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mercredi, 01 février 2017

L'oubli de Levet

Untung-untung

    1er février 2012

En face de moi, dans le néflier : draine mâle ou merlette ? pas eu le temps de distinguer. Trop furtif oiseau.

 

1er février 2017

Ces jours-ci, je me suis enfin lancé dans l'Ornithologie du promeneur. Un peu déçu, après Mes langues ocelles, mieux tenu dans son foutoir — si j'ose dire. Le chapitre sur les corneilles est excellent. Celui sur les merles et les étourneaux plus pongien. On sent que la note juste point. D'ailleurs, poigne est l'anagramme de pongien. Mais il n'est pas question de jouer les pongistes.

(Jouer au ping-pong avec des nèfles vraiment ? Avec des draines qu'on observerait ?) — Coupons court.

21:30 Publié dans MOTS, Pong-ping, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 27 janvier 2017

uǝıɹ ǝp ǝɔɹoɟ ɐן ʇuǝɯnןosqɐ sɐ,ʇ ùo ɹıos un

    ce qui est bien

un soir où t'as absolument la force de rien

vidé par ces semaines ces journées

vidé

 

c'est que tu peux toujours écrire n'importe quoi

ligne après ligne sans rythme

ligne après ligne sans système

ligne après ligne et vers après

vers sans dessus dessous pour ne

rien dire de rien

 

comme un soir de tourmente sur ta caboche

la page boira l'encre

l'écran blanc se nourrira sottement

de ces signes de rien

ligne après ligne sans mesure

ligne après ligne sans futur

 

21:37 Publié dans MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 19 octobre 2016

Du gourbet

Untung-untung

    19 octobre 2015

Allongé dans les oyats, rêvant tête contre le milgru, mes courbatures à la brassée du gourbet.

 

19 octobre 2016

Pas près des dunes landaises, où fleurit l'oyat, ni à l'époque où il fleurit, je traîne sur le sable du Web :

Diverses espèces de convolvulacées rampent sur le sol et, fixant de distance en distance leurs vigoureux cordages, enveloppent parfois une dune entière dans leur réseau de feuilles et de fleurs. (Élisée Reclus)

18:01 Publié dans Droit de cité, MOTS, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 18 octobre 2016

Fourchage

Untung-untung

    18 octobre 2010

Brice Hortefeux gaffe (ou fourche) en parlant de « fichier des empreintes génitales ».

 

18 octobre 2016

Mes doigts se promènent sur le clavier, trop tôt, encore dans la nuit, le cadet s'étant — inexplicablement et pas trop silencieusement — levé à 3 h 30. Dans une semaine on ramassera les feuilles avec le grand balai à foin.

04:50 Publié dans Minimalistes, MOTS, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 16 octobre 2016

Face à ce qui se dérobe

    Je n'avais jamais lu Face à ce qui se dérobe.

« Une fonction n'avait plus envie de fonctionner. »

Or, hier, hors de cour, j'ai enchaîné. Enchaîné, c'est difficile. Quel texte, quels textes. Comment Michaux donne, non l'envie d'avoir le bras cassé — ni les 27 os de la main ni rien d'autre, ce n'est pas là que ça se joue —, mais la perception de ce qui se trame dans un corps, ce qu'on ourdit, ce qu'un individu seul machine pour prendre corps, pour être aux prises avec sa propre machinerie.

On ne peut pas lire ça à la dérobée.

La musique si particulièrement échafaudée des pages sur la sanza (qu'il orthographie, même au singulier, avec un -s final) n'autorise aucune dérobade.

Peu importe que les microbes s'avancent en robe ; ce qui se joue n'est pas un jeu, mais telle musique, telle savante orchestration, exploration du trop-plein de sensations. Comment la langue de Michaux — comment quelque chose qu'il cherche à s'approprier et à nous jeter à la face, à regimber pour mieux nous balancer à la figure la cadence et la force des cinq sens — peut-elle encore nous surprendre ? (J'emploie ce nous comme lui, en majesté.)

« Musique, non comme langage, mais musique pour passer l'éponge sur les aspérités et les contrariétés de la vie quotidienne. »

Le sol se dérobe, bien sûr, mais le texte, qui se force, se fortifie, s'affermit, s'aplanit, s'agglutine, s'alunit, s'accroche et s'enroule, tout ça sur la langue, le texte qui se fortifie sur la langue avec la vigueur du corps en parole, ne peut se dérober. Le texte est là pour rempart. Le texte est là pour résistance.

Et toujours avec lui cette lumineuse impossibilité à croire qu'en tâtonnant, qu'en pariant sur le non délibéré, il ait pu tomber pile sur cette orchestration éblouissante (avec lui comme avec Dubuffet).

Et finir dans l'inachevé, sur « l'autre vie, la contre-vie ». Celle aussi que lui nous tend, comme un filet ou une corde.

 

09:19 Publié dans Les Murmures de Morminal, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 25 septembre 2016

Pierre : Barrault ::: Tardigrade

    Des tardigrades, dont une très récente étude scientifique a démontré la résistance au vide spatial et fait miroiter d'étonnantes adaptations à l'être humain en condition extrême *, septembre nous a prodigué un échantillon littéraire, en l'espèce le petit recueil d'aphorismes — de notations, de récits brefs ? — de Pierre Barrault. “Tardigrade” est un mot qui a déja reçu ses lettres de noblesse, plus comme adjectif d'ailleurs (sous la plume d'About, de Hugo, de Michelet) que comme substantif (ainsi, encore pour Hugo, Sand ou le traducteur de Nietzsche en 1888, Henri Albert), et presque toujours sans rapport avec les singuliers animaux aussi nommés oursons d'eau, ce dont Barrault fait ses choux gras. Par un retour dont il ne faut être surpris, Barrault feint d'ailleurs, dès la couverture avec son dessin d'un tardigrade à chapeau melon, de concentrer ses forces sur la bestiole pour mieux faire oublier que le recueil est un éloge de la lenteur, de la marche pesante, de l'avancée alourdie... bref, de la tardigradité (if I may).

Il revient à chacun de se procurer ce livre et d'y trouver son compte — ou pas. Tardigrade appartient sans conteste à la lignée des textes incongrus dont Pierre Jourde a esquissé une généalogie dans Empailler le toréador. Dans l'esprit, il est cousin de Chevillard ; stylistiquement, il n'est pas loin (mais toujours à bonne distance (vertu de la tardigradité, sans doute)) de Michaux comme de Kafka ; dans la recherche quasi systématique du contre-pied, d'une vision du monde qui prend à revers, il lorgne plutôt vers Gripari...

Autant donner la parole au texte lui-même :

Mes arbres sont volontairement sans feuille et sans écorce, si bien qu'ils n'ont rien à perdre ou pas grand-chose. Ainsi du moins va-t-on tout de suite à l'essentiel. Quelques fruits tout au plus qui ne font pas semblant de mûrir. Pourris d'emblée. On gagne un temps fou. Ni porte ni fenêtre à ma maison dont les murs jamais ne s'effondrent et ne s'érigent pas non plus. Pas de toit, mais je suis en sécurité chez moi : on a beau chercher, on y trouve rien à saccager. Il arrive parfois que ma compagne soit enceinte, cela pourrait être un véritable désastre sans doute. Par bonheur, elle ne met au monde que de petits vieillards séniles et rabougris. En fin de vie déjà, pour la plupart, on sait alors qu'il n'est pas question de s'y attacher. Ne nous en laissent pas le temps de toute façon, titubent en grommelant à peine arrivés, nous maudissent une bonne fois, s'étalent pour de bon.

Tardigrade, L'Arbre vengeur, 2016, p. 60

 

 

* À se plonger dans le dictionnaire de Littré, il semble que la recherche scientifique ait beaucoup avancé depuis, et c'est heureux.

09:57 Publié dans Les Murmures de Morminal, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 17 septembre 2016

Espadrilles sans arpenteur

Untung-untung

    17 septembre 2014

Il faudrait ne porter d'espadrilles qu'absolument neuves, telles qu'elles enserrent parfaitement le pied. La pointure, une ou deux en-dessous, souvent, de votre pointure habituelle. Après un ou deux jours, parfois moins, l'espadrille se relâche autour du pied.

Cette mollesse, me dira-t-on, c'est la vie. Mais un pied chaussé n'est pas la vie.

L'espadrille est très à part — ce que j'ai écrit ne vaut que pour l'espadrille.

Tiens, ça me donne envie de relire Chaussure de Quintane.

 

17 septembre 2016

Ce matin, je découvre l'existence d'un forum Facebook aussi hétéroclite que foisonnant, semble-t-il, “Sur les traces de Robert Walser”. Quelqu'un a-t-il étudié l'importance du pas — comme du soulier — chez Robert Walser ? L'an prochain, fêtera-t-on le centenaire de Der Spaziergang ? Me mettrai-je enfin un jour à reprendre Memory of Snow and of Dust pour y débusquer la figure de Walser (et les échos des microgrammes dans Mouroir) ?

07:19 Publié dans Fall in Love, MOTS, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 27 août 2016

[ sans titre ]

    bientôt

ou dans longtemps

 

on te verra

tu te verras

de haut comme pris par un drone

 

en train de quoi

de lire ou de jouer

 

de grelotter de froid ou crever en sueur

sous les tuiles béton

ton œil là dans la brise

à ne plus rien pouvoir écrire ni maudire

 

tous projets avortés

ébauches toutes laissées en chantier en perdition

 

de haut comme surpris

par le grand œil de rien

repère sans contrainte et visage sans forme

 

dans longtemps

ou bientôt

 

08:05 Publié dans La 42e Clandestine, Le terne XXIe, Les Murmures de Morminal, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 24 mai 2016

2660 — De nos frères blessés

    Les éditions Actes Sud ont publié tout récemment un bref roman d'un jeune écrivain encore inconnu, et qui publie, apparemment, sous pseudonyme. Ce roman s'intitule De nos frères blessés et il s'agit d'un portrait extrêmement minutieux, très documenté, lyrique et emporté, du seul condamné à mort français de la guerre d'Algérie, Fernand Iveton. Iveton n'est évidemment pas le seul Français à être mort au cours de la guerre d'Algérie, mais il a été guillotiné, et c'est son parcours que Joseph Andras retrace dans ce beau récit.

Sur les massacres perpétrés par l'armée française, sur le rôle plus que trouble joué par le gouvernement de la Quatrième République (dont une figure, celle de François Mitterrand, ponctue le texte dès l'épigraphe), sur les ambiguïtés du Parti communiste et de l'Humanité, le lecteur déjà au fait de ce qui s'est passé d'atrocités et de compromissions pendant la guerre d'Algérie n'apprendra pas grand-chose. Toutefois, comme avec tout bon roman, tout grand roman, il n'est pas seulement question d'apprendre mais de pénétrer, par la langue, dans certaines mentalités et dans le déroulement d'événements tels qu'ils ont pu être vécus par un témoin malheureux qui se retrouve aux premières loges.

Le roman alterne longues phrases narratives et brèves phrases nominales descriptives, notamment du ciel ou de tel moment de la journée, non sans rappeler Jean Sénac, auquel toute prose lyrique d'inspiration algérienne fait immanquablement penser. Le roman alterne aussi, dans ses brefs chapitres, le récit de l'arrestation et des différents épisodes qui conduisent à l'exécution de Fernand Iveton, et celui du bref séjour parisien de ce dernier, quelques années plus tôt, peu après la Libération, quand il rencontra son épouse.

De nos frères blessés est une grande œuvre littéraire, non seulement parce que la langue de Joseph Andras tente de redonner un sens, sinon plus pur, du moins plus habité, plus construit, plus profond aux mots de la grande généalogie littéraire de l'engagement et du bras-le-corps, mais surtout parce qu'il ne cesse d'y inscrire la parole du peuple, et de s'inscrire en faux contre la langue artificielle et factice de la politique et du révisionnisme historique. Dans un pays qui a tant de difficultés à admettre tout bonnement la réalité de ce qui s'est passé, dans un pays sans cesse tenté par la fiction nationale, c'est le roman qui se trouve, paradoxalement peut-être, investi du pouvoir de vérité.

La prose de Joseph Andras pourrait être qualifiée de classique, au sens d'un classicisme nourri de nombreux auteurs contemporains ou presque tels (Gracq, Jauffret, Ndiaye) et non d'un académisme de pacotille. Entendre classique au sens d'un refus d'expérimentations qui paraîtraient peut-être, à leur auteur, gratuites. Il est à signaler, toutefois, que la dernière phrase du livre est inachevée et que le roman se clôt sur une virgule, quoi que je laisse à ceux qui liront ce livre la découverte de ce dispositif et de son sens, au bord de l'abîme.

11:23 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 10 mai 2016

10052016 / 1222

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    Pas atteint au moment où, descendu chercher le courrier, j'ai fait un léger détour pour aller humer encore le lilas blanc du fond du jardin, lui dont la pluie, depuis hier soir, défleurit le parfum.

(Occasion de rappeler que, même en remettant à l'honneur le décasyllabe, Coppée — qui a partout ses noms de rue, et même à Tours un arrêt de tramway — fut vraiment un des pires poètes du dix-neuvième siècle.)

12:40 Publié dans 1177 pas, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 13 avril 2016

Poème des rives

Hier, vers midi moins le quart.

