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dimanche, 04 décembre 2016

Flush calvaire

    Ce matin, j'ai jeté un (gros) œil à Flush de Virginia Woolf, pas lu depuis une bonne dizaine d'années, et ce parce qu'on en a parlé avec Claire Placial. Horreur, contrairement à mon souvenir, le chien d'Elizabeth Barrett Browning — qui donne son titre au livre — n'y est pas narrateur, de sorte que j'ai dit n'importe quoi à Claire. Enfin, j'espère qu'elle ne m'en voudra pas ; il y a plusieurs passages en point de vue interne.

En début d'après-midi, restant pendant une heure et demie — dans un certain froid — accoudé à la rambarde qui entoure la patinoire éphémère (j'y veillais sur les jeux d'Oméga et de son ami L*), j'ai enfin commencé la lecture de Calvaire des chiens. Le chien, décidément. Une page, déjà, me rappelle Black Dogs d'Ian McEwan (qui est postérieur). Magnifique début, en tout cas, entrecroisant les fils de la ville désemmurée, du film à faire, de l'écriture de l'écriture du scénario, et last, not least, l'influence du récit selon Thomas Bernhard, avec ce rapport très particulier à l'insertion (on ne peut parler ni de transcription ni de reprise) de la langue allemande au sein de la langue française.

Comme j'avais lu, le matin même, dans Contemporains, ce que François Bon a écrit de Beckett et de Sarraute (mais aussi de Duras écrivant à partir des années 70 les romans qu'écrirait Marguerite Duras), tout cela résonne (résonna).

Or, j'en suis revenu à ma conversation facebookienne avec Claire Placial, car dans les 40 premières pages de Calvaire des chiens (j'en suis là), il y a plusieurs allusions à Hofmann — et Claire fait étudier à ses L1 Le chat Murr. Autre bestiole, cette fois narratrice. Il y a aussi, je m'en avise, qu'avec Mathilde R. a fait récemment une allusion aux chiens de Disgrace (à certaine remarque étonnante du metteur en scène de l'adaptation théâtrale de Disgrâce, en fait) et moi, du coup, à Dog Heart de Breyten Breytenbach.

Bref, tout est dans beaucoup, sinon dans tout.

22:33 Publié dans Fall in Love, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 17 septembre 2016

Espadrilles sans arpenteur

Untung-untung

    17 septembre 2014

Il faudrait ne porter d'espadrilles qu'absolument neuves, telles qu'elles enserrent parfaitement le pied. La pointure, une ou deux en-dessous, souvent, de votre pointure habituelle. Après un ou deux jours, parfois moins, l'espadrille se relâche autour du pied.

Cette mollesse, me dira-t-on, c'est la vie. Mais un pied chaussé n'est pas la vie.

L'espadrille est très à part — ce que j'ai écrit ne vaut que pour l'espadrille.

Tiens, ça me donne envie de relire Chaussure de Quintane.

 

17 septembre 2016

Ce matin, je découvre l'existence d'un forum Facebook aussi hétéroclite que foisonnant, semble-t-il, “Sur les traces de Robert Walser”. Quelqu'un a-t-il étudié l'importance du pas — comme du soulier — chez Robert Walser ? L'an prochain, fêtera-t-on le centenaire de Der Spaziergang ? Me mettrai-je enfin un jour à reprendre Memory of Snow and of Dust pour y débusquer la figure de Walser (et les échos des microgrammes dans Mouroir) ?

07:19 Publié dans Fall in Love, MOTS, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 11 novembre 2015

I:a ——{yeux explosés}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Les yeux explosés, d'avoir trop écrit, ou lu, ou d'écrire encore, d'avoir encore à écrire, il leva les yeux de cet écran, cet énième écran, et de cet énième accent aigu. Il lui semblait que son cerveau était à l'arrêt, en prise avec quelque chose de nouveau, peut-être une vieillesse acceptée. Un vers de Mallarmé, peut-être, mais la barque de Charon n'avait pas grand rapport avec ce souvenir.

Parfois, en se regardant dans le miroir, il se trouvait blême, et d'autres fois rougeaud ou bistre.

Il n'oublait pas d'où il venait, de Gouy-les-Groseillers. Il lui avait fallu refaire le chemin, passer par-dessus de longues années d'amnésie pour réapprendre cela, aussi banal et terne que ce fût, et pour s'en réapproprier les mots. D'ailleurs, encore aujourd'hui, il lui arrivait de vérifier après avoir hésité à mettre un i après le double l de groseillers. On écrit, oui, mais on n'écrit jamais assez.

