée ou profonde sur les thèmes etc. De l’encre, il en a coulé sur ce livre, et plus experte, mieux informée.

 

21:25 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 06 mai 2026

2026 ֍ Ritournelles, 18

    Sur mon vélo, sous une pluie nette sinon battante, je chantonne sans cesse ces strophes que j’ai dans la tête depuis 36 heures, en sachant que si un·e adolescent· ou même jeune adulte m’entend – mais ça ne risque pas, toustes ont des casques ou des écouteurs – iel risque de se demander s’iel n’a pas des hallucinations, car un daron chantonnant toutes les paroles de Bissap du vingtième n’est pas le spectacle le plus probable en ce bas monde, et pourtant et pourtant. Tentant de changer de disque, je me remets en bouche, sur les bords de Loire, après passage à la B.U. et avant de réenfourcher ma bécane – il ne pleut plus, ouf -, ce beau quatrain de Youssoupha :

Sur Whatsapp, on s'écrit même plus pour le Ramadan

Apparemment

Et bientôt on s'écrira même plus

Pour les enterrements

 

20:19 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 05 mai 2026

2026 ֍ SAD, 18

 

    Le maçon retourne la truelle

Dans le baquet

Où sèche sa détresse.

 

Elle n’est plus si belle :

Questionne-toi, torture-toi.

« Est-ce que j’ai fait un truc pas bien ? »

 

20:24 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 04 mai 2026

2026 ֍ Affiquets, 18

    On tient la longueur, ça tient la distance.

Un stylo usé qu’on voudrait jeter, est-ce un déchet ou une bribe ?

Avec ce genre de questions, plus besoin de crise climatique.

Tu chagnes, tu chagnes.

 

20:21 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 03 mai 2026

2026 ֍ Bobines, 18

    Macario échange des regards appuyés avec la Mort transparente, cet homme qui joue le rôle de la Mort et qui se tient au pied du lit du mourant. Macario échange – rare passage léger du film – des regards appuyés, car il pense que ça n’a aucun sens de maintenir en vie, ou de redonner la vie – si c’est cela que fait Macario – à cet homme grabataire, à ce vieillard au bout du rouleau. « Tiens, j’ai dit une plaisanterie. » Avant de regarder le film, j’ai failli prendre en photo le DVD à côté de Malone meurt, et j’aurais dû. Ce texte vaut rapprochement photographique. Tenez cela pour dit.

 

10:32 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 30 avril 2026

2026 ֍ Effigies, 18

    De profil tout au long de la lecture, car je me suis retrouvé assis dans le sofa vert à proximité, la poétesse ou poète tournait de temps à autre les yeux vers cette partie de l’auditoire. L’auditoire n’était pas dans un auditorium, ou alors était-ce un auditorium de fortune, cette vingtaine de chaises placées au centre de la grande salle de lecture ? Le matin même apparemment la poète ou poétesse avait visité le prieuré Saint-Cosme, et elle a raconté, avant de lire “The House That Never Will Be”, sa visite de la maison de Robert Graves à Majorque. Des abeilles butinent sur les tombes. En français, meure rime avec demeure ; en anglais, mourir est homophone de teindre.

L’effigie tourne les yeux vers l’autre côté de la pièce, plus effigie encore. Deux étudiants viennent d’entrer. Deux étudiants venaient d’entrer.

Effigie : ci-gît.

 

21:25 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 29 avril 2026

2026 ֍ Ritournelles, 17

    Désembué, le pare-brise.

Désembués aussi, les souvenirs, désemmaillotés de leurs langes factices : la petite rue à droite, juste avant la rue Sainte-Catherine, ouvre bien sur une église – ravalée, d’un jaune si clair qu’il est quasi étincelant.

Un pas de côté, sinon casse-gueule dans l’escalier.

La boutique de poupées a laissé la place à une autre boutique.

Justement, faudrait me parler.