    Ils sont rares, ceux qui marchent sur l'herbe. Ceux qui se promènent en foulant le gazon. Il y a, dans cette pelouse qui longe le tramway, des traces de vélos, peut-être de motocyclettes, va savoir même si des rodéos de voitures n'y ont pas été improvisés.

Mais moi, au mépris des trottoirs, je foule le gazon, avec les pâquerettes et les boutons d'or, les brindilles tombées à terre, les branches des conifères, le long des rails. Il fait un grand soleil, et pourquoi ne pas fouler le gazon ? Le promeneur observe nécessairement les façades, les pigeons, les vieux champignons qu'a épargnés la tondeuse. Le promeneur pense à de nombreuses choses. Sa démarche ne peut pas être vide, c'est-à-dire qu'on ne sait jamais quelles pensées il roule.

On voit bien quel gazon il foule, mais sa pensée est inaccessible.

C'est un grand soleil d'avril, le soleil des trottoirs, des gazons, le soleil des conifères, le grand soleil des longues marches au soleil. Demain, tu prendras peut-être ton appareil photo, mais tes pas ne connaîtront pas le même balancement. Demain, ton pas connaîtra peut-être un même balancement — mais les boutons d'or, les plumes échappées aux pigeons ne seront pas les mêmes. Les brindilles auront changé de place. Les branches seront moins blanches.

Il est impossible que tu croises la même camionnette de la poste, ou les mêmes scooters, ce vigile grisonnant avec son dogue au même endroit. Ta marche se fera peut-être sous un soleil égal, mais des corbeaux se seront approchés, par un jour de plus, de l'été.

Et toi, le gazon, le verras-tu comme une étoile ?

09:47 Publié dans Aujourd'hier, Élugubrations, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 22 mai 2015

Santiago : Amigorena ::: Mes : derniers : mots

    Mes derniers mots — livre moins fort que les autres livres d'Amigorena. Finalement, avec inquiétude on se dit que le sommet de son œuvre, ce sera peut-être la trilogie, les trois premiers livres. On peut décroître, ou décliner. (Le Premier amour était très bien.)

Au moins, il prend le risque d'un virage, sur le sujet (roman d'anticipation, récit d'apocalypse ou du dernier survivant) comme pour la langue, la forme très sérielle.

Justement, pour le déclin, Mes derniers mots souffre, pour moi, de la comparaison avec Wittgenstein's Mistress, qui traite du même sujet — mais livre, pour le coup, génialissime. Amigorena a le mérite d'imaginer, et d'envisager des hypothèses. Il le fait en romancier, en imaginant un narrateur qui est le dépositaire de ces ultimes années, et en poussant un aspect paradoxalement utopique (reconstitution d'une utopie ultime à Athènes).

Dans un premier temps, ces générations obscures d'avant le dépeuplement ont fait succéder à la croissance une drôle d'idée qui prit plusieurs noms, parmi lesquels celui de « développement durable ». Il fallait croître encore, mais en faisant attention. (ch. XCV, p. 133)

 

Qu'adviendra-t-il lors de la conférence de Paris ?

Qu'adviendra-t-il ?

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vendredi, 23 janvier 2015

Marge dans la voix

    Sur l'œuvre d'Ananda Devi, il faudrait écrire transversalement — je veux dire, reprendre les romans que je connais, lire ceux que je ne connais pas, tracer un itinéraire. En l'espèce, son dernier, Les Jours vivants, que j'ai lu à sa sortie, il y a plus d'un an, est sur l'énorme pile des livres que je n'ose pas encore ranger des fois que au cas où. J'en avais laissé passer facilement quatre ou cinq, et j'ai retrouvé son écriture mûrie, moins baroque, moins âpre, moins cruelle, plus classique peut-être.

L'histoire est très forte, par l'empathie du narrateur pour ce personnage de vieille dame murée dans sa mémoire, aveugle et sourde au monde extérieur, et qui se prend progressivement d'une amitié subreptice, qu'elle ne comprend pas elle-même, pour un jeune paumé des quartiers sensibles. Le basculement dans une sorte de fantastique très charnel, pas du tout “mystique” au sens où cet adjectif peut ressortir d'un kitsch rebattu, est savamment, lentement préparé par les premiers chapitres ; c'est aussi un très beau livre sur Londres. Au fil de son œuvre, Ananda Devi nous propose, mieux encore que Marie Ndiaye, un modèle paradoxal, car par force sans émules possibles, de récit marginal : récits sur des personnages rejetés, ou déjetés, écartés ou à l'écart, dont la voix narrative s'empare et se dépossède, dont le caractère insaisissable reste comme lancé.

Le sens de la marge est dans la voix même.

05:25 Publié dans Aujourd'hier, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 06 décembre 2014

2200 ▬ Terminus radieux (Volodine)

    Titre trompeur, ou équivoque : on se dit bien vite que l'adjectif « radieux » évoque les radiations nucléaires — avant de s'interroger de nouveau : n'est-ce pas plutôt l'extase du faux couple infernal, Soloviev et la mémé Oudgoul ? Terminus : errance ferroviaire, oui, et le kolkhoze comme point final de l'Histoire, oui. Mais peut-être autre chose ?

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À part Des anges mineurs (qui est très bon), j'avoue que tous les Volodine que j'avais lus m'étaient peu ou prou tombés des mains. Mon ami J*** me l'a offert, et je ne regrette pas ce périple. Texte qui réussit à mêler la réflexion sur les formes expérimentales de la poésie, le futur apocalyptique, le réalisme magique (avec l'hypothèse d'une immortalité malheureuse, dégénérescente, douloureuse et subie).

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Roman en 49 chapitres, les 22 premiers, plutôt longs, constituant les 3 premières parties, et les 27 “narrats” de la 4e partie n'occupant qu'un petit tiers du livre.

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Dans une Russie d'après l'apocalypse, après la fin de l'Histoire (des combats ont eu lieu, dont on ne peut même être sûr qu'ils opposèrent vraiment les tenants du bolchevisme rénové à des forces extérieures (il n'y a plus d'extérieur, plus de dehors — c'est un des traits de force du roman)), errent des morts-vivants. Dans un kolkhoze dominé par une figure de patriarche omnipotent, capable de pénétrer dans les rêves et les corps de ses affidés, mais surtout de ses trois filles, un de ces errants, échappé à de mystérieux combats, échoue. Kronauer semble être, un moment, le protagoniste ; de fait, le dernier narrat s'achève sur un concert interminable donné par Aldolaï Schulhoff, le barde à la mémoire arrachée et récitant, et Kronauer, qui tape contre la carcasse d'un train bousillé en gusie d'accompagnement.

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Figures du corbeau. Soloviev a le pouvoir de se transformer en d'immenses corbeaux, superbement décrits, écrits par Volodine. Dans la 4e partie, on comprend que ces corbeaux (selon une ligne Baudelaire-Lautréamont-Rimbaud) sont partout, qu'ils vont recouvrir le monde, en s'effondrant notamment sur la forêt où, après des siècles d'errance, les trois sœurs ont fini par — aléatoirement ? — se rejoindre.

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Les radiations avaient rendu immortels autant qu'inhumains les quelques survivants ; même cette chronologie post-apocalyptique finit par se dissoudre. C'est là ce que j'ai trouvé de particulièrement beau dans ce texte, la façon dont les repères habituels en matière de personnage et de chronologie sont déconstruits dans les trois premières parties, avant que la nouvelle construction inhérente au roman lui-même vole elle-même en éclats. Les 27 “narrats” réussissent le tour de force de confirmer et nier simultanément la structuration logique, la teneur des 22 premiers chapitres.

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D'une noirceur absolue, terriblement déprimante, l'écriture de Volodine est aussi très belle. Le tout tient la route. Si je devais retenir quelques passages emblématiques pour retenir un lecteur, je citerais la description du feu à la page 272, la métamorphose de Samiya Schmidt au chapitre 17, l'affranchissement de Kronauer au chapitre 29 (la page 502, singulièrement), le poème du 32e narrat.

 

11:04 Publié dans Brun socle déformation, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 02 décembre 2014

Divagations

    Odeur de brume et de brûlé

près des troènes lourds de bruine

 

Le merle encore s'est nourri, tout le mardi,

des indéchiffrables fruits rouges

 

Sur le porte-serviettes près d'un des six lavabos,

j'ai remis, pointe vers le bas,

les vieux sabots.

 

Ces sabots, comme tout soulier, comme toute paire de souliers, ont une histoire. Je les ai achetés une bouchée de pain, l'été 2009, à Dax, les ai ensuite portés, même à l'Université mais jamais pour faire cours. Ils se sont très lentement, progressivement usés, abîmés... toutefois increvables.

 

Odeur d'oreillers parfumés,

trop plats, on les rejette, on n'en veut pas.

 

Le pied se rappelle

la forme du sabot, que la prose

convoque, obsolète autant qu'oblique.

 

Contre les lattes de lambris

de cette chambre, j'éclate

mon regard qui n'a plus âme qui vive.

 

 

22:11 Publié dans Fall in Love, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 30 novembre 2014

2195 - Au bord de décembre (211/1128)

   Au bord de décembre

à la toute fin de novembre

le mois neuf le tout brun orangé du renouveau

au bord de décembre me

voilà pour la première fois

(pourtant

nous habitons ici depuis bientôt 6 ans)

à coucher au sous-sol

dans la “chambre d'amis”

pas terriblement accueillante

terne mais pas spartiate

je crois j'ai beau chercher

je crois bien que jamais

une ou deux pour s'isoler

une ou deux fois pour lire en paix

mais dormi ici jamais c'est

la chambre de mes parents et c'était

la chambre d'Éric

qui ne vient plus il venait

ici tous les mercredis et parfois davantage

donc quand j'étais souffrant je m'installais plutôt

(depuis 6 ans) au salon au petit salon

d'en haut près des garçons

bref jamais ici au spartiate

cabinet boisé lattes

affiches miroirs chaises cannées

placards 1 pile de feuilles & sur

les tables de chevet des boîtes avec des remèdes

1 verre d'eau

et 5 bouquins, pourquoi autant je vous demande

ça n'a pas de sens, c'est juste

comme les remèdes au cas où

pioche un poème ici finis ce roman là

lis quelques pages de l'essai

butiner peut-être au creux de l'insomnie

et donc dans cette chambre

à coucher bois pour une fois

se coucher au bord de décembre

.

20:34 Publié dans 410/500, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 28 octobre 2014

... beaucoup de pommes d'or....

• • On dorera la chapelle du portique à l'autel, avec beaucoup de pommes d'or, de grenades d'or, de raisins d'or, pour les guirlandes des entrecolonnemens. • • •

 

    Ornette.

Sornettes inévitables sur les envols fous d'Ornette.

YES ORNETTE !

Et si on commençait à redécouper le langage ? OR...

OR NETT E (le métal poli) (gentil abus de langage▬▬▬)

ORNE t TE → tu vis dans ta bagnole, cloche de bois, oie grise dans l'église

MAIS QUAND ÇA FUT ÉCRIT ON S'EN COGNE

cognée → hache

Le mort-né, morne plaine. Un plein bol d'athanor, repassez demain.

 

11:39 Publié dans Droit de cité, J'Aurai Zig-Zagué, Knobs & thorns, MOTS, Un sang d'encre | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 02 juin 2014

Three Times Around The Bird Bush (11’21”)

Toxvӕrd/Jacquemyn/Jørgensen, 2013

    Raffût, persiennes ouvertes.

De secrètes luxures, passe une bétaillère.

Au loin les cloches bringuebalantes d'une église fourgonnette.

Depuis tant de départs, une balle rose vous invita au bal, une balle rose posée sur un tissu à motifs africains, grège rêche le plus doux qui fût. On entend la mélopée dans la canopée, nous voici au bord de renaître, différemment, sous un soleil de plomb.

On arrête le pas, presque on en oublierait de respirer.

Devant nous, dans le lointain, la mangrove – mais ici, des millions de plumages multicolores, qui nous rendent muets. Les pneus de l'église crissent, plus près, désormais. Elle écrase un zèbre, se rapproche toujours davantage.

Suggestions de quoi — de phrases ?

L'archet invincible, invaincu, a stoppé net la course folle de la fourgonnette. Il nous présente des vierges barbues, fait apparaître dans le ciel, entre les ramures, d'étranges colifichets étincelants. Maldoror se réveille dans un éclat de rire qui suffit à glacer le sang des blaireaux occupés à fouailler, non loin. Rassemblant le peu de forces qu'il leur reste, les blaireaux s'enfuient ; leur douceur ne peut rien contre les maléfices de Maldoror. Bien heureux encore si l'église endiablée de Maldoror ne les écrase pas.

Traces, lignes, zigzags, dérapages de mine de plomb sur la feuille, mine crissante dans la mine, traces et lignes comme des soldats prêts à crever.

L'archange blond, diabolique, esseulé et heureux, travaille et fouaille le sol de son groin.

Sortent des lombrics, qui se collent à l'archet, éclaboussent la caisse en bois. Pour qui est ce cercueil ? Maldoror a souri, n'a pas répondu. Voyez comme il sourit. Oh ce sourire. Il en a fait pâlir. L'église est embourbée dans le bitume chaud, bouillant, lave de millions de lombrics.

Les lombrics desséchés tombent sur la feuille de papier, découpe au plomb fondu.

Maldoror s'interroge à haute voix, se demande quel crâne ouvrir en deux pour en faire sortir les fertiles arguments qui pourriront le monde comme un fumier. Quel terreau corrompre de son sourire infect. La contagion gagne, mais l'archet a repris le dessus.

