samedi, 11 avril 2026
2026 ֍ Cantilènes, 15
dans la fontaine des absents
les dents longues
les dents acérées
les dents pourries
les dents aux aguets
les dents aux dépens
de celui qui mord
la vie à belle
les dents à la teinte
olivâtre de qui
a trop fumé
le pouvoir des dents
le tartre des dents
le souvenir ardent des dents dans
la fontaine des absents
les dents tendues
à trop attendre
19:04 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 09 avril 2026
2026 ֍ Effigies, 15
La semaine commence le jeudi.
Avec ses pattes robustes,
Le kamichi
Attend que l’ajuste
L’olibirius qui le photographie.
Son poitrail de plumes est un buste
Et son œil un phare.
La semaine commence
en fanfare.
18:58 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 08 avril 2026
2026 ֍ Ritournelles, 14
Alexanderplatz —Ʊ— auf wiedersehn !
Un jour j’enregistrerai une émission de radio sur Franco Battiato.
Un jour je me déciderai à lire enfin sérieusement Döblin.
Un jour j’irai à Berlin.
Un jour aussi je serai mort, sans avoir fait tout cela.
Peut-être.
18:54 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 07 avril 2026
2026 ֍ SAD, 14
Difficile, l’envie.
L’envie d’être autre chose
Ou un animal différent.
Range tes pensées au placard,
Ose assumer ton être mesquin.
Virage au ralenti, en vie.
08:22 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 06 avril 2026
2026 ֍ Affiquets, 14
On aurait pu finir par l’oublier, et d’ailleurs cette petite carte de visite avait été posée, jetée là sans même qu’un regard y fût lancé.
J’aurais pu finir par l’oublier, si ce n’était ce projet d’écrire sur les petites merdouilles sédimentées sur mon bureau sans l’encombrer. Les carnets dans lesquels je n’ai pas écrits depuis des mois, les trois pots à crayons, le fort volume de Praiseworthy – décidément, c’est la deuxième fois que j’y fais allusion – encombrent le bureau, mais ils n’entrent pas dans l’équation que je cherche à résoudre ici. Si je range vraiment mon bureau, ce qui impliquera de ranger aussi les tiroirs, un travail de longue haleine vraiment, je pense qu’il me faudra une demi-journée entière, or il y a toujours mieux à faire, et puis si ça se trouve on aura une guerre nucléaire sur le râble d’ici quelques jours, si je range vraiment mon bureau (avez-vous vu comment une théorie de virgules vint se substituer aux habituels tirets, aux coutumières parenthèses ?) c’en sera fini de ce livre, mais d’avance je dois assurer mes arrières : c’en est déjà fini de ce livre, à moins…
… à moins de le faire bifurquer des brimborions vers les encombrants…
Et donc dans tout ce bazar, j’ai failli oublier la carte de visite bicolore, rapportée il y a deux ans d’une réunion du parti Les Écologistes, et que je n’avais pas lue vu que je m’avise seulement aujourd’hui, en m’en saisissant pour écrire ce texte, que le « groupe de travail » Associations / Libertés associatives a son propre compte Mastodon, auquel je ne me suis jamais abonné.
(Ce serait encore autre chose de raconter pourquoi j’ai bientôt cessé de militer aux Écologistes. L’explication est synthétique, cependant : pas assez d’action, trop de blabla.)
Voici donc un objet qui, le texte écrit, échoue dans le bac du papier à recycler – non sans que je me sois abonné au compte Mastodon susdit… dont la dernière publication remonte à il y a onze mois.
07:36 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 05 avril 2026
2026 ֍ Bobines, 14
Dans My Father’s Shadow, excellent film nigérian d’Akinola Davies vu hier, et qui se passe le jour de l’annulation des élections par la junte militaire le 12 juin 1993, un des personnages parle de « democrazy ». C’est sous l’angle politique, pour changer un peu des différentes recensions lues dans la presse française ou britannique, que j’ai envie de parler de ce film.
