vendredi, 22 février 2008

Hantise hivernale

[ 13.02.2008.

    C’est la première fois – je pense – que je me retrouve à pianoter dans cette cuisine, où j’ai déjà, par le passé, installé l’ordinateur portable afin de montrer des photos à mon fils aîné, pendant son dîner, ou à mon beau-père, qui est mort il y a cinquante-deux semaines et une heure. C’est l’une des premières fois, aussi, que la table de la cuisine n’est pas recouverte d’une toile cirée, puisque la toile jaune, justement, je l’ai installée hier soir à la table du salon, pour le dîner, surtout par flemme de chercher une nappe dans les placards. Le bois clair de la table de la cuisine, avec ses nœuds plus bruns, me renvoie à des périodes hantées. Il est cinq heures et demie du matin, et je me suis tout de même fait chauffer un café, que j’accompagne de quatre « sablés des prés au pavot ».

La semaine prochaine, nous allons faire une petite virée de deux jours à Arcachon et sur le bassin, que je n’ai jamais visités de ma vie. Peut-être passerons-nous quelques heures à Bordeaux, histoire de montrer à notre fils le tramway, la cathédrale, le musée d’Aquitaine, les vieux quartiers, le jardin botanique – et peut-être même, si la nostalgie nous y conduit, le parc Peixotto, à Talence. C’est à Bordeaux, à l’hôpital Bergonié, que mon beau-père est mort il y a cinquante-deux semaines et une heure.

— Pourquoi le parc Peixotto ? me demanderez-vous.

— Pourquoi pas ? vous répondrai-je.

(Je n’arrête pas de tousser et de renifler depuis que je suis levé ; c’est agaçant.)

 

17:27 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Landes, Mémoire, Nuit, écriture

lundi, 14 janvier 2008

Bzz

    Sans mélodie ni fourmillement

Sans vapeurs ni frétillements

Il se mit à écrire un poème

 

Des oliviers passèrent sous ses yeux, dans le grondement sourd des roues.

Il se mit à écrire un poème. 

 

Bouche bée le vague-à-l'âme dormait

sans vapeurs ni frétillements

Dans l'astronef Il se mit à écrire un poème

 

Quand bien même il dormirait

Quand bien même il dormirait trois jours

Il dort du sommeil du juste sous l'encre de la toile de jute

Il se mit à écrire un poème

 

Et si Morminal, tus ses

murmures, n'existait pas ? Il se mit...

 

... à écrire seize mots de seize lettres.

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dimanche, 28 octobre 2007

1525 - Dust my broom

    Franchement, je tarde à me remettre à l'écriture, ici ou dans l'autre carnétoile. De longues conversations, récentes, avec un ami, au sujet de la recherche, des publications, de la sacro-sainte tout autant que satanée H.D.R., me font percevoir ce fossé entre mes intentions et mon faire effectif. (Tout cela relève du faitiche, pace Bruno Latour.)

Je suppose que l'encadrement administratif, les copies, les cours,et le butinage d'écriture, aussi l'éternel et langoureux vagbondage de lecture, tout cela mange du temps, mais ça n'est pas une raison suffisante. Quand je pense mettre plus d'ordre dans mes projets, ou dans mes essais de fiction, ou encore dans mes velléités diverses, ça cesse d'être désirable, en quelque sorte. (Me risquerai-je à de freudiennes et sauvages explications ? On n'en est pas là...)

Le vrai, on n'en a jamais fini de commencer.

01:10 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Fiction, écriture, Ligérienne

samedi, 29 septembre 2007

En vain et sans histoires

    Écoutant pour la dixième fois Buvant seul de Dick Annegarn, Araïna a décidé d’écrire enfin le chapitre de sa thèse qu’elle veut consacrer à ce texte, et principalement – d’ailleurs – à sa mise en musique, solo de guitare surtout. Sa thèse porte sur les rémanences contemporaines du poème de Li Po sur la compagnie de l’ombre de la lune, mais, comme elle s’est heurtée à quelques difficultés en traitant de la métamorphose de la lune en chien dans trois œuvres de langue espagnole, il lui semble utile de rebondir, comme on dit si vilainement. L’exilée du ciel, en un sens, c’est elle. Auprès d’elle, sous les draps, Irina se pochtronne, comme d’habitude, au whisky et au bartissol comme d’habitude.

