mercredi, 19 mars 2008

Station balnéaire transformée en citrouille (version 1080/1295)

    Un midi ensoleillé d’hiver, la voiture vert pâle s’est arrêtée près de l’épicerie. Un homme en est descendu, qui acheta du magret fumé, du camembert et des pommes avant de demander le chemin de la boulangerie la plus proche. Tandis qu’une femme et son fils jouaient sur le terrain du fronton – l’enfant faisait du vélo et la femme lui courait après pour l’encourager – il s’est dirigé vers le cinéma, a longé l’office de tourisme, tous deux fermés bien sûr. À la boulangerie, où – curieusement tant la petite ville semblait déserte – attendaient déjà trois personnes, il a acheté deux baguettes en profitant d’une promotion, puis, après s’être attardé quelques minutes à interroger du regard les affiches décolorées, les lambeaux de nuages gris, la peinture écarlate du fronton, il est reparti vers sa voiture, l’air songeur, inquiet peut-être. Il n’a pas redémarré tout de suite.

Quelques heures plus tard, on l’a retrouvé pendu à un pin robuste quoique calciné, au bord de l’étang de Sanguinet, dont les flots désespérément bleus baignaient les plages désertes. Il avait mangé, sous forme de sandwiches et en un temps que les légistes ont estimé proche du record, la totalité des aliments qu’il avait achetés ce midi-là à l’épicerie.

On n’a jamais rien su de ces détails, dans son village natal.

 

[Série de textes écrite le 21 février dernier.]

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jeudi, 28 février 2008

Gare de Facture (version 1089/1295)

    Les gravelots et les goélands dansaient dans les nuages, à moins qu’on ne crût les voir nager à la surface des vaguelettes, dans la rade. De toute manière, peu importait, c’était un orage d’opérette.

Ornette brandit les bannières, l’orage de tomber en miettes. Le jour soupèse ses chances, dans le faux petit jour gris, au-dessus du port d’Arcachon. Les plaisanciers ont délaissé leurs bateaux, qui tanguent comme des fourmis désœuvrées, malades peut-être. Les jetées à hauteur d’épaule se mouillent de cette écume inusuelle, tombée du ciel, et sans la saveur des envolées harmolodiques.

L’espace constitué de milliers de minces points blancs colporte des cris, des rumeurs lancées contre les coques de bois. Les lueurs rougeoyantes sur fond de ciel pluvieux pétrole – à ne pas prendre au tragique. Trouée dans la nuit brune aux paupières lourdes, le seigle s’envole en feuilles de brume, puisque le jour enfin se lève, à force de se triturer les cornes, de tituber sous les coups de faux de la grisaille.

Un envol lave l’air. Le soleil peine à poindre. Nous aurons d’autres insomnies, d’autres nuits à pleurer les embrassades, le traversin chiffonné de désespoir. Nous verrons d’autres gravelots griser les nuages, d’autres goélands croiser au large. Le cor d’Ornette fait taire même les mouettes.

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mardi, 04 décembre 2007

Nothing doing

    Souvent, je me dis – surtout en ces petits matins d’insomnie où je me retrouve coincé et plutôt désœuvré dans le bureau-bibliothèque – qu’il y a des milliers de livres dans cette maison et qu’il est regrettable de ne pas constituer une sorte de répertoire de citations pour essayer de les tirer de l’oubli, voire d’inciter tel ou tel internaute à découvrir le livre d’où serait extraite une citation (et c’est dans cet esprit que j’avais créé la rubrique Droit de cité), de même  qu’il y a, au salon, sept ou huit cents disques de genres divers, dont je devrais chroniquer au moins l’impression qu’ils me font, histoire de tracer ma voie grise, malgré les ronces.
 
Sur l’autre bureau sont empilés plusieurs ouvrages que je dois ranger, notamment des livres de critique sur Sterne, deux textes essentiels d’auteurs africains dont je renonce à penser qu’un éditeur français voudra les publier (Amriika de M.G. Vassanji et Darkvisions de Sola Osofisan), et un volume ‘Budé’ des Odes et épodes de Horace, que m’avaient offert F. et V. il y a déjà trois ans, et où je me plonge  de temps à autre.
 
(Plus haut, j’ai orthographié « désœuvré » avec un e dans l’o, mais je me  demande si ce n’est pas abus de ma part… ou peut-être une résurgence d’un autre vieux projet, littéraire celui-là : Eu dans l’eau.)