Tout d’abord, SPOILER ALERT. Tout le principe narratif du film repose sur une indétermination : cette « journée avec mon père » (pour reprendre le titre français, plus ambigu donc meilleur) est-elle un fantasme des deux enfants alors que leur père est déjà mort ou a-t-elle vraiment lieu ? Les éléments de décalage par rapport au réel ne manquent pas : réplique en voix off de la première scène, conditions de l’apparition du père, cadrage temporel invraisemblable de la journée, scène de la plage, apparitions fugaces d’une femme en boubou bleu ciel (la mère ?), scène du parc d’attractions entièrement vide, saignements de nez du père, surprise ou effroi des proches du père (sœur, patron du parc d’attractions, serveuse au bar) quand iels le voient… Toutefois, l’hypothèse de l’irréalité ne tient pas non plus, notamment parce que le point de vue des garçons implique de nombreux moments d’incompréhension de ce qui se passe, sans arrangement. Le film oscille entre les deux, ou plutôt, comme dans la scène dédoublée de l’offrande du collier à Olaremi, superpose les deux modes narratifs.
Autant dire que cela signifie que le film est très bien écrit (par Wale Davies, le frère aîné du réalisateur), et mieux filmé encore.
Il faudrait pouvoir citer tous les plans qui m’ont ému ou impressionné, mais ma mémoire n’est pas à la hauteur. C* trouvait que la scène finale de l’enterrement était en trop, car elle simplifiait l’histoire en la réduisant à une explication. Plus j’y réfléchis, et plus il me semble que non, justement parce que chacune des deux versions laisse un important résidu non conforme. En fin de compte, la logique linéaire selon laquelle on regarde nécessairement un film ne doit pas être négligée. En ce sens, la Wikipédia anglophone a raison de présenter comme suit la fin du film : “Folarin quickly flees the scene with his sons and tries to bring them home, but they are stopped at a military checkpoint by an aggressive soldier who claims to recognize Folarin from a violent incident in the previous week. Folarin's nose bleeds heavily and they are eventually allowed to pass. Some time later, Folarin has died and Akin, Remi and their mother attend his funeral.” Oui, some time later : la dernière scène est à part, distincte, sans qu’on puisse être sûr·e s’il s’agit d’une invitation à remettre en cause tout le récit réaliste ou d’une scène ultérieure.
C’est ici que je veux situer le propos du film dans sa dimension politique. La fameuse « journée avec mon père » correspond à la journée du 12 juin 1993, restée tristement célèbre dans les mémoires nigérianes : plutôt que de déclarer vainqueur MKO Abiola, la junte militaire annula purement et simplement les élections. Dans le bar, en début de soirée, le père regarde cette annonce en direct à la télévision avec ses amis, et toujours en compagnie de ses fils, avant de chercher à rentrer au village au milieu des émeutes qui débutent et des barrages militaires. À plusieurs reprises au cours du film, les trentenaires évoquent la responsabilité de la génération de leurs aînés dans la mise en place d’un autoritarisme qui appauvrit le pays et l’empêche d’aller de l’avant. Un personnage féminin (me semble-t-il) déclare que ça ira mieux pour la génération des deux garçons, Olaremi et Akinola. Le film représente aussi, d’après moi, la génération « intermédiaire », née au moment de l’indépendance (1960), dont l’enfance correspond à la guerre civile (dite « du Biafra ») et dont l’adolescence et la vie de jeune adulte ont été rythmées par la succession des coups d’État, des couvre-feu ; c’est la génération de Ben Okri, qui, après le recueil réaliste Stars of the New Curfew, a choisi d’imaginer différemment l’avenir de la nation dans sa trilogie The Famished Road / Songs of Enchantment / Infinite Riches.
Ainsi, la superposition de deux lectures/visions différentes du réel, au moment même où le pays va s’enfoncer dans une de ses crises politiques les plus fortes, correspond à ce décalage entre les aspirations populaires et la confiscation du pouvoir démocratique. Pour en revenir au mot-valise democrazy, le peuple devient fou, c’est-à-dire qu’il ne sait plus comment se situer face au réel. Les deux garçons, Remi et Akin, représentent la génération suivante, celle qui devra essayer de faire émerger une autre vision, et qui, de fait (le film est de 2025), a connu la transition démocratique.
