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vendredi, 10 février 2017

ÉgalitéE

Untung-untung

(billet dédié à M. Patrick Chartrain, spécialiste de Claude Mauriac

& auteur, aussi, il y a quelques jours, d'un billet réjouissant

sur le sujet des E parasites)

    10 février 2014

Et les conneries continuent. D'un côté, tous les abrutis phallocrates (dont pas mal de femmes d'ailleurs) qui manifestent pour revenir cinquante ans en arrière, et de l'autre les féministes (ou faut-il écrire “les féministEs”) qui ajoutent un E à la fin du mot égalité pour faire plus-mieux-trop-gender... entre autres inepties (j'ai lu récemment “les enfantEs”).

 

10 février 2017

À l'époque, j'avais mis en lien, sur Facebook (je rappelle que, dans cette rubrique, le point de départ est toujours une notule tirée des limbes de Facebook, à la même date), la page Web correspondant à un concours proposé par le site ÉgalitéE sans y prêter plus d'attention. Constatant aujourd'hui que le lien est toujours actif, je suis allé y voir et ai constaté, outre que l'auteurE de ce blog était fâchée avec la grammaire française, qu'elle n'était pas très au clair dans sa petite tête. En effet, elle réussit à écrire, dans la présentation de son blog, l'énormité suivante :

Mis à part mon petit côté féministe (et encore) je vous propose des astuces beauté et bien être au quotidien. Je vous ferais partager mes conseils pour prendre soin de votre corps de femme. Apprenez à vous sentir bien, à avoir de beaux cheveux, une belle peau et finalement à être séduisante.

Il est certain que pour prétendre être féministe et penser qu'une femme doit penser en priorité à avoir une belle peau et être séduisante, il faut beaucoup avoir pratiqué Beauvoir et consœurs. Moi qui n'écris pas les mots qui ne prennent pas de E final avec un E, il m'arrive de me définir comme féministe, ce qui signifie, entre autres, que je lutte quand il le faut contre la structuration parfois phallocratique de ma profession, que je suis favorable à ce que les femmes disposent librement de leur corps, que je dénonce (y compris au travers de textes à traduire dans mes cours) les inégalités salariales, ou que, si cela devait arriver en ma présence, je ne laisserais pas un “dragueur de rue” emmerder une fille.

05:21 Publié dans Droit de cité, Narines enfarinées, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (1)

jeudi, 09 février 2017

Loving by Will

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    At last I got my copy of Sir Timothy's outstanding LOVING BY WILL. What a work ! Fabulous ! Hurry up, all of you, and buy this smashing book with its 154 "sunbursts".

 

(ystrday, 5 p.m.)

10:40 Publié dans Aujourd'hier, Brille de mille yeux, MAS, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 20 octobre 2016

Fantômes puissants de la notation

Untung-untung

 

    20 octobre 2011

"Il y a des groupes qui vont par ailleurs." — Phrase entendue, telle quelle, de la bouche d'une MCF en sciences de l'éducation, lors d'une réunion sur l'évaluation par compétences.

 

20 octobre 2016

Amusante, au demeurant, cette question de l'évaluation par compétences, car, comme M. Jourdain avec la prose, c'est ce vers quoi je tends depuis toujours (je veux dire : depuis mes débuts dans l'enseignement, il y a dix-neuf ans). La notation n'a aucun sens, non parce qu'elle discrimine ou établit des hiérarchies (cela en soi ne me pose aucun problème : un tel est meilleur en grammaire anglaise ou en traduction que tel autre, il n'y a pas à tortiller) mais parce qu'elle masque le véritable intérêt des évaluations, qui est (devrait être) de souligner le travail restant à accomplir, les priorités pour chaque étudiant.

Il y a quelques années, quand je corrigeais les travaux de méthodologie de première année, j'utilisais trois couleurs, dont une était réservée aux fautes de langue les plus graves. Et quand, il y a trois semaines, j'ai lancé, lors d'un cours d'agrégation interne, qu'à titre personnel j'étais convaincu de l'inutilité des notes, j'ai vu que mes collègues du secondaire étaient surpris, soit qu'ils soient eux-mêmes attachés à la notation de 0 à 20, soit qu'ils n'aient pu imaginer jusque là qu'un universitaire ait ce genre d'avis ou d'analyse. (Il faut dire que je répondais à une question sur les notes de l'épreuve de traductologie et que, dans un concours moins encore qu'ailleurs, la note n'a aucun sens en soi.)

 

(Ce billet devrait en fait trouver sa place sur l'autre blog, à la rubrique William At Work, mais bon...)

08:25 Publié dans Narines enfarinées, Pong-ping, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 11 octobre 2016

55 bouteilles

    Mon fils aîné rentre d'une journée de stage pratique organisée dans le cadre de l'enseignement d'exploration “Sciences & Laboratoire”. Ce stage avait lieu au lycée viticole d'Amboise, et consistait à initier les élèves aux vendanges, puis à établir un certain nombre de liens avec le contenu du cours (vinification, processus chimiques naturels...).

Il me dit avoir vendangé pendant deux heures et calculé – cela faisait partie des travaux – que sa récolte correspondait à 55 bouteilles. Cela, dois-je l'écrire, me paraît énorme : bien sûr, c'est d'une faible rentabilité par rapport au coût du travail, surtout dans l'optique hypothétique d'un travail non mécanisé, mais comme il 'agit là d'un adolescent et d'un débutant je trouve très élevé ce chiffre de 55 bouteilles pour deux heures de vendanges par un jeune sans expérience.

(On ne manquera pas d'ironiser sur le choix de l'activité agricole en question, mais enfin, nous sommes dans une région viticole, et, s'il y avait dégustation, seuls les mineurs autorisés par leurs parents avaient le droit de goûter, sommairement et peut-être même en recrachant.)

 

18:31 Publié dans 721, Narines enfarinées, YYY | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 28 janvier 2016

Pouces

    Dès que, sur le réseau social, je publie un commentaire politique, pourtant navrant de banalité, affluent, comme hier matin pour la démission de Taubira, avis positifs, pouces en l'air etc. Mes textes quotidiens sur les blogs recueillent, au mieux, un ou deux likes dont je ne peux m'empêcher de songer qu'il s'agit de politesses, du petit sourire charitable que l'on accorde au vieux tonton gâteux tout entiché de sa marotte et inconscient d'être ridicule.

07:47 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 15 novembre 2015

I:e* ——{Greer}

 Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Toujours embarqués dans les apories ou les insurmontables complexités de cette question, la liberté d'expression, et des décisions diplomatiques, nous retombons dans les symboles, drapeaux tricolores dont on craint qu'ils ne veuillent pas tous dire la même chose pour tout le monde (ce qui est inévitable), tours Eiffel redessinées, archaïsme et idolâtrie, joie de vivre et terreur, à tel égard qu'en déplaçant légèrement l'objectif, la polémique autour de la censure susceptible de frapper les interventions, outre-Manche, d'une écrivaine et essayiste, Germaine Greer, on peut reformuler, reprendre, réfléchir toujours et ne jamais renoncer à réfléchir.

(Ce livre est un miroir qu'en tous sens, sur ce qui brûle, je promène.)

12:12 Publié dans La 42e Clandestine, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 05 novembre 2014

An Act with the Cat

“So what, you had an act with the cat?

Whenever you played a G, he puked a hairball?”

 

    Cette phrase m'a fait rire, et rire encore en me la redisant, me la rejouant pour moi-même, longtemps après.

John Goodman est un excellent acteur, et Inside Llewyn Davis est un excellent film des frères Coen. La plupart du temps, je trouve les films vantés à droite et à gauche tout à fait lamentables. Là, j'avais eu l'impression, lors de sa sortie, que ce film était plutôt dénigré, donc bizarre effet d'inversion. Tout dans le film, le choix des chansons, la voix magnifique de l'acteur principal, Oscar Isaac, les dialogues superbes, les cadrages, la manière d'articuler sans excès le récit autour du double chat, tout est parfait.

09:35 Publié dans MAS, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 30 août 2014

Relativisme

    En Emmanuel Carrère, la bourgeoisie et la prétendue intelligentsia se sont trouvé une sorte de Marc Lévy plus acceptable, ou moins évidemment mauvais, de sorte que tous portent au pinacle une œuvre terne, un auteur médiocre, un style d'une extrême platitude, tout en continuant de se gausser ou de s'offusquer des lecteurs de Musso et Gavalda.