 

Abandonnés sous la canopée, nous dormons.

10:31 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 28 décembre 2013

des¶mes§vos↑

d e s    d é s i r s 

mes mésanges 

vos Vosges 

ma marinière 

nos nostalgies 

on ondule 

t   o   n         t   o   n   i   c

 

24.11.2013

22:50 Publié dans MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 18 mars 2013

Mater dolorosa

    La branche sciée du cognassier

tremble sous la grêle

¨ ¨ ¨ ¨ ¨ ¨ 

Sur les trottoirs les trémas blancs

 

chantent dansent à tire-d’ailes

oiseaux de ce printemps

qui ne viendra jamais

 

comme s’enfuit la sève à la branche coupée

16:44 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 08 mars 2013

VOUS dans la montagne : Franck Doyen

    Ouvrage de poésie, ouvrage étrange, comme on parlerait de boîte à ouvrage, archaïque trésor en bois d’où s’échappent bobines dépareillées etc. On a lu ce poème comme texte triple. La traduction de Laura Vazquez n’est pas donnée en regard, mais juxtaposée, proposée avec les fragments du poème français. Le travail graphique de Karim Blanc est lui aussi un texte. — « Altitude de bleu » — Donc, même moi dont la compétence en castillan est limitée, je me surprenais à commencer parfois par la traduction (j’avais d’ailleurs cru, en l’achetant, qu’il s’agissait d’un texte bilingue de Doyen lui-même). Glossolalie, récit escarpé et repris d’un périple jamais naufrage, le poème est (peut-être) allégorie de ce qu’on endure, tragiquement et prosaïquement, de nos jours au Mexique (la dédicace aux femmes de Ciudad Juarez ?).

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mercredi, 09 janvier 2013

Liqueur d'ON

    Les Sonates de Bach par Gould et Laredo. Hésiter plus de dix secondes avant de ranger Robin Eubanks entre E.S.T. et le coffret Bill Evans. La 30ème de Beethoven par Brendel. On n'est pas original en ce début d'année. Consulter pour sénilité, il est sans doute trop tôt, même si j'ai dû me faire un pense-bête “poisson oseille et riz” hier soir, et malgré la confection complexe de mon propre emploi du temps d'écriture pour ce semestre (mercredi). Emil Orlik n'ouvrira pas la voie, name-dropping or not.

11:42 Publié dans MOTS, Onagre 87, Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 07 janvier 2013

Résolutions d'écriture pour 2013

    Outre ce qu'il faudra(it) faire sur le plan professionnel (articles, traductions ?), je dois, en 2013, reprendre et surtout achever – au moins provisoirement – un certain nombre de chantiers d'écriture,     certains ouverts depuis plusieurs années. Au vu des incises, points d'interrogations et ajouts de conditionnel de la phrase précédente, c'est mal barré. (Bien barré, en fait, ha ha.)

Je fixe donc ici la nécessité absolue de poursuivre/reprendre

 

et de reprendre/achever

 

Les formes poétiques brèves (quatrains & quintils, vénérales, sextiles, juno-lunaires, déroutantes&azalées, triolets) et d'autres projets (Un sang d'encre ? Sonnets doucement internationaux ?) suivront leur cours, cahin-caha, on peut l'espérer [4]. Du nerf !

 

 

 

[1] Malgré la facilité de composition, ce chantier tend à prendre l'eau ou à s'enfricher sans qu'on n'y prenne garde.

[2] Ceux-là s'écrivent très rapidement, sur smartphone souvent. Peu de risque que la pile ne grossisse pas.

[3] Me souviendrai-je des règles de composition ? rechercher dans mes dossiers le fichier Projet Perroquets

[4] La version initialement rédigée de ce billet comptait 1295 signes, mais j'ai fait quelques menus ajouts qui le font disparaître de la rubrique correspondante, ce qui est préférable, en fin de compte. Je n'ai choisi de citer, dans les deux listes ci-dessus que les projets pour lesquels je me fixe une obligation de résultat, en quelque sorte. D'autres, tout aussi amusants, sont pareillement en gestation permanente/différée/interrompue. Questions d'atelier.

09:33 Publié dans Clés du sol, Fièvre de nombres, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (3)

mardi, 20 novembre 2012

Ruine de ruisseau

    Tout a rattrapé la boue la bourbe

Tout a noyé le souffle coupé tout la tourbe

Tout s'emprunte et se vend le monde creuse

Pelles bêches

J'écoute sidéré le Râga Jaunpuri

Ce n'est pas le matin a-t-on le droit

Vous errez dans les collines Vous Tout Tout vous

rattrape Tout a racheté la boue la bourbe

Les collines dansent la courbe

Creusez

Belles mûries

Un squelette encore chante sous la tourbe 

14:38 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 27 septembre 2012

Schubertauster

    Tout de même. Un sentiment furtif s'immisce.

Clés du sol, clefs de voûte, devant la lourde porte ouvrant sur la grotte je ne peux mettre la main sur la clé, sur la clef. L'astre s'épanche, et m'interdit les adjectifs. Je craque pour, j'ai un faible pour, je suis emballé par, ça m'attire, j'attige ---- l'astre se rétracte, m'interdit désormais les verbes.

L'astre désormais les verbes.

Alors, on fait moins le malin ?

Me voici de nouveau (du moins une partie de me, un fragment de moi) dans la salle, à Capbreton.

Le vent des soufflets, la brise des gifles. Dilate mes narines. C'est un soudain rigodon.

Oui, on vole, s'envole, clabote, cliquète, dansote, qu'il est doux avec vous en ce soir de mourir, et la mort est belle, et la mort danse, on danse, oui, comme doux, qu'il est doux votre pas de danse.

Rigodon, puis rideau. 

08:43 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, MOTS, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 10 décembre 2011

Six Variations sur le nom d'Iris Clert

    Les barbillons pèsent. Cirri lest.

Remuez les reliques. Stir relic.

Le crieur des rues la gorge tranchée. Crier slit.

Presse-purée éclairés. Ricers lit.

Monsieur, enregistrez votre littérature. Rec Lit Sir.

Erreurs autorisées. Licit errs.

 

16:04 Publié dans Aujourd'hier, Ex abrupto, Minimalistes, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 01 octobre 2011

Diérèse / diarrhée

(14 juillet 2011) 

 

Hier soir, en poursuivant ma lecture de Malone Dies (que je mène simultanément aux Demeures 7, à Mes deux mondes de Sergio Chejfec commencé hier matin, et au bûcheronnage intensif dans le parc), je me suis demandé – toujours sans pouvoir vérifier – si diaeresis et diarrhoea étaient phonologiquement voisins (paronomase ?). Je pense que oui. Par ailleurs, pour vérifier l’hypothèse de mon hypothèse, il me faudrait, entre autres, le texte français, Malone meurt.

Il s’agit du passage suivant :

« And if ever I succeed in breathing my last it will not be in the street, or in a hospital, but here, in the midst of my possessions, beside this window that sometimes looks as if it were painted on the wall, like Tiepolo’s ceiling at Würzburg, what a tourist I must have been, I even remember the diaeresis, if it is one. » (Malone Dies (1958), Calder & Boyars, 1975, p. 64)


En effet, il me faudrait vérifier tout d’abord d’où vient cette allusion à Tiepolo, et si la diérèse n’est pas – par exemple – une référence à un poème de Robert Browning. Le nom de Tiepolo, en anglais, se prête à l’hésitation entre synérèse et diérèse sur Ti-e. (Par ailleurs, qu’est-ce que ça peut bien être dans le texte français ?)

Si je me suis interrogé sur la possible paronomase diaeresis / diarrhoea, ce n’est pas pure fantaisie scatologique, mais en raison d’une phrase de la page précédente sur la chute des crottes aux antipodes. Lorsque le narrateur, Malone, sent que ses membres sont très loin, et même distincts de lui, il commence par les pieds et finit par son cul : « For my arse, for example, which can hardly be accused to be the end of anything, if my arse suddenly started to shit at the present moment, which God forbid, I firmly believe the lumps would fall out in Australia. » (p. 63) De manière caractéristique, le récit, qui consiste à brouiller tous les repères topologiques en insistant de manière récurrente sur un narrateur non situé, à la position géographique aussi incertaine que son statut existentiel, précise ici, comme par hasard, au détour censément fortuit d’une image (qui n’en est pas vraiment une d’ailleurs), le contexte spatial d’énonciation : Malone, seul, allongé dans une chambre à la localisation indéterminée, a recours à l’Australie pour évoquer les antipodes. Il se trouve donc de l’autre côté du continent que les Britanniques surnomment Down Under. (Et là encore, je m’interroge : qu’est-ce que cela donne, à l’origine, dans le texte français ? Est-ce également l’Australie ? Si tel est le cas, alors l’Australie joue, en français, un rôle de signifiant géographique pur, en quelque sorte, alors que, dans un (con)texte anglophone, le signifiant se charge de connotations plus complexes. Si le narrateur de Beckett parle aussi de la chute des crottes en Australie dans le texte français, n’est-ce pas la voix anglophone de Beckett qui lui fait choisir, par en-dessous, si j’ose dire, cette image, tout autant que la logique géographique ?)

Il y a aussi, pour en revenir à l’hypothèse de la paronomase diaeresis / diarrhoea, une extension du trope rabelaisien du haut et du bas à la configuration planétaire : le haut figuratif du globe (irlandais ? français ? européen, à coup sûr) se vide par le bas (l’Australie). Plus loin, la métamorphose imaginaire/référentielle en plafond peint (ceiling) d’une fenêtre en trompe-l’œil (window) suggère un prolongement de la diarrhée planétaire en diérèse géométrique. (Tout cela, une fois encore, se colorera différemment selon que diaeresis / diarrhoea est bien une paronomase, selon la structure sémiotique du texte français, mais aussi en fonction de l’origine de cette référence à Tiepolo. L’interprétation crypto-rabelaisienne que j’ai esquissée plus haut paraît plus convaincante en anglais : en effet, si la fenêtre est dans une situation similaire à celle du cul (au milieu du corps : it can hardly be accused to be the end of anything), le signifiant window double et même triple la mise, tant avec wind (le vent, avec sa connotation scatologique) qu’avec la terminaison en –ow (objet de nombreux jeux sémiotiques, à l’époque élisabéthaine, tant par allusion au vagin qu’à l’anus).

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mardi, 20 septembre 2011

Trois grains de riz

    Du café, du thé maintenant (l’ordinateur vrombit à fond), et le travail avance malgré tout, entre distractions d’ordre lexicologique et fous rires culinaires au second degré (en particulier tout ce qui touche aux falafels, désormais).

 

 

Il est temps de citer ici un passage d’une grande valeur épigraphique :

« J’écris sans savoir vraiment ce que je veux dire. Sans préméditation. Pour reprendre pied. »

 

C’est dans le très beau petit livre de Thomas Vinau, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (Alma, 2011, p. 81). Il est essentiel de mettre partout son grain de sel. La cuisine n’attend pas, aussi celle des mots. Laissé trop longtemps tout en plan, comme une paillasse où pourriraient des épluchures. Nettoyer, trier, classer, ordonner è mettre aux ordures (aussi).

 

 

Penser/classer : les nombreuses rubriques dans lesquelles s’accumulent ces billets, courts chapitres, sont, on a du mal à le croire, à l’admettre, un premier pas. Et je dois ajouter ici (pour reprendre pied ?) que je sais seulement depuis deux jours, après avoir regardé avec Oméga le globe lumineux (offert il y a longtemps à son frère aîné et) où se trouvent dessinés et répertoriés pas moins de 263 animaux, et lu la mini-encyclopédie qui sert de guide d’accompagnement du globe en question, que l’onagre est « une hémione qui ne vit plus qu’en Iran ». Je continue de citer : « Ces animaux se situent entre les ânes et les chevaux. L’onagre a un pelage jaune-brun ; son signe distinctif sont ses sabots aux bords noirs. Sa raie va jusqu’à l’extrémité de sa queue. »

C’est à regret que je dois noter que cet animal porte le n° 60 (ni 59, ni 77, ni 87), et que le koulan, animal voisin auquel la notice du guide renvoie également, porte le n° 38.

 

 

Amplification. Toute cette digression ouvre des horizons, notamment un nouveau départ pour la rubrique avortée Zoozéro. Le nombre 263 permet d’envisager l’écriture d’une nouvelle série d’onzains (2-6-3). Entre autres. Et sans oublier d’aller de l’avant, avancer toujours, penser/classer sans penser classer.

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vendredi, 10 juin 2011

Aérien, non

    Traces.

Personne n'a contrarié mes désirs.

Il faut aérer la prose. (Oui, mais la fragmentation elle-même est étouffante.)

Aujourd'hui : autoréférentialité ; squiffy ; je ne comprends rien à ne suis pas d'accord avec ce que mon collègue a expliqué aux étudiants sur le caractère précurseur/postmoderne de Tristram Shandy.

Alpha monte se coucher.

Aérer le coucher de soleil, bleu pétrole.

Mais pourquoi ?