12:15 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture

dimanche, 07 octobre 2007

Vacarmes tendus (verso 1070/1295)

    Je m’effile en me rasant le fémur, je complote dans les coulisses. J’ai oublié mon trombone dans ma loge, dixit J.J.J. Elle s’est étouffée en entendant cette nouvelle effarante, le menton collé d’avoine et les mèches pleines de lait rance. Dans ce jeu de dupes, si je tire les ficelles, on me dira bon pour le service, à faire oublier les coups de crosse et les démangeaisons du pollen. Ce n’est qu’après avoir fait enlever le cadavre que l’inspecteur remarqua la cuillère à porridge grasse de beurre, comme si d’avoir mouillé le maillot, comme on dit vulgairement, lui avait donné le sentiment qu’il se passait quelque chose d’étrange et la conviction qu’il allait perdre son poste, se faire virer. À qui est ce sac ? la question allait de soi, mais pas la réponse. Je m’effile en me rasant le fémur, je guette, et regarde de tous côtés, jusqu’à voir ces deux enfants, de dix ans pas plus, qui se roulent, très professionnellement, un joint, avant de sortir d’un gros paquet de farine Francine de quoi s’envoyer en l’air cent fois sur les lignes long courrier. À l’arrière, arborant le 15 en lettres blanches dans le dos, je reprends pile où je m’étais arrêté (je m’effile en me rasant le fémur, je complote dans les coulisses, expertement, avec l’ardeur des nouveau-nés), me roulant une pelle.

21:40 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jazz, écriture

samedi, 01 septembre 2007

Là bas syzygie

    L’envie d’écrire n’a toujours pas repris le dessus, mais je n’ai pas non plus le moindre désir de publier l’un des (assez) nombreux textes écrits au cours des mois de juillet et d’août, notamment – frénétiquement – en deux ou trois jours dans le Finistère. Il n’a pas suffi de lire un mot inconnu jusqu’alors – syzygie – sous la plume labile, et agaçante d’allitérations et d’assonances en verbigérations, de Patrick Quillier. Ni de constater que, si les 19 tomes de la partie macropædia de la Britannica de 1975 récupérée au printemps tenaient pile sur une des étagères de la chambre d’amis, les 10 volumes de la micropædia et les 3 volumes d’annexes avaient dû, quant à eux, se dégotter quelque emplacement au-dessus de leurs nobles confrères, et même près de vieux numéros de Jazzman. Tout ça, parler pour ne rien dire, écrire pour ne rien écrire, écrire pour démentir l’absence d’envie d’écrire posée en postulat.

Si, tout de même : la grande, l’immense découverte du jour : des carnets entièrement dédiés au génial Saint-Pol Roux, Les Féeries intérieures. Je suis loin d’en avoir encore fait le tour, mais je vous en conseille vivement la fréquentation assidue. Ce peut être une porte d’entrée toute trouvée pour frétiller enfin dans cette onde vive et lisse, l’écriture avide du Magnifique.

19:25 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture, Langue française

dimanche, 29 avril 2007

Magnificat (Hommage au kazoo)

    Le mois bientôt sera clos, qu’on s’y fasse. Mais enfin les deux coexistent ! Le soir même du jour où j’ai lu la page de L’Amour l’Automne où il est question de l’affirmation de Pesson selon laquelle « septuor est l’anagramme de Proust au subjonctif » (p. 408), je regardai Le Temps retrouvé de Raul Ruiz, que je n’avais pas vu, en son temps. Ici Marcel enfant filme Marcel adulte (tout est inversé). Dans J.R.G. il y a l’initiale de Gabriel, prénom caché de Renaud Camus , signe de l’archange, arc bandé, statuaire sans fin, mais aussi le clin d’œil à Le Clézio et à Godard. Marcel est Marcel Proust (tout est aplati) ; du grand n’importe quoi. Dans cet Antoine-là, il y a le jardin aux carpes mais surtout l’amour avec Auguste (au printemps estival de la vie). Je ne mange pas de ce pain-là. Puisqu’on vous dit que Fall in Love c’est l’automne en amour et non pas tomber amoureux ! Pesson, vous le savez, est sans espoir (anglais latin de la Princesse Palatine). Quel dommage qu’il n’y ait pas de page 804 pour greffer encore l’un de ces 173 textes de 937 signes (émois : noirs morts à Rüggen). Gros pré danse, grand-père S.O.S. ! grand os perse, gardon pressé, perd sans ogre, grès rond sapé, gré nord passé, Sponde regras. Mais cela ferait un 174ème texte qui ficherait tout par terre, enfin !

10:20 Publié dans 1295, Fall in Love, Unissons | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture, Musique, Polices

dimanche, 14 janvier 2007

Dans son bec un fromage

    Jardin du Ranelagh, deux heures moins le quart.

Flot ininterrompu de voitures, et pourtant enfants qui jouent au ballon, jusque sur la rue. Sur une rue où ne passe aucun véhicule, un bambin tape dans un ballon orange fluorescent que lui renvoie son père (grand-père), qui doit, sous son imperméable beige, avoir le bras en écharpe (forme protubérante et manche droite vide).

J’écris ceci sur l’une des places de l’hémicycle de pierre qui borde la statue de La Fontaine par Correia (1983). Il faudrait avoir un appareil photo avec soi, et puis non puisque je trouverai des reproductions de cette statue – pas très réussie d’ailleurs mais émouvante – sur la Toile. De la place où je suis installé, je vois le profil du renard qui se pourlèche et, si le corbeau penché vers lui m’est nettement visible, seul le quart supérieur du camembert (car c’est un camembert !) n’est pas caché par le socle. La statue a été fondue en Italie (références au dos du socle en italien, pour ceux que cela intéresse).