08:33 Publié dans Afauxrismes, Minimalistes, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (2)

dimanche, 13 juillet 2014

Abel Farnoux ?

2 mai 2014.

 

    Retour d'Emmaüs, où j'ai eu le grand bonheur de voir un ancien étudiant qui m'a dûment ignoré, tout à fait en proportion du mépris qu'il me vouait déjà de façon patente à l'époque où je subissais ses sourires en coin de petit cancre arrogant, et surtout d'acheter, pour 2 €, les mémoires d'Édith Cresson — pour Abel, lequel m'a aussitôt dit “ah ouais trop cool, tu sais que son conseiller s'appelait Abel Farnoux, elle doit en parler, tiens regarde première page que j'ouvre au pif elle parle de lui”.

 

23:26 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 03 avril 2013

Schmidt/Schmitt

    Le jour même où Valérie me recommandait la lecture d'Arno Schmidt – autour de qui je tourne depuis plusieurs années, comme ça, de loin –, j'avais emprunté, à la médiathèque, un enregistrement du quintette avec piano de Florent Schmitt, que j'écoute en ce moment pour la troisième fois : de magnifiques moments, une tonalité globalement languissante. Après tout, pourquoi faudrait-il que languissant soit nécessairement péjoratif ? N'aime-t-on pas Verlaine ?

À mon étonnement, la bibliothèque universitaire possède plusieurs ouvrages d'Arno Schmidt en traduction, aucun en allemand. Au moment où la Présidence décide de couper un peu plus le robinet, en tranchant le cou des études d'allemand, cela me semble être un symbole frappant, y compris de l'absence totale d'engagement des collègues germanistes depuis plusieurs années. Comme par hasard, ceux qui n'ont jamais fait acheter de livres d'Arno Schmidt en allemand (ce qui témoigne, je suis bien placé pour le savoir, d'une absence de travail avec les conservateurs) sont ceux qui ne passent à Tours que quelques heures par semaine, ne viennent jamais informer les lycéens sur leurs Licences dans les Salons et Journées Portes Ouvertes... et dont les effectifs sont tombés si bas que leur Licence n'ouvrira plus. Faut-il s'en étonner ?

08:58 Publié dans MUS, Narines enfarinées, Unissons | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 13 mars 2013

Un moment de chaleur

    Pendant la séance d’éveil musical de mon fils cadet, le collègue professeur de mathématiques avec qui je discute souvent me prête son exemplaire d’une pièce de David Auburn, Proof. Je traduis, non sans m’arracher les sourcils, un beau poème de Cynthia Atkins, avant de m’attaquer à ceux de Red Shuttleworth. Hier, j’ai enfin découvert l’œuvre poétique de Jaime Siles, et j’ai relu la première partie des Vases communicants (ce qui ne manque pas de faire remonter de nombreux souvenirs).

Mon fils aîné m’apprend des choses sur les guerres puniques (j’ai toujours été notoirement nul en histoire ancienne), et le cadet, quand il n’est pas happé par les Pokemon ou les vignettes de rugby Panini, me demande de lui lire son livre sur le judo (je suis notoirement incompétent en sport et en japonais).

Hier, un collègue m’écrit et, au passage, se plaint encore et toujours de la nullité des étudiants, mais moi, je viens, le même jour, de m’ajouter encore une charge de travail pour pallier la lâcheté fainéante d’un autre collègue, et d’assurer un cours de traduction en Master, avec ce qui me semble la meilleure promotion de M1 qu’on ait eue depuis longtemps.

Je ne dis pas tout, ceci n’est pas un journal intime, mais je comprends, en écrivant ces trois paragraphes, et si besoin était, pourquoi j’aime ma vie.

11:48 Publié dans Narines enfarinées, YYY | Lien permanent | Commentaires (2)

lundi, 04 mars 2013

Rien, cette écume

    Il y a sans doute eu un moment de ma vie où je me suis senti aussi épuisé, où tout geste, toute action me paraissaient aussi difficiles. Deux moments, même, peut-être.

Je dirais décembre 1991, juste à la fin du premier concours blanc d’hypokhâgne.

Et ces journées froides – mercredis – de février, peut-être, février 1994, pendant ma deuxième khâgne, mercredis où j’allais à jeun faire faire ma prise de sang bimensuelle (en raison de la prise de Roaccutane) et où je rentrais, ayant attrapé au vol tout de même quelque pain aux raisins, au studio pour y travailler le programme de philo, ou le programme de la Licence d’Anglais (que je préparais en parallèle).

Toutefois, l’impression que je ressens ces jours-ci dans mon corps de quasi quadragénaire, pour être similaire, admet une différence essentielle : lors de ces deux épisodes, je me sentais épuisé et j’allais de l’avant. Là, à rebours, la moindre projection d’une quelconque menue tâche me défait totalement. Très entre autres, je n’avais, alors, pas vingt ans, et j’en ai aujourd’hui le double.

 

14:37 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 23 décembre 2012

Pierrot en râgâ

    J'aurais dû profiter d'une soirée plutôt calme pour composer quelques textes, les publier en avance. J'ai préféré écouter des malkauns et Pierrot lunaire (dans la version de Marianne Pousseur, qui ne me ravit pas, a priori), en achevant de lire Netherland et en commençant d'un pur silence inextinguible (enfin !).

« The double-deckers lose their elephants' charm. »


Comme c'est à la page 172, je pourrais faire un effort supplémentaire. Mais, officiellement, ce n'est pas ici que je recycle. La fin du monde : en couverture.

Trop d'italiques. Raharimanana marchait jeudi midi le long de la rue des Tanneurs.

08:21 Publié dans Droit de cité, MUS, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 27 septembre 2012

Schubertauster

    Tout de même. Un sentiment furtif s'immisce.

Clés du sol, clefs de voûte, devant la lourde porte ouvrant sur la grotte je ne peux mettre la main sur la clé, sur la clef. L'astre s'épanche, et m'interdit les adjectifs. Je craque pour, j'ai un faible pour, je suis emballé par, ça m'attire, j'attige ---- l'astre se rétracte, m'interdit désormais les verbes.

L'astre désormais les verbes.

Alors, on fait moins le malin ?

Me voici de nouveau (du moins une partie de me, un fragment de moi) dans la salle, à Capbreton.

Le vent des soufflets, la brise des gifles. Dilate mes narines. C'est un soudain rigodon.

Oui, on vole, s'envole, clabote, cliquète, dansote, qu'il est doux avec vous en ce soir de mourir, et la mort est belle, et la mort danse, on danse, oui, comme doux, qu'il est doux votre pas de danse.

Rigodon, puis rideau. 

08:43 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, MOTS, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 05 juillet 2011

Le balbuzard et Madame le Recteur

    Depuis quelques semaines, tout le monde se gausse de la nouvelle rectrice de l'académie Orléans-Tours, ou fait des gorges chaudes au sujet de ses approximations cavalières, toujours plus ou moins à la limite du café du commerce. Encore une que l'inculture n'étouffe pas... L'immodestie et l'outrecuidance non plus, d'ailleurs.

Le plus ridicule, bien sûr, est son choix de Buzz'A, un balbuzard pêcheur, comme mascotte du rectorat. Pauvre merveilleux rapace, de se voir ainsi ravalé à un rôle aussi ingrat ! Indépendamment de cela, personne n'a fait remarquer, je crois, que chez les balbuzards, comme pour tout oiseau, les ailes de la queue s'appellent les... rectrices ! Très révélateur de cette dame qui ne cesse de tenir des discours très machos, dans le genre "je m'impose dans un monde de mecs".

Pathétique.

18:51 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 25 février 2008

Mines minuscules

    Les modalités de fonctionnement des sites Haut&Fort ont changé, sans que les auteurs soient aucunement prévenus.

Ce qui change en bien : la possibilité de lier un (ou plusieurs) lieu(x) du monde à un billet. Toutefois, quoique je compte me servir désormais de cette fonction et placer mes billets sur la mappemonde, je ne vais pas pousser le bouchon jusqu'à reprendre chacun de mes anciens billets et les republier en les localisant...