Si nos pas nous avaient mené cours de la Somme, nous n’aurions jamais trouvé l’emplacement exact d’ANER, le bouquiniste (à moins de chercher dans d’hypothétiques archives en ligne).

Tombée car je l’ai balancée.

 

11:08 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 28 avril 2026

2026 ֍ SAD, 17

 

    Mon cerveau passé au formol,

C’est comme si je n’avais plus de mémoire, mal-

Menée : un titre, un visage meurt.

 

Molloy : la mauvaise guibole donne le la.

Malone meurt : le mourant joue à bricoler.

Murphy – indolore, écrit en anglais, ne fait pas partie de la trilogie.

 

10:47 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 27 avril 2026

2026 ֍ Affiquets, 17

    Dans le tiroir-niche

 

Quelle misère.

C’est ainsi que s’interrompt le narrateur de Malone meurt, épuisé de devoir raconter ou navré du caractère affligeant de ce qu’il invente : « Quelle misère. »

Ainsi aussi me suis-je interrompu. Pourquoi ? parce que ça me fatigue de devoir expliquer l’expression « tiroir-niche », comme si je devais expliquer le nom de mes habits : stouf, néo-ghesquière, rag’. La solution, évidemment, est de ne rien expliquer.

 

Dans le tiroir-niche il y a bien de menus objets qui pourraient venir suppléer l’absence de babioles en nombre suffisant sur mon bureau pour pouvoir tenir l’année. 52 babioles, imaginez. 52 textes, quelle misère. Au tiers de l’année, donc, au tiers du texte – si je prends ce mot au singulier pour désigner la totalité de la série –, je m’avise que ce serait mal avisé. Je vais tirer sur la corde, il y a les tiroirs du bureau, et surtout les petits réceptacles dans lesquels je n’ai pas farfouillés.

 

Le tiroir-niche recèle des babioles, utiles pour la plupart.

Si ces objets sont utiles, ce ne sont plus des babioles.

 

Le temps rafraîchira en fin de semaine : il sera temps de remettre le néo-ghesquière.

 

10:39 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 26 avril 2026

2026 ֍ Bobines, 17

    Très vite, on n’a rien voulu d’autre que regarder, promener, se repaître.

Il n’était plus question d’écrire, encore moins de filmer.

Pour filmer Venise, il faudrait y revenir, avec des idées précises. Or, on n’y reviendra pas.

Le premier séjour sert à se noyer avec joie dans l’imprécision.

 

09:05 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 23 avril 2026

2026 ֍ Effigies, 17

 

    Deux grillons sur une mosaïque.

Grillons bipèdes, de profil peut-être.

 

De quoi ces deux grillons pourraient-ils me rendre nostalgique ?

Du bleu de l’autre côté de la vitre,

Du fait même

d’être séparé du monde par une fenêtre.

 

Cela n’a pas de sens,

pas d’autre sens que

Ces deux grillons qui nous font signe

à travers les âges, à travers les siècles.

 

La ligne rouge qui les traverse, invisible, crève les yeux.

 

Grillons, pavement de Santa Maria e San Donato, XIIe siècle, Venise,  îles de Murano, 22 avril 2026

12:26 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 22 avril 2026

2026 ֍ Ritournelles, 16

    Quand je franchis un pont, c’est cette chanson vénézuélienne qui me revient.

Je la fredonne sans arrêt ici, sans raison.

Mi limón, mi limonero
Entero me gusta más
Un inglés dijo “yeh yeh”
Y un francés dijo “uh la lá”

 

Peut-être y a-t-il une raison. Peut-être que samedi, sur l’un des premiers ponts que nous avons franchis, j’ai vu un panneau vantant la limonade de tel café.

Ça ne s’explique pas. Je chante la chanson équivoque du vendeur de citrons.

 

09:25 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 21 avril 2026

2026 ֍ SAD, 16

 

    La barque glisse sur les canaux

Ou sur un seul.

Il faut savoir raison garder.

 

À nos amours !

Ce laps de temps

Dénoue chaque mot sans logique.