Une vieille gitane trimbale ses trois poneys délabrés dans la partie nord du parc, sans qu’aucun enfant ne se préoccupe d’eux ni d’elle. De l’autre côté, une cabane fermée, rayée de blanc et de vert, aux couleurs des marionnettes du Ranelagh, annonce qu’il s’agit de la fermeture saisonnière d’hiver.

19:20 Publié dans 1295, Aujourd'hier, MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Photographie, écriture

lundi, 25 décembre 2006

Virer au violoncelle, version 1089/1295

    [En reproduisant le texte manuscrit, je n’ai changé que trois mots : figure, immense, basse. J’ajoutai inaccessible, ôtai un et qui prêtait à contresens.]

Le cerisier nu figure une colonie incessamment remuante de passereaux. Un chat de gouttière, fort repu et pas sauvage, a guetté près des thuyas. Allongé, écoutant Alter ego d’Artem Vassiliev, je me vois gravir une montagne immense. M’imagine sur les pentes, les yeux rivés sur les détails des herbages, que le vent m’apporte. Dans cette rêverie douloureuse, j’essaie de me concentrer sur certains noms communs tels que marc, martingale, girolle et solstice.

[J’hésite à ajouter des points de suspension entre ces deux paragraphes. Combien ?]

Comme, pour me tirer de ma torpeur, je mangeais une clémentine, debout dans la cuisine, j’aperçus le chat qui, tout en me fixant de ses yeux jaunes, était occupé à manger sous la table basse orange. Pas de plume, ni de trace d’un quelconque combat. Après s’être purgé avec une longue tige gelée et avoir observé un merle inaccessible, il s’en alla nonchalamment vers le fond du jardin.

[Alter ego est une pièce très contemporaine pour violoncelle soliste. Elle n’a rien d’apaisant, ni qui incite à la paresse. Le chat, d’un magnifique gris uniforme, ne s’était jamais montré auparavant dans ce jardin.]

21:55 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture

dimanche, 24 décembre 2006

Rub(r)ik's Kubb

    Ce matin, je reçus un coup de téléphone d’un éditeur, à qui j’avais envoyé un tapuscrit en septembre, et qui m’avait écrit, sans tarder, une lettre de refus pleine d’humour bienveillant et de remarques globalement justes. À l’époque, j’avais songé à reproduire dans ces carnets-ci plusieurs passages de cette lettre et à les commenter. Puis j’étais passé à d’autres fritures.

Or, ce matin, l’éditeur ne se rappelait plus s’il m’avait écrit ou non. Il venait de relire le manuscrit, fort bref, et trouvait surprenant de ne pas avoir coché mon nom, car, d’ordinaire, il indique toujours l’envoi d’une lettre de refus, à titre de pense-bête. Ce petit quiproquo fut l’occasion d’une brève conversation, très chaleureuse. Il m’a redit qu’il trouvait certains textes « vraiment très bien » et qu’il ne fallait pas que j’hésite à lui envoyer de nouveaux essais de ma main.

Les lecteurs les plus fidèles de ces carnets connaissent déjà les textes en question, puisque ce sont ceux qui composent la rubrique 59. J’avais donné, pour titre de mon tapuscrit, J’allaite le nouveau Kant.

Peu après cette conversation, relisant – afin de le publier dans la nouvelle rubrique Aujourd’hier – un petit texte écrit hier, je vérifiai, machinalement, le nombre de mots grâce à l’outil de statistiques de Word : cinquante-neuf mots. Il fallait célébrer cette coïncidence bouffonne en créant aussitôt une nouvelle catégorie, sœur de la précédente, et, de ce fait, baptisée J’allaite le nouveau Kant, II.

(Et, en trichant à peine, je pourrai publier celui-ci dans 1295 !)

15:45 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture

lundi, 20 novembre 2006

Parenthèses (Vitraux, version 1089/1295)

    vrai dire, je ne comprends pas comment un texte long de 105 mots peut ne compter que cent espaces. Ce sont peut-être les parenthèses qui jouent des tours, mais dans tous les cas, le projet consiste à faire confiance au dénombreur de Word, ce qui est certainement une erreur d’un point de vue statistique, mais permet une grande souplesse d’écriture tout en maintenant la rigueur des contraintes arithmétiques. Si faussée fût-elle, une norme savait toujours servir d’étalon. (Un ami s’étonne ici du recours à l’imparfait. On n’est pas mort que je sache. (D’autres s’impatientent, justement et à juste titre, de ces parenthèses. Le texte – comme on le dit d’un spectacle – va-t-il enfin commencer ?)))

 

J’y repense, on entrevoyait sur la première photo, à travers les vitraux teintés, les ombres fastueuses de la collégiale Saint-Ours.