Les yeux explosés, d'avoir trop réfléchi (à son teint), il leva les yeux, chercha dans le ciel le vol de grues qu'il entendait par hallucination. Il devait chercher sa vie dans les interstices. Il le ferait.

Écrire encore, d'avoir encore à écrire, autant de plis par où se perd la voix, que l'on retrouve peut-être, au bout du chemin. Trop de peut-être. Il la retrouverait.

 

11:05 Publié dans Fall in Love, La 42e Clandestine, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 09 février 2015

Enquête du 7 février

[Le questionnaire se trouve ICI.]
 
  1. Je n'ai pas d'avocat. (J'eus recours à une, brièvement, en 2009.)
  2. Je n'aime pas du tout les films d'horreur.
  3. Je ne reçois jamais de visites à l'improviste.
  4. Si je donne rendez-vous à quelqu'un qui ne m'a jamais vu, j'indique que je suis quadragénaire, dégarni, plutôt grand, que je fais plus vieux que mon âge, et surtout j'indique quel livre je serai en train de lire.
  5. Oui, j'ai déjà écrit de la poésie. [J'adore conserver le passé composé.]
  6. Ma porte d'entrée est toujours fermée à clef en Touraine, mais pas souvent dans les Landes.
  7. Je n'ai pas mangé du poisson pané récemment.
  8. Non, je ne pourrais pas être chef d'État.
  9. Je me contredis occasionnellement.
  10. Je n'ai pas du tout l'oreille musicale ; c'est un de mes seuls, mais très considérables, regrets.

12:13 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (2)

dimanche, 01 février 2015

Enquête du 31 janvier

[Le questionnaire se trouve ICI.]
 
  1. Non.
  2. Oui, j'ai une armoire à pharmacie.
  3. Non.
  4. Difficile à dire si on n'est pas au pied du mur.
  5. Je me pose souvent la question du sens de ma vie ?
  6. Le dernier voyage que j'ai fait, si on parle de l'Écosse, par exemple, je ne sais comment on l'a choisi — en famille, surtout dans l'idée de faire voir du pays (étranger) aux enfants.
  7. À la sauvette, et je ne suis jamais devenu fumeur.
  8. Je faisais souvent craquer les articulations de mes doigts quand j'étais jeune — plus jamais.
  9. Mal.
  10. Non, pas d'argent de poche quand j'étais enfant ou adolescent.

 

12:22 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 02 décembre 2014

Divagations

    Odeur de brume et de brûlé

près des troènes lourds de bruine

 

Le merle encore s'est nourri, tout le mardi,

des indéchiffrables fruits rouges

 

Sur le porte-serviettes près d'un des six lavabos,

j'ai remis, pointe vers le bas,

les vieux sabots.

 

Ces sabots, comme tout soulier, comme toute paire de souliers, ont une histoire. Je les ai achetés une bouchée de pain, l'été 2009, à Dax, les ai ensuite portés, même à l'Université mais jamais pour faire cours. Ils se sont très lentement, progressivement usés, abîmés... toutefois increvables.

 

Odeur d'oreillers parfumés,

trop plats, on les rejette, on n'en veut pas.

 

Le pied se rappelle

la forme du sabot, que la prose

convoque, obsolète autant qu'oblique.

 

Contre les lattes de lambris

de cette chambre, j'éclate

mon regard qui n'a plus âme qui vive.

 

 

22:11 Publié dans Fall in Love, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 04 mai 2014

Filandreux

    J'ai préparé et lavé les asperges (loudunoises) pour le déjeuner. Vingt-deux asperges, la filandre n'a pas suivi le couteau, ergo elles ne sont pas filandreuses.

Puis je pars à pied jusqu'à la boulangerie.

Souvenirs d'Oxford — The Philanderer and Firkin. (Mais c'était dans un coin où je n'allais quasi jamais.)

10:50 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 25 décembre 2013

╩ “Givre et sang” ╔

    Mince, j'ai failli oublier d'écrire qu'il m'était venu un très beau quatrain de début de sonnet en rangeant la vaisselle ce matin et qu'il s'est envolé, ça et Givre et sang qui ne coûtait que deux euros hier aux Amours jaunes et que j'ai été assez idiot pour ne pas acheter, perturbé que j'étais par l'échange téléphonique autour du Paysan parvenu (et là, juste à l'instant, j'ai failli écrire “Paysan perverti”).