L’événement principal du film, qui est à peine montré, dans des flashes très brefs, c’est le massacre de Bonny Camp (drame fictif qui entrecroise plusieurs répressions militaires différentes). À peine montré en tant que tel, il est dans tous les discours, à la une de tous les journaux. On comprend vite – et c’est cela qui vient renforcer l’hypothèse que le père est déjà mort – que Fọlárìn fait partie des opposants capturés par l’armée et massacrés à Bonny Camp. Mort-vivant, si on s’en tient à la double perspective réaliste/imaginaire dont j’ai dit plus haut qu’on ne pouvait pas en décider ni la trancher, il représente alors toutes les victimes de l’arbitraire militaire nigérian, par exemple – et je cite ce cas-là car il fait partie des rares que ne cite pas le réalisateur dans un très riche et passionnant entretien avec le magazine Double Croche – l’écrivain Ken Saro-Wiva et les autres militants écologistes du peuple Ogoni pendus par le régime de Sani Abacha deux ans et demi plus tard.
L’ambivalence de Fọlárìn , et de toute sa génération en fait, repose aussi dans la dualité de son nom : connu par ses deux fils sous son seul nom de Fọlárìn (qui signifie « celui qui marche avec [la] richesse »), les gens de Lagos l’appellent familièrement et respectueusement Kapo, ce qui implique une position militaire sans rapport avec les boulots de misère qu’il est censé occuper pour faire vivre sa famille. Le Nigeria est donc, comme ce père qui marche beaucoup dans le film – ou qui se laisse transporter sur une motocyclette ou à l’arrière d’une voiture –, pris entre la promesse des richesses déjà présentes et la caporalisation, la soumission à l’ordre militaire, la reproduction infinie du cycle de la violence. Que le regard des garçons soit pris dans une forme de confusion ou d'indistinction face à ces deux courants divergents n'est sans doute pas très optimiste. Mais faut-il l’être ?
Pour une des nombreuses recensions nigérianes, cf ici.
07:33 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 04 avril 2026
2026 ֍ Cantilènes, 14
et me voici comme encerclé
le fauconnier m’attend en bas
la main gantée rudement
la main qui rudoie
moins que le cri
comme encerclé
dans les spirales
que l’air chaud me fait esquisser
que direz-vous en me voyant
foncer sur la proie ou le leurre
que direz-vous
si je m’enfuis
seul et si je choisis
de délaisser cette morne vie aveuglante
on n’écrira rien de plus sur moi
mais l’eau coule plus heureuse
dans la fontaine des absents
08:30 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 02 avril 2026
2026 ֍ Effigies, 14
Il ne s’agit pas de dériver des images vers les mots, ni vers un labyrinthe d’intertextualités plus ou moins complexe. Disons que, parvenu au quart de l’ouvrage, on s’offre une respiration, une pause, avec ce vieux réac de Taine (que j’ai longtemps confondu avec Renan, et dont je ne suis pas bien sûr de connaître grand-chose).
De temps en temps, on déterre des inscriptions qui mettent en lumière ces habitudes et ces sentiments si éloignés des nôtres. En voici une, publiée cette année même sur un jeune athlète de Théra, et trouvée sur le piédestal de son effigie. Les quatre vers ont la beauté, la simplicité, la force d’une statue : « La victoire pour le pugile est au prix du sang ; mais cet enfant, le souffle encore chaud de la rude bataille du pugilat, demeura ferme pour le lourd labeur du pancrace, et la même aurore a vu Dorocléides deux fois couronné. »
Mais il faut songer au mal en même temps qu’au bien. L’amour que suggérait la vie des gymnases est une perversion de la nature humaine ; à cet égard, les récits de Platon sont exorbitants. De même encore ces mœurs antiques qui dans l’homme respectent l’animal, développent par contre-coup l’animal dans l’homme : là-dessus Aristophane est scandaleux. Nous nous croyons gâtés parce que nous avons des romans crus ; que dirions-nous si l’on jouait sa Lysistrata sur un de nos théâtres ? Heureusement ce que la sculpture montre de ce monde singulier, c’est la beauté toute seule.
Hippolyte Taine, Voyage en Italie (1874), tome I, chapitre V
Nous aussi, nous voyageons en Italie. En faisons-nous pour autant un fromage (tout un pastis) ?
08:23 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 01 avril 2026
2026 ֍ Ritournelles, 13
Depuis quelques jours, j’ai plusieurs chansons de William Sheller dans la tête. (Ce n’est pas un hasard, et c’est ma faute bien sûr, car dimanche matin, pour relire des chapitres de la traduction sur écran, j’ai lancé un best of, en me disant que j’en connaissais plusieurs et que ça ne me distrairait pas trop.)
