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mardi, 21 mars 2017

Sens plante parasite

Untung-untung

    21 mars 2015

« — Oh! répondit, d'un ton froid, M. Jean Richepin, le sens n'est qu'une plante parasite qui pousse, quand même, sur le trombone de la sonorité. »

 

21 mars 2017

C'est à cela qu'il faut se ratteler : faire pousser le sens parasite.

07:01 Publié dans Droit de cité, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 10 février 2017

ÉgalitéE

Untung-untung

(billet dédié à M. Patrick Chartrain, spécialiste de Claude Mauriac

& auteur, aussi, il y a quelques jours, d'un billet réjouissant

sur le sujet des E parasites)

    10 février 2014

Et les conneries continuent. D'un côté, tous les abrutis phallocrates (dont pas mal de femmes d'ailleurs) qui manifestent pour revenir cinquante ans en arrière, et de l'autre les féministes (ou faut-il écrire “les féministEs”) qui ajoutent un E à la fin du mot égalité pour faire plus-mieux-trop-gender... entre autres inepties (j'ai lu récemment “les enfantEs”).

 

10 février 2017

À l'époque, j'avais mis en lien, sur Facebook (je rappelle que, dans cette rubrique, le point de départ est toujours une notule tirée des limbes de Facebook, à la même date), la page Web correspondant à un concours proposé par le site ÉgalitéE sans y prêter plus d'attention. Constatant aujourd'hui que le lien est toujours actif, je suis allé y voir et ai constaté, outre que l'auteurE de ce blog était fâchée avec la grammaire française, qu'elle n'était pas très au clair dans sa petite tête. En effet, elle réussit à écrire, dans la présentation de son blog, l'énormité suivante :

Mis à part mon petit côté féministe (et encore) je vous propose des astuces beauté et bien être au quotidien. Je vous ferais partager mes conseils pour prendre soin de votre corps de femme. Apprenez à vous sentir bien, à avoir de beaux cheveux, une belle peau et finalement à être séduisante.

Il est certain que pour prétendre être féministe et penser qu'une femme doit penser en priorité à avoir une belle peau et être séduisante, il faut beaucoup avoir pratiqué Beauvoir et consœurs. Moi qui n'écris pas les mots qui ne prennent pas de E final avec un E, il m'arrive de me définir comme féministe, ce qui signifie, entre autres, que je lutte quand il le faut contre la structuration parfois phallocratique de ma profession, que je suis favorable à ce que les femmes disposent librement de leur corps, que je dénonce (y compris au travers de textes à traduire dans mes cours) les inégalités salariales, ou que, si cela devait arriver en ma présence, je ne laisserais pas un “dragueur de rue” emmerder une fille.

05:21 Publié dans Droit de cité, Narines enfarinées, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (1)

mardi, 31 janvier 2017

2803, dans la guildiverie

« L'histoire du chauffeur de notre guildiverie, Joseph, un noir d'Anjouan, et des couches de sa femme, n'est pas racontable. »

(Paul-Jean Toulet. Journal & Voyages, 15 septembre 1886. In Œuvres complètes, Bouquins, p. 1025)

 

Bon, je m'attaque à Toulet, oui, et alors ? Je m'attaque, je m'attaque, c'est bien militaire tout ça. Vous le savez, je suis pacifique. D'ailleurs, une preuve : mon œuvre est un océan. Je joue, je m'attaque, je mets en joue, ha ha.

Reste que ça ne dit pas ce qu'est une guildiverie.

Donc on se trouve contraint d'aller chercher la guildive dans le TLFI : ”Eau-de-vie préparée à partir de mélasses ou de jus de canne à sucre” (Clém. Alim. 1978). Synon. tafia. Ils mirent leurs trophées dans un baquet de guildive (Borel, Champavert,1833, p. 103). Et la guildiverie dans le Littré : « Nom, à l'île de la Réunion, de l'industrie qui fabrique les araks et les rhums. »

Ça alors ! Moi qui ai fait rimer, il n'y a pas trois jours, Michalak et arak !

3549881222509_1.jpgBah, peu importe la coïncidence. Ce que je voulais dire, où je voulais en venir, c'est à l'inénarrable. On dit inénarrable pour quelque chose qu'on va justement vous narrer, quelque chose de pittoresque, qui appelle le récit comme on dit (et déjà cet usage d'appeler laisse à désirer). Or, là, dans son Journal, Toulet lance quelques mots, et surtout « couches de sa femme » (expression qu'il faudrait sans doute traduire en français contemporain par accouchement (je frémis d'imaginer ce que donnerait cette phrase sous la plume d'un candidat à l'agrégation*)). Tout ça pour dire, un peu comme Wilde l'aurait fait (le ferait ?), quelque chose de profondément indécent tout en se donnant les gants d'un victorianisme fin de siècle. Ce n'est pas du tout comme dans les journaux de Samuel Pepys, où n'importe quel lecteur baragouinant le français et le latin comprend ses coucheries avec des prostituées — codage vraiment peu dissimulateur.

D'ailleurs, la phrase commence par L'histoire... et en fait, il y a deux histoires, non ? l'histoire du chauffeur et celle de l'accouchement ? ou alors, c'est le chauffeur qui a raconté une histoire salée au sujet de l'accouchement de sa femme. Et l'arak dans tout ça, hein ? Le compte n'est pas juste, l'addition tombe en faux, et si ça n'est pas racontable alors le conte n'est pas juste non plus.

On aurait dû s'en tenir aux Contrerimes.

 

* Mais enfin, il ne faut pas tout confondre. La phrase suivante est tout aussi difficile à traduire : « Championne de car wash, la candidate de "Secret Story 10" est habituée à s'afficher en petite tenue et à trémousser son corps. »

11:17 Publié dans Droit de cité, Les Murmures de Morminal, Tous—les attraits | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 19 janvier 2017

Bonne épouse de poète

« Une bonne épouse de poète est la femme qui connaît déjà par cœur le poème que son mari n'a pas encore fini d'écrire. En l'occurrence, deux raisons se superposaient pour qu'elle le sache par cœur, elle était femme et elle était poète. Sa diligence était tellement utile qu'elle pouvait corriger sur-le-champ certaines imprécisions du poème inédit. »

(Lidia Jorge. Les Mémorables. Traduction G. Leibrich. Métailié, p. 289)

 

Que dit ici la narratrice ? Texte, comme à chaque page, ironique et équivoque.

Si je cite cela ici — moi, un sale mec —, on va peut-être m'accuser de machisme, quels autres salamalecs. Pourtant, il est évident que la première phrase ne peut en aucun cas être comprise au premier degré, et d'ailleurs elle ne peut être comprise comme ayant un sens. Incohérente, délibérément, elle vient battre en brèche l'idée même d'“épouse de poète” (et alors, bonne épouse de poète, n'en parlons pas).

 

10:22 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (2)

mardi, 01 novembre 2016

Peuplier, néflier

Untung-untung

    1er novembre 2013

« Le temps est -il ce peuplier

Que j'interroge à ma fenêtre ? »

 

1er novembre 2016

Ici, ici dans la maison de Tours où j'habite depuis presque huit ans, c'est plutôt le néflier et le cognassier que j'interroge.

(Comme c'est décidément le jour des comptes ronds, ce billet est le 2.700e ici, tandis que là on a pondu le 4.000e.)

23:30 Publié dans Droit de cité, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 19 octobre 2016

Du gourbet

Untung-untung

    19 octobre 2015

Allongé dans les oyats, rêvant tête contre le milgru, mes courbatures à la brassée du gourbet.

 

19 octobre 2016

Pas près des dunes landaises, où fleurit l'oyat, ni à l'époque où il fleurit, je traîne sur le sable du Web :

Diverses espèces de convolvulacées rampent sur le sol et, fixant de distance en distance leurs vigoureux cordages, enveloppent parfois une dune entière dans leur réseau de feuilles et de fleurs. (Élisée Reclus)

18:01 Publié dans Droit de cité, MOTS, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 07 octobre 2016

Enfance de l'art

Untung-untung

    7 octobre 2014

The air was so pleasant, our nest so cozy, and our parents provided us such a plentiful diet of nice worms and bugs, that like other thoughtless babies who have nothing to do but eat, sleep, and grow, we had no interest in things outside and did not dream there was such a thing as vexation or sorrow or crime in this beautiful world.

 

7 octobre 2016

Et si je traduisais aussi ce curieux livre de 1899, découvert il y a deux ans, Dickey Downy. The Autobiography of a Bird de Virginia Sharpe Patterson ? Dans le domaine public, il ne pose déjà pas de problèmes de droits...

L'air était doux, notre nid douillet, et nos parents nous régalaient d'une telle quantité de vers et d'insectes délicieux que, semblables aux autres bébés insouciants qui n'ont rien d'autre à faire que de manger, dormir et grandir, ce qui se passait dehors ne nous intéressait pas, et nous n'avions pas même idée qu'il pût y avoir, en ce monde si beau, des choses comme la douleur, le crime ou la méchanceté.

09:17 Publié dans Darts on a slate, Droit de cité, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 02 octobre 2016

Le monde des hommes, selon Aslı Erdoğan

 

J'avais déjà compris ceci à Istanbul, à l'heure où le muezzin appelle à la prière du soir : c'est leur monde, le monde des hommes, qui est réel, mon univers à moi est incertain. Eux, ils respirent, ils changent, ils œuvrent, construisent, cherchent, s'accouplent, protestent, pleurent, rient aux éclats, survivent. Moi, je regarde.

Je n'étais, au cœur de la vie, rien d'autre qu'un vide, un commentaire, un point d'interrogation, un regard, rien.

Depuis cette nuit-là, toutes les nuits, sans faute, je parcours les rues de Genève, comme le spectre d'une femme morte au siècle dernier.

 

    Voici comment parle la narratrice — borgne, dont l'œil blessé suppure et lui fait mal — du bref roman d'Aslı Erdoğan Le mandarin miraculeux (traduction de Jean Descat, Actes Sud, 2006, pp. 52-3).

Tragique, de penser que, sans son arrestation par le pouvoir dictatorial turc, je n'aurais jamais lu, sans doute, de livres de cette écrivaine. — Tragique, de devoir sa renommée à cela, et triste de se savoir, soi, assez bête pour être dans cette charrette-là.

Ironique, au regard de cette actualité de 2016, toute lecture que l'on se retrouve à faire de ce récit âpre mélancolique.

Pour soutenir Aslı Erdoğan — et Necmiye Alpay, traductrice également emprisonnée —, on peut signer des pétitions, partager sur les réseaux sociaux, et aussi envoyer des cartes postales comme l'a fait Canan Marasligil. On peut tenter de dénicher leurs livres, et, si on le peut, modestement, peut-être sans espoir, les lire.

08:39 Publié dans Droit de cité, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 27 septembre 2016

Poème tamarin

    Je me rendais un dimanche matin à l'église, en suivant le bord d'une large chaussée plantée de tamarins et de bois noirs à touffes blanches. Dieu aura pitié de nous, reprit Virginie ; il exauce la voix des petits oiseaux qui lui demandent de la nourriture

L’aigu bruissement des ruches naturelles,

Parmi les tamarins et les manguiers épais,

Se mêlait, tournoyant dans l’air subtil et frais,

À la vibration lente des bambous grêles

Où le matin joyeux dardait l’or de ses rais.

