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dimanche, 15 février 2026

Après trois coups, trois lumières

Le téléphone indique qu’il neige mais je n’ai ouvert aucun volet.

Je joue tous les jours au Koï-Koï, mais j’écris rarement : heureusement, car imagine-t-on les pages et les pages de trash ?

Le maire de Chicago meurt à Miami ; c’est le président Roosevelt qui était visé.

Je m’autoclashe.

Je joue contre un·e Russe, oya, qui prend d’emblée le rideau de cerisier. Je riposte avec la grue, le ruban bleu assorti du cerf (à la pioche). Iel prend le sanglier, moi les papillons avec le ruban bleu de pivoine.

 

On est parti·es du mauvais pied avec ce texte. Déjà car pas de partie commencée. [Mais si.] Ensuite car je je je je je. [Ah ça...]

J’ai gardé une carte de miscanthe pour attraper la lune, quand cela sera possible. Au cinquième coup tout semble se figer, mais il ne me manque qu’un animal. — La lune tombe dans la rivière ; elle sera pour moi au prochain coup.

À force de déguiser des amorces de projets poétiques au sein des textes, ou de les faire émerger des parties, le récit disparaît.

La lune prise, j’ai marqué 6 points. Au premier coup suivant je pose la lune et l’adversaire prend le phénix qui était dans la rivière, grâce à une plaine de paulownia.

En fait étrangement ici ce sont les récits qui sont illisibles, et tout ce qui est discours entougne sans doute, mais ça se lit.

Cette deuxième manche ne se goupille pas trop mal, mais après trois coups l’adversaire a trois lumières ; il ne faut pas qu’il prenne le rideau. Au cinquième coup, sous la menace, je me contente de marquer 1 point avec cinq animaux.

Je ne déguise pas seulement des « amorces », je déguise aussi – mal – je je je je je.

Rideau pris d’emblée, l’adversaire riposte, avec deux rubans bleus puis la grue.

 

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Onze jours sans écrire tandis que nul jour sans jouer.

Au quatrième coup je marque les 3 rubans calligraphiés, et l’adversaire me laisse la victoire sans attendre ma décision.

Le pire ce serait de s’astreindre à noter le récapitulatif de chaque partie en 3 manches et d’écrire un poème dont la structure strophique (ou le nombre de syllabes par vers (plus intéressant)) serait imposée par ce résultat. Le pire, et le vrai courage.

 

Grâce à cette 1.542e victoire en 9 mois j’atteins le classement 1918.

Le coura je je je je je.

La nei je je je je je.

Le jeu je je je je.

 

06:08 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Bobines, 7

    Trop de films tournés à Paris, mais on ne peut empêcher personne de tourner un film à Paris. À côté de ça, j’attends de voir ne serait-ce qu’une scène d’un seul film français largement diffusé, ou même d’un film états-unien, rue Colbert, ou dans le quartier des artisans, ou sur les bords de Loire rive sud, ou devant le rhinocéros de la gare. Je n’avais qu’à apprendre à faire des films, au lieu de pondre des pattes-de-mouche (et de me tromper même dans le langage : quel serait l’équivalent cinématographique d’une expression incohérente comme celle que je viens d’écrire ? un faux raccord ? ou plus audacieusement un point de vue inhabituel ?).

Au cinéma, quel est l’équivalent d’une parenthèse, et d’une parenthèse dans une parenthèse ?

Quand j’ai commencé à tenir des carnets en Touraine, l’idée était, vaguement, de boucler un livre du type Le Département d’Indre-et-Loire ; ça a vite dérapé mais je n’oublie jamais que j’avais commencé, à l’automne 2005 aussi, un roman qui s’intitulait Le vil Landru à Villlandry.

Refourguer des dizaines de livres, vider un peu les étagères.

 

05:40 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 14 février 2026

2026 ֍ Cantilènes, 7

    cela dans un poème

le nombre

(dix-neuf ans)

qui rappelle toujours ce matin-là dans la

maison d’alors

 

beaucoup écrit déjà

sur cet appel téléphonique

au petit matin

 

par contre je n’en ai jamais

reparlé je crois avec

notre fils, qui avait cinq ans

 

— s’en souvient-il

(forcément vu qu’il se rappelle

des moments plus anciens

au début de la maternelle)

 

les scènes rien ne les farde, la mémoire

prend le large

 

04:28 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 12 février 2026

2026 ֍ Effigies, 7

    Il ne nous toise même pas.

Le regard fixé sur la ligne bleue (de la Toscane ? du Latium ?), il est désormais coincé à devoir ainsi entendre des milliers de personnes sans jamais les voir.

Sans jamais pouvoir les voir.

Sans pouvoir.

Il ne nous toise pas, mais il n’a pas choisi.

On s’amuse à écrire qu’il reste de marbre, mais nos écrits ne seront pas plus durables que l’airain.

De profil vu, bien sûr, et en contre-plongée c’était la seule possibilité.

Le photographe aussi avait des pouvoirs restreints.

Moins durables que l’airain.

À passer sous la toise d’un regard aveuglé,

Héroïque,

On n’avait pas compris qu’on vivait

Un poème.

 

Statue héroïque, dite de Jules César. Rome, début du Ier siècle après J.-C. Musée du Louvre, Paris, dimanche 18 octobre 2009.

08:28 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 11 février 2026

2026 ֍ Ritournelles, 6

    Dix jours depuis le film — c’est la chanson qui reste.

