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mardi, 13 janvier 2026

Tout en jeux de mots (vaseux)

Cette victoire en deux manches face à Neorex, je n’avais pas prévu de l’écrire (de la transcrire ?).

Je ne sais d’ailleurs pas très bien ce qui se trame ici.

L’idée de raconter (ou de décrire (ou de transcrire (même les verbes sont impuissants à dire – pour le moment – ce que je fabrique ici))) des parties de Koï-Koï a fini par émerger dans la droite ligne d’une obsession de jeu.

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Avant de me remettre à la relecture des épreuves de NSRJ, une petite partie ? oh oui, tiens… Et donc cette partie, je la clos en deux manches, ce n’est pas si souvent. Plus rare, en une manche – j’espère un jour en dire un mot (en faire un texte).

Aussi j’ai du mal imaginer le·a lecteur·ice de ces textes. Quelqu’un·e qui connaît le jeu s’y amusera éventuellement au fil de quelques paragraphes, sans plus ; quelqu’un·e qui n’y connaît rien peut lire ces textes comme une sorte de prose codée expérimentale. Tentative d’épuisement d’un jeu japonais, mais à vrai dire c’est moi qui m’y épuise.

En tout cas, en deux coups de cuillère à pot, j’ai réglé son compte à Neorex, et d’ailleurs remarquez que la deuxième (seconde) manche aurait pu y suffire : 26 points, ce n’est pas si loin de 30.

Il suffit de marquer 30 points, lors de la première manche, pour avoir partie gagnée : les scores, au Koï-Koï, fonctionnent par vases communicants, le score des deux adversaires devant toujours totaliser 60. C’est d’ailleurs pour cela qu’alors que j’ai marqué 40 points contre Neorex, mon score a été plafonné à 60 : en toute logique on s’attendrait à ce que je gagne 80 à 0, ou 40 à 0 s’il n’y avait pas de vases communicants.

C’est vaseux.

On voit que je tente de parler de cette partie après l’avoir jouée, sans avoir pris de notes.

La manche 1 fut assez classique : saké à la lune (je crois), koï-koï, puis doublé de fleurs et d’animaux permettant de totaliser 7 points, soit un score après yame et avant la manche 2 de 44 à 16. Lors de la manche 2, j’ai joué de façon plus risquée, car j’avais un chrysanthème dans ma main et, une fois captée la carte du rideau, puis celle de la lune, j’attendais de piocher la carte du saké. Après un koï-koï qui aurait pu être imprudent (mais je comptais sur mon matelas de points pour que la défaite éventuelle en manche 2 ne soit pas trop handicapante), j’ai pioché de fait la coupe de saké lors de la dernière prise : 6 animaux, 10 fleurs (donc 3 points), plus les 10 points de deux sakés 26 points.

Je crois avoir déjà fait le jeu de mots stupide sur la coupe de saké et le coup de bol ; toutefois il est ici plus pertinent que jamais.

(Vaseux aussi est un jeu de mots. Un jeu de mots vaseux.)

 

08:09 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ SAD, 2

    Sans besoin d’un cœur qui divague

Ni des regards par en-dessous,

L’amour n’est pas ce qu’on proclame :

 

Lame de fond,

Tsunami,

Vague à l’âme qui fait se sentir vivant.

 

07:28 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 12 janvier 2026

2026 ֍ Affiquets, 2 (la bague)

    C’est une bague en toc, de couleur orange, une sorte d’anneau très épais, en plastique probablement, et dont le motif central est un carré bordé de vert, avec quatre cœurs bleus qui ressemblent presque aux empreintes utilisées par Claude Viallat, ainsi qu’un point blanc au centre des quatre cœurs ; cette bague a été retrouvée par mon fils aîné, lors de son dernier séjour, sur une des étagères de sa bibliothèque de bandes dessinées, sans que personne ne sache d’où sort cet objet, ni à qui il appartient.

 

*

*                  *

 

(J’ai choisi le titre de cette rubrique, Affiquets, sans avoir suffisamment fait de recherches, mais je m’amuse de découvrir que, dans son Dictionnaire des proverbes publié en 1842, Pierre-Marie Quitard disait des agiaux, terme qui « désigne ainsi une toilette extraordinaire et ridicule », que c’était un « vieux mot qui veut dire affiquet ». On est toujours le vioque de quelqu’un.)

 

08:28 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 11 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 2

    Le nouveau film de Jim Jarmusch est parfait — et parfaitement creux.

Parfait : tout est filmé au cordeau, avec alternance des plans et placement de certains plans dans chaque sketch ; tout est écrit de façon millimétrée, avec la triple discussion sur l’eau que l’on boit, la triple (et horripilante) apparition des skaters au ralenti, la triple variation sur l’expression Bob’s your uncle.

Parfaitement creux, car c’est un exercice de style pur. Jarmusch montre qu’il sait composer un triptyque (look at me writing!), qu’il sait filmer (look at me shooting this shot!), qu’il dirige superbement d’excellent·es acteurices (look at me directing!), mais ça ne débouche sur rien. La seule façon de prendre du plaisir à ce film est de répondre à l’exercice de style par un exercice d’admiration béat, ou de ne très vite rien attendre de ce film, de se contenter d’un bel objet narratif.

Il y a quelques années – dix, peut-être – j’avais lu (pas en entier, du coup – de mémoire je me suis arrêté vers la fin du troisième tome) le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell, qui m’avait fait le même effet : une machine parfaitement huilée, une structure parfaite, mais l’histoire qui est racontée n’a aucun intérêt. Ainsi, l’œuvre paraît terriblement datée. Il me semble que c’est pareil pour le Nouveau Roman : les romans de Robbe-Grillet, et peut-être aussi la tétralogie de Claude Mauriac, ont mal vieilli car ce n’étaient que de purs exercices, tandis que les livres de Sarraute, Pinget et Claude Simon passent la rampe des années. (Butor est un cas ambivalent.)

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Pour en revenir à Father Mother Sister Brother, il faudrait revoir Mystery Train, afin de voir si c’est aussi creux, trente-cinq ans plus tard. J’avais beaucoup aimé ce film, au cinéma en 1990 et plus tard, à la télé, à la fin des années 1990 je dirais. Nous avons revu il n’y a pas si longtemps Night on Earth, avec les garçons, et nous avions trouvé ça longuet, en particulier le sketch italien, avec Begnini, qui en fait des tonnes et n’est pas du tout dirigé pour le coup. En fait, mon scepticisme à l’égard de Jarmusch ne date pas d’hier : dès sa sortie j’avais trouvé Down by Law lourdingue, puis il y avait eu Dead Man, que j’avais trouvé lourdingue aussi dans son utilisation du noir et blanc (outre que Jarmusch ne fait rien de la référence à William Blake, pur vernis intello) ; plus récemment, j’ai trouvé Only Lovers Left Alive totalement nul (et d’ailleurs, je m’en souviens à peine).

Reste ici, presque immatériel, aere perennius, le jeu d’Adam Driver, dont la moindre expression faciale fait naître un monde. Il portait déjà, presque à lui seul, Paterson (que j’avais bien aimé). Mayih Bialik et le duo frère-sœur du dernier sketch tirent également leur épingle du jeu, malgré la froide inanité des dialogues.