De beaux arbres, parmi lesquels se remarque le tamarin, succèdent aux fourrés d’épines. J’avais divisé le feu en cinq classes, l’eau en sept genres, les animaux en quatre-vingt-deux espèces ; j’avais inventé les talismans, j’avais compté le nombre des morceaux de tamarin et la forme des soucoupes d’or.

▓░▒  Ce que ces sylvestres absorbaient, c'étaient des boissons fermentées et pimentées tirées des gousses du tamarin.

16:37 Publié dans Centons du jeu de dés, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 25 septembre 2016

Le Retour du jeu du livre en aveugle

Untung-untung

    25 septembre 2012

“He could hear it suck on air as it lay naked on its threadbare cloth.”

Aujourd'hui 25 septembre :

- choisissez le livre le plus proche de vous, ouvrez-le à la page 175, et recopiez une phrase entière qui doit se trouver à (c'est-à-dire à cheval ou en partie sur) la ligne 9 (si poésie ce peut être le 9ème vers)

- ne donnez pas la source de la citation

- mettez en lien vos contacts FB dont vous désirez qu'ils fassent ce jeu

 

25 septembre 2016

“Can I go back and keep my faith among people, my own family members, who reduce God to a little bookkeeping clerk, who commit the blasphemy – for what greater blasphemy can there be if you believe in God? – of claiming to know the mind of God, of speaking in His voice, of insisting on their fallible human interpretations of His Word?”

 

06:25 Publié dans Droit de cité, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (2)

dimanche, 18 septembre 2016

Un soupir de femme

Untung-untung

    18 septembre 2014

“Stannum saw what man had never seen before–the tone-color of each instrument. Some malign enchanter had seduced and diverted from its natural uses the noble instrumental army. He saw strings of rainbow hues, red trumpets, blue flutes, green oboes, garnet clarinets, golden yellow horns, dark-brown bassoons, scarlet trombones, carmilion ophecleides while the drums punctured space with ebon holes. That the triangle had always been silver he never questioned; but this new chromatic blaze, this new tinting of tones–what did it portend? Was it a symbol of the further degradation and effeminization of music? Was art a woman's sigh? A new, selfish goddess was about to be placed upon high and worshipped–soon the rustling of silk would betray her sex.” (James Huneker. Melomaniacs, 1902)

 

18 septembre 2016

Un texte qu'il faudrait traduire.

De verts hautbois, c'est sans doute possible, dans un univers — qui m'est fermé — de correspondances rimbaldiennes.

L'art n'est pas le soupir de la fée (pas seulement (Nerval a contrario)).

Vagabonder dans le calendrier : untung-untung.

08:18 Publié dans Droit de cité, Untung-untung, Vagabondages | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 30 août 2016

Fête du cochon

Untung-untung

    30 août 2014

Cette après-midi, grand retour de (et à) la Fête du cochon, à Truyes.

 

30 août 2016

On m'avait réservé, pour la fin, le spectacle du cochon du fort, un cochon nommé Auguste, qui était l'objet de l'idolâtrie de toute la compagnie. Pourquoi n'est-ce pas le cochon qui est moi ? Le petit cochon était charmant, tout rose, le groin lavé par les eaux grasses, avec le cercle de crasse que son continuel barbotement dans l’auge lui laissait près des yeux.

Pourquoi n'est-ce pas le cochon qui est moi ? Le cochon est assez distingué par ses poils... Bruno et Buffamalcco volent un cochon à Calandrino. Il faudra envoyer le cochon à Pommerit-la-Roche. Pourquoi n'est-ce pas le cochon qui est moi ?

Je trouvai le Cochon bleu au courant de la nouvelle, et je trouvai même qu'il en résultait un grand changement dans sa conduite à mon égard.

Pourquoi n'est-ce pas le cochon qui est moi ?

 

21:37 Publié dans Droit de cité, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 24 mai 2016

24052016 / 759

Screenshot_2016-05-24-07-59-05.pngIMG_20160524_075912.jpg

 

 

 

    Pas atteint sur le chemin du bus, avec mon fils cadet. Il venait de me faire remarquer qu'un des étrons canins jonchant le trottoir était très blanc.

Lernen Sie sehen, und Sie werden wachsen.

09:05 Publié dans 1177 pas, Brille de mille yeux, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 27 avril 2016

Salon, 2

    Je n'y suis pas là.

Là, je n'y suis pas.

 

Pourtant, c'est le sujet du jour : les trois canapés qui ont occupé, successivement, la fonction de meuble principal du salon (ou séjour).

Le séjour, c'est donc le sujet du jour.

Mon ruisseau tarit l'océan.

 

Le premier canapé, acheté en 2003 et apporté ici lors du déménagement en décembre 2008 — j'avais 34 ans, j'étais un gamin ! est-ce possible ? —, était bleu marine avec quelques motifs pseudo-erratiques jaunes et rosâtres (de mémoire).

Le second, plutôt un sofa, d'un beau rouge, nous fut vendu par nos voisins, qui s'en défaisaient. Il était très bien, à ceci près que ses accoudoirs, arrondis et fort hauts, n'étaient pas amovibles, me rendant impossible d'y finir mes nuits, par exemple.

Nous l'avons changé, tout récemment, pour un beau canapé en cuir de buffle, noir, aux accoudoirs rabattables, et dans lequel nous tenons à quatre.

 

J'imite le cri du vent.

Jacques Blanchard se rendit à Venise. — Certes, mais si Gérard Blanchard ironisait génialement sur la mort de Claude François, j'avais le droit de me gondoler, non ?

(C'est sans rapport, là ?)

C'est sans rapport.

13:49 Publié dans 16 en 16, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (1)

jeudi, 14 avril 2016

Loups

Untung-untung

    14 avril 2014

Les habitants de Cirey-sur-Vezouze s'appellent les Loups.

 

14 avril 2016

« Le général Moustache fait le beau dans quelque petite ville d’Allemagne ; il se pavane avec des femmes ; il prononce des discours. »

Le colonel Moutarde est passé par la véranda.

 

10:31 Publié dans Droit de cité, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 03 mars 2016

Bestioles

Untung-untung

 

    3 mars 2015

même quand il dort, le potamogale

est plus velu qu'une mygale

 

3 mars 2016

Ce matin, pour écrire un autre billet, je suis tombé sur ce texte de Rebotier :

La girafe est un animal métaphysique, en ce sens qu'il se tient haut au-dessus de la physique. Comme l'araignée. Toutes deux ont un très long cou, mais la girafe a son cou loin sorti du corps. L'araignée, absolument pas.

11:35 Publié dans Droit de cité, Pong-ping, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 27 février 2016

Turquois

Untung-untung

    27 février 2014.

« Dans sa main un arc turquois,

Sous son aisselle un carquois. »

 

27 février 2016.

Pourquoi citer Ronsard ? Pourquoi ne pas citer Ronsard ? Pourquoi exciser ce distique de la gangue de son poème ? En avais-je après l'adjectif turquois ?

(En novembre 1998, si je ne m'abuse, je rapportais de Paris à notre appartement beauvaisien le disque de Manset sur lequel figure L'Amour aveugle. En septembre 1997, peu après notre emménagement dans ce même appartement, je lus Le Tramway de Claude Simon.)

Aujourd'hui, nous avons reçu, dans un grand carton, protégée contre les chocs par des milliers de bandelettes et lanières de papier magazine, une superbe lampe dont l'auteur est Gilles E., notre ancien voisin des années 1999-2003, à Beauvais toujours.

17:42 Publié dans Dimanche pleurera, Droit de cité, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 10 février 2016

Palier, 1

Absolument pas liée

À vos voisins de palier

Mais m’entendant piailler

(B.L.)

 

    Tout l’étage s’organise, en quelque sorte, autour du palier.

On y reviendra — c’est toujours ce qu’on dit, ce même on qui photographia avant-hier l’onagre du Muséum —, mais qu’il soit déjà fait état que ce palier entoure, comme c’est l’usage, la cage de ce qui rime avec son nom, l’escalier.

Cette affaire de rimes n’est pas une mince affaire, qui convoque « l’arbre sans son espalier » de Manset et, sur un mode plus léger, l’ultime chanson du coffret Boby Lapointe de mon enfance (“Je suis né au Chili”).

 

Dans mon bureau, il doit faire 17°, peut-être moins — Les travaux du CRL remontent à mon passage furtif par le bureau 44, mais que j’eusse déjà cette chemisette orange brûlée, voilà qui me surprend.

 

je contemplais le masque béti aux yeux fermés aux longs yeux allongés, au front bombé yeux effilés — Le hasard fait que je tombe sur un billet écrit il y a huit ans, dans l’autre maison, après une craqûre, un abolissement. Le palier n'y est pour rien.

05:41 Publié dans 16 en 16, Droit de cité, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 04 février 2016

Fait divers

    Entre deux moments d'affaissement, ou la rédaction sommaire du log book, ou peut-être une improvisation de saxophone, un exercice de hautbois, on pouvait regarder frontalement, puis sous toutes les coutures, cette statuette lobi (ou béti, peut-être), avant d'éplucher le journal local acheté le matin même à Hornu, et où s'étalait, quelque part dans les pages consacrées aux faits divers, ce titre improbable :

Un octogénaire s'étouffe avec un bout de viande

 

L'article était illustré d'une photo de steak frites, avec une légende plus cocasse encore que l'article lui-même :

Un bout de viande fatal

 

(Que n'a-t-on pas lu, de bribes, dans les gîtes ?)

—▓—▓—▓—▓—▓—▓—

2 et 3 mai 2015 089.JPG« Ce n’est pas avec des emprunts, c’est avec des épargnes que la compagnie a pu se créer un port en 1828, un chemin de fer en 1835 ; c’est encore au moyen de ses épargnes qu’elle va compléter ses lignes rapides par un embranchement qui rejoindra le réseau belge à Peruwelz, sur la frontière, en continuant le tronçon de 19 kilomètres qui lui donne par Somain une issue sur le réseau français. »

14:57 Publié dans Artois, à moi, Brille de mille yeux, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 17 janvier 2016

╝3 ╝

    Dès l'intro, tu kiffes.

(J'me comprends. (Ou : je m'comprends. (Tu mets l'accent sur quoi : sur toi-sujet ou sur toi-réfléchi ? Réfléchis à ça.)))

Puisque, depuis une semaine, c'est vraiment, enfin, l'hiver, puisque, ce dimanche, il y a eu une belle – quoique trop brève – promenade sur les bords de Loire, avec seulement des goélands argentés et des mouettes rieuses (dont une avait entièrement retrouvé son masque brun foncé, mue finie dès la mi-janvier*), il faut s'intéresser de nouveau à cette histoire d'automne qui serait là, sous-jacent, courant souterrain, silure du fond de vase, dans tant d'instants des autres saisons.

D'ailleurs, je n'ai pas la moindre idée de mon intention de départ.

Je m'arrange avec l'idée que je me fais de la mémoire.

Ce n'est pas mal, ça, déjà.

Pourtant, on avait dit qu'on reprendrait les formes poétiques tarabiscotées, pas ça.

 

* Cette fin de mue est une coïncidence bien commode.