Promis le ciel : le titre offre un décasyllabe,

Mais aussitôt on penche vers l’alexandrin

(Avec quelques césures des plus effroyables

 

(Et des rimes qui font l’effet d’un tout-terrain

(Je ne dis rien du schéma du sonnet : la peste

Soit de l’innovation !))) et oncques dans la teste

Demeure le refrain, et le riff de guitare.

 

La chanson est terrible, et tragique ; entraînante,

Elle permet d’approfondir ce paradoxe

Qui fait que l’on fredonne souvent des horreurs.

 

Elle chante les corps et les êtres dans l’onde

Épuisés ou déjà péris. Que l’on endosse

Alors un tel fardeau, spectatrices et -teurs !

 

08:45 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Ritournelles, 6

    Dix jours depuis le film — c’est la chanson qui reste.

Promis le ciel : le titre offre un décasyllabe,

Mais aussitôt on penche vers l’alexandrin

(Avec quelques césures des plus effroyables

 

(Et des rimes qui font l’effet d’un tout-terrain

(Je ne dis rien du schéma du sonnet : la peste

Soit de l’innovation !))) et oncques dans la teste

Demeure le refrain, et le riff de guitare.

 

La chanson est terrible, et tragique ; entraînante,

Elle permet d’approfondir ce paradoxe

Qui fait que l’on fredonne souvent des horreurs.

 

Elle chante les corps et les êtres dans l’onde

Épuisés ou déjà péris. Que l’on endosse

Alors un tel fardeau, spectatrices et -teurs !

 

08:45 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 10 février 2026

Betty's Body

Untung-untung

    10 février 2023

Capture.PNG

 

 

 

 

 

 

10 février 2026

Tu n’en avais pas assez, de rubriques à reprendre, de trucs en sus de ton taf ?

Te voici donc à constater que tu n’écoutes plus très souvent The Residents, que t’avait fait découvrir Élodie, et la seule chose que tu trouves à faire (il est 5 h, tu ne vas pas cliquer sur le lien YouTube), c’est de t’interroger en constatant que c’était il y a trois ans, alors que tu aurais juré que l’année où tu as travaillé avec Élodie c’était 2021-2022, la première année de ton second mandat de directeur — mais non, tu as effectivement travaillé avec Aurélie la première année, et avec Camille la troisième et dernière ; le poste de secrétaire pédagogique de L1, c’est la valse.

(Je croise encore Élodie dans les couloirs, rarement, mais nos discussions musicales me manquent.)

05:11 Publié dans Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ SAD, 6

    « Le temps d’apprendre à vivre

Il est déjà trop tard. »

Non, je ne suis pas d’accord, je refuse :

 

Ivre, la pensée joyeuse s’épuise en

Tarots pour la conjecture,

Fuse en souvenirs à chérir.

 

04:44 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 09 février 2026

2026 ֍ Affiquets, 6 : la boîte à lunettes

L’étui à lunettes, qui est une boîte bleue légèrement transparente – ce qui, avec sa forme, la distingue de la boîte bleue de Mulholland Drive (donc, elle ne ressemble en rien à la boîte bleue de Mulholland Drive) – est posé sur l’anthologie de langue allemande dans laquelle je pioche pour mes traductions du vendredi (Moutures), elle-même posée à plat sur trois livres qui restent, comme sur une étagère, entre la surtablette à gauche du bureau et l’écran de l’ordinateur, l’un car il s’agit de Paradise de Gurnah et que je vais bientôt faire un cours d’agrégation dessus, un autre car il s’agit d’un carnet dans lequel j’avais eu des velléités d’écriture, le troisième enfin car il s’agit de Praiseworthy d’Alexis Wright, génial et ahurissant roman que j’ai lu en avril 2024 et qui trône là depuis pour diverses raisons. L’épais volume que constitue le dernier roman publié par l’excellente A. W. ne saurait figurer en bonne place dans ce livre-ci, n’étant, à aucun égard, un affiquet, et je dois me garder d’en parler davantage que de la boîte à lunettes bleue, mon point de départ.

Oui, mais un point de départ peut-il être le sujet, ou le centre d’un texte ?

Un point de départ, n’est-on pas censé s’en éloigner ?

Un point de départ, on peut éventuellement y revenir, boucler la boucle.

On ne trouvera pas de réponse structurelle à ces questions, ou en tout cas pas de réponse permettant d’écrire un texte relativement bref et cohérent, dans Praiseworthy.

 

Mon point de départ était la boîte à lunettes bleue, vide, et si elle est vide, c’est que j’ai les lunettes sur le nez. Si elle est vide en permanence c’est que je dois porter, depuis quelques mois seulement, mes(nouvelles) lunettes en permanence, et donc cette boîte à lunettes, affiquet ou pas affiquet, n’a vraiment plus rien à foutre sur le bureau. Ce texte me sert donc à comprendre qu’il me faudrait – je le ferai dans la journée – transbahuter la dite boîte de ce bureau à ma table de chevet, terriblement encombrée certes, mais où je pose comme ça, sans boîte, mes lunettes tous les soirs, les récupérant à tâtons le matin quand je me lève, avec mes deux téléphones, et les faisant parfois – comme ce matin il y a une heure d’ailleurs – tomber, sans bris, mais quoi que je ne les brise pas de la sorte, elles seraient mieux dans une boîte.

Le point de départ est donc bien resté au centre du texte, sans que je fasse du surplace (après tout, j’ai pris une décision).