Ce qui change en mal : l'apparition de liens automatiques "Lire la suite", laids et inutiles.

Ce qui change aussi en mal : la suppression des majuscules au début des "tags".

 

Rien ne me hérisse tant, je crois, parmi les modes de l'imprimerie contemporaine, que la disparition des majuscules. Titres de films, paroles de chansons, mails privés, etc. : rares sont les domaines dans lesquels les minuscules ne s'imposent pas, depuis une dizaine d'années. Je me rappelle m'être fait cette réflexion pour la première fois lors de la parution de l'album de Dick Annegarn, Approche-toi, en 1997 : dans le livret, dont la typographie est - par ailleurs - très belle, il n'y a pas la moindre majuscule, même aux prénoms, patronymes et toponymes.

Ce qui fut effet de style moderniste (il suffit de penser à e.e. cummings ou stefan george) devient la soupe des fainéants.

10:05 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : haut&fort, hautetfort, blogs

mardi, 04 septembre 2007

Chevaux d’espace

    Ce dimanche du feu d’artifice, le soleil ne s’était toujours pas montré, à onze heures du matin pourtant, et il ne faisait même pas très chaud, au point que l’on dut ressortir gilets légers et vestes ouvertes pour la promenade du matin jusqu’à la prairie des chevaux ; c’est assis sur un tabouret de piano, à écrire sur la terrasse, que l’on put se rappeler qu’il n’y avait pas si longtemps les chevaux étaient, non une denrée, mais un spectacle rare au bord des routes de cette région. On pouvait sillonner les routes, même les chemins vicinaux, pendant des heures, sans jamais en voir. Or, à présent, en parcourant le kilomètre et demi qui séparait la maison de la statue de la Vierge marquant le carrefour avant d’arriver au bourg, on longeait pas moins de deux prés où se trouvaient (paissaient ? dit-on d’un cheval qu’il paît ?) respectivement six et trois chevaux. Cette nouvelle m od e se confirmait à chaque route, à chaque chemin. Désormais, les chevaux étaient plus fréquents que les vaches et les bœufs, ou même les moutons et les canards. Le mot de la fin, poétique, littéraire, et pédant même serait : cheval en orge.

[29.07.07.]

08:00 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Fiction, écriture, Landes

samedi, 30 décembre 2006

Floralies grammaticales

    Lu ce jour, à la page 2-4 de l’édition landaise de Sud-Ouest, une énorme faute de grammaire, de surcroît en sous-titre :

« Françoise Lapeyre s’est vu décerné [sic], jeudi dernier, le diplôme d’honneur pour la décoration florale de sa maison. »

 

Rappelons – à ceux qui ont besoin de ce stratagème pour retrouver la règle imposant l’infinitif après les tournures du type se voir + V-, se faire + V-, etc. – qu’il suffit de comparer avec un verbe du deuxième ou du troisième groupe. Ainsi, si vous désirez écrire correctement la phrase « Je me suis fait défoncer toute la nuit. », pensez à substituer, au verbe du 1er groupe défoncer, un verbe du 3ème groupe : « Je me suis fait mettre toute la nuit. »   Comme on ne dit pas « je me suis fait mis », vous saurez qu’on n’écrit pas « je me suis fait défoncé ».

De même, ces tournures pronominales sont invariables en genre, et vous devez dire (et écrire) « je me suis fait défoncer », même si vous êtes du sexe féminin. Ainsi, une jeune fille qui se présente au concours des Miss France peut dire (et écrire) : « je suis faite comme une déesse » –    mais : « je me suis fait une bouffe entre filles », « je me suis vu donner de beaux bouquets floraux à Mayotte »,     « je me suis fait engueuler par Mme de Fontenay parce que j’avais l’écharpe à l’envers », etc.

10:30 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Langue française

mercredi, 29 novembre 2006

Bémol

    Il y a trois semaines, j'ai écrit un petit texte pour saluer Stephen Romer, qui est un de mes collègues mais aussi (surtout) un poète assez renommé. Récemment, il m'a appris qu'un choix de ses poèmes allait paraître, au printemps, en traduction française.

Ce matin, j'ai reçu le dernier numéro de The European English Messenger, revue à destination des enseignants-chercheurs anglicistes d'Europe. Il s'y trouve, par ce qui n'est nullement une coïncidence, un florilge de quatre poèmes inédits de Stephen Romer, et un petit article de Raphaël Costambeys-Kempczynski, dont le titre, extrêmement original, est "Stephen Romer : A Poet in Translation", et qui, plus qu'un article critique, est une sorte d'exercice béat d'hagiographie dont j'hésite si je dois le trouver déplacé ou ridicule à hurler.

Mauvais esprit à part, si j'en reviens à mes projets récents, je pourrais proposer une traduction d'un des poèmes inédits, "Dismantling the Library", qui est plutôt réussi.

11:44 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Poésie, Littérature

jeudi, 12 octobre 2006

Réinventer la routine

    Aujourd'hui, comme hier, journée plus intense que jamais, en un sens. Ce jeudi, une après-midi de réunions, et, comme les deux premières, d'une extrême importance, avaient lieu entre une heure et trois heures et demie de l'après-midi, P*** et T*** m'avaient dit que je pouvais annuler mon cours de l'après-midi. Si je n'en ai rien fait, j'ai quand même écourté le T.D. d'une demi-heure, mais plus à cause de l'effet désastreux que produisait sur moi l'alliance du vacarme sur le chantier immédiatement voisin et des bavardages un brin irresponsables d'étudiants peut-être pas passionnés par la question du genre des noms. (J'ai donc assisté à la fin de la réunion, puis à la suivante, et maintenant j'ai des cours à préparer, des courriels professionnels à envoyer, un dossier pédagogique à "monter", etc. (La routine, quoi.))

21:02 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (4)

lundi, 09 octobre 2006

Provincialisme ?

    Soyons clairs : je déteste d'ordinaire les parisianismes (car il en est une multitude, une large palette) et pourfends aisément ceux qui, d'aventure, se risquent à généraliser au sujet de "la province" ou des "provinciaux". Toutefois, je trouve qu'il n'y a pas meilleur exemple d'une forme très provinciale d'incompréhension de la littérature que ce petit article sans queue ni tête, ni fait ni à faire, qu'un(e) certain(e) J. Rémy consacrait le 21 septembre dernier, dans Le Bien public, au roman de Chevillard, Démolir Nisard.

Il a été question, dans ces carnets, du roman de Chevillard, mais il me semble que J. Rémy, parfait représentant du nisardisme, n'a aucunement perçu les enjeux proprement littéraires du texte, pour s'en tenir aux oeillères d'un esprit de clocher (ou de paroisse) bien étriqué sur les bordures...

09:45 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature

jeudi, 21 septembre 2006

Peine-à-jouir

Titre du Monde de ce jour :

Lionel Jospin aurait confié vouloir briguer l'investiture socialiste pour 2007.

 

Pour le titre de cette note, j'ai hésité entre Tempête dans un verre d'eau et Un homme sans parole.

18:45 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : politique

samedi, 16 septembre 2006

Où sont passées les Lumières ?

    Tollé dans le monde musulman contre les déclarations de Benoît XVI. Curieux : ce qui me choque, moi, c'est que le pape s'en prenne avec autant de virulence à l'esprit des Lumières. Un bon petit postmoderne, ce Ratzinger !

Franchement, c'est une honte. Ainsi, l'esprit de tolérance et le respect des différences, notamment religieuses, le pape ne connaît pas...? N'oublions pas que Voltaire, si souvent pourfendu, croyait en un "Dieu horloger", ce qui est loin de faire de lui un mécréant. Il me semble que nous n'avons jamais autant eu besoin de faire fi des superstitions et de nous fier à la raison. S'il y avait moins de déséquilibrés à croire aux chakras, à la résurrection, au caractère diabolique de ceux qui ne font pas le ramadan, etc., on se porterait mieux sur cette planète !