21:58 Publié dans Aujourd'automne, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 16 novembre 2015

I:e —— {Paraphrasen}

 

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Dort entstanden seine letzten Bilder, jene freien Paraphrasen zu den Formen der Erscheinungswelt, jene seltsamen, leuchtenden und doch stillen, traumstillen Bilder mit den gebogenen Bäumen und pflanzenhaften Häusern, welche von den Kennern denen seiner „klassischen“ Zeit vorgezogen werden. 

(Hermann Hesse. Klingsors letzter Sommer, 1920)

 

18:26 Publié dans Droit de cité, La 42e Clandestine | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 14 novembre 2015

I:d —— {Cythère}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    « J'eusse achevé ma neuvaine à Cythère. »

Il ne faut pas se méprendre toutefois, et la ruse autant que l'adresse, la joie autant que la tendresse, l'habileté autant que la tranquillité, toutes font des prodiges, ou, en tout cas, le corps y retrouve ses marques. La faconde paraissait, il y a six ans (boissons chambrées), inépuisable, et assurément la voix tranchée donne encore, après virage dans l'escalier de bois, de belles clameurs, je me perds et je donne tout en pâture. Pour ça, contrairement à l'alcool, toute résistance se raffermit, et je ne comprends pas encore les vieux vers. Tout homme sur ce point, dit le bon La Fontaine, / Est d'ordinaire un peu gascon...

 

16:00 Publié dans Droit de cité, La 42e Clandestine, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 05 mars 2015

... de quoi panser la douleur...

Face à face : des festons de mensonges, la souffrance d'être, d'être l'autre, de ne pas être. Dans la rupture confectionner de quoi panser la douleur d'être qui devant qui et oublier qu'il est une barrière au corps.

(Marie Cosnay. Adèle ou la scène perdue, p. 76)

08:54 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 22 janvier 2015

“Retourner à Florence”

Je retourne à La Phénoménologie de l'Esprit, perplexe. Après Thanatos au dictaphone, Eros en bottes de cuir... me fais l'effet d'un pantin que ce couple logique s'envoie tour à tour dans sa danse.

Vincent Eggericx. Mémoires d'un atome (2015), p. 25.

 

    Souvenirs de juin 2005, énorme bouchon parisien à chercher l'os, et création du blog ça juste avant. Cela fera bientôt dix ans que je tiens le coup, m'astreins à pondre — peut-être que c'est mon côté butineur, bordélique, le refus des systèmes, qui m'a permis de tenir aussi longtemps.

 

 

En raison du gel,

des déchets sont restés collés

à votre bac,

qui n'a pu être correctement vidé.

Merci de le présenter

à la prochaine collecte.

Tour(s) plus

09:03 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 08 janvier 2015

Mémoire de siamois

    Une histoire me revient, se dit le revenant, une histoire me revient depuis les lointaines lettres de Mozaya, l’histoire de deux frères siamois dont l’un perdit, un jour, la mémoire.

Kossi Efoui. Solo d’un revenant, 2008, p. 197.

 

 

Son vrombissement de 405 gasoil pourrave me tape sur les nerfs, c’est idiot, idiot à, écrire, idiot de le ressentir. Si je compose un abécédaire à la manière de François Bon, ce sera uniquement avec des mots français s’achevant par la lettre g, et il y aura dedans le siamang. Autre chose encore de resserrer les fils de mon essai sur la mêmoire (en allant chez le coiffeur ce matin je songeai à l’intituler Les Accents).

17:06 Publié dans Droit de cité, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 07 janvier 2015

Dose d’effroi

    C’est avec ces lettres qu’il m’arrive encore de remonter le temps, recherchant les indices qui m’auraient permis de mesurer, à leur juste dose d’effroi, ce qui allait advenir.  Comme une ruine soudaine, la saison des fuites allait advenir, la ligne de démarcation, la partition de Gloria Grande, cette guerre, le pays tout entier se recrachant par petits paquets de lambeaux…

Kossi Efoui. Solo d’un revenant, 2008, p. 79.

 

[Manuscrit, septembre 2013. Bordeaux, trams bondés. Les seuls qui se marrent ce sont les mascarons.]

 

 

Janvier 2015. Souvenir de février 2008, virée avortée à Arcachon et Bordeaux, tout affaire d’advenir et de revenant, il a fallu revenir, mon père est resté surtout enfin c’est le plus heureux. Souvenir d’Arcachon donc noyé dans le bleu, l’arc tendu, souvenir de Bordeaux aborigène en février 2014, souvenir de Bordeaux graffité de barbapapas grunge en 2005, souvenir de Bordeaux mascarons seuls à rigoler septembre 2013 et pour cause./

17:03 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 06 janvier 2015

Sur le point d'arracher le clou

    Elle brûla le mobilier, elle brûla des milliers de livres, elle brûla toutes les toiles. Ce fut seulement quand elle fut désespérée qu’elle retira les Mucubais du mur. Elle était sur le point d’arracher le clou, simplement pour une question d’esthétique, car il lui semblait déplacé là, sans utilité, quand l’idée lui vint que peut-être ce bout de métal retenait le mur. Il sustentait peut-être tout l’édifice. Qui sait, si elle arrachait le clou du mur, toute la ville s’écroulerait.

Elle n’arracha pas le clou.

 

José Eduardo Agualusa. Théorie générale de l’oubli,

traduction de Geneviève Leibrich. Métailié, 2014, p. 93

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lundi, 05 janvier 2015

Fermata 2015

    « L’arrêt de bus ne ressemble à rien. Une banquette en béton, deux lampadaires rouillés, une poubelle et une pancarte marquée FERMATA qui oscille dans le vent des montagnes. […] J’ai craché trois fois. Le chartreux n’a rien vu. » (Yves Bichet. L’homme qui marche, chapitre 14, pp. 114-5)

 

Un chat s’est glissé derrière la fenêtre de mon bureau, rue des Tanneurs.

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Son vieux cuir épais n’a dupé personne. Il a cliqué sur le déclencheur, et voilà une autre vue, un jour de Saint Valentin. Du grand n’importe quoi.

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mardi, 09 décembre 2014

Rejoindre par effraction

Et si l'inclination du public pour la poésie s'essouffle, s'il se fatigue d'avoir à la rejoindre chaque fois par effraction, c'est qu'il est fatigant en effet d'avoir à forcer chaque fois une frontière qui se hérisse à votre approche — c'est que le culte effréné de la différence et un certain « en est-ce assez de moi » ? qu'on pressent comme une hantise derrière la plupart des poèmes de ce temps, sont en train de faire une Babel dérisoire d'une poésie que 1924 rêvait de faire ininterrompue — non seulement dans le temps, mais dans l'espace spirituel — non seulement d'un jour à l'autre, mais dans le rapport immédiat de conscience du poète à autrui.

Julien Gracq. “Spectre du Poisson soluble”. PréférencesŒuvres complètes, I, Gallimard, 1989, p. 906.

 

Ai-je besoin de dire que je contresigne, s'agissant de bien des tentations poétiques d'aujourd'hui, cette lumineuse phrase nichée au sein d'une non moins imparable et stimulante relecture, laquelle a soixante-cinq ans de cuvée ?

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samedi, 08 novembre 2014

Dans les limbes, avec Landru

05.07.2014.

 

    Et je retrouvai mon souffle

Et je retrouvai mon foie

Et je retrouvai mon harmonie

 

Je trouvai mon équilibre

Et je retrouvai mon silence

Et je retrouvai mon chant

Et je retrouvai mon néant

 

« Pauvre petit salon ! Que de tristes et anxieuses journées passées entre ses murs, d'où l'ébranlement du canon faisait tomber les cadres, au milieu des livres ficelés en paquets, et près de ce feu de bois vert, le feu parisien des mois de décembre et de janvier 1870-1871 !

Ce salon était à la fois ma chambre à coucher, ma cuisine et tout, et j'y vivais en compagnie d'une poule, la dernière survivante de six volailles : toutes les provisions que j'avais faites, hélas ! — moi qui mange avec les yeux, et ne pouvais m'habituer au rose noirâtre de la viande des tire-fiacres. »

 

faudrait tout dire tout filmer

faudrait tout voir tout décrire

faudrait faudrait

faudrait tout sécher tout mouiller

faudrait tout aplatir faudrait tout punaiser

faudrait tout filmer tout capturer

faudrait captiver tout écrire

faudrait faudrait

faut dru faux drame

faudrait tout cramer tout stigmatiser

j'épingle un monde à mon veston

faudrait faudrait

faudrait un chant à fleur de peau

 

09:27 Publié dans Droit de cité, Formes singulières, Les Murmures de Morminal, Ma langue au chat, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 06 novembre 2014

Ânes débâtés

    « Il m'aurait aidé à mettre le tout par terre. On se serait retrouvés comme deux ânes débâtés qui considèrent leurs charges respectives, dans l'herbe, d'un air rancuneux, en  chauvissant des oreilles. Je pense que c'est ainsi qu'il aurait procédé, s'il avait disposé de quelques mois supplémentaires ou que je me fusse, moi, dépêché un peu plus que je ne l'ai fait. »

P. Bergounioux. La Toussaint, 1994, p. 52.

 

Mon grand-père maternel, je l'ai laissé filer — il s'est éloigné ou renfermé de sorte qu'on ne communiquait plus autant qu'au cours de mon enfance. Les grands livres nous aident à repenser notre existence. La Toussaint est un grand livre, pas seulement pour les ombres et pas seulement pour Hegel. ▬—▬ Mon grand-père maternel s'est éteint (c'est avec lui que j'ai vu ce verbe prendre sens) le 4 novembre 2012 ; j'ai appris sa mort dans les arènes d'Arzacq, par un appel de ma mère. Je crois que lui, à l'inverse du côté maternel de Pierre Bergounioux, m'a donné le pan le plus mélancolique de ma nature, mais qu'il m'a fait travailler avec enthousiasme à lui donner forme, quand j'étais encore jeune, de sorte que mon quart ariégeois n'est ni la moitié “noiraude” et corrézienne de Bergounioux, ni sa moitié lumineuse et quercynoise. 

Quand je suis allé au chevet de mon grand-père, à l'hôpital de Mont-de-Marsan, la dernière fois que j'ai passé plusieurs heures près de lui, le mercredi avant sa mort, le 31 octobre, j'ai passé plusieurs heures, sans le savoir, à renouer le fil. Il avait perdu sa voix, ou presque, et me l'a dit, d'un air surpris que je ne lui avais plus vu depuis plusieurs années. Lui retrouver cette expression d'étonnement, là, m'a fait beaucoup de bien ; en quelques regards, nous avons plus communiqué qu'en bien des phrases échangées lors des réunions de famille des derniers temps. Ou alors je romance. Mais on romance sans cesse tout cela, c'est la rançon de la vérité humaine.

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mardi, 28 octobre 2014

... beaucoup de pommes d'or....

• • On dorera la chapelle du portique à l'autel, avec beaucoup de pommes d'or, de grenades d'or, de raisins d'or, pour les guirlandes des entrecolonnemens. • • •

 

    Ornette.

Sornettes inévitables sur les envols fous d'Ornette.

YES ORNETTE !

Et si on commençait à redécouper le langage ? OR...

OR NETT E (le métal poli) (gentil abus de langage▬▬▬)

ORNE t TE → tu vis dans ta bagnole, cloche de bois, oie grise dans l'église

MAIS QUAND ÇA FUT ÉCRIT ON S'EN COGNE

cognée → hache

Le mort-né, morne plaine. Un plein bol d'athanor, repassez demain.

