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dimanche, 12 mars 2017

Rebattues

13-16 mars 2017

 

Les vieilles chaussures, on les balance à Labenne, alors qu'on pourrait très bien ne pas les balancer à la benne, et ce n'est pas dans l'océan qu'on les balance, ce n'est pas à la figure des balances, on balance les chaussures, comme on balance les jambes au bord du ravin, au bord de la dune, à Labenne, ce n'est pas les chaussures qu'on balance mais c'est l'espoir et la mémoire, on balance ce qu'on veut à la poubelle, on est chez nous, on se balance de ce qu'on veut au bord de ce qu'on veut, et c'est ça le don de courte vue.

 

* * * * * * * * * * * * * * * * 

 

---------------------J’ai vu languir, au fond de la vallée,
---------------------Un arbrisseau qu’oubliait le bonheur.

Paul, en se levant, apperçut un pavillon blanc arboré sur la montagne de la Découverte. À la place de mon arbalète, l’albatros était suspendu à mon cou.

Le carrosse se couvre et se remplit d’hommes, se hérisse d’arquebuses, se transforme en redoute... et vous, habitants de la montagne, qui picorez l'olive sauvage ou l'arbouse, accourez vite à mon appel ; trioto, trioto, totobrix. — Mon âme veuve les jalouse.

 

Dans la salle d'attente où je lis Nimrod une mère avait besoin d'aller chercher un cartable dans la voiture garée non loin, et j'ai donc proposé de garder un œil sur Mélodie, qui n'avait pas l'air enthousiaste mais qui, en deux minutes, m'a confié qu'elle était en grande section avec Mme Tonka (?) qui est 《 aussi gentille qu'une Maman et mieux gentille que le papa Noël 》. Plus tard, la mère revenue, je prête à Mélodie mon ballpoint noir pour qu'elle puisse dessiner, en une intéressante synesthésie.

 

* * * * * * * * * * * * * * * * 

 

Their Clergy rouz'd from Laziness
Laid not their Charge on Journey-Bees.

__________________________

Dans le premier mouvement du Concerto pour cor anglais de Josef Fiala, après la façon dont les mesures de cor solo ouvrent délicatement la voie à l'entrée du véritable soliste, tout est plat, rebattu.

 

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 14 mars. Première fois de l'année que je profite du soleil sur la terrasse, et, dans un essai d'exagération de mon côté Rilke, ce n'est pas un poète que j'ai, mais trois poètes : l'excellent Nimrod, le dernier recueil de proses brèves de Maulpoix, et, last not least, les poèmes de Warsan Shire dans la traduction toute chaude sortie des presses de Sika Fakambi.

 

 * * * * * * * * * * * * * * * * 

 

Toi, Thymber, le glaive de Pallas a fait rouler ta tête sur la poussière, beau débrideur de messes, beau décrotteur de vigiles. Il se mit à vagir et à hurler, et les commères accoururent, croyant qu’elle avait voulu le tuer.

Sur la table de marbre ou sur un bloc de glaise
························Donc honorons Hermès.

Les glaives, les couteaux, sont déjà préparés.En ces sortes de feinte il faut instruire & plaire. Les cochons renversèrent sa bière pendant qu’on chantait les vigiles, et l’enfant roula sur le lit, entre ses cuisses, au milieu d’une mare d’excréments et de glaires sanguinolentes.

Le Ciel est rose et bleu pour plaire à la Marquise.

16:07 Publié dans Les Murmures de Morminal, MAS, MUS, Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 02 février 2017

How To Be Both

Untung-untung

    2 février 2015

Bon, bon, bon, j'ai procrastiné bêtement, comme d'habitude, et je dois rendre à la B.U. How to be Both et The Prisoner of Paradise, sans avoir pris le temps d'écrire quelques notes au sujet de ces deux livres. Comme ils m'ont tout de même marqué, je note ça ici. Et aussi thank Nobodaddy for libraries, or else I would be buried under books.

2 février 2016

Cover me, come on baby, cover me

Well I'm looking for a lover who will come on in and cover me

 

2 février 2017

Deux heures intenses. Ce qu'il faut pour tout accomplir, lire une existence — conjugaison de corps.

16:23 Publié dans Les Murmures de Morminal, MUS, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 31 janvier 2017

2803, dans la guildiverie

« L'histoire du chauffeur de notre guildiverie, Joseph, un noir d'Anjouan, et des couches de sa femme, n'est pas racontable. »

(Paul-Jean Toulet. Journal & Voyages, 15 septembre 1886. In Œuvres complètes, Bouquins, p. 1025)

 

Bon, je m'attaque à Toulet, oui, et alors ? Je m'attaque, je m'attaque, c'est bien militaire tout ça. Vous le savez, je suis pacifique. D'ailleurs, une preuve : mon œuvre est un océan. Je joue, je m'attaque, je mets en joue, ha ha.

Reste que ça ne dit pas ce qu'est une guildiverie.

Donc on se trouve contraint d'aller chercher la guildive dans le TLFI : ”Eau-de-vie préparée à partir de mélasses ou de jus de canne à sucre” (Clém. Alim. 1978). Synon. tafia. Ils mirent leurs trophées dans un baquet de guildive (Borel, Champavert,1833, p. 103). Et la guildiverie dans le Littré : « Nom, à l'île de la Réunion, de l'industrie qui fabrique les araks et les rhums. »

Ça alors ! Moi qui ai fait rimer, il n'y a pas trois jours, Michalak et arak !

3549881222509_1.jpgBah, peu importe la coïncidence. Ce que je voulais dire, où je voulais en venir, c'est à l'inénarrable. On dit inénarrable pour quelque chose qu'on va justement vous narrer, quelque chose de pittoresque, qui appelle le récit comme on dit (et déjà cet usage d'appeler laisse à désirer). Or, là, dans son Journal, Toulet lance quelques mots, et surtout « couches de sa femme » (expression qu'il faudrait sans doute traduire en français contemporain par accouchement (je frémis d'imaginer ce que donnerait cette phrase sous la plume d'un candidat à l'agrégation*)). Tout ça pour dire, un peu comme Wilde l'aurait fait (le ferait ?), quelque chose de profondément indécent tout en se donnant les gants d'un victorianisme fin de siècle. Ce n'est pas du tout comme dans les journaux de Samuel Pepys, où n'importe quel lecteur baragouinant le français et le latin comprend ses coucheries avec des prostituées — codage vraiment peu dissimulateur.

D'ailleurs, la phrase commence par L'histoire... et en fait, il y a deux histoires, non ? l'histoire du chauffeur et celle de l'accouchement ? ou alors, c'est le chauffeur qui a raconté une histoire salée au sujet de l'accouchement de sa femme. Et l'arak dans tout ça, hein ? Le compte n'est pas juste, l'addition tombe en faux, et si ça n'est pas racontable alors le conte n'est pas juste non plus.

On aurait dû s'en tenir aux Contrerimes.

 

* Mais enfin, il ne faut pas tout confondre. La phrase suivante est tout aussi difficile à traduire : « Championne de car wash, la candidate de "Secret Story 10" est habituée à s'afficher en petite tenue et à trémousser son corps. »

11:17 Publié dans Droit de cité, Les Murmures de Morminal, Tous—les attraits | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 31 décembre 2016

Verbes

    Le matin, dans la maison où l'on s'est réinstallés puis où tout a été chamboulé pour les festivités de fin d'année, se lever tout de même en espérant ne pas réveiller la famille, se faire réchauffer le café âcre de la veille, pousser le chauffage (hier on n'a pas décollé des températures négatives), pianoter en sirotant l'amère potion réchauffée au gaz, savoir que l'on a encore ces centaines de documents à corriger avant le 10 janvier, n'en pouvoir mais.

L'accumulation d'infinitifs désoblige la lecture.

Pourtant, il en est ainsi.

Est-ce qu'il sera possible de se tenir à un agenda en 2017, ou est-ce, d'avance, peine perdue ?

Je regarde le profil de la statuette-poulie qui se découpe sous la lampe d'architecte, parcours du regard le bazar de ce bureau — la page du petit calendrier à décembre 2016, cette photographie dont je pense qu'elle a été prise à Loches par Éric en 2015, mais comment en être sûr ?

L'accumulation de questions inquiète, désarçonne, à la veille du Nouvel An.

07:13 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 04 décembre 2016

Flush calvaire

    Ce matin, j'ai jeté un (gros) œil à Flush de Virginia Woolf, pas lu depuis une bonne dizaine d'années, et ce parce qu'on en a parlé avec Claire Placial. Horreur, contrairement à mon souvenir, le chien d'Elizabeth Barrett Browning — qui donne son titre au livre — n'y est pas narrateur, de sorte que j'ai dit n'importe quoi à Claire. Enfin, j'espère qu'elle ne m'en voudra pas ; il y a plusieurs passages en point de vue interne.

En début d'après-midi, restant pendant une heure et demie — dans un certain froid — accoudé à la rambarde qui entoure la patinoire éphémère (j'y veillais sur les jeux d'Oméga et de son ami L*), j'ai enfin commencé la lecture de Calvaire des chiens. Le chien, décidément. Une page, déjà, me rappelle Black Dogs d'Ian McEwan (qui est postérieur). Magnifique début, en tout cas, entrecroisant les fils de la ville désemmurée, du film à faire, de l'écriture de l'écriture du scénario, et last, not least, l'influence du récit selon Thomas Bernhard, avec ce rapport très particulier à l'insertion (on ne peut parler ni de transcription ni de reprise) de la langue allemande au sein de la langue française.

Comme j'avais lu, le matin même, dans Contemporains, ce que François Bon a écrit de Beckett et de Sarraute (mais aussi de Duras écrivant à partir des années 70 les romans qu'écrirait Marguerite Duras), tout cela résonne (résonna).

Or, j'en suis revenu à ma conversation facebookienne avec Claire Placial, car dans les 40 premières pages de Calvaire des chiens (j'en suis là), il y a plusieurs allusions à Hofmann — et Claire fait étudier à ses L1 Le chat Murr. Autre bestiole, cette fois narratrice. Il y a aussi, je m'en avise, qu'avec Mathilde R. a fait récemment une allusion aux chiens de Disgrace (à certaine remarque étonnante du metteur en scène de l'adaptation théâtrale de Disgrâce, en fait) et moi, du coup, à Dog Heart de Breyten Breytenbach.

Bref, tout est dans beaucoup, sinon dans tout.

22:33 Publié dans Fall in Love, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 14 novembre 2016

posé un compocerto

16 novembre 2013

    Sur le piano piano girafe

J'ai posé un compocerto

J'ai laissé l'andante en carafe

Et pianoté sous ton agrafe

Sur le piano piano girafe

 

Tes mimiroirs sont des mimiques

Tu joues bien de l'ophicléïde

Je mords dans tes joues de sirène

En tapant le piano chimique

J'ai posé un octuorène

Nocturne sur le cou coupé

De la girafe au mimiroir

17:45 Publié dans Knobs & thorns, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 31 octobre 2016

Bref bilan

    Le dernier jour d'octobre est souvent, je ne sais pourquoi, l'occasion d'un bilan.

Curieusement, je n'ai pas trouvé, dans les archives de précédents 31 octobre, de quoi écrire un billet pour le journal en stéréo.

En revanche, je peux tracer ici un bilan sommaire de ces dix jours landais : en quatre jours à Hagetmau, j'ai traduit une quarantaine de pages de Ngũgĩ, mais rien à Cagnotte. Commencé aussi à tenir des carnets de traduction au fur et à mesure que j'avance dans ce qui sera peut-être un projet de longue haleine.

Promenades : Aubagnan, Pau, marais d'Orx, la Salamandre (bien sûr), la Fougère à Tyrosse.

09:48 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 16 octobre 2016

Pas encore ce soir

    Course contre le temps, envie d'écrire des poèmes, envie de lire et surtout ça fait cinq jours que je n'ai pas traduit une ligne, me mettant ainsi déjà en retard sur des délais imaginaires, au lieu de quoi chimériquement je transcris des relevés de notes jusqu'à quelle heure le soir, je ponds des lettres de nomination officielle que je scanne une à une avant de les envoyer à l'étudiant-e ou directement à l'université partenaire, à quoi ça rime, à quoi ça frime, le scanner maladroitement fait tout ça plus lentement encore que moi, et je m'use un peu, il me reste tant de choses à faire avant de pouvoir aller au lit, encore ce soir je ne lirai guère, encore cette nuit je ne traduirai pas. — On se coupe les ongles dans la grande dérobade du temps sous le carrelage, les rainures dans la salle de bains sont les fines lignes de toute radiographie, la feuille s'émiette quand les yeux partent en vrille, et pourquoi alors repenser aux carreaux vieux rose de l'ancienne salle de bains, dans la maison quittée fin 2008, ou même aux bains pris avec ce savon spécial très puant et corrosif prescrit par notre amie la dermatologue à Beauvais contre l'infection au pityriasis rosé de Gibert ? — Pas encore ce soir la grande moutonnière accoutumée brairie, pas encore ce soir qu'on brait, pas encore qu'on échappe aux souvenirs étoilés.

22:01 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

Face à ce qui se dérobe

    Je n'avais jamais lu Face à ce qui se dérobe.

« Une fonction n'avait plus envie de fonctionner. »

Or, hier, hors de cour, j'ai enchaîné. Enchaîné, c'est difficile. Quel texte, quels textes. Comment Michaux donne, non l'envie d'avoir le bras cassé — ni les 27 os de la main ni rien d'autre, ce n'est pas là que ça se joue —, mais la perception de ce qui se trame dans un corps, ce qu'on ourdit, ce qu'un individu seul machine pour prendre corps, pour être aux prises avec sa propre machinerie.

On ne peut pas lire ça à la dérobée.

La musique si particulièrement échafaudée des pages sur la sanza (qu'il orthographie, même au singulier, avec un -s final) n'autorise aucune dérobade.

Peu importe que les microbes s'avancent en robe ; ce qui se joue n'est pas un jeu, mais telle musique, telle savante orchestration, exploration du trop-plein de sensations. Comment la langue de Michaux — comment quelque chose qu'il cherche à s'approprier et à nous jeter à la face, à regimber pour mieux nous balancer à la figure la cadence et la force des cinq sens — peut-elle encore nous surprendre ? (J'emploie ce nous comme lui, en majesté.)

« Musique, non comme langage, mais musique pour passer l'éponge sur les aspérités et les contrariétés de la vie quotidienne. »

Le sol se dérobe, bien sûr, mais le texte, qui se force, se fortifie, s'affermit, s'aplanit, s'agglutine, s'alunit, s'accroche et s'enroule, tout ça sur la langue, le texte qui se fortifie sur la langue avec la vigueur du corps en parole, ne peut se dérober. Le texte est là pour rempart. Le texte est là pour résistance.

Et toujours avec lui cette lumineuse impossibilité à croire qu'en tâtonnant, qu'en pariant sur le non délibéré, il ait pu tomber pile sur cette orchestration éblouissante (avec lui comme avec Dubuffet).

Et finir dans l'inachevé, sur « l'autre vie, la contre-vie ». Celle aussi que lui nous tend, comme un filet ou une corde.

 

09:19 Publié dans Les Murmures de Morminal, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 25 septembre 2016

Pierre : Barrault ::: Tardigrade

    Des tardigrades, dont une très récente étude scientifique a démontré la résistance au vide spatial et fait miroiter d'étonnantes adaptations à l'être humain en condition extrême *, septembre nous a prodigué un échantillon littéraire, en l'espèce le petit recueil d'aphorismes — de notations, de récits brefs ? — de Pierre Barrault. “Tardigrade” est un mot qui a déja reçu ses lettres de noblesse, plus comme adjectif d'ailleurs (sous la plume d'About, de Hugo, de Michelet) que comme substantif (ainsi, encore pour Hugo, Sand ou le traducteur de Nietzsche en 1888, Henri Albert), et presque toujours sans rapport avec les singuliers animaux aussi nommés oursons d'eau, ce dont Barrault fait ses choux gras. Par un retour dont il ne faut être surpris, Barrault feint d'ailleurs, dès la couverture avec son dessin d'un tardigrade à chapeau melon, de concentrer ses forces sur la bestiole pour mieux faire oublier que le recueil est un éloge de la lenteur, de la marche pesante, de l'avancée alourdie... bref, de la tardigradité (if I may).