24.11.2013.

22:44 Publié dans Ex abrupto, Fall in Love, Minimalistes | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 23 décembre 2013

╠ slightly out of focus ╬

slightly out of focus 
with a sigh that's in jest 
lest the light should give way 
to boredom and despair 
this image you observed 
this snap you scrutinized,
out of snobbery I'll 
swear, is a sight for eyes 
that have so far remained 
far away from despair,
slightly out of focus

23.11.2013

22:40 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 11 juillet 2013

12 ans

Il y a douze ans,

À la minute près,


Tu naissais.


Moi aussi,

D'une certaine façon.


Un grand soleil rouge

Solennel.

21:45 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 10 mars 2013

Où est passé Kotik Letaïev ?

    Suite à cette conversation, l'autre jour, avec Éric – il ne sait pas s'il pourrait relire Moby Dick, qu'il porte au plus haut, et, de mon côté, je doute de pouvoir relire intégralement Les Misérables comme à douze ans, ou les Dickens que j'aime, comme à vingt – je me rappelle ne pas avoir réussi à continuer de lire Nostromo, une fois arrivé à Pietermaritzburg (or, pourrais-je relire, à cette aune, Lord Jim ou The Secret Agent? ), mais note qu'en revanche j'ai envie de relire Sarraute, et, relisant en ce moment deux chapitres de la thèse d'une amie, je voudrais reprendre les grandes proses de Breton. Lisant Calcutta, le dernier Chaudhuri, et Ma tête de l'autre (Sylvie Taussig m'évoque un hybride subtil de Kotik Letaïev (tiens... tiens... que je ne retrouve pas sur mes étagères!!!), de Kafka et de Virginia Woolf), je conçois aussi tout ce qu'il reste à arpenter (traverser ? jalonner ?).

10:49 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 30 novembre 2007

Grain décrépit

Place du Marché aux Légumes

    Place du Marché aux enclumes, le cerveau lourd de mille brumes (la brume humide baigne... (comment, déjà, se terminait ce vers ?)), j'ai trimbalé ma carcasse. Pris entre I Fall in Love Too Easily (je suis un vrai coeur d'artichaut) et My Man's Gone Now (mon mec a pris la tangente), puis entre A Sleepin' Bee (Une abeille assoupie) et Blue in Green (Vert-de-bleu), ronronnant je m'endors, comme le félin que je fus (avant). Finies les vieilles embrouilles...

10:45 Publié dans Brille de mille yeux, Fall in Love, J'Aurai Zig-Zagué, Rues, plaques, places, Soixante dix-sept miniatures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Musique, écriture, Photographie

vendredi, 07 septembre 2007

« malgré le changement de saison »

… pour servir à une reprise (future) de l’exégèse (minime) des Églogues :

 

« Et pourtant, malgré le changement de saison, tout avait continué à se dérouler de telle manière que j’avais pu me figurer que rien, en somme, n’était changé. » (Le Jardin des Finzi-Contini, traduction de Michel Arnaud. Gallimard, p. 126)

 

14:24 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature

mardi, 22 mai 2007

Le Printemps ment

    En attendant Travers IV, peut-être l'hiver est-il, avec toutes ses ambiguïtés, un avant-printemps. 

Georg Heym a écrit un poème qu'il a intitulé "Printemps", par le mot français, et qui est tout autre chose que printanier. C'est encore plus vrai de son "Frühjahr", où la dissonance est criante entre le titre et le sujet vraiment traité, qui est la montée, non de la sève, mais de la mort. Ce que Kurt Mautz résume dans la pertinente formule : "Der Frühling lügt". Et il cite à l'appui Kafka, mais non pas Trakl. (Robert Rovini. La fonction poétique de l'image dans l'oeuvre de Georg Trakl. Les Belles Lettres, 1971, p. 46)

 

Je reste coi, dans mon coin, tandis que le texte belliqueux me fait la nique. (Elle refuse de travailler plus longtemps au Printemps et s'envole pour San Francisco, enregistrer un album de belle daube.)

00:55 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature

dimanche, 20 mai 2007

Qu'en biais

    À un point du récit, le narrateur rencontre, avec quelques réserves de principe, celui qui ne cesse ensuite de réapparaître dans ses journaux, sporadiquement mais de façon marquante, et dont le patronyme, transcrit par homophonie, s'écrit qu'en biais

Ossip Mandelstam périt épuisé dans un camp de transit après avoir donné avec une superbe effronterie le chant le plus pur et plus matinal d'un siècle épouvantable.