 

21:31 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 10 janvier 2026

2026 ֍ Cantilènes, 2

    au fardeau que devient le monde

une heure passe vite

et dix-sept années plus encore

(un tiers de vie,

je l’ai écrit)

 

un tiers de vie, mais seulement

si je mourais d’ici peu

(que de gaieté dans ces parages)

 

porter le poids de cette angoisse

non du temps qui passe, mais

du monde qui ne passe pas

 

s’avère

fruit pourri au cœur

remords de l’impuissance

nèfle durcie par le printemps

 

quand tout paraît s’effondrer

quand tout s’effondre

 

05:41 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 09 janvier 2026

Bourrasques et miscanthes

La tempête a soufflé cette nuit, et encore aujourd’hui. En vélo ce n’était pas commode.

Ce matin tôt j’ai atteint mon plus haut classement au Koï-Koï, 1793. En buvant du Pu-erh j’entame une partie, à 15 h 15. L’adversaire, Mr E., prend le ruban calligraphié de prunier puis riposte à ma prise de la coupe de saké par le ruban de paulownia. Papillons pour moi, lune pour lui. Cerf pour moi, ruban bleu de pivoine pour lui. À partir de la cinquième prise j’enchaîne tardivement les rubans. À la septième il totalise 10 fleurs mais fait koï-koï. En dernier lieu je marque 5 animaux.

Au Cappucino, la playlist hésitait entre l’improbable et le pénible.

1000011401.jpgMenant 32 à 28, je prends d’emblée le rideau de cerisier (prise) et la grue (pioche). La coupe est dans la rivière.

Au Livre, où j’ai découvert la parution d’un nouveau livre de Ryoko Sekiguchi, que j’ai acheté, L.* m’a fait son grand numéro de radicalité, en tapant totalement à côté.

La manche 2 fait long feu : à la deuxième prise l’adversaire prend la coupe après la lune.

J’avais rechargé la batterie de mon vélo dans le bureau ; sans cela je n’aurais pas pu, entre la fatigue et les bourrasques, gravir la Tranchée, au retour.

Ah non, il fait koï-koï : la manche 2 se poursuit donc. Il n’avait pas tort. Acculé, je ne peux que le laisser finir avec 11 fleurs ou plaines et marquer 14 points.

Hier soir à l’entraînement de ping-pong j’ai fait les exercices avec E*, qui est nettement plus fort que moi – pas difficile – mais qui ne comprend pas du tout les exercices demandés.

Le début de la troisième manche est un effet miroir de la précédente : il prend d’emblée le rideau de cerisier (prise) et la grue (pioche). La suite est pathétique pour moi, car je n’ai rien en main. À la cinquième prise l’adversaire prend le phénix et met fin à la partie, avec une victoire 48 à 12.

Ce matin, dans une copie de traductologie, j’ai écrit, en face du mot « ajustement », qu’une étudiante employait de façon récurrente : « nouveau concept ? vous devriez le faire breveter ».

Il me faut tenter une autre partie, face à eve (sic). Elle est l’oya, prend le rideau de cerisier ; je prends la coupe ; elle prend le sanglier et les deux plaines de miscanthe ; je prends le cerf ; elle prend un ruban calligraphié ; je prends l’hirondelle et le ponton ; elle ne prend rien ; je prends un ruban de glycine ; elle prend deux plaines supplémentaires ; je prends la grue ; au sixième coup je mets fin à la manche (5 animaux et 5 rubans, 2 points, bien payé, ouf).

1000011402.jpgDevant la boulangerie du haut de la place du Monstre, à midi, un employé défaisait les décorations de Noël en exhibant le sourire du plombier boulanger, un nounours gisant comme mort à ses pieds.

Pour la deuxième manche, je prends rapidement le sanglier et les papillons ; j’ai une carte d’érable dans ma main, donc attendons. À la cinquième prise l’adversaire prend la lune et marque les trois lumières.

Il y a encore une nouvelle employée chez le torréfacteur.

La troisième manche démarre poussivement : une paire de chrysanthèmes, les papillons, le cerf, enfin le rideau accompagné du ruban de magnolias ( ?). L’adversaire prend de l’avance mais je finis par piocher la coupe de saké, qui me suffit pour gagner l’ensemble des 3 manches d’un cheveu.

Au courrier : Courrier international, avec une couverture sur Trump et le Venezuela ; deux petits livres de Jacques Ponzio sur Monk, envoyés directement par l’éditeur.

Peu après, je gagne face à F-sharp, en trois manches nettes : 8, 10 et 3 points (ce dernier score suite à un double koï-koï désespéré tenté par l’adversaire qui aurait gagné si le hasard avait fait tomber la coupe de saké dans son escarcelle). Pas noté le détail des coups, ni fait de capture d’écran.

Figurez-vous que j’écoute en boucle Nudge It et Mork n’ Mindy.

 

15:58 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Moutures, 2

Rituels

Chantal Estran-Goecke

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026

 

    Sur la table, le papier blanc.

L’intention de t’écrire

une longue lettre en français.

Deux dictionnaires à côté ; juste pour vérifier.

« Indispensable, le petit Robert. »

In…dis… pensable… ?

Le stylo encre. La plume magique.

Parviendra-t-elle à convertir mes pensées en mots

Que tu comprends ?

Non, impossible. Échec annoncé.

 

05:35 Publié dans 2026 ֍ Moutures | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 08 janvier 2026

« You lose »

Hier, il y a eu deux ou trois parties jouées pour lesquelles j’ai envisagé de m’interrompre quelques instants, le temps de griffonner au crayon sur un bout de papier une sorte de résumé dramaturgique et chiffré : les parties qui présentent un véritable intérêt sont celles qui font l’objet soit d’un lent et improbable creusement, soit – plus classiquement – d’un retournement de situation aussi rare que déroutant, comme hier, où, mené 56 à 4, j’ai réussi à marquer un triple 9 sans lumières et à l’emporter donc de justesse, 31 à 29. (De mémoire.)

Que cela soit dit : ces textes, j’en suis pleinement conscient, sont aberrants.

Il n’empêche que me voici, après 1 h 30 de travail, à m’offrir une première pause. Il est 6 h 25 ; je vais voir s’allumer le lampadaire du néflier (qu’il vaudrait mieux nommer réverbère à l’érable), dans cinq minutes donc, pendant la partie.

 

Screenshot_20260108-063314_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Cliquant sur « find opponent » (j’ai basculé l’application en anglais, juste pour voir), je vois que je suis censé attendre 59 secondes. Au bout de 27 secondes, la partie débute, avec moi à la manœuvre (je suis l’oya, donc). Je prends la lune et deux fleurs ; mon adversaire prend les papillons et le sanglier, de sorte que je saisis la plaine d’érable qui se trouve dans la rivière pour empêcher un éventuel Ino-Shika-Cho : peine perdue, car il avait les deux érables restants et fait yame au quatrième coup.

La deuxième manche est également une course, car l’adversaire est d’emblée en tête : je prends un paulownia pour empêcher le saké à la lune, puis un érable pour empêcher le triple ruban bleu. C’est mal embarqué, tout ça. Au bout de quatre coups, mon adversaire a deux lumières et 5 fleurs (ou plaines / plains dans la version anglaise). Au cinquième coup, il prend la lune et marque 11 points sans relancer.

Situation presque désespérée avant la troisième manche. Je suis contraint de faire koï-koï au cinquième coup après avoir associé les 3 lumières (phénix, cerisier, lune), ce dans l’espoir de poser la coupe de saké (et/ou plusieurs fleurs supplémentaires — j'en ai 9 déjà*) ; dès le coup suivant l’adversaire empoche un cinquième ruban, douchant définitivement mes maigres espoirs.

 

(Note de traductologie : la version anglaise de l’application propose de recatégoriser les noms victoire et défaite en verbes, avec renvoi à la personne et sujet exprimé : you win /you lose. Écrivant ceci, je feins que la langue originale soit le français, mais il faudrait réfléchir à partir des formules de la version japonaise ; c’est au-delà de mes compétences.)