La boîte sera transbahutée.

L’usage du verbe m’amuse, sans qu’il soit souligné par le correcteur d’orthographe, surtout parce qu’il implique normalement de déplacer quelque chose de lourd (un bahut). Comme je vais de toute façon ouvrir, parmi les différents onglets me servant à traduire pour cette nouvelle journée en compagnie de The Second Emancipation, le dictionnaire des synonymes Crisco (le meilleur), je l’ouvre donc et découvre que transbahuter a trois synonymes répertoriés : coltiner, transporter, trimballer (que j’aurais écrit avec un seul l, sans doute par contamination de timbale). Pour « timbale », le dictionnaire propose sept synonymes, dont le premier est vol-au-vent : j’ignorais ce sens de timbale, et il faut évidemment se rappeler que la polysémie est l’obstacle n° 1 à une utilisation trop rapide des dictionnaires de synonymes.

D’ailleurs, comme je le dis souvent à mes étudiant·es : les synonymes, ça n’existe pas.

 

Ce soir, la boîte bleue aura quitté (le (déserté le (délaissé le (abandonné le (déguerpi du)))))) bureau (vidé les lieux).

(Texte achevé.)

 

07:30 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 08 février 2026

2026 ֍ Bobines, 6

    On le verra demain, mais c’est un film à voir demain, oui, le lendemain, par un lundi d’hiver, pas trop frais en milieu d’après-midi, douceur et trombes d’eau en sortant du cinéma : sous la pluie, alors qu’il accroche son vélo, en ferme l’antivol, M* nous dit ce qu’il a pensé la semaine dernière du film que nous venons de voir, et que nous avons vraiment aimé, lui pas trop. Jusqu’à l’arrêt de bus, puis dans le bus, ballotté·es nous évoquons telle scène du film, je m’interroge sur le sens de la scène du président portugais avançant au ralenti sur le tapis rouge sous une pluie battante – lui aussi – et apparemment la scène servirait seulement à démontrer l’absurdité du protocole et la conscience que prend le président italien de cette absurdité. C’est donc demain que nous verrons ce film, et ce n’est pas que j’aie le don de double vue, ni de boule de cristal, mais juste que je triche en écrivant – pour une fois – ce texte deux jours après la date de péremption publication. Le film brosse celle ou celui qui le regarde, en lui laissant entendre qu’iel aussi est touché·e par la grâce. Ça se discute, comme on peut couper les cheveux en quatre jusqu’à ne plus savoir pourquoi l’affiche du film, après et non avant le texte, d’un film vu le lendemain et non la veille – en apparence –, en France et non à Prague apparaît dans sa version tchèque. C’est juste que je suis d’humeur joueuse, moi aussi (comme le pape ?).

Capture.PNG

 

18:30 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 07 février 2026

2026 ֍ Cantilènes, 6

    difficile de résister

à l’angoisse ou à la tourmente

est-ce l’odeur du basilic

ou la fraîcheur de l’eau qui dort

dans les rêves du dimanche

 

à quoi se raccrocher

aux branches

mais de quel arbre

 

se raccrocher aux branches, la

langue française a ce cliché :

oui, mais à quoi se raccrocher ?

 

on ne résout pas l’angoisse

avec des formules à la noix

on ne combat pas l’abattement

avec la seule langue

 

et c’est terrible d’écrire

cela dans un poème

 

07:04 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 06 février 2026

2026 ֍ Moutures, 6  

Langue bifide

(titre provisoire – Mit geteilter Zunge)

(lire ce qui précède / à suivre)

 

Guadalupe Bedregal (Bolivie/Allemagne)

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026

 

    J’aimais aller à la maternelle. J’aimais chanter les comptines en allemand, car elles me permettaient de goûter un peu à ce monde étranger, de m’y attarder un moment. À la maison, j’avais mon vieux monde familier, ma langue maternelle, et je trouvais cela beau, de faire la navette entre ces deux mondes. Comme les autres enfants, j’avais, moi aussi, une cachette, une île. La mienne était une île linguistique où je pouvais me réfugier à ma guise : à la maternelle, une île espagnole, à la maison, une île allemande que je faisais apparaître comme par enchantement en chantant des comptines. Ainsi, j’ai appris très jeune que les langues peuvent être un refuge.

C’est à cette époque que j’ai redécouvert mon oncle allemand. J’avais toujours su qu’il était allemand, qu’il était juif, mais pour moi cela n’impliquait rien d’étrange. À mes yeux d’enfant, c’était quelque chose d’évident. Tout comme mon grand-père était sourd et distrait, ma grand-mère de petite taille et affable, mon oncle était juif et allemand. À partir de ce premier jour à la maternelle, j’ai commencé à le voir sous un autre jour : désormais, il incarnait pour moi l’autre monde, l’étranger. Ce qui m’était familier et évident chez lui est soudain devenu mystérieux, fascinant. Une fois encore, l’étranger m’attirait irrésistiblement : je voulais découvrir l’univers de mon oncle, son univers allemand, son univers juif. Je m’en approchais prudemment, presque avec révérence : je feuilletais ses livres, je m’asseyais à côté de lui lorsqu’il écoutait de la musique, je collectionnais les timbres des lettres qu’il recevait, je lui demandais comment on disait telle ou telle chose en allemand. C’est à lui que je dois ma deuxième rencontre avec la langue allemande, bien plus profonde qu’à la maternelle. Sans le savoir, la petite fille allemande m’avait donné le sentiment d’être un être à part, d’être différente, ce qui me faisait mal. C’est avec douceur et tendresse que mon oncle a partagé avec moi sa langue, qu’il en a fait un lieu sûr et familier. C’est grâce à lui que j’ai appris à aimer cette langue étrangère.