 

11:39 Publié dans Droit de cité, J'Aurai Zig-Zagué, Knobs & thorns, MOTS, Un sang d'encre | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 02 octobre 2014

... la chiffonnette sur l'écran....

„Es ist ein Leben, das nichts verloren und vergessen hat, ein Leben, das sich versammelte, da es verging.“

 

    la chiffonnette sur l'écran de l'ordinateur Acer, le verrou Bricard tourné, les deux volumes blancs en marge, la porte-fenêtre qui grince, le type qui bronze en écrivant, la malédiction des mélancolies, tout ce temps à rattraper, ces pages noircies qui ne font que retarder la jouissance,

un monde à redire,

le verrou, le volume, la lingette, le bronzage imparfait, un mélancolique qui s'accouple, tout ce temps à rattraper, pages enfumées fumeuses ne dissimulant pas

la mémoire de la mort,

ces pages noircies grises tristes qui ne font que retarder

la mort de la mémoire,

j'osai l'antimétabole

une vie perdue, une vie sans oubli, sans pages à noircir pour ne pas retarder ce qui n'adviendra pas.

 

 

11:27 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 09 juin 2014

Pong-ping, 2

    J’ai passé à Toulouse un très bref séjour, mais exquis.

À mon retour, j’ai appris, par hasard, qu’Élie, Elisée et Onésime avaient deux frères, moins connus je pense, mais surtout que Pauline Kergomard était leur cousine — quelle génération !

Relisons une phrase, prise presque au hasard, dans un des articles encore si vibrants de l’aîné, Élie :

Avec la fumée de tabac qui s’échappait de leurs lèvres, les matelots passèrent, dans l’archipel Tokelau, pour des mangeurs de feu.  (Élie Reclus. “Comment la civilisation civilise”, 1893)

À Muret, non plus, pas d’enfermement, le grand ciel ouvert – des rencontres – des retrouvailles – des mots.

21:35 Publié dans Droit de cité, Pong-ping | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 01 juin 2014

“Trouver le discours adéquat” (Albert Memmi)

À chaque crépuscule, alignées sur le fil du téléphone, les hirondelles de mon jardin papotent bruyamment. Je ne connais pas leur langue mais je suppose que, outre le plaisir d’être ensemble, elles se rassurent l’une l’autre devant le silence de la nuit qui vient.

L’un de ces merveilleux contes hassidiques rapporte cette histoire : pour conjurer une sécheresse persistante, toute la communauté priait inlassablement, en vain. Un pauvre berger, muet de surcroît, ne savait comment se joindre à l’effort commun ; lorsque, mobilisant tous les muscles de sa gorge, il lança un énorme cri : aussitôt s’ouvrirent les cataractes du ciel.

Je ne connais pas le sens de ce conte ; qu’on me permette de l’interpréter ainsi : ce n’est ni parler ni se taire qui importe, c’est de trouver le discours adéquat.

 

(Albert Memmi. Bonheurs. Arléa, 1992, pp. 146-7)

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samedi, 10 mai 2014

... le tout du crapau ....

« Semblablement nos Toüoupinambaoults ont certains gros crapaux, lesquels Boucanez avec la peau, les tripes et les boyaux leur servent de nourriture. Partant attendu que nos medecins enseignent, et que chacun tient aussi par deçà, que la chair, sang et generalement le tout du crapau est mortel, sans que je dise autre chose de ceux de ceste terre du Bresil, que ce que j’en vien de toucher, le lecteur pourra de là aisément recueillir, qu’à cause de la temperature du pays (ou peut-estre pour autre raison que j’ignore) ils ne sont vilains, venimeux ni dangereux comme les nostres. »

(Jean de Lery)

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lundi, 09 décembre 2013

Combiné nordique

1111-1333 

« Resté seul sur son plateau de calcaire, Sven se consacra alors à l’unique activité qui lui devenait chaque jour de plus en plus vitale, la seule qui, à ses yeux, importait : écouter. » (Bertrand de la Peine. Bande-son. Minuit, 2011, p. 21)

 

« Au centre du séchoir, Sven Langhens a scellé le miroir d’obsidienne à la verticale sur une colonne de marbre cipolin. » (ibid., p. 122)

 

    L’aventure du texte bref, du récit même pas à sec.

J’ai lu ce roman dans le train, à la mi-septembre. Il faisait un temps maussade, presquededébutd’automne, rafales de bruine glaciale au retour le soir sombre. Je note ces deux phrases antipodales à la quasi-mi-décembre, avant/afin de pouvoir ranger le livre sur les rayonnages de plus en plus encombrés, en regardant les nèfles qui ne sont pas encore tombées (l’arbre est dénudé de ses feuilles), après être rentré dans le froid et le grand soleil éclatant (ainsi, je crois que l’hiver est la saison qui me donne la plus grande joie).

[Afin/avant.]

Tandis que j’écoute le premier mouvement de la Symphonie n° 1 de Rued Langgard, j’entends, même en forçant le son, Soazig s’affairer dans la cabinededouche, briquer. C’est lundi. Il fait beau. Hier aussi, grand soleil chaud et coupant tandis qu’avec mon fils on faisait la tournée des poinçons.

Si le téléphone sonne, je raccrocherai seulement l’espérance.

14:33 Publié dans Droit de cité, Self-Be/Portrayal, YYY | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 10 juillet 2013

Dedans du dedans

    « Après quasiment une décennie dans le fauteuil d'un psy, cinq bouquins où je me raconte en long et en large et en hauteur et en bassesse, je me reste totalement étranger. Pourquoi j'ai toujours été fendu par le milieu, coupé en deux, zigzaguant d'un pôle à l'autre éperdument, à perdre la tête. Sans jamais perdre le nord. Arrivé en fin de parcours, je ne me comprends pas. Depuis plus de soixante ans. Alors elle, au bout de quelques mois, comment veut-elle que je la comprenne. Les yeux dans les yeux, ventre contre ventre, bouche à oreille, un quart de siècle : on ne sait pas ce qu'il y a chez l'autre. Dedans. Et l'autre ne sait pas non plus vraiment ce qu'il y a dans ce dedans. Le dedans du dedans nous échappe. Psy ou pas, besoin pratique d'autopsy. Contraignant. Avec les moyens du bord, pêcher çà et là quelques certitudes, émettre quelques hypothèses. Sur soi, sur autrui. Faire travailler, vaille que vaille, la mémoire. Et puis, on raconte. Sa vie, celles qui la croisent. On raconte des histoires. »

 

(Serge Doubrovksy. L’Après-vivre, p. 320)

20:51 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 12 juin 2013

Trois § de La République des savants

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Tout me manque

 

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, surtout

 

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le temps

.

06:06 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 20 avril 2013

Copernic et les poubelles

« La formalisation mathématique s'est développée pour elle- même à des hauteurs jamais, au XXIe siècle, égalées. Cependant que la formalisation mathématique atteignait, aux XXe et XXIe siècles en particulier, des hauteurs que Copernic lui-même n'aurait jamais songé à entrapercevoir, nous continuions imperturbables : Eh bougnoul va niquer ta race et vider les poubelles, ou, plus châtié, qu'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. »

(Nathalie Quintane. Crâne chaud, 2012, p. 109)

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dimanche, 23 décembre 2012

Pierrot en râgâ

    J'aurais dû profiter d'une soirée plutôt calme pour composer quelques textes, les publier en avance. J'ai préféré écouter des malkauns et Pierrot lunaire (dans la version de Marianne Pousseur, qui ne me ravit pas, a priori), en achevant de lire Netherland et en commençant d'un pur silence inextinguible (enfin !).

« The double-deckers lose their elephants' charm. »


Comme c'est à la page 172, je pourrais faire un effort supplémentaire. Mais, officiellement, ce n'est pas ici que je recycle. La fin du monde : en couverture.

Trop d'italiques. Raharimanana marchait jeudi midi le long de la rue des Tanneurs.

08:21 Publié dans Droit de cité, MUS, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 29 mars 2012

Travail(ler) des images

« La marge d’image questionnée par Clément Chéroux n’est-elle pas emblématique de cette marge d’indétermination à laquelle toute recherche se confronte nécessairement dans son étude des vestiges de l’histoire ? On ne saurait clore la question en projetant toute l’histoire dans un absolu inimaginable. On ne saurait la clore en rejetant l’archive du côté de la « moindre image », ou de l’« image sans imagination ». Une image sans imagination, c’est tout simplement une image sur laquelle on ne s’est pas donné le temps de travailler. Car l’imagination est travail, ce temps de travail des images sans cesse agissant les unes sur les autres par collisions ou par fusions, par ruptures ou par métamorphoses… Tout cela agissant sur notre propre activité de savoir et de pensée. Pour savoir, il faut donc bien s’imaginer : la table de travail spéculative ne va pas sans une table de montage imaginative. »

 

Georges Didi-Huberman. Images malgré tout.

Minuit, 2003, p. 149

10:58 Publié dans Droit de cité, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 22 mars 2012

Un western en Alaska

 

“Like some wet, furred beast, Hoke shuddered, burrowing more deeply into Belle’s blankets.” (The Ballad of Dingus Magee, p. 122)

 

Même se débarrasser des choses à la va-vite prend trop de temps.

Cette phrase peut, hélas, s’entendre dans des contextes divers, et donc – aussi – affreux, tragiques.

 

Subienkow repartit à Michaelovski et passa une année à organiser une expédition pour remonter le Kwikpak.

╬╬╬ Tout ça pendant la Symphonie n° 0 de Schnittke, je vous le signale.

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mercredi, 21 mars 2012

Hoke (-ydokey)

 

“Flowing open, her robe enveloped him. The astonishing bosom unfurled like gonfalons loosed, like melons in dehiscence. But Hoke saw not, partook not. He had already fainted.”

David Markson. The Ballad of Dingus Magee (1965). Counterpoint, 2008, p. 74.

 

Sur les rayonnages, la poussière que l’on soulève ne s’envole jamais longtemps. Et les livres reposent.

Dans l’une des huiles, l’artiste a représenté son vélo, mais tronqué, dans un lavis écarlate. Dans une autre, les traits sont grossiers, repris des dizaines de fois, comme crayonnés, et le titre : How Perfect My Bicycle.

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vendredi, 27 janvier 2012

Flâneries du réel autour d’une chambre (ocre honneur)

    « Le réalisme peut être perçu aussi comme une discipline qui frôlerait très souvent la vraie  vie, ce serait le cas, par exemple, de Flaubert, Kafka, Hamsun, Joyce ou Beckett, qui furent aussi de grands réalistes, mais sachant fuir la machinerie de la convention et évitant de faire de leurs romans des livres de genre déjà vus mille fois. Ils furent finalement des réalistes qui surent insuffler de la vraie vie et de la nouveauté au réalisme et non de l’ennui et de la répétition, en fait ils radicalisèrent tout. » (Enrique Vila-Matas. Chet Baker pense à son art. Traduction d’André Gabastou. Mercure de France, 2011, p. 84)

Vendredi ne comprenait guère qu’on puisse parler des choses lues en termes de choses vues. Trop d’écrivains avaient su opérer une complexe, profonde ou subtile distinction entre l’œil et la taie de l’écriture pour qu’il tombât dans ce leurre. Il ne pouvait pas toujours s’attarder, mais, pour lui, tout était affaire de flânerie, comme dans ce livre d’Apollinaire qui lui était toujours tombé des mains, et donc de butinage.