 

 

 

* Histoire de montrer en quoi la prévoyance et la tactique ne peuvent rien face au hasard : si au lieu d’offrir un ruban à mon adversaire, la pioche avait posé une plaine de chrysanthème, j'aurais ensuite posé la coupe de saké et marqué 11 fleurs (2 points), les deux sakés (10 points) et les 3 lumières (6 points), le tout doublé car j’avais déjà fait koï-koï, donc 36 points et victoire par 49 à 11 pour moi.

 

06:35 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Effigies, 2

OUM (Oiseaux Urbains Malchanceux). Exposition Sacha Ketoff. Château de Tours, 14.11.2008.    En novembre 2008, nous vîmes une exposition de Sacha Ketoff au château de Tours. En octobre 2011, je ne me rappelle plus pourquoi, j’avais repris ma photographie des Oiseaux Urbains Malchanceux pour écrire un texte de la série Entre Baule et Courbouzon (un des derniers, d’ailleurs). Je constate que dans ce texte où se déploie entre autres l’anagramme Icare/carie, je citais le vers de Claire Diterzi, Envoie un pigeon ou un SMS. Ça irait bien dans les ritournelles, mais je le sais depuis février 2006, tout est dans tout.

Ce matin, fort matinalement, il faudrait dire en mode nocturne même, je reprends cette image de mauvaise qualité : cadrage imparfait, reflets, contrastes approximatifs, et j’en passe. Le reflet, justement, de ma tronche – ah, j’avais dix-sept ans de moins, un tiers de ma vie a passé depuis – au-dessus de l’aile du pigeon de gauche m’inciterait à chercher d’autres reproductions de cette œuvre, sauf que voici, justement, une effigie. Spectrale, effacée, certes, mais apparition toutefois d’un visage humain. Le peintre a donc symétriquement composé son diptyque, le pigeon de droite aux plumes plus blanches que l’autre, tous deux malchanceux : oh, que mourt, aqueste. Qui est capable de dire combien de pigeons morts (écrasés ou bouffés par un chat) iel a vus dans sa vie ?

(Tout est dans tout, surtout les adverbes.)

 

05:02 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 07 janvier 2026

« Des lumières restent dans la rivière. »

Tandis que retombe une très fine neige, sur une couche de trois centimètres qui n’a pas fondu partout, loin de là, j’attaque une partie, après avoir subi – d’un œil, car j’écrivais ce début de phrase – une publicité pour le jeu CodyCross.

Screenshot_20260107-065749_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Je suis oya ; je prends le sanglier, mais rien ne sort après pioche. Mon adversaire prend le ruban bleu d’érable. Me concentrant sur les animaux, je prends le pont de huit planches. Après la troisième prise (paulownias simples et rien à la pioche), je totalise 6 fleurs. 8 après la quatrième. 9 après la cinquième (avec le poète), mais mon adversaire m’a presque rejoint (8 fleurs), et je ne peux rien prendre d’emblée. Après la sixième prise, mon adversaire domine : 9 fleurs, 4 rubans. Personne ne prend rien. Je prends l’hirondelle et un ruban. Mon adversaire réussit à faire deux yaku à la dernière prise : 6 rubans, 10 fleurs, donc 33 à 27.

Mon adversaire ayant pris la grue, je capture le rideau de cerisier. La coupe de saké est dans la rivière, personne ne peut apparemment s’en saisir. La pioche me l’offre au troisième coup, et j’annonce yame, car l’adversaire a déjà deux lumières majeures.

Fort d’un mince avantage (32 à 28), je commence la troisième manche par le ruban de cerisier. Rien à la pioche. Ruban de pivoine et grue, mais l’adversaire a pris la lune et un chrysanthème simple baigne dans la rivière, faisant planer la menace d’une mort subite par coupe de saké. À la troisième prise, l’adversaire prend le chrysanthème, mais avec une autre fleur, et totalise 6 fleurs (contre 3 à moi). Des lumières restent dans la rivière. À l’avant-dernière prise, l’adversaire prend le ruban calligraphié de paulownia, et atteint 10 fleurs, soit 1 seul point — donc koï-koï. C’est le dernier coup. Je pose une fleur de miscanthe, récupère le sanglier à la pioche et marque 14 points (Ino-Shika-Cho + 5 animaux).

 

07:02 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Ritournelles, 1

    Avant-hier soir, il a neigé en région parisienne (donc chez ma sœur) et à Tours (donc chez nous), et dans la nuit vingt centimètres à Rochefort (donc chez A*). Dans la matinée, hier, ma mère a posté sur le groupe Famille une photo de la mare, à Cagnotte, avec cette légende : « Gelée puis grésil = mare blanche mais c’est moins beau que chez vous ! ».

Alors, bizarrement, à chaque fois que je rencontre le mot grésil (et ce n’est pas si rare qu’on pourrait le penser), ça me met dans la tête Dieu, s’il existe de Brassens, alors que le mot ne s’y trouve pas. Il ne s’y trouve pas, mais je sais pourquoi mon cerveau fait ce lien : c’est le vers « Quand il gèle sur le persil » qui lance le processus, car dans mon esprit je fusionne probablement les sons des mots gèle et persil pour aboutir à « grésil ».

 Si mon cerveau était (plus) logique, il irait pêcher du côté de Thiéfaine :

De crise en délirium ; de fièvre en mélodrame

Franchissant la frontière aux fresques nécrophiles

Tu cherches dans les cercles où se perdent les âmes

Les amants fous, maudits, couchés sur le grésil 

 

C’est dans Syndrome albatros, mais cette chanson fait partie de celles dont je ne connais que deux ou trois vers (là je suis allé copier-coller sur le Web, vilain tricheur).

Ou du côté de Murat (L’almanach amoureux), chanson dont, là encore, je ne connais que quelques vers et quatrains épars, mais que contrairement à celle de Brassens, je ne pourrais chanter en entier :

Vient le gentil mois d’avril

Sous son manteau de grésil,

Avril le doux

Est bien le pire de tous

 

Cette chanson, qui évoque sur un mode ironique et décalé les saisons et les proverbes campagnards, me rappelle les jours de vacances à Hagetmau, en particulier en hiver quand on chauffait la maison grâce à un feu dans l’immense âtre. Je ne regrette pas le temps passé à fendre du bois, mais la cheminée fait partie de ce qui fait naître en moi une puissante nostalgie pour cette maison.

 

05:55 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 06 janvier 2026

2026 ֍ SAD, 1

    Pris·e dans la tourmente du manège

Qu’on dirait maudit,

Impossible de descendre :

 

Neige dans la ruelle,

Dis-moi quelque chose de neuf.

Cendre, fais-moi renaître au monde.

 

07:30 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 05 janvier 2026

Récit factuel avec cinq alexandrins

Il y a trois cerisiers, dont le rideau, dans la rivière. D’emblée, mon adversaire (qui a un pseudo en katakana) capte la coupe de saké et le phénix. Je prends le sanglier. Iel prend les papillons. Je prends le pont d’iris avec le ruban simple. Ellui, rien. Je prends le ruban à poésie matsu. Au coup suivant je saisis deux rubans et réussis à marquer 1 point et à prendre la main pour la deuxième manche, alors que ce n’était pas bien parti. La quatrième carte de cerisier n’a jamais été posée ou piochée.