 

07:59 Publié dans 2026 ֍ Moutures | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 05 février 2026

2026 ֍ Effigies, 6

    N’était-ce que cet objet a désormais disparu, je pense, et qu’en tout cas il ne fait pas partie de la bimbeloterie qui encombre mon bureau, il aurait sa place dans les affiquets. Quand j’écris qu’il a disparu, je veux dire que, sa pile usée, ou la lampe ne fonctionnant plus, il a dû partir au rebut. C’était un gadget qu’on avait eu en cadeau, je crois, peut-être avec un abonnement à Courrier international ou autre, appelle-t-on cela liseuse ou autrement, toujours est-il que c’est une petite lampe qu’il fallait fixer, avec une sorte de réglette, sur le livre afin de pouvoir lire sans lampe. Je m’en suis beaucoup servi, à une certaine époque, lorsque vraiment je ne m’endormais pas du tout et que C* avait déjà éteint de son côté, mais il était malcommode, car il était trop lourd pour la plupart des livres (en bref, dès que la couverture était souple, il la faisait ployer ou plier) et surtout la lampe n’éclairait vraiment bien qu’une partie – je dirais les deux-tiers – de la double page, même après de savants calculs pour déterminer où il serait le mieux placé. Cet objet, ou plutôt la photo de cet objet, a tout à fait sa place dans ce livre d’effigies, à vrai dire, vu que la photo fut prise il y a dix ans, en tandem avec un autoportrait un peu inquiétant, ou ridicule, saisi grâce à la lueur de cette lampe, donc ; il fait donc effigie par contiguïté, ce qui n’est déjà pas rien.

 

Finac 2251

 

12:11 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 04 février 2026

Ça barde, ça craint

Après la Chandeleur, après le jour de la marmotte, le jour d’anniversaire de Tsitsi Dangarembga – qui n’a écrit que trois romans car elle a aussi réalisé des films, je n’en ai vu aucun – je me suis réveillé tôt, après six heures de sommeil, donc à 4 h, et pour poursuivre la traduction en commençant à 5 h pile, je meuble, aussi à seule fin d’écrire ici un texte, en lançant l’application Hanafuda sur le smartphone le moins vieux. Ces derniers jours, plus de bas que de hauts, quelques coups du sort surtout en ma défaveur (hier soir en ma faveur à la 1e manche, mais pour finir par perdre à la 3e).

Après la pub en turc pour Tiktok (wtf), me voici face à un·e adversaire japonais·e, oya, qui prend le sanglier avec une plaine. Je prends un des rubans calligraphiés. Iel prend la lune et le cerf avec le ruban bleu d’érable. Ça barde. Heureusement à la pioche m’est donné le ruban bleu de chrysanthème, mais celui de pivoine reste dans la rivière, offrant éventuellement la carte des papillons… Au 3e coup je ne prends rien. Iel prend le phénix. Ça craint. Au 4e coup j’atteins 4 rubans, grâce à celui de pivoine (ouf). Au 7e coup je marque deux fleurs grâce à la coupe de saké. Je dis stop.

Pas de risque inutile si près de la fin, surtout en 1e manche.

1000011824.jpgPour la 2e manche, je prends d’emblée la coupe de saké avec le ruban bleu (elle était dans la rivière). Hésitant avec le sanglier ou les papillons, je me décide pour l’autre ruban bleu, pioche le rideau, décide de relancer. Au 5e coup, je prends le 3e ruban bleu et pioche la lune, mettant glorieusement fin à la partie en marquant 34 points sur la deuxième manche.

Une forme poétique pourrait voir ici le jour. Regardez-bien (en cliquant sur la vignette pour agrandir) : 17 vers doubles, composés en 1 quintil (pour le premier saké), 1 vers isolé (rubans), 1 sixain (rubans bleus), 1 quintil rimant parfaitement avec le premier (pour le second saké).

Non ? non.

1000011825.jpg

Il faut savoir que j’ai failli ne pas faire koï-koï après le premier yaku, le saké sous les cerisiers.

Les risques, inutiles en 1e manche, doivent être soupesés et réfléchis en 2e manche. Là, le coup du sort s’est mis de mon côté.

 

05:03 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Ritournelles, 5

    L’avantage avec l’émission de radio que j’anime, c’est que ce sont les invité·es qui choisissent en général la playlist, avec pour consigne de varier au maximum les langues, voire, si c’est possible, de choisir des chansons qui mélangent ou juxtaposent plusieurs langues. Avant-hier soir j’ai enregistré, avec deux collègues et trois étudiantes, dont deux que je n’avais jamais rencontrées, une émission autour du cours de troisième année Global Understanding, que je n’enseigne pas, et c’est une des étudiantes, Floriane, qui avait choisi trois chansons, dont Tuta Gold du rappeur italien Mahmood. Comme j’écoute toujours les chansons à l’avance, j’ai eu le refrain de celle-ci dans la tête toute la journée (en alternance avec Fashion designer de Theodora, il faut bien le dire, et avec Ah mesdames voilà du bon fromage). Ça m’a même permis de faire une vague blague à partir des paroles, pour effectuer la transition avec la suite de l’émission, mais en me trompant, car j’ai parlé de cartes bancaires dorées ou en or, alors qu’il s’agit de cartes gold : ce serait d’ailleurs un peu compliqué à traduire – « j’ai cinq cartes bancaires, c’est toutes des gold » ? on ne dirait pas trop ça, si ?