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lundi, 02 mai 2011

Gyubal Velleÿtar, de Stanislaw Witkiewicz

    Hier soir, quelques heures avant l’opération militaire qui a permis de « libérer le monde » d’Osama bin Laden (ce que d’aucuns semblent interpréter comme la fin, ou du moins la mise à mal, du terrorisme international), je lisais l’acte I de Gyubal Velleÿtar. Ce matin, je poursuis avec l’acte II, quelques heures à peine après que le cadavre de n’ennemi public n°1 ait été « enterré en mer » (largué ? amerri ? inhumarré ?) – procédure, qui garantit, je pense, des soupçons sur sa mort pour les années à venir, et des pèlerinages soit sur le lieu où il avait trouvé refuge, se planquait, soit à un point donné de la côte d’où fidèles et forcenés jugeront qu’ils sont le plus proches de la dépouille d’Osama le martyr.

Pour en revenir à Gyubal Velleÿtar, il s’agit d’une pièce frappante – un peu comme si (je poursuis le name-dropping acharné commencé hier dans le dialogue noir) Aristophane ressuscitait et croisait la route d’Alfred Jarry. Arturo Ui a pâle figure après cela. Il s’est décidément passé quelque chose de fondamental, du point de vue du langage, et du langage poétique singulièrement, entre 1910 et 1930 (pour faire bref).

« Je voudrais forger un formidable château de porphyre, et comme matériau je n’ai qu’une bouillie de tripes bourbeuses. »

Pourquoi cette langue, outrancière et dramatique, dans cette pièce écrite en 1921, me fait-elle penser à la langue si peu romanesque de Perrudja ?

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mardi, 12 avril 2011

Cimaises

    Depuis une semaine, je lis House of Leaves. Hier, toute la journée, à côté de mon bureau à l’université, un roman inconnu de moi (The Birthing House) est resté posé sur la tablette, dans le couloir d’attente. Ajoutez à cela que j’ai reçu, samedi par la Poste, le dernier roman de Tariq Goddard (je caresse le projet de relancer quelques éditeurs que ne devraient pas manquer d’intéresser les textes de ce romancier inédit en français), dont la 4ème de couverture indique qu’il y est question, peu ou prou, de maison hantée.

Il y eut aussi, dimanche, ce bref récit de Kafka, que je lus dans un moment d’intervalle, chez moi, et dans lequel le signifiant Haus joue un rôle d’inquiétant trouble-fête. Existe-t-il une langue dans lequel le mot maison s’écrit en trois ou sept lettres ? Cette question fibonaccienne me hante.

 

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Ajout de 11 h 50 : ev en turc, hus en danois/suédois/norvégien.

10:30 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 19 mars 2008

Alberto : Ongaro :: La ::: Taverne ::: du :: doge : Loredan

[ 21.02.2007.

    Difficile d’imaginer un endroit aussi dévasté.

Peut-être est-ce l’épuisement qui guida la lecture, à des moments tels qu’il ne s’en présentera plus.

Ce roman, paru en Italie en 2004 et en France en 2007, ne s’est jamais trouvé sur le présentoir du libraire, puisque je l’avais commandé à la librairie Campus à la demande de ma mère, ni sur un dessus d’armoire, oublié, empoussiéré. Si la traduction n’a pas l’air mauvaise, la finition éditoriale laisse à désirer : de nombreuses coquilles gâchent ici et là la lecture (nombres au lieu de nombreux, parole au lieu de mot, verbes conjugués erronément au singulier etc.), ce qui est assez fortement ironique, dans la mesure où les éditions Anacharsis sont ce qu’il est convenu d’appeler un « petit éditeur » et où le personnage/lecteur qui figure au centre du dispositif narratif en forme de labyrinthe, Schultz, est un petit éditeur typographe vénitien.

C’est dans l’équilibre parfait entre la complexité narrative post-moderne (jeux de miroir, emboîtements infinis de structures) et le caractère facétieux du ton qu’Alberto Ongaro réussit à merveille, de sorte que, mieux qu’à Calvino dont les mânes sont cependant évoquées vers la fin du roman, c’est à Boulgakov et Potocki que fait songer cette Taverne. Des jeux post-modernes sur la codification narrative, Ongaro n’évite pas tous les écueils, comme la fréquence du recours à la mise en abyme ou aux figures dédoublées (Schultz / Paso Doble ; père / fils ; picaresque anglais / espagnol ; Scarpa / Scarpis etc.).

Allez savoir pourquoi, à un moment donné, dans l’abattement horizontal du five o’clock, ce récit me fit penser à Biyi Bandele-Thomas. Allez savoir si Ongaro n’aurait pas dû ménager, lui-même, quelques chapitres blancs pour que chaque lecteur y ajoute ses ramifications. Allez savoir.

 

Eleven Echoes of Autumn. La flûte alto refuse de répondre aux appels de la clarinette. Le violon refuse de regimber devant les sermons du piano. L’autre soir, je recherchais le nom du prêcheur dont Artaud joue le rôle dans Lucrèce Borgia de Gance : Sardanapale, Héliogabale, Rivarol – tous ces noms masquaient le seul vrai, et je me croyais attrapé entre certaines pages inédites d’Ici de Sarraute. Puis je retrouvai, plusieurs heures plus tard, le nom de Savonarole. N’importe, le moment de la révélation fait partie du récit, comme Alberto Ongaro se dessine lui-même, ultime ombre du roman, à la dernière page, pirouette ou queue de poisson, de sorte qu’il est à se demander si d’autres fins sont possibles, si les romanciers amateurs de labyrinthes narratifs ne renonceront à ces pirouettes finales que le jour où plus aucun lecteur n’en sera surpris, où trop de critiques auront ironisé sur ces sentiers qui s’ouvrent à la voix d’une soprano, sur ces flocons de neige qui tombent et que l’on regarde tomber, sur ces bouquets qui vont à la dérive le long d’une rivière aux mille miroitements.

« Peut-être faudrait-il suivre cette musique qui se déroule dans le disque, en parler de temps en temps, jusqu’à ce que s’exhale la dernière note et que comme un fantôme ducal elle rentre là où elle est ensevelie. Mais La Stravaganza est trop longue, elle dure quelque deux heures et la musique n’accepte pas de devenir parole (du moins en ce lieu) sans risquer de comiques résultats. On suggère donc à qui se ressentirait du fait qu’en ce lieu on ne puisse en réalité écouter une seule note du concerto de Vivaldi, de fredonner de temps en temps le thème ou de mettre le disque sur son propre tourne-disque et de faire du concerto, jusqu’à ce qu’il se termine, la musique de fond de sa lecture. » (p. 160)

 

Au lieu de quoi, bien entendu, le roman fut lu, pour l’essentiel, dans le silence – bancal plus que monacal – de l’insomnie nocturne, j’écris ces lignes en écoutant à présent un album de Kartet (Delbecq et Orti : sons incendiaires incomparables), il n’y avait, de toute façon, pas de Vivaldi dans cette maison, et le seul vinyle double que j’ai emprunté à mes grands-parents pour l’écouter, c’est une version ancienne et crachotante des Pêcheurs de perle, ce qui, loin s’en faut, ne m’approche pas de la lagune de Venise, et moins encore des rivages de la Tamise.

S’il faut clore – qui pis est – ce texte par un inventaire des béances, n’est-il pas surprenant que je n’aie vu aucun des trois films qui sont mentionnés de façon répétée dans le roman : Les Lanciers du Bengale, Masquerade et F for Fake d’Orson Welles ?

 

10:09 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, italie, musique, jazz, vivaldi, kartet, postmodernisme

vendredi, 11 janvier 2008

Oyez

    Dans les moires

Une vie de planches

perdue en d'infinis déboires

à broyer des branches

 

Même si la fonte des neiges

Même si les terreurs nocturnes

Même si le piège à mâchoires

Même si les bourrasques

 

t'entendent Entendent tes cris

 

Ce ne sera pas la Saint-Jean, ni le feu sacré en soi,

l'encre des ciboires.

 

(Broyer des branches, crie-t-il : toute ma vie broyer des  branches.)

 

18:13 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Poésie, Littérature

mercredi, 03 octobre 2007

Bracheumeuneu, the story so far.

Abracheumeuneu (je pense que Zvezdo a été plus rapide qu'Aurélie : de toute manière, comme elle n'a pas de blog, elle pourra considérer que son mot a été adopté).

Zabracheumeuneu (VS).

Zabracheumeuneur (Guillaume "MBR").

Zabrachezumeuneur (Guillaume "TS").

 

Cela ne constitue qu'un fil possible, celui tiré par Zvezdo. D'autres chaînes peuvent naître, toujours à partir d'ici.

(Ah, au fait : on peut rejouer, à condition de laisser passer deux ou trois tours. (Si on a plusieurs blogs, ce qui peut arriver, ça se corse.))

09:40 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 27 septembre 2007

César : Aira :: Les : Larmes

    La matière de ce récit, ce sont les antipodes. Ce n’en est ni le sujet ni le thème, mais la matière. Récit écrit de manière à opérer sans cesse des renversements, des allées et des venues entre des registres et des régimes de sens diamétralement opposés, il ne bouleverse pas le lecteur ; plutôt, il le fait tourner en bourrique, ou en sablier. Sans cesse, le narrateur tourne les pensées, les jugements du lecteur de ce récit censément en train de se faire (mais, en fait, au fond, absolument préfabriqué), pour les inverser, les nier, les faire basculer – tout tournebouler. Si ça vous chante, vous pouvez aller saupoudrer ça de tropismes façon Nathalie Sarraute… mais la différence essentielle, c’est qu’ici rien n’est creusement. Non, tout est chatouillis, grattements à la surface, titillations. Le narrateur remue la vase en de nombreux points distincts de la mare, et très vite on ne perçoit plus même la forme de la mer. (Quelle analogie inepte, dirait-on.)

On en passe par le texte traduit. (On en passe toujours par le traducteur ; on en vient toujours au traducteur, comme on en vient aux mains. Le texte que l’on a lu, c’est celui du traducteur, un texte un peu ventriloque, sans doute beaucoup hanté par en dessous, du tréfonds. On en vient là, à ces mots tracés par Michel Lafon, s’ils lui furent dictés, intimés peut-être, par César Aira.)

« Il y avait un Japon en train de se poser doucement sur l’Argentine, mais sur toute l’Argentine, centimètre par centimètre, dans la douleur, une douleur suave, bleue, violette. » (p. 64)

 

Convoquez Borgès et Cortazar si vous le voulez – et vous aurez raison car leur influence saute aux yeux – mais tout ici n’est que collusion/collision, coïncidence/dissension, explosante/fixe, et surtout hallucination née de la longue contemplation d’un globe coloré ou d’une mappemonde comme celle que j’avais enfant au-dessus de mon lit.

À un moment, hors des virevoltes et pirouettes auxquelles le lecteur se soumet (nommons ce phénomène de lecture la loi d’accélération antipodale, si vous le voulez bien), il peut bien rêver même à certains mots par-delà leurs connotations immédiates déjà pas simples. Ainsi l’Argentine suggère à la mémoire un vers de Baudelaire, la gueule de Maradona bouclé en 1982, un quartier de Beauvais (qui devait ce nom à la fleur d’argent), un zézaiement de Boby Lapointe.

Passé par les antipodes comme on a pu être passé par les armes, le temps d’un aveu, l’esprit projette de lancer enfin, pour de vrai, le chantier des Tropographies.

 

[ 19 août 2007, Kergaer ]

07:04 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, écriture, Bretagne

vendredi, 31 août 2007

Wanderlust a la bougeotte

    Sans écriture depuis une semaine, comme un peuple perdu pour la couleur des jours, il faut voir passer ces phrases rondement menées, formes de fragments. Il pose le point quand il ne sait plus que faire. Désemparé, sans recours.

De l’eau a coulé sous les ponts, je suppose. Vous n’y êtes pas du tout…

La sauvagerie est sans valeur, ce qui ne signifie pas qu’elle n’a pas de prix. Être sauvage, il lance le bras au loin, après cet arrachement de silex, tout à fait comme un exil.

La Randonnée. Pourquoi ? à cheval donné on ne regarde pas les dents.

 

Trois heures de l’après-midi. On compte les pas, les mots, ce qui signifie qu’on les économise, qu’on en garde sous la semelle. Le bourdonnement du gros taon dans la cloche à cidre où il s’est laissé piéger ; le cri répété de la buse qui appelle en chassant ; la sirène d’alarme d’une maison ou d’une voiture (plus au loin) ; le bruissement d’un grillon qui n’arrive pas à faire la sieste ; d’autres bourdonnements (de mouches). Rien d’économe là-dedans.

Je crois me rappeler qu’il faisait une chaleur semblable il y a douze étés, quand je lisais Outback. N’avait-on pas installé le hamac sur la terrasse ? J’avais prêté le roman à ma mère, qui ne l’avait guère aimé. Cette année, je sais, après avoir lu Wert et la vie sans fin, que je ne lui en conseillerai pas la lecture… on apprend de ses erreurs.

« Il reste cherchant ses mots et leur destination dans la phrase, ceux d’emphase n’ont cours sur ce versant-ci, il cherche des mots simples, des mots sans ornement, mais ce sont les mêmes mots qui s’élisent, quoi qu’il fasse, il n’y échappe pas. » (p. 157)

 

Le nom d’exote évoque aussi le vieux substantif grec d’hoplite : c’est celui qui vainc la piqûre du scorpion. Récit par bribes, initiatique autant qu’itératif, qui rappelle ces vieilles figures squelettiques et comme jaunies qui défilaient sur l’écran de mes insomnies, Abdel Zehnicki par exemple, et dont les dents soit gâtées soit d’une blancheur scintillante publiaient des messages ténébreux.