Je prends la grue, ellui la lune. Je prends le ruban à poésie du prunier. Quelques coups et à-coups. Je réussis à capter la coupe de saké à la cinquième prise. À la sixième prise, réponse du berger à la bergère après la première manche, mon adversaire dit yame aux 5 rubans.

C’est donc égalité avant la manche 3.

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Iel prend la grue, moi le rideau et le phénix, dès la première prise. Coup de bol (il faudrait garder cette expression quand la victoire s’obtient par prise de la coupe de saké), j’ajoute la lune à ma main au coup suivant. Comme je m’apprête à dire yame en empochant les 6 points des 3 lumières, je vois que l’adversaire, plus vif·ve encore que moi (dégoûté·e peut-être ?) a abandonné la partie.

 

Vu comment s’était achevée la deuxième manche, je pense qu’iel aurait dû tenter un koï-koï après les 5 rubans ; iel avait de fortes chances d’ajouter un ruban, voire un animal, et donc d’attaquer la 3e manche avec un avantage substantiel. Peut-être aussi que s’iel avait attrapé la coupe avant moi, iel aurait pu marquer un yaku de 5, 10 ou 12 points. Je trouve toujours curieuxses les adversaires qui abandonnent immédiatement, même si je les trouve beaucoup moins agaçant·es que celleux qui laissent filer le chronomètre pendant 60 secondes sans jouer : coincé à regarder mon téléphone, j’attends la confirmation que ce sera bel et bien une victoire par forfait, non quelque vile ruse – cela arrive – d’un·e adversaire qui attend les dernières secondes pour me décocher un coup rude, voire fatal.

 

11:25 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Affiquets, 1 (la pile)

    Mon bureau est en bordel.

Non.

Mon bureau n’est pas particulièrement en bordel. Pas si grand que cela, il me permet de travailler sur plusieurs tâches à la fois, au long cours, et sans que j’aie besoin de faire de la place sans arrêt.

Donc mon bureau n’est pas en bordel, mais je dois constater qu’il y traîne un certain nombre de petits objets, de bricoles, de brimborions, de petits machins qui devraient être rangés. Ce sont ces petits machins qui feront l’objet de cinquante-deux textes, chaque lundi de 2026. Sans photographie, car le texte suffit.

*                   *

*

 

Aujourd’hui, j’ai pris en main, avant d’écrire ce premier texte, une pile bouton usagée, qui est posée sur une enveloppe minuscule en plastique (6 centimètres sur 4, peut-être) ; sur l’enveloppe on peut lire l’inscription « Batteries transmitter », un numéro de code et un code-barres. Cette pile bouton usagée correspond au modèle qui sert à faire fonctionner la clé-télécommande de notre voiture. L’avant-dernière fois où j’ai dû aller au garage faire changer cette pile, comme je râlais parce que la clé bouffe de la pile, hein, n’est-ce pas, elle bouffe de la pile, une pile dure un an à tout casser, c’est pas normal, on achète une voiture et deux fois par an (car on a deux clés, n’est-ce pas) il faut raquer, il faut cracher au bassinet, 9 euros, la clé bouffe de la pile, bref, donc, comme je râlais gentiment, le vendeur m’a donné une pile d’avance en me conseillant de noter la référence et de chercher à acheter un lot de piles sur un site en ligne… ce que je n’ai jamais fait, bien sûr.

 

Dans le froid, sur une branche givrée du frêle érable qui a poussé le long du lampadaire, un merle pépie en me regardant écrire ces phrases dérisoires.

 

 

10:14 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 04 janvier 2026

Trois défaites et deux victoires, avec axiomes (en gras)

6 h 48. — 1e partie de la journée contre Wrath.

Screenshot_20260104-065203_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Après un saké à la lune, je relance imprudemment, en comptant sur la grue (dans mon jeu) et sur les trois cartes cerisier qui se trouvent dans la rivière. Malheureusement, l’adversaire parvient à 12 fleurs à l’issue de la sixième prise, relance également ; comme c’est lui qui décroche les trois cerisiers, il marque 15 points (14 fleurs et 5 rubans avec un démultiplicateur de 3).

Lors de la manche 2, il marque 14 points (saké sous les cerisiers, koï-koï, puis 5 rubans et 10 fleurs).

 

La manche 3 me permet à peine de sauver l’honneur, avec 13 fleurs et 5 animaux (après koï-koï), de sorte que je perds lamentablement 51 à 9. Si j’avais fait yame après mon premier saké, j’aurais peut-être gagné ; il ne faut jamais être trop présomptueux lors de la manche 1, qui doit servir à prendre l’avantage – même modestement – et à garder la main. (La quatrième partie, plus tard, contre Chimpira, le montrera.)

 

La 2e partie m’oppose à un adversaire dont le pseudo est en alphabet coréen. L’enjeu est de remonter à 1691 points, mon meilleur classement, acquis grâce à une bonne série hier soir.

Les trois rubans bleus sont dans la rivière. L’adversaire capte celui de chrysanthème avec la carte du saké sortie de la pioche à la deuxième prise. J’avais les 4 lumières principales dans mon jeu, mais je n’ai rien pu faire : il m’a devancé en marquant 4 points grâce à 6 rubans (score dédoublé) ; cela montre que l’avantage apparent au tirage est toujours sujet à caution.

La manche 2 est également perdue, avec 5 rubans pour l’adversaire.

Mené 35 à 25, je tente comme objectif l’Ino-Shika-Cho, mais l’adversaire atteint encore les 5 rubans alors que je n’ai que trois animaux, dont le sanglier toujours dans mon jeu. Bien sûr, il fait yame et l’emporte 36 à 24.

 

Ça semble être reparti pour une série cheatée. (Même si on joue contre de vrais adversaires, l’appli est imprévisible.) D’ailleurs, c’est de nouveau mon adversaire (pseudo en idéogrammes chinois) qui est l’oya. L’histoire se répète d’ailleurs : dans la manche 1, l’adversaire atteint les 6 rubans alors qu’il me reste à ramasser l’ino (dans la rivière cette fois, et non dans ma main). Lors de la dernière prise de la manche 2, je marque également 2 points (11 fleurs), sur le fil du rasoir. Nous voici donc à égalité avant la manche décisive. Sur le fil du rasoir, là encore, mon adversaire marque 1 point (5 animaux) après l’avant-dernière prise ; j’avais trois lumières (dont le poète, bien sûr, grr) et 8 fleurs. Ça s’est joué à trois fois rien. Troisième défaite.

Le poète, ou homme au parapluie, est certainement la carte la plus ambivalente du jeu. (Il a d’ailleurs deux noms.) Je serais prêt à parier qu’il m’a plus souvent servi à gagner comme auxiliaire permettant de capter le ruban de saule ou l’hirondelle qu’en association avec les 3 ou 4 autres lumières.

 

7 h 10.

Je persiste.

Screenshot_20260104-071639_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Me voici face à Chimpira, un récent habitué, on dira.

 

Il capte d’emblée la lune et la grue. C’est bien barré, cette histoire, encore. Heureusement, je prends le saké et peux capter le rideau sous les cerisiers à la deuxième prise. Zéro risque, yame. — Pour la manche 2, je commence avec la carte du saké, puis capte la grue. Le salut vient toutefois des fleurs, presque in extremis. Je mène donc 37 à 23, faible avantage, avant la manche 3. — Là, j’ai encore la coupe de saké dans mon jeu, sans pouvoir la poser. Je choisis donc de tenter Ino-Shika-Cho, mais les papillons restent inaccessibles. A la sixième prise, l’adversaire marque 5 rubans, relance évidemment. À la septième prise, il marque 10 fleurs mais doit encore relancer (4 points ne lui suffiraient pas pour combler son retard). Je pose la coupe de saké, ne récupère rien. Le dernier tour de l’adversaire est également sans effet, match nul ; ça s’est encore joué à très peu car s’il récupérait une seule fleur ou un seul ruban supplémentaire, il marquait 9 points et me battait.