En anglais, en particulier, le piéton ramène la prose à terre, au terre-à-terre (cf Loiterature, p. 270). Vendredi n’eut pas le temps de s’embarrasser d’ossements. Il prit, lui aussi, le large.

 

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jeudi, 26 janvier 2012

. . Antonio :: Tabucchi : La :: tête ::: perdue :::: de ::: Damascio :: Moreno . .

    Dans ce roman, écrit en 1997 et traduit la même année par Bernard Comment, Tabucchi semble étonnamment joueur, même un brin lourdaud. Cela m’a rendu plus chère son œuvre, et ce texte-là avec les autres dans la valise. Faux polar, faux récit politique, nouvel hommage à la fascination des villes portugaises sur son auteur, La tête perdue de Damascio Moreno est un roman déroutant. Il est difficile de déterminer de quel côté penche la balance – comme il y a plus de deux pôles, sans doute vaudrait-il mieux parler de kaléidoscope (l’image est frelatée, je le sais).

L’un des angles d’attaque les plus redoutables, c’est le personnage de l’avocat, et surtout, dans sa figure, l’admiration équivoque pour Hans Kelsen et « ses théories sur la Grundnorm » (Bourgois, p. 118). Depuis que je sais que l’éditeur Einaudi avait sollicité Primo Levi, peu avant son suicide, pour une traduction du Procès, les rapports entre l’univers du jugement littéraire et le domaine juridique me fascinent.

C’est une hypothèse métaphysique, dit l’avocat, parfaitement métaphysique. Et ça, voyez-vous, c’est vraiment une chose kafkaïenne, c’est la Norme qui englue tout un chacun et dont pourrait descendre l’abus de pouvoir d’un petit seigneur qui se croit autorisé à fouetter une putain. Les voies de la Grundnorm sont infinies. (p. 119)

 

Sinon, le passage – assez explicite – au cours duquel on voit, par le biais d’une émission de télévision, une Norvégienne parler d’un caméléon nommé Fernando Pessoa dans une baraque de bord de mer (p. 189) m’a donné envie de déterminer si le rapprochement entre Pessoa et les caméléons était lui-même une citation, ou une allusion quelconque, mais les pages Web, surtout italiennes, auxquelles j’ai abouti se sont avérées, certes passionnantes, mais non déterminantes.

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mardi, 03 mai 2011

Ceux de 14 STOP Tastet introuvable STOP

    J'ai beau lire en accéléré tout le fort volume Ceux de 14, je ne retrouve pas ce lieutenant ou ce capitaine Tastet dont on nous a parlé. Au demeurant, je découvre plusieurs très belles pages, une langue classique pour l'époque, sans doute, mais très attentive aux inflexions. La dédicace de Nuits de guerre me rappelle le monument aux morts de la rue d'Ulm.

Si je voulais écrire un texte autour de l'abus des circonflexes, je tiens une phrase remarquable, c'est au chapitre 8 de Nuits de guerre :

Une aube livide glisse entre les fûts des hêtres dont l'écorce grise se marbre de suintements verdâtres.

Plus énigmatique, hors contexte (c'est au chapitre 7 de La Boue) :

Jacazzi, seigneur nocturne des Eparges, a promené sa lampe électrique des charpentes calcinées aux pierres moisies des caves.

 

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mardi, 26 février 2008

Un peu de lecture

Guerre de Troie

We left the Misses Buzza engaged in rowing their papa homewards. The Three Queens as they steered King Arthur to Avilion can have been no sadder pageant. It is true the Misses Buzza grieved for no Excalibur, but the Admiral had lost his cocked-hat.

Picture to yourself that procession: the journey past the jetties; the faces that grinned down from overhanging hulls, or looked out hurriedly at casements and grew pale; the blue-jerseyed Trojan lounging on the quay, and pausing in his whistle to stare; the Trojan maidens gazing, with arrested needle; the shipwrights dropping mallet and tar-pot; the ferrymen resting on their oars; the makers of ship's biscuit rushing out, with aprons flying, to see the sight; the butcher, the baker, the candle-stick maker—each and all agog. Then imagine the Olympian mirth that ran along the waterside when Troy saw the joke, and, hand on hip, laughed with all its lungs.

But even this was not the worst: no, nor the crowd of urchins that followed from the landing-stage and cheered at intervals. It was when Admiral Buzza looked up and spied the face of Mrs. Goodwyn-Sandys at an upper window of "The Bower," that the cup of his humiliation indeed brimmed over.

Mrs. Buzza, "tittivating" at the mirror, heard the stir, and, presentient of evil, rushed down-stairs. She saw her lord restored to her, dear but damp. Yet she "nor swooned, nor uttered cry:" she simply sat violently and suddenly down upon the hall-chair, and piteously stared.

"Emily, get up!"

She did so.

"You are wet, my love," she ventured timorously.

"Wet! Woman, is this the time for airy persiflage?"

"My love," replied Mrs. Buzza, meekly, "nothing was further from my thoughts."

The Admiral glared upon her for a moment, but the retort died upon his lips. He flung his hands out with an appealing gesture and something like a sob.

"Emily," he cried, hoarsely, "Troy has laughed at me again. Put me to bed."

(A.T. Quiller-Couch. The Astonishing History of Troy Town. Chapter IX) 

 

 

Bonzaïs 

The little trees were in evidence everywhere, decorating the living rooms, posted like sentinels on the terrace, and staged with the honour due to statuary at points of vantage in the garden. But their chief home was in a sunny corner at the back of a shrubbery, where they were aligned on shelves in the sunlight. Three special gardeners who attended to their wants were grooming and massaging them, soothing and titivating them, for their temporary appearances in public. Here they had a green-house of their own, kept slightly warmed for a few delicate specimens, and also for the convalescence of the hardier trees; for these precious dwarfs are quite human in their ailments, their pleasures and their idiosyncracies.

(John Paris. Kimono. Chapter XIV : The Dwarf-Trees)

 

 

Freux

You can hear them in the evening, discussing the matter of this surplus stock.

"Don't you work any more," he says, as he comes up with the last load, "you'll tire yourself."

"Well, I am feeling a bit done up," she answers, as she hops out of the nest and straightens her back.

"You're a bit peckish, too, I expect," he adds sympathetically.  "I know I am.  We will have a scratch down, and be off."

"What about all this stuff?" she asks, while titivating herself;

"we'd better not leave it about, it looks so untidy."

"Oh, we'll soon get rid of that," he answers.  "I'll have that down in a jiffy."

To help him, she seizes a stick and is about to drop it.  He darts forward and snatches it from her.

"Don't you waste that one," he cries, "that's a rare one, that is. You see me hit the old man with it."

And he does.  What the gardener says, I will leave you to imagine.

Judged from its structure, the rook family is supposed to come next in intelligence to man himself.  Judging from the intelligence displayed by members of certain human families with whom I have come in contact, I can quite believe it.  That rooks talk I am positive. No one can spend half-an-hour watching a rookery without being convinced of this.  Whether the talk be always wise and witty, I am not prepared to maintain; but that there is a good deal of it is certain.

(Jerome K. Jerome. Second Thoughts of an Idle Fellow. "Of the Motherliness of Man".)

 

 

Dictionnaires 

"I have come out with you, commodore," said Captain Truck, when they had got to their station, and laying a peculiar emphasis on the appellation he used, "in order to enjoy myself, and you will confer an especial favour on me by not using such phrases as 'cable-rope,' 'casting anchor,' and 'titivating.' As for the two first, no seaman ever uses them; and I never heard suchna word on board a ship, as the last, D----e, sir, if I believe it is to be found in the dictionary, even."

"You amaze me, sir! 'Casting anchor,' and 'cable-rope' are both Bible phrases, and they must be right."

(James Fenimore Cooper. Home as Found. Chapter XIX)

 

 

Bague au doigt

All women are alike. All housekeeping is amateurish. She (Mrs. Omicron, the criminal) has nothing in this world to do but run the house--and see how she runs it! No order! No method! Has she ever studied housekeeping scientifically? Not she! Does she care? Not she! If she had any real sense of responsibility, if she had the slightest glimmering of her own short-comings, she wouldn't have started on the ring question. But there you are! She only thinks of spending, and titivating herself. I wish she had to do a little earning. She'd find out a thing or two then. She'd find out that life isn't all moonstones and motor-cars. Ring, indeed! It's the lack of tact that annoys me. I am an ill-used man. All husbands are ill-used men. The whole system wants altering. However, I must keep my end up. And I will keep my end up. Ring, indeed! No tact!

(Arnold Bennett. The Plain Man & His Wife.)

 

 

 Envers du décor

Then, in view of cravings inner,

We go down and order dinner;

Or we polish the Regalia and the Coronation Plate -

Spend an hour in titivating

All our Gentlemen-in-Waiting;

Or we run on little errands for the Ministers of State.

Oh, philosophers may sing

Of the troubles of a King,

Yet the duties are delightful, and the privileges great;

But the privilege and pleasure

That we treasure beyond measure

Is to run on little errands for the Ministers of State!

 

 (W.S. Gilbert. "The Working Monarch". In Songs of a Savoyard.)

 

 

 

In spiritu

Now, the dinner is always a good one, the appetites of the diners being delicate, and requiring a little of what Mrs. Merrywinkle calls ‘tittivation;’ the secret of which is understood to lie in good cookery and tasteful spices, and which process is so successfully performed in the present instance, that both Mr. and Mrs. Merrywinkle eat a remarkably good dinner, and even the afflicted Mrs. Chopper wields her knife and fork with much of the spirit and elasticity of youth.  But Mr. Merrywinkle, in his desire to gratify his appetite, is not unmindful of his health, for he has a bottle of carbonate of soda with which to qualify his porter, and a little pair of scales in which to weigh it out.  Neither in his anxiety to take care of his body is he unmindful of the welfare of his immortal part, as he always prays that for what he is going to receive he may be made truly thankful; and in order that he may be as thankful as possible, eats and drinks to the utmost.

(Charles Dickens. "The Couple Who Coddle Themselves". In Sketches of Young Couples.)

 

 

Babyshambles

It was on the Friday before Martinmas, at dusk. In the centre of the town, on the waste ground to the north of the "Shambles" (as the stone-built meat market was called), and in the space between the Shambles and the as yet unfinished new Town Hall, the showmen and the showgirls and the showboys were titivating their booths, and cooking their teas, and watering their horses, and polishing the brass rails of their vans, and brushing their fancy costumes, and hammering fresh tent-pegs into the hard ground, and lighting the first flares of the evening, and yarning, and quarrelling, and washing—all under the sombre purple sky, for the diversion of a small crowd of loafers, big and little, who stood obstinately with their hands in their pockets or in their sleeves, missing naught of the promising spectacle.

(Arnold Bennett. "Jock-At-A-Venture". In The Matador of the Five Towns and Other Stories.)

 

 

Veuvage

"'Tis good to wear a bit of colour again," said Mrs Bosenna on Regatta morning, as she stood before her glass pinning to her bodice a huge bow of red, white, and blue ribbons.  "Black never did become me."

"It becomes ye well enough, mistress, and ye know it," contradicted Dinah.

"'Tis monotonous, anyway.  I can't see why we poor widow-women should be condemned to wear it for life."