Il revient à chacun de se procurer ce livre et d'y trouver son compte — ou pas. Tardigrade appartient sans conteste à la lignée des textes incongrus dont Pierre Jourde a esquissé une généalogie dans Empailler le toréador. Dans l'esprit, il est cousin de Chevillard ; stylistiquement, il n'est pas loin (mais toujours à bonne distance (vertu de la tardigradité, sans doute)) de Michaux comme de Kafka ; dans la recherche quasi systématique du contre-pied, d'une vision du monde qui prend à revers, il lorgne plutôt vers Gripari...

Autant donner la parole au texte lui-même :

Mes arbres sont volontairement sans feuille et sans écorce, si bien qu'ils n'ont rien à perdre ou pas grand-chose. Ainsi du moins va-t-on tout de suite à l'essentiel. Quelques fruits tout au plus qui ne font pas semblant de mûrir. Pourris d'emblée. On gagne un temps fou. Ni porte ni fenêtre à ma maison dont les murs jamais ne s'effondrent et ne s'érigent pas non plus. Pas de toit, mais je suis en sécurité chez moi : on a beau chercher, on y trouve rien à saccager. Il arrive parfois que ma compagne soit enceinte, cela pourrait être un véritable désastre sans doute. Par bonheur, elle ne met au monde que de petits vieillards séniles et rabougris. En fin de vie déjà, pour la plupart, on sait alors qu'il n'est pas question de s'y attacher. Ne nous en laissent pas le temps de toute façon, titubent en grommelant à peine arrivés, nous maudissent une bonne fois, s'étalent pour de bon.

Tardigrade, L'Arbre vengeur, 2016, p. 60

 

 

* À se plonger dans le dictionnaire de Littré, il semble que la recherche scientifique ait beaucoup avancé depuis, et c'est heureux.

09:57 Publié dans Les Murmures de Morminal, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 08 septembre 2016

Exercice de staïle

    La marquise sortit à minuit de sa douche froide, pas du tout endormie. === Un type en chemise blanche reste seul dans le bus qui va si vite qu'on en raterait son arrêt.

Je suis fâché avec les pronoms personnels.

C'est bien ma veine : je choisis de prendre le bus de nuit qui passait treize minutes avant le tramway et me dépose plus près de chez moi. Bilan, le moteur coupe net après trois arrêts, boulevard Heurteloup, et le chauffeur sans autre explication : « Je repars dans vingt minutes ». Pas le courage de changer mes plans mais franchement il faut vouloir laisser sa voiture au garage...

Le plus sidérant : la jeune fille qui reste coincée vingt minutes dans le bus, attend stoïquement comme nous autres (je suis le vieillard de la bande) puis, le bus reparti, descend 500 mètres plus loin ! Ça me rappelle ce pote quasi géant qui préférait marcher 300 m pour aller à Alésia chercher le métro plutôt que d'aller directement à pied Porte d'Orléans.

Sur le pont un peu d'air frais.

Je sais je soliloque

Ça fera un billet de prose

Quand dans la rue tu admires la Grande Ourse vous vous dites qu'il vaudrait mieux reprendre les quatramways.

 

13:41 Publié dans Aujourd'hier, Les Murmures de Morminal, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 27 août 2016

[ sans titre ]

    bientôt

ou dans longtemps

 

on te verra

tu te verras

de haut comme pris par un drone

 

en train de quoi

de lire ou de jouer

 

de grelotter de froid ou crever en sueur

sous les tuiles béton

ton œil là dans la brise

à ne plus rien pouvoir écrire ni maudire

 

tous projets avortés

ébauches toutes laissées en chantier en perdition

 

de haut comme surpris

par le grand œil de rien

repère sans contrainte et visage sans forme

 

dans longtemps

ou bientôt

 

08:05 Publié dans La 42e Clandestine, Le terne XXIe, Les Murmures de Morminal, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 29 juin 2016

29062016 / 801

Screenshot_2016-06-29-08-01-50.pngIMG_20160629_080204.jpg

 

 

    Pas atteint rue Védrines (encore), en suivant, prestement, le fiston en trottinette, par le matin d'été frisquet, avec, dans la tête, pour rengaine du jour, “Deux ou trois choses pour elle” d'Yves Simon (c'est une camarade d'hypokhâgne, Maïténa, qui m'avait repiqué l'album Liaisons sur une cassette). — Il y a longtemps que la cassette est cassée ou perdue, ou qu'elle a été jetée, et dans quinze ans, qu'on ait pu écouter ça sur YouTube nous semblera pareillement brontosaurien. (Accélération technologique.)

09:45 Publié dans 1177 pas, Les Murmures de Morminal, MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 31 mai 2016

Quelque part à Argentan

Hier, 11 h 50.

    Quel abri reste-t-il contre les chevauchées fantastiques ? De quel monde héritons-nous quand nous tombons dans des débats tarabiscotés ?

La petite fille avait traversé l'enclos des fièvres sans un regard pour le bouc et sans cesser de chantonner la rengaine qui passait ce matin-là sur W9. Il lui arrivait de changer de disque, mais ce n'était jamais par hasard, c'était toujours parce qu'un coup de vent ou un coup de sang lui avait dicté une nouvelle mélodie, parce qu'elle s'était levée d'humeur joyeuse ou parce qu'elle avait perdu le nord en répétant ces exercices de violence. D'habitude, le bouc venait lui renifler le pantalon et elle lui parlait d'un air distrait tout en improvisant une musique qui permettrait à l'animal de se rappeler plus tard son passage et de savoir qui elle était.

Elle ne connaissait pas le nom du bouc, mais comme il ne connaissait pas son nom à elle, cela lui semblait normal. Les nombreuses fois où il était venu vers elle, matois et précautionneux, elle lui avait trouvé quelque chose d'italien, ce qui ne signifiait nullement qu'elle eût un quelconque don d'identification de nationalité, fondé peut-être sur la lecture de magazines de mode ou le visionnage de films, mais c'était là encore les exercices de violon qui lui avaient permis de répertorier toutes ses expériences dans de nombreuses catégories, tant et si bien que le bouc lui semblait plutôt italien par la vertu de quelque madrigal ou de quelque partita qu'elle avait eu l'occasion de jouer.

Avec le bouc, ce matin, ce qui se passait était un mystère. La fillette poursuivit son chemin sans semblers'en préoccuper. Elle chantonnait, toute la vérité du monde dans un chantonnement.

 

12:47 Publié dans Aujourd'hier, Élugubrations, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 23 mai 2016

Un chien dans un jeu de quilles

Dimanche 22, 9 h.

    Plutôt que me fier au rythme de mes pas, ou à l'odeur, de loin en loin, des lilas, j'aurais sans doute dû, oui, tenter de dénombrer les escargots des trottoirs.

Ils sont innombrables.

Innombrables, façon de parler. Je sais par exemple que, sur une portion très restreinte, entre la poste et le supermarché, j'en ai vu environ une douzaine. Les escargots ne sont donc pas innombrables, et encore moins indénombrables. Il y en a des jaunes crème, des marron rayés, certains, les plus beaux, dont la coquille est rayée de jaune et d'orangé, et on ne cesse de les éviter en marchant.

L'homme tête en l'air, le piéton, écrase forcément des escargots sous ses chaussures. L'homme tête en l'air, de toutes les façons, manque immanquablement la poésie du bitume. L'escargot qui glisse sur le gravier, cornes dressées vers le ciel, ne manque rien de cette poésie, Mais on ne peut rien lui arracher non plus.

La grande chèvre de la ferme peut, de temps à autre, boulotter un escargot avec sa coquille, l'escargot n'en demeure pas moins le plus fort et le plus savant. C'est ce que je me dis en marchant, en oubliant de dénombrer les escargots qui glissent sur le bitume. Je plisse les yeux et je n'en vois plus un seul.

Je deviens à mon tour le piéton enfermé dans sa coquille.

20:33 Publié dans Aujourd'hier, Élugubrations, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 03 mai 2016

Tragic error

Untung-untung

    3 mai 2013

16 h 24. Me voyant partir à 4 h moins 5, sachant qu'il pouvait y avoir du monde à la boucherie, ou des embouteillages au rond-point des Compagnons, elle pensait que ce pouvait être ric-rac ; or, me voici impasse du Colombier treize minutes à l'avance, à pianoter cette phrase, rôti de porc pain et asperges dans le coffre, à écouter "Magic Mirror".

 

3 mai 2016

Je ne peux savoir ce  qu'on me dira ce jour, puisqu'il commence à peine. Je temporise avant les deux dernières copies, et la douche, et le sofa, puis enfin le lit. Demain, au Bürgerbräukeller...

00:07 Publié dans Les Murmures de Morminal, Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 31 mars 2016

Aujourdernier

    Le premier jour de mars, c'était un mardi, et il faisait froid et gris, on pouvait passer un moment du côté de la gare en restant calfeutré dans sa voiture. C'était l'hiver, tout cela paraissait normal. On pouvait discuter, avec une forme d'insouciance.

IMG_20160331_111629.jpgAujourd'hui, jeudi & dernier jour de mars, pluie et froidure. Mon fils cadet — l'aîné est en voyage scolaire depuis trois jours, on espère qu'il n'a pas fait un temps aussi maussade ou dégueulasse en Provence — m'a fait remarquer qu'il faisait plus mauvais qu'en hiver alors qu'on est au printemps.

IMG_20160331_113543.jpgAprès ça, rien à ajouter d'explicite. La forme d'insouciance s'est beaucoup dramatisée, en un mois à peine. On peut bien prendre un café, partager son sucre, montrer de l'extérieur un motel de banlieue qu'on n'atteindra pas avec les transports en commun.

Ça fait beaucoup de on, c'est sûr.

IMG_20160331_111838.jpg— Il n'y avait que des mecs, dans ce café !

Mars, un mois ardu, âpre, dont je retiendrai le mitigé. Qu'en penser d'autre, complexe tissu.

18:43 Publié dans Aujourd'automne, Brille de mille yeux, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1)

mardi, 02 février 2016

Passage de témoin

    Des fatayas, oui

mais pas seulement ça

: mots, paroles, va-et-vient comme ces allers-retours

sur l'autoroute et les hauts de Saint-Avertin :

la pugnacité que c'est !

(après, les crêpes, c'est autre chose)

 

Il porte ce costume étriqué, il le porte, il le supporte et le transporte avec lui et se saborde avec lui et se transborde dans quoi, franchement hein, franchement oui, on le on vous

jette en pâture

en voilà des façons....................

Des fatayas, oui

22:13 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 23 novembre 2015

II:b——{Toowoomba}

 Deuxième neuvaine, 20-28 novembre 2015

 

    Pour les cabalistes, 42 le nombre avec lequel Dieu a créé le monde ; selon le shintoïsme, nombre maudit étant donné son homophonie avec l'expression signifiant vers la mort.

Alors ?

Aujourd'hui, aussi, Galego a donné rendez-vous à Galago et Galoarihemino dans une petite ville d'Australie, à Toowoomba. Il leur faut décider qui est jaloux, qui est multimillionnaire, et qui jouera le faire-valoir dans cette histoire. L'un des trois est né en Picardie (c'est Galego, je crois). C'est lui qui semble prendre les décisions.

Pourtant, aujourd'hui, en échangeant des propos vifs et passionnés, à la cafétéria du Strand Theatre, ils découvrent que c'est Galoarihemino qui tire les ficelles. Il est blindé ! Plein aux as, le bougre ! Il a fini par contacter la Française des jeux... c'est vous, le multimachin... pan...! direct du droit... Blindé, richard, mégapognonneux... surtout si t'arrives à planquer... pardon... placer ton oseille...

Bref, c'est lui qui a gagné... combien ? 166 millions et des poussières le 20 novembre ??!?

Mais il a un projet.

 

09:28 Publié dans Fièvre de nombres, Kyrielles de Kaprekar, Les Murmures de Morminal, Tropographies | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 14 novembre 2015

I:d —— {Cythère}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    « J'eusse achevé ma neuvaine à Cythère. »

Il ne faut pas se méprendre toutefois, et la ruse autant que l'adresse, la joie autant que la tendresse, l'habileté autant que la tranquillité, toutes font des prodiges, ou, en tout cas, le corps y retrouve ses marques. La faconde paraissait, il y a six ans (boissons chambrées), inépuisable, et assurément la voix tranchée donne encore, après virage dans l'escalier de bois, de belles clameurs, je me perds et je donne tout en pâture. Pour ça, contrairement à l'alcool, toute résistance se raffermit, et je ne comprends pas encore les vieux vers. Tout homme sur ce point, dit le bon La Fontaine, / Est d'ordinaire un peu gascon...

 

16:00 Publié dans Droit de cité, La 42e Clandestine, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 11 novembre 2015

I:a ——{yeux explosés}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Les yeux explosés, d'avoir trop écrit, ou lu, ou d'écrire encore, d'avoir encore à écrire, il leva les yeux de cet écran, cet énième écran, et de cet énième accent aigu. Il lui semblait que son cerveau était à l'arrêt, en prise avec quelque chose de nouveau, peut-être une vieillesse acceptée. Un vers de Mallarmé, peut-être, mais la barque de Charon n'avait pas grand rapport avec ce souvenir.

Parfois, en se regardant dans le miroir, il se trouvait blême, et d'autres fois rougeaud ou bistre.

Il n'oublait pas d'où il venait, de Gouy-les-Groseillers. Il lui avait fallu refaire le chemin, passer par-dessus de longues années d'amnésie pour réapprendre cela, aussi banal et terne que ce fût, et pour s'en réapproprier les mots. D'ailleurs, encore aujourd'hui, il lui arrivait de vérifier après avoir hésité à mettre un i après le double l de groseillers. On écrit, oui, mais on n'écrit jamais assez.

Les yeux explosés, d'avoir trop réfléchi (à son teint), il leva les yeux, chercha dans le ciel le vol de grues qu'il entendait par hallucination. Il devait chercher sa vie dans les interstices. Il le ferait.

Écrire encore, d'avoir encore à écrire, autant de plis par où se perd la voix, que l'on retrouve peut-être, au bout du chemin. Trop de peut-être. Il la retrouverait.

 

11:05 Publié dans Fall in Love, La 42e Clandestine, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 26 mai 2015

Bizzarerie (8'55")

    Un train démarre difficilement, crachote. Locomotive maladive. Comme dans un vieux livre, comme dans un muet de Buster.

Et soudain me voici dans un caboulot, un estaminet, un claque peut-être.

Je danse le tango avec une rousse magnifique, ne devrait-il pas y avoir ici que des brunes empestant le tabac mais mi-onduleuses mi-andalouses ? La rousse forcément se lasse de moi qui danse comme une soupière. Je la suis du regard, j’allume un cigarillo (hein ?), je vais offrir un verre à la grand-mère rigolote accoudée au bar au fond comme à un ponton, elle est gentille, parle guarani et moi je lui réponds en guarani aussi.

Ce n’est pas un claque, figurez-vous. La rousse sort une guitare électrique avec trois amplis, branche tout ça fissa, en un tournemain elle se met à sortir des feulements insupportables de ses bidules, tout de même une belle fille comme ça. Remarquez, je comprends que le tango avec moi, ça ne la branchait pas. Qu’elle se mette à vociférer des lambeaux de phrases en anglais, genre “commuter’s home” et “feather-duster under yer elbow”, ça ne m’impressionne pas.