Ironie, celle qui s’est affirmée le plus comme ver d’oreille – j’ai entendu des journalistes de France info employer ce mot au sujet de Frozen – est celle dont je me disais, jusqu’ici, que je ne comprenais pas pourquoi elle avait été un des tubes du chanteur, Dans un vieux rock’n’roll.
Ironie, frisant le méta, le refrain contient un vers qui résume le fonctionnement des vers d’oreille :
J’ai dans la tête un transistor qui fredonne
(Qui, à moins de trente ans, comprend encore ce vers, d’ailleurs, avec le mot transistor ?)
07:26 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 31 mars 2026
2026 ֍ SAD, 13
Ici, jamais de sittelle,
L’oiseau qui glisse le long du tronc
Et dont la note lancinante a nourri mon adolescence.
Sans se départir de son flegme,
Rond un peu du ventre l’oiseau
Si telle est son envie s’envole.
07:20 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 30 mars 2026
2026 ֍ Affiquets, 13
Il y avait donc si peu d’objets inutiles traînant sur le bureau : au quart de l’année, je fais chou blanc. This project has petered out. Je ne peux tout de même considérer comme simple “affiquet” tel ou tel livre qui se trouve sur mon bureau depuis des mois, voire des années, car
-
- je ne l’ai pas encore chroniqué en vidéo
- je compte « travailler dessus », d’une façon ou d’une autre
- c’est un ouvrage dont je me sers en ce moment (ou au moins à un des deux semestres) pour mes cours
Quand je disais qu’une fois la traduction finie, un de mes chantiers du printemps serait de ranger le bureau-bibliothèque… —— Oui, mais ça ne répond pas à la commande. Dois-je vraiment tenir l’épais volume de Praiseworthy (en édition originale) pour un quatorzième ou quinzième affiquet ?
06:17 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 29 mars 2026
2026 ֍ Bobines, 13
Henry James a raison : c’est comme si on y était allé. Et je n’y suis jamais allé.
C’est vrai de New York, mais Henry James ne pouvait pas le savoir.
Peut-on, pour autant, “décalquer” sur New York le début du texte de James sur Venise ? Oh, je ne l’ai pas sous les yeux, mais il suffirait de quelques ajustements, de fines substitutions lexicales.
Le vaporetto glisse sur l’eau, ça sent l’œuf pourri.
Long plan-séquence (l’odeur n’y est pas) qui crée progressivement la confusion : le vaporetto s’approche de la statue de la Liberté. En fin de compte, je suis à Genève, avec toi, sur le lac.
Il est temps de se réveiller : je vais dire des choses compromettantes.
06:01 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 28 mars 2026
2026 ֍ Cantilènes, 13
un sourire pour personne
dans le vide
ou dans le plein
de l’air chargé de senteurs
du ciel chargé d’ancêtres
d’enfants à naître
et d’ogbanje
qui te tirent la langue en retour
je ne les vois pas mais
je souris si longuement
sans vraiment m’en apercevoir
qu’une dame un peu inquiète
vient s’asseoir à côté de moi
sur le banc du jardin des Beaux-Arts
sans oser me parler
un sourire pour personne
et me voici comme encerclé
05:55 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 26 mars 2026
2026 ֍ Effigies, 13
Ce matin, tôt, en préparant le diaporama de mon cours très général de présentation de Maps / Territoires de Nuruddin Farah, je me suis avisé d’une erreur doublée d’un raccourci fâcheux dans un passage du chapitre 11, passage souvent cité par les critiques mais dont je ne me rappelle pas avoir vu quiconque en souligner les approximations. À dire vrai, c’est Hilaal, l’oncle d’Askar, qui, en voulant lui expliquer le caractère colonial des projections cartographiques, parle de Mercator (sans le nommer – il se nommait Gerhard Kremer) comme d’Eduard Kremer. L’erreur se trouve dans la V.O. comme dans la traduction française de Jacqueline Bardolph. Associée à la date de 1957, qui correspond à une carte de la Corne de l’Afrique utilisant censément la projection de Mercator, il n’y a pas de quoi faciliter la tâche.