D'ailleurs, il suffit de quelques exemples simples pour montrer que le pape se trompe et que notre époque ne voit pas du tout triompher la Raison. Une majorité de gens "croient à" l'astrologie, et même parfois ne la distinguent de l'astronomie, qui est, elle, vraiment une science et non un jeu de  dupes pour charlatans grotesques. L'an dernier, une étude menée par des sociologues montrait que deux tiers des adolescents français "croyaient aux" fantômes. Je me suis même laissé dire que certains Français "croyaient" qu'Olivia Ruiz ou Pascal Obispo savaient chanter... mais là, quand même, penser que nos concitoyens sont tombés aussi bas relèverait d'un pessimisme atroce...

07:15 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 08 septembre 2006

Toréador, prends garde à toi ?

    Intrigué par la naissance d'une petite polémique entre M. Pierre Jourde et l'auteur de ce site (tiens, pourquoi ne pas parler à la troisième personne ?), je (zut !) viens de faire une rapide vérification sur Dame Google*, qui, à la requête "empailler le toréador" :

1) suggère d'essayer avec l'orthographe "emballer le toréador" (mais je ne suis pas sûr que ça emballe M. Jourde, ou alors c'est mon côté tête de muleta...)

2) affiche en troisième position mon petit billet, effectivement mal fagoté, mais dont les critiques continuent de me sembler pertinentes.

 

Je comprends mieux la raison de l'atterrissage parmi nous de l'honorable essayiste et romancier, mais aussi son agacement, et son courroux. Vraiment, ces petits sites merdiques de Haut & Fort sont trop bien référencés...!

 

Autre chose, maintenant : je constate que les personnes dont je cite les oeuvres dans mes carnets ne laissent jamais de commentaires, à l'exception des très rares auteurs que j'égratigne. Face à ce constat, que dois-je penser ? Est-ce que seuls les auteurs que j'égratigne (et qui sont pourtant une minorité) cherchent des renseignements les concernant sur le Web ? Ou est-ce que ceux que je loue tombent aussi, parfois, sur ces pages et craignent de déposer ici leurs remerciements ?

Cela m'intrigue, vraiment...

 

* Oui, pour moi, Google est une dame... Les deux O, peut-être ;) (Vraiment, tu deviens incongru !)

15:50 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (1)

samedi, 02 septembre 2006

Corps enseignant et milieu de l'édition

    Comme chaque année, la rentrée littéraire s'accompagne de son lot de navets sur l'école (le système scolaire, les élèves, etc.). Essais alarmistes ou, à l'inverse, écrits par les plus émérites des Amis du Désastre. (La démonstration de ces derniers consiste en général à expliquer que si, justement, plus un élève de sixième n'est capable d'écrire une phrase sans faute ni de faire une multiplication complexe, c'est bien le signe que le niveau monte.)

Essais nombreux, d'accord, mais il ne faut pas oublier les livres de témoignage publiés par des "profs", chroniques souvent teintées d'humour ou d'un ton légèrement sarcastique. Cette année, le gotha des médias acclame un certain Christian Muzyk, dont le livre, intitulé Bienvenue en salle des profs ! (que d'inventivité), est apparemment tendre et talentueux. J'ai glané, dans un article du Monde, la citation suivante :

Derrière la rutilante vitrine se dissimule l'hideuse réalité. Celle dont on ne doit pas prononcer le nom, sous peine d'être accusé de blasphème et brûlé sur l'autel de la Sainte Trinité pédagogique : Collège unique, note administrative et inspection surprise."

 

Il paraît que M. Muzyk est vraiment professeur, et depuis trente ans, à Thumeries, dans le Nord. C'est curieux, car, si sa saillie prétendûment drolatique tombe à plat, de mon point de vue, c'est que cela fait, au bas mot, vingt-cinq ans que les inspections surprise n'existent plus. Les derniers à avoir connu cette époque bénie seront bientôt à la retraite.

D'ailleurs, il ne faut pas être depuis longtemps dans le sérail Ed' Nat' pour savoir que, si les inspecteurs ont de très nombreuses fonctions, l'une des seules qui n'est plus de leur ressort, selon les apparences, est justement d'inspecter. La plupart des professeurs ne sont plus, une fois leur stage effectué et leur titularisation obtenue, inspectés qu'une fois tous les dix ou douze ans. Les inspecteurs oublient même, le plus souvent, de transmettre les informations concernant les modifications pour les épreuves du baccalauréat. Ainsi, c'est par un autre biais que la plupart des professeurs d'anglais de lycée auront découvert que, à partir de cette année, l'épreuve d'anglais des STG (Terminale Technique & Gestion) sera évaluée en CCF (Contrôle Continu Formatif). Autrement dit, plus d'épreuve sur table en juin : le contrôle continu, serpent de mer qui a entraîné tant de levers* de bouclier depuis une dizaine d'années au nom de l'"égalité des chances", a été introduit par le gouvernement sans que nul ne proteste... car nul ne s'en est aperçu !

 

Pour en revenir à M. Muzyk, peut-être a-t-il voulu faire un bon mot au prix de la vérité, en se disant que ses lecteurs n'étaient pas du sérail. Peut-être aussi a-t-il voulu faire plaindre les "profs" en faisant croire à la population française qu'il s'agissait d'une profession sans cesse livrée à l'épée de Damoclès d'une inspection, alors que 1) les très rares enseignants inspectés sont prévenus des semaines à l'avance 2) les inspecteurs n'ont de toute manière à peu près aucun pouvoir. Alors, bon mot, ou vilain mensonge ?

 

 

* Pour les levées de bouclier, attendre le coucher du soleil. Pour les leviers de boucles, demandez à votre coiffeuse.

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Inculture et inquiétude dans le corps enseignant

    Ma mère est professeur d'anglais en lycée. Hier, lors de la "pré-rentrée" (mot que je n'ai jamais aimé, à ceci près qu'il me rappelle les préaux des écoles de jadis), l'une de ses collègues, quinquagénaire, lui dit avoir refusé, dans le cadre d'un programme pédagogique s'adressant à une classe d'anglais "renforcé",

"une pièce à trois personnages seulement, d'un certain Pinter. Tu connais ?"

 

Ce ne sont pas seulement les jeunes professeurs qui sont totalement incultes, dénués de curiosité... et sans la moindre honte de leur état de délabrement intellectuel. Leurs aînés, pour beaucoup, montrent l'exemple ! Les lycées de France, c'est déjà la Star Ac'...

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lundi, 03 juillet 2006

Nelly Kaplan, plan-plan

    Dans la rubrique Cinéma du Magazine littéraire de juillet-août (n° 455), à la page 20, Nelly Kaplan, dont je crois me rappeler vaguement qu'elle est censée avoir écrit des livres (à défaut, peut-être, d'en avoir lu), écrit quelques paragraphes au sujet d'une adaptation, par Michael Winterbottom, de Tristram Shandy. Elle nous enjoint vigoureusement de lire la magnifique traduction de Guy Jouvet (certes, et je m'associe à elle), mais elle appelle l'auteur de La Vie et les opinions de Tristram Shandy... Laurence Stern ! Ce n'est pas une simple coquille, puisqu'elle réédite cet étrange exploit à quatre reprises, et n'écrit jamais Sterne avec son e. Pas grave, me direz-vous, ce n'est jamais que l'un des sept ou huit écrivains majeurs de la littérature européenne... (Et je suppose qu'il n'y a pas de relecteur compétent non plus dans l'équipe du Magazine littéraire...)

Mais le plus amusant est sans doute cette phrase : "Quant à vous, aimable lecteur, l'avez-vous lu ?"  Moi, oui, justement, et je crains, chère Nelly Kaplan, que vous ne me trouviez pas très "aimable" lecteur. Mais la littérature ne rend pas nécessairement aimable : c'est une activité dont vous avez raison de vous dispenser.

Ah la la... pour un peu vous donneriez raison aux rares pourfendeurs d'adaptations cinématographiques, dont je ne suis pas, et qui prétendent que les films permettent aux spectacteurs de se croire dispensés de la lecture du livre. (D'ailleurs, peut-être saurez-vous me renseigner sur l'auteur du roman dont Les Bronzés 3 a été tiré ? Je meurs d'envie de découvrir ce chef-d'oeuvre.)

Autre perle : "Le livre enchanta Kant, Diderot, Balzac, Nerval, Baudelaire, Goethe".  Erratum, voyons ! Il fallait lire : "Le livre enchanta Quant, Didereau, Balsac, Nerwal, Beaudelère, Gueute". Bien entendu !