Le roi s’en bat l’œil, pensez.

(Qu’on tire au corbeau du rêve des chants qui eussent pu illuminer la nuit, c’est très surprenant.)

Questionnez donc les freux, qu’ils avouent ce qu’ils faisaient dans ce champ de ruines (de mines). Ils s’envolent en lourds nuages célestes, plumes qui donnent l’image, finement ciselée, de l’artiste croquant ses crayons avant de les tailler, encore et encore.

L’un d’entre eux freux m’assène qu’il fut un temps où j’étais souverain.

14:00 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Ecriture

lundi, 13 novembre 2006

Chiens de Langeais (version 1084/1295)

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    Ai-je déjà dit que le trombone était, en jazz, l’un de mes instruments préférés ? C’est sans doute pour cette seule raison que je me plais à imaginer tous ces chiens bruns ou blancs, langue pendante, et dont parfois certains même dissimulent savamment leur visage derrière de modestes feuillages, et qu’extirpant de mon manteau anthracite un trombone usagé, je commence à en jouer, ce qui ne manque pas d’alerter des surveillants scandalisés. Comme j’obtempère à leurs objurgations, et vu que j’ai une bonne tronche, ils n’engagent pas de poursuite. Pas de course folle à travers les salles, car je n’ai pas le temps de me payer la fiole d’honorables fonctionnaires. Les chiens aboient, la caravane se déchaîne.

Alors, j’imagine encore d’autres chiens, au collier bleu impeccablement ponctué d’ocre, la langue rose pâle, l’oreille aplatie et la queue basse. C’est à peine si, d’un écart intérieur sans tourniquet préalable, je parviens à éviter la roulotte qui me fonçait droit dessus, avec la mère d’Aurélie Lenfant, sa seule dent pointue affolée comme un gouvernail.

Le collier se détache du cou des deux chiens, tel le ruban d’Olympia. Un molosse me court après, se rue sur moi. Je rêve encore et encore de la roulotte rose pâle. Soixante-cinq cygnes sonores s’envolent à la fin, sans un bruit.

11:50 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne, Poésie

lundi, 18 septembre 2006

Pereira du PRG

    M. Hervé Mesnager, responsable du PRG dans le Loir-et-Cher, tient un blog vraiment personnel et courageux. Au moins, ce n'est pas la sauce fade et consensuelle servie dans la quasi-totalité des blogs d'élus...!

Il semblerait qu'il ait eu autrefois un autre blog sous le pseudonyme de Pereira, à cause de Pereira prétend, le très beau récit de Tabucchi (film (je ne sais plus de qui) à voir aussi).

Eh bien, figurez-vous que le Pereira du PRG prétend que pour entrer dans l'oeuvre de Lobo Antunes, il est tout à fait possible de commencer par le dernier... Euh... si l'on sait que j'admire beaucoup et ai lu avec délices la plupart des romans de Lobo Antunes mais que j'ai fini par renoncer à finir Bonsoir les choses d'ici-bas (après 500 pages quand même), on comprendra peut-être que je m'inscrive en faux contre ce conseil. Mais lire Lobo Antunes, oui, c'est incontournable ! Alors, par lequel commencer ? Un des deux EX peut-être : Explication des oiseaux ; Exhortation aux crocodiles (le plus beau mais sur le versant difficile, lire ramant...)

(Je ne parle presque jamais, ici, des autres blogs que je lis. Il faudra que je me décide à faire une liste de liens, un jour ou l'autre. Celui de M. Mesnager, hormis un titre peu imaginatif et l'absence totale d'italiques, mérite d'être découvert.)

 

09:55 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Ligérienne

dimanche, 10 septembre 2006

Jardins de Valmer, 3 : Le scorpion de Jean-Luc Goupil

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    Créée à partir d’une table d’école, cette sculpture est une réflexion sur l’ambiguïté qu’entretient le système éducatif avec le développement individuel de l’être et la place que ce dernier aura à adopter face à l’ensemble du genre humain.

 

 

 

J’aime bien les insectes de Jean-Luc Goupil, étonnamment polis et reluisants. Mais qu’il est dommage que l’artiste se sente obligé de pontifier en expliquant, par de petits écriteaux, le sens de chaque sculpture, en bon petit militant altermondialiste et bien-pensant. Pourquoi la phrase citée ci-dessus en italiques me semble-t-elle le summum de la bien-pensance ? Parce qu’il est désormais convenu de dire que l’école brime le développement individuel des enfants, alors que cela n’a jamais été aussi faux : on ne s’est jamais autant soucié de pédagogie différenciée (afin de baisser le niveau), de rythmes scolaires (afin de permettre aux parents de coucher leurs gosses à onze heures du soir et de partir en week-end jusqu’au dimanche soir sans se soucier des éventuels devoirs scolaires de leurs enfants), de l’épanouissement en son sens non intellectuel (au point d’avoir soumis le système éducatif aux professeurs de sport, les nouveaux rois incultes des lycées, devant lesquels tremblent proviseurs et recteurs).