(Interruption, obscuration.)

[ 27 juillet ]

17:07 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, écriture, Roman

samedi, 18 août 2007

Des lettres blanches

    Le 12. Chaussé d’espadrilles, en ce premier jour puissamment ensoleillé d’un juillet enfin vrai, lassé tout de même – à la longue – du rocking-chair, il a fallu que je m’attable. Ce petit récit envoûtant que tu lisais dans ta chambre blanche, avec le berceau transparent à tes côtés, je le découvre à mon tour, sous la couverture brune et soignée des éditions Finitude. Il me fait songer, bien sûr, à quelques textes surréalistes qui en furent contemporains, mais aussi à ces proses des symbolistes tardifs que j’aimais tant – disons, Le Livre de Monelle de Schwob et le théâtre de Saint-Pol Roux (La Dame à la Faulx, quel livre étonnant).

D’Odilon-Jean Périer, je n’ai connu, longtemps (mais depuis l’enfance), que quelques poèmes, et notamment “Je t’offre un verre d’eau glacée”, dont le Sans ornement souvent résonne à mes oreilles. Dans Le Passage des anges, l’expression « sans ornements » revient au moins trois fois sous la plume de ce narrateur qui dit, des aventures de ses personnages, qu’elles sont « celles que j’ai le plus envie de vivre, excusez-moi ».

Dans le rythme des phrases même, dans le recours soudain à toutes sortes de coupures linguistiques, s’entend évidemment l’influence des maîtres que je citais plus haut, et peut-être aussi, d’une certaine façon, de Maeterlinck et Mallarmé. Pourtant, ce texte utopique n’a pas son pareil, et il est heureux qu’il ait été réédité. Chaussé d’espadrilles, la peau enfin au toucher de l’air chaud, je l’écris : le nom même d’Odilon-Jean Périer, avec la symétrie que lui offre la seconde partie du prénom composé (6-4-6), souffle en voyelles doubles (deux o et deux e qui encadrent chacun le i central sans lequel la pierre ne saurait respirer). Comme nom d’auteur, on ne peut faire mieux.

Gêne : un ange passe. Sous les gestes des anges s’entendent les voix des gens. Tout se meut en sonorités inversées. Un jeune garçon, tout juste né, s’approprie la force vive de son aïeul, qui rêva à la lune et aux rires fusant sans fin. La vie est une jaquette de roman, où s’inscrivent des lettres blanches.

 

(Le 14. Le surlendemain, ayant fini de lire le récit dans le bercement douteux des tracteurs qui, à grands bringuebalements de barrières métalliques, préparaient le champ en contre-haut pour la traversée du bourbier, j’ai goûté cette fable qui n’est pas une parabole et qui, entre autres saveurs mystérieuses, rappelle, dans sa douceur même, les chapitres les plus noirs du roman contre-utopique de Kubin, L’Autre côté. Par contraste, fades, ternes, convenues, attendues, quatre ou cinq nouvelles de Richard Ford ne pèsent pas bien lourd. On a pu improviser six nouveaux couplets de Je ne puis vivre que de toi, histoire de montrer plus la richesse quasi infinie des rimes –èche et –ois en français que l’indigence de Jean Ferrat (ou de son parolier), qui n’est pas démontrée. L’usage de la langue : la mauvaise monnaie chasse la bonne.)

14:25 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature

lundi, 02 juillet 2007

Fuir

    Fuir devant les ressacs
Fuir aux meurtres en allés
Fuir comme le monde avance
Fuir fuir
Fuir comme on fuit
Fuir au marbre des fontaines
Fuir devant les poèmes
Fuir
Fuir dans l’odeur de cuir
Fuir dans l’odeur des pommes blettes
Fuir dans la barque, sur le fleuve
Fuir oh fuir
Fus-je heureux fus-je seul
De fuir dans un linceul
Fuir la fougue des ressacs
Fuir la foudre des meurtres
Fuir l’avancée du monde
Oh

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lundi, 18 juin 2007

... cassures

    Des bordées d'ondées

des parenthèses de ressacs

cassures sous le vent qui frappe

cassures sous le vent qui cogne

cassures sous le vent qui danse

 

Les ténèbres terribles mugissent

des gueulantes de porteur d'eau

des goualantes de vieux cabot

cassures sous le vent féroce

vacarme du vent dans les branches

 

La main passe, trempée, sur les sourcils du monde

cassures sous le vent qui geint

cassures sous le vent qui rampe

 

La toile claque de sa fougue

gouffres amers de l'ignorance

des bordées d'ondées

cassures sous le vent qui hurle

cassures dans les ressacs

paix dans les débris

 

04:58 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Poésie

samedi, 19 mai 2007

"Pratique du contage"

medium_Pratique_du_contage.JPG

11:55 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Langue française

vendredi, 20 avril 2007

Silexpectatives / Progrès en pensée assez lents

Vendredi 13, onze heures du soir (puis par bribes de ci de là)

 

    La nage entre deux univers, et même entre de multiples. Après lecture des trois premiers chapitres de L’expectative de Damian Tabarovsky, jeudi 12 avril, s’être retrouvé avec L’Amour l’Automne (Travers III), acheté au Livre, vers une heure et demie vendredi 13. En avoir lu quelque 70 pages dans la foulée, bien sûr. Le soir, au concert, dans le sixième chapitre de L’expectative, être tombé sur ça :

Il prend une brochure, la lit : Ushuaïa, la ville du cul du monde. (L’expectative, p. 73)

 

qui rappelle ça, quelques heures plus tôt :

Moi, dit Carlos, je viens d’une ville du sud du pays : quand on est là on a l’impression que c’est le cul du monde. Eh bien en effet, quand je suis arrivé à Paris, on me demandait d’où j’étais, je disais Lanus, tout le monde était plié en deux. (L’Amour l’Automne, p. 72)

 

J’ai noté plusieurs autres collusions entre les deux textes, mais il me semble que, dans l’extrait de Renaud Camus on pourrait aussi observer d’autres significations à l’œuvre : ainsi, la phrase citée date de 1976 mais, recomposée pour figurer dans l’églogue publiée cette année, pourrait tout aussi bien s’appliquer à Plieux, où Renaud Camus s’est installé en 1992 et qui est, d’un certain point de vue, et comme il le suggère notamment dans les premières pages du Département du Gers, une forme de « trou du cul du monde ». Or, en réduisant l’expression plié en deux à ses trois premières et ses trois dernières lettres (comme au jeu des papiers pliés), qu’obtient-on ? Plieux, justement.

Ce sont éclats de silex, exils entre les pages, propos taclés de main de maître. Un clavecin même nous amuse. (La main d’un maître anime etc. ?)

 

Sinon/ d’ailleurs/ entre autres choses, je ne suis pas sûr de saisir ce que l’on trouve de si fort ou de si déroutant à ce texte de Damian Tabarovsky. Le chapitre sur l’absence de morts visibles, de sang, lors des attentats du 11 septembre est franchement plat ; la manière même de plaquer l’effondrement des Tours jumelles dans le monologue intérieur de Jonathan est complaisante.

Le reste du récit exploite le filon des textes où l’on suit les méandres d’une pensée qui se cherche : Jonathan, pensant beaucoup, puis de moins en moins, ne sait finalement que penser. Tout se chamboule, du coup, non pas le chaos des souvenirs remouvants au gré d’une stream of consciousness, mais bien la pensée – ou les pensées. Jonathan doit beaucoup aux figures d’intellectuels désemparés ou revenus de beaucoup, singulièrement à la Marelle de Cortazar.

Comme je déteste ces stylos plume de gamine qui ne donnent comme choix que :

1) d’écrire en posant le bouchon sur la table dans ce cas, le stylo est trop frêle, ne tient pas en main

2) d’écrire en fixant le bouchon au-dessus de l’abdomen du stylo, à la place prévue dans ce cas, le bouchon tombe

3) de pousser le bouchon afin d’éviter le cas n° 2 dans ce cas, il se coince, et on risque de tout casser en le retirant

 

Damian Tabarovsky dresse le portrait d’un personnage traversé par un tumulte intérieur plutôt gentillet, un trentenaire dans l’indécision. Rien de bien neuf à cela. Pas pour le style, si la traduction est fidèle. Ni pour la froideur sèche avec laquelle l’idylle à peine née, traduite en effets ménagers, s’émiette dans l’indécision perpétuelle et le penchant de Jonathan pour une existence velléitaire. Ni encore pour la façon dont Jonathan s’enfuit, part en vrille vers Berlin, sur la seule suggestion d’un article de journal sur les chambres à gaz. Le récit s’achève sur l’intervention d’une voix à l’origine énigmatique et qui prononce des avis complexes sur l’ironie absolue des conditions de pensée (dans ce que l’on imagine le monde post-m od erne).

 

Le trajet de Jonathan l’amène à ne plus vouloir penser – et presque à y parvenir : « simplement, il ne va pas » (p. 119). Il se retrouve à laver de petits avions en Allemagne, coupé alors des autres par le barrage de la langue, et progresse encore dans l’abandon de toute pensée : « Tout se passait comme si le seau et le chiffon occupaient à présent la dimension absolue de son être, de l’être ouvert pour le seau. » (p. 125). Nouvel épis od e convenu, plaqué ou complaisant, il y côtoie Mathias Rust avant son périple en Cessna et son atterrissage inattendu sur la Place Rouge. (À l’époque, j’avais appris le mot Cessna ; aussi ai-je tout de suite compris que le jeune Allemand dont J. fait la connaissance était cet énigmatique pilote amateur dont on n’a jamais bien compris les motivations pour avoir pris tant de risques.) C’est convenu, parce que Tabarovsky n’en fait rien, ne prend pas de parti esthétique, s’en tient à l’écume de l’événement. Si son objectif était d’écrire un roman sur l’importance grandissante de pensées superficielles, pourquoi ne pas l’avoir situé tout de go dans un salon de coiffure ?

(Je sais : on exagère.)

00:55 Publié dans Diableries manuelles, Fall in Love, MOTS, Unissons | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature

mardi, 13 mars 2007

Amalgamologie

    La deuxième note de ce carnet en ligne avait été consacrée à un curieux & inutile néologisme, quinzomadaire. Eh bien, sachez que les chameaux de la publi-information remettent le couvert : j'ai reçu aujourd'hui, dans ma boîte à lettres, un magalogue.

14:30 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Langue française

mercredi, 07 février 2007

Encres traversées

    Plus que jamais plongé,

plus que jamais plongé dans les mots de Michaux

plus que jamais plongé dans la fournaise froide des encres de Michaux

plus que jamais

plus que plongé

 

Plus que jamais mordu,

hameçonné mordu morfondu mordufondu par ces mots

ces encres ces signes ces rythmes

plus que jamais mordantes

et plus que jamais chaudes

plus que jamais brûlantes

 

Plus que jamais la magie

et plus que la magie d'un homme qui avance,

langage dressé sur ses poteaux

ses guindeaux

ses lourds poteaux de mine

ailes légères qui

plus que jamais virevoltent.

 

Plus que jamais je lis

Michaux.

 

11:10 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Poésie, Littérature

dimanche, 28 janvier 2007

Adunaton, adunata

    (Encore la Turangalila, et encore le soir. J'en ai commencé l'écoute de sorte qu'elle s'achève avec les dernières lueurs nettes jetées du jour.)

Dans son article intitulé "L'adunaton. Face à l'énigme et à l'impossibilité logique dans la prose narrative de Robert Desnos" (in M.-C. Dumas et al. Moi qui suis Robert Desnos". Permanence d'une voix. José Corti, 1987, pp. 101-113), Jacqueline Chénieux-Gendron définit l'adunaton comme "schème sémantique relativement figé, par lequel est visualisée une impossibilité empirique" (p. 102). Elle précise que "l'intérêt de ce jeu limité avec les choses [...] semble bien se trouver du côté de la représentation du bouleversement des choses, du côté de la figuration du désordre et de la visualisation du chimérique" (ibid.).

Si j'avais peut-être rencontré l'adunaton comme figure de rhétorique ou fleur de Tarbes, je m'étais empressé d'en oublier l'usage, ainsi que le sens de cet adjectif, qui, en grec ancien, signifie "impossible". On le retrouve dans le proverbe connu :

Τὸ πεπρωμένον φυγεῖν ἀδύνατον.

Autrement dit : On ne peut pas échapper à sa destinée.

 

L'adunaton le plus fréquent en français est "quand les poules auront des dents" (pigs might fly en anglais), mais on peut classer, dans cette catégorie, des formules plaisantes, voire gauloises, telles que :

Avec des si, on mettrait Paris en bouteille.

Si les cons pouvaient voler, tu serais chef d'escadrille.

Si ma tante en avait, on l'appellerait "mon oncle".

 

En connaissez-vous d'autres, idiomatiques ou littéraires ?

 

N.B. : L'adunaton est si rare qu'il n'a ni son entrée ni ses entrées dans la WP, même l'anglophone !