Je repense, en évoquant ce couple d’ombres – Irina et Araïna –, à cette phrase énigmatique : « Ma coupe est vide (je suis abstème) et la lumière du chien est sombre. » (Les Larmes, trad. de Michel Lafon, éditions André Dimanche, 2000, p. 53). Le mot abstème existe-t-il ? je ne l’ai compris que par analogie avec l’anglais abstemious. S’il existe, pourquoi ne l’ai-je jamais rencontré ? Ce semble être une version savante de l’anglais “being a tea-totaller”. S’il n’existe pas, d’où vient le néologisme ? Du texte d’origine (César Aira) ? Du traducteur ? Pourquoi ? Ma voisine de lit m’a suggéré sobre, mais on peut boire de l’alcool et être sobre : abstème signifie, sans équivoque possible, que le narrateur ne boit jamais d’alcool.

Entre-temps, la nuit a envahi la pièce de vie, et, ici, au gîte de Kergaer, c’est le plein matin, même sous un timide rayon de soleil. Nous irons dans d’autres vies, d’autres eaux. (Au fait, l’artiste québécoise se nomme Marie-Josée Laframboise.)

07:06 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture, Chanson, Musique

vendredi, 21 septembre 2007

Javier : Tomeo :: Les ::: mystères : de ::: l’opéra

    Il faudra que j’aille rue Robert Pinget enterrer solennellement mon exemplaire des Mystères de l’opéra. Pour moi, depuis le choc causé par la lecture de L’Inquisitoire en 1992, tous les inquisitoires sont L’Inquisitoire. Ce n’est pas médire de Javier Tomeo, qui a signé là un livre singulier, surprenant comme toujours. Javier Tomeo ne fait jamais le même livre (pour le coup). Mais, pour moi, depuis le choc causé par la lecture de L’Inquisitoire en 1992, tous les inquisitoires sont L’Inquisitoire. Voilà.

Toutes les rues ne sont pas pour autant la rue Robert Pinget, brève bretelle sans bâtiment ni magasin ni entrepôt ni résidence ni rien, de sorte qu’aucun numéro ne lui est affecté – une rue sans numéro et donc sans adresse – une rue où jamais le facteur ne s’arrête.

 

Les Mystères de l’opéra est un roman élaboré comme une pièce de théâtre, avec didascalies, primauté du dialogue entre le « Juge » (ou gardien) et la soprano, mais aussi plusieurs notations ou signaux de nature foncièrement extra-théâtrales, comme le surgissement, ça et là, d’un narrateur omniscient. À le lire, on aimerait le traduire en livret : tout le texte appelle cette transposition, et c’est justement dans la résistance d’un faux récit qui toujours se dé-dramatise que réside une grande partie du plaisir de lecture.

6f1bd44e01b4f74a2b3c926e821519fd.jpgIl y a quelques clins d’œil du côté de Beckett (« C’est le souvenir de cette femme impossible qui vous a abîmé depuis des années dans cet antre pour dresser l’acte des foirages des autres ? », traduction de D. Laroutis, Bourgois, p. 147), le lien sémiotique qui se tisse entre l’énigme (Rätsel de l’aria wagnérienne, p. 107) et la foirade (le ratage : « vous aussi, vous êtes un raté », p. 146), la lutte entre l’esprit de système de la soprano et le goût du Juge pour le mystère.