Je fume mon cigarillo, qui a un goût de pâte d’amande et de rhubarbe. Je vais aller lui prendre le micro, ça ne la désarçonnera pas, rien ne la désarçonne, une belle fille comme ça pensez, et je chanterai une longue litanie de prénoms, tous les prénoms que j’ai inventés dans tous les romans que je n’ai pas écrits, je porte sur mes épaules le fardeau des fictions, ne suis-je pas Morminal le porteur de mensonges, celui à la tronche charbonnée, gestes courts, qui ne supporte pas l’alcool sauf les bières belges les vins rouges le blanc sec le Vouvray et les digestifs genre armagnac ou poire ? Je chante je chante j’exulte je vitupère j’en suis au cinq-centième prénom je pense et elle elle fait feuler sa gratte.

On ne passera pas la nuit ensemble, hein, on passe la nuit ensemble.

texte improvisé en 8'55" sur le titre 11 de l'album de l'octuor du Lyonnais Daniel Letisserand (Poursuites infernales)

14:22 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, Les Murmures de Morminal, MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 23 mai 2015

La stupeur perdue (Pong-ping, 9)

    On a poursuivi la stupeur dans les rues d’Arras. Sans jamais la rattraper.

Sans jamais la rattraper, on a poursuivi la stupeur. On courait presque, le temps quoique censément printanier était frais ; malgré le soleil, le vent rabattait nos prétentions sur les façades refaites, repeintes, rebriquées. La stupeur nous devançait largement, sur les pavés.

Pas de géants, ni de foire. Pas de vieille histoire, pas d’encan. Le souffle du vent agitait les querelles vaines d’automobilistes énervés, tout retombait en girandoles après le passage d’Éole. Arras gardait son secret.

On n’a pas idée non plus !

On n’a pas idée, non plus !

Des voix d’hommes s’élevèrent, tandis que nous renoncions piteusement à poursuivre la stupeur. Un chœur sublime, un peu ridicule. Pourquoi Vølvens spådom dans les rues d’Arras ?

Quelque grande soit la foule, dans ces lieux désertés, on a le sentiment que jamais ces places ne pourront paraître autrement qu’immenses, traversées par le vent. Et la cité Vauban, on n’a pas idée, sans trompette ni cancans. Elle n’est pas fabriquée, pas rebriquée. Du gravier en pluie. Une jeune femme passe, collants noirs serrés et jupe à ras.

Reluquer n’aide pas à rattraper la stupeur,  ni à donner un sens à sa vie.

On a poursuivi la stupeur dans les rues d’Arras. Sans jamais la rattraper.

14:53 Publié dans 1295, Artois, à moi, Les Murmures de Morminal, Pong-ping | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 08 janvier 2015

Mémoire de siamois

    Une histoire me revient, se dit le revenant, une histoire me revient depuis les lointaines lettres de Mozaya, l’histoire de deux frères siamois dont l’un perdit, un jour, la mémoire.

Kossi Efoui. Solo d’un revenant, 2008, p. 197.

 

 

Son vrombissement de 405 gasoil pourrave me tape sur les nerfs, c’est idiot, idiot à, écrire, idiot de le ressentir. Si je compose un abécédaire à la manière de François Bon, ce sera uniquement avec des mots français s’achevant par la lettre g, et il y aura dedans le siamang. Autre chose encore de resserrer les fils de mon essai sur la mêmoire (en allant chez le coiffeur ce matin je songeai à l’intituler Les Accents).

17:06 Publié dans Droit de cité, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 05 décembre 2014

face aux yeux noirs du hibou

    ce soir

 

n'en ai-je pas ma claque

d'écrire ce soir

(je veux dire "d'écrire "ce soir"")

et donc dans un fruste

document .txt avec un tout aussi fruste

netbook pas de guillemets appropriés

 

ce soir

j'écoute

face aux yeux noirs du hibou

qui me fixent de côté

face à la brûlure du mélèze

dont le cerne s'étend

à mes tempes

face au lampadaire de bois

dont les étoiles brunes figent 

la mouvante constellation

face à ce que j'hallucine

sans me retourner (derrière

moi d'autres lattes

dessinent d'autres figures

comme dans un carnet de croquis)

j'écoute

 

la quatrième symphonie

de ce compositeur romantique allemand

dont je découvre l'existence

(il a eu pour disciples

rien moins que Grieg Fibich ou Albéniz

pour ne rien dire de

mon cher Čiurlionis

avec son caron décisoire)

et dont je pourrai peut-être

un autre soir

 

n'en ai-je pas assez

balayant les moutons sous un sommier taché

d'écrire un autre soir

 

découvrir les quintettes

le sextuor les quatuors

(n'en ai-je pas assez de noter

que beaucoup n'ont

composé qu'un seul sextuor

souvent des flopées de trios

de pleines brassées de quatuors

mais un seul sextuor)

son beau nom imprimé au fronton des portées

balayant l'amertume en de robustes songes

 

ce soir

fruste moi-même et si robuste

qu'un croquis

un seul trait de plume

me coucherait

 

d'un rien je fais

ma provende

artères et mélèzes comme dans Volodine

immortalité maladive aussi dans Volodine

prétextes cryptes et ténèbres

ta volonté de fer comme dans Volodine

tu fais d'un vaurien ton récit

provende à narrer

la folie

 

l'allemand qui n'a pas creusé

cette racine

en haut du mât 

sur un vaisseau

où craille sur cinq hectares

onze siècles

un corbeau

où croasse où craillait

un corbeau comme dans

Volodine Salomon

 

le navire va d'avant d'artimon de galère

plaines à tous vents nucléaires

taïgas qu'on prend dans la figure

longs interminables rails

longues immortelles nucléaires vies comme

dans Volodine un long

cauchemar déployé en craillements

noirs

froids

de brûler à tout crin

 

j'écoute ce soir la quatrième symphonie

avec les chapitres 36 37 et quoi encore

à tout crin

nucléaire brûlé

 

en invoquant dans l'incantation

furieuse comme dans

V.

les noms

Anton Bon & John Chilembwe

Karl Domizlaff & Nora Exner

Jean-Henri Fabre & Rémy de Gourmont

Thomas Herbst & Clara Immerwahr

Miško Jovanović & Knud Knudsen

Francesco Lojacono & Albert Malherbe

Franz Xaver Neruda & Ramalho Ortigão 

Haxhi Qamili & Felix Poppenberg

Upendrakishore Raychaudhuri & Scipio Slataper

Marius Thé & Ernst Ule

Salvador Viniegra & Samuel Witherspoon

Alois Alzheimer & Orestes Araújo

Oreste Zamor & bien sûr Þorgils Gjallandi

 

Ce sont de beaux noms,

mais ce ne sont pas les bons

comme

dans

Volodine

 

aussi ce soir j'écoute

après la symphonie

le quatuor avec piano

ni dans les steppes ni dans les

mélèzes balayés de vent

ni face aux yeux du hibou qui

ne craille pas ni de l'autre

côté des artères ni nucléaire

j'écoute

 

22:05 Publié dans Les Murmures de Morminal, MUS, Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 28 novembre 2014

Square Flandin

    Rentrant d’un tour minuscule dans le Vieux-Tours, se saisir d’un des trois livres dans le sac plastique, ce recueil de Ryoko Sekiguchi que tu ne connaissais pas – pourtant paru il y a neuf ans –, lire la première page (impaire, les pages paires sont blanches et les marges sont variables) qui s’achève sur ces mots : la même chose nous est advenue. Et c’est vrai, la même chose advient, l’advenir n’est pas l’avenir, mais son contraire. On philosophe pour rien en traçant sa route dans les rues – et non l’inverse – et brouille les pistes en beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup  beaucoup plus de quatre-vingt sept mots (non, écris-le en chiffres : 87, voilà, c’est beau), vu que ceci devrait se trouver dans l’autre carnétoile, mais on s’en fout, ta vie est un foutoir, je m’écrie silencieusement à toutes les voix et avec des lettres n’existant dans aucun alphabet, la même chose est advenue, la même aventure continue, l’autre avenir n’a pas son pareil. Vu que je ne vois rien, écrire par terre tracé.

12:37 Publié dans 721, Les Murmures de Morminal, MAS, Self-Be/Portrayal | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 08 novembre 2014

Dans les limbes, avec Landru

05.07.2014.

 

    Et je retrouvai mon souffle

Et je retrouvai mon foie

Et je retrouvai mon harmonie

 

Je trouvai mon équilibre

Et je retrouvai mon silence

Et je retrouvai mon chant

Et je retrouvai mon néant

 

« Pauvre petit salon ! Que de tristes et anxieuses journées passées entre ses murs, d'où l'ébranlement du canon faisait tomber les cadres, au milieu des livres ficelés en paquets, et près de ce feu de bois vert, le feu parisien des mois de décembre et de janvier 1870-1871 !

Ce salon était à la fois ma chambre à coucher, ma cuisine et tout, et j'y vivais en compagnie d'une poule, la dernière survivante de six volailles : toutes les provisions que j'avais faites, hélas ! — moi qui mange avec les yeux, et ne pouvais m'habituer au rose noirâtre de la viande des tire-fiacres. »

 

faudrait tout dire tout filmer

faudrait tout voir tout décrire

faudrait faudrait

faudrait tout sécher tout mouiller

faudrait tout aplatir faudrait tout punaiser

faudrait tout filmer tout capturer

faudrait captiver tout écrire

faudrait faudrait

faut dru faux drame

faudrait tout cramer tout stigmatiser

j'épingle un monde à mon veston

faudrait faudrait

faudrait un chant à fleur de peau

 

09:27 Publié dans Droit de cité, Formes singulières, Les Murmures de Morminal, Ma langue au chat, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 02 novembre 2014

Morminal en automne

    Réveillé à 7 h par la lutte de chats dans le sous-sol (intrus revenu, la trappe fermée une quinzaine n'aura pas suffi à le déshabituer), puis lecture du nouveau Nuruddin des pages 48 à 76, café, petit déjeuner porté au lit à C* et Oméga, lessives, marché où je ne trouve pas grand chose sauf bien des fruits, un gros cageot de prunes rouges décalibrées ou fripées (8 kilos pour 3 euros, il s'avère à la pesée), de retour je fais des pommes au four et de la compote de prunes, vérifie mes mails (professionnels hélas), réponds, un truc un autre me voici prêt à faire du constructif alors qu'il n'est pas loin de midi.

11:19 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 01 juin 2014

2156 — En quarantaine (anticipée)

    Voici pourquoi j'ai longtemps confondu Paul Guth et Jean Guéhenno :

Le Naïf aux quarante enfants

Journal d'un homme de quarante ans

 

→ J'ai lu, adolescent, ces deux bouquins, ça traînait en édition de poche, papier jauni, chez moi, adoncques chez mes parents. ←  ╝ ╗ Moi, qui aurai bientôt quarante ans, serai bientôt quadragénaire, après des décennies à scribouiller sur papier quadrillé (ou pas), il me reste à lire un conte de Voltaire. Et je n'ai pas vu, de ma vie, le présidial de Guerlesquin.

11:33 Publié dans Les Murmures de Morminal, Self-Be/Portrayal | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 30 mai 2014

Elsa :: Boyer :: Mister

    Les éditions P.O.L. viennent de publier le troisième livre d’une certaine Elsa Boyer, Mister.

Livre absolument époustouflant, c’est écrit d’emblée, et comme il paraît que même les lecteurs les plus perspicaces voraces attentifs amoureux-du-complexe ont tendance à décrocher des billets de blog après quatre phrases courtes, voilà, vous le savez, texte capital, précipitez-vous ô perspicaces, achetez.

Sur le site de l’éditeur, on vend un peu la mèche, le résumé voudrait qu’il s’agît du portrait d’un entraîneur de football, inspiré d’ailleurs par trois entraîneurs « réels » sont les noms sont donnés. Bien entendu, c’est un peu ça, et ce n’est pas ça du tout. Mieux qu’un “portrait de”, Mister est une plongée dans l’esprit (dérangé ? dérangeant à coup sûr) d’un entraîneur de football, façade ravalée, anxieux de voir ses pulsions animales prendre le dessus, planqué derrière des lunettes noires, écœuré par les monomanies pognonnières du “staff” et jamais autant inquiet et déçu que quand les autres voient (croient voir) exceller les joueurs.

Il n’est donc pas du tout question de football. Certes, on devine, en filigrane et passim [il m’a semblé que ce latinisme était très opportun ici, oh what a smart ass I am], que le club en question est le PSG ; certes, on reconnaît, dans le portrait de l’attaquant-vedette (pp. 103-4), le désormais tristement célèbre Zlatan. Mais ce n’est pas un roman. Et encore moins un livre sur le football. Elsa Boyer écrit à contre-pied.

Mister est plutôt un livre sur l’argent et l’animalité, sur la répression, le refoulement, par une écriture trempée à des sources volcaniques (Lautréamont, Duras, Savitzkaya), avec une perspective qui en fait, à ma connaissance, un des rares livres français que l’on puisse lire à l’aune du réalisme magique. Le réalisme magique est une notion galvaudée, généralement conçue comme un synonyme chic et choc du bon vieux fantastique (qui, lui-même, n’est pas toujours distingué du merveilleux). Ainsi, même un très bon roman comme Ladivine de Marie Ndiaye est très bon, mais ne relève pas du réalisme magique.

Mister est un texte où le style noue en permanence des éléments réels (hyper-réels même) et une vision anti-cartésienne du corps humain, des pouvoirs de l’esprit, de la subjectivité, et, donc, en marge, du sport. On n'est pas très loin d'un récit de Kafka, plus viscéral, plus exubérant, en noires songeries :

Le staff glapit, troue le corps du Mister de petites morsures. Mister sauve sa peau. Chez lui, entre les murs, il hurle dans le noir. Il creuse des cachettes où se terrer et dormir. Des proches rapportent à la presse que l'eau de sa piscine est croupie, envahie d'algues. D'ailleurs, on n'est plus tout à fait sûr que Mister habite encore ici. (p. 126)

 

Que le sport (divertissement, amusement – selon l’étymologie) soit ici l’objet d’une exploration du monstrueux, de la plus absolue noirceur, c’est le signe que Mister se situe pleinement en littérature : dans le revers, l’inversion, l’inscription en creux.

12:31 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2)

vendredi, 27 décembre 2013

╩ Stature ╔

    Trop de statuts, tue la stature.

Moins de statuts, s'évanouit l'instant.

22:49 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 26 novembre 2013

Minuit, ou quelques secondes avant l'avènement d'un lundi

laine élimée même pas laine 

debout tête baissée 

poème pas poème 

nuit pesante de nèfles 

lourdes,brunes,froissées 

(sous le balai à gazon)

haine effacée même plus haine 

poème devenu poème

13:03 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 20 novembre 2013

L'homme aux yuccas, I

    L'homme aux yuccas lit les pages du merle bègue, il faut de la résistance à 23:13 et de la résignation à 11:11. Tout cela, l'homme aux yuccas le sait, ou ne le sait pas.

16:50 Publié dans Fièvre de nombres, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 18 novembre 2013

L'homme aux yuccas, ♦

    Que veut donc l'homme aux yuccas ? L'homme aux yuccas se pose devant de grands volumes et attend la réponse. Il n'attend pas la "famine active du regard", un yucca peut crever l'œil.

Que veut donc, dans cette pénombre nauséeuse, l'homme aux yuccas ?

16:59 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 11 juin 2013

entends............

entends toujours 

dans le vent de tes songeries 

le coassement 

glaireux des grenouilles


le raffût des merles 

le labrador 

angoissé

11:17 Publié dans Les Murmures de Morminal, MAS, Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 04 juin 2013

Quelle installation bizarre !

    Quelle bizarre installation, et comme il faut toujours, pour rompre les habitudes du décor, inventer de nouvelles dispositions.

Il est essentiel de respirer par les pieds.

Maintenant qu'un mauvais rhume vous a épinglé, vous auriez mauvaise grâce à taquiner le cuir en sifflotant.

La chatte semble se dire : -- Quelle installation bizarre !

21:46 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 11 mai 2013

Like a Whiplash (104608)

    J'ai, aujourd'hui, 38 ans 1/2.