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dimanche, 02 juillet 2006

Polichinelles

    Ce dimanche, j'ai appris qu'une "collègue" avait dit, à plusieurs reprises, que je révélais sur mon blog des "secrets concernant l'université". Elle parlait de mon autre blog, publié sous mon vrai nom et où, bien entendu, je n'ai absolument rien révélé de secret ou d'inavouable.  D'ailleurs, si j'étais attaquable d'une quelconque façon, elle ne s'en serait pas privée.

Donc, je ne révèle pas de "secrets". Et même si j'écris ici qu'elle est, pour sa part, mégalomane, paranoïaque, machiavélique, autocratique et atteinte de narcissisme pervers, sans compter qu'elle ne respecte jamais les délais pour la remise des sujets d'examen, des copies, et qu'elle empêche tout le monde de travailler, je n'aurai révélé qu'un secret de Polichinelle.

23:40 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (1)

mercredi, 21 juin 2006

La Religieuse de Rivette

    Un barreau lui cache la bouche. De l'autre côté, au premier plan, la nonne devenue novice, en butte aux passions folles de mondes clos, fuit son regard. Elle crache sa propre langue. Est-ce lire ainsi Diderot ?

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lundi, 12 juin 2006

Encore

    Il y a quatre mois et demi, j'ai dû cesser mon blog précédent, car écrire sous mon vrai nom m'avait attiré des ennuis, qui inquiétaient mes proches. De nouveau, en un autre lieu de la Toile, où j'avais eu l'innocence de penser que l'on pouvait dialoguer sans pseudonyme, une de mes interventions, sévère mais courtoise, m'a valu un retour de feu assez malsain, hier soir. Alors, quoi ? Ne plus écrire, en tous lieux, que sous pseudonyme (comme ici), ou demander à être sur liste rouge (ce qui barrerait la route aux personnes qui veulent me contacter pour de bonnes raisons, comme certains étudiants, à qui je dis souvent : "oh, vous savez, je suis dans l'annuaire") ?

J'en ai assez de la sottise humaine...

15:50 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (10)

vendredi, 02 juin 2006

En fa

    Le silure, dans la farine, lit un pavé de cabillaud, son romancier préféré.

Le forcené, dans la mélasse, tire un pavé de la mare, pour le lancer en l'air.

Le zèbre, dans la crevasse, creuse un pavé de ses dents, les amours jaunes.

20:30 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 12 mai 2006

Contre les Robespierre de la didactique

    Jean-Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du crétin, essai très polémique qui pourfend notamment les méfaits du pédagogisme, vient d'être viré du jury du CAPES de Lettres Modernes, comme il nous l'apprend dans son blog. Les terroristes et les petits-maîtres de la didactique, cette discipline stupide qui aura surtout eu pour mérite de priver définitivement de culture les nouvelles générations d'"enseignants", ont encore réussi à couper une tête. Toujours plus d'homogénéité et de bien-pensance, toujours moins de débat et de profondeur...

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jeudi, 11 mai 2006

Damian Marley, ou l'enfant extraordinaire

    C'était une erreur de m'en prendre aussi vertement, dans une note de mon blog précédent, aux animateurs incultes ou écervelés d'une radio locale. Les animateurs qui ont pignon sur rue et pérorent dans les émissions de certaines stations nationales ne valent guère mieux.

Ainsi, tout à l'heure, sur France Info, une journaliste accueillait, le jour du vingt-cinquième anniversaire de la mort de Bob Marley, un confrère de France Inter, qui s'appelle, je crois, Malik Boulabaï. Celui-ci a assez longuement parlé de Damian Marley, dont je n'avais jamais entendu parler et qui, a-t-il dit, est le dernier enfant de Bob Marley, "aujourd'hui âgé de vingt-trois ans". Que je sache (et sauf cas d'insémination très post mortem) un homme mort depuis vingt-cinq ans ne peut pas avoir un fils de vingt-trois ans. Réussir à affirmer cela sans s'apercevoir que quelque chose cloche, c'est curieux (ou est-ce la marijuana, dont on sait qu'elle ne rend pas tout le monde plus intelligent ? (litote)).

 

(Vérification faite, grâce à Wikipedia, Damian Marley est né le 21 juillet 1978 ; ce n'est même pas le dernier enfant de Bob Marley ; quant à sa mère, Cindy Breakspeare (patronyme que je trouve admirable), elle était Miss Monde 1976. Autant dire que, pour un prétendu "spécialiste du reggae", ce Malik B. a l'air bien flou.)

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lundi, 08 mai 2006

Pas de bol...?

    Vous connaissez sans doute ces bols de style breton, où est inscrit à l'extérieur, en lettres manuscrites noires, un prénom. Quoique je trouve ces bols assez laids, j'ai commencé, depuis la naissance de mon fils, à chercher, dans les boutiques qui en vendent, son prénom, sachant que, de toute manière, entre les différents grands-parents et arrière-grand-parents, cela nous pendait (en quelque sorte) au nez. Or, et bien que son prénom soit on ne peut plus classique, attesté et de belle ancienneté religieuse et culturelle, jamais je n'en trouvais. Hier matin, comme nous visitions le site des rochers sculptés de Rothéneuf (près de Saint-Malo), que nous avions déjà découvert, par hasard, en avril 1999, j'ai avisé, près du guichet d'accueil, l'officine où sont exposés des centaines de ces bols, avec les prénoms les plus farfelus : deux exemplaires du bol Scolastique, Marie-Rozenn en trois exemplaires, Annaïs avec deux n, j'en passe et des plus invraisemblables. Si vous connaissez des petites filles prénommées Scolastique, saluez-les de ma part, sans oublier de leur souhaiter bon courage sur le doux chemin de la vie. Or, nous ne finîmes par trouver de bol pour notre fils qu'au bout de plusieurs minutes de quête, nous acquittant alors, devant ses yeux implorants, des huit euros demandés afin de lui procurer cette joie ; il ne boit plus jamais de lait ni de chocolat au lait depuis l'âge de trois ans et demi, mais il y mangera ses petits suisses... ou des fraises, comme ce midi, d'ailleurs, où le bol fut étrenné.

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vendredi, 05 mai 2006

Vignettes du vendredi, 6

    Ces trois derniers jours, il n'y eut que ton maudit Beckett.

Ah mais, pardon, il n'est pas à moi.

Ah ?

C'est comme ça, non ?

Sinon, tu ne remettrais pas des images ?

Et toi ta tournée ?

Brisons là.

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lundi, 01 mai 2006

« Nos classiques » dit-il

Peut-être ne faudrait-il pas confier des articles relatifs au théâtre à un spécialiste de philosophie, si c’est bien là le domaine de M. Roger-Pol Droit. En effet, sa recension du Pléiade Théâtre de l’Inde ancienne témoigne d’une réelle méconnaissance du sujet, même après lecture (espère-t-on) du volume. Il passe une bonne partie de ses cinq courtes colonnes à opposer une forme de théâtralité orientale, telle qu’elle s’exprime dans les pièces traduites dans le Pléiade, à « nos classiques » (en quoi on suppose qu’il sous-entend les classiques européens ou occidentaux (whatever that means)). Or, ce qu’il dit des pièces indiennes du volume fraîchement publié, et où il voit une forme d’art dramatique singulière et sans exemple en Occident, pourrait tout à fait s’appliquer, entre autres, au théâtre élisabéthain :

Voilà d’abord une dramaturgie en deux langues, qui ne cesse de jouer, à l’intérieur du moindre dialogue, de cette dualité. Comme si, mutatis mutandis, certaines répliques d’une même scène étaient en latin et d’autres en français. Les auteurs indiens juxtaposent constamment le sanskrit, la langue noble, sacrée, parfaite, et le prakrit, la langue de tous les jours, celle des femmes, des serviteurs et des bouffons. Cette dualité se combine à une autre : le mélange de la prose et des vers. On ajoutera, pour achever d’affoler nos classiques, une totale indifférence à la règle des trois unités : dans le théâtre indien, comme bien des films ou romans, on change de lieu, des années passent, plusieurs intrigues se tressent. Sans oublier un nombre d’actes qui frise parfois la dizaine, et une quantité de personnages à l’avenant. Plus étrange encore : nos catégories de « comédie » ou de « tragédie » se trouvent inadaptées, mises hors jeu. (R.-P. Droit. “Autre scène, même théâtre”. Le Monde des livres, 28 avril 2006, p. 8, gras ajouté)

 

Ainsi, « nos classiques » européens, c’est le théâtre français des années 1640 à 1680. D’ailleurs, si j’avais cité les quelques phrases en gras sans donner leur contexte et en remplaçant les mots “théâtre indien” par “ce théâtre”, on aurait pu s’imaginer qu’il était question de Shakespeare, de Calderon, ou même de Hugo... Autant dire que Roger Pol-Droit semble n’avoir jamais lu ni vu Le Conte d’hiver, l’acte V d’Antoine et Cléopâtre, le Cromwell du bon vieux Victor, pour ne rien dire du théâtre baroque français, qui n’est pas moins "ancien" que les pièces publiées dans ce tome de La Pléiade. Par cette simple accumulation d’exemples, les préjugés « orientalistes » du journaliste s’effondrent, et la prose de M. Droit fleure bon l’amateurisme même pas éclairé.