Ô laissez-nous imaginer vos œuvres !

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samedi, 09 septembre 2006

Jacques : Rebotier :: Quelques ::: animaux de transport :::: & ::::: de compagnie

    Tout de même, ce n’est pas un hasard. Lui aussi fait partie des foules d’obsédés numérolâtres. Son opuscule de 2004 est composé de 36 fragments, répartis comme suit : 27 dans la partie principale, 8 dans l’“additif 1” et 1 dans l’“additif 2”.

Soit 33 + 23 + 13 = 62

 

(Si j’en crois David Wells, qui a raison, c’est parce que 36 est triangulaire tout en ayant pour racine carrée le troisième nombre triangulaire, 6, qu’il est la somme des cubes des trois premiers chiffres.)

Les rayures du poisson-clone sont certainement un clin d’œil à la collection des éditions Harpo & Co dans laquelle l’ouvrage est publié (‘comme dix raies blanches’*). Dix raies blanches et onze raies oranges : celui-ci. Dix raies blanches et onze raies roses : celui-là (47 autobiographies, 2003).

Le dernier texte s’intitule “Le lecteur à rayures”, aussi, mais Rebotier a évité d’évoquer le zèbre parmi ses animaux de locomotion.

Dans “Le Pipallon”, je me suis demandé s’il n’y avait pas une allusion à une phrase de Saint-Pol Roux que j’aime beaucoup : Les coups de ciseaux gravissent l’air.

Rage, frimas, il y a des girafes, comme jadis dans Frasques.

 

J’ai bu ces quelques pages en lisant un verre de Chinon. Elles ne me trouvent pas très buvard bavard.

 

* Comme dirait Blanche… Mais qui est Blanche ? Est-ce Aragon ou Francis ?

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jeudi, 07 septembre 2006

Presque fini

    À l'instant même, je viens de finir de traduire l'Épilogue, ce qui ne signifie pas que j'ai entièrement bouclé ma traduction, car il me reste quelques vétilles... mais tout de même, cela sent l'écurie.

Cet Épilogue est très beau, d'une grande justesse de ton. J'ai attendu de la traduire pour me rendre compte que c'est le seul chapitre de tout le roman dans lequel il n'y a pas le moindre dialogue, tout juste quelques propos rapportés. J'aurais aimé, symboliquement, finir cette traduction hier (06.09.06), mais les conditions de travail n'étaient pas réunies, et il est hors de question de bâcler. D'ailleurs, deux phrases de l'Épilogue me donnent encore du fil à retordre, et je dois les reprendre. À défaut, donc, d'une fin symbolique le 6 septembre 2006, je vais passer les deux jours prochains à ajouter les épigraphes, relire une énième fois tel ou tel chapitre, afin d'envoyer le tout à l'éditeur, par courrier électronique, ce samedi (09.09.06).

Le détail du jour : il y a, au bas de la page 334 de mon exemplaire de travail (mais, comme il s'agit des épreuves finales avant publication, il s'agit, dans l'édition hardback, du milieu de la page 330), un proverbe ("quand on lâche ses chiens, il faut s’attendre à devoir les nourrir quand ils reviennent morts de faim") aussitôt suivi de l'expression cynical remark. Enchaînement époustouflant, d'autant que le motif du chien (les chiens que l'on secourt, mais aussi les chiens menaçants ou meurtriers) traverse le roman.

Pour la vraie fin, je vous tiendrai informés, que l'on sable le Vouvray !

 

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mardi, 05 septembre 2006

Chapitre 30

[Lundi, vers quatre heures.] 

 

    Un peu rouillé d’avoir passé tout ce temps à relire, à repasser les pages au gueuloir, à repousser les (d)échéances, j’ai tout de même repris le rythme. Quasi aphasie de Raasta, quasi amnésie de Bile, et surtout l’un des très rares passages qui n’épousent pas le point de vue du personnage principal. Passage exquis sur la maîtrise perdue des mots, qui me rappelle les deux derniers livres de Nathalie Sarraute, Ici et Ouvrez ! lus, si je ne m’abuse, à Beauvais, résidence Bellovaque [je revois le canapé vert forêt, et moi vautré dedans].

Depuis longtemps – plusieurs semaines – j’ai d’infinis regrets de ne pas avoir tenu, dans ces carnets voire dans un blog spécifique, une sorte de chronique systématique de mes errances de tâcheron, ce qui serait peut-être, pour moi la meilleure trace, le plus beau souvenir de la traduction. Qu’importe, ce n’est pas ma dernière traduction, et celle-ci a été très hachée pour des raisons indépendantes de ma volonté, aussi le projet eût-il pâti, quoi qu’il en soit, d’un manque de continuité, puisque, lors de la première phase de travail, en 2003, j’étais bien loin de connaître les blogs, et encore moins de m’être remis aussi virulemment à l’écriture. Donc restons-en à ce constat optimiste : ce n’est pas ma dernière traduction (l’espoir fait vivre).