"You bain't," Dinah contradicted again, and added slily, "d'ye wish me to fetch witnesses?"

Her mistress, tittivating the ribbons, ignored the question.

"I do think we might be allowed to wear colours now and again--say on Sundays.  As it is, I dare say many will be pickin' holes in my character, even for this little outbreak."

"There's a notion, now!  Why, 'tis Queen Victory's Year--and a pretty business if one widow mayn't pay her respects to another!"

"It do always seem strange to me," Mrs Bosenna mused.

"What?"

"Why, that the Queen should be a widow, same as any one else."

"Low fever," said Dinah.  "And I've always heard as the Prince Consort had a delicate constitution."

 (A.T. Quiller-Couch. Hocken and Hunken. Chapter XXIII.)

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dimanche, 10 février 2008

Edgardo 1992

    À Talence, un soir, m'étant assoupi alors que je m'étais allongé sur le dessus de lit, vers six ou sept heures, afin de réviser un énième chapitre d'histoire, je me réveillai, vers dix heures du soir, au printemps flamboyant, surpris de m'être ainsi laissé aller. Alors, je me levai, engourdi, dans un état de somnolence semi-brumeuse, me préparai une omelette au roquefort avant de m'asseoir au bout du petit bureau d'appoint, les vastes baies où s'alanguissait la nuit derrière moi, afin d'y taper à la machine.

Et sur-le-champ, éprouvant en même temps un soudain serrement d'angoisse, il comprit qu'il n'avait dormi qu'une heure. Le lendemain était loin, très loin. Entre celui-ci et lui, s'ouvrait, terriblement difficile à traverser, l'immense abîme d'une nuit tout entière, de l'une des plus longues nuits de l'année.

(Giorgio Bassani. Le Héron. III, 5. Traduction de Michel Arnaud. Gallimard, 1967, p. 163.)

 

Tout cela, c'était avant la décision du suicide...

17:45 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, écriture, Ligérienne

1616 - Edgardo Limentani, en suspens

    À peu de choses près, je sais que je tiens surtout ces carnets pour moi. Tant pis pour la vie, écrit Monsieur Songe. Puis il biffe pis. Reste tant pour la vie.

Ayant ôté son bonnet, il avait froid à la tête. De plus, la proximité du crucifix, de ce noir cadavre enfumé et encloué, l'intimidait.

(Giorgio Bassani. Le Héron. IV, 2. Traduction de Michel Arnaud. Gallimard, 1967, p. 195.)

 

Le coffret funéraire de Ramsès XI, déplacé sous la tente, livre ses secrets. On ne saura pas, finalement, si Edgardo, s'identifiant pleinement au héron, troublé aussi par le tableau savamment composé des animaux empaillés derrière la vitre, se suicide.

11:45 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, écriture, Ligérienne

jeudi, 29 novembre 2007

Lettre CXXXI à M. Dumaurier

    MONSIEUR,

je suis fort aise d'entendre le bon progres de vostre affaire. Il ne peult estre aultre, puisqu'il  vient du propre mouvement de celui qui y peult tout; et de là je pense, en bonne consequence, faire jugement  contre les bruicts que la science et la conscience l'emporteront en lui sur la prudence humaine : j'en prye Dieu de bon cœur; car il peult estre puissant instrument de sa gloire; et d'ailleurs il n'y a plus certain moyen de maintenir la sienne propre, car il honore ceulx qui l'honorent. Je lui fais response sur une fort honneste lettre que je receus ces jours de lui; je desire qu'il croye que je me sens, avec tout les gens de bien, interessé en sa manutention et prosperité; et de plus qu'il le voye, quand il se presentera occasion digne de mon affection et de son merite, en laquelle je lui en puisse rendre tesmoignage. Nul ne peult estre plus propre lien que vous entre ma condition et la sienne, pour fomenter ceste bonne volonté qu'il me tesmoigne, par l'asseurance que vous lui ferés prendre du sincere service que je lui proteste; mais vous sçavés que cela se doibt faire à tratto, et mesnageant plus- tost les rencontres qu'en recherchant les subjects; ce que je laisse à vostre prudence. Desormais, certes, doibsje, et à lui et à tous estre hors de calomnie; infra injuriam, si on regarde ma condition; supra, si mes longs services. Ne vous peinés de m'escrire qu'au besoing; vous avés bon truchement pour vous faire entendre ; et sur ce, etc.

Du 29 novembre 1607,

De M. Duplessis-Mornay.

20:00 Publié dans Droit de cité, Hystéries historiées | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 04 novembre 2007

L’élégie et la cavatine

« Even Elegiac poetry at its best is not mere senile blubber or the pleasure of crabbing something, it is an “And yet…” » (Ezra Pound. Guide to Kulchur. 1938, reed. 1970, ‘Human wishes’, p. 179)

 

Des ajouts toujours repris : pourquoi, dans la traduction de Michel de Tours, un quatrain des Bucoliques de Virgile devient-il douze ou quinze vers ? L’étirement de l’églogue a-t-elle quelque parenté avec l’emballement mélancolique de la cavatine ? (Reste qu’au fond je ne comprends pas, ici, le sens du verbe crab.)

23:29 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Poésie, Littérature

lundi, 01 octobre 2007

Récurrence

Et puis, il y a cette autre ritournelle. La tienne, la mienne, qui ne sera jamais la nôtre. Celle qui est éternelle, qui nous accompagne toute notre vie, que nous aimerions entendre à nos obsèques. Le Muzak de notre ADN, la chanson qui nous choisit en nous faisant croire que c'est le contraire. Cette chanson est si littéralement collante que nous la portons comme un tatouage dans l'oreille interne de notre mémoire. Elle y est arrivée, elle y reste et y demeurera toujours.

 

(Rodrigo Fresan. Mantra. Traduction d'Isabelle Gugnon.

Albi : Passage du Nord-Ouest, 2006, p. 401.)

 

The hitch is that some ten or possibly twenty songs foot the bill, through different eras of my life. (Ritournelles était le titre d'un des douze romans de la série projetée en 1995.) Kumpanen, dann, dann fällt Euch ein...

14:05 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Chanson, écriture

dimanche, 16 septembre 2007

Tentative d’y remédier

    Le frigo a des feulements.

Papier peint jaune et poutres, au salon murs blancs ; au plafond lambris et poutrelles formant dix longs rectangles de largeur variable.

(je ne m’explique pas comment, soudain, les larmes se sont transformées en ce travail d’écriture)

Le frigidaire frissonne, frétille, murmure. Plusieurs bouquets tous de fleurs fausses, abat-jour haut plutôt cosy ; les deux chaises d’enfant plaquées contre le mur de l’autre côté.

Tout chez lui avait fini par émaner des livres, et surtout par y ramener. Il avait installé son ordinateur – pour écrire et nous empêcher de tuer les mouches – à la table de la cuisine américaine.

Pleurer est si lent que même le mot, à son amorce, en est mouillé : el llanto. Crachats d’alpaga dans l’azur. Tout un bric-à-brac même pas solennel, bohême et foutraque, orne divers points de la vaste pièce de vie, comme autant de mouchetures.

(Douze années de félicité sans faille.)

 

Le réfrigérateur gémit, tremble, digère.

[19.08.2007]

17:05 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Bretagne, Littérature, écriture

dimanche, 09 septembre 2007

« la splendide dame blonde »

    « J’allais omettre de dire néanmoins que là, à la différence d’à peu près toutes les autres pièces de la maison, dont les murs étaient couverts de tableaux, on n’en voyait qu’un seul : un énorme portrait grandeur nature, de Lenbach, qui pendait, tel un retable d’autel, du mur derrière la table. 888fc85e1cea8a83b8a7ba97d8ef15d2.jpgLa splendide dame blonde qui y était représentée, debout, les épaules nues, un éventail dans sa main gantée, et, avec la traîne de le sa robe de soie blanche ramenée en avant pour faire ressortir la longueur de ses jambes et la plénitude de ses formes, n’était évidemment autre que la baronne Josette Artom de Susegana. On eût vraiment dit une reine. »

 

(Le Jardin des Finzi-Contini,

traduction de Michel Arnaud. Gallimard, pp. 181-2)

14:45 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Peinture, Photographie, Italie, Littérature

samedi, 25 août 2007

Ligne de flottaison

    J’ai écrit, en tête de page : « Ligne de flottaison ». Je sais que le texte suivant doit s’intituler Ligne de flottaison, et par cet incipit même, le titre est déjà, amplement, justifié. Avoir une liaison : balancer son couple à la flotte. (My marriage is going to the dogs.) Un jour, passant la Loire (pris dans un bouchon (les « fanatiques / de la cause halieutique » me comprendront)), je fredonnai, inventai le refrain suivant :

And then

He went                       to the dogs

And then

He went                      to the dogs

And then

He went                      to the dogs

She sent him packing

He had no backing

There was no asking              him.

She sent him packing

He had no backing

There was no asking              her about it.

 

Je dirais que c’était en 2004. Qu’est-ce qu’il dégringole, Anatole. (Non, je rigole : il fait soleil.)

 

[14 juillet. Jouissif.]

14:25 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Chansons, écriture

mercredi, 04 juillet 2007

La lumière émeraude…

3 juillet.

    La pluie battait contre les volets. Métalliques, les volets. Puis le vent sécha les flaques d’eau en agitant les fils télégraphiques. Le vent est une femme, puisqu’il n’est pas mono-tâche. Vieille blague du régiment des peaussiers.

La pluie apaisée, le vent redoublant de vigueur, regarder par la fenêtre les dernières flaques. Et se dire, sans connaître ni le texte original ni vraiment la langue d’origine, que Geneviève Leibrich doit être une excellente traductrice.

………………… « La lumière émeraude qui émane des murs et qui flotte autour du corps de la femme. » (José Eduardo Agualusa. La guerre des anges. Traduction de G. Leibrich. Métaillié, 2007, p. 204)

18:10 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Traduction, Littérature

lundi, 21 mai 2007

De facto, perforce

    Cela peut se généraliser, assurément, autant dire que la poésie, l'acte d'écriture, s'entend ici/aussi au sens large. 

Poetic Influence - when it involves two strong, authentic poets, - always proceeds by a misreading  of the prior poet, an act of creative correction that is actually and necessarily a misinterpretation. The history of fruitful poetic influence, which is to say the main tradition of Western poetry since the Renaissance, is a history of anxiety and self-saving caricature, of distortion, of perverse, wilful revisionism without which modern poetry as such could not exist. (Harold Bloom. The Anxiety of Influence. O.U.P., 1973, p. 30, emphasis added)

 

C'est le cas (le hasard fait bien les choses) de Samuel Beckett relisant frénétiquement Johnson, et peut-être bien de Samuel Butler se passionnant pour le poème satirique de son homonyme déjà lointain dans le temps.

00:50 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature

vendredi, 27 avril 2007

Le Printemps l'Automne

    Une petite pluie fine réveille les arômes de terreau enfouis sous la pelouse pelée.

Soudain le jour était devenu automnal (onze degrés au soleil, dix à l'ombre) ; les feuilles tombaient des arbres, flottaient, tournoyaient, effleuraient le sol, atterrissaient doucement tel un léger soupir... (D. Tabarovsky. L'expectative. Traduction de Nelly Lhermillier. Bourgois, pp. 55-6)

 

L'ombre des pétarades de mobylettes s'attarde dans la rue, aussi le soir.