17:41 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Littérature, Langue française, Musique

mardi, 23 janvier 2007

Vendrardivagations

    Entre vendredi et mardi, j'ai emprunté (pour les lire, les parcourir, y rechercher telle page, et pour c'était aussi)

  • les Critiques d'art d'Odilon Redon (aux éditions William Blake & Co, ouvrage décevant)
  • L'autre par lui-même. Habilitation. de Jean Baudrillard
  • le Redon de Jean Cassou (de 1972)
  • l'Odilon Redon de Jean Vialla (de 1988)
  • Corps et biens de Robert Desnos (pas lu depuis que je l'avais emprunté à Dax et dévoré, circa 1990)
  • deux ouvrages sur Thomas More, dont celui de Germain Marc'hadour (je le précise pour le plaisir d'écrire ce patronyme)
  • le Coltrane de Xavier Daverat (aux éditions du Limon)
  • la deuxième édition, largement remaniée, de Gérard Manset, celui qui marche devant de Daniel Lesueur
  • "Moi qui suis Robert Desnos". Permanence d'une voix. (sous la direction de Marie-Claire Dumas. José Corti, 1987)
  • la thèse de cette même M.-C. Dumas sur Desnos (Robert Desnos ou l'exploration des limites. Klincksieck, 1980 (je le note pour le plaisir de risquer de me planter en orthographiant Klincksieck).)
  • À soi-même d'Odilon Redon (lu samedimanche : génial)

11:45 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne, Littérature, Art

dimanche, 14 janvier 2007

Cuivre ici (Walpurgisnacht)

    Cuivre. Ce mot comme une évidence

terrasse toutes montagnes

aplanit toutes difficultés. Tout de même

le travail ce n’est pas ça. Cuivre. Cuivre.

Dire encore et encore cuivre.

Ce mot ressemble à chanvre.

Ce mot ressemble à vouivre.

Ce sont paroles de sirènes. Dire
encore et encore

cuivre qui ressemble à cuir Ce mot

ressemble à tendre à luire à feu de bois.

Boire s’enivre cuivre cuivre cuivre.
Pourtant vouivre

n’est pas veuve ni ivre Dire encore cuivre
ou l’écrire

sur la page aux mille coquilles

sur l’écran aux mille cuirasses

terrasser toutes montagnes aplanir

Où irai-je La tête dans les murs Écrire cuivre encore & encore

pour que ce mot plus jamais

ne ressemble à vouivre ni à fièvre

à navire ni à chanvre

que ce mot cuivre plus jamais

ne vire au chant de la revanche.

15:10 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Poésie

vendredi, 29 décembre 2006

No Seen till Brooklyn

   J’envisage – si l’affreuse mégère à voix métallique confirme sa candidature à l’élection présidentielle – d’apporter mon soutien discret à son manque total de panache en transformant mon pseudonyme abrégé de MuMM en MMaM. Après tout, MAM a raison : il y a encore de la place, avant le second tour, entre l’ennemi de la démocratie et la folle des spotlights. Et, si Le Pen ne rassemble pas ses 500 signatures, elle pourra toujours harponner les gaullistes historiques réticents à voter pour Sarkozy (on les qualifie souvent de « vieux gaullistes historiques » mais ils ne sont pas tous si vieux que ça, d’ailleurs).

Depuis hier, le mot tangon me hante, peut-être (me dis-je dans les moments d’introspection esthétique les plus aigus) parce que je m’imagine ce carnet comme le tangon le long duquel pendent toutes les lignes (rubriques), où s’attrapent les mots-poissons. Sur ce thonier, pourtant, on n’a jamais fait de mal à une mouche.

Sur un tangon, aussi, on suspend des fils pour la pêche aux voix. (Hypothèse plus politique que poétique.)

17:45 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : UMP, Langue française

dimanche, 12 novembre 2006

Dadatologue

    Fatalement, j'ai raté, hier, la publication d'une note à onze heures onze (11/11 à 11:11), mais, quoique je me sois un peu rattrapé ce dimanche matin, c'est pour constater ensuite (au grand dam de mes Hystéries historiées) qu'il ne s'est rien passé, apparemment, le 12 novembre 1111. Comme je ne saurais inventer d'événements fictifs (l'ayant fait, pourtant, une ou deux fois), je me retrouve à déballer ici ma fièvre de nombres, ce qui retarde d'autant la très légère note que m'inspirent les concertos pour clarinette de Franz Krommer.

À quelque chose malheur est bon, comme aurait dit Hugo, puisque, me livrant à de très rapides recherches, j'ai découvert l'emploi, un peu hérétique, du substantif datologue. Il me plaît bien, quand même.

(Il toujours impersonnel, à présent : il, sans illoiement, faudrait reprendre sérieusement l'écriture des sonnets et des tankas, pour ne rien dire du très long texte, abandonné et ridiculement bref.)

12:20 Publié dans Fièvre de nombres, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (4)

vendredi, 10 novembre 2006

Dame Zette et Vladimir

    Je griffonne ceci en vitesse de la fac, donc sans le livre à portée de main (air connu), mais le volume des Lectures on Literature de Nabokov regroupe plusieurs chapitres sur divers "grands textes" de la littérature mondiale (notamment Mansfield Park de Jane Austen, Bleak House de Dickens, je ne sais plus quel Dostoïevski, Du côté de chez Swann et Ulysses, bien entendu). Je doute qu'il s'agisse de l'intégrale de ses cours, si tant est même qu'une telle chose existe.

(Vérification faite, il semble que le seul ouvrage actuellement disponible soit un volume de Lectures on Russian Literature.)

09:25 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1)

mercredi, 08 novembre 2006

Lundistes

    Voici les ouvrages que j'ai empruntés ce lundi à la Bibliothèque des Lettres et Sciences Humaines de l'Université François-Rabelais :

  • Basho. Cent onze haïku. Traduction de Joan Titus-Carmel. Verdier, 1998.
  • Quentin Bell. Mode et société. Essai sur la sociologie du vêtement. Traduction d'Isabelle Bour*. P.U.F., 1992.
  • René Berger. La mutation des signes. Denoël, 1972.
  • Martin Crimp. Plays 2. Faber & Faber, 2005.
  • Jean Favier. Louis XI. Fayard, 2001.
  • W.S. Merwin. The First Four Books of Poems. Atheneum, 1980.
  • Vladimir Nabokov. Lectures on Literature. Picador, 1980.
  • Vladimir Nabokov. Strong Opinions. Vintage, 1990.
  • Shiki. Cent sept haïku. Traduction de Joan Titus-Carmel. Verdier, 2002.

 

* De l'aveu même de la traductrice, le texte original est introuvable. Elle n'est même pas sûre de l'avoir encore, ni qu'il se trouve à la B.N.F. Sur le Web, il est inaccessible (éditions rarissimes à 170 livres sterling, dix fois trop chères, proportionnellement à mon intérêt a priori pour ce texte). Je verrai avec le prêt entre bibliothèques, tout de même.

20:20 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, Ligérienne

lundi, 06 novembre 2006

Plaqueminiers, suite

    La pénultième n’est pas morte, non, et cette brève prose en cinq paragraphes, publiée ce matin entre deux images de la série des statuaires, a tout pour me hanter et longtemps me désorienter. Son titre, tout d’abord, est issu d’un jeu de mots translinguistique passablement alambiqué, puisque, lorsque j’écris, dans ces carnets, ne serait-ce que quelques phrases inspirées par le jazz, je songe bien évidemment à Simon, et puisque le fruit du plaqueminier, le kaki (dont je me gorge ces jours-ci, en ayant récupéré, de mes parents, trois cageots pleins), se dit en anglais persimmon, ce qui se prononce « peur-si-meun » *  et, quoique sans rapport aucun avec l’anglais for Simon (« fort-saï-meun »*), n’est pas très éloigné de la forme française « pour Simon ».

La chair des kakis est orangée, tirant sur le rouge, proche ainsi (et aussi) des cuivres coloratures des orchestres hard-bop.

Hier matin, je me suis éreinté, échiné même à peler une citrouille : la chair de la citrouille mûre est ferme, de même couleur que celle du kaki quand il n’est pas blet et que, par conséquent, il faut encore se retenir de le consommer, de crainte de garder longtemps, au palais, la poussière râpeuse du fruit.

Poussière ? In pulverem reverteris… ? Pas exactement. En hindi, kaki signifie « couleur de poussière », et de là vient le nom du fruit. En revanche, le terme « plaquemine » aurait été emprunté à l'algonquin piakimin. Voilà ce que nous apprend la Wikipedia francophone (je n’ai pas vérifié ailleurs).

 

* Cette notation ne respecte pas l'A.P.I. (Alphabet Phonétique International).

14:25 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature

dimanche, 15 octobre 2006

Les chrotomis sont très gentils...

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    ... mais ils font de grosses fautes de français !

(Va falloir songer à payer l'ardoise !)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jardins de Chaumont, 7 octobre 2006.

09:15 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Ligérienne

samedi, 30 septembre 2006

Gris de lire

    ... lorsque tout le monde eut dégrisé...

(David Bessis. Sprats. Allia, 2005, p. 10)

 

Cet emploi de dégriser comme un verbe intransitif, et avec le verbe avoir, n'est attesté dans aucun des dictionnaires que j'ai consultés. Alors, écart stylistique délibéré ou menue (curieuse) erreur d'auteur et d'éditeur ?

18:08 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Littérature

vendredi, 15 septembre 2006

Si vous le dites...

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Un petit problème, même si ce genre d'assertion pamphlétaire titille joyeusement le vieux fond mécréant et athéiste qui n'est jamais bien loin chez moi : c'est tout de même la religion (c'est-à-dire, au sens large, le sentiment religieux, l'aspiration au divin, etc., mais aussi, au sens strict, les religions) qui a suscité l'idée que l'être humain était un élément du monde (et si l'on prend cette question sous un angle cratylien ou nominaliste, les termes mundus, mondain, etc., s'inscrivent dans une dialectique qui est profondément liée aux questions du divin et du terrestre, du céleste et du sublunaire, etc.).


À titre de pinaillage, je proposerai donc le léger correctif suivant :
LE FANATISME TUE LE MONDE
ou :
LES EGLISES TUENT LES PEUPLES

L'auteur d'un très beau recueil (totalement inédit et refusé par maints éditeurs) intitulé Montonmonde ne pouvait laisser passer l'occasion d'en revenir, encore et toujours, à ce mot qui le hante.
(Tiens, il parle à la troisième personne, le triste masque chanteur...)


Au fait : j'ai pris cette photographie à Brive le 9 juillet dernier, sans savoir alors qu'au panthéon des dieux du stade, quelques heures plus tard, certain Zeus français sur le point de prendre sa retraite allait, comme on dit vulgairement, péter les plombs....

22:05 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 08 septembre 2006

David : Bessis :: Ars : grammatica

    Ars grammatica est composé de soixante-douze pages dont chacune est un dessin, ou un graphe. Ces dessins constituent une représentation, parfois topographique (comme à la page 71 qui est, en quelque sorte, le plan d’une station balnéaire en termes géométriques) mais toujours textuelle.

 

En dépit de son caractère farouchement expérimental, ce livre constitue un récit. Ce n’est pas, primordialement, de la poésie – même en s’en référant à la poésie-objet d’auteurs tels que Christian Prigent ou Nathalie Quintane. Prenons donc le pari que ce texte appartient au genre de la poésie narrative. Mais peu importe, ce qui compte, c’est cette dimension de récit. Les mots isolés de ce texte, reliés entre eux, sur chaque page autonome, par un système de lignes, droites ou courbes voire pointillées, forment progressivement une histoire, qui se suit assez bien, et, classiquement, ne manque ni de pathos (amour, maladie, suicide) ni d’humour. Ce que le système de représentation mis en place par David Bessis évacue, c’est la syntaxe, ce qui saute aux yeux puisqu’aucun de ces mots n’est ni objet ni sujet, ni relié selon une quelconque hiérarchie discursive.

Moins évidente me semble l’évacuation, dans ce récit, de la temporalité : en effet, aucun des mots-bulles d’Ars grammatica n’est un verbe. Les verbes, même sous leur forme infinitive, sont absents de ce texte. Ce qui permet de restituer un semblant de temporalité, c’est la lecture linéaire de ce texte comme un récit, justement. Ce qui permet, en parallèle, de restituer un semblant de syntaxe, c’est la lecture au sens fort, qui est ici interprétation des lignes et des réseaux de liens selon une sémiotique qui n’est pas principalement verbale.

 

La reconstitution d’une syntaxe par le lecteur est un phénomène susceptible d’intéresser linguistes ou philosophes cognitivistes : dans quelle mesure, me direz-vous, n’atteint-on pas là les limites de l’œuvre, c’est-à-dire de sa valeur esthétique ? C’est une bonne question, que le titre souligne fort à propos : cet essai de récit avant-gardiste composé de mots-bulles et de lignes énigmatiques est aussi, en un sens ancien, un art des lettres et du déchiffrage, donc un art de l’identification des liaisons manquantes.

J’aimerais vous donner l’exemple de la page 18. (Pour bien faire, il me faudrait photographier la page, pour que vous vous fassiez une idée, mais : 1) je crains d’outrepasser mes droits de citation et de me faire tancer par l’éditeur 2) je préfère que vous achetiez ce petit livre, qui vaut vraiment le coup et, de surcroît, ne coûte qu’une bagatelle.)