 

Screenshot_20260104-073531_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Un peu plus tard, j’ai réussi à revenir à mon classement de début de journée, contre MAGAevil4USA (un habitué dont je devine qu’il est anti-trumpiste).

Après une manche 1 serrée, perdue de peu, la manche 2 a été gagnée avec 26 points pour moi alors que j’ai failli me contenter d’un point en faisant yame. Trois lumières, saké à la lune. Cela démontre qu’il ne faut pas forcément être précautionneux ; ici, les probabilités que l’adversaire me rattrape étaient plutôt faibles, et même si je comptais simplement sur un doublement de 4 ou 6, je me suis retrouvé avec un doublement de 13.

Lors de la troisième manche j’ai pu gérer car l’adversaire devait prendre beaucoup de risques. Je suis d’ailleurs parvenu avant lui à achever une combinaison complète, avec 5 animaux simples (pas de cerf en vue sur le plateau, mais même dans une autre manche je n’aurais pas pris de risque).

 

Cinq parties, cinq adversaires différents ; voilà qui n'est pas banal.

 

07:25 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Bobines, 1

    En gros plan, la caméra filme un accouplement d’huîtriers pie.

La façon acrobatique dont le mâle se baisse après avoir voleté quelques secondes en se collant au dos de la femelle n’appelle pas de lecture allégorique.

Image1.png

 

 

Sur l’île d’Amrum, dans la semaine entre le suicide de Hitler la capitulation de l’Allemagne, il n’y a plus de couples, et ce depuis longtemps déjà : les enfants Hagener vivent, dans la maison de famille (dont le porche d’entrée est constitué de deux fanons de baleine), avec leur mère et leur tante, leur père – un haut dignitaire nazi – étant resté sur le continent (la terre ferme, Festland) ; ni Sam Gangsters, ni l’oncle Onno, ni le boulanger Tewe ne semblent avoir d’épouses ; l’oncle Théo a émigré à New York tandis que la femme qu’il aimait, juive, était déportée et tuée par les nazis. Sur l’île d’Amrum, entre le 30 avril et le 8 mai 1945, tout ce qui compte pour Nanning, le protagoniste de 12 ans, c’est de trouver de quoi faire, à force de trocs et d’ersatz, des tartines de pain blanc avec du beurre et du miel pour sa mère, qui refuse de s’alimenter depuis l’annonce du suicide de Hitler ; suicide qui a coïncidé avec la mise au monde de son quatrième enfant, une petite fille.

Amrum est un beau film, juste, émouvant, assez conventionnel dans la façon de conduire le récit. Mais en connaissez-vous beaucoup, des films mettant en scène la question de l’identité linguistique à travers le contraste entre ceux qui parlent le dialecte îlien et ceux qui, tout en se targuant d’être du coin depuis neuf générations, ne le parlent pas ? Et surtout, avec un limerick en allemand, un enfant mimant le phoque afin de le piéger, une scène de rêve filmée de façon pas du tout « onirique », et – last not least – un accouplement d’huîtriers pie ?

 

06:15 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 03 janvier 2026

2026 ֍ Cantilènes, 1

    difficile de résister

au temps qui passe, au désespoir

le fascisme, l’impérialisme

l’écocide

ce naufrage

 

difficile de rebondir

à chaque phrase, à chaque vers

dans l’attente de quoi —

 

d’un soulèvement de soi-même ?

le givre sur le néflier

a plus de constance que moi

 

difficile de remettre

sur l’ouvrage le métier,

dans l’angoisse de ce qui toujours

advient en se fardant

 

difficile de résister

au fardeau que devient le monde

 

11:23 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 02 janvier 2026

Renversement et diptyque

Ce matin à 6 h 57, ce qui aurait pu être ma 1.313e victoire au Koï-Koï en ligne a tourné en eau de boudin. J’avais gagné les deux premières manches avec 6 et 12 points respectivement et disposais donc d’une avance confortable (48 à 12). Toutefois, mon adversaire – dont je n’ai pas noté le pseudo – a fait assez rapidement un saké à la lune, suivi de 4 fleurs au cinquième coup : avec 12 fleurs, il pouvait arrêter la partie et obtenir le match nul (5+4 multiplié par 2 = 18 points), mais il a préféré annoncer koï-koï, et, à la paire de fleurs suivante, marquer 33 points. Victorieux par 45 à 15, il m’a fait chuter à 1653 points (mon meilleur classement, hier je crois, est de 1674). Si je m’évertue à écrire des textes comme celui-ci (dont la rédaction a duré plus longtemps que la partie perdue elle-même), il faudra que je fasse une capture d’écran du résultat final.

Screenshot_20260102-071137_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Ma 1.313e victoire, ce fut donc, juste après, face à ···J···K···, un habitué de l’appli. — Manche 1 gagnée par lui, 1 point avec les 10 fleurs. J’ai eu chaud car le hasard aurait pu lui faire marquer les deux sakés, mais il n’a jamais récupéré la carte maîtresse, alors qu’un des deux chrysanthèmes était dans la rivière depuis le début, ou presque (ma mémoire me fait défaut ici). — Manche 2 gagnée à la 4e carte, avec saké sous les cerisiers : j’ai déclaré yame, car, l’adversaire ayant déjà 3 lumières, je n’avais guère d’espoir de marquer davantage. — Manche 3 gagnée à l’avant-dernière prise, au terme d’une classique « course aux fleurs ».

 

10:02 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Moutures, 1

L’étranger

Abdolreza Madjderey (Iran/Allemagne)

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026

 

    Dans ma langue maternelle

le mot ÉTRANGER désigne un inconnu, solitaire

et nostalgique,

mais sa nostalgie n’a rien d’étrange

et un ÉTRANGER n’est pas

seul avec sa nostalgie

 

Dans la langue allemande

l’étranger est un barbare,

il faut d’emblée avoir

peur de lui,

de cet

étranger aux

cheveux noirs.

 

 

____________

 

Au moment de commencer cette rubrique, je donne une rapide explication : j’ai acheté d’occasion, juste avant les vacances, une petite anthologie de textes écrits par des poètes et écrivain·es dont l’allemand n’est pas la langue maternelle. Cette anthologie, qui date de 1983, s’intitule In zwei Sprachen leben, et mon édition de poche date de 1984, chez Deutscher Tagenbuch Verlag. J’ai décidé de publier tous les vendredis une traduction d’un des textes de cette anthologie.

 

05:27 Publié dans 2026 ֍ Moutures, Darts on a slate | Lien permanent | Commentaires (1)

jeudi, 01 janvier 2026

2026 ֍ Effigies, 1

    Il fallait que cet îlot, ce rocher à dire vrai, fût à peu près droit au centre de l’image, de sorte que je ne me suis pas aperçu que la ligne d’horizon, le fond de l’océan, le fond de la toile, penchait vers la gauche. Cela, avec les nappes d’un bleu plus foncé, le petit canot au premier plan et l’écume qui s’immisce, sorte de grande méduse-caniche, face à lui, dans le coin inférieur droit, donne à cette image un côté foutraque, et même franchement pagaillous.

(Il est possible, bien sûr, d’ajouter comme contrainte d’employer au moins un mot gascon pour chacune de ces Effigies.)

 

Promenade à Boscastle, côte nord de Cornouailles — 14 juillet 2016.