12:40 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (36) | Tags : Littérature, Ligérienne

jeudi, 05 avril 2007

... qui saura entendre ...

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    Gaston-Paul Effa ne devait pas imaginer que Didier Daeninckx refourguerait à des vendeurs de livres d'occasion l'exemplaire gentiment dédicacé de .

"Souvenir de Lille" qui atterrit sur mes rayonnages...

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13:00 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, Livres, Photographie

samedi, 24 mars 2007

Tap tap

    Blasé, je chevauchais dans Bordeaux, mais mon visage, pâle à ronger son frein, à galoper le fer aux mâchoires, se dissolvait. Un cauchemar... 

Je me mets à tirer ma valise par sa poignée latérale et le vacarme des roulettes sur le trottoir inégal me paraît propre à réveiller la rue entière mais les façades fuligineuses restent mortes. J’ai chaussé mes bottines à talons hauts pour le voyage. Elles émettent sur le béton ce type de claquements qui annonce le crime. Ce tap-tap si féminin, si tentant. J’avance aussi vite que je le peux, la poitrine oppressée. Mais, alors, le martèlement précipité de mes talons dénonce ma peur et, du coup, l’accentue. (Marie Ndiaye. Mon cœur à l’étroit. Paris : Gallimard, 2007, p. 191)

 

... de mort n'arrive jamais seul.

23:00 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, écriture

lundi, 29 janvier 2007

Autres profils

    Poulet lisant Proust lisant Joubert lisant la vertu ou l'aveuglement rend justice à cette idée même de justice littéraire qui n'est autre que vieille

Quand mes amis sont borgnes, je les regarde de profil. Je ne veux ni d'un esprit sans lumière, ni d'un esprit sans bandeau. Il faut savoir bravement s'aveugler pour le bonheur de la vie. (Joseph Joubert, Pensées etc., p. 85)

 

et terriblement dédorée reprend ses droits encore et toujours, sourd de la pile de livres ouverts, entassés, s'effondrant.

 

04:20 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature

dimanche, 28 janvier 2007

O. Redon : Phaéton : G. Moreau

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    " Ce Phaéton est une conception pleine de hardiesse, qui a pour objet la représentation du chaos. L'a-t-on jamais imaginé de la sorte ? Je ne sais ; nulle part la représentation plastique de la fable n'a été formulée avec un tel accent de vérité. Il y a dans l'éclat de ces nuées, dans l'audacieuse divergence des lignes, dans l'âpreté et le mordant de ces couleurs vives, une grandeur, un émoi, et, en quelque sorte, un étonnement nouveau."

 

(Odilon Redon, 14 mai 1878. In À soi-même.

Paris : Corti, 2000, p. 65)

 

 

 

 

... à chaque page des écrits d'Odilon Redon, comme en ses noirs ou ses bouquets, des pépites, de quoi stimuler de longues heures durant la fabrique des rêveries...

16:38 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Art, Littérature

lundi, 08 janvier 2007

Hommage à l'épieu

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    Dans un tout autre contexte, oui...

C'est comme de passer devant une série de miroirs, et de constater qu'on ne s'y voit pas. (Renaud Camus, 7 janvier 1998, in Hommage au Carré, Fayard, p. 21)

 

Oh, la terreur qui saisit la pluie, les branches sèches mortes pour rien dans le viseur !

 

 

 

Tours, 7 janvier 2007.

17:37 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Photographie, Ligérienne, Littérature

mercredi, 06 décembre 2006

Largonji

    Comme je me suis donné, ici, droit de citer... citons ! Quoi ? Eh bien, pourquoi pas la prose que l'on peut trouver dans le projet d'établissement d'un lycée tout à fait ordinaire...?

Le relevé sémantique des bulletins d'élèves redoublants a permis de constater que les appréciations portées n'apportaient que très insuffisamment voire pas du tout, les palliatifs de la rhétorique qu'elles caractérisaient. Ce qui peut être à l'origine d'un "effet Pygmalion" ou au mieux d'un désespoir dans les améliorations souhaitées.

 

Dont acte. (?)

P.S.: Je tiens à préciser que ce paragraphe n'a pas été rédigé par un professeur. Si j'en comprends la teneur (mais rien n'est moins sûr), il s'agit de réduire le fossé entre les élèves en difficulté et les enseignants. Ce qui est certain, c'est que le projet d'établissement n'est pas, semble-t-il, destiné à être lu par les parents d'élèves ou par les "élèves en difficulté".

10:20 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Langue française, Enseignement, Education

lundi, 27 novembre 2006

Hiatus musical

    Qu'attends-tu, vil masque musicien, pour écrire quelques paragraphes sur la soirée de mardi soir, avec le big band, Guillaume Hazebrouck et le Voyage en Grande Garabagne ?

Mais, avec « Saül », il en va bien différemment ; à l'inverse de ce qui se passe pour « Esaü » (où le hiatus joue pleinement, renforcé par le coup de scie préalable du za), dans « Saül » – à cause, peut-être, du sa trop doux ? – le a-ü ne grince pas : il s’oblitère, s’oublie, se noie, entièrement résolu dans la limpidité de ul. (Michel Leiris. Biffures.)

 

Ce samedi, pour son anniversaire, on lui avait offert le tome II des Œuvres de Henri Michaux (avec justement la Garabagne et tout Ailleurs, entre autres) et le Pléiade (aussi) de La Règle du jeu. (Vendredi matin, d'un geste délicat, il décolle d'un mur, pour se l'approprier, l'affiche du spectacle désormais passé.)

00:45 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, Ligérienne

mercredi, 15 novembre 2006

Photographier les kakis, passe-temps de choix

    On trouve de tout, dans les kakis, maintenant, et même des vers. (Grouillez-vous, quoi, merde.) medium_Kaki_4.jpgMa série de photographies, honteusement interrompue, reprend le fil de son bonneteau, mais à cette réserve près que je ne vole pas l'âme des fruits.

 

" Comme je me réjouissais à l'avance d'aller avec toi voler des poires, expédition qui manque de charme quand on l'entreprend en solitaire, alors qu'à deux, c'est un passe-temps de choix."

 

(Robert Walser. "Lettre d'un peintre à un poète". In Vie de poète. Traduction de Marion Graf.

Zoé, 2006, p. 12.)

 

Variations véreuses, peut-être, mais, à tout prendre, versifier autour des kakis est aussi l'apanage des haïkistes (dont il n'a encore été question qu'indirectement).

10:10 Publié dans Brille de mille yeux, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Poésie, Photographie, Littérature

lundi, 13 novembre 2006

Pont des soupirs

    Sans moi. Il n'est partout question que de Madame Bovary.

Who talks to saints. If they talk to Saints are they said to resemble Madame Bovary.

In talks to saints they are believed to be reminded of their times. The times when they were this. This and that and that and this and a bell and a bull. A bull and a bull. When they were this.

I planted I implanted in them a symbol of bees of bread of meat of figs of trees not of birds nor of cows nor of doors nor of rivers but of fountains and of water and of sheep and of size.

He sighs and she sighs.

 

Si je commence, si je ne me retiens pas, je vais tout recopier. Quand même, c'est. Talks to Saints Or Stories of Saint Remy. Comment c'est. Un texte (sublime, forcément sublime) de Gertrude Stein (Voice Lessons and Calligraphy 1915-1930. In Painted Lace and Other Pieces. NY : Books for Libraries Press, 1969, p. 108). Commencez quand même.

08:00 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature

dimanche, 12 novembre 2006

Inachever jusqu'au bout

    Question inachèvement, le projet même des Eglogues de Renaud Camus (dont le prochain volume doit paraître au printemps prochain) se pose là. Voici ce que je trouve ce matin même dans la cinquième des Elégies pour quelques-uns (intitulée "Préface. La Mort.") :

"Aux Eglogues, enfin, il manque toujours trois volumes. Or, j'aimerais inachever jusqu'au bout cette entreprise, et de préférence avant trop longtemps." (p. 46)

 

Quelques lignes plus bas :

"Et puis, pour se livrer à l'art des églogues, il faut avoir tordu le coup, sans esprit de retour, à tout désir d'expression, s'être désencombré du sens, n'avoir vraiment plus rien à dire. Je n'en suis pas encore, hélas, à ce degré-là de sagesse." (ibid.)

 

19:25 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature

samedi, 11 novembre 2006

Double entendre

    Deux phrases que m'écrit ma grand-mère paternelle, qui vient de fêter ses 92 automnes :

Nous deux cela va piano piano bien sûr. Mais nous profitons au maximum de cette belle arrière-saison.

 

18:45 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 08 novembre 2006

Passablement fourmillant

    D'après le Robert culturel, l'adverbe passablement a deux sens principaux, l'un qualitatif ("pas trop mal") et l'autre quantitatif, plus courant ("plus qu'un peu, assez").

" À Santa Barbara, j'ai dîné seul dans un restaurant tranquille aux tons pâles, rendez-vous feutré d'habitués amoureux. Chaque table était ornée d'un minuscule bouquet. Je me sentais passablement déplacé, mais ce n'était pas un sentiment désagréable ; du moins n'en gardé-je pas un mauvais souvenir aujourd'hui. "  (Renaud Camus. Elégies pour quelques-uns. I. (NOWHERE, U.S.A.). Paris : P.O.L., 1988, p. 18)

 

De mon côté, il y eut ce dîner en solitaire dans un restaurant italien de Summertown, à Oxford, à l'hiver de mes vingt-et-un ans, et, l'année d'avant, un restaurant tunisien du boulevard de Port-Royal, déjeuner printanier resté dans les annales à cause de l'épisode du vin gris foumillant. J'ai dû, bien sûr, manger d'autres fois seul au restaurant, mais ce sont ces deux-là qui ressortent.

10:37 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature

lundi, 06 novembre 2006

Plaqueminiers, suite II

    En fait, ne nous voilons pas la face : j'aime beaucoup les kakis, ces fruits couleur de rouille qui n'ont rien de martial. Le plus amusant, c'est que c'est, à ma connaissance, le seul fruit qu'il est rigoureusement impossible de manger proprement. Une fois décalotté au couteau, le kaki mûr se mange à la petite cuillère, et dégouline (voir aussi *******), se répand dans l'assiette*. Si vous parvenez à le peler puis à le manger proprement, c'est qu'il n'a pas encore atteint le stade où il est mangeable (et même comestible***).

Il est temps de vous inciter à découvrir ce fruit, si vous ne le connaissez pas, et de citer le haïku célèbre de Masaoka Shiki**** :

kaki kueba

kane ga naru nari

Horyuji

 

On trouve ici une longue discussion des maintes traductions possibles (en angais, au moins*****) de ce merveilleux poème. 

 

* Les esprits mal tournés liront encore je ne sais quelle cruelle obscénité dans cette phrase. Qu'y puis-je si je suis blanc comme l'agneau qui vient de naître (et qui, en général, loin de toute blancheur est plutôt dégoulinant de glaires et de morceaux de placenta.**)

** Loin de moi l'idée, toutefois, que la chair dégoulinante du kaki se rapproche d'un placenta éventré.

*** La poussière râpeuse est si désagréable que c'est à se demander si l'on ne s'empoisonne pas, s'empoussiérant le palais.