Page 18, donc, on trouve les quatre mots-bulles suivants (que je cite de gauche à droite et de haut en bas (sens de lecture arbitraire)) : robe, déchirée, brusque, envie. Le dessin pourrait être un calligramme : dans cette lecture, le mot-bulle robe serait la tête de la femme, et les ondulations qui relient les trois autres mots à cette tête son corps, sa robe, ses bras, que sais-je… Là n’est pas, pour le moment, ce qui me préoccupe. Ce dont je parle, hic et nunc, c’est la reconstitution d’une syntaxe par l’acte de lecture. On voit que, pour ces quatre mots (deux substantifs féminins (situés aux antipodes, d’un point de vue visuel) un adjectif et un participe passé adjectivé au féminin), plusieurs phrases sont possibles :

Ils furent pris d’une brusque envie [de faire l’amour], et la robe se trouva déchirée.

Elle eut une brusque envie de pisser et déchira sa robe.

Sa robe était déchirée ; elle eut une brusque envie de le gifler.

Etc.

 

On voit, que, pour chacun de ces trois exemples, l’interprétation consiste à ajouter des verbes, et même des relations de cause à effet. Reconstituer une syntaxe, c’est donc avant tout faire le choix d’un sens, ou, à défaut de choisir, tenir le pari de sens contradictoires et simultanés.

Par ailleurs, l’exemple placé en premier est celui qui est le plus plausible en fonction du contexte : en effet, les pages 19 à 23 décrivent, sans ambiguïté possible, l’acte sexuel. (Le contexte général du récit intervient évidemment dans la reconstitution d’une syntaxe et dans la restitution d’une temporalité.)

 

Venons-en à la tentative d’interprétation sémiotique des lignes droites et courbes, tout d’abord d’un point de vue général. En soi, les droites semblent s’opposer aux courbes et pourraient figurer un discours tranchant, par opposition à des situations moins nettes, ou plus empreintes de douceur. Ces lignes dessinent parfois des figures géométriques, et même, dans un cas très particulier, un diagramme très facilement reconnaissable : celui qui consiste à relier questions (placées dans la colonne de gauche) et réponses (placées dans la colonne de droite) par un système de traits (page 63). Cet effet de diagramme est renforcé par le choix des mots : cette page invite en effet le lecteur à reconstituer les titres d’œuvres importantes de Cioran, comme le Précis de décomposition, par exemple.

Il existe aussi, très certainement, une interprétation sémantique des relations spatiales figurées par les lignes. Ainsi, à la page 20, le dessin constitué par les trois mots-bulles et les deux lignes représente une balance déséquilibrée : le lecteur a tendance à comprendre « une euphorie plus puérile que tenace », puisque le mot-bulle puérile a l’air de peser plus lourd que le mot-bulle tenace.

 

Enfin, je ne rendrais guère justice à ce livre si je ne disais que l’un de ses traits les plus saillants est l’alliage subtil de l’humour et de l’autodérision. Le caractère formaliste de ce récit est rendu moins hermétique, mais aussi moins radical par l’humour : ainsi, à la page 68 (“formalisme creux”), à la page 62 (bière ; gorgée ; plaisir ; navrant), que l’on peut interpréter comme de l’autodérision ou comme une satire littéraire visant l’auteur de La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules.

L’humour naît aussi du récit tel qu’il se constitue : ainsi, au feu d’artifice de pointillés qui connote, par la répétition tautologique du mot orgasme, une sexualité débridée ou débordante (p. 22), répond, dans la page d’en face, une suite minimaliste de lignes courbes presque horizontales dont le sens est clair (alors ; gros ; malin, p. 23).

Je ne suis pas certain que ces quelques paragraphes puissent donner la moindre idée de ce dont il est question dans Ars grammatica, mais sachez que rien ne remplace la découverte par soi-même de ce récit en graphes, et que je vous conseille, par conséquent, de vous le procurer et de m’en dire des nouvelles !

 

David Bessis. Ars grammatica. Paris : Allia, 2006. 6,10 €.

18:50 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Littérature

Approches de l'adversité en milieu universitaire

    La réunion commença, dans la petite salle à l'atmosphère viciée. La responsable de formation était assise face à moi. C'est une dame que je connais un peu, que j'aime bien, a priori. Je remarquai qu'elle avait les ongles des orteils peints de cinq couleurs différentes (rose, bleu, orange, vert, marron au pied droit, et bleu, marron, rose, vert, orange au pied gauche), dans des sandales de type oriental.

Au cours de son speech (car ce n'était ni un topo, ni un laïus, ni une prise de parole), qui a duré moins de cinq minutes, elle a notamment prononcé les phrases suivantes (liste non exhaustive) :

Les étudiants s'interrogent sur pourquoi ils sont là. (Et moi donc...)

Il faut donc des personnes référents, comme quelqu'un qui seront là... (Intéressant.)

Nous mettons cela en place afin qu'ils puissent faire le point sur où ils en sont de leur réflexion. (De la syntaxe, pas d'ombre.)

 

Une jeune collègue qui a un certain poids, apparemment, dans cette formation de didactique, prend à son tour la parole, et nous explique comment faire pour que les étudiants "inter-agissent entre eux" et pour que, par la suite, nous puissions "inter-agir avec eux".

Eh bien...

08:30 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Ligérienne

jeudi, 07 septembre 2006

Me taraude

    Rétorquer du tac au tac. Répliquer du tac au tac. Les avions passent. L'enfer des avions passe. Rétorquer du tac au tac. Répliquer du tac au tac. Bientôt peut-être les mitraillettes. Rétorquer du tac au tac. Répliquer du tac au tac. Maudit soit l'aéroport militaire.

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dimanche, 03 septembre 2006

Nous : les Moins-que-Rien :: Fils aînés de Personne

Dans Nous, les moins-que-rien, fils aînés de personne (Fayard : 2006), Jacques Roubaud propose, avec malice mais non sans profondeur, treize biographies imaginaires de différents Jacques Roubaud ayant existé en divers points du globe, à différentes époques. Ainsi, le Jacobus Robaldus du chapitre V nous éclaire sur certaines dissensions entre protestants ou réformés au XVIème siècle ; le chapitre VII nous propose une description en mots des cent très courts métrages d’Orson Roubaud ; le M. Roubaud du chapitre XII est un artiste d’une très grande importance, qui est interviewé par deux journalistes facétieux avant de se livrer à l’un de ses chefs-d’œuvre en leur présence (je ne dévoile pas la chute)…

 

J.M. Coetzee – que je n’aime pas – a dit de Doris Lessing – que j’aime encore moins – qu’elle ne pouvait en rien être une grande styliste, car elle ne triait pas ou ne raturait pas assez. Certes, Roubaud, s’il a souvent de vrais bonheurs d’écriture, a tendance à ne pas assez trier le bon grain de l’ivraie, ce qui, toutefois, n’est pas vrai de ses poèmes des années 1960 ou 1970 (superbes є ou Trente-et-un au cube !), ni de son Projet, œuvre à ce jour en cinq tomes et sans doute his masterpiece ! Mais, même dans un « multiroman » qui, comme celui-ci, semble insuffisamment resserré, Roubaud étonne, réjouit, fait réfléchir, et même émeut.

Le plus étonnant, ici, c’est la façon dont il se représente continuellement, sous ses différents avatars, comme un hérétique, voire comme un mathématicien mineur, un peintre maudit, un écrivaillon oublié. Humour ou auto-dérision afin de couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs ? Réel penchant pour la dépression et la mélancolie, qui se ressent à travers toute l’œuvre, depuis les débuts, et qui n’est contrecarré que par l’ardeur au travail et le goût des facéties tant arithmétiques que verbales… ?

 

Le plaisir que j’éprouve à le lire vient de cet humour souvent corrosif et léger, et de cette fièvre des nombres dont il n’a pas peu contribué à asseoir l’influence dans mes obsessions, mais aussi de la minutie avec laquelle il lui arrive de décortiquer de simples faits, de menues expériences. Par ailleurs, l’exercice d’acrobatie auquel il se livre dans ce texte est assez périlleux, car le « vrai » Jacques Roubaud (celui qui dit explicitement « je » dans le Projet et qui correspond étroitement – pour autant qu’on puisse en juger – avec la biographie « réelle » de J.R.) risque sans cesse de percer le masque de ces divers J.R. de théâtre, ce qui devient évident dans un passage qui voit le narrateur (peut-être à la faveur d’un copier-coller malencontreux de l’auteur car ces paragraphes font fortement songer à un passage de La bibliothèque de Warburg) se tromper de vingt ans dans le calcul de son âge…

J’ai corné délicatement plusieurs pages du livre afin de vous en livrer, au cours de la semaine prochaine, sept extraits (représentatifs ?).

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samedi, 02 septembre 2006

La Ballue, ou la langue cardinale

Lu dans le prospectus La Ballue & ses jardins inattendus :

Des sculptures d'artistes contemporains viennent agrémenter et étonner son parcours.

 

Je ne sache pas qu'étonner puisse s'accommoder d'un complément d'objet inanimé. La tournure rendre étonnant n'est pas faite pour les chiens (ni pour les Bretons, il faut croire).

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jeudi, 31 août 2006

Aide-mémoire

    Changer toutes occurrences de qaat par khat.

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mardi, 29 août 2006

Mante et menthe

Lundi après-midi, toujours.

    Sous la pluie, en débroussaillant à mains nues et à pleines brassées le massif de menthe de la courette, je me retrouve soudain avec une mante religieuse, superbe, accrochée à mon chandail. Je l'admire et la repose sur le mur, le temps de finir ma besogne. Pendant que mon fils l'observe, j'invente dans ma tête un petit poème de circonstance :

Il y a mante

Et menthe.

 

Si l'une est un insecte,

L'autre est une plante.

Si l'une vous débecte,

L'autre, douce, vous tente.

 

Une pousse à l'orée,

L'autre pose  à l'orante ;

Si l'une est odorante,

L'autre n'est éplorée

Qu'en semblant implorante.

 

De l'une enamouré,

J'arrache, à dire vrai,

Plusieurs plants de l'autre, en t-

Rimant comme en quarante.

 

Un cocker noir et feu passe, au bout d'une laisse, la truffe en alerte, sans songer à mal.

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lundi, 28 août 2006

Planète ou pluton...? Planéton !!!

    Pendant les vacances, j'avais suivi de loin (c'est le cas de le dire) la saga des "nouvelles planètes". Or, j'apprends aujourd'hui, avec un décalage de quelques jours, que l'Union Astronomique Internationale, plutôt que de décider de l'ajout de trois planètes à notre système solaire (au prix d'un élargissement de la notion même de planète), a pris le problème dans l'autre sens en tranchant en faveur d'un retranchement : ainsi, Pluton, jusqu'ici singulière tant par ses caractéristiques physiques que par sa taille, n'est plus une planète.

 

Le sombre crétin qui a été chargé de l'article pour Libération commence par la phrase suivante : "Les Plutoniens, s'ils existent, doivent s'en foutrent [sic] comme de l'an quarante." Pauvreté de la vanne, indigence de la langue. Comment avoir envie de poursuivre sa lecture ? D'ailleurs, on ne la poursuit pas.

(Je traite de sombre crétin le journaliste, alors que l'équipe de correction (si tant est qu'on dépense encore du fric pour une chose aussi superflue) est largement aussi coupable. Bientôt, on verra fleurir des phrases du style Les zèbrent manges (double faute sur le pluriel, attestée chez de nombreux collégiens) qui renverront aux oubliettes le ta zoa trekkei de mon adolescence...)

 

Fin de la parenthèse. Revenons à Pluton, pour conseiller la lecture de proses moins incultes : un petit article de vulgarisation très clair ; l'entrée de la WP anglophone consacrée à l'U.A.I. ; le texte officiel des résolutions prises lors du congrès de Prague.

On dit ici et là que d'aucuns s'apprêteraient à demander des autorités de l'Union européenne qu'elles s'inspirent de cette décision dans le cadre des négociations avec la Turquie, mais c'est vraiment une rumeur d'un mauvais goût sans pareil...

20:40 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 27 août 2006

Verticales, 3

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    Riche en couleurs, en formes, en secrets,

Vous vous ouvrez des fenêtres

discrètes

de chaque côté de la grille.

 

Votre vie n'est qu'un échiquier entrechoqué

de secousses surprenantes.

La serrure fait un roque.

 

D'autres corbeaux vous attendent,

parmi les briques

de la prison.

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vendredi, 14 juillet 2006

En bazage

    Une collègue me confie qu'elle croyait, enfant, que l'expression "en bas âge" s'écrivait en deux mots (en bazage). Je lui confie que je mis, pour ma part, un certain temps à ne plus entendre gai tapant sous l'énigmatique "guet-apens". Aragon évoque "le mot démangeaisons que jusqu'à douze j'ai écrit démange-des-ongles"*. Où l'ai-je lu ? Dans un livre que, ce même jour, un collègue m'offre.

 

* Aragon. Je n'ai jamais appris à écrire ou Les Incipit (1969). Flammarion, "Champs" : 1981, p. 8.

20:20 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1)

vendredi, 07 juillet 2006

"Ambiance de folie"

    La France serait-elle devenue un asile ?

 

03:55 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 03 juillet 2006

Meuglements et patibourres

    J'ai appris aujourd'hui que le meuglement se disait low en anglais (verbe et nom).

Il y a, par ailleurs, au début du chapitre 28 de Links , un verbe que je n'avais jamais rencontré (enfin, jamais, façon de parler : je l'avais rencontré, sans tiquer, lors de mes précédentes lectures du roman) et qui, à en croire Google (six résultats trouvés seulement), est presque un hapax :

Jeebleh watched Makka romb about with Faahiye.