 

09:20 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 20 avril 2026

2026 ֍ Affiquets, 16

    Cet objet, c’est un guide très compact, sous forme de cartes dépliables, par quartier.

Infiniment précieux, mais pourquoi ai-je commencé un nouveau paragraphe.

Le guide ouvert à la page de Canareggio, et je scrute les recoins et les ponts sur le rio Priuli et sur le rio di San Girolamo.

Le guide ouvert à la page de Santa Croce détaille les boutiques, dont ce glacier, Alaska, chez lequel j’ai dégusté deux boules de sorbet, gingembre et curcuma. Le guide ouvert à la page de Santa Croce, la carte dépliée, l’adresse du glacier a disparu, mais apparaît le moindre pont sur le rio di San Boldo.

Je commence quand même un nouveau paragraphe.

Je n’arrête pas de multiplier les paragraphes.

Les paragraphes comme les canaux de Venise séparent. Les paragraphes comme les ponts de Venise réunissent. Je n’ose plus aller à la ligne de peur d’analogiser encore.

Je commence un nouveau paragraphe pour dire qu’entre autres variations régionales les Vénitiens vous souhaitent buonasiera.

Une bonne soirée.

Une bonne montagne.

Le Cartoville Venise n’aborde jamais ces questions langagières.

Le paragraphe accouche d’une pauvre phrase.

 

09:17 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 19 avril 2026

2026 ֍ Bobines, 16

    Une cinéaste suédoise a filmé longtemps les déambulations des visiteurs et des visiteuses dans l’église S. Maria dei Miracoli, ainsi que dans San Alvise, puis elle a monté les scènes en double écran avec des poèmes de Joseph Brodsky lus dans sept langues différentes en voix off. Elle a été bien avisée de ne pas montrer, dans son film, la photo du poète affalé dans un pull sans manches hideux, clope à la main, cheveux gras, rictus sans rapport avec sa voix.

 

09:06 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 16 avril 2026

2026 ֍ Effigies, 16

    Le visage du poète est multiplié par cinq fois, au recto et au verso, sur des fonds colorés contrastés mais toujours un peu bistre (bleu pétrole, brun, ocre, rouge muraille…) : enfant, le design des NRF-Poésie m’impressionnait beaucoup, d’abord avec les deux volumes Apollinaire de ma mère, puis avec les premiers que j’ai reçus en cadeau – et bizarrement je suis infoutu de me rappeler lesquels c’était : Chêne et chien de Queneau, je crois. Mais il y en avait un autre.

L'Âge de craie, à bout de bras. Caen. Cette photo, qui fait partie d’une série de 12 autoportraits dans le salon de nos amis C° et D° à Caen, est la seule où ma tronche est coupée (délibérément, par traitement après coup). Je n’ai pas eu besoin d’aller la repêcher, c’est-à-dire de la chercher longuement, cette série oubliée rappelée à mon souvenir car, dans les notifications, une de celles où mes pieds enchaussettés occupent le premier plan a été favorisée par un compte « Bigger Feet », probablement fétichiste.

Or, tout ceci est un peu amusant car ce séjour à Caen correspond à nos premières vacances après notre mariage (été 2009), soit il y a 17 ans, alors que j’ai fait remarquer à C* hier matin qu’il s’était écoulé autant de temps entre le moment où nous avons commencé à sortir ensemble et notre mariage que depuis notre mariage : 1992 – 2009 – 2026 ; cela ne se reproduira pas. Et, autre légère coïncidence, hier à Horsarrieu, nous avons longuement parlé de C° et D°, que nous avons perdus de vue depuis plusieurs années mais que H° continue de voir régulièrement, à chacun de leurs séjours à Saint-Sever.

Il paraît qu’il y a une très bonne librairie à Saint-Sever.