Sans titre

Enfants, nous faisions tout un plat des demi-années. Mes fils, aussi, sont à un jour près, et me corrigent quand je leur attribue, pour aller vite, devant des tiers, l'âge qu'ils auront dans un mois ou deux semaines. Et, il y a huit jours, j'ai saisi le plus abstrait (si je ne m'abuse) de tous mes autoportraits tremblés (regroupés sous l'étiquette de bacons).

Le masque est devenu une traînée de lumière dans l'obscurité :

M E L A N ! C O L I E !

Ce que ne connaît pas la terreur, c'est la vérité de ce qu'elle redoute.

Si j'atteins le double de mes ans, je soufflerai 77 bougies.

......................................

15:03 Publié dans B x A, Brille de mille yeux, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2)

samedi, 30 mars 2013

A Pole & a plot

    À l’arrivée, nous fûmes défaits de ne voir arriver qu’une bande d’arrivistes.

Ça va barder, lançai-je alors, en voyant le barda que transportaient ces bardes hautains.

Un commentateur avisé me tira alors par la manche, et me suggéra de ne pas livrer le moindre commentaire – suggestion que je me contenterai de ne pas commenter.

Décidément, il fut décisif, ce moment dans cette gare surpeuplée.

D’un air entreprenant, l’un des arrivistes entreprit, folle entreprise, de me faire l’éloge des entrepreneurs. Folle entreprise, totale folie, digne d’un fou. Dans cette gare, je vis se garer le train à grande vitesse d’où étaient descendus les arrivistes, et pas sur une voie de garage. L’arriviste au dithyrambe s’enhardit alors et me  fit un clin d’œil genre Journal du hard.

Dans son idiome, ce genre de clin d’œil – tout à fait idiomatique – valait idéalisme.

chamet_34.jpgPas un sou de jugeote, lui crachai-je à la gueule, sûr de mon jugement : il fut interloqué de voir un tel juge ainsi le juger. La livraison d’arrivistes, je n’ai pas de quoi en faire un livre. Dans mon malheur, pourtant, je ne fus pas malheureux de ce qu’il advint. Le sourcil nuageux et entouré d’une nuée de ses semblables, l’arriviste au dithyrambe leva les yeux aux nues et me dit : dissipons ce nuage entre nous.

Optimiste par profession, il opta pour un ton professoral, ce qui n’était qu’une option parmi d’autres : vous êtes professeur, et je professe, moi, la liberté d’entreprendre. Je trouvai son jargon plus inqualifiable encore, et pour le disqualifier de ce quai de gare, fort de mes qualifications, entrepris de lui démontrer la piètre qualité de ses propos. Il rua dans les brancards, tandis qu’autour de lui la nuée se faisait ruée, les arrivistes multipliant les ruades.

Je vois qu’il me faut stratifier mon récit, le nuage entre l’ultralibéral et moi ayant viré au stratocumulus, et en voici donc les dernières strates.

Terrifié par mes terrifiantes imprécations, l’arriviste, terrorisé, s’enfuit de la gare pour aller se terrer dans quelque terre accueillante. Une terre unie, baignant dans un universalisme niais. Voyons, le voyage de ce voyeur avait bien failli tourner saumâtre, pas à la revoyure, tous les voyageurs descendent du wagon. Du wagonnet, d’ailleurs, où tous vaquent en wagonnant. Toujours est-il que, ce xénophobe disparu, je pus, le sourire revenu, accueillir mes amis xénomorphes et reprendre l’écriture de mes Xénides.

L’écriture, yo man ! — ce doit être comme un yoyo qu’on yoyote.

À l’écrit, vous ne le sentez pas, mais le zézayeur ne cesse ses zézaiements qu’au zénith, à l’abri d’une verrière de gare… ou pas.

(Ill. : une des planches de G. Roux pour La Chasse au météore)

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mercredi, 06 mars 2013

Last of the Chicken Wings

    Si j'ai proclamé peu de choses, ces dernières semaines, disait l'orateur, le beugleur de Hyde Park, si je me suis résolu à reprendre le chemin de cette grille, vous me pardonnerez le raccourci, la brachylogie, disait-il en fanfaronnant du bout des lèvres, si je me suis décidé à revenir ici, en équilibre précaire sur ma caisse de McEwan's, ce n'est pas pour rien, pas par ennui ou désœuvrement, j'ai tout bonnement des révélations à vous faire, et ainsi, disait, dit, lança l'orateur improvisé au teint blafard, une information qui a échappé à tous jusqu'à ce jour doit être portée à votre connaissance – ne devrait-on pas plutôt moduler, what a muddle, pense le traducteur, ainsi : « il faut porter à votre connaissance une information de prime importance » – et vous en serez tous bien heureux, ravis même, l'orateur sourit, puis il se tait longuement, les badauds commencent à s'éloigner.

Il est possible aujourd'hui, murmure-t-il, de changer de lieu à la seconde même. Vous trouvez pénible cette pluie incessante, la bruine de chaque jour, Londres ou la Touraine, hein, vous consultez cette nouvelle application disponible sur Internet et sur vos téléphones portables (le traducteur s'interroge) et décidez de vous téléporter instantanément en un lieu ensoleillé. Il a forcé la voix, il répète ce qu'il vient de dire, les badauds se marrent. Ils ne se marrent pas doucement, ils rient ouvertement. Vous cliquez sur tel lieu de votre choix, le mieux est d'avoir un support de connexion mobile, afin de le faire suivre avec vous sur le lieu de téléportation, la voix de l'orateur est sans emphase, ça intrigue quand même certains des auditeurs, et donc vous voici au soleil, il fait beau, il fait doux, pour un peu vous vous désaperiez total, déloquage intégral au vu de tous, les auditeurs rigolent (le traducteur multiplie les surlignages en orange et les points d'interrogation en commentaire), attention toutefois de ne pas tous cliquer sur Ibiza ou Miami, on va risquer l'écrasement par surpopulation. Alors, je songe que je choisirais systématiquement un coin ensoleillé mais paumé, en Dalmatie ou loin des côtes australiennes, un jour de soleil en Tasmanie peut-être, le Quercy écrasé par la canicule.

Bam, bam, ça cogne fort, je chaloupe, je loupe toutes connexions neuronales, quelle invention curieuse, furieuse, terrible, formidable (non : terrifiante – le traducteur s'arroge d'étonnantes prérogatives), on retombe dans cet héliotropisme de façade, l'application permet aussi messieurs dames d'aller à la neige, de choisir un coin pluvieux, d'aller se rafraîchir, s'embruiner, vous ferez comme bon vous semblera (endrizzle yourselves, une réminiscence baudelairienne pointe le bout du nez, on n'est pas à Hyde Park pour rien), mais enfin voilà le début d'une nouvelle ère, l'ère des applications informatiques mobiles qui changent véritablement l'existence, ça sent le slogan, je vous jette mon gant au visage, l'orateur sur sa caisse de McEwan's ne s'emporte pas, on voit, à la douceur de ses expressions (faciales aussi ? hmmm, m'étonnerait), qu'il n'est pas fou, et que ce dont il parle existe vraiment, d'ailleurs il brandit une tablette numérique, il va faire la démonstration, hors langage, de son transport.

11:36 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, Les Murmures de Morminal, MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 13 février 2013

Une demi-nuit à Aberfeldy

    Mouche, comme ailleurs, qui bourdonne. Moustique tué, qui vibrionnait, sans trace de sang.

Hier, je me suis endormi à huit heures, temps local, du coup réveillé avant 3 heures, et pas moyen de se rendormir. Je ne peux accuser ni les hadida, qui se taisent toute la nuit, ni le vrombissement du frigo, ni rien d'autre. Le Zapata de Zalce ressemble un peu au Staline d'Aragon, la bonhomie en moins. Plus envie de lire même une ligne.

Réteindre.

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lundi, 07 janvier 2013

***

    On honore mieux les morts dans la douceur que dans la colère. Saluer leur passage, habiller leur mémoire. Les mots, on ne doit pas les honorer : les malmener pour qu'ils s'enflament, voilà notre devoir. Avec frénésie, sans colère.

17:37 Publié dans Diableries manuelles, Ex abrupto, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 13 septembre 2012

Seven Dead Lies

 

    Ta fougue ta ferveur ça monte en puissance. Tu te passeras de virgules désormais à chacun de voir comment rythmer. Cela a été fait, refait, usé et rabattu. Alors tu cognes de toutes tes forces, de ta fougue de ta ferveur, puis tu te renfermes, tu prends la mouche pour trop de fougue, la barre est trop subtile trop molle que faut-il dire, la barre d’espace est trop peu réactive (c’est ça ?). Alors adieu, sur trémolos, les remords.

Tu gambades, non tu regimbes, ou plutôt tiens : tu trottines au plafond, tu trottines pesamment, et en le faisant tu te dis que tu as bien de la chance d’être le seul être humain à pouvoir, comme ça, nonchalamment, d’un jeté négligé, trottiner pesamment, et trottiner pesamment au plafond encore plus étrange, mais tu le fais, et tu baves deux litres d’écume blanche sur ta bouffe.

Bon appétit les amis, et les remords vont course folle.

La fougue ne t’empêche de rien. Tu te retiens au bastingage, et c’est la barre d’appui qui te remonte dans la gorge tout ça c’est des mensonges, oh ce sont habiles menteries. Trottinements ténus, mais menaçants, et puis pesamment encore tu trottines, ta mémoire s’épuise de sorte que la barre te retient maintenant, et baste, lâcher sa gerbe dans les flots ce n’est pas rien, nausées sur le paquebot, tu te casses, je m’appuie à la barre. Mais elle est encore et toujours trop faiblement réactive, faut appuyer comme un sourd sur les touches, derrière ça y va à peaux mouchetées, normal, marche à la baguette, rien n’effleure.

Prendre vapeur et s’agripper, dans l’écume où tu lâchas ton dégueulis s’absorbent autant de rêves que de mensonges. Renoncer aux virgules n’était pas sérieux, mieux vaut comme un fou de toute sa fougue trottiner pesamment au plafond, comme un fou féru d’allers-retours. Ah comme c’est bon, bam bam, peaux flasques non peaux tendues, accords tacites sur le devant de la scène, elles prennent leur pied dans le creux de l’oreille, et ça tape ça cogne bam bam bom, donc allez, donc retours, retournez d’où vous venez, bam.

La porte de geindre sur ses gonds, on prend la mouche, alors quoi. Bavant deux litres d’écume blanche, il s’éloigna, sur la pointe des catachrèses.

À peaux feutrées.

À s’en rendre marteau.

13:04 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 06 septembre 2012

Echec et mat

    Après un mardi Debussy, un jeudi Stravinsky.

Caché dans les orties, le petit campagnol s'entendait à merveille à débusquer les courtilières égarées. On ne l'y reprendrait plus. L'églogue le terrifiait, comme les longues plages complexes que nous devons élaborer (ce mot qui sent, plus que tout, la torture) nous affolent.

Tapie là, la bestiole devait pourtant, en fin de compte, aller aux graines.

Nous avons aussi fini par solder notre rapport au monde.

09:40 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 06 avril 2012

Un masque, encore

    Matthieu

tartine la terrasse

ah qu'un félin passé vite ne se remplace

au pair du vide interne (oubli manque colonne)

et qu'on tartine en trombe

sans tambour ni trombone

la terrasse foutrebastre !

09:49 Publié dans Knobs & thorns, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 08 juin 2011

De l’empreinte à l’emprise

Cagnotte (40), le lavoir.

    Un des presque innombrables textes de l’à la fois prolixe et secret Pierre Bergounioux, L’empreinte porte exclusivement sur l’enfance brivoise de son auteur, mais non dans une optique de « souvenirs d’enfance » ; il s’agit plutôt, pour Bergounioux, de démontrer, à son échelle, que le site d’une enfance détermine l’identité d’une personne sans changement possible. Tout éloignement, tout exil permet de faire la part de ce qui, dans cette construction identitaire, est fictionnel, mythopoïétique ou affabulé – mais il ne livre pas de nouvelle identité. Ainsi s’achève d’ailleurs l’opuscule : « Il est des lieux où la création tout entière semble s’être recueillie. J’en connais un, dans les collines. Il peut arriver qu’on le quitte et qu’on en soit changé. Je ne sais pas bien, alors, ce qu’on devient. On n’est qu’une fois. Je fus. Je suis de Brive. » (L’empreinte, Fata Morgana, 2007, p. 58).

Sous des allures de bref récit, d’écume d’écriture, de poème peut-être, un tel texte, s’achevant sur pareil postulat, n’explique – fût-ce dans ce que l’on va caractériser, par commodité, explicit – rien. Il pose des questions, et des réponses, plus denses que bien des extrapolations philosophiques de l’heure. Il m’a incité, pour ma part, dans une perspective que j’eusse peut-être dû confier plutôt à mes autres carnets, et – qui sait – à la rubrique Blême mêmoire, à revenir sur mon propre site d’enfance, au partage insolite que je pouvais faire entre la campagne de mes 6 à 16 ans et la vie de petite ville qui fut celle de mes premières années, mais surtout, de façon plus marquée, de la vie scolaire. Le petit ruisseau, à sec en été, et le bois qui était l’endroit que je préférais de la propriété de mes parents ont eu une influence essentielle sur ma façon d’aborder la topographie, le paysage, le voyage, l’existence, et peut-être même l’exil. Remontant le ruisseau en bottes, ou me hasardant même jusqu’aux champs de maïs mouillés et jonchés de vieux épis laissés par la batteuse, je m’étais déjà exilé de la maison, qui était déjà un tout autre univers. De la sorte, et de façon peut-être surprenante quand on songe de manière superficielle à ce que l’on nomme, avec force simplification, le climat méridional, c’est surtout l’automne et l’hiver landais qui ont façonné mon regard. De là, peut-être, que je ne vis jamais mal la froide saison, et ne l’ai pas même mal vécue sous d’autres climats, justement, et des plus gris (Oxford ou Beauvais, pour aller à l’essentiel).

Bergounioux dit que le tout se retrouve dans « le cercle étroit » « comme en abîme » (p. 23), ce que j’ai profondément ressenti aussi lorsque nous allions au bourg, derrière la mairie qui faisait office d’école, ou autour du vieux lavoir, près de l’église abbatiale (il n’y avait pas encore de court de tennis entre le lavoir et les champs), ou dans des villages voisins, Gaas, ou plus encore Bélus, dont j’ai toujours aimé le bourg, avec le fronton, le bâtiment blanc de la mairie, le monument à Francis Baco et l’étendue des prés et des cultures dans le lointain, vers le nord.

Cagnotte (40)Aussi sais-je que chaque retour, là-bas, est un trait d’union impossible, plutôt un slash qu’un dash – un trait de désunion, un trait déliant – entre ce que je suis devenu, et dont effectivement je ne comprends pas grand-chose, et ce que j’étais enfant, que j’entrevois parfaitement, quoique dans la brume. Mon rapport à l’espace, et aux lieux, a beau s’être toujours nourri d’abstractions profondément senties (telle chanson, tel poème, tel texte que j’étais en train d’échafauder, telle personne que je côtoie, telle odeur surtout), il n’en demeure (verbe qui occupe ici une place éminente) pas moins que ce qui m’a situé, depuis toujours et sans possible (ni souhaitable) retour, c’est la butte sur laquelle mes parents avaient fait construire leur maison, l’orée du bois avec les asphodèles, le ruisseau à sec en été que je préférais arpenter à la saison des pluies, le chemin qui menait à l’enclos des moutons, le regard portant sur Sarraillot – et cette situation donnait plus de relief aux autres lieux dont je me nourrissais, par exemple, chez mes grands-parents maternels, les allées du potager – ponctuées par ces robinets d’arrosage auxquels nous (les enfants) n’avions droit de nous servir qu’avec parcimonie – le bosquet de chênes, au fond du terrain, sous lequel ma grand-mère installait des hamacs et des chaises longues, et (last not least) le poulailler où j’allais chercher les œufs sur lesquels j’étais chargé de noter le jour au crayon à papier, et près duquel, pyromane (comme à la maison, à Cagnotte, l’automne, devant la cheminée du salon), j’avais le droit, quand mon grand-père faisait du feu, de l’aider dans cette tâche. De l’écart – formateur – entre le lieu plat (le jardin de mes grands-parents) et semi-citadin (car situé dans les faubourgs de la préfecture) et le lieu abrupt, pentu, boisé, loin de tout (où j’ai passé le plus clair de mon enfance et de mon adolescence), il y aurait beaucoup à dire, mais c’est ce dernier qui a foncièrement et primordialement fixé le cadre de ce que je suis, pour toujours.