 

Pour l'instant, j'ai traduit par une expression trop banale : "faire la folle avec". Mais je me demandais s'il ne fallait pas risquer un terme aussi rare... Enfant, c'était disait "faire la patibourre", mais là, Google ne donne aucun résultat (c'est un peu comme "à toute banane", si vous voulez...).

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Snip goes the weasel !

    Je note ici une nouvelle impasse de cette journée de traduction, pour que ce billet serve d'aide-mémoire (et, comme toujours (soyez-en tous remerciés) d'appel à contribution).

 

Au début de la scène dans le salon de coiffure, déjà évoquée, Nuruddin Farah écrit : "The three barbers stopped snipping". (Fragment de phrase que j'avais traduit comme suit : "Les trois coiffeurs arrêtèrent de jouer du ciseau.")

Deux pages plus loin, au moment où Jeebleh se fait couper les cheveux, il a une vision, qui disparaît furtivement. L'évanouissement de la vision est signalé par une onomatopée : "then snip ! "

Comment traduire cette onomatopée qui est, de toute évidence, un écho quintessentiel du verbe snip, dans l'une des premières phrases de la scène ? J'ai pensé aux deux traductions suivantes :

Le cliquetis des ciseaux s'arrêta. (Mais comment garder les trois coiffeurs ???)

Et puis clic !

 

Affaire à suivre...

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lundi, 19 juin 2006

Guère des Malouines

    L'immarcescible Marie-Ève Malouine, sur France Info, à propos du match de catch permanent entre Galouzeau et le petit Nicolas :  "Le Premier Ministre dit vouloir défendre la France avec un grand F."

 

On peut reprocher beaucoup de choses à Dominique de Villepin, mais ni sa sottise, ni son inculture. Ainsi, il doit savoir, lui, que, pour une notion abstraite à valeur allégorique, on peut employer la formule en question ("je me bats pour la vérité avec un grand V")... mais pas pour un nom propre, qui requiert de toute manière la majuscule.

(Ajoutons que le double infinitif n'est pas terrible non plus.)

 

France Info... la France avec un petit f (ou l'info avec un petit Q.I.?)

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jeudi, 15 juin 2006

Palafox / Pas la force

    Il faudrait, tout de même, que je cesse ces billets minuscules. De neuf à cinq, une journée d'administration, qui s'est même prolongée sur mon ordinateur, à domicile.

Nulla dies sine linea.

Mais tout de même...

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dimanche, 11 juin 2006

Tuyau

    La prochaine fois que quelqu'un cherche à vous épater en manifestant ses talents pour la prononciation en langue anglaise, ou en démontrant l'étendue de ses connaissances lexicales dans cette même langue, demandez-lui de prononcer qhythsontyd, puis renseignez-vous sur le sens de ce mot auprès du frimeur qui vous sert d'interlocuteur.

MuMM, pas du tout frimeur

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mardi, 30 mai 2006

Pas même un sizain

    Six heures.

 

Avec les ciseaux,

Indécise,

L'heure

Mise au

Rebut

Pleure

Et, assise,

Imbue

Effleure

L'aile exquise

D'un oiseau.

 

18:00 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1)

dimanche, 28 mai 2006

Dieu sot loué

    Pour une coquille, un i manquant, quelles guerres de religion ne seraient-elles prêtes à renaître ?

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mardi, 23 mai 2006

Vieux père au poing

    Ils ne pensent pas souvent à leur vieux père.

Le personnage qui dit cela est une sorte de démon minable, de petite brute imbue de pouvoir. Il est heureux, ici, que l'expression vieux père soit si proche, en français, du substantif vipère, avec ses nombreuses connotations métaphoriques et culturelles.

(Heureusement, surtout, que je ne m'interromps pas dans ma traduction à chaque fois qu'une remarque comme celle-là me vient à l'esprit.)

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lundi, 22 mai 2006

Paronymes

    Quand, sous les doigts gourds de trop tapoter, après seize pages traduites, la femme devient gemme, je me dis qu'elle est (assurément) un or précieux, une émeraude qui illumine les nuits, mais qu'il est temps d'aller rejoindre mon oreiller.

23:55 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 09 mai 2006

Psaume sur magnétophone

    Quand on trouve, dans le texte d'un roman en langue anglaise, un verset de la Bible dont chaque mot a son importance, on le traduit fidèlement. Puis, pris d'un scrupule (et d'une curiosité légitime), je vérifie la source (Psaume 51, quatorzième verset), et je m'aperçois qu'aucune des traductions françaises consultées ne mentionne une idée pourtant essentielle dans la version anglaise (la culpabilité).

Ne connaissant pas le texte original, et n'étant nullement compétent pour trancher en ces matières qui font s'arracher les cheveux à des milliers d'érudits depuis les siècles des siècles, je me trouve confronté à un dilemme : garder la version française la plus attestée, pour que les lecteurs français qui connaîtraient le texte puissent identifier la source ; traduire le texte anglais très fidèlement, pour ne pas perdre cette idée de culpabilité, qui s'inscrit dans un jeu d'échos essentiel dans l'ensemble du roman. Bien sûr, la deuxième solution est la moins mauvaise, mais il faudrait pouvoir donner la référence et s'expliquer de ce choix dans une note de bas de page, ce que jamais l'éditeur n'acceptera (d'autant qu'ils ne me connaissent pas encore, au Seuil, mais s'ils m'autorisent cela, ils n'ont pas fini d'en baver (voyez, à titre d'exemple, cette note qui ne devait faire, dans mon esprit, que trois ou quatre lignes [pour ne rien dire des commentaires (pas moins de quinze moins de vingt-quatre heures après la rédaction de ce billet)])).

22:05 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (15)

lundi, 08 mai 2006

Filles économes

    En préparant les carottes et les pommes de terre (qui avaient "fait des filles"), je me suis, en ôtant des morceaux minuscules qui obstruaient les lames de l'économe, épluché la peau du pouce.

11:35 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Ligérienne

dimanche, 30 avril 2006

À en croire les mots proposés par Anu Garg cette semaine…

    Si j’ai des tendances onychophages, c’est plutôt ma sœur qui a hérité des pulsions philographes et oniomanes de la famille.

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mercredi, 26 avril 2006

Jose : Eduardo : Agualusa :: Le Marchand : de : passés

    Comme l’albinos, le caméléon est un foudroyé (souvenir de lectures anciennes).

 

Ce bref roman, narré par un gecko, a beaucoup pour (me) plaire : situations narratives réjouissantes, réflexions obliques sur l’art photographique, critique de biais des dérives politiques de l’Angola post-colonial. Le lisant, je me suis aperçu que je n’avais aucun souvenir de La Saison des fous, premier roman d’Agualusa paru en français, si ce n’est que je l’avais, comme celui-ci, beaucoup aimé.

Si improbable que soit l’histoire, elle tourne autour des thèmes du mensonge, de la dissimulation et de la folie, ce qui aide à faire passer la pilule… Tant Félix, albinos spécialisé dans la constitution de faux passés contre espèces sonnantes et trébuchantes, qu’Eulalio, ancien centenaire vieux garçon gentiment veule réincarné en gecko, donnent le ton de ce récit où les personnages se rencontrent et conversent “réellement” en rêve. Ce couple étonnant croise la route d’Angela Lucia et de José Buchmann, dont l’identité d’emprunt a été forgée par le marchand de passés – là resurgissent les ombres des noires années 1970.

 

Ce qui me chagrine le plus, c’est la fascination apparente de l’albinos pour Eça de Queiros (il faut dire qu’il fut trouvé, par son père adoptif, dans une caisse d’exemplaires de La Relique) et du gecko pour Le Livre de l’intranquillité, « qui est peut-être l’œuvre la plus intéressante de la littérature portugaise » (p. 99), et que j’ai trouvé, jadis et pour ma part, très ennuyeux. I may have to give those works another try. (Tiens, au fait, la liste des textes publiés par l’éditeur comprend au moins un titre qui donne envie de découvrir le roman : Le Vent qui siffle dans les grues de Lidia Jorge. (Mais il faudrait aussi donner leur chance à Nuno Judice, à Rosa Lobato de Faria, à Vergilio Ferreira, à Andrea Camilleri, à Arnaldur Indridason, à Jose Angel Mañas, etc.))

 

Pour en revenir au Marchand de passés, le plus beau, sans doute, est le traitement réaliste des six rêves, mais aussi la figure traumatisante, pour l’homme devenu gecko, de la « première fois », de la soudaine nudité, dans une chambre peuplée de miroirs, d’Alba a.k.a. Dagmar, qui ne cesse de revenir hanter le narrateur.

Folie, hantise, mensonge, mémoire, photographie – hmmmm, Agualusa est un grand romancier.

 

[José Eduardo Agualusa. Le Marchand de passés. Traduit du portugais par Cécile Lombard. Paris : Métailié, 2006.]

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mardi, 11 avril 2006

Précoce préciosité

    "Comment sortir de la crise du CPE ? Après la météo, vous entendrez les préconisations de Laurence Parisot." (France Info, il y a quelques minutes)

Le mot préconisations m'a choqué, heurté l'oreille. Il existe pourtant, d'après mon fidèle Robert culturel, et en deux sens : 1/ acte solennel par lequel le pape ou un cardinal préconise un évêque 2/ action de recommander avec insistance. Le premier sens est attesté depuis 1680, le second depuis 1852. Dont acte. J'avais dégainé plus vite que mon ombre, et par ignorance.

Toutefois, ce mot est bien vilain, et, hormis son sens technique ecclésiastique (dont je ne peux imaginer qu'il s'applique à la "patronne des patrons"), qu'apporte-t-il de plus que des termes plus avérés et mieux-sonnants, comme recommandation, conseil, objurgation, avis ou exhortation ? Je n'ai pas trouvé, sur la quarantaine d'occurrences glanées ès les recoins de la grande Toile, une seule phrase qui ne gagnerait grandement à voir l'un de ces termes se substituer à cette bien vilaine préconisation...*

Me perdant dans les méandres du dictionnaire, as is my wont, je déterre cette jolie phrase de Léon Bloy : "l'objurgation amoureuse recommença, plus enflammée, plus véhémente". Elle est tirée d'un texte (roman?) intitulé Le Désespéré. Tout un programme...

 

En somme, il faut bien dire que je ne trouve pas le verbe préconiser très heureux non plus, si ce n'est dans ce quatrain de Brassens :

Ne laissons pas, quelle pitié,

Notre lune de miel quartier

De la zone. Je préconise

Qu'on l'ait vécue en Italie

Sous le beau ciel de Napoli

Ou de Venise.

(Retouches à un roman d'amour à quatre sous)

 

 

* Cette phrase elle-même est bien vilaine. Comment la tourner autrement ? Sur la quarantaine d'occurrences trouvées ès les recoins de la grande Toile, il n'y en pas une que ne dépare ce terme bien vilain. [???] Pas terrible non plus.

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jeudi, 06 avril 2006

Daniel : Boulanger :: Œillades

    Par un cortège de sons, la poésie de Daniel Boulanger donne à voir.

C'est sorti comme ça ; je voulais écrire quelques lignes sur ma relecture de poèmes de Daniel Boulanger, à l'occasion de l'achat récent d'un recueil ancien (Œillades, 1979), et, feuilletant plusieurs de ces recueils de "retouches" (c'est le nom qu'il donne à tous ses poèmes), s'est imposée à moi, assez curieusement, la phrase qui ouvre ce billet.

Daniel Boulanger n'est sans doute pas le plus grand poète de langue française des dernières décennies, et certainement cède-t-il parfois à la facilité, ou à l'esprit de système... mais enfin, son art poétique est bougrement intéressant. Le concept même de "retouche", qui donne son titre au premier recueil paru (Retouches, 1970), semble impliquer que le langage poétique a pour fonction de reprendre le réel, de le repriser, de le dire en y apportant la touche personnelle du poète - qui sait, en l'améliorant... Cette poésie fait la part belle aux métaphores surprenantes, au regard du peintre, à l'ellipse, aux multiples suggestions d'un sens qui miroite.

Il y a longtemps que je le lis avec plaisir. Le seul roman que j'aie lu de Daniel Boulanger (vers la fin des années 1980, je crois) s'intitulait La nacelle, et, si l'idée en était très séduisante, le récit s'épuisait. Plus tard, à Paris, j'ai découvert les poèmes du sieur D.B., après avoir acheté, pour dix francs, Sous-main, le dernier recueil paru mais déjà soldé, et même bradé, chez le bouquiniste du haut de la rue d'Ulm (son nom doit être Aichenbaum).

Tous les recueils de Daniel Boulanger sont constitués de poèmes très courts, parfois monostiches, qui occupent chacun une page, et sont organisés par ordre alphabétique, en fonction du titre. Dans Œillades, il se trouve que la retouche à la séparation se trouve au verso de la retouche à la rupture. Voici la première de ces "retouches", comme pour vous faire goûter au fruit amer et suave de ces mots retenus :

RETOUCHE A LA SEPARATION

ne comprends pas ma peine

je l'accepte

 

mais non le chant

de ton ombre sur la route

 

le vent disperse les morceaux du ciel

les mots ont fui de colombe à corneille

couleurs tombées en duel

 

De recueil en recueil, certains titres reviennent, comme l'enfance, le soir ou l'été - de tels thèmes qui demandent à être sans cesse retouchés.

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