(Gérard Vincent. Sous le soleil noir du temps. L'Âge d'homme, 1991, p. 14)

 

C'est juste avant le printemps qu'il le rencontre, au temps de Cerisy.

14:40 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature

dimanche, 29 avril 2007

Magnificat (Hommage au kazoo)

    Le mois bientôt sera clos, qu’on s’y fasse. Mais enfin les deux coexistent ! Le soir même du jour où j’ai lu la page de L’Amour l’Automne où il est question de l’affirmation de Pesson selon laquelle « septuor est l’anagramme de Proust au subjonctif » (p. 408), je regardai Le Temps retrouvé de Raul Ruiz, que je n’avais pas vu, en son temps. Ici Marcel enfant filme Marcel adulte (tout est inversé). Dans J.R.G. il y a l’initiale de Gabriel, prénom caché de Renaud Camus , signe de l’archange, arc bandé, statuaire sans fin, mais aussi le clin d’œil à Le Clézio et à Godard. Marcel est Marcel Proust (tout est aplati) ; du grand n’importe quoi. Dans cet Antoine-là, il y a le jardin aux carpes mais surtout l’amour avec Auguste (au printemps estival de la vie). Je ne mange pas de ce pain-là. Puisqu’on vous dit que Fall in Love c’est l’automne en amour et non pas tomber amoureux ! Pesson, vous le savez, est sans espoir (anglais latin de la Princesse Palatine). Quel dommage qu’il n’y ait pas de page 804 pour greffer encore l’un de ces 173 textes de 937 signes (émois : noirs morts à Rüggen). Gros pré danse, grand-père S.O.S. ! grand os perse, gardon pressé, perd sans ogre, grès rond sapé, gré nord passé, Sponde regras. Mais cela ferait un 174ème texte qui ficherait tout par terre, enfin !

10:20 Publié dans 1295, Fall in Love, Unissons | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, écriture, Musique, Polices

dimanche, 22 avril 2007

Feuilletage de signifiance

    Prenant mon courage à deux mains, et ne pouvant plus réfréner mes ardeurs, je me suis « attaqué » avant-hier au chapitre de L’Amour l’Automne qui commence à la page 149 et dont l'un des deux co-auteurs (Antoine du Parc) admet qu’il réclame ardemment la lecture en ligne sous forme de liens hypertextuels, et que la forme hyperlivre ici est tout à fait malcommode.

(Toutefois, cette passion des pages emberlificotées, riches d’ajouts et de notes et requérant du lecteur un constant va-et-vient très suggestif d’avant en arrière et d’arrière en avant, est inhérente au projet des Églogues, et, à tout le moins, à la série des Travers, dont on peut lire Été en ligne sur le Forum de la Société des Lecteurs, grâce – si j’ai bien suivi – au travail de fourmi de Madame de Véhesse. Inhérent au projet des Églogues, cet éclatement du texte sous forme de notes vertigineuses, s’il appelle la lecture en ligne sous forme de liens hypertextuels, est très largement antérieur à l’existence du Web et de ses possibilités hypertextuelles, justement. En témoigne cet extrait du Journal de Travers, où l’on voit Renaud Camus se débattre avec les épreuves d’Échange :

Passé ensuite l’après-midi à travailler sur les épreuves d’Échange, en particulier à tenter de rééquilibrer le texte du haut et le texte du bas, à la fin, le premier étant en retard sur le second, ce qui rend nécessaires des ajouts. (Journal de Travers, Fayard, 2007, p. 636)

 

À ces pages les plus rudes (et donc qui suscitent le plus violemment le désir du lecteur (le mien en tout cas)), je me suis donc « attaqué », pour constater, avec amusement, alors que je tournais les pages dans tous les sens pour retrouver un fil perdu, puis, dans l’ordre, lisant une suite filet après filet (c’est-à-dire que, pour lire une des notes, je devais tourner les pages toutes les cinq secondes puisqu’il n’y avait qu’une seule ligne de texte suivi m’intéressant à ce moment-là par page), pour constater donc (disais-je) que les Églogues inventaient, dans la lignée de Barthes et de son fameux « feuilleté de signifiance », le feuilletage de signifiance » : le suivi des diverses notes ligne à ligne, d’une page à l’autre, implique de tourner les pages très rapidement, et plus rapidement d’ailleurs que les pages d’un catalogue, prestance ou précipitation qui est peut-être le seul signe qu’il ne s’agit pas d’une lecture nonchalante ou vaine de catalogue (encore que j’en connais des qui feuillettent frénétiquement leur catalogue et vont jusqu’à le réduire en pièces à force de s’interroger sur les mérites comparés de telle ou telle chaîne stéréo (Jef se reconnaîtra (sauf qu’il ne lit pas ce blog))).