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dimanche, 03 septembre 2006

Jardins de Valmer, 2

    Aristo et Alambic sont deux chiens (chiots ?) à pedigree, de race indéterminée pour moi qui n’y connais rien. Ils folâtrent dans les jambes d’une très jeune jument qui s’affole. Plus loin, David Vanorbeek, “sculpteur flamand autodidacte”, a ciselé une grande mante religieuse en barbelés, et divers autres insectes dans le labyrinthe sis sur la haute terrasse.

Arnaud Villé, photographe à Vouvray, expose vingt-neuf de ses images d’insectes, très belles macros, aux deux niveaux d’un ancien pigeonnier (?) – quinze à l’étage et quatorze au rez-de-jardin.

Un autre Arnaud Boisramé, lui aussi sculpteur sur ferraille, a le goût des calembours et a nommé une de ses miniatures “Sourire dent fer”.

Jean-Luc Goupil, lassé peut-être de jouer des tours à Ysengrin, combine ses insectes géants de manière astucieuse mais a la mauvaise idée, comme trop d’artistes contemporains, de donner, pour chacune de ses sculptures, une explication restreinte sur le cartouche, qui montre à quel point le “sens” si étroitement défini est conventionnel, bien-pensant, a partout traîné. Toutefois, son scolopendre, composé ou constitué de 35 couscoussières, avec 17 paires de pattes, est très réussi.

Nous avons bien sûr humé la lavande, et les fragrances inconnues des Ageratum. Nous n’avons pas revu Alcoolo et Artémis.

07:55 Publié dans 1295, Diableries manuelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne

jeudi, 29 juin 2006

Sous le cerisier

    Sous le cerisier. Après une journée épuisante, une longue nuit car je ne tenais plus debout dès neuf heures du soir, une matinée de travail, je n’arrive pas à traduire. Ni le rythme ni l’inspiration ne sont convenables. Sous le cerisier. J’entends le chant des merles, les allées et venues de quelques bruyantes guimbardes, et le soleil lourd me ravit.

Je vois l’épuisette rouge contre le mur, les branches basses du cerisier qui de tous côtés m’environnent, la brouette sur le flanc, et l’écran fade de mon ordinateur. Sous le cerisier.

Les rues se disséminent, les livres se dispersent, les pages s’envolent, les chambellans attendent l’arrivée du printemps. Les nuages se vident de leur eau salutaire, et le monde ne cesse de changer de forme. Sous le cerisier. Ton âme, à pierre fendre, se calcine contre la mienne, et j’égrène les mots qu’il ne faut pas écrire, je délaisse la page blanche où doivent, plus que jamais, s’amonceler les chapitres, sous le cerisier.

Sous. Souriant, je vois l’épuisette rouge qui fronce les sourcils et attend d’autres prouesses ; j’entends – dans le silence parfois retrouvé mais si fragile – les orbes que trace, dans le ciel, un milan. Le. L’oiseau de proie guide mon navire, pâle figure, point à l’horizon qui rougeoie. Cerisier. Cerisier, prête-moi ta plume.

14:44 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

lundi, 19 juin 2006

Scène champêtre

    La fugue suit la passacaille, puis le silence s’en mêle.

Il n’y a plus moyen de découper les meules de foin au couteau des regards. La meule existe déjà, dans le souvenir, le passé, les toiles, la peinture, la photographie, tant et si bien qu’elle n’a plus d’existence présente face à moi, hic et nunc. Il lui faut se déplacer, bringuebaler au gré des tenailles rouillées d’un tracteur bleu vif, sur une route semée de bouses séchées et aplaties, pour qu’elle commence d’exister, qu’elle devienne une meule – chacun de ses brins singulier – et non la meule de foin.

Le chien ouvre les crocs, et je sens une faim atroce me tordre l’estomac, me cisailler le corps, ce qui n’est pas grand-chose encore. En ouvrant sa gueule, le chien en a laissé tomber une petite chose inerte, indéfinissable ou méconnaissable, et c’était une taupe morte.

De lointains échos du monde ont résonné à mes oreilles. Je n’étais pas là, dans le fossé, pour admirer de beaux draps voler au gré du vent, sur la corde à linge en fil plastifié vert, avec leur liséré fleuri rouge et bleu, leur trame profonde, leurs manigances et les secrets qu’ils recèlent à chaque accouplement, puis qu’ils laissent échapper à chaque lavage – secrets qui vont se perdre dans les sources du vent, dans l’odeur tendre des liserons énergumènes.

 

(Hagetmau, 8 juin.)