À présent, ayant lu L’empreinte et m’étant livré à cette ébauche essentielle autant que topographique, je comprends ce que, depuis la création de la rubrique Blême mêmoire (et même depuis que j’ai forgé le concept de mêmoire, c’est-à-dire il y a douze ou treize ans peut-être), je n’avais fait que sentir confusément : la mémoire, condamnée à relier, est condamnée aussi – et cette double condamnation est ce qui fait sa force, son charme, sa beauté – à affronter et conforter l’identité absolue, le fait que l’on ne devient jamais rien, puisque, si l’on a été, on n’est rien d’autre.

Cagnotte (40), liseron fermé du "dernier carré"Du coup (« du coup » : expression dont je sais abuser (= « je sais que j’en abuse » et non « je sais comment en abuser savamment ») (hélas)), et c’est encore et toujours le cœur du projet qui sous-tend Blême mêmoire, seule l’écriture peut tenter, comme tant d’autres avant y ont magistralement échoué, à dire cette désunion qui est pont et rempart. Bergounioux, puisque je ne saurais clore ce billet sans revenir vraiment à lui, a le sens d’une telle écriture, explosante-fixe oui d’une certaine manière, une écriture qui lie, mue, émeut, saisit par des rapprochements qui sont autant de distinctions : « A trente pas de là, derrière l’attaque des poilus, les cannas du jardin public brandissaient des hampes écarlates. […] Les parfums, les saveurs, décalés, se trouvaient deux cents mètres plus bas, sous l’auvent d’un marchand de fruits qui rivalisait d’audace avec le jardinier du Palais de Justice. C’est là que j’ai respiré l’odeur d’ananas entiers, dûment pourvus de leur toupet, vu des mangues vêtues de papier de soie dans des couffes de sparterie, des pamplemousses et des noix de coco, comme des bêtes au pelage serré, des têtes aux cheveux drus. » (p. 41)

Ainsi sent-on, aussi, l'emprise de l'écriture.

15:35 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 01 mai 2011

Le Mât noir, dialogue

    – Tu as lu ça ? tu as vu ça ?

– Et toi ? tu as vu ta tête ? qu’est-ce qui t’arrive ?

– Des blagues. Du blafard. Violent.

– Quoi ?

– Une pièce. De théâtre. Dans le petit manoir de Stanislaw Witkiewicz.

– Ah oui…

– Figure-toi qu’on y apprend que « toutes les chiennes sont castorisées », puis que « nous allons nous gaver comme des castors », et enfin, à l’acte III, un cocu veuf pardonne à un complice du cocuage « parce qu’il n’y a que vous pour sauver mes chiennes de la castorisation ».

– Castoriser ? castorisé ? castorisation ?

– Non, je ne sais pas.

– Sinon ?

– Sinon, quoi ?

– Sinon, quoi ? quoi ?

– C’est un drame spectral.

– Hein ?

– Une histoire de fantômes, de mort. Une sorte de Lorca tchekhovien en plus burlesque, assez Crommelynck quoi.

– Ah, je vois. Du Witkiewicz, donc.

– Oui. Très fin.

– Sinon ?

– Sinon, à l’acte II, « on aperçoit le manoir entre les arbres », puis Kozdron, un brave type qui prétend ne pas avoir trompé le cocu veuf alors qu’en fait il était bel et bien l’amant du fantôme (de la fantômesse si tu veux), lance que « le soleil brille, il fait beau, et j’ai l’impression que tout est recouvert d’un duvet noir », avant de dire, de manière dédoublée, figurée mais redondante : « j’ai un torchon noir devant les yeux ».

– Ah. Curieux, pour une histoire de fantômes. Ça me rappelle le dernier album de Fersen, spectres et loups-garous partout.

– C’est la mode.

– Non, mais lui, justement, se détache totalement du côté citationnel, post-moderne etc. pour assumer totalement le côté littéraire, presque littéral, de ce fonds de commerce.

– Ah ?

– Oui – et toi, tu comptes jouer la pièce ?

– Moi ? non ! pourquoi dis-tu ça ?

– Tu en connais pas mal par cœur, déjà.

– Oh, j’ai pris des notes. Et tu sais, ce qui me frappe…

– Quoi ?

– Par delà ce que tu disais, qui fait qu’à l’époque contemporaine les histoires de fantômes sont toujours des motifs, une spectralité au cube…

– Oui ?

– Les passages que je t’ai cités tout à l’heure, les citations de Kozdron… Ces phrases ponctuées de noir, pour une pièce dont le titre et le lieu d’action sont un manoir…

– Oui, quoi ?

– Eh bien, c’est en polonais. C’est forcément un hasard de la traduction.

– Oui.

– Ou un fantôme polyglotte qui joue des tours.

– Oh, dis donc, ça, c’est du théâtre !

– Oui.

21:09 Publié dans Les Murmures de Morminal, MAS | Lien permanent | Commentaires (1)

vendredi, 22 février 2008

Hantise hivernale

[ 13.02.2008.

    C’est la première fois – je pense – que je me retrouve à pianoter dans cette cuisine, où j’ai déjà, par le passé, installé l’ordinateur portable afin de montrer des photos à mon fils aîné, pendant son dîner, ou à mon beau-père, qui est mort il y a cinquante-deux semaines et une heure. C’est l’une des premières fois, aussi, que la table de la cuisine n’est pas recouverte d’une toile cirée, puisque la toile jaune, justement, je l’ai installée hier soir à la table du salon, pour le dîner, surtout par flemme de chercher une nappe dans les placards. Le bois clair de la table de la cuisine, avec ses nœuds plus bruns, me renvoie à des périodes hantées. Il est cinq heures et demie du matin, et je me suis tout de même fait chauffer un café, que j’accompagne de quatre « sablés des prés au pavot ».

La semaine prochaine, nous allons faire une petite virée de deux jours à Arcachon et sur le bassin, que je n’ai jamais visités de ma vie. Peut-être passerons-nous quelques heures à Bordeaux, histoire de montrer à notre fils le tramway, la cathédrale, le musée d’Aquitaine, les vieux quartiers, le jardin botanique – et peut-être même, si la nostalgie nous y conduit, le parc Peixotto, à Talence. C’est à Bordeaux, à l’hôpital Bergonié, que mon beau-père est mort il y a cinquante-deux semaines et une heure.

— Pourquoi le parc Peixotto ? me demanderez-vous.

— Pourquoi pas ? vous répondrai-je.

(Je n’arrête pas de tousser et de renifler depuis que je suis levé ; c’est agaçant.)

 

17:27 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Landes, Mémoire, Nuit, écriture

lundi, 14 janvier 2008

Bzz

    Sans mélodie ni fourmillement

Sans vapeurs ni frétillements

Il se mit à écrire un poème

 

Des oliviers passèrent sous ses yeux, dans le grondement sourd des roues.

Il se mit à écrire un poème. 

 

Bouche bée le vague-à-l'âme dormait

sans vapeurs ni frétillements

Dans l'astronef Il se mit à écrire un poème

 

Quand bien même il dormirait

Quand bien même il dormirait trois jours

Il dort du sommeil du juste sous l'encre de la toile de jute

Il se mit à écrire un poème

 

Et si Morminal, tus ses

murmures, n'existait pas ? Il se mit...

 

... à écrire seize mots de seize lettres.

16:16 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Poésie, écriture

dimanche, 28 octobre 2007

1525 - Dust my broom

    Franchement, je tarde à me remettre à l'écriture, ici ou dans l'autre carnétoile. De longues conversations, récentes, avec un ami, au sujet de la recherche, des publications, de la sacro-sainte tout autant que satanée H.D.R., me font percevoir ce fossé entre mes intentions et mon faire effectif. (Tout cela relève du faitiche, pace Bruno Latour.)

Je suppose que l'encadrement administratif, les copies, les cours,et le butinage d'écriture, aussi l'éternel et langoureux vagbondage de lecture, tout cela mange du temps, mais ça n'est pas une raison suffisante. Quand je pense mettre plus d'ordre dans mes projets, ou dans mes essais de fiction, ou encore dans mes velléités diverses, ça cesse d'être désirable, en quelque sorte. (Me risquerai-je à de freudiennes et sauvages explications ? On n'en est pas là...)

Le vrai, on n'en a jamais fini de commencer.

01:10 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Fiction, écriture, Ligérienne

samedi, 29 septembre 2007

En vain et sans histoires

    Écoutant pour la dixième fois Buvant seul de Dick Annegarn, Araïna a décidé d’écrire enfin le chapitre de sa thèse qu’elle veut consacrer à ce texte, et principalement – d’ailleurs – à sa mise en musique, solo de guitare surtout. Sa thèse porte sur les rémanences contemporaines du poème de Li Po sur la compagnie de l’ombre de la lune, mais, comme elle s’est heurtée à quelques difficultés en traitant de la métamorphose de la lune en chien dans trois œuvres de langue espagnole, il lui semble utile de rebondir, comme on dit si vilainement. L’exilée du ciel, en un sens, c’est elle. Auprès d’elle, sous les draps, Irina se pochtronne, comme d’habitude, au whisky et au bartissol comme d’habitude.

Je repense, en évoquant ce couple d’ombres – Irina et Araïna –, à cette phrase énigmatique : « Ma coupe est vide (je suis abstème) et la lumière du chien est sombre. » (Les Larmes, trad. de Michel Lafon, éditions André Dimanche, 2000, p. 53). Le mot abstème existe-t-il ? je ne l’ai compris que par analogie avec l’anglais abstemious. S’il existe, pourquoi ne l’ai-je jamais rencontré ? Ce semble être une version savante de l’anglais “being a tea-totaller”. S’il n’existe pas, d’où vient le néologisme ? Du texte d’origine (César Aira) ? Du traducteur ? Pourquoi ? Ma voisine de lit m’a suggéré sobre, mais on peut boire de l’alcool et être sobre : abstème signifie, sans équivoque possible, que le narrateur ne boit jamais d’alcool.

Entre-temps, la nuit a envahi la pièce de vie, et, ici, au gîte de Kergaer, c’est le plein matin, même sous un timide rayon de soleil. Nous irons dans d’autres vies, d’autres eaux. (Au fait, l’artiste québécoise se nomme Marie-Josée Laframboise.)

07:06 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, écriture, Chanson, Musique

vendredi, 21 septembre 2007

Javier : Tomeo :: Les ::: mystères : de ::: l’opéra

    Il faudra que j’aille rue Robert Pinget enterrer solennellement mon exemplaire des Mystères de l’opéra. Pour moi, depuis le choc causé par la lecture de L’Inquisitoire en 1992, tous les inquisitoires sont L’Inquisitoire. Ce n’est pas médire de Javier Tomeo, qui a signé là un livre singulier, surprenant comme toujours. Javier Tomeo ne fait jamais le même livre (pour le coup). Mais, pour moi, depuis le choc causé par la lecture de L’Inquisitoire en 1992, tous les inquisitoires sont L’Inquisitoire. Voilà.

Toutes les rues ne sont pas pour autant la rue Robert Pinget, brève bretelle sans bâtiment ni magasin ni entrepôt ni résidence ni rien, de sorte qu’aucun numéro ne lui est affecté – une rue sans numéro et donc sans adresse – une rue où jamais le facteur ne s’arrête.

 

Les Mystères de l’opéra est un roman élaboré comme une pièce de théâtre, avec didascalies, primauté du dialogue entre le « Juge » (ou gardien) et la soprano, mais aussi plusieurs notations ou signaux de nature foncièrement extra-théâtrales, comme le surgissement, ça et là, d’un narrateur omniscient. À le lire, on aimerait le traduire en livret : tout le texte appelle cette transposition, et c’est justement dans la résistance d’un faux récit qui toujours se dé-dramatise que réside une grande partie du plaisir de lecture.

6f1bd44e01b4f74a2b3c926e821519fd.jpgIl y a quelques clins d’œil du côté de Beckett (« C’est le souvenir de cette femme impossible qui vous a abîmé depuis des années dans cet antre pour dresser l’acte des foirages des autres ? », traduction de D. Laroutis, Bourgois, p. 147), le lien sémiotique qui se tisse entre l’énigme (Rätsel de l’aria wagnérienne, p. 107) et la foirade (le ratage : « vous aussi, vous êtes un raté », p. 146), la lutte entre l’esprit de système de la soprano et le goût du Juge pour le mystère.

« Des ennemis, en plus, dont l’existence pour nous est un mystère. » (p. 91)

La soprano a parlé de salopards, mais le Juge a dit « nous ». (On entend résonner les voix du Kafka de Marc Ducret : chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous…) Nous, c’est aussi, d’un doigt léger puis – juste au dernier paragraphe – impérieux, le narrateur : « À partir d’ici nous n’en dirons pas plus. Nous ne nous mêlons pas de justice. » (p. 148)

Le Juge, si malsain que paraissent la plupart de ses principes, lance toutefois, aux fiévreux de mon espèce (mais il y en a d’autres, comme Madame de Véhesse), un appel rassurant : « Dans ce monde il faut tout compter. Oui, oui, ne me regardez pas de cette façon, il vaut mieux tout compter. Quantifier tout ce qui nous entoure : pendules, ampoules ou tubes fluorescents. » (p. 64)

 

Denise Laroutis est certainement une très bonne traductrice. (On peut savoir si un traducteur est mauvais sans même se reporter au texte original ; pour faire définitivement le tri entre bons et mauvais traducteurs, un bon texte n’est jamais qu’un début d’indice.) Pourquoi ? Un seul paragraphe, sans autre commentaire, suffira à éclaircir mon affirmation :

Brusquement, on n’entend plus la voix du violoncelle – comme si quelqu’un avait décidé de lui couper toutes les cordes d’un seul coup de ciseaux –, le Portier éternue une fois de plus et reste les yeux baissés. On dirait que le ressort de son cou s’est cassé pendant qu’il éternuait. À ce moment-là, les femmes qui sont de l’autre côté de la porte préfèrent se tenir coites. Elles n’ont pas la moindre idée de ce qui risque de se passer à partir de maintenant, mais ce dont elles sont toutes convaincues, c’est que Brigitte a encore le temps avant que soit remplie la coupe de l’amertume.     (p. 114, tripatouillages de polices ajoutés)

 

Comme pour les masques, comme pour les mensonges, comme pour le bal des vampires dans les armoires (ou des grimoires qui transpirent), l’opéra se travestit : « Une véritable soprano – une soprano tout-terrain – peut chanter les séguedilles de Carmen même habillée en Brunhilde ou en Salomé. » (p. 72)

Maintenant, le thé est noir ; il faut le boire. Respecte ton supérieur !