Je n’avais absolument pas remarqué le caractère assez confus de ce passage quand j’ai écrit ma thèse de doctorat sur les deux trilogies de Farah. Par contre, un autre aspect encore plus étrange, et qu’il faudrait creuser, c’est que les « projections de Mercator » diminuent certes, de façon relative, la superficie réelle de l’Afrique par rapport à d’autres continents, et notamment l’Europe, mais qu’en fait la plupart des cartes de Gerhard Kremer “Mercator” (comme celle de 1595 que je mets ici en regard) sont nettement plus difficiles à situer dans le contexte eurocentré ou suprémaciste auquel on les associe généralement (et non seulement Nuruddin).
Les rares fois où je me replonge en profondeur dans les deux premières trilogies, je me dis que ma thèse était vraiment désastreusement superficielle. La main posée sur le globe, je sens que le géographe me juge (il a bien raison).
08:06 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 25 mars 2026
2026 ֍ Ritournelles, 12
Hier en faisant la vaisselle, tout d’un coup je me mets à chanter Let Me Get to Know You Well.
C’est assez souvent (une ou deux fois par an) que sans savoir pourquoi j’entonne le refrain de cette chanson, alors que – et c’est toute la particularité de l’anecdote – je ne l’ai jamais réentendue depuis qu’on écoutait ça sur une cassette de hits, en voyage avec mes parents, dans la Renault 30, donc depuis 35 ans au bas mot je dirais. Il me semble que cette chanson est d’un chanteur anglais qui a eu une assez brève heure de gloire, Howard Jones ou quelque chose d’approchant. Hier en faisant la vaisselle, avant de me dire que ça ferait un bon exemple pour les Ritournelles, je me suis dit que j’irais écouter cette chanson sur YouTube, mais je ne l’ai pas fait ; peut-être qu’il faut que cette chanson reste ce qu’elle est pour moi, quelques vers plutôt nuls qui « sortent » comme ça, sans crier gare, quand je suis en train de m’activer à quelque tâche manuelle.
04:03 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 24 mars 2026
2026 ֍ SAD, 12
La coronille flamboie.
Le merisier resplendissant
Me renvoie son blanc éclatant.
Temps de printemps,
Sang dégelé.
Bois ton âme façon tisane.
08:08 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 23 mars 2026
2026 ֍ Affiquets, 12
Cette liasse de post-it minuscules (50x15 mm (je viens de les mesurer)), de couleur jaune, sont plutôt la signature de C*, qui s’en sert dès qu’elle veut retenir une page lors d’une de ses lectures. On trouve ces liasses, parfois de couleur violette ou verte, sous l’un des accoudoirs du canapé. Ici sur mon bureau, je ne sais pas pourquoi. Ici sur mon bureau je ne sais pas pourquoi. À l’instar des deux phrases précédentes, unique variation de ponctuation incluse, il y aurait matière à écrire de très brefs textes, de très brèves phrases à seule fin de les faire tenir sur ces post-it, dont l’expérience démontre malheureusement qu’à part sur du papier ils se décollent vite. D’ailleurs, existe-t-il un terme alternatif pour post-it ?
18:30 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 22 mars 2026
2026 ֍ Bobines, 12
Ce film sent le réchauffé. La série était très bien, quoique la saison 5 battît déjà de l’aile. (On a eu, avec une collègue, tout un échange sur l’imparfait du subjonctif. En relisant avant-hier un chapitre de ma traduction, j’ai souligné une phrase qui illustrera à merveille pourquoi il ne faut pas l’employer même quand il est a priori contraint par la concordance des temps.) Ici, tout est morne. In the bleak midwinter : bleak, pour le coup, mais sans souffle, sans âme.
Les décors restent très beaux, mais la retouche numérique généralisée les esthétise trop. Les musiques, une des forces de la série, sont très bien – et quel plaisir d’entendre tout d’un coup la voix d’Amy Taylor… Le vrai problème, c’est que le scénario fait traîner le seul et unique incident ou événement du film en longueur, comme dans certains interminables westerns ; c’est d’ailleurs au western que le film emprunte tous ses codes. Et aussi, ce n’est pas rien, qu’à l’exception de Barry Keoghan (qui est toujours excellent, et toujours différent à chacun de ses rôles) l’interprétation est, au mieux, médiocre. Or, la force principale de Peaky Blinders, c’était ses acteurices : Helen McCrory, Paul Anderson, Tom Hardy, Natasha O’Keeffe… Plus que jamais, sans doute influencé par les torrents d’éloges versés sur lui après sa prestation sans relief dans Oppenheimer, Cillian Murphy trimbale la même tronche et les mêmes intonations tout au long du film.