11:00 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, écriture

vendredi, 20 avril 2007

Silexpectatives / Progrès en pensée assez lents

Vendredi 13, onze heures du soir (puis par bribes de ci de là)

 

    La nage entre deux univers, et même entre de multiples. Après lecture des trois premiers chapitres de L’expectative de Damian Tabarovsky, jeudi 12 avril, s’être retrouvé avec L’Amour l’Automne (Travers III), acheté au Livre, vers une heure et demie vendredi 13. En avoir lu quelque 70 pages dans la foulée, bien sûr. Le soir, au concert, dans le sixième chapitre de L’expectative, être tombé sur ça :

Il prend une brochure, la lit : Ushuaïa, la ville du cul du monde. (L’expectative, p. 73)

 

qui rappelle ça, quelques heures plus tôt :

Moi, dit Carlos, je viens d’une ville du sud du pays : quand on est là on a l’impression que c’est le cul du monde. Eh bien en effet, quand je suis arrivé à Paris, on me demandait d’où j’étais, je disais Lanus, tout le monde était plié en deux. (L’Amour l’Automne, p. 72)

 

J’ai noté plusieurs autres collusions entre les deux textes, mais il me semble que, dans l’extrait de Renaud Camus on pourrait aussi observer d’autres significations à l’œuvre : ainsi, la phrase citée date de 1976 mais, recomposée pour figurer dans l’églogue publiée cette année, pourrait tout aussi bien s’appliquer à Plieux, où Renaud Camus s’est installé en 1992 et qui est, d’un certain point de vue, et comme il le suggère notamment dans les premières pages du Département du Gers, une forme de « trou du cul du monde ». Or, en réduisant l’expression plié en deux à ses trois premières et ses trois dernières lettres (comme au jeu des papiers pliés), qu’obtient-on ? Plieux, justement.

Ce sont éclats de silex, exils entre les pages, propos taclés de main de maître. Un clavecin même nous amuse. (La main d’un maître anime etc. ?)

 

Sinon/ d’ailleurs/ entre autres choses, je ne suis pas sûr de saisir ce que l’on trouve de si fort ou de si déroutant à ce texte de Damian Tabarovsky. Le chapitre sur l’absence de morts visibles, de sang, lors des attentats du 11 septembre est franchement plat ; la manière même de plaquer l’effondrement des Tours jumelles dans le monologue intérieur de Jonathan est complaisante.

Le reste du récit exploite le filon des textes où l’on suit les méandres d’une pensée qui se cherche : Jonathan, pensant beaucoup, puis de moins en moins, ne sait finalement que penser. Tout se chamboule, du coup, non pas le chaos des souvenirs remouvants au gré d’une stream of consciousness, mais bien la pensée – ou les pensées. Jonathan doit beaucoup aux figures d’intellectuels désemparés ou revenus de beaucoup, singulièrement à la Marelle de Cortazar.

Comme je déteste ces stylos plume de gamine qui ne donnent comme choix que :

1) d’écrire en posant le bouchon sur la table dans ce cas, le stylo est trop frêle, ne tient pas en main

2) d’écrire en fixant le bouchon au-dessus de l’abdomen du stylo, à la place prévue dans ce cas, le bouchon tombe

3) de pousser le bouchon afin d’éviter le cas n° 2 dans ce cas, il se coince, et on risque de tout casser en le retirant

 

Damian Tabarovsky dresse le portrait d’un personnage traversé par un tumulte intérieur plutôt gentillet, un trentenaire dans l’indécision. Rien de bien neuf à cela. Pas pour le style, si la traduction est fidèle. Ni pour la froideur sèche avec laquelle l’idylle à peine née, traduite en effets ménagers, s’émiette dans l’indécision perpétuelle et le penchant de Jonathan pour une existence velléitaire. Ni encore pour la façon dont Jonathan s’enfuit, part en vrille vers Berlin, sur la seule suggestion d’un article de journal sur les chambres à gaz. Le récit s’achève sur l’intervention d’une voix à l’origine énigmatique et qui prononce des avis complexes sur l’ironie absolue des conditions de pensée (dans ce que l’on imagine le monde post-m od erne).