 

07:53 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 15 avril 2026

2026 ֍ Ritournelles, 15

    Depuis qu’on parle de Venise, qu’on a emprunté des guides, parcouru des livres, réservé les billets d’avion etc., à peu près une fois sur deux ou trois l’un de nous deux, C* ou moi, fredonne l’insupportable tube de Julien Clerc, dont j’ai le malheur de connaître une partie des paroles (les premiers vers, de l’insupportable Etienne Roda-Gil). Ça aurait pu être Stone et Charden, ce qui n’aurait pas été mieux d’ailleurs. Il est hors de question, cependant, que notre semaine là-bas, sorte de lune de miel très en retard ai-je ironisé dans un mail à un ami traducteur, soit gâtée par cette bluette bêlante. Pour le moment nous ne trouvons pas la parade.

 

07:52 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 14 avril 2026

2026 ֍ SAD, 15

 

    Cette souffrance, laquelle est-ce ?

On peut difficilement la décrire,

D’un chuchotement, d’une mimique.

 

Laisse le visage exprimer, d’un

Rire, ce à quoi échoue le langage.

M’y cramponner, à ces mimiques.

 

17:31 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 13 avril 2026

2026 ֍ Affiquets, 15

    Loin de la rue, loin du muret bordé de troènes, quelques jours surtout après avoir procédé à un grand rangement, tout est en suspens. Il faudrait évoquer les deux clés de voiture, identiques, sur le long bureau de la chambre, à l’hôtel des Thermes : l’une munie du porte-clés du concessionnaire, une plaque de plastique rouge, et l’autre d’un porte-clés acheté à Rome il y a deux mois, représentant une cafetière Bialetti. Une clé, même avec sa jumelle, ne peut faire démarrer un texte.

 

17:31 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 12 avril 2026

2026 ֍ Bobines, 15

    On en revient au phoque de la mer du Nord, ni échoué ni totalement libre, prêt à être tué. Désormais, il nage dans les eaux du canal de la Giudeca. C’est étrange. Depuis les vaporettos, touristes et Vénitiens – qui pourtant haïssent les touristes – le filment. Le phoque une fois a fait chavirer une gondole ; c’est déjà assez compliqué de ramer dans ce détroit. Les chauffeurs de taxis, au volant de leur hors-bord, le narguent, à moins que ce ne soit l’inverse. Puis un jour il disparaît : était-ce un rêve ? Non. Un cinéaste décide de monter bout à bout toutes les vidéos publiées sur Instagram, TikTok etc.

 

09:06 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 11 avril 2026

2026 ֍ Cantilènes, 15

    dans la fontaine des absents

les dents longues

les dents acérées

les dents pourries

les dents aux aguets

 

les dents aux dépens

de celui qui mord

la vie à belle

 

les dents à la teinte

olivâtre de qui

a trop fumé

 

le pouvoir des dents

le tartre des dents

le souvenir ardent des dents dans

la fontaine des absents

 

les dents tendues

à trop attendre

 

19:04 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 09 avril 2026

2026 ֍ Effigies, 15

    La semaine commence le jeudi.

 

Avec ses pattes robustes,

Le kamichi

Attend que l’ajuste

L’olibirius qui le photographie.

 

Son poitrail de plumes est un buste

Et son œil un phare.

 

La semaine commence

en fanfare.

 

Réserve zoologique de Calviac-en-Périgord, jeudi 12 juillet 2018

18:58 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 08 avril 2026

2026 ֍ Ritournelles, 14

Alexanderplatz —Ʊ— auf wiedersehn !

Un jour j’enregistrerai une émission de radio sur Franco Battiato.

Un jour je me déciderai à lire enfin sérieusement Döblin.

Un jour j’irai à Berlin.

Un jour aussi je serai mort, sans avoir fait tout cela.

Peut-être.

 

18:54 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 07 avril 2026

2026 ֍ SAD, 14

 

    Difficile, l’envie.

L’envie d’être autre chose

Ou un animal différent.

 

Range tes pensées au placard,

Ose assumer ton être mesquin.

Virage au ralenti, en vie.

 

08:22 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)