Bref, nul risque qu’on ne s’emmerdât point.
22:49 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 21 mars 2026
2026 ֍ Cantilènes, 12
qui glisse sur l’écorce
une limace davantage
qu’un grimpereau
(le grimpereau tournicote,
la sittelle torchepote)
l’escargot a hâte
d’être au bas de l’arbre,
il lui manque la glaise
la sittelle peut-être glisse
avec un ou deux t
à son appel strident
Neptune n’a pas vu
l’hydravion ni l’overcraft
ces dieux sont d’un surfait,
tandis que sous l’écorce
une nymphe esquisse
un sourire pour personne
09:45 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 19 mars 2026
2026 ֍ Effigies, 12
Douzième semaine, et puis quoi. Les douze apôtres, les douze salopards… On s’y perd. C’est le chant du départ, le vrôôu de l’homme qui se change en léopard.
Je me contenterai de rappeler ce jeudi où, de retour d’une semaine interrompue dans la Creuse – il avait fait un temps épouvantable, et à part aux Pierres Jaumâtres dont le caractère fantomatique et ensorcelant n’avait pu être que renforcé par la flotte et la brume, ça avait été un peu la cata – nous avions (encore) visité la réserve de la Haute-Touche, avec notamment ce babouin se découpant précisément sur un arrière-plan flou.
Un seul babouin, et pas douze.
Sur la branche du néflier, une palombe ou ramier fait sa toilette, tandis que j’entends la mélodie à cinq notes – rrrrou-rrou-hou-rrou-rrrrou – de la tourterelle turque.
08:13 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 18 mars 2026
2026 ֍ Ritournelles, 11
On se promène sur les bords de Loire, à Rochecorbon ; on admire le débit très vif, ainsi que les arbres encore immergés, les îles humides. Pas un oiseau, à part la mésange bleue et le pinson entendus.
Plus tard, à Vouvray, tu prononces le mot « risotto ».
Et aussitôt — j’ai dans la tête Salut, beatnik ! de Léo Ferré.
Je pourrai toujours écouter Risotto de Prince Waly ou L’Arène de Guy 2BezBar, ça n’y changera rien.
19:09 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 17 mars 2026
Tout est toujours ultérieur
Pourquoi le mardi d’ailleurs ? Que se passe-t-il en ce jour martial ?
Jour de mémoire aussi, même si le mardi n’était pas marqué comme jour de mémoire.
Bref, je n’abrège pas, mais ce matin, tout en préparant le café (le 2e café, celui de 9 heures) s’est déroulée la partie – ou plutôt : la manche – parfaite. Ça n’arrive pas souvent, de gagner en une seule manche, c’est-à-dire de marquer plus de 30 points. Ça arrive, mais pas souvent.
De mémoire donc tout s’est parfaitement déroulé : un saké aux cerisiers dès le 2e coup. Après une brève hésitation, j’ai fait koï-koï, car j’avais déjà deux rubans bleus, et la pivoine aux papillons dans ma main. De fait, les trois rubans n’ont pas tardé (au 4e coup, je crois). Là, j’aurais pu marquer 22 points et me diriger prudemment vers une 2e manche, fort d’une confortable avance. Imprudemment j’ai donc renchéri, bientôt récompensé – ce n’est pas toujours le cas – en piochant le sanglier qui m’a permis d’ajouter aux 11 points les 6 points de l’Ino-Shika-Cho et 1 point pour les 5 animaux : 18 multiplié par 3, game over.
La partie n’a même pas duré deux minutes, je dirais.
Ça arrive, occasionnellement. Mais pas souvent. Et quand ça arrive ce n’est jamais quand je me suis dit que j’allais écrire un texte dans cette rubrique. J’ai donc effectué une capture d’écran, afin d’écrire ultérieurement un texte, et je m’avise à présent que le dernier texte date de mardi dernier.
Tout est toujours ultérieur, certes, mais pourquoi le mardi ?
14:26 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)
2026 ֍ SAD, 11
Comme des pelures d’oignon
Sous le couteau,
Les phrases partent au rebut.
Bubales dans un vers d’Henri Michaux
Tôt lu, dans ma jeunesse :
Gnons du langage dans la gueule du cerveau.