16:40 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : Musique, Opéra, Littérature, Espagne, Jazz, Photographie, Ligérienne

jeudi, 06 septembre 2007

7' 20"

    seulement le temps que dure Let's get to the nitty gritty seulement ça pas autrement paradoxe du thé : Le paradoxe du thé cuivres résonnants c'est que j'en bois là justement parce que réveillé très tôt après trop peu d'heures de sommeil je me suis senti la matinée les jambes lourdes alors café après filet & génoise puis deux heures plus tard l'envie de thé : D'où dans l'interstice électronique choisissant le thé vert que m'avait offert l'étudiante chinoise je me dis : Le thé vert est moins excitant, ce qui est faux bien entendu (c'est le thé rouge qui n'a pas de théine) : Enfin, je bois du thé alea jacta est et je veux finir de lire ce roman, pages 333-361, avant quatre heures, et pourquoi diable alors me suis-je interrompu : Est-ce d'avoir lu "Quelle malheur", énième coquille bourde ou faute de l'ouvrage de la plume pourtant d'un éminent traducteur d'avoir pensé chez Gallimard ni ailleurs il n'y a plus personne pour relire les textes ni on suppose pour les lire si l'éditeur se contrefout des textes qu'il édite pourquoi imputer au lectorat peau de chagrin l'affaiblissement sans cesse croissant de l'intérêt pour la littérature (ça, c'est foutrement mal écrit, on se croirait dans les Inrocks, enfin, je ne me corrige pas, solo de piano ou plutôt dialogue avec la batterie de Roy Brooks, il ne doit pas rester tant de temps que ça seulement le temps seulement tant et pas plus, les baffles sont derrière moi, et le cadran de la chaîne aussi : Je ne vais pas perdre vingt secondes à me retourner mais j'en perds quarante à écrire que je ne vais pas en perdre vingt à me retourner), et donc il n'est pas quatre heures (fini)

15:40 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Fiction, écriture

Fêlure, un rien

    Jamais je n’aurais imaginé, écrit Mathieu Mesplède-Morandini (lui dont le nom fut ensuite abrégé en MuMM, sans rapport avec le champagne, dans la mesure où les seules relations qu’il entretînt jamais avec la Formule 1 consistèrent à dormir, d’aventure, dans un hôtel de cette désignation (et dans la mesure aussi où les seuls vins pétillants qu’il eût jamais bus à l’époque où ce surnom lui fut donné étaient de pâles crémants, d’affreux vouvrays de contrebande et peut-être même quelque blanquette de Limoux de derrière les fagots)), jamais je n’aurais imaginé, quand j’écrivais, en 1996, mon roman Frasques, en vue de le proposer aux éditions P.O.L., que, dans la parfaite dernière phrase du 68ème fragment de disaient les 2 fils, texte publié chez ce même éditeur quatre ans auparavant, se trouvait résumée une partie non négligeable du travail textuel de ce Frasques-là, et jamais non plus je n’aurais songé, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, que je retrouverais encore une fois sur ma route des frasques sous la plume d’un auteur P.O.L. D’ailleurs, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, qui est ce Nicolas Vatimbella, et a-t-il publié d’autres livres depuis ? Ce nom n’a-t-il pas tout du pseudonyme ? s’interroge Mathieu Mesplède-Morandini, perdu à corps rebroussé dans une expérience de la campagne que rien ne dénie ni n’affirme, et il lui traverse l’esprit, oui, il me traverse l’esprit, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, que ce Vatimbella fut le premier nom de plume de Christine Montalbetti, à l’époque où elle publiait sa thèse, ou quoi d’autre encore, et donc je gagerais fort, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, que ce Vatimbella prétendu (aux accents tantôt beckettiens tantôt chevillardiens (vérifier date de publication de Palafox – 1990 ? note en marge Mathieu Mesplède-Morandini) tantôt michaldiens (mais est-ce là l’adjectif approprié pour se référer à l’œuvre et à l’écriture même de Michaux ? s’interroge Mathieu Mesplède-Morandini)) ne soit qu’un masque de celle qui devait publier, quelques années plus tard, mais toujours à la P.O.L., aux côtés de Hubert Lucot (auteur en 1998 d’un roman intitulé Frasques), un bref mais somptueux texte, suivi de plusieurs autres, écrit Mathieu Mesplède-Morandini. Et si j’ai raté l’écriture de mes Frasques, cet hiver-là à Oxford, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, c’est que je suis lent, désespérément lent à trouver mon rythme, à trouver une forme, à trouver le sujet, autant dire à trouver une forme dans mon rythme pour le sujet, et à faire autre chose, autrement qu’éparpiller des fragments, apprivoiser des fêlures, macérer des moisissures, pr od uire des filaments sans aucun point de paternité perdue ni retrouvée, puisque, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, je peine à désespérément trouver mon rythme, une forme, le sujet (ou, suggère avec une accolade virile Mathieu Mesplède-Morandini, le rythme, ma forme, un sujet), à trouver un sujet pour ma forme avec le rythme.

 

[29.07.07.]

08:00 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, Fiction, écriture

lundi, 03 septembre 2007

Myra / Vatim

    Nos deux prénoms commencent par des voyelles, alors que ceux de nos parents commencent par des consonnes, disaient les 2 fils. Il a acheté le livre de Nicolas Vatimbella un peu au hasard, dans la caisse des livres bradés, avec tant d’autres, ce dernier jour de mars, et ne sait si le nom de l’écrivain est un pseudonyme, ni s’il a publié d’autres livres depuis (puisque ce volume-ci est une première édition). La plupart des noms de nos peluches commencent aussi par des consonnes, disaient les 2 fils. Il a passé les branches feuillues au broyeur, et coupé de minces baguettes, mille au moins, à la scie. Dans le récit, dès la première page, il est question des signes bleus sur les feuilles blanches lignées (et non quadrillées) ; dans l’un des premiers chapitres de Myra Breckinbridge (que je vais laisser en plan), il est aussi question du nombre de pages du carnet, et du nombre de lignes par page, au fil de l’écriture.

Dans disaient les 2 fils (bruissements d’abeilles, bourdonnements de mouches, fredonnements sans fin de bourdons), outre l’homographie – déjà présente (à ce que je crois, car je ne l’ai jamais lu) dans le titre d’un livre de Serge Doubrovsky (Fils, tout simplement) – entre la filiation et la filature, entre la paternité et le tissage, on remarque la récurrence des adjectifs futile et factice. Dans un lac artificiel se noient les feux d’artifice.

Les phrases – leur agencement, leur forme et même leur saveur – restent la clef de la lecture (texte incongru). Il y a aussi, dans Wert et la vie sans fin, ce passage relatif aux frasques (fragments, parole en archipel, découpures des nuages comme des copeaux dans la montagne). Bref, je mélange tout (furètement répétitif des feutres de couleur sur le papier, c’est déjà le 15ème coloriage depuis hier soir). Chaque minute a son épaisseur dont aucun système de notation ne peut rendre compte (exhaustivité impossible, grincement du relax Lafuma avant frottement frénétique des pieds frappés par une démangeaison). Comme le pas d’un pied-bot ou d’un cul-de-jatte, comme à petites touches la palette pointilliste d’un Seurat de pacotille, le bruit des doigts sur le clavier s’interrompt irrégulièrement pour des silences qui sont aussi chaque occurrence des lettres A ou Z. Le linge sec pouvait attendre.

M’étant arrêté à vingt-cinq pages de la fin du livre de Nicolas Vatimbella (trois heures de l’après-midi, soudaine crispation du gros orteil dans l’espadrille), je me rappelle que le nom du groupe britannique qui faisait la première partie de Depeche Mode à Bordeaux en 1990 (si mes souvenirs du récit que m’en avaient fait mes amies Karine et Dorothée ne sont pas faux) était Electribe 101, et que des spectateurs impatients avaient balancé des cannettes sur la chanteuse.

Jamais il n’a pris la peine de décrire les pièces d’ici ou d’autres demeures en se déplaçant avec son ordinateur portable de l’une à l’autre ; cela demanderait une forme d’ascèse, ou plus de solitude qu’il n’en a à sa disposition. Une nuit blanche ? Ou aller, de nuit toujours, jusqu’au potager où encore son père bine, bêche, creuse, fouille, fouaille et ahane…

[29.07.07.]

11:31 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, écriture

vendredi, 24 août 2007

Moment de flottement

    Finalement, les huées se firent plus pressantes. C’était au plus fort d’une soirée d’été, quand la fête bat son plein, avec les clins d’œil des servantes dans les peñas – clins d’œil qui n’existent que dans l’imagination des poivrots et des rugbymen. Toutes rafales dehors, le chant des époumonés, des égosillées, des étrangleurs de litrons. Voici quelques lunes encore en pyjama, de quoi se dispenser du tic d’écriture qui consiste à répéter toujours encore (ou, encore et encore, toujours). Ici, les italiques prennent toute leur importance, ont droit de cité, dans la place forte. Cet imbécile fat et subventionné que vous voyez pontifier d’un sourire doux et si atrocement sympathique se nomme Erik Orsenna. Même sans la moustache, son nom reste le même, et on le voit encore (encore !) accoudé au zingue comme à un ponton de bastringue. Ça ne veut rien dire, c’est pour la rime : Erik Orsenna dit ne pas comprendre. On rêve alors du jour amer où, la tête écrasée sous la ferraille, il rate le virage et s’enfonce à 300 à l’heure dans un muret en béton. Plus nous faire chier avec ses chansons douces et ses révoltes à deux balles. Les époumonés, les égosillées, les étrangleurs de jaune demandent sa tête au bout d’un piquet. Oui, en fin de compte, les huées se firent plus pressantes. Circulez, rien à voir.

 

[14 juillet]

14:25 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, écriture, Langue française

vendredi, 17 août 2007

Y voir goutte

    Encerclé par le vert qui a sa cour de l’autre côté des vitres, mais qui, balayé de vent et de pluie, ne se laisse distraire, que faire d’autre, entre les diverses crevasses lourdes de la journée, sinon, toujours, relire Ronsard ? Je faux : je me trompe : je falsifie : je dupe : je suis dupe : je tiens fermement une plume qui sert aux mascarades et à démasquer la Camarde. Il fait vert entre les nuages, sans que jamais les yeux n’y comprennent goutte.

[9 juillet.]

14:25 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Poésie, Littérature

dimanche, 01 juillet 2007

À mots cassés

    Le rêve escamoté, la féerie de l’été peut reprendre, avec ses cent projets fumeux. Plus de huit jours avant la quille, le soldat commence à empaqueter son barda. Alors, l’hiver revient, comme pour lui couper l’herbe sous le pied, en lui lançant : « Pas de perm ! pas de perm ! » Le soldat, visage coupé d’entailles, se prend à rêver encore de son village natal – Gourbera peut-être, puisqu’il a depuis longtemps appris à plier l’échine. Il avait collé des affiches politiques avec son père, dans le village voisin. C’était à la fin du printemps, quand l’odeur des cerises noires faisait éclater les nuages en longues traînées bleues et jaunes, dans les sillons. Pourquoi céder au désespoir, s’il sait que l’été reviendra, avec ses chimères dont le plus sûr désir est de combattre les frimas ? Le rêve escamoté, la furie peut reprendre ; on attendra, le temps qu’il faudra, la permission.

14:41 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 21 juin 2007

Pas de risque de suture

    Rien de nocturne là-dedans. Juste mon humeur joueuse, rien qu'une gaillarde à danser.

Comme les plis de la main s'enfoncent, se creusent, je vois la lumière du ciel glacé gagner du terrain, et l'ombre s'affiner, se préciser, c'est-à-dire que la pénombre disparaît. En toute logique, non ? (Je ne devrais peut-être pas lire Le Navire de bois de Hans Henny Jahnn au compte-gouttes. À quand alors la trilogie entière ?)

Imaginez une voiture bondée avant même que l'on ait pu y glisser l'essentiel. Comment faire ?

Ce sont mots que le vent emporte. Ce sont des portes jaunes, à la peinture écaillée, dont je tourne le verrou pour me retrouver au chaud avec moi-même.

Pas de risque de suture.

08:54 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Littérature, écriture

lundi, 04 juin 2007

Mutinerie

    Dans le désert

des mots rapaces

à perdre les trèfles bienheureux du carré de verdure

 

Dans le silence

elle ténèbre

à se pendre aux branches flétries de la rancune

 

Les dents se ferment

à l'horizon des viandes

à tout prendre

comme s'il pleuvait des morsures

 

Dans les registres

ces fumées noires

à peindre des prés verts, avec leurs trèfles bienheureux.

 

10:01 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Poésie

vendredi, 18 mai 2007

Prennent ratures

    L'auteur de Samedi 12 mai (carnets dont je vous recommande la lecture) m'avait écrit ceci : "depuis quelques merveilleux milliards de siècles, rater occupe et divertit la matière". Or, j'y ai repensé en relisant "L'Eden sans rivage", le très beau texte que Claude-Michel Cluny a consacré à Malcolm Lowry : Un faisceau de ratages. Autrement dit, la démarche devient obsessionnelle, et d'une manière irréfragable.

Le monde tangue quand la langue s'empâte.

17:51 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Littérature, écriture

mercredi, 09 mai 2007

Reste

    Toute de nacre

Maintenant qu’elle a retrouvé son arme

Qu’elle s’est replacée

Au nœud gordien du bois

Elle est toute de nacre

 

Le péché sous la peau

N’en faire peu de cas Que très trop peu de cas

La femme nacre barre le ciel

Comme une aiguille dans les Alpes

 

Travaux d’aiguille

Armée

Elle trame creuse la mer

Lance ses filets dans les criques

Elle est toute de nacre encore

La femme nacre

 

Lentement toutefois elle entre dans la danse

Et ce qui vogue dans les airs

Sont-ce des os sont-ce des chansons de marins

Sont-ce peut-être des crânes

Elle tournoie si lentement

Dans les rues de Blois désertées

Toute de nacre.

18:50 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Poésie

samedi, 14 avril 2007

Vanitas

    Après avoir corrigé, au stylo bille noir, les 25 copies écrites en bleu, je me mis en quête d’un stylo plume pour les 6 copies qui restaient, elles-mêmes noir sur blanc et exigeant une couleur distinctive.   Le stylo plume à encre rouge était vide, et je n’avais plus de cartouche. Le stylo plume à encre verte n’était pas vide, mais il fonctionne mal. Croyant placer une cartouche verte dans le stylo plume à encre rouge, je fis un essai de « lancement » sur une feuille de brouillon et vis apparaître un jet de bulles noires ; j’écrivis, sous la colonne de cercles jaillis, IT’S BLACK INK FINALLY. Puis je procédai au même essai avec l’autre stylo plume, aux éclaboussures qui, s’avérant vertes, reçurent la légende THIS IS GREEN INK INDEED. Restent les orbes que dessinent ces cinq colonnes de bulles vertes à la plume et cette unique colonne dissimulée de bulles noires, et ce petit texte buvard, minable (à la pointe), dont personne ne saura que faire (pas moi).

12:13 Publié dans ABC*ACB, Diableries manuelles, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Ligérienne, écriture

mercredi, 28 mars 2007

DAZAI : Osamu :: Mes : frères

    La pile de livres à lire s'entasse sur ma table de chevet, et, quoi que je fasse pour en varier l'architecture, je crains qu'elle n'atteigne bientôt le plafond. Récemment, rangeant, j'ai aligné les quatre Pléiade les plus récents, surtout parcourus (sauf le tome III de Michaux, exploré jusque dans les abysses), tout en haut, pensant ainsi endiguer la sédimentation. Mais il en est des achats et des emprunts comme de penser chauffer une pièce froide en approchant le mercure du thermomètre de l'ampoule 100 Watt : vanitas vanitatum.
Cette nuit, j'ai peu dormi. Peut-être était-ce le thé vert offert par l'étudiante chinoise et bu à grandes lampées toute l'après-midi. Peut-être était-ce la lecture de trois ouvrages différents avant d'éteindre les bougies. Le dernier que j'aie ouvert, c'est ce petit volume de DAZAI Osamu, Cent vues du mont Fuji, dont j'ai parcouru la préface et lu les deux premières nouvelles. C'est peu dire que j'ai pris la première, intitulée "Mes frères" en pleine gueule. J'avais acheté ce livre - attiré dans la grande et belle librairie par c'était, qui a fini par s'acheter la traduction récemment reparue de Return of the Native - pour une raison qui en vaut d'autres : j'avais rencontré, trois jours auparavant, et dans un tout autre contexte, le traducteur, Didier Chiche.
"Mes frères" est un texte court, à la structure méandreuse, filandreuse. Dazai prend ses frères, non pour modèles, mais en filature. Au début, il donne le sentiment qu'il va parler de la mort de leur père, de la revue qu'ils avaient fondée ensemble, ou, peut-être, des deux visages de son frère aîné, de onze ans plus âgé que lui. Tout cela esquissé, pourtant (mais d'une manière qui grave l'empreinte de ces quelques motifs durablement dans l'esprit du lecteur), le sujet de la nouvelle devient le troisième frère, l'excentrique influencé par la "préciosité" française, sculpteur mais aussi auteur de poèmes dont Dazai condamne ou moque le côté fleur bleue. De ce qui semble, un instant, être un portrait-charge, émerge progressivement le récit de la mort, pathétique et terrible, de ce frère en fait adoré par Dazai (qui écrivait encore sous son vrai nom de Tsushima Shûji). Dans la dernière phrase, on en revient au point de rupture qui donna naissance à l'écriture de cette nouvelle : le traumatisme de l'héritage laissé par un père mort trop tôt. La ruse douloureuse de Dazai ne s'exprime jamais aussi bien que dans cette merveilleuse dernière phrase : "Si riches soient-ils, des  frères trop tôt privés de leur père sont, à mes yeux, bien à plaindre." (rééd. Picquier Poche, p. 39)
Il existe aussi -  dois-je m'en défendre ? - un amour particulier des noms japonais. L'évocation de la "diction du kabuki" (p. 28), de la dédicace de Kawabata Yasunari (p. 33), ou encore l'amour non réciproque du frère Keiji pour "une fille qui travaillait dans un café à Takanadobaba" (p. 36), suffisent à me plonger dans une durable rêverie... dont la rançon pourrait bien être l'insomnie ?