 

De quoi donc alors ces « merveilleux nuages », et le rocher vu depuis Boscastle le 14 juillet 2016, seraient-ils l’effigie ? Si une effigie désigne normalement le portrait d’un être humain, une figure, quel sens cela aurait-il de choisir des photographies qui représenteront plutôt des lieux, et ne faut-il pas, dès le principe, renoncer à ce titre ?

 

12:48 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 23 juillet 2025

SecEM, 1 -°- Préface

23 juillet 2025

    Ce soir, j'ai commencé à traduire The Second Emancipation de Howard French.

Pas de contrat signé encore, mais je voulais commencer à tâter le terrain. Je me suis contenté des deux pages de la Préface ; pas grand chose à signaler à ce stade. Ah si, j'ai traduit a very different, not always roseate, image of Africa par une image très différente, pas toujours très glorieuse, de l’Afrique. Et j'ai eu Pas bien rose de Capdevielle dans la tête pendant les dix minutes qui ont suivi.

(En fait, j'ai aussi traduit le titre et le sous-titre. Pour le coup, cela, ça peut évoluer.)

 

19:35 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

Recoupements et embrouillaminis

    Je dois écrire cela.

[Cela : j’aurais pu écrire ceci, vu que c’est ce qui suit, mais j’ai écrit cela car c’est ça désigne que j’avais déjà en tête et qui m’a incité à m’interrompre dans mon travail.]

 

Je dois écrire cela. Même si je m’interromps dans mon travail – j’ai relu 22 des 49 pages du tapuscrit de ma co-traductrice, en deux grosses heures – ce n’est pas grave, il faut que j’écrive.

Car je viens d’aller, pour la deuxième fois ce matin, chercher des feuilles de papier brouillon dans le tiroir du salon, afin de continuer de prendre des notes. Et je me suis dit que je n’avais pas prévu de gribouiller autant en relisant la traduction : c’est lié à quelques erreurs ou désaccords, en nombre plus grand que je ne pensais, mais le texte d’Aidoo est très délicat aussi. Donc je n’avais pas pris assez de feuilles la première fois, vers sept heures moins le quart. Mais surtout, en écrivant au bic sur la pile de feuilles – dix peut-être, il faudra que ça suffise, là, non ? –, le souvenir des étés de l’adolescence où j’écrivais ainsi, sur des ramettes de papier brouillon, feuilles assemblées en liasses (je revois très bien ces liasses qui se détachaient comme un bloc Rhodia, mais c’était du papier brouillon), me remonte. Mon écriture de ce matin, et d’hier vu que j’ai commencé à annoter manuscritement tout en ayant face à moi, sur l’ordi, le texte d’Aidoo en regard du chapitre central qu’a traduit ma co-traductrice, n’a rien à voir avec ce que j’écrivais en particulier cet été-là : j’ai dit que j’étais adolescent, mais peut-être que c’était l’été 1984, ou alors 1987, en juillet, avant d’aller passer le mois d’août à Francfort, chez mon correspondant, oui, ce doit être cela, cet été-là j’avais commencé à écrire cette uchronie jamais finie (je n’ai jamais rien fini). Donc 1987, douze ans et demi, okay, soit : adolescent.

 

J’ai hésité avec l’été 1984, car cet été-là est le seul où nous n’avons presque pas bougé des Landes, le seul où mes parents ne nous ont pas emmenés pour un long périple en caravane. Et donc j’avais beaucoup de temps pour glandouiller, à mon bureau : j’ai dû écrire un bon paquet d’insanités à mon bureau, cet été-là. Mais celui auquel je pense, la sensation d’écrire avec, sous le bic, ou sous la plume, un bon matelas de feuilles de brouillon, c’était sans doute 1987, car l’année d’avant (je veux dire : l’année scolaire précédente, en quatrième) j’avais écrit, dans un cahier de petit format mais de 288 pages, un essai d’autobiographie : au fil de la plume, de la merde en barre ; cet essai d’autobiographie m’est aussi revenu en mémoire en lisant Scale Boy. Tout se recoupe, n’est-ce pas.

Voilà qu’en ajoutant à la phrase précédente la parenthèse indiquant que j’avais écrit mon essai d’autobiographie en classe de quatrième je suis saisi d’un doute : n’était-ce pas en sixième ? je me revois dans la salle des profs du lycée où enseignaient mes parents et où j’allais les attendre, mais est-ce que je ne confonds pas aussi avec les années d’école élémentaire ? Tout se brouille, n’est-ce pas.

Et si mon autobiographie n’aurait aucun intérêt, je dois dire que ça m’est pas mal revenu ces temps-ci, cette envie de l’écrire. Mais si je dois être honnête, pleinement, personne ne pourra la lire, personne de mon entourage en tout cas. Même après ma mort, ce que j’y dirais pourrait faire des ravages. Donc aucun intérêt (littéraire) et potentiellement des ravages (existentiels).

Tout se censure, au fond.

 

08:53 Publié dans La rature a horreur du vide, MOTS, Pong-ping | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 22 juillet 2025

SecEM, 2 -°- Mécanique

24 juillet 2025

 

    Dans le livre foutraque que je finis de lire, et qui ne paraîtra, me dit son éditeur, qu'en septembre, dans ce livre qui s'intitule bricolage[S], et "dans lequel il est question de traduction", m'a dit son éditeur, la page 204 propose, par la voix d'un personnage Carlos/Karl mécanicien, une analogie entre la traduction et la mécanique, par trois étapes : (1) "démontage" (2) "cogiter, entraver" (3) "reconstruction plus ou moins fidèle". (Bien entendu, ça ne marche pas. Et d'ailleurs avant d'écrire ce texte j'ai décidé de publier les billets de cette rubrique en remontant le temps afin qu'ils apparaissent dans l'ordre, le plus ancien en haut, contrairement à ce que prévo(ya)it la logique des blogs.) La raison pour laquelle je parle de cela c'est que la semaine dernière j'ai lu Scale Boy de Patrice Nganang, qui paraîtra en janvier prochain, et que, dans la première partie, niché entre les chapitres par lesquels il commence in medias res avec le pèse-personne et les chapitres plus chronologiques dans lesquels il poursuit, se trouve le récit de son début d'apprentissage chez un garagiste. Donc Patrice approfondit, tout au long du livre, la relation entre l'activité de pèse-personne et son travail d'écriture, son regard sur les phases complexes de la colonialité au Cameroun, de la fin du 19e siècle à la guerre en Ambazonie, en retraçant sa propre autobiographie jusqu'au seuil significatif de 1984, ses quatorze ans et l'épuration ethnique des Hausas par les séides de Biya, mais je ne crois pas que la mécanique serve d'analogie, aussi dans la mesure où il n'a guère appris à démonter, cogiter ou reconstruire quoi que ce soit dans cette ph(r)ase-là. Bref. Cela fait beaucoup de tintouin pour dire que, ayant passé six heures loin de la maison, et revenu assez crevé de la longue randonnée dans les forêts et chemins vignerons de Bourgueil, je n'ai pas traduit une ligne aujourd'hui, pas une ligne de The Second Emancipation (ce qui ne me fait pas oublier que je compte aussi commencer à me faire la main à Scale Boy cet été).

18:06 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 21 juillet 2025

SecEM, 3 -°- « des gargotes bruyantes »

25 juillet 2025, 10 h

 

    Qu'est-ce que je fais là...

Bon, ce matin, après avoir évacué, en une heure, quelque chose d'un peu administratif et d'un peu casse-pieds (l'abstract de ma communication du 23 octobre prochain et la paperasse afférente), je me suis mis à traduire l'introduction.