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vendredi, 28 avril 2006

XVI

    Ce 21 avril, sept jours avant la date de publication de ce seizième chapitre de mon œuvrette, je croise le fer avec Samuel, qui fut lecteur à l’Ecole Normale Supérieure de 1928 à 1930, tous ses biographes s’accordant à voir dans cette année 1928 un tournant, une charnière, choissiez la métaphore qui vous sied le mieux, je ne suis pas regardant mais je croise le fer avec Samuel, entendez cela littéralement, nous sommes, lui et moi, dans une mine, nous échangeons des regards trempés comme dans de l’acier, puis nous pétrissons la pâte informe qui va devenir, sous nos doigts, fer, nous irons ensemble pleuvoir notre minerai sur les têtes couronnées, et je ris avec toi, hein, Sammy, Sam, Samuel, mon Well, nous avons le fer, nous irons le donner aux mortels, on leur a donné l’or mais pas le fer, et tu joues de la flûte, Samuel, toute la nuit tu joues de la flûte, ça les rend fous, forcément, au beau milieu du matin tu me hèles, Will Will, moi je n’en ferai rien, quiconque me dira d’agir, déclarera à ma place ce que je vais faire, je lui répondrai, me réfugiant derrière Samuel, centaure ou Zeus lançant la foudre, nous deux enfants d’Ixion, je leur dirai, je n’en ferai rien, si je mens je vais en enfer.

Va te faire cuire un œuf donc. Sinon Ixion, gare à ton ascèse. (En enfer je vais.)

13:05 Publié dans 1295, Comment je n'ai pas célébré le centenaire de S.B. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

vendredi, 14 avril 2006

Pas vu filer

    Profitant d'encore quelques heures de haut débit avant de retomber dans le silence d'une pause bienvenue, même si elle risque de s'avérer laborieuse, je suis tenté d'écrire que je n'ai pas vu filer ces sept semaines, curieuse et banale impression dont seule une expression idiomatique un peu conventionnelle peut rendre le goût, avant d'ajouter que, pour ce qui est de ces carnets, toutefois, j'ai pris le soin de programmer quelques notules (surtout photographiques) afin d'habiter doucement ces espaces grisonnants, de sorte que vous ne vous trouverez pas fort dépourvus, fidèles lecteurs, et pourrez continuer à vous esbaubir de ces pages qui ne disent rien, et toujours ponctuer de vos commentaires si fins mes billets si froids, sans que, toutefois, je n'y réponde, ou alors peut-être à la manière d'un tir groupé (et c'est à présent une métaphore militaire qui me vient au clavier), comme l'occasion déjà s'en présenta.

De nombreux chantiers sont en cours, dont certains piétinent depuis peu (Arbre à came ou les tankas), d'autres se languissent sans avoir pourtant dit leur dernier mot (c'est le cas de Pauvres Pyrénées, roman bref cher à mon cœur), d'autres lentement progressent (ainsi des sonnets), d'autres enfin, encore au berceau, promettent beaucoup (mais tiendront-ils ?)

14:08 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

dimanche, 26 mars 2006

Jour de croûtes

    Ecrire les notes, puis les publier illico, c'est-à-dire, quand une fournée de textes naît sous les doigts, au frénétique tapotement du clavier, les publier les unes après les autres au lieu d'en échelonner la publication en ligne, serait une expérience à tenter. Some other time.

Entre-temps, ce dimanche aura été la journée des croûtes.

Tout d'abord, il est parfaitement scandaleux d'avoir confié la "décoration" (c'est-à-dire l'enlaidissement) du Muséum d'Histoire Naturelle de Tours à un "artiste" aussi nullissime que le ou la dénommé(e) D. Valique. À ce niveau-là, ce n'est même plus possible de parler de copinage (ce que ce doit être) : c'est du détournement d'argent public !

(Nous n'avions jamais visité le Muséum. L'exposition consacrée aux "insectes artificiels" mérite une visite ; c'est amusant.)

Ensuite, pour poursuivre dans les croûtes, la galerie Mathurin expose des toiles hideuses et néo-pompières sous le titre pompeux Surréalistes roumains. Ce genre d'imposture est vraiment à hurler.

Les photographies qui accompagnent les déjections en question sont d'un niveau moyen, et on leur en est, par contraste, éternellement reconnaissant !

Heureusement, il faisait un temps magnifique aujourd'hui, et pour la première terrasse familiale de l'année, au Lys d'Or, l'humeur au beau fixe.

16:36 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mardi, 21 mars 2006

Salon du livre, sept

    Christian Bourgois, éditeur pour qui j’éprouve de l’admiration – du seul fait que maints auteurs qu’il publie ou publia comptent parmi mes préférés –, a conçu ces jours-ci un petit catalogue rétrospectif de 32 pages, composé intégralement en minuscules. C’est extrêmement irritant. Ainsi, tous les noms et prénoms d’auteur commencent par des minuscules : ridicule effet de mode.

Le pire, évidemment, est que le catalogue commence par un panégyrique à la gloire de christian bourgois, suivi d’un choix personnel du même, qui a sélectionné huit titres qui l’ont particulièrement marqué et dont il dit, pour chacun, quelques mots. Ce que dit christian bourgois (je ne l’écrirai plus qu’ainsi) est, au demeurant, fort intéressant. Mais comment adhérer sans une moue ironique, voire un flanc éclat de rire, à l’autoportrait (car n’est-ce pas lui qui a écrit le « chapeau » de préface ?) qui décrit cet « immense éditeur connu pour son élégance et son intransigeance » ?