14:14 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : Littérature, Japon

dimanche, 04 mars 2007

Dans la maison…

Cinq heures vingt.

    Dans la maison morte, lourde de vie, de tant de moments vécus, d’instants à vivre, riche de rires lointains, il me faut le silence. Réapprendre à écrire, et pourquoi toujours se réveiller à cinq heures du matin, depuis deux semaines et demie, et peut-être même avant ? Les musiques, les paroles, les éclats qui habillent le silence, je les porte en moi.

Pour faire chauffer le café et le boire sans faire de bruit réveillant le reste de la maisonnée – j’ai le sentiment d’avoir écrit, l’été dernier, semblable phrase en semblable situation – je l’ai fait chauffer en m’éclairant d’une lampe de poche et me le suis servi dans cette timbale de plastique bleu qui sert aussi de couvercle à la bouteille Thermos du voyage.

Il y a, depuis ces dix-huit jours, des rêves si nombreux, si fréquents, que ce sont sans doute eux qui me réveillent. Venez-vous me parler la nuit ? Mon athéisme m’assure que non, depuis ces pleurs près de votre pierre ; des souvenirs de romantiques allemands me soufflent qu’après tout, oui, pourquoi pas…

Hors de question, dans tous les cas, de créer une crypte. Pas de chapitre à part, non plus : la vie reprend son cours dans la discontinuité. Nul dialogue avec les ombres. Sur le tourne-disques, avoir écouté Jeff Beck et Rod Stewart – deux chansons anciennes de Dylan – un disque plaisant de Ferrat – Captain Beefheart. Et à chaque seconde, chaque note, chaque grain dans la voix, vous entendre, vous imaginer.

Il reste qu’il y a des milliers de pages, des centaines de disques de jazz, des bouteilles, tous indécis à dessiner leurs contours, dans les fumées du futur, et dans la maison riche encore d’instants à vivre.

11:45 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Poésie, écriture

mardi, 06 février 2007

N'être océan

   Si seulement désirer n'être océan était une fable,

vertige brûlant,

tuerie par le souffle

aux gouffres rituels,

une                                                                fable :

je m'oindrais

d'eau au moindre caprice du vent

aux moindres frémissements du                      temps.

 


podcast

Another Mr. Lizard. [em] II.

16:10 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : Poésie, Jazz, Littérature

lundi, 01 janvier 2007

Soulville / Only Yesterday

    Faudra-t-il confesser (mais si oui, où ?) que j’écoutais en fait Horace Is Blue en écrivant le texte intitulé Ecaroh I et II. Il pousse le vice, la discrépance jusqu’à la malhonnêteté. Isidore réclame son onzain, puisqu’il a longtemps vécu dans ce petit village du Loiret où se trouve l’une des rares églises construites sur ordre de Charlemagne et dont certaines parties sont en effet mieux que millénaires. Isidore voudrait qu’enfin j’écrive un onzain pour lui, en son honneur, et trouve que je ne pousse pas assez loin cette histoire de discrépance. Par exemple, ai-je jamais, dans la vraie vie, raconté ma première masturbation à une jeune fille prude en jonglant avec des balles de ping-pong tandis que la jeune fille donnait des gifles à un hamster ? Non, je l’avoue. Tout à l’heure, un triporteur expliquait en long, en ligue, et même en procession, pourquoi la prononciation de gageure n’était en rien une exception aux règles de la langue française. Il a raison, mais c’est par trop évident. J’avoue aussi que j’ai quelque difficulté avec ce concept de « vraie vie », et donc j’imagine que le spectre qui me rend visite et se fait passer pour Isidore n’est pas du tout lui, incontestablement, car jamais Isidore ne se serait abaissé à d’aussi plates, aussi banales, aussi insignifiantes (surtout) formules. (Mais les gifles au hamster sont une belle trouvaille.) Faute de lamproies, dînons d’aloses. Une hirondelle traverse le ciel d’Afrique, et les haruspices se déhanchent pour trouver, en observant ses piqués farouches, un nouveau titre pour le texte fauteusement, pampousement, trompivement appelé Ecaroh I et II. Ne vous en faites pas, laissez l’hirondelle aller bon train, car j’ai trouvé un nouveau titre, grâce à la méth od e C+1 : Yvetaj I uy II. Le lettriste, fâché, me traite de faux frère rallié à la cause oulipienne. Je n’en ai cure. Et même en faisant badaboum, je vais présenter à mes lecteurs (c’est vous, peut-être) mes meilleurs vœux pour l’année qui commence. (2007, je pense, même si j’écris ces lignes en écoutant les ultimes rubati d’Only Yesterday, le 30 décembre à cinq heures et demie (du soir).) Wyommyitd baric !

00:30 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, Jazz, Ligérienne, écriture

samedi, 23 décembre 2006

Siège liant

medium_Brehemont_10_decembre_2006_044.jpg

    Aux âmes mortes, l'air frais ne saurait faire du bien. Bah, peu importe... Je sais que, quand l'envie reviendra, ce sera de nouveau la boulimie des ciels céruléens, avec d'autres flèches moins rabougries ou moins farcesques. Bonnes fêtes de fin d'année, dit-on.

(Tout de même, cette quadruple espace & la lettrine en gras, ne serait-ce pas là une version typographique du métronome, ou la politesse du désespoir ? )

Il faudrait du liant.

08:05 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Ligérienne, Littérature

samedi, 09 décembre 2006

Journées parisiennes, 5 : Dépôt d'ordures interdit

1er décembre. 19 h 40. Dans le train.

    Hier soir, j’étais trop fatigué pour écrire dans ces carnets, et même pour lire. Ce matin, j’ai bénéficié d’une connexion sans fil inattendue, dont j’ai profité pour purger ma boîte à lettres électronique de ses 276 spams, et lire les 22 messages sérieux qui s’y étaient accumulés. Ce soir, j’écris enfin ici, mais je suis profondément déprimé. Est-ce le rythme affreux et bruyant des journées à Paris ? Est-ce la vacuité de certains ateliers, qui m’a agacé ? Est-ce l’enthousiasme et l’hyperactivité de certains chercheurs rencontrés, dont la profondeur des recherches me renvoie, admiratif et peiné, à la vacuité des miennes ? medium_Dimanche_3_decembre_2006_115.jpgEst-ce de ne pas être allé faire un tour dans Paris, pourquoi pas au musée du quai Branly, et d’avoir préféré rester boire, jusqu’à la lie, le calice de ces journées fortes et frustrantes ? Est-ce le soir qui tombait sur le Jardin des plantes et surtout sur les sculptures devant la Galerie de paléontologie, qui m’a rappelé mars dernier (pointe de nostalgie) ? Est-ce le passage par l’échangeur arachnéen de Châtelet, qui m’a rappelé mes trois années de commuting entre Beauvais et Nanterre ? Est-ce de ne plus pouvoir traîner cette carcasse inutile ? Il vaut mieux que je cesse de poser ces questions, de crainte d’être tenté d’y répondre. Le train va démarrer, et, si la lumière veut bien revenir parmi nous, je me saisirai de Wizard of the Crow, histoire de noyer dans la beauté narrative ce spleen plus ridicule que malin.

19:40 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Photographie, écriture

jeudi, 07 décembre 2006

Journées parisiennes, 2 : Gabon, présence des esprits

29 novembre. 22 heures.

    La bouilloire va siffler (c’est un air d’Angleterre). J’ai déposé les feuilles de tisane à même la mug (la boule à thé était remplie de vieilles feuilles collées par une moisissure bleu verdâtre). Je crois que je ne vais pas devoir recourir au chauffage électrique de G.I.

Beaucoup marché, comme toujours beaucoup l’on marche à Paris (mais mal, en piéton amateur comme s’en plaindrait Roubaud). La bouilloire siffle. Bientôt. Je vais interrompre ces notes jetées à la va-vite.

Beaucoup marché, exprès, tours & détours, dans l’air frais mais pas hivernal. Le petit restaurant où j’ai dîné (convenablement) était enfumé à un point… j’ai étendu mes vêtements séparément sur plusieurs chaises qu’ils puissent aérer (surtout pantalon, veste et pull). La bouilloire siffle, cette fois.

medium_Paris_012.jpg

Je voulais jeter quelques mots de l’exposition Gabon, présence des esprits, vue tout à l’heure, en nocturne (et donc gratuitement, comme on dirait chez moi) au Musée Dapper. Je ne suis pas allé très souvent au Musée Dapper depuis qu’il a changé de lieu, car le nouveau lieu n’a pas d’âme. C’est une muséographie à la mords-moi-le-nœud, typique parisianisme mollasson de la fin des années 1990. Rien de commun avec le superbe hôtel particulier où le musée vivait auparavant de toute sa vigueur. Le plus triste est que tout le monde trouve ça mieux : neutre, surtout pas connoté grande bourgeoisie comme le précédent lieu. Mais enfin, ce qui est gênant, si on veut, dans ces musées d’art africain, c’est l’idée que toutes ces pièces n’ont pas été collectées ni collectionnées d’une manière très morale. Ensuite, le lieu, puisque l’on veut muséifier, doit être le plus beau possible, et le plus doué d’âme possible, même si cette âme-là est sans rapport avec celle qu’expriment les objets exposés. La discrépance ne me gêne pas, au contraire (Isou est un de mes maîtres, et la rubrique « Unissons » lui doit quelques fières chandelles). La discrépance ne me gêne pas, mais le vasouillardisme approximatif de tous ces nouveaux musées, si, et grandement.

Je n’ai toujours pas traîné mes guêtres, depuis son ouverture, au musée du quai Branly (rien que le nom, mmmm…) ; aussi faut-il dire que je ne suis venu qu’une seule fois à Paris depuis son ouverture, et encore une journée aller-retour, pour les trente ans d’un ami.

(Il faut que j’aille touiller les feuilles, puis les évacuer du liquide, afin de boire ma tisane.)

Bien… que disais-je ? Ah oui, l’exposition Gabon, présence des esprits. Elle est très bien faite, remarquable de sobriété et d’expertise, comme tout ce que fait Christiane Falgayrettes-Levreau. Mais (il faut des mais, aux plus grandes amours même) il faut toujours que la présence de certains des objets paraisse moins pertinente, comme si, les collections du musée n’étant pas assez riches – et elles le sont pourtant diablement – par rapport à la ténuité du thème choisi, il fallait quelque peu tirer sur la corde et refourguer des pièces qui, pour être fort belles, ne sont que très secondairement liées à la question de la présence des esprits… à moins d’arguer, évidemment, que toute forme de sculpture issue d’Afrique noire est spirituelle, ce qui est à peu près vrai.

Ce que je veux dire, c’est que les pièces du rez-de-chaussée sont toutes parfaitement en adéquation avec le sujet : figures de reliquaire, objets-témoins de rites mortuaires, etc. Les grandes cuillers exposées au premier étage, certes extraordinaires, comptent parmi les pièces moins convaincantes, par rapport à la réflexion sur les modalités de la représentation symbolique (et même symbiotique) des ancêtres, ou des défunts.

Toujours aussi impressionné par l’art Fang (et notamment par cette capacité qu’ont les masques Fang, n’en déplaise aux tenants de la différenciation réaliste de cet art, à superposer au masque une surface moindre, découpée, et qui, redessinant un visage, à l’intérieur du masque, met en scène la dualité même du jeu masque-figure. Un masque Fang, arboré par un homme, propose une superposition, non de deux, mais de trois faces : la peau humaine, dissimulée, le masque et la figure sur le masque. Cela n’est pas vrai de tous, mais de beaucoup.), j’ai découvert les kota, et aussi l’art des Tongwo, en particulier la figure de reliquaire qui porte le n° d’inventaire 806, et que je ne pense pas avoir vue lors de précédentes expositions.

Il y a eu, de mon point de vue, un moment assez comique, car je visitais l’exposition en même temps qu’un couple de cinquantenaires très b.c.b.g. (est-ce que cela se dit encore ?) qui s’est longuement arrêté devant les mukuyi des Punu, une remarquable série de quatre masques. Ils s’incitaient l’un l’autre à trouver cela « asiatique » (non mais, tu trouves toi, aussi, hein ? c’est fou, hein, ce n’est pas du tout africain, etc.). La raison en est que les visages sont très stylisés, les yeux fortement bridés et les nez fins (ce dernier point faisant l’objet d’exclamations véhémentes du couple susnommé). L’époux en vint même à se demander pourquoi les cartouches explicatifs ne mentionnaient pas cela, qui leur avait sauté aux yeux, hein, quand même, non, etc. Or, si yeux bridés et nez fins il y avait, il y avait aussi, sur tous ces masques, de très nettes marques de scarification en bouquet (front et tempes), ainsi que d’épaisses chevelures rehaussées et structurées selon un agencement stylisé et tripartite qui peut être signe de beauté, de puissance (par l’analogie avec la forme des cimiers) ou même de vie dans l’au-delà. Bien sûr, je suis loin de blâmer ce couple, qui a très nettement vu quelque chose de très intéressant, et qui représente un trait saillant de ces mukuyi ; mais avoir vu cela les a aveuglés sur tout le reste, ce qui est dommage.

Pis même, on peut imaginer qu’ils contemplent l’art africain et l’art asiatique comme s’ils s’agissaient de deux blocs homogènes, aux caractéristiques spécifiques très précises et incompatibles. Or, l’art africain – qu’on l’affuble de ce singulier ou non – est nettement plus divers et varié qu’il n’y paraît de prime abord. Je me rappelle avoir fortement pris conscience de cela lors de la colossale exposition Africa – The Art of a Continent à Londres, à l’hiver 1996. (Mon Dieu, onze ans déjà, bientôt !) Pour cela, il faut accepter de se dessiller les yeux, et surtout ne pas avoir les yeux rivés aux cartouches explicatifs, justement. Généralement, je regarde la plupart des pièces avant de m’informer des ethnies ou groupes de créateurs, pour ne rien dire des fonctions attribuées par les commissaires de l’exposition.

Je cesse mon bavardage. Le lit m’appelle, et Wizard of the Crow.

 

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Prolongement : Dossier de presse édité par le Musée Dapper.

22:01 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Art, Afrique

mardi, 21 novembre 2006

Christine Angot, dans mes cordes

    Monseigneur Google (je m'imagine assez volontiers le célèbre robot en prélat ventru) a beau me diriger vers les carnets de Zvezdoliki, ou Finis Africae (que je lis irrégulièrement), ou encore vers le blog de Marc Villemain, que je n'avais jamais lu... je ne parviens pas à avoir la confirmation de ce que je pense ête la vérité, à savoir que l'altiste Christine Angot (qui joue notamment dans la version de The Fairy Queen par les Arts Florissants) est l'homonyme de l'écrivain.