 

Il m’est difficile aussi de ne pas souligner la formule curieuse de M. Droit au sujet du sanskrit, « langue noble, sacrée, parfaite ». S’il est vrai qu’il s’agissait de la langue de l’élite des brahmins, et qu’elle était, en ce sens, l’apanage d’une minorité socialement favorisée (d’une caste supérieure) et le vecteur idéal des textes sacrés, on voit mal comment un critique spécialisé dans les œuvres philosophiques peut parler, en 2006, de « langue parfaite ». Ce purisme, qui fait fi de plus d’un siècle de philosophie du langage (Wittgenstein, Hjelmslev, Barthes, Jankélévitch, Quine, Lecercle, et tant d’autres), a de quoi surprendre… Il est très révélateur de l’influence des théories inégalitaires et suprématistes des indianistes français du 19ème siècle, et aurait fait bondir Guy Deleury, grand spécialiste de l’Inde et aussi de ses littératures “ignobles”, auteur du magnifique essai L’Inde, continent rebelle. Toutes les langues, quel que soit le rang social qu’elles connotent par ailleurs, sont impures et imparfaites.

On me rétorquera peut-être que ce sont pinaillages ou arguties d’experts, et que, dans tous les cas, cet article m’a donné envie de découvrir ce Pléiade. Certes, mais j’aimerais, moi, un peu plus de sérieux de la part de ces plumes célèbres qui font la pluie et le beau temps dans le monde des livres (sans italiques).

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vendredi, 28 avril 2006

Bayrou, malgré tout

    Hier soir, lors du débat politique animé et plutôt bien maîtrisé par Arlette Chabot, le seul des invités qui ait vraiment tiré son épingle du jeu était François Bayrou. Il tenait des propos modérés, appropriés, justes, qui cherchaient à faire avancer le débat, quand la plupart des autres récitaient leur petit catéchisme habituel (Marine Le Pen, Arlette Laguiller, Philippe de Villiers), s’emmêlaient gentiment les pieds dans la doxa ambiante (comme la porte-parole des Verts, dont le nom m’échappe, et qui ne « passe » pas mal la rampe), semblaient n’être venus que pour dénigrer le Président et enrober une sauce approximative (François Fillon), pour ne rien dire de Jack Lang, qui a passé la soirée à brasser du vent, à botter en touche, à répondre évasivement. C’est sans doute l’un des hommes politiques les plus superficiels, les plus vains, les plus cauteleux, les plus pusillanimes et les plus magouilleurs qui soient ; pourvu qu’il ne devienne pas le candidat officiel des socialistes dans cette élection présidentielle !

 

Je crois que la porte-parole des Verts représente un courant plus « écologiste » et moins socialo-mimétique que Voynet et Cochet, ce qui serait assez pour me plaire, mais, comme elle s’est joliment fait promener lors des primaires du Parti, quel espoir représente-t-elle réellement ? Pour en revenir à Bayrou, cela fait maintenant plusieurs années que je suis sidéré de voir à quel point, sur de nombreux sujets, il est celui qui défend des positions éclairées, optimistes, justes, combien il respire la droiture, ce qui n’est pas le cas, loin s’en faut, d’un grand nombre des hommes ou femmes politiques que l’on entend ou regarde à longueur d’antenne. Je faisais part de cet avis à un ami qui a appartenu, en ses jeunes années, aux M.J.S., et qui vient de prendre sa carte chez les Verts, quelques années après la bataille ; il m’a soutenu que, s’il partageait mon avis concernant Bayrou, ce qui le retiendrait, pour sa part, de voter pour le président de l’U.D.F., c’est son entourage ; il a beaucoup côtoyé les responsables locaux de l’U.D.F. dans le Loir-et-Cher et en Touraine, qui sont, d’après lui, nettement plus réacs que les ténors de l’U.M.P., et très en deçà des discours de leur tête de proue. C’est possible, mais si au moins la tête de proue est pleine d’allant et d’honnêteté, cela place déjà ce courant politique très au-dessus des autres, non ?

 

J’ai voté pour la liste régionale présentée par l’U.D.F. il y a deux ans aux européennes, et c’était la première fois (hormis le pathétique second tour de 2002), que je votais pour la droite. (Cela dit, je précise qu’à une seule exception près, qui concernait aussi un second tour où figurait un candidat du Front National, je n’ai jamais voté socialiste non plus.) Des proches ironisèrent en disant que j’appartenais à cet « électorat flottant » que déplorent tant les sondeurs, les politiciens, et, généralement parlant, les idéologues. J’ai beaucoup réfléchi à cette remarque, et je me dis qu’il vaut certainement mieux appartenir à l’électorat « flottant » parce qu’on cherche à réfléchir sur les dossiers et à se prononcer le plus précisément possible sur les questions posées, que de suivre moutonnièrement des mots d’ordre manichéens. Evidemment, cela m’arrange de penser cela !

 

Sinon, l’essentiel du débat a été accaparé par les questions d’immigration et le projet de loi sur l’immigration « choisie » que s’apprête à voter le Parlement. (J’ai choisi délibérément le verbe « voter », car de discussion, de toute évidence, il n’y aura pas, une fois encore.)

 

Enfin, les débats sont aussi l’occasion d’observer des détails significatifs.

Détail n° 1. Après s’être retenue près d’une heure, Arlette Chabot s’est relâchée en employant cinq ou six fois le mot truc, ce qui donne une haute idée de son niveau d’élaboration intellectuelle et de la qualité de ses analyses politiques.

Détail n° 2. Comme François Bayrou achevait l’une de ses interventions par dire qu’il était d’accord avec la jeune porte-parole des Verts, en la nommant « Mademoiselle », celle-ci a réagi vivement en soulignant que c’était « sexiste ». Il s’est excusé, mais cet incident est invraisemblable. Il est certainement possible de critiquer le ton paternaliste d’une telle formule (encore que cela me semble relever, pour ma part, de la simple politesse et courtoisie ancienne), mais elle n’est – en rien – sexiste. D’ailleurs, Marine Le Pen (qui certes se comporte, par certains côtés, de manière musclée ou virile, et ne respire pas la féminité ni l’élégance) s’était adressée à elle de la même façon quelques instants plus tôt, et la jeune “Verte” n’avait rien dit.

Détail n° 3. Sous prétexte de constituer deux tables différentes d’invités, les organisateurs du débat ont contraint les intervenants à se répondre les uns aux autres en se tournant, pour certaines paires, le dos. Ainsi, très échauffée, Arlette Laguiller voulait répondre à Philippe de Villiers, et s’est retournée vers lui, ce qui a suscité la réaction immédiate de l’autre Arlette : « non, madame Laguiller, ne vous retournez pas, car M. de Villiers vous voit à l’écran ». Comme si c’était le problème… Arlette Laguiller ne voulait pas seulement que son interlocuteur la regarde, mais elle voulait surtout, je pense, le regarder en face en lui parlant, comme il sied à quelqu’un de poli, de courageux, c’est-à-dire à toute personne qui se soucie de sa propre parole. Voici donc venu le temps des débats en direct dans lesquels même les intervenants ne se voient pas.