« Des ennemis, en plus, dont l’existence pour nous est un mystère. » (p. 91)

La soprano a parlé de salopards, mais le Juge a dit « nous ». (On entend résonner les voix du Kafka de Marc Ducret : chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous… chez nous…) Nous, c’est aussi, d’un doigt léger puis – juste au dernier paragraphe – impérieux, le narrateur : « À partir d’ici nous n’en dirons pas plus. Nous ne nous mêlons pas de justice. » (p. 148)

Le Juge, si malsain que paraissent la plupart de ses principes, lance toutefois, aux fiévreux de mon espèce (mais il y en a d’autres, comme Madame de Véhesse), un appel rassurant : « Dans ce monde il faut tout compter. Oui, oui, ne me regardez pas de cette façon, il vaut mieux tout compter. Quantifier tout ce qui nous entoure : pendules, ampoules ou tubes fluorescents. » (p. 64)

 

Denise Laroutis est certainement une très bonne traductrice. (On peut savoir si un traducteur est mauvais sans même se reporter au texte original ; pour faire définitivement le tri entre bons et mauvais traducteurs, un bon texte n’est jamais qu’un début d’indice.) Pourquoi ? Un seul paragraphe, sans autre commentaire, suffira à éclaircir mon affirmation :

Brusquement, on n’entend plus la voix du violoncelle – comme si quelqu’un avait décidé de lui couper toutes les cordes d’un seul coup de ciseaux –, le Portier éternue une fois de plus et reste les yeux baissés. On dirait que le ressort de son cou s’est cassé pendant qu’il éternuait. À ce moment-là, les femmes qui sont de l’autre côté de la porte préfèrent se tenir coites. Elles n’ont pas la moindre idée de ce qui risque de se passer à partir de maintenant, mais ce dont elles sont toutes convaincues, c’est que Brigitte a encore le temps avant que soit remplie la coupe de l’amertume.     (p. 114, tripatouillages de polices ajoutés)

 

Comme pour les masques, comme pour les mensonges, comme pour le bal des vampires dans les armoires (ou des grimoires qui transpirent), l’opéra se travestit : « Une véritable soprano – une soprano tout-terrain – peut chanter les séguedilles de Carmen même habillée en Brunhilde ou en Salomé. » (p. 72)

Maintenant, le thé est noir ; il faut le boire. Respecte ton supérieur !

16:40 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Musique, Opéra, Littérature, Espagne, Jazz, Photographie, Ligérienne

jeudi, 06 septembre 2007

7' 20"

    seulement le temps que dure Let's get to the nitty gritty seulement ça pas autrement paradoxe du thé : Le paradoxe du thé cuivres résonnants c'est que j'en bois là justement parce que réveillé très tôt après trop peu d'heures de sommeil je me suis senti la matinée les jambes lourdes alors café après filet & génoise puis deux heures plus tard l'envie de thé : D'où dans l'interstice électronique choisissant le thé vert que m'avait offert l'étudiante chinoise je me dis : Le thé vert est moins excitant, ce qui est faux bien entendu (c'est le thé rouge qui n'a pas de théine) : Enfin, je bois du thé alea jacta est et je veux finir de lire ce roman, pages 333-361, avant quatre heures, et pourquoi diable alors me suis-je interrompu : Est-ce d'avoir lu "Quelle malheur", énième coquille bourde ou faute de l'ouvrage de la plume pourtant d'un éminent traducteur d'avoir pensé chez Gallimard ni ailleurs il n'y a plus personne pour relire les textes ni on suppose pour les lire si l'éditeur se contrefout des textes qu'il édite pourquoi imputer au lectorat peau de chagrin l'affaiblissement sans cesse croissant de l'intérêt pour la littérature (ça, c'est foutrement mal écrit, on se croirait dans les Inrocks, enfin, je ne me corrige pas, solo de piano ou plutôt dialogue avec la batterie de Roy Brooks, il ne doit pas rester tant de temps que ça seulement le temps seulement tant et pas plus, les baffles sont derrière moi, et le cadran de la chaîne aussi : Je ne vais pas perdre vingt secondes à me retourner mais j'en perds quarante à écrire que je ne vais pas en perdre vingt à me retourner), et donc il n'est pas quatre heures (fini)