07:12 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 16 mars 2026
2026 ֍ Affiquets, 11
Ce gros badge blanc traîne depuis vingt-et-un mois sur mon bureau. Je le garde comme une sorte de relique :
Votez
Charles FOURNIER
Député
Suppléante
Marie QUINTON
C’était le jour ou jamais où évoquer ce badge, après les résultats inquiétants du premier tour des élections municipales. À Tours, la France Insoumise, emmenée donc par Marie Quinton, a choisi la division, voulue uniquement par Paris, et avec ses 11% on espère que la fusion suffira à permettre à l’équipe sortante – Marie Quinton était adjointe de l’équipe contre laquelle elle s’est présentée, alors que tout s’était bien passé – de repasser. Mais ce n’est pas fait : la droite, y compris sa frange écocidaire et raciste, a déjà sorti les couteaux.
07:06 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 15 mars 2026
2026 ֍ Bobines, 11
Grand panoramique qui va de la grande bâtisse aux fenêtres murées, au toit en partie effondré, à l’enclos où courent en liberté les chiens. Sans laisse, il faudrait dire – mais « en liberté » ? On entend le chant de la bouscarle. Un homme pleure près du ruisseau où ne se trouve plus le pont. Changement de plan-séquence : même lieu avec le pont bien en place. Des enfants jouent, des bicyclettes passent. On n’a pas tout le temps de se faire des films.
16:30 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 14 mars 2026
2026 ֍ Cantilènes, 11
la pointe prend
esquisse
un pas de danse
glisse
sur l’écorce
il ne faut pas
faire cela —
canif, tu t’en repentiras
la lame suit à présent
la pointe, et ce ne sera
ni un cœur ni un chiffre
les euphémismes sont inutiles
à braver l’avenir
un simple grain de sable
sous le soulier, c’est comme
la pointe d’un canif
qui glisse sur l’écorce
07:08 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 12 mars 2026
2026 ֍ Effigies, 11
Un 29 février, au prieuré Saint-Cosme.
Dernière fois que nous vîmes J*, mort moins de deux ans plus tard d’un cancer.
Dans l’album photo, son visage joyeux et perspicace côtoie les vitraux peints par ZaoWou-ki, dans le réfectoire.
L’image n’est pas tout ; l’image n’est pas tant.
07:04 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 11 mars 2026
2026 ֍ Ritournelles, 10
Avant d’aller prendre un café, au Vieux Mûrier, avec mon collègue Florent Kohler, je feuilletais de nouveau son beau livre, Les sociétés animales, et suis retombé sur les dernières pages, et ce qu’il écrit de la ritournelle.
Routine et ritournelle sont des machines à circonscrire l’imprévu, l’inquiétant, l’étrangeté. Elles sont construites collectivement et n’existent qu’à travers ce collectif que nous appelons voisinage. Les jardins ont une vie propre, combinaison de vies innombrables, éphémères mais perpétuellement renouvelées, raison pour laquelle on s’y sent heureux. (p. 210)
Dans les Landes, j’ai en effet remarqué – à l’instar de ce qu’écrit Florent à la page précédente – que les mésanges, les grimpereaux, les orites et la grive musicienne ne chantaient pas en même temps. Leurs phrases servent à occuper l’espace. Je m’avise de ce que je savais : la ritournelle n’est pas l’earworm. Mon sujet ici, c’est plutôt l’earworm.
Florent m’a conseillé de lire un texte qui se trouve dans Le regard éloigné de Claude Lévi-Strauss, et était durablement marqué par la lecture récente de Poor Economics d’Esther Duflo et Abhijit Banerjee. J’irai demain à la B.U. emprunter le premier, et la traduction française d’un autre livre des deux mêmes auteurs, Économie utile pour des temps difficiles, car Poor Economics n’est pas dans le fonds (et si je le télécharge en ebook ou PDF je ne le lirai pas).