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vendredi, 21 avril 2006

Crétinisme parlementaire

    En tous lieux, il n’est question, encore et toujours, que du quatrième anniversaire du « séisme » électoral de 2002. Que, récemment, la grève de la faim d’un député ait sérieusement terni l’image symbolique du pouvoir législatif français, mais qu’elle ait aussi conduit le gouvernement à contraindre une entreprise de ne pas délocaliser en finançant des travaux d’aménagement ineptes aux frais du contribuable, cela ne semble émouvoir personne. La semaine dernière, en entendant annoncer aux informations la « victoire » du député UDF, je me suis écrié : « Encore un crétin couronné ! »

Oui, le crétin des Pyrénées a gagné contre le simple bon sens économique et la préservation de l’environnement. La prochaine fois, Toyal choisira de polluer sans prévoir de plan de sécurité, ou même, au lieu de déménager à soixante kilomètres en créant des emplois, la multinationale délocalisera en Roumanie ou au Népal (quoique cette dernière destination soit un peu risquée, quand même).

De surcroît, Jean Lassalle, élu Chasse Pêche Nature Traditions rallié au groupe parlementaire UDF, complice des élus qui ont encouragé le saccage de la mairie d’Arbas au nom de leur fureur anti-ursine, n’est vraiment pas le défenseur de la démocratie et de la République que les médias veulent voir en lui.

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lundi, 17 avril 2006

Toute bue

    Dans le journal Sud-Ouest, édition du 17 avril 2006, on trouve, en dernière page, un article consacré à deux jeunes femmes, titulaires depuis peu de leur doctorat en sociologie et dont les travaux respectifs viennent d’être primés par le Prix Le Monde de la Recherche Universitaire.

Outre qu’il faudrait vérifier la part effective de la sociologie dans le palmarès, je note avec surprise cette phrase de l’auteur de l’article, une certaine Hélène Rouquette-Valeins : « Béatrice, 31 ans, reconnaît sans honte qu’elle a été “ravie” par cette distinction et contente de la partager avec ses parents ».

Je ne comprends absolument pas l’intention de l’auteur de cette phrase. Faudrait-il avoir honte d’être un chercheur reconnu par ses pairs au niveau national ? À l’heure où le moindre sportif écervelé, dont l’exploit ne fait en rien avancer l’humanité, se félicite à longueur de colonnes de l’importance « du mental » dans sa victoire, être l’auteur d’une thèse de plusieurs centaines de pages et récompensée de surcroît par un jury national devait être un sujet de honte… Bon…

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dimanche, 02 avril 2006

Visions d’avril, 4

    Dans un tableau lumineux et rouge qui pourrait être de Hubert Robert, le soupir du cerbère s’exhale. Refus valent exorcisme.

Il est seul. Quelle est sa quête ? Mains croisées, veines saillantes, le fou fait songer au Christ revenu.

………

Dostoïevski frappé d’aphasie (impensable). Kafka sans l’humour (difficile). Faut-il inventer le concept d’humour gris ?

(Ce n’est pas l’humour noir.) La jeune fille assise sur la chaise aux immenses barreaux se mord la lèvre inférieure d’un air apeuré. La toile du ciel plafond lui voit faire les cent pas, pendue au sol comme une revenante brûlante.

………

Don Juan n’écoute pas. La chambre s’est élargie, vaste comme le vaste monde. Le bruit constant de l’eau qui suinte et la peur lue sur les traits de la jeune fille composent le tableau échevelé où se perdent les voix. Rédemptions valent sacrifice. Il faut écarquiller les yeux.

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dimanche, 26 mars 2006

Visions de printemps, V

    Souffles de vent dans le sable, après la magie, rafales, galop dans la neige. Après une cavalcade, dans le prieuré en ruines, le moine tourne derviche. La beauté d'une quête spirituelle se fait jour dans la brume (qui n'est pas la neige). Je ne connais rien de plus beau, vautour, que ton envolée. Maintenant, quand les chèvres bêlent, quand tintent les clochettes, au gré du long chemin de froide pierraille, j'entends la voix qui me parle mais ne me dit rien, dont je suis obligé de suivre les méandres poétiques dans une langue qui n'est pas la mienne et que je comprends, signes en italiques pour dire le bannissement dans les ardoises neigeuses, les pas perdus des fuites montagneuses, tout comme le grand bœuf roux traverse le chemin entre deux maisons, avec les mêmes gestes mesurés que l'ermite (le presque plus vraiment berger) qui boit lentement, posément, respectueusement, son potage.

La mélopée (triste, affligée maintenant) accompagne les gestes de la tisserande. Tu enfourches encore ta monture... Grand paysage de montagnes noyées par les nuages, une ivresse perdue dans le chant des passereaux. C'est paroles fertiles qui parlent de stérilité. On ne peut pas quitter les lambeaux, se défaire des stigmates de la naissance (de l'origine). D'un visage de pierre antémanuélin pourra jaillir une fontaine.

Le soleil orangé brûlant, c'est lui. Se moquera-t-on de moi, devant le temple de fortune ? L'épopée n'est jamais vraiment belle que lyrique, pétrie de noble et altier lyrisme. Douze silhouettes contre le coucher de soleil ponctuent la crête du chemin de leurs exclamations, et pondent les répons. Il faut suivre la prière et voler dans les imprécations, comme un souffle de vent, une caresse d'Athis. Un unique nuage rose dans le ciel jaune rougi pointe de son doigt difforme ce choeur hiératique. Le vol d'un oiseau invite le spectateur à se faire haruspice. Se jeter à l'eau, et ne voir que la beauté sévère de la prêtresse. Bouclier lance croix sont autant d'accès à la vérité de l'arithmétique, à la verdure périe en hiver, aux douze paysannes dans le pré, à la prairie semée d'oliviers centenaires, aux noms infinis cachés dans les nombres.

Bouclier lance casque et pierre de la croix fleurissent dans nos regards qui suivent le fil du courant, baignant dans le même fleuve que le vieil Eschyle des montagnes portugaises, entre plaine et prairie, entre l'olive noire et la poutre qui pèse.

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samedi, 25 mars 2006

Délit de blasphème, suite

    Le débat se poursuit ici et .

(J'ajoute, pour information, que Siné est un dessinateur déjà bien âgé, je pense, puisqu'il illustrait déjà des couvertures du Livre de Poche dans les années soixante, notamment un exemplaire jauni de La Tête des autres de Marcel Aymé que je lus et relus plusieurs fois quand j'avais onze ou douze ans. Idéologiquement, ce n'est pas quelqu'un de modéré...)

 

::: Bonus I II :::

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vendredi, 24 mars 2006

Revue de Bresse

(Explication du titre : j’écris ceci ampoulé.)

 

    Remontons l’arborescence des commentaires* : j’ai déjà écrit, chère Fuligineuse, que l’un des modes d’accès de ce carnet – pour ne pas y devenir complètement fou – était, notamment, de le lire par catégories. On peut aussi ne pas lire les délires les plus sombrement énigmatiques.

Balzac a bel et bien écrit, dans Les Paysans, l’adverbe “superfinement”. C’est un hapax.

J’aime l’hommage de Lucie Ferraille, son nom et son conseil de lecture. Ses propres textes sont pas mal étranges eux aussi.

Que Steph aussi soit remercié pour sa fidélité et sa gentillesse ! Il faudrait que je me décide à créer une colonne de liens vers les blogs que je lis, dont le sien

 

Je vais enfin répondre par une pirouette à la prolifique mais fort bienvenue Aurélie, qui est, comme vous l’aurez compris, l’une de mes (déjà) ex-étudiantes. Vous écrivez (sous influence) : That’s the end of my story. Je vais vous aiguiller vers un autre de mes écrivains fétiches, Breyten Breytenbach, dont le plus beau roman, Memory of Snow and of Dust, commence ainsi (sous la plume de Meheret)

This is where your story starts

et finit ainsi (sous la plume de Mano)

This is where my role ends

Je n’en écris pas plus: qu’il suffise de dire que Breyten Breytenbach est l’un des écrivains les plus importants du vingtième siècle (et au-delà, sans doute). Cette pirouette est aussi une manière de vous inviter, peut-être quand vous aurez plus de temps, à créer votre propre blog... non ?

Ai-je le droit d’ajouter que la note « Au Musée d’Ayala » est l’une de mes préférées et que je recommande que vous vous y replongiez, les uns et les autres ? Les peintres et les toiles dont il y est question existent bel et bien, de même que le Musée du titre.