 

04:39 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 03 février 2026

2026 ֍ SAD, 5

    Nous vivons dans un monde retors

(Nous, et pas on : nous sommes pris

Dans ce monceau poisseux.)

 

Torquemada n’ouvrirait pas nos

Prisons de mots et d’images.

Ce milieu nous lamine.

 

06:44 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 02 février 2026

2026 ֍ Affiquets, 5

   Dans une petite boîte en carton dont le couvercle est légèrement déchiré – ces petites boîtes sont toujours serties au moyen d’un autocollant qu’il est quasi impossible d’enlever délicatement – se trouve un banal flacon de « suspension pour pulvérisation nasale », à base de furoate de fluticasone, dont je m’envoie deux pschitt dans chaque narine tous les matins, après m’être mouché, car il ne faut évidemment pas ou plus se moucher une fois le produit pulvérisé. Je suis ce traitement depuis bientôt trois mois, car la sinusite chronique qui me donne des migraines, notamment mais pas exclusivement au réveil, est liée à des polypes qu’il n’est pas possible, ou conseillé d’opérer, et hormis ces pulvérisations nasales d’un produit plus ou moins anti-allergique, il n’y a pas de modus vivendi. Il est vrai, mes douleurs se sont plutôt atténuées, et en tout cas elles ne sont plus systématiques, quotidiennes. Le vérificateur orthographique a souligné furoate, mais pas fluticasone.

16:30 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 01 février 2026

2026 ֍ Bobines, 5

    Je fais ce que je veux et par exemple, au moment où le noir se fait dans la salle, on voit, en gros plan, un portefeuille en cuir brun clair, un bel objet, puis une bousculade dans une file d’attente, puis de nouveau ce gros plan. Un homme d’une cinquantaine d’années, qui vient d’enlever son bonnet, dit « ah, quelqu’un a perdu son portefeuille » puis s’adresse à la dame devant lui. Personne ne réagit, la scène est filmée sur un mode très chaotique, façon Rosetta. L’homme ramasse l’objet, et lance à la cantonade « qui a perdu son portefeuille ? » À ce moment-là, un autre homme, quelques mètres devant lui dans la file d’attente, et qui allait prendre son tour au guichet du cinéma (car, par plan élargi, on découvre que c’est un cinéma), dit « ah, c’est ma blague à tabac, merci ! ». Le premier homme se tourne vers la dame qui l’accompagne, un peu plus jeune que lui apparemment, très jolie, et qui lui dit : « La cigarette a été inventée en 1893, les gens en 1892 ». Tous deux rient, prennent leurs tickets au guichet.

Générique de début.

La blague à tabac

Le film est une succession de sketches qui explorent soit la polysémie du nom blague, soit les différentes façons de fumer en 2026 – dont une saynète exaspérante avec en bande-son Puff the Magic Dragon par Peter Paul & Mary –, soit les violences policières. Dans une saynète particulièrement longue, l’acteur qui jouait le premier homme, celui qui avait ramassé la blague à tabac, se filme en train d’enregistrer une vidéo dans laquelle il lit de nombreux extraits littéraires utilisant l’expression « blague à tabac » et se demandant comment traduire ces différentes phrases en anglais, en allemand, en italien, en moldo-valaque et en indonésien ; des policiers font irruption dans son bureau et lui défoncent la gueule.

Générique de fin

(bande-son : Les gauloises bleues d’Yves Simon)

 

22:49 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 31 janvier 2026

2026 ֍ Cantilènes, 5  

    ton rêve il te faut ravaler

la patience des cigognes

la nuit à détailler l’horloge

et le brouillard que dissipait

la lune couleur de lait

 

sur les pentes raides de ton rêve

un slalom désespérant

le soulier glisse dans la neige

 

un temps pour tout

et pour la fièvre

où trouver de nouveaux arpèges

 

pourtant tu donnes libre cours

à cette chute en deltaplane

dans les images d’un songe

et le souffle féroce d’une tramontane

 

à cette joie cette vitesse

difficile de résister

 

09:00 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 30 janvier 2026

2026 ֍ Moutures, 5

Langue bifide

(titre provisoire – Mit geteilter Zunge)

Guadalupe Bedregal (Bolivie/Allemagne)

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026

 

 

    Que ça irait aussi loin, j’étais incapable de l’imaginer, le jour où, sous la pluie, accompagnée par mon oncle, avec pour tout bagage un petit parapluie vert et une mandarine, j’ai parcouru pour la première fois le court trajet de notre maison à l’école maternelle allemande. (C’est justement cela, ce court trajet, qui avait incité ma mère, toujours pragmatique, à m’envoyer dans cette école.) Anxieuse mais curieuse, j’ai quitté mon oncle pour entrer dans le hall. Je revois, sur les murs, les grandes silhouettes en carton : gigantesque, la sorcière noire me toisait depuis ses hauteurs inaccessibles ; Blanche-Neige, les yeux bleus, l’air distant, souriait en regardant les nains immenses. Près de la porte, vision inoubliable de cette petite fille blonde, avec ses tresses nouées de petits élastiques rouges, qui parlait allemand avec la maîtresse comme si de rien n’était. Je me revois encore à côté d’elle, admirative, fascinée par cette langue que je ne comprenais pas, par un monde qui m’était étranger. On me sépara de la petite fille, qui fut conduite dans un autre groupe, celui des enfants allemands. J’ai éprouvé une sorte de désir mélancolique pour cette petite fille, sa langue mystérieuse, son monde mystérieux. Ce fut ma première rencontre consciente avec l’Autre, et peut-être ai-je alors, tout au fond de moi, pris la décision de conquérir cet Autre, de me l’approprier.