 

Le trajet de Jonathan l’amène à ne plus vouloir penser – et presque à y parvenir : « simplement, il ne va pas » (p. 119). Il se retrouve à laver de petits avions en Allemagne, coupé alors des autres par le barrage de la langue, et progresse encore dans l’abandon de toute pensée : « Tout se passait comme si le seau et le chiffon occupaient à présent la dimension absolue de son être, de l’être ouvert pour le seau. » (p. 125). Nouvel épis od e convenu, plaqué ou complaisant, il y côtoie Mathias Rust avant son périple en Cessna et son atterrissage inattendu sur la Place Rouge. (À l’époque, j’avais appris le mot Cessna ; aussi ai-je tout de suite compris que le jeune Allemand dont J. fait la connaissance était cet énigmatique pilote amateur dont on n’a jamais bien compris les motivations pour avoir pris tant de risques.) C’est convenu, parce que Tabarovsky n’en fait rien, ne prend pas de parti esthétique, s’en tient à l’écume de l’événement. Si son objectif était d’écrire un roman sur l’importance grandissante de pensées superficielles, pourquoi ne pas l’avoir situé tout de go dans un salon de coiffure ?

(Je sais : on exagère.)

00:55 Publié dans Diableries manuelles, Fall in Love, MOTS, Unissons | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature

mardi, 17 avril 2007

Footnotes, endnotes, bank notes

  "Pour un lecteur les notes en bas de page, ou pire encore en fin de volume, c'est comme un coup de sonnette à la porte, quand on est en train de faire l'amour."

(L'Amour l'automne, P.O.L., 2007, p. 101)

 

    Cette remarque sur les notes de bas de page, si elle n'est pas une citation (et aussi si c'en est une), vaut son pesant d'ironie chez un auteur qui a su écrire des livres, sinon entièrement composés de notes, du moins qui reposent largement sur le principe de l'efflorescence du texte, de l'interruption, de la démultiplication par le moyen des notes de bas de page. C'est le cas de P.A. (Petite Annonce), par quoi je le découvris et qui me le fit chérir, mais aussi, auparavant et depuis, des Eglogues, dont L'Amour l'Automne est la cinquième.

L'image sexuelle est d'ailleurs intéressante aussi pour sa représentation négative de l'interruption. Dans les Eglogues comme dans les hyperlivres de Renaud Camus, le foisonnement n'agit qu'à condition d'interrompre sans cesse chaque fil (éclatement, rhizome). Oui, ce dès la première phrase de Vaisseaux brûlés : ne lisez pas ce livre ! Je vous interromps, je vous arrête, pour mieux vous retenir. Captatio benevolentiae, ou capture du lecteur dans les rets de l'hyperlivre ? Lier, c'est rompre ; lire, c'est être rompu, se rompre comme un cheval, s'exercer. Alors, les notes deviennent le texte, et tout le texte n'est que notes, codicilles, creusements. L'églogue, ex-logos, est ce qui dérive de la parole, commentaire ou après-texte.

07:30 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature

dimanche, 15 avril 2007

Le Génie du lien

    L'Amour l'automne, églogue à seize mains : trop de connivences, trop de liens à chaque ligne. Il faudrait ne plus écrire, et ne plus lire. C'est dire s'il faut continuer de lire et d'écrire. L'une des anagrammes les plus fertiles du volume, Tristan/Transit, me renforce encore dans l'idée que les textes les plus complexes de Renaud Camus sont cousins du Génie du lieu de Butor (dont le tome 4 s'intitule justement Transit).

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Matthieu avait décidé de lire d'abord les six premiers mois du Journal de Travers, histoire de parvenir à l'orée de l'automne, au troisième tiers de septembre 1976. Mais, une fois acheté l'épais volume blanc dont l'odeur (boisée, printanière, fugace, charnue) lui rappela aussitôt celle de son exemplaire (oublié, remisé (depuis belle lurette) dans la buanderie) des Géorgiques de Claude Simon, quand il l'avait acheté à Bordeaux en 1993, il ne put ni ne sut ni ne voulut résister, et en commença la lecture sur le champ (et en classe).

11:30 Publié dans Fall in Love | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Littérature, écriture, Fiction, Folie