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samedi, 06 décembre 2014

2200 ▬ Terminus radieux (Volodine)

    Titre trompeur, ou équivoque : on se dit bien vite que l'adjectif « radieux » évoque les radiations nucléaires — avant de s'interroger de nouveau : n'est-ce pas plutôt l'extase du faux couple infernal, Soloviev et la mémé Oudgoul ? Terminus : errance ferroviaire, oui, et le kolkhoze comme point final de l'Histoire, oui. Mais peut-être autre chose ?

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À part Des anges mineurs (qui est très bon), j'avoue que tous les Volodine que j'avais lus m'étaient peu ou prou tombés des mains. Mon ami J*** me l'a offert, et je ne regrette pas ce périple. Texte qui réussit à mêler la réflexion sur les formes expérimentales de la poésie, le futur apocalyptique, le réalisme magique (avec l'hypothèse d'une immortalité malheureuse, dégénérescente, douloureuse et subie).

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Roman en 49 chapitres, les 22 premiers, plutôt longs, constituant les 3 premières parties, et les 27 “narrats” de la 4e partie n'occupant qu'un petit tiers du livre.

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Dans une Russie d'après l'apocalypse, après la fin de l'Histoire (des combats ont eu lieu, dont on ne peut même être sûr qu'ils opposèrent vraiment les tenants du bolchevisme rénové à des forces extérieures (il n'y a plus d'extérieur, plus de dehors — c'est un des traits de force du roman)), errent des morts-vivants. Dans un kolkhoze dominé par une figure de patriarche omnipotent, capable de pénétrer dans les rêves et les corps de ses affidés, mais surtout de ses trois filles, un de ces errants, échappé à de mystérieux combats, échoue. Kronauer semble être, un moment, le protagoniste ; de fait, le dernier narrat s'achève sur un concert interminable donné par Aldolaï Schulhoff, le barde à la mémoire arrachée et récitant, et Kronauer, qui tape contre la carcasse d'un train bousillé en gusie d'accompagnement.

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Figures du corbeau. Soloviev a le pouvoir de se transformer en d'immenses corbeaux, superbement décrits, écrits par Volodine. Dans la 4e partie, on comprend que ces corbeaux (selon une ligne Baudelaire-Lautréamont-Rimbaud) sont partout, qu'ils vont recouvrir le monde, en s'effondrant notamment sur la forêt où, après des siècles d'errance, les trois sœurs ont fini par — aléatoirement ? — se rejoindre.

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Les radiations avaient rendu immortels autant qu'inhumains les quelques survivants ; même cette chronologie post-apocalyptique finit par se dissoudre. C'est là ce que j'ai trouvé de particulièrement beau dans ce texte, la façon dont les repères habituels en matière de personnage et de chronologie sont déconstruits dans les trois premières parties, avant que la nouvelle construction inhérente au roman lui-même vole elle-même en éclats. Les 27 “narrats” réussissent le tour de force de confirmer et nier simultanément la structuration logique, la teneur des 22 premiers chapitres.

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D'une noirceur absolue, terriblement déprimante, l'écriture de Volodine est aussi très belle. Le tout tient la route. Si je devais retenir quelques passages emblématiques pour retenir un lecteur, je citerais la description du feu à la page 272, la métamorphose de Samiya Schmidt au chapitre 17, l'affranchissement de Kronauer au chapitre 29 (la page 502, singulièrement), le poème du 32e narrat.

 

11:04 Publié dans Brun socle déformation, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 28 décembre 2007

6 - Si peu de pierre

6. Parvus parvis

13:00 Publié dans Brun socle déformation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne, Photographie

dimanche, 07 octobre 2007

Mal méridional miné

    Sous ourdir j’entends fou, or, sourdine, dire, peut-être même entends-je hourds, hardi et horde, mais pas amour ni mourir, pas ardent mais, sans doute, sans nul doute, étourdi (qui explose aux dernières pages de Conte de l’amour bifrons).

(S'interroger sur l'oiseau de mauvais augure : Muse négative, trickster, paon fallacieux, haruspice chasseur d'espoir à découper des carrés dans le ciel.)

14:50 Publié dans Brun socle déformation | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature

samedi, 06 octobre 2007

Marin, momie

Rencontre avec Linda Lê. Le Livre, 5 octobre 2007.