 

(à suivre)

 

07:20 Publié dans 2026 ֍ Moutures | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 29 janvier 2026

2026 ֍ Effigies, 5

    Il y a huit ans, grâce à mon amie – collègue à l’époque – Fanny Quément, j’ai eu le plaisir de traduire quelques poèmes de Billy Ramsell, et de le rencontrer lors d’un petit événement organisé en son honneur à la Bibliothèque Universitaire des Tanneurs, à Tours. J’avoue avoir perdu sa trace (je suppose que Fanny est restée en contact), mais s’il est apparemment resté actif il n’a rien publié, sous forme de recueil veux-je dire.

Billy Ramsell au Vieux Mûrier, Tours, après sa lecture de poèmes dans le cadre du Printemps des poètes, 8 mars 2018.

 

On a évoqué récemment, à Nantes, cette jolie expérience, tout en regrettant de n’avoir pas donné suite à cet essai de traduction à deux.

Ici, Billy est de profil, un petit moment après avoir lu quelques poèmes lors de l’after qui eut lieu pour une sorte de crossover de la saint Patrick et du Printemps des Poètes, au Vieux-Mûrier, à Tours également.

 

Le souvenir vivant, il n’est pas – quoi qu’on en pense – figé dans l’effigie.

 

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mercredi, 28 janvier 2026

2026 ֍ Ritournelles, 4

    La bonne ritournelle – même quand ce n’est pas une très bonne chanson – c’est une mélodie sur laquelle on peut, même quand on ne connaît que partiellement les paroles, broder, c’est-à-dire ajouter des syllabes ou des mots pour pouvoir expulser, en le chantant, cet air qui vous occupe tout entier (l’esprit, oui, mais ne dirait-on pas aussi, souvent, le corps ?). Avant-hier j’avais dans la tête Kongolese sous BBL, et c’était compliqué car je connais qu’une mince partie du refrain, d’une part, et d’autre part, je trouve ce refrain quasiment impossible à chanter. Ce matin, j’ai Wrong de Depeche Mode dans la tête (en alternance avec My Favourite Stranger) : non seulement ce sont de (très) bonnes chansons, dont les paroles sont relativement simples à retenir, mais de surcroît on peut assez facilement s’amuser à transformer les riffs et les divers instruments par des vocalises innovantes.

(Ce texte restera un texte ; je ne l’enrichirai pas par de douteux fichiers audio.)

 

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mardi, 27 janvier 2026

Pie, néflier

Douze jours sans écrire, mais non sans jouer : à chaque jour sa partie, ou plutôt ses parties. Une partie, c’est rapide, quatre ou cinq minutes au plus, souvent moins.

Une pie, sous la pluie, se pose sur le néflier mourant et semble me regarder. Quand trop courbaturé j’en aurai assez de trimer (sur la traduction, sur la relecture du mémoire de l’étudiante italienne, sur ce foutu projet d’accord avec UKZN), j’irai marcher ou faire du vélo d’appartement avant une douche bien méritée, vu que le chauffe-eau est réparé.

J’ai raconté quoi, là ?

Le néflier est mourant, oui, et c’est bien triste.

Une pie dans le néflier, ça pourrait être une figure du jeu, tandis que j’imagine une partie idéale. Les parties idéales ne sont pas meilleures que les réelles : ainsi, hier soir au lit, j’ai marqué 69 points sur une seule partie, après deux relances, en additionnant les deux sakés, les quatre lumières, 13 fleurs et 5 animaux (23 x 3). Dans la partie idéale que j’imagine il y aurait un yaku à chaque tour : saké à la lune en 1, saké au cerisier en 2, 3 lumières en 3 (avec la grue), rubans calligraphiés en 4 (après avoir pris celui de paulownia avec la grue et celui de cerisier en 2 avec le rideau), 5 rubans en 5… Et après il faudrait voir : 6 rubans en 6, animaux en 7, 4 lumières avec le phénix en 8 ? Ce qu’il faudrait vérifier, pour que cette partie imaginaire soit parfaitement réaliste, c’est si l’adversaire ne pourrait pas interjeter un yaku au milieu de cette série presque indéfinie de koï-koï.

Donc, à la fin, le score serait de 240 points : 4 lumières (9) + 2 sakés (10) + rubans calligraphiés (6) + 7 rubans (3) + 6 animaux (2) — le tout multiplié par 8, donc.

Je suppose que le score maximal possible sur une seule manche a déjà été calculé et qu’il est encore supérieur, par exemple s’il y a cumul des rubans calligraphiés, des rubans bleus, des deux sakés et des cinq lumières. Mais 240 points, c’est déjà invraisemblablement élevé ; je crois que le record de points dont j’ai été témoin tournait autour de 80. Et mon 69 d’hier soir est déjà rare.