Si cette hypothèse se confirmait, cela me permettrait de dire que j'adore Christine Angot, & surtout son jeu. Délicieuse ambiguïté. (On s'amuse comme on peut.)

17:25 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Littérature, Musique

dimanche, 12 novembre 2006

Hubert : Antoine :: Introduction : à tout autre : chose

    Le poème de Bigongiari qui m'émerveilla jeudi soir s'intitule Con becco di sale ("Avec son bec de sel") et se trouve à la page 38 du choix de poèmes (traduits par Antoine Fongaro) publié dans la collection "Orphée" (Paris : La Différence, 1994). De façon générale, ces poèmes sont très beaux.

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Je n'ai pas pour coutume de parler d'un livre avant de l'avoir terminé, mais, en dix-huit mois, j'ai si souvent remis à la fin de la lecture pour finir par ne rien écrire du tout, que je me dis qu'un tiens vaut mieux que deux oiseaux dans le bosquet. Par ailleurs, dans le cas du livre de Hubert Antoine, il s'agit d'une suite de soixante introductions, et je postulerai donc, avec quelque légitimité, que c'est un ouvrage qui n'a pas de terme. (Pourtant, j'avouerai penaud que mon marque-pages est calé à la page 29.)

Ces remarques ne portent donc, pour être honnête, que sur les neuf premières "introductions". Ces remarques d'ailleurs risquent de faire long feu. Ces remarques ne sont que des marques (de mon désarroi).

Mon désarroi allait grandissant, tandis que je lisais, jeudi soir, les neuf premières "introductions" du livre de Hubert Antoine. Je n'ai pas, depuis, repris l'ouvrage, sauf pour feuilletter les trente premières pages. Mon désarroi est dû, je pense, à la tonalité foncièrement illogique des fragments. On devine des règles de composition, peut-être du même ordre que celles qui président à mes Xénides, ou, qui sait, à mes chers 721. (Que je vienne de regarder les Bleus prendre la pilée face aux Blacks ne doit pas être tenu pour avoir une quelconque influence sur ce billet.)

Mon désarroi ouvre-t-il la voie aux réticences ? J'écrirai pourtant.

J'écrivais donc que les textes brefs d'Introduction à tout autre chose (Verticales, 2006) donnent l'impression d'avoir été écrits soit selon une technique d'écriture proche de l'automatisme surréaliste (et l'épigraphe d'Achille Chavée n'entre pas modérément dans cette hypothèse), soit selon des principes de composition syntaxiques et lexicaux plus retors (c'est-à-dire plus ouvragés). Peut-être, évidemment, y a-t-il une combinaison des deux. Toujours est-il que je me surprends à admirer les ressorts de l'écriture dans ses formes les plus réduites (à l'échelle d'une phrase, voire d'un simple groupe nominal) et à ne rien saisir d'une "introduction" dans son ensemble (à part, tout de même, pour l'"Introduction des Etats-Unis", plutôt transparente dans sa signifiance).

Hubert Antoine sait fort bien écrire. J'en trouverais, à chaque page, dix exemples. Mais à quoi cela mène-t-il, rime-t-il ? Je n'en ai pas la moindre idée. Alors, dois-je m'en tenir à l'admiration muette de certaines phrases par moi isolées, comme

Couve un de ces moments où le cerveau gratte. (p. 21)

 

ou de certains paragraphes savamment construits, et très efficaces, comme

Je sens la nuit comme un coulis pour ceux qui n'ont rien à croquer. J'y crève d'angoisse, ce froid sans degré. j'ai beau essayer de forniquer quelques aveugles séduites par mon désintéressement, d'obscures pensées me font haïr la sauce béchamel. (p. 25)

 

?

(Oui, le signe de la fin est bien ? .)

08:50 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Littérature

mercredi, 25 octobre 2006

Starps, du sport

    Souhaitant évoquer de nouveau Sprats, le petit texte (entre science-fiction et parabole kafkaïenne) de David Bessis, je dois toutefois ronger mon frein, car j'ai prêté mon exemplaire à un ami très cher, mais pourrais bien signaler que j'ai échangé quelques courriels courtois et instructifs avec l'auteur lui-même, qui ne manquera pas de tomber encore sur cette page-ci, vu qu'il se tient au courant de ce qui se publie sur la Toile par le truchement des alertes de Dame Google. (Il n'a pourtant pas dû lire l'acrostiche que je lui ai dédié, vu que son nom n'y apparaît pas de manière suivie !)

medium_sprats.jpg

Or, je suis tombé, dernièrement, dans le petit livre de R.L. Brett, Fancy and Imagination (Methuen, The Critical Idiom), sur le nom d'un théologien anglais du dix-septième siècle, Thomas Sprat, qui préconisait, dans son History of the Royal Society, un style éloigné des embellissements et des fioritures de l'époque élisabéthaine. Cela est patent dans la citation suivante, qui donne la mesure de ce qu'était, pour lui, la réussite des académiciens de la Société Royale :

They have therefore been most rigorous in putting in execution, the only Remedy, that can be found for this extravagance: and that has been, a constant Resolution, to reject all the amplifications, digressions, and swellings of style: to return back to the primitive purity, and shortness, when men deliver'd so many things, almost in an equal number of words. They have exacted from all their members, a close, naked, natural way of speaking; positive expressions; clear senses; a native easiness: bringing all things as near the Mathematical plainness, as they can: and preferring the language of Artizans, Countrymen, and Merchants, before that, of Wits, or Scholars. (Thomas Sprat. History of the Royal Society. Section XX: "Their manner of Discourse".)

 

Enflures, digressions, amplifications : voici une esthétique résolument tournée contre les poètes précieux et les écrivains baroques. Que sont donc, à cette aune, les tentacules du narrateur de Sprats ? Sprats est-il un livre qui s'interroge sur l'amputation des tentacules, comme Paulhan jadis sur l'arrachage des fleurs de Tarbes ? Que dire de la symétrie entre les onze lettres qui forment le nom de David Bessis (5+6) et les onze qui forment celui de Thomas Sprat (6+5) ? Irai-je un jour manger des toasts aux sprats à Onzain ? Et surtout, par quel miracle ai-je réussi à composer cette note dans le délai imparti (la durée de Paranoid android, par Brad Mehldau) ?

 

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Further reading :

16:24 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature

vendredi, 06 octobre 2006

Morte l'éponge

    Territoire tropiques

foule désabusée qui se cherche un royaume

fantômes du néant que ramène un passé déjà déserté

vide de ses blessures

 

Fêlures de jadis,

le long desquelles s'ébattent les cormorans :

la longue vie comme un ruban

s'effiloche d'être gorgée.

 

La faim nous gagne marécage

où trempent nos idées reçues

Ce rêve n'aura pas de fin

dans le bourbier du fleuve mort De longue  vie

seule une trace 

06:19 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Poésie

jeudi, 28 septembre 2006

Difficile, III

    Vous m'assurez que la difficulté réside dans les sérigraphies et l'insuccès. Je vous certifie que ce qui me fait le plus de peine, c'est que les éditions Harpo& ne parviendront pas à poursuivre la publication de la collection "comme dix raies blanches". Rouge bouge, et la flamme d'une chandelle ne s'éteint jamais.

08:00 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Poésie, Littérature

lundi, 18 septembre 2006

Lu au Parc Zoologique de Beauval

CYCLISTES,

n'oubliez pas d'enlever votre écarte-narines

avant d'entrer dans la cage des rhinocéros !

 

14:31 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3)

samedi, 02 septembre 2006

Le missel d'Astolphe Sijouvray

[Lire ce qui précède : I, II, III, IV]

   Je reposai le combiné de l'appareil téléphonique (à moins que ce ne fût l'inverse, dans la mesure où plus personne ne sait plus distinguer le combiné de l'appareil, ni le homard de l'écouteur, ni le cochon de son lard) sur son socle (???).

Je venais de m'entretenir pendant vingt minutes avec le commissaire Astolphe Sijouvray, qui, ayant eu vent de mon aventure (peut-être qu'une patrouille avait décelé l'odeur suspecte et caractéristique des munsters dans la rue où je réside et que mes activités de blogueur m'ont déjà fait repérer par les renseignements généraux), m'avait appris que l'hurluberlu à qui j'avais ouvert ma porte et dont j'avais accepté le présent alsacien ne se nommait en aucun cas Astolphe Sijouvray, étant donné que lui, le commissaire, n'avait pas d'homonyme (je veux bien vous croire, Monsieur le commissaire), qu'il s'agissait d'un imposteur (je veux bien vous croire, Monsieur le commissaire) qui sévissait depuis des lustres dans la cité (je veux bien vous croire, Monsieur le commissaire) mais que la police n'avait pu encore arrêter (silence de ma part) car il était "plus évanescent que la brise" (sic). Il m'avait également appris que les munsters n'étaient nullement empoisonnés et que je pouvais "les manger sur mes deux oreilles" (?).

Je repris dare-dare la confection de mes cartons d'invitation, et méditai l'information la plus importante de cette conversation téléphonique à bâtons rompus : la seule trace tangible que la police eût en sa possession était un missel entièrement couvert et rempli de griffonnages divers et indéchiffrables, que les experts les plus pointus dans le domaine des codes et hiéroglyphes n'étaient pas parvenus à traduire. Le commissaire Astolphe Sijouvray, convaincu que l'imposteur ne m'avait pas choisi par hasard, moi, l'auteur d'une thèse hallucinante sur les Maximes de Vauvenargues (écrite sans avoir lu le corpus) et de plusieurs ouvrages sur l'imposture en art, me demandait de prêter main forte aux enquêteurs, et affirmait qu'il en était de mon devoir de citoyen.

Je lui avais promis de passer le lendemain ; il m'avait fixé un rendez-vous à onze heures du matin. Quoique j'eusse insisté à plusieurs reprises pour savoir quel danger représentait l'imposteur qui prenait son nom, le commissaire refusa obstinément (et à la façon des diamantaires) de me répondre, se contentant de me répéter que nous parlerions de cela le lendemain.

Il me restait à imaginer le missel, ce dont, tout en contemplant les faces de plus en plus hâves d'Adolphe et d'Adjani, je fus loin de me priver, comme bien l'on s'en doute, et à faire taire mes doutes, qui ne cessaient de grandir au souvenir des idiosyncrasies de langage de mon interlocuteur.

 

01:50 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 30 août 2006

Commissaire Astolphe Sijouvray

    Je regardais Adolphe, ce mauvais film adapté d'un fade roman, et je pensais à cet Astolphe, avec ses mystères, ses munsters. Tout de même, mettre sur le même plan Lapinot et Bolaño, ça ne manquait pas de culot. Et puis, me disais-je, le lifting lui va mieux qu'à Isabelle Adjani. Lui, au moins, il n'a pas l'air figé dans la cire, et ses vingt-cinq ans de moins ne semblent pas tels. Penser qu'elle a plus de cinquante berges et qu'elle a laissé son talent d'actrice sur la rive. Oui, mais, me rétorquais-je à moi-même, Astolphe Sijouvray n'est pas lifté. Certes.

Bon. J'avais remisé les 77 munsters dans un abri de fortune construit dans le jardin, à l'ombre des thuyas, et préparais à présent les invitations à vingt-trois de mes amis, pour une

Soirée Alsacienne

sans flammeküche ni cigognes

Au menu : Munster et Gewürtztraminer, exclusivement

 

J'avais pris soin, avant de composer moi-même les cartons d'invitation à cette soirée d'un nouveau genre et du dernier chic, de goûter le munster apporté par le dénommé Sijouvray, afin d'en vérifier la gouleyance, de fait étonnante), et de me munir d'une vingtaine de bouteilles d'un excellent Gewürtz (comme on dit par chez moi). Du dernier chic, oui : imaginez donc douze messieurs et douze dames triés sur le volet, tant pour leur beauté que pour leur amour immodéré du fromage et de la bibine, se livrer à de telles agapes et ne pouvant pas décemment, vu le menu, penser à conclure quelque aventure que ce soit (encore qu'il n'est pas rare de voir des couples se former et des passions se nouer autour des fromages les plus odorants de notre beau pays).

Je me réjouissais déjà de cette soirée, qui allait avoir lieu dans mon humble demeure, le vendredi suivant. C'était compter sans un appel téléphonique du commissaire Astolphe Sijouvray...

 

[Affaire à suivre, après-demain...]

[Episode précédent : III]

21:55 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3)

lundi, 28 août 2006

L'émissaire Astolphe Sijouvray

[Précédents chapitres : I et II]

 

    JE suis venu pour empuantir ta demeure !!!

Le sieur Astolphe ayant ainsi tonné, cela m'étonna. Il tourna les talons, et je rangeai dans mon réfrigérateur la trentaine de kilos fromagers.

21:35 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (11)

mercredi, 05 juillet 2006

Anamphore

    Vais quand même pas vous dire ce que je cherche à faire, avec mes histoires d'heures, quel sort je conjure, quel but je vise, vais pas faire ça. Vais pas vous expliquer par a+b les arcanes éberlués de mon tout petit cerveau risotto con carne, ni passer par quatre chemins pour décourager les plantes vivaces de me pousser dans les orties et se prendre dans mes pinceaux, vais pas vous dépeindre mes motifs, non. Vais pas vous faire ça, de toute façon j'écris trop, vais pas changer maintenant, non. Vais pas sécher car il vase, vais pas vous mettre en boîte, vous charrier, vais pas vous trouver une jarre ou une aiguière pour que vous y reposiez à la fraîche, un peu courbaturés mais bien au frais, vais pas oser. Vais pas affoler la chèvre, embrouiller le hamac, débroussailler les tignasses déjà un peu littéraires de ces carnets, vais pas vous dégotter une cruche, qu'elle puisse vous fixer de ses yeux de merlan frit, vais pas vous emmerder comme ça, promis. Vais pas me mettre à dégoiser plus que nécessaire (voire), ni vitupérer en plein milieu de la chaussée (voire), ni causer des incidents de circulation, en appeler à la voirie (voire), faudrait voir. Vais pas vous trouver un coussin, un oursin bien douillet, un couillard bien dodu pour clore ce billet, vais pas me pavaner des plombes encore, corniaud, vais pas faire ça. Vais donc pas trouver de grande soupière, ni de vaisselier, ni d'urne cinéraire, oh non, vais pas déraper.

18:18 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1)

mardi, 04 juillet 2006

Le munster Astolphe Sijouvray

[Lire le chapitre 1

 

    J'étais assez embarrassé pour répondre à mon hôte.

Il y avait, dans la courette, une bise agréable. (C'était le mois de janvier, et je n'aurais peut-être pas dû sortir en peignoir.) Tandis qu'une stalactite me pendait au bout du nez, je me livrai à sept bonnes minutes de réflexion, avant de répondre le plus honnêtement du monde au sieur Astolphe Sijouvray :

"Monsieur, votre question m'embarrasse. Des deux livres entre lesquels vous hésitez, il en est que je n'ai pas lu mais que j'emporterai l'été prochain dans ma valise avec la ferme intention de réparer cet oubli, et l'autre que je n'ai pas du tout l'intention de lire. Pour le premier, vous devriez tout de même savoir qu'il n'est pas encore publié en français. Pour le second, vous devez vous moquer de moi."

Astolphe Sijouvray se lissa une barbichette absente, roula entre ses doigts des favoris imaginaires, délogea d'entre ses dents une miette de salade chimérique, avant de m'offrir un large sourire, qui, au vu de sa physionomie générale, était plus affreux et effrayant encore que sa mine ordinaire. Puis il partit d'un grand éclat de rire et commença à m'expliquer que cette question était en fait un test, et que je venais de gagner au grand concours du Munster Astolphe Sijouvray, oui, que j'avais gagné pas moins de soixante-dix-sept munsters de 400 grammes chacun, que sa camionnette était garée juste dans la rue voisine et qu'il allait revenir me remettre mon lot.

(Nous étions en janvier. Il valait mieux, pour le munster.)

 

... Affaire à suivre ...

09:10 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (4)