J’en reviens à cette histoire des trente-deux pages composées intégralement en minuscules : voilà le contraire même de l’élégance (à moins de considérer comme élégantes les cravates orange sur chemise vert pomme) et de l’intransigeance (car si ce n’est pas sacrifier à la mode des pochettes d’album pop, je n’y comprends plus rien).

09:30 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

jeudi, 09 mars 2006

Dom Gigadas

    Jeudi dernier. 17 h *

Il y a certainement un ouvrage de Balzac qui – sans doute en raison de son inappartenance à La Comédie humaine – n’envahit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, la grande Toile, et ce roman se nomme Dom Gigadas, que je viens d’acheter au bouquiniste de la Rue Nationale, pour six euros, dans une édition que même les sites de bibliophilie semblent ignorer (Aubanel, 1958), ne retenant que l’édition des Œuvres de jeunesse où ce titre se trouve accompagné d’autres textes écrits par le cher Honoré entre 1825 et 1829 (et qui sont, paraît-il, bien falots (mais nous verrons)).


* J’avais interrompu ce petit billet pour recevoir une étudiante, et l’avais oublié dans l’ordinateur du bureau, où je viens de le retrouver, la « page » ouverte à l’écran, après une semaine de veille, ce qui montre que l’ordinateur est resté intouché, symptôme des troubles que connaît l’université en ce moment.
J’ajoute que je n’ai toujours pas ouvert le livre en question, ouvrage aux pages non coupées, que je nommerais flambant neuf si, sans qu’il n’ait jamais été lu ni feuilleté, les pages n’en avaient pas irrémédiablement jauni. Entre-temps, j’ai presque fini la lecture de Béatrix, qui est un texte remarquable, une étude d’une grande beauté, aux involutions, aux efflorescences splendides.

09:15 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

dimanche, 26 février 2006

À la manière de l’Etoilé

    Lors de la quinzaine où vous fûtes absent, la demeure tomba dans le silence froid (9°). Vous revenez, plus pétri de doutes quant au sens de votre existence qu’au moment de partir, et pourtant, quoique accablé sous les tâches et travaux divers que vous devez accomplir, quoique vous ayez aussi décidé de ne pas laisser s’enfler ni s’enflammer ce carnet, afin de vous laisser la vie sauve et de rester cantonné, confiné dans ce confort monotone loin de l’écriture mensongère et songeuse, vous rêvez d’écrire, comme naguère, douze notes par jour, dont celle-ci, qui serait publiée dans la foulée, au beau milieu de la fournée. Ce beau mot de fournée d’ailleurs sied à votre emportement, à cet embrasement dès l’aube, car vous vous êtes levé, ce dimanche, comme les boulangers, pour mettre en route le four, pétrir la pâte, que sais-je encore de ce métier qui a quasiment disparu sous sa forme ancienne ?


Vous rêvez donc de coups d’éclat, de notules jetées tels des éclats de silex, et pourtant votre vie n’a pas retrouvé plus calme cours, n’était-ce qu’un très bref séjour dans une ville de moyenne montagne a pu vous permettre d’engranger quelques images qui pourraient, sinon racheter, du moins combler votre silence. Mais vos lecteurs, déçus, resteront prudemment muets, lassés de ce vouvoiement.

19:25 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

mardi, 14 février 2006

Alfred : Kubin :: Aus : meinem : Leben

    La brève autobiographie du génial dessinateur et graveur Alfred Kubin, lue l’autre jour – avant d’être malade – d’un trait, en moins de deux heures, dans mon lit, se signale surtout par son absence totale, malgré les scrutations, de coquetteries et de fioritures. Les chapitres se sont ajoutés au fil du temps, par la sédimentation des envies d’écrire ou de s’expliquer sur son œuvre, qui saisissaient l’artiste. Lecture recommandée à tous les amoureux d’art, d’autobiographie, et de Kubin bien entendu (encore que, par ce désir complet et fondamentalement réussi de rabaissement, le mythe n’en sort en rien grandi) – le sixième et dernier chapitre, par exemple, offre, en creux, l’un des plus beaux textes sur ce que put être l’expérience intime du quotidien dans l’Autriche pendant la seconde guerre mondiale.

Comment, pourtant, ne ferais-je pas remarquer que presque tous les dessins et crayonnés reproduits dans l’édition française sont décevants, presque ternes, en regard des extraordinaires hallucinations des années 1901-1905, qu’il ne va pas jusqu’à renier dans le second chapitre… mais enfin, presque ? Il reste à trouver plus de sources sur l’artiste afin d’affiner mon idée : Kubin, qui n’est connu, de nos jours, que pour ses œuvres de jeunesse, est-il incompris (de moi y compris) ?



Edition française : Ma vie. Allia, 2000.

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