 

    Chemin faisant, j’ai croisé une très jolie Vietnamienne, sapée à mort (c’est-à-dire vulgairement, sinon de façon commune), tenue à la taille par un garçon quelconque, et qui n’allait pas évidemment pas au même endroit que moi. En attendant que commence la rencontre avec Linda Lê, ma main à la chair mauve près des livres de Gracq, j’ai remarqué que les ouvrages de l’invitée du jour se trouvaient, sur les rayonnages, entre ceux de Laure et ceux de Léautaud. J’ai noté le titre d’un livre de Klossowski, Le Baphomet, mais aussi que le tiret séparait Louis de Combet, et non Claude de Louis, ce que j’avais toujours cru, de sorte que ce prolixe écrivain est classé à la lettre L, et non à C, comme je l’avais toujours pensé. (Il en est de même pour Roger Gilbert-Lecomte.)

 

« Un cri vite étouffé interrompt la sonate » (extrait lu, par Laurent Evrard, du Complexe de Caliban).

 

Les influences

« L’un des plus beaux mots de la langue française, c’est hommage. » (à propos d’une écriture nourrie par les lectures)

« Ce sont surtout les interrogations que la découverte d’un grand livre font naître en moi, un afflux de questions. »

Tsvétaïeva a su « résister à la tentation du silence ».

« Lire, c’est déchiffrer des oracles. »

 

À couteaux

Laurent Evrard suggère que l’obsession des lames et armes blanches (Laguiole d’In memoriam, Kriss, etc.) pourrait venir de Kafka ; Linda Lê renvoie plutôt au « virus du crime » selon Ingeborg Bachmann. (De proche en proche, on en vient à Uwe Johnson.)

À un point du débat, ou du dialogue (de sourds, parfois), je me demande comment on peut admirer Des Forêts (que Linda Lê prononce dévorez).

 

Une voix 

À propos de ses 3 premiers livres, qu’elle refuse de voir réédités et même mentionnés dans sa bibliographie : « Je ne les reconnais plus comme étant miens. Avec Les Évangiles du crime commence une voix qui, même balbutiante, est la mienne. Les trois premiers sont comme des photos floues. »

Kriss : « je ne pense plus écrire de théâtre. Je voulais revisiter l’histoire d’Électre en la replaçant dans la guerre du Vietnam. »

À la question que lui pose Laurent Evrard sur son style, et plus précisément sa phrase, équilibrée – selon lui – entre pros od ie classique et mouvement vers la m od ernité, Linda Lê répond que tout est dans le ton, dans le rythme. « On ne verse pas dans l’académisme en s’en tenant à une prose mesurée. »

Une dame lui demande si, parallèlement aux figures suicidaires de Tsvétaïeva, Bachmann mais aussi de Sola, héroïne d’In memoriam, elle a de l’admiration pour Danièle Collobert. Linda Lê ne l’a pas lue. Toutefois, ajoute-t-elle avec finesse, « j’aurais pu parler d’Unica Zürn ». « Même si ce sont des destins funestes qui suscitent de l’émotion, il n’y a pas non plus de tropisme vers les suicidées. »

 

Être ourdi 

À ma question sur la récurrence du verbe ourdir dans ses textes (ourdi / ourdit), et sur la possibilité qu’il s’agisse d’un terme symptomatique d’une oscillation ténue entre dissimulation et dévoilement, Linda Lê répond qu’il s’agit d’une belle métaphore de la littérature. « Même si Roger Laporte disait qu’il fallait se méfier de l’image du tissage, je me vois assez en tisserande. » Sola fomente des complots, dit Linda Lê, ce qui est, pour elle, salvateur. (J’entendais aussi, sous ourdir, des significations positives données à un verbe plus souvent péjoratif.) Sur la question de la dissimulation : « Un des textes qui m’ont le plus marqué quand j’avais vingt ans, c’est Kierkegaard, l’idée de tourner toujours autour d’un secret sans jamais le dévoiler, reconnaître qu’il y a un secret mais ne jamais livrer ce qui en est le fondement. »

 

(Replonge dans Les Murmures de Morminal.)

12:13 Publié dans Brun socle déformation | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, Ligérienne

vendredi, 05 octobre 2007

Mime manoir

    Je m'apprête à aller écouter Linda Lê, dont je ne connaissais pas les livres (a priori ils ne m'attiraient pas) et dont j'ai lu en blitz mais attentivement, deux romans.         Voix, j'ai refermé aussitôt, agacé. Le dernier n'est pas mal, et j'ai pris de nombreuses notes en vue de nourrir ces carnets. (Pourtant, sussurre une voix au for, tu n'as pas fini de publier tes textes bretons.)         Personne, plus qu'In memoriam, m'a plu, quoiqu'on y retrouve ces figures de désaxés artistes maudits, comme s'il était si difficile de guérir de Rimbaud et Kafka.

(D'affilée, thème de la filiation.)

18:22 Publié dans Brun socle déformation | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, Ligérienne, écriture