18:00 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 10 mars 2026
“M. prend la bouscarle” (mallégorie)
En un mois j’ai bien sûr joué des centaines de parties – une partie ne prend que 3 ou 4 minutes en moyenne – mais rien écrit. Travaillant en parallèle sur les formes allégoriques, approfondissant comme jamais avant peut-être dans mes études littéraires la façon dont se constituent les allégories, et plus encore la façon dont on interprète – lecteur·ice, spectateur·ice d’une œuvre d’art – quelque chose comme une allégorie, je réfléchis beaucoup à cela, au façonnage, qui est un forçage. On commence à voir de l’allégorie là où il n’y en a peut-être pas, on force. Je m’amuse ponctuellement à demander à mes étudiant·es de forcer, et il y a vraiment deux catégories : les réticent·es absolu·es et celleux qui s’en donnent à cœur joie.
Pour en revenir à la possibilité de faire œuvre à partir des parties aléatoires d’un jeu qui ne l’est pas tant que cela (aléatoire), il restait toujours la possibilité, la facilité de faire forme à partir des résultats chiffrés. Mais cela, justement, c’est s’en sortir ; ce n’est pas s’efforcer ni forcer, c’est se soustraire.
Faire forme à partir des résultats chiffrés : cela reste une possibilité complémentaire. On y viendra, sans doute.
Mais là tout de suite pas encore.
Peut-on risquer le forçage allégorique ?
Peut-être, mais après coup. [Il faudrait écrire : après coups. Sur le motif, pas le temps.]
Dans cette partie du mardi, Lobo est opposé à Meami. L’insertion de la capture d’écran annonçant le résultat final dès ce paragraphe est un savant divulgâchage : L. a perdu, va perdre dans quelques lignes, vous l’avez déjà vu.
Après prise des papillons par M., L. réplique : rideau de cerisier et ruban simple de glycine. M. est un ennemi de la biodiversité ; L. place un rideau près des cerisiers pour attirer les insectes et nourrir les chauve-souris.
Au deuxième coup, L. pose et conserve le phénix, ne pioche rien.
Après le troisième coup, M. a cinq cartes de plaines. Les bulldozers sont dans la plaine.
Après le cinquième coup, il en a sept, et quatre rubans, plus la coupe de saké. Bien sûr, les destructeurs de l’environnement sont ivres de pouvoir. Ils se décorent à qui mieux mieux.
Au sixième coup, il chipe la grue. Même les migrateurs alors.
Au septième coup, il pourrait marquer 1 point (9 plaines + la coupe), mais risque le koï-koï. Le capitalisme est toujours si vorace.
Au final, personne ne marque rien. Ça arrive. Est-ce que ça arrive que la voracité du capitalisme soit tenue en échec ? Momentanément, sans doute. (On a vu plus haut que M. a gagné.)
La 2e manche commence presque comme la 1e : papillons pour M., + 1 paire de plaines ; poète pour L. Au 2e coup, L. prend le coupe de saké et le phénix. Et au 3e il pioche la lune, donc il met fin à la manche et empoche ses 5 points. La victoire provisoire des militant·es (Extinction rébellion, Soulèvements de la terre ?) s’est faite de nuit (sous la lune), en catimini, dans une forme d’ivresse mesurée (L. n’a pas cherché à faire durer l’avantage du saké).
La 3e manche commence avec l’attaque de L. qui prend le ruban d’érable avec le sika. M. prend la bouscarle. Après 4 coups, L. a sept plaines et trois animaux, deux rubans seulement. Au septième coup, malgré un yaku, M. doit relancer (11 plaines donc 2 points seulement). L. ne prend rien. M. prend la lune, pioche la grue, marque in extremis les trois lumières auxquelles s’ajoutent les 3 points des 12 plaines. Le capitalisme extractiviste triomphe.
L. est défait. Le capitalisme extractiviste triomphe.
L’envie de tenter l’allégorie est également défaite. Non, en fait, on l’a écrite sur le côté, après coup, après coups (et blessures). Ce forçage est-il une reprise du forçage des ressources naturelles par le capitalisme extractiviste ? Du forage ? Une partie de Koï-Koï peut-elle dire la tragédie du monde ? M., l’adversaire, se nommait Meami : Miami ?
On fera ça une autre fois. Non, le mal est fait. Ne pas résister à la tentation d’appeler ça une “mallégorie”, une allégorie qui fonctionne mal, une allégorie viciée, et avec un mot-valise : mallégorie
Par contre, la partie, avec 1 manche nulle, 1 manche gagnée à 5 et 1 manche perdue à 18, offrirait des possibilités du côté de l’esquive par les chiffres.
15:21 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)








