mercredi, 19 mars 2008
Station balnéaire transformée en citrouille (version 266/313)
Boulangerie bondée
– il n’y a ailleurs âme qui vive – : l’air
songeur il ressort,
contemple le fronton, les
affiches décolorées, un
recueil de Rose Ausländer (et ses provisions) à la main, ne
redémarre pas tout de suite :
on l’a retrouvé pendu à un pin
sec, noueux, robuste, gavé de
sandwiches engloutis
en un temps record.
22:26 Publié dans Zézayant au zénith | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, fiction
Station balnéaire transformée en citrouille (version 831/1000)
Un midi ensoleillé d’hiver, une voiture vert pâle s’arrêta près de l’épicerie. Un homme en descendit. Acheta du magret fumé, du camembert et des pommes. Un recueil de poèmes de Rose Ausländer dépassait de la poche gauche de son blouson.
Une femme et son fils, qui jouait sur le terrain du fronton, le virent se diriger vers le cinéma, longer l’office de tourisme. À la boulangerie où attendaient déjà quatre personnes, il a acheté deux baguettes, puis, après s’être attardé quelques minutes à interroger du regard les affiches décolorées, il est reparti vers sa voiture, l’air songeur, inquiet peut-être. Il n’a pas redémarré tout de suite.
Quelques heures plus tard, on l’a retrouvé pendu à un pin, au bord de l’étang de Sanguinet, près d’une plage – comme les autres – déserte. Il avait mangé, sous forme de sandwiches et en un temps que les légistes ont estimé proche du record, la totalité des aliments qu’il avait achetés à l’épicerie.
On n’a jamais rien su de ces détails, dans son village natal.
20:25 Publié dans Pêle-mêle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction, écriture, littérature
Station balnéaire transformée en citrouille (version 1110/1333)
Un midi ensoleillé d’hiver, une voiture vert pâle s’est arrêtée près de l’épicerie. Un homme en est descendu, qui acheta du magret fumé, du camembert et des pommes avant de demander le chemin de la boulangerie. Tandis qu’une femme et son fils jouaient sur le terrain du fronton – l’enfant faisait du vélo et la femme lui courait après en l’acclamant – il s’est dirigé vers le cinéma, a longé l’office de tourisme, tous deux fermés bien sûr. À la boulangerie, où – curieusement tant la petite ville semblait déserte – attendaient déjà trois personnes, il a acheté deux baguettes, puis, après s’être attardé quelques minutes à interroger du regard les affiches décolorées, les lambeaux de nuages gris, la peinture écarlate du fronton, il est reparti vers sa voiture, l’air songeur, inquiet peut-être. Il n’a pas redémarré tout de suite.
Quelques heures plus tard, on l’a retrouvé pendu à un pin robuste quoique calciné, au bord de l’étang de Sanguinet, dont les flots désespérément bleus baignaient les plages désertes. Il avait mangé, sous forme de sandwiches et en un temps que les légistes ont estimé proche du record, la totalité des aliments qu’il avait achetés ce midi-là à l’épicerie. Un recueil de poèmes de Rose Ausländer dépassait de la poche gauche de son blouson.
On n’a jamais rien su de ces détails, dans son village natal.
17:23 Publié dans YYY | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction
Station balnéaire transformée en citrouille (version 1080/1295)
Un midi ensoleillé d’hiver, la voiture vert pâle s’est arrêtée près de l’épicerie. Un homme en est descendu, qui acheta du magret fumé, du camembert et des pommes avant de demander le chemin de la boulangerie la plus proche. Tandis qu’une femme et son fils jouaient sur le terrain du fronton – l’enfant faisait du vélo et la femme lui courait après pour l’encourager – il s’est dirigé vers le cinéma, a longé l’office de tourisme, tous deux fermés bien sûr. À la boulangerie, où – curieusement tant la petite ville semblait déserte – attendaient déjà trois personnes, il a acheté deux baguettes en profitant d’une promotion, puis, après s’être attardé quelques minutes à interroger du regard les affiches décolorées, les lambeaux de nuages gris, la peinture écarlate du fronton, il est reparti vers sa voiture, l’air songeur, inquiet peut-être. Il n’a pas redémarré tout de suite.
Quelques heures plus tard, on l’a retrouvé pendu à un pin robuste quoique calciné, au bord de l’étang de Sanguinet, dont les flots désespérément bleus baignaient les plages désertes. Il avait mangé, sous forme de sandwiches et en un temps que les légistes ont estimé proche du record, la totalité des aliments qu’il avait achetés ce midi-là à l’épicerie.
On n’a jamais rien su de ces détails, dans son village natal.
[Série de textes écrite le 21 février dernier.]
15:22 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fiction, écriture
vendredi, 29 février 2008
29 fées vrillées
12:00 Publié dans Clés du sol | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : fiction, écriture
jeudi, 28 février 2008
Gare de Facture (version 1089/1295)
Les gravelots et les goélands dansaient dans les nuages, à moins qu’on ne crût les voir nager à la surface des vaguelettes, dans la rade. De toute manière, peu importait, c’était un orage d’opérette.
Ornette brandit les bannières, l’orage de tomber en miettes. Le jour soupèse ses chances, dans le faux petit jour gris, au-dessus du port d’Arcachon. Les plaisanciers ont délaissé leurs bateaux, qui tanguent comme des fourmis désœuvrées, malades peut-être. Les jetées à hauteur d’épaule se mouillent de cette écume inusuelle, tombée du ciel, et sans la saveur des envolées harmolodiques.
L’espace constitué de milliers de minces points blancs colporte des cris, des rumeurs lancées contre les coques de bois. Les lueurs rougeoyantes sur fond de ciel pluvieux pétrole – à ne pas prendre au tragique. Trouée dans la nuit brune aux paupières lourdes, le seigle s’envole en feuilles de brume, puisque le jour enfin se lève, à force de se triturer les cornes, de tituber sous les coups de faux de la grisaille.
Un envol lave l’air. Le soleil peine à poindre. Nous aurons d’autres insomnies, d’autres nuits à pleurer les embrassades, le traversin chiffonné de désespoir. Nous verrons d’autres gravelots griser les nuages, d’autres goélands croiser au large. Le cor d’Ornette fait taire même les mouettes.
12:10 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction, littérature, jazz, écriture
Gare de Facture (version 318/381)
[ 20.02.2008., toujours ]

Ornette brandit les oriflammes, l’orage de tomber en miettes. Le jour soupèse Arcachon. Les promoteurs ont tout salopé ; l’anarchie règne ; seul un quartier a gardé une part de splendeur harmolodique. Les lueurs rougeoyantes sur fond de ciel pluvieux pétrole – à ne pas prendre au tragique. Trouée dans la nuit brune aux paupières lourdes, le seigle s’envole en feuilles d’écume.
06:30 Publié dans ABC*ACB | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction, écriture, photographie, arcachon
mercredi, 27 février 2008
Gare de Facture (version 410/500)
Ornette brandit les oriflammes, et l’orage tombe en miettes, cendres pour branches.
Le jour se lève sur Arcachon. Les promoteurs ont tout salopé, bien sûr ; l’anarchie règne dans la station balnéaire ; seul un quartier, ou deux, a gardé une part des tonalités harmolodiques.
Les lueurs rougeoyantes sur fond de ciel benzène dorment d’un sommeil tardif, à ne pas prendre au tragique. Trouée dans la nuit brune qui luit aux paupières lourdes. Le seigle s’envole en feuilles de papier d’écume.
23:23 Publié dans 410/500 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction, écriture
Dans la pâleur des unissons
[ 17.02.2008. ]
Dans la pâleur des unissons. Ce matin, tôt, profitant d’un accès inattendu à Internet, je consultai rapidement ma messagerie électronique, et, en contrôlant aussi les dernières photographies publiées sur FlickR, je constatai que Renaud Camus s’était rendu, en juillet dernier, sur les traces de William Beckford, à Bath. Quelques heures plus tard, à peine, j’ouvris un livre à la couverture rouge qui traînait dans la bibliothèque de mes parents, La Taverne du doge Loredan : dès la première page, il y est question de William Beckford.
Vathek et Woyzeck se battent dans un duel au poignard sépharade.
Dans Child of God, un enfant arrache, de la bouche, une patte d’oiseau vivant. « It’s his to kill if he wants to... »
Féline, la déesse Bastet veille sur les coïncidences littéraires.
13:13 Publié dans 721 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fiction, littérature
Fonte
[ 14.02.2008. ]
Dans l’âtre sifflent les bûches ; bien sûr, il en est toujours ainsi. Le sifflement même désigne la chaleur de l’hiver, évoque les gros romans riches en rebondissements lus lors des veillées, le cliquetis des pincettes et l’odeur de cendre chaude des tisonniers. Même les vieilles paysannes qui ramassent les fagots et les lient n’ont rien de pareil, pour les images d’Epinal. Alors, les bûches sifflent désespérément dans l’âtre, sur la plaque de fonte, face aux jours lunaires.
11:10 Publié dans Soixante dix-sept miniatures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction, écriture