Deux pages (sur 17), ce n'est pas foufou. Je vais y revenir.

Pour le précédent livre de Howard French que j'ai traduit, je n'avais pas tenu de semblables carnets. Pour le précédent livre de Howard French que j'ai traduit, je m'étais fait un rétroplanning très détaillé, avec le nombre de pages par chapitre, les objectifs par date etc. Là, rien de tel pour l'instant, peut-être par superstition (pas de contrat signé) ?

 

En tout cas, dans le hors-champ (ça n'existe pas, le hors-champ est toujours une ligne de marge) : après cette heure et demie à travailler sur la traduction, je me suis recouché pour lire les deux derniers chapitres de Nightbloom (enfin, de Fleurs de nuit), puis j'ai (enfin) commencé à lire La Source et le signe de Vincent Debaene : là aussi, tiens, long avant-propos suivi d'une longue Introduction. Et dans l'avant-propos, au détour d'une note de bas de page, Debaene cite, parmi les “native anthropologists”, Kofi Abrefa Busia qui devint président du Ghana et qui est cité (son nom écorché) par Ama Ata Aidoo dans mon autre traduction du moment.

[Dans l'édition française de Fleurs de nuit l'éditeur choisit une étrange transcription pour la langue ewe : Eʋe (mais le ʋ ressort bizarrement).] Dans la “Note de l'auteur”, brève, que j'ai aussi traduite ce matin, French parle des orthographes anciennes et modernes de Fante/Fanti, Asante/Ashanti, Nzema/Nzima. Et surtout je me suis beaucoup interrompu dans la traduction de ces pages 1-2, pour échanger avec Elvire : la phrase sur les patinoires d'Abidjan m'a fait penser à elle, puis elle m'a dit qu'elle venait tout juste de regarder comment aller à Abidjan, puis je lui ai parlé de ma traduction de Treichville, “the big and low-lying workers' district across the bridge from downtown” par l’immense quartier ouvrier juste de l’autre côté du fleuve de la lagune.

De l'importance de Google Maps. Si vous vous demandez pourquoi j'avais choisi de moduler bridges, de ne pas le conserver tel quel, c'est que de l'autre côté du pont me semblait trop flou, topographiquement. Et en voyant sur Google Maps qu'il y avait deux ponts reliant le centre urbain d'Abidjan à Treichville (peut-être un seul à la fin des années 70, mais bon), je tiens bon. — Et j'ai fini par traduire low-lying plus loin, dans la phrase suivante. Pas convaincu que je ne vais pas faire sauter carrément cette précision sans grande importance, qui alourdit mon texte.

French, au nom prédestiné, raconte que, tout jeune homme donc, avant de devenir journaliste, il perfectionne son français à Abidjan au point de se faire rémunérer comme traducteur. Que ferons-nous de cette possible mise en abyme ?

 

Ce qui m'a le plus embarrassé, dans les deux pages que je viens de traduire, c'est la description du quartier de Treichville en des termes un peu stéréotypés : French dit qu'il a adoré y passer des soirées et des nuits à danser, mais il n'évite pas le cliché. Alors, le cliché est peut-être véridique, mais je me retrouve à traduire par exemple “boisterous street restaurants”, et comme, un malheur n'arrivant jamais seul, “restaurant de rue” ou “restaurant sur la rue” sont peu usuels ou lourds, tout ce que j'ai, pour le moment, c'est gargotes bruyantes. Et gargotes bruyantes, ça ne va pas du tout du tout. De même, comment ne pas traduire de façon péjorative la description de son ami Kwamena, “voluble chauffeur and strutting rooster of a man” ? Pour l'instant, ça donne chauffeur loquace qui aime se pavaner et parlant fort.

 

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dimanche, 20 juillet 2025

SecEM, 4 -°- quatre pages de l'Introduction

31 juillet, 11 h

    J’ai repris la traduction de l’Introduction, dont je n’avais « fait » que deux pages. Dès le paragraphe médian de la page 3, double embarras. D’abord, c’est amusant, alors que l’épigraphe de Scale Boy (que je commence à traduire en parallèle) évoque le fait que la langue française n’a pas de mot équivalent à home, la première phrase que je traduis de The Second Emancipation aujourd’hui est homeland : on traduit par « patrie », mais ça ne va pas du tout. Les « patries imaginaires » de Rushdie ne sont, dans le texte, pas des patries.

L’autre embarras est plus idéologique, en un sens. Il porte sur la phrase par laquelle French décrit Nkrumah, et qui me semble calquer – sans s’en déprendre – la rhétorique des profilages raciaux. Comme le traducteur doit se contenter de traduire, j’ai traduit : « Il était de taille moyenne ; ses traits caractéristiques étaient une peau très sombre, des yeux vifs et un front bombé. » Mais j’ai quand même atténué un peu : ebony-dark skin, vraiment on ne peut pas garder cela au premier degré en français (“noir d’ébène”, come on, give us a break). Plus loin (p. 6), pour dire que la région où est né Nkrumah était éloignée de tout, French parle de netherworld, sans paraître comprendre que ce terme est extrêmement péjoratif. (J’ai à moitié songé à écrire « ravitaillé par les corbeaux » mais c’est encore trop ludique ; netherworld, c’est l’enfer ou la zone de non-droit, les limbes ; j’ai fini par édulcorer.)

Sinon, comme pour Scale Boy, je m’arrache les cheveux avec compound.

Il y a (déjà) plusieurs citations de Nkrumah, et je devrai vérifier tout cela minutieusement à partir des traductions existantes et publiées. Toutefois, je ne peux m’empêcher de mettre ici en regard ce passage (p. 5) et la capture d’écran correspondante de Google Maps. Finalement, entre la lagune d'Ayi et la lagune d'Aby, c'est peut-être la traduction publiée de l'autobiographie qui me permettra de trancher.

lagune Nkrumah.PNG

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samedi, 19 juillet 2025

SecEM, 5 -°- reprise

22 août

 

    Après trois grosses semaines d'interruption, je me rassieds à mon bureau pour réenclencher cette traduction. Je suis toujours embarqué (ou englué) dans l'Introduction, dont il me reste dix pages. Hier j'ai eu un entretien téléphonique avec l'éditrice de chez Calmann-Lévy, autour des questions de calibrage du texte, qui est rendu difficile par le document PDF ultra-protégé. Elle va essayer d'obtenir une version qui permette de connaître le nombre de signes et de faire le calibrage avec coefficient de foisonnement, sinon je lui ai donné mon accord pour une fourchette basse : je préfère un “rattrapage” à la hausse sur le troisième tiers que de devoir leur rendre des sous ! Elle va aussi réclamer deux exemplaires papier de l'ouvrage, dont un pour moi.

 

Ce matin j'ai traduit deux pages. Il y avait plusieurs références ou citations, à des textes racistes du président Wilson (j'ai surligné mon premier jet en jaune car je doute de trouver facilement une traduction déjà publiée), à un article de Baldwin dans le New Yorker (pas cherché de traduction existante), à Aimé Césaire (j'ai retrouvé, restituant dans ma traduction le verbatim du texte original du Discours sur le colonialisme), et enfin à un poème de Langston Hughes, que j'ai également retrouvé, au point de prendre la décision, discutable, de traduire carrément un quatrain entier, plutôt que de respecter le découpage de H. French.