**** Pour de plus amples renseignements, préférez la WP anglophone, ou mieux, nippone. Masoaka Shiki est mort à trente-cinq ans, ça fout les foies******.

***** Je suis conscient que je devrais vous proposer, ou, à défaut, vous promettre une traduction française de ce poème. I'll look that up, won't I ? *******

****** Que de relâchement langagier dans ces notes astérisquées !

 

******* (Ajout de 16 h 10, puisque tout le reste de ce billet a été composé aux alentours d'onze heures du matin.) Entre-temps (entre onze heures du matin et quatre heures de l'après-midi, ne faites pas semblant de ne pas comprendre), j'ai emprunté, au Service Commun de Documentation de l'Université François-Rabelais (a.k.a "la B.U."), la traduction de Joan Titus-Carmel, Cent sept haïku de Shiki, parue en 2002 aux éditions Verdier. Il me semble que la traductrice (dont je connais certains travaux de traduction, notamment les haïku de Yosa Buson) est un peu loin de l'original, du moins à ce que j'en ai compris en lisant attentivement le site sus-mentionné. Par ailleurs, je découvre qu'il y a, au moins dans ce choix de poèmes, une série de quatre haïku ayant le kaki pour motif principal. Il s'agit des haïku 88 à 91, sur lesquels je reviendrai très prochainement.

Pour en revenir à la traduction du haïku 91, cité intégralement en japonais translittéré ci-dessus (aussi), elle me désarçonne :

Croquant un kaki

et la cloche qui résonne -

Horyuji !

 

Comment peut-on croquer un kaki ? Shiki croque-t-il littéralement dans son kaki ? N'est-ce pas plutôt la traductrice qui ne connaît pas du tout la texture du fruit ? Pour qui sont ces croquis qui sifflent nos kakis ?

18:05 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Poésie, Japon, Jazz

vendredi, 27 octobre 2006

Les maîtresses de T.S. Eliot

    Taste : au premier étage de cette cantine branchée et citadine, j'évoquai, la semaine dernière, les nombreuses fautes de grammaire de V.W., dans sa correspondance. Elle n'en est, évidemment, pas moins attachante, ni moins grande styliste. 

Talking of death and bullets, have you heard that Mrs Eliot is on the war path, said to have a carving knife with which first to skin Tom; then Ottoline; finally me? For she says Ott and I are Tom's mistresses; now as I never had a favour from that man its rather hard to give my life on the pavement. (Lettre à Quentin Bell du 26 juillet 1933. In The Sickle Side of the Moon, p. 207)

 

Le canard au caramel, réchauffé dans sa gamelle en plastique amélioré, n'était rien de fameux, pas goûtu ni goûteux. Non toujours non. Pas besoin d'un quelconque couteau pour le découper, et pas une once de sang sur le tarmac du trottoir, devant Taste.

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mercredi, 25 octobre 2006

Dans la cité enfouie

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    Il était question de ce livre hier... Mais j'illustre toujours à côté...

 

" Sa grande fierté : la Chupicuaro. Comme si l'exact pendant du travail fragile de Ghertman sur le papier Canson était cette statuette venue du fond des âges, maintenant l'emblème célèbre des arts dits primitifs à Paris."

 

(François Bon. Peint sur le cul du diable, § 52. Textes en regard de portraits de Guy Joussemet par Alain Ghertman. Cercle d'art, 2004, p. 33.)

 

 

 

Je ne fais pas figurer la photographie de la Chupicuaro vue de dos, le pendant aussi, pourtant, et inévitable, essentiel, de cette vue de face.

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mardi, 17 octobre 2006

99, in temperature

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    Virginia Woolf to T.S. Eliot. April 14, 1922.

          So far I remain 99; in temperature, not age, but I feel astonishingly well.

 

          Jusqu'ici, je m'en tiens à 37 : c'est ma température, pas mon âge. Mais je me sens dans une forme étonnante.

 

 

          Faut-il traduire par 99, pour conserver la plaisanterie ?          " Jusqu'ici, j'en ai 99 : des degrés Fahrenheit, pas des années. Mais je me sens dans une forme étonnante."

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dimanche, 15 octobre 2006

Ce parler de travesti

    François Bon parle de travestissement, et la voix elle-même se travestit. (La phrase, elle, se vêt. L'écriture en lambeaux ou pourpoint doré, qu'importe.)

Au même titre donc le jeu circulant, de machine à machine, de l'établi au vestiaire, de ces dialogues à voix de châtrés grande folle, ce parler de travesti les masques à tout moment pris, un ridicule cri de coq oh ne me touche pas ici devant tout le monde pour un geste le moindre, une main posée sur l'épaule, aurait pu s'interpréter comme affirmation quand même du corps, l'impossibilité qu'ils en taisent complètement la voix dans cet enfermement ici de l'homme avec d'autres hommes sous le ressassé du pointage à vie. Ce parler travesti avait son poids, n'était pas le futile d'une parole évaporée ici où l'on venait pour se louer, emmurés de l'interdit posé sur le toucher sauf la main (François Bon, Sortie d'usine. Minuit, 1982, p. 52)

 

Ce roman, qui fut écrit (ou, tout au moins, publié) quand j'avais huit ans me remet en mémoire ces camarades qui, entre le CM1 et la classe de cinquième, jouaient exactement à cela. Je me souviens d'un, particulièrement, Laurent G* (que j'avais été très surpris de retrouver un mercredi pour un match de tennis, car nos clubs respectifs jouaient l'un contre l'autre, mais nous ne savions pas, ni lui ni moi, que nous faisions du tennis), dont la réplique quasi systématique était, voix zaza-serrauldienne à l'appui : "Arrête, espèce de pétale, tu vas me refiler le soda."

Il faut dire que son patronyme, qui signifie abominable en allemand (or, nous étions germanistes), reflétait assez mon sentiment à son égard, mais, si j'essaie d'adopter un point de vue moins radical qu'à l'époque, je me dis que ce genre de jeu était gentiment puéril, voilà tout. Il n'empêche que je persiste à penser (et même à écrire, très bientôt sous vos yeux écarquillés) que ce genre d'attitude et de réplique témoignait d'un milieu familial où l'homophobie-par-ignorance devait régner en maître (voire, pour accorder l'expression à son sujet, en maîtresse).

Que mon expérience de ce genre de jeu stupide (dont un autre camarade, d'école primaire, le très célèbre Stéphane B*, qui est le seul être au monde sur qui j'ai porté la main (avec comme conséquence un nez stéphanien rudement amoché), était aussi très friand) ait pu coïncider avec l'observation d'un semblable phénomène dans le monde des adultes, à la faveur d'un roman sur le milieu ouvrier, voilà qui me plonge dans le désarroi : était-ce une mode passagère dont certains enfants se firent le porte-voix ?

23:55 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, Homophobie

Sortie du fanzine

Redonnée sa chance à Richard Millet, et découverte une prose curieuse de Gérard Gavarry, seront les deux passions languides (passives, surtout) de fin septembre, début octobre. 

Un jour donc qui n'en était qu'au matin de sa durée et dont il fallait bien s'accommoder, travaillant pour oublier l'écoulement du temps, puisque le travail même peut constituer la fuite immédiate de l'ennui, ce qui s'achève et disparaît de l'établi laisse un vide qu'une pièce brute est déjà là pour emplir, et dont le brut même laisse voir, irréalisé mais présent, son fini, et sans commandement ni hâte oblige à la tâche. La pensée se laisse enraciner comme à y glisser lentement, qui dit comme une voix et parfois jusqu'aux lèvres le filetage à chercher du taraud, ou bien quel tourne-à-gauche dans le tiroir ou la boîte. (François Bon. Sortie d'usine. Minuit, 1982, p. 37)

 

Le long des murs rouges, sur le long linoléum rouge flambant neuf qui fera tout à fait dégueulasse dans même pas dix ans, et où l'on n'osera plus faire passer ministres ni maires ni autres huiles, je place ma perceuse et, le regard vif sous la visière, guette les promeneurs.

17:55 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Ligérienne

Du cancer de l'amie

    Livré ici, un extrait de la lettre n° 2978 de Virginia Woolf (The Sickle Side of the Moon, tome 5 de la Correspondance, p. 366). Il s'agit d'une lettre du 23 janvier 1935, adressée à Ethel Smyth, compositeur (-trice?) et amie de V.W. :

I agree with you entirely about death from Cancer: I forget how you said it: something about having a chance to die standing up. That is a very true remark, and sometimes you say a thing that I had it in mind to say. But why ain't I to come, when you, if you, die? Why? Aren't I capable of comfort? No – a mere reed, floating along a sugary stream, in your view. And so you dont want to see me.

Je suis entièrement d'accord avec toi, pour ce qui est de mourir d'un cancer : je ne sais plus comment tu as formulé cela, mais il était question de la possibilité de mourir debout. C'est une remarque d'une grande justesse, et il t'arrive de de m'enlever les mots de la bouche. Mais pourquoi ne dois-je pas venir te voir, quand tu seras près de mourir, et si cela arrive ? Pourquoi donc ? Suis-je incapable d'apporter le moindre réconfort ? Non, à tes yeux, je ne suis qu'une tige de roseau qui se laisse emporter au gré des flots suaves. Et du coup tu ne veux pas me voir.

 

11:25 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature

samedi, 14 octobre 2006

La sodomie, sujet sensible #999

    Livré ici, un extrait de la lettre n° 2850 de Virginia Woolf (The Sickle Side of the Moon, tome 5 de la Correspondance, p. 272). Les ajouts entre crochets sont des précisions de l'éditeur, Nigel Nicolson. Il s'agit d'une lettre du 24 janvier 1934, adressée à Quentin Bell :

Helen [Anrep] has the flu, and that oaf her son has the congenital idiotcy. I wish Roger could scrape his neck of all Russian barnacles. I am writing about sodomy at the moment [The Pargiters] and wish I could discuss the matter with you; how far can one say openly what is the relation of a woman and a sod? In French, yes; but in Mr Galsworthys English, no.

Helen a la grippe; son benêt de fils est idiot, mais c'est congénital. Si Roger pouvait lui ôter ses maudites bernaches russes * de la tête. En ce moment, ce que j'écris a trait à la sodomie et j'aimerais pouvoir en parler avec toi : jusqu'où peut-on aller quand on évoque les rapports entre une femme et un sodomite? En français, c'est possible, mais, dans la langue anglaise de ce bon monsieur Galsworthy, non, vraiment pas.

 

* Je penche pour les oies, et non pour les coquillages... mais du diable si j'y comprends goutte. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai conservé ces deux premières phrases dans cet extrait, car je me demande dans quelle mesure il n'y a pas là, avec, notamment, ces mystérieux Russian barnacles, une allusion à la sodomie. (L'expression scrape his neck me paraît particulièrement suspecte...)

Comme je ne crains pas, moi non plus, les liens circulaires, je me permettrai d'appeler Madame de Véhesse à la rescousse. (Depuis qu'elle m'a expliqué ce qu'était un prince Albert, hein...)

19:05 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, Anglais

mercredi, 04 octobre 2006

Clown civil

    Ce qui n'a pas de sens nous fait vivre.

Even the Captain's misuse of that absurd word fuliginous irritated me. (Graham Greene. The Captain & the Enemy. Penguin, p. 139)

 

Ce sont, dans les épîtres et les missives, les clowneries et les civilités qui nous marquent le plus durablement.

10:55 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature