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mardi, 10 mars 2026

“M. prend la bouscarle” (mallégorie)

En un mois j’ai bien sûr joué des centaines de parties – une partie ne prend que 3 ou 4 minutes en moyenne – mais rien écrit. Travaillant en parallèle sur les formes allégoriques, approfondissant comme jamais avant peut-être dans mes études littéraires la façon dont se constituent les allégories, et plus encore la façon dont on interprète – lecteur·ice, spectateur·ice d’une œuvre d’art – quelque chose comme une allégorie, je réfléchis beaucoup à cela, au façonnage, qui est un forçage. On commence à voir de l’allégorie là où il n’y en a peut-être pas, on force. Je m’amuse ponctuellement à demander à mes étudiant·es de forcer, et il y a vraiment deux catégories : les réticent·es absolu·es et celleux qui s’en donnent à cœur joie.

Pour en revenir à la possibilité de faire œuvre à partir des parties aléatoires d’un jeu qui ne l’est pas tant que cela (aléatoire), il restait toujours la possibilité, la facilité de faire forme à partir des résultats chiffrés. Mais cela, justement, c’est s’en sortir ; ce n’est pas s’efforcer ni forcer, c’est se soustraire.

Faire forme à partir des résultats chiffrés : cela reste une possibilité complémentaire. On y viendra, sans doute.

Mais là tout de suite pas encore.

Peut-on risquer le forçage allégorique ?

Peut-être, mais après coup. [Il faudrait écrire : après coups. Sur le motif, pas le temps.]

 

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Dans cette partie du mardi, Lobo est opposé à Meami. L’insertion de la capture d’écran annonçant le résultat final dès ce paragraphe est un savant divulgâchage : L. a perdu, va perdre dans quelques lignes, vous l’avez déjà vu.

Après prise des papillons par M., L. réplique : rideau de cerisier et ruban simple de glycine. M. est un ennemi de la biodiversité ; L. place un rideau près des cerisiers pour attirer les insectes et nourrir les chauve-souris.

Au deuxième coup, L. pose et conserve le phénix, ne pioche rien.

Après le troisième coup, M. a cinq cartes de plaines. Les bulldozers sont dans la plaine.

Après le cinquième coup, il en a sept, et quatre rubans, plus la coupe de saké. Bien sûr, les destructeurs de l’environnement sont ivres de pouvoir. Ils se décorent à qui mieux mieux.

Au sixième coup, il chipe la grue. Même les migrateurs alors.

Au septième coup, il pourrait marquer 1 point (9 plaines + la coupe), mais risque le koï-koï. Le capitalisme est toujours si vorace.

Au final, personne ne marque rien. Ça arrive. Est-ce que ça arrive que la voracité du capitalisme soit tenue en échec ? Momentanément, sans doute. (On a vu plus haut que M. a gagné.)

 

La 2e manche commence presque comme la 1: papillons pour M., + 1 paire de plaines ; poète pour L. Au 2e coup, L. prend le coupe de saké et le phénix. Et au 3e il pioche la lune, donc il met fin à la manche et empoche ses 5 points. La victoire provisoire des militant·es (Extinction rébellion, Soulèvements de la terre ?) s’est faite de nuit (sous la lune), en catimini, dans une forme d’ivresse mesurée (L. n’a pas cherché à faire durer l’avantage du saké).

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La 3e manche commence avec l’attaque de L. qui prend le ruban d’érable avec le sika. M. prend la bouscarle. Après 4 coups, L. a sept plaines et trois animaux, deux rubans seulement. Au septième coup, malgré un yaku, M. doit relancer (11 plaines donc 2 points seulement). L. ne prend rien. M. prend la lune, pioche la grue, marque in extremis les trois lumières auxquelles s’ajoutent les 3 points des 12 plaines. Le capitalisme extractiviste triomphe.

L. est défait. Le capitalisme extractiviste triomphe.

L’envie de tenter l’allégorie est également défaite. Non, en fait, on l’a écrite sur le côté, après coup, après coups (et blessures). Ce forçage est-il une reprise du forçage des ressources naturelles par le capitalisme extractiviste ? Du forage ? Une partie de Koï-Koï peut-elle dire la tragédie du monde ? M., l’adversaire, se nommait Meami : Miami ?

On fera ça une autre fois. Non, le mal est fait. Ne pas résister à la tentation d’appeler ça une “mallégorie”, une allégorie qui fonctionne mal, une allégorie viciée, et avec un mot-valise : mallégorie

 

Par contre, la partie, avec 1 manche nulle, 1 manche gagnée à 5 et 1 manche perdue à 18, offrirait des possibilités du côté de l’esquive par les chiffres.

 

15:21 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

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