Par ailleurs, moi qui n'avais plus dans la tête Buffalo Soldier de Bob Marley depuis quelques jours seulement (j'ai lu le roman de Marlon James et j'ai eu du Bob Marley dans la tête pendant près de quinze jours), voilà que French cite l'expression, en la limitant curieusement aux bataillons de soldats afro-américains engagés dans la Première Guerre mondiale (alors que c'est le nom qui leur a été donné par leurs adversaires amérindiens dans le dernier tiers du dix-neuvième siècle). Dans le roman de Marlon James, le personnage qui en parle souligne très clairement l'ironie tragique qui a vu des Noirs victimes de la ségrégation et du suprémacisme blanc aider les Blancs à exterminer les autochtones ; par contre, j'ai beau écouter encore et encore la chanson de Bob Marley, je n'y entends rien de tel. French, lui, ne discute absolument pas l'origine ni les implications idéologiques du surnom.

Autre point de traduction : j'ai traduit mystique (dans l'expression “the mystique of white invincibility”) par mythe.

 

Je me demande si je pourrai tenir la distance de ces carnets de traduction, car si je n'ai que sept mois pour traduire cet énorme pavé en plus de mes autres activités, ai-je le temps de me livrer à cette exploration réflexive ?

 

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vendredi, 18 juillet 2025

SecEM, 6 -°- foisonnement & dispersion

23 août 2025

    Le passage que je veux traduire ce matin, a minima, avant d’aller en ville, et ce afin de clore une section de la longue Introduction que je traduis vraiment par à-coups, s’étend sur deux pages et demie de l’ouvrage imprimé (pas encore paru je crois) et compte 1.000 mots. Pile.

Je m’y mets à 8 h 32.

*            *

*

 

9 h 42. Ma traduction compte 1.121 mots  (un nombre que j’aime beaucoup, d’ailleurs – mais comme l’outil de calcul compte les guillemets français ouvrants et fermants comme des mots à part entière, ce nombre est faux). Il vaut mieux comparer le nombre de signes : 6.328 en anglais (texte-source) et 7.195 en français (texte-cible). Cela constitue un foisonnement de 13%, trop élevé donc (la norme se situe entre 5 et 10%). Il faut dire que je me suis senti obligé de procéder à une ou deux explicitations culturelles, notamment en raison du caractère très allusif de l’adverbe historically dans l’expression “the campuses of historically Black American universities”, mais aussi pour rappeler la fonction officielle de Nixon lors de sa participation aux cérémonies d’indépendance du Ghana en 1957 (il était vice-président). De façon plus générale, j’ai tendance à vouloir traduire chaque adjectif et chaque adverbe, alors que French a tendance à en abuser, sans vraiment que cela change grand-chose à son argument. Il faudrait donc – et, en ce sens, c’est bien que je me sois livré à ce petit test sur un extrait très bref ce matin – que je n’hésite pas à sabrer un peu… enfin, pas à sabrer (cette métaphore connote de larges omissions, non ?) : à effacer tel ou tel adjectif par-ci par-là.

 

Nixon.PNG

 

Un peu plus d’une heure pour traduire deux pages et demie, c’est dans l’étiage moyen — et je pourrais être plus efficace. Par exemple, au sujet de ce que dit French des cérémonies d’indépendance du Ghana, je suis allé écouter ce bref podcast de France Culture (7 minutes de pause dans la traduction, tout de même). Pire, j’ai rédigé un bref billet Facebook pour évoquer ce podcast, en retranscrivant même deux phrases de l’historienne Pauline Peretz. Autant dire que j’ai dû sabrer un gentil petit quart d’heure dans l’affaire.

 

 

« Nixon comprend, en allant en Afrique, à la fois l'enjeu géopolitique et économique qu'est l'Afrique, mais aussi toute la symbolique qui existe entre les pays nouvellement émancipés et la lutte pour la reconnaissance des droits aux Etats-Unis. [...] Il comprend tout le mal que peut provoquer ou générer le double standard racial auquel se livrent les Etats-Unis pour leur conquête des cœurs à l'étranger. »

(Pauline Peretz, interrogée dans l'émission,
et autrice depuis de l'ouvrage Une armée noire. Fort Huachuca, Arizona (1941-1945), Seuil, 2022)

 

09:52 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 17 juillet 2025

SecEM, 7 -°- versatilités

24 août

8 h 30

    Je voudrais finir de traduire l’introduction aujourd’hui, mais ça va être compliqué. Je me suis déjà usé l’échine (ou la cervelle) à préparer l’émission de radio de demain, et j’y ai passé 2 h 30.

Il me reste cinq pages (pp. 13-17), 13.500 signes espaces comprises. Suite à mon constat d’hier sur le foisonnement, j’aimerais bien me situer en-dessous d’un coefficient de 10%.

 

10 h 40

Deux heures pour traduire ces cinq pages, ce n’est pas mal. J’ai retrouvé le verbatim d’une citation de Lamine Senghor et ai réussi à ne pas trop me perdre dans les méandres des articles que j’ai trouvés au sujet de cette figure majeure que je connais mal (voir ici et ).

Je ne sais pas exactement comment j’ai fait, mais mon texte fait 14.300 signes, soit un foisonnement très honorable de 5%. Il aura suffi que je me dise, sans mettre en place de stratégie spécifique, qu’il fallait réduire la voilure… à moins, horresco referens, que je n’aie oublié une ou deux phrases au passage (je ne pense pas, ce genre d’erreur ne m’arrive pas, normalement).

L’introduction est donc traduite, le premier jet en tout cas, et je vais pouvoir établir un rétroplanning. J’hésite à indiquer sur facebook l’existence de ce carnets de traduction, d’autant que personne ne va comprendre mon système de datation rétroactif, qui seul permet – en raison de la visualisation par défaut des blogs du billet le plus récent au moins récent – de lire les textes sur une seule page et dans le bon ordre. Je ne pense pas être soumis à un principe de confidentialité non plus.

Quelques points. J’ai traduit provisoirement “the middle Atlantic region” par « les États de la façade atlantique », mais il faudra que je demande conseil à des collègues américanistes. Sinon, j’ai découvert l’expression political spoiler, de sorte que j’ai traduit de façon un peu plus explicite (ou risquée (ou erronée ?)) une phrase de la dernière page : “China, which has become a leading partner of many African countries much more recently, was still a mere bit player economically and a political spoiler on the continent” > la Chine, devenue plus récemment un partenaire de premier plan pour de nombreux pays africains, n’était encore qu’un acteur de seconde zone sur le plan économique ; sur le plan politique, la Chine a surtout affaibli l’Union soviétique en Afrique.

 

Il y a aussi un passage qui m’a amusé, car French (au nom prédestiné, je ne vais pas faire la vanne à chaque fois) emploie l’adjectif versatile (qui est un faux-ami : on le traduit généralement par “polyvalent” ou “plein de ressources”) dans son sens français (plus ou moins) :

As great as his achievement was, Kwame Nkrumah was an extremely complicated human being; flawed, to be sure, even deeply so, but above all “versatile.” In the French usage of the word adopted here, this conveys a sense of multitudes of traits, many of which contain opposites or contradictions.

 

10:55 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

Joachim, 2

    Joachim a chassé Max

De son perchoir sur l'auto

D'abord en le houspillant

Puis en lui pinçant les plumes

 

De la queue. Non, pas à Dax :

à Jersey -- nulle photo

De la scène aux goélands,

Sur fond de bruine et de brume.

 

Et Joachim, désormais,

Quand j'attaque le sizain,

Me toise en lissant du bec

Ses plumes immaculées.

Le roi n'est pas son cousin

Mais le poète est au sec.

 

08:50 Publié dans Sonnets de juin et d'après | Lien permanent | Commentaires (0)