 

Il faudrait aussi que je vous rappelle que l’une des rares notes « à contenu » (comme on peut, vilainement, dire), qui fut publiée hier, et, sans doute noyée sous les flots continus de ma pénible prose, n’a pas attiré l’attention que mérite son objet : la scandaleuse proposition de loi visant à rétablir le délit de blasphème. J’aimerais bien que nous débattions de cela, ce qui permettra de quitter les terres trop éthérées (ouah, celle-là, il fallait l’oser) de ma vague littérature (que le sens trop précis rature, as you know).

Aurélie a signalé que le caractère chimérique du concept de Dieu était ce qui en faisait le charme, et j’en tombe assez d’accord. Que Dieu soit l’affaire d’une pratique personnelle, ou une vue de l’esprit (au sens large et noble du terme), ne me gêne pas – mais je reste convaincu de la nécessité de « mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente ». Or, ce projet de loi nous enfermerait dans le déni de liberté et le risque de violences religieuses toujours plus meurtrières.

Je suis d'accord avec Denis et Martine, si ce n'est que, pour moi, la nuance entre athée et agnostique traverse aussi cette frontière : l'athée est celui qui combat les religions. La loi voulue par Jean-Marc Roubaud ne gênerait guère les agnostiques, mais elle empêcherait, de facto, aux athées comme moi de pratiquer ouvertement leur athéisme, c'est-à-dire la critique constructive des duperies sur lesquelles se fondent bon nombre de credos. J'ai écrit "pratiquer leur athéisme", car l'athéisme peut parfois sombrer dans les travers qu'il est censé dénoncer : intransigeance, conviction de détenir la vérité, etc. Travers dont il faut se garder, mais, si délit de blasphème il y a, il faudrait, idéalement, que les athées puissent attaquer toutes les déclarations officielles de représentants religieux qui sont une atteinte aux croyances des athées... J'ajoute, pour Marc, qu'il ne saurait y avoir, de mon point de vue, d'excès de laïcisme : la laïcité doit être appliquée strictement, point. Les parents d'élèves qui ne l'acceptent pas peuvent aller voir dans le privé si j'y suis.

 

 

* Grâce à ce stratagème, le nom de MuMM n'apparaît presque pas dans la colonne des commentaires, et je risque de gonfler artificiellement les statistiques. Quel roué, ce MuMM !

10:30 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (8)

jeudi, 23 mars 2006

Délit de blasphème... non merci !

    Il y a trois jours, je n'avais encore jamais entendu parler de Jean-Marc Roubaud, député UMP du Gard, dont je ne sais s'il est apparenté au grand Jacques Roubaud, le compositeur de mathématiques et de poésie qu'extrêmement je chéris (il est originaire du Gard ou de l'Hérault, d'où cette interrogation).

Le député, lui, est l'auteur d'une proposition de loi visant à réinstaurer le délit de blasphème. Ni plus ni moins.

Mes lecteurs anciens savent combien je tiens à la liberté d'expression, aux acquis de 1789 (qui incluent le droit au débat, à la libre pensée, à l'agnosticisme et à l'athéisme) et de 1905 (la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'étant pas faite pour les chiens, je le rappelle).

Voici donc, pour servir au débat qui peut avoir lieu dans ces colonnes:

  • le texte de la proposition n° 2895, dont M. Roubaud est l'auteur
  • la réaction de l'Observatoire du communautarisme
  • l'opinion de Sotek (Agora Vox)
  • le point de vue de Claude Courouve, dont je ne partage pas les motifs (islamophobie, en grande partie, ce qui est à cent lieues de mon raisonnement), mais qui, sur le texte de J.-M. Roubaud, est assez juste.

 

Je n'ai pas trouvé de réaction favorable à cette proposition de loi, à part le Communiqué de l'Union des Associations Musulmanes de la Seine-Saint-Denis (UAM-93), publié le 17 mars 2006, mais j'accueillerai volontiers dans ces colonnes tout lien vers un texte soutenant la proposition de loi.

Pour ma part, je suis férocement hostile à ce que le délit de blasphème soit reconnu comme un crime, car je veux continuer de vivre dans un pays libre, ce qui signifie aussi que je veux avoir le droit de dénoncer les dérives des ultra-catholiques qui terrorisent les enfants, des islamistes qui font péter des bombes, des fanatiques juifs qui refusent toute avancée sur la Palestine, des mormons ou des témoins de Jehovah qui emmerdent le monde avec leur prosélytisme, etc. Je veux être libre de dire que je crois pas en Dieu, que Dieu, pour moi, est une idée vide, un concept chimérique, et qu'au nom de Dieu sont morts des dizaines de millions d'êtres humains. Je vous renvoie aussi vers un débat qui a eu lieu en d'autres temps, en d'autres colonnes, à propos de l'affaire des caricatures de Mahomet.

Petit détail qui pourrait bien avoir son importance, même si c'est par le petit bout de la lorgnette : M. Roubaud est membre des groupes parlementaires d'amitié France-Brunei et France-Qatar, mais aussi président du groupe France-Biélorussie, ce qui, plus encore dans le contexte actuel, montre que "cet homme de droite est également ouvert au dialogue avec les dictateurs post-soviétiques" (Caroline Fourest, Charlie-Hebdo du 22 mars 2006, p. 8).

09:08 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (6)

Outil précis

    Minuit dix.

    0 pour cent des visiteurs quotidiens arrivent en moyenne avant 0:09. Sur la base du nombre de visiteurs de 3 d'aujourd'hui jusqu'à ce moment, votre site peut atteindre aujourd'hui 695 de pages vues (+/- 400).

Nous vivons une époque formidable.

 

~~~~ Bonus I et II ~~~~

04:10 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (5)

mardi, 21 mars 2006

Quatre-vingt-quinze fois sur cent

    Au stand des éditions christianbourgois (maissiceluiquineveutplus qu’onutilisedesmajuscules etpuisbientôtonvaaussiabolirlesespaces), j’ai feuilleté les trois premières pages, hilarantes, du chef-d’œuvre (ainsi est-il annoncé) de Roberto Bolaño, qui vient de paraître.

Je n’ai pas lu tous les livres du Chilien, mais enfin une demi-douzaine quand même. Celui-là a l’air très drôle. Je l’achèterai au Livre, le seul vrai libraire de Tours (Le Livre : place du Grand Marché (je ne me lasse pas de lui faire de la publicité, car il le vaut bien)). Je n’ai pas résisté, comme le savent ceux qui parviennent à suivre le fil(m) mouvementé de ces derniers jours, à acheter le dernier Vila-Matas, en cours de (délicieuse) lecture – mais je me suis conservé Bolaño pour une ultérieure razzia, d’autant que le libraire tourangeau m’a confié qu’il avait vendu soixante exemplaires d’Etoile distante et que j’ai le tempérament moutonnier (qui l’eût cru ?)

 

Bref… Au cours de ce feuilletage de bon aloi, j’entendis l’échange suivant entre un monsieur d’une quarantaine d’années, bien vêtu, et l’une des jeunes filles qui tenait le stand :

« – Vous faites un prix pour le Salon ?
– Ah non…
– Ah, ben, je l’achèterai à la FNAC alors. »

Cette dernière réplique dite d’un ton sauvage, vitupérant, français peut-être, accompagné d’un départ brusque, en reposant théâtralement le livre sur la mauvaise pile (et en me bousculant légèrement, de surcroît).

Que l’on tienne viscéralement à réaliser deux euros d’économie par ci, cinquante centimes par là, je le comprends fort bien (même si, à titre personnel, je m’en balance). Mais de là à manifester son mécontentement de cette manière, il y a un pas, de géant même, d’autant que le plus ridicule, dans cette histoire, est qu’il ne faisait pas vœu de boycotter l’éditeur ou Dieu sait quoi de vraiment théâtral : en quoi cette pauvre gamine allait-elle être touchée par une déclaration solennelle de cet ordre ? désormais, j’achèterai les livres des éditions Bourgois à la FNAC… mais faites, mon brave monsieur, du moment que vous continuez à lire nos auteurs…

 

[Et toujours en bonus, la note évanouie...]

16:45 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (2)