 

Une pie dans le néflier, ça pourrait être une figure du jeu, tandis que j’imagine une partie idéale.

 

Une pie dans le néflier :

elle pourrait être du jeu,

tandis que j’imagine une partie idéale.

 

Une pie dans le néflier :

ce pourrait être dans le jeu,

tandis que j’

imagine une partie idéale.

 

14:40 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ SAD, 4

    La vitre ouverte sur le noir de la nuit

Me renvoie le reflet d’un monde inaccompli

Où s’entassent des piles de livres en ombres livides.

 

Pli selon pli la rumination du mal

Nuit au repos, à l’âme —

Vide la coupe où surnage l’espoir.

 

05:40 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 26 janvier 2026

2026 ֍ Affiquets, 4

    Le petit objet qui se trouve près du clavier, et que je ne dois pas oublier tout à l’heure, est une clé USB qui a déjà du carat, car il me semble qu’elle date de mon premier mandat de directeur de département, donc il y a plus de quinze ans, et même si j’utilise très rarement les clés USB, celle-ci, presque vide, me sert dans les rares (donc) occasions où je veux avoir une sauvegarde qui ne nécessite pas de connexion, de sorte qu’on y trouve les versions PPT et PDF du diaporama que j’ai utilisé lors de ma conférence du 6 décembre dernier à Ballan-Miré et les trois fichiers audio enregistrés il y a douze jours dans notre salon avec le traducteur Éric Boury, ces trois fichiers constituant la quasi-totalité de l’émission que je vais diffuser aujourd’hui, à l’exception de deux rapides génériques que je vais enregistrer en direct et des deux chansons que je diffuserai, comme toujours, depuis YouTube, à la console, cela ne devant pas me faire oublier que ce texte était censé évoquer la clé USB, qui est donc simple, sans design extravagant, le corps gris argenté, et le capuchon amovible protégeant la tête transparent, le corps étant marqué d’un côté d’un mot, LISTO, qui doit être la marque, et de l’autre on lit « 4 GO », ce qui confirme le caractère ancien de cette clé USB, car il me semble que les supports de moins de seize gigaoctets n’existent plus depuis belle lurette, quoique je puisse me tromper, ayant dit – et c’est la stricte vérité – que je n’utilise – et donc n’achète – plus de clés USB depuis belle lurette également, expression figée donc que je répète, en précisant avoir appris récemment que la lurette était un petit poisson, même si l’origine de l’expression n’a aucun rapport avec la « cause halieutique », mais avec une déformation du nom heurette auquel était accolé l’article le (l’heurette > lurette), information dont on se contrefout, comme, hormis moi, tout le monde se contrefout de l’oubli ou non de la clé USB sur le chemin du studio de la radio.

 

05:56 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 25 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 4

    Adolescent, je n’avais pas compris grand-chose à Huit et demi. Je l’ai revu cette semaine. Par moments on frôle légèrement l’ennui, tout en étant happé soit par l’histoire et les tribulations du cinéaste en burn-out, soit par les plans, rarement par les deux en même temps. Les vingt ou vingt-cinq premières minutes sont extraordinairement soûlantes, façon fellinienne, mais c’est pour montrer à quel essorage et à quelle overdose de questions et de sollicitations est soumis le protagoniste.

Capture.PNG

Je me rappelais la scène de la visite à la rampe de lancement du vaisseau spatial (or whatever – la mégastructure), et Mastroianni grimpant les échafaudages. Elle est géniale.

Je n’avais aucun souvenir de la scène dans laquelle il regarde, avec toute l’équipe, les rushes et les essais. Elle est géniale aussi.

 

*

*                *

 

Faisant comme je veux ici, je colle ici ce distique que chante Aldous Harding sur le dernier album des Sleaford Mods :

It’s all about me

the Elitist G.O.A.T.

 

Le nom de Fellini se trouve à titre subliminal dans ce refrain. Le titre français du film aussi.

(Je sais ce que je dis. Je dis ce que je sais.)

 

19:28 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 24 janvier 2026

2026 ֍ Cantilènes, 4

 

    et tes épaules flancheront —

quoi, il faudrait courber l’échine ?

serai-je donc une machine

un lombric ou un liseron

noireauté à l’encre de Chine

 

un robot dort dans la glycine

tous les passants l’ignoreront,

les enfants comme les darons

 

un robot dort dans le giron

du bosquet (la rime assassine

suggère ici mégabassine :

 

ne peut-on se laisser aller

à l’imagination divine

coronille ou azalées ?)

un robot rêve la ravine

 

sur le réel vient s’empaler :

ton rêve il te faut ravaler

 

06:14 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 23 janvier 2026

2026 ֍ Moutures, 4

Rédaction, ou Confessions d’un enfant de « travailleur immigré »

Ertunç Barin

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026


[Il s'agit du début de ce texte de prose, qui occupe cinq pages dans l'anthologie In zwei Sprachen leben (127-131). Je donne le texte original allemand en fin de billet. — NdT.]

 

    Vivre dans deux langues. Mon ami, c’est facile à dire. C’est comme deux personnes contraintes de partager un seul corps alors qu’elles sont fondamentalement différentes. Ou comme deux pieds avec une seule chaussure : ils doivent y entrer ensemble, et même courir comme ça. C’est drôle ! Peut-on courir avec deux pieds dans la même chaussure ? Oui, mon ami, tu me le demandes. Je vis ça tous les jours. Le matin, quand je sors de mon appartement, que je le puisse ou que je le veuille – en général on ne me demande pas mon avis –, j’entre dans le monde de la langue allemande. Ma langue maternelle ne m’y est d’aucun secours. Dans la rue, dans le tramway, à l’école, à l’atelier. Des lieux où ces deux langues se rencontrent inévitablement, mais il y en a une qui m’est interdite. Je ne maîtrise pas encore l’autre : ma langue étrangère, comme on la nomme. Mais en quoi est-elle étrangère, cette langue à laquelle je suis confronté tous les jours, en tous lieux ? Je me sers plus souvent de l’allemand que de ma langue. Avec ma langue, je suis seul, impuissant. Il y a longtemps que ma langue maternelle m’est devenue étrangère.

Alors que j'étais en cinquième et dernière année d’école primaire dans mon pays natal, je suis venu en Allemagne avec mes parents. Ou plutôt, on m’a amené en Allemagne. Personne ne m’a demandé mon avis. Au début, je n’osais pas m’asseoir dans le tramway. Je restais toujours debout. J’étais mal à l’aise, j’avais peur... Que faire si quelqu’un s'asseyait à côté de moi et me parlait, si on me posait une question ?

Je voyais les gens rire. De quoi ? De qui ? De moi peut-être ? Je n’en savais rien. À dire vrai, j’aime bien quand les gens rient. Mais quand ils sont près de moi et qu’ils n’arrêtent pas de rire, j’ai parfois un sentiment étrange. Je deviens plus sensible, voire hypersensible. Je ne sais pas pourquoi.   Ai-je peur ? Au milieu des Allemands, ai-je perdu la parole ? ai-je perdu ma vigueur ? Franchement, j’ai peur, depuis que je suis ici, en Allemagne.

 

 

 

Der Aufsatz oder Geständnisse eines »Gastarbeiter«-Kindes

In zwei Sprachen leben. Das ist nicht so einfach, mein Freund. Es ist wie zwei Menschen, die in einem Körper leben müssen und dabei grundverschieden sind. Oder wie ein Schuh für zwei Füße, die gleichzeitig hineinmüssen und mit dem man auch laufen muß. Komisch! Wie kann man so laufen? Ja, mein Freund, du fragst. Ich erlebe es jeden Tag. Morgens, wenn ich meine Haustür aufmache und die Wohnung verlasse, ob ich kann oder will - das wird oft nicht gefragt-, gehe ich in die Welt der deutschen Sprache. Dort kann mir meine Muttersprache nicht mehr helfen. Auf der Straße, in der Straßenbahn, in der Schule, in der Werkstatt. Das sind die Orte des unvermeidlichen Zusammentreffens der beiden Sprachen. Die eine darf ich nicht benutzen. Die andere kann ich noch nicht beherrschen: meine Fremdsprache. So nennt man sie. Wie kann ich aber selbst diese Sprache als fremd bezeichnen, mit der ich jeden Tag überall konfrontiert bin? Ich brauche öfter die deutsche Sprache als meine. Mit meiner eigenen Sprache, allein und hilflos stehe ich da. Meine Muttersprache ist mir längst fremdgeworden.

Als ich in der letzten Klasse der fünfjährigen Grundschule in meiner Heimat war, bin ich mit meinen Eltern nach Deutschland gekommen. Besser gesagt: Ich wurde nach Deutschland gebracht. Niemand hat mich dabei gefragt, ob ich will oder nicht. Damals, an meinen ersten Tagen in Deutschland, habe ich es nicht gewagt, in den Straßenbahnen zu sitzen. Ich stand immer. Unsicher und ängstlich... Was könnte ich tun, wenn einer sich neben mich setzen und mit mir sprechen oder mir irgendeine Frage stellen würde?

Ich sah die Leute, die lachten. Über was? Über wen? Über mich etwa? Das wußte ich nicht. In der Tat habe ich es gern, wenn die Leute lachen. Aber wenn sie ständig neben mir lachen, dann bekomme ich manchmal ein komisches Gefühl. Ich werde empfindlicher und sogar überempfindlich. Warum, weiß ich nicht. Habe ich vielleicht Angst? Stumm und schwach unter den Deutschen? Offen gesagt, Angstgefühle habe ich schon, und zwar seitdem ich hier in Deutschland bin.

 

06:54 Publié dans 2026 ֍ Moutures | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 22 janvier 2026

2026 ֍ Effigies, 4

    Ce héron de profil se nettoyant les plumes du bas du cou de son bec acéré n’est donc plus tout à fait de profil – je veux dire par là qu’on ne voit ni son œil ni vraiment son bec, le long cou un peu escamoté venant presque séparer le corps de l’oiseau en deux, avec l’impression que la tête et le corps ne sont pas emmanché·es, justement, pour reprendre le mot célèbre. Mais justement quand j’observe des hérons cendrés je ne pense jamais à La Fontaine ; peut-être que je ne pense à lui qu’en me trouvant à écrire après avoir retrouvé une photo de héron cendré dans mes archives, et donc à partir de cette photo. La locution prépositionnelle à partir de – on comprend désormais qu’il n’est plus question d’oiseaux ni de photographie mais seulement de langue – est d’ailleurs bien étrange : il faut partir de la photographie, c’est-à-dire la quitter. Bientôt en route on ne voit plus, même en se retournant, le point de départ.

Promis, je ferai mieux jeudi prochain.

 

Marais d'Orx, 29 octobre 2016.

09:43 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)