15:40 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Fiction, écriture

Fêlure, un rien

    Jamais je n’aurais imaginé, écrit Mathieu Mesplède-Morandini (lui dont le nom fut ensuite abrégé en MuMM, sans rapport avec le champagne, dans la mesure où les seules relations qu’il entretînt jamais avec la Formule 1 consistèrent à dormir, d’aventure, dans un hôtel de cette désignation (et dans la mesure aussi où les seuls vins pétillants qu’il eût jamais bus à l’époque où ce surnom lui fut donné étaient de pâles crémants, d’affreux vouvrays de contrebande et peut-être même quelque blanquette de Limoux de derrière les fagots)), jamais je n’aurais imaginé, quand j’écrivais, en 1996, mon roman Frasques, en vue de le proposer aux éditions P.O.L., que, dans la parfaite dernière phrase du 68ème fragment de disaient les 2 fils, texte publié chez ce même éditeur quatre ans auparavant, se trouvait résumée une partie non négligeable du travail textuel de ce Frasques-là, et jamais non plus je n’aurais songé, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, que je retrouverais encore une fois sur ma route des frasques sous la plume d’un auteur P.O.L. D’ailleurs, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, qui est ce Nicolas Vatimbella, et a-t-il publié d’autres livres depuis ? Ce nom n’a-t-il pas tout du pseudonyme ? s’interroge Mathieu Mesplède-Morandini, perdu à corps rebroussé dans une expérience de la campagne que rien ne dénie ni n’affirme, et il lui traverse l’esprit, oui, il me traverse l’esprit, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, que ce Vatimbella fut le premier nom de plume de Christine Montalbetti, à l’époque où elle publiait sa thèse, ou quoi d’autre encore, et donc je gagerais fort, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, que ce Vatimbella prétendu (aux accents tantôt beckettiens tantôt chevillardiens (vérifier date de publication de Palafox – 1990 ? note en marge Mathieu Mesplède-Morandini) tantôt michaldiens (mais est-ce là l’adjectif approprié pour se référer à l’œuvre et à l’écriture même de Michaux ? s’interroge Mathieu Mesplède-Morandini)) ne soit qu’un masque de celle qui devait publier, quelques années plus tard, mais toujours à la P.O.L., aux côtés de Hubert Lucot (auteur en 1998 d’un roman intitulé Frasques), un bref mais somptueux texte, suivi de plusieurs autres, écrit Mathieu Mesplède-Morandini. Et si j’ai raté l’écriture de mes Frasques, cet hiver-là à Oxford, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, c’est que je suis lent, désespérément lent à trouver mon rythme, à trouver une forme, à trouver le sujet, autant dire à trouver une forme dans mon rythme pour le sujet, et à faire autre chose, autrement qu’éparpiller des fragments, apprivoiser des fêlures, macérer des moisissures, pr od uire des filaments sans aucun point de paternité perdue ni retrouvée, puisque, écrit Mathieu Mesplède-Morandini, je peine à désespérément trouver mon rythme, une forme, le sujet (ou, suggère avec une accolade virile Mathieu Mesplède-Morandini, le rythme, ma forme, un sujet), à trouver un sujet pour ma forme avec le rythme.

 

[29.07.07.]

08:00 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Fiction, écriture

lundi, 03 septembre 2007

Myra / Vatim

    Nos deux prénoms commencent par des voyelles, alors que ceux de nos parents commencent par des consonnes, disaient les 2 fils. Il a acheté le livre de Nicolas Vatimbella un peu au hasard, dans la caisse des livres bradés, avec tant d’autres, ce dernier jour de mars, et ne sait si le nom de l’écrivain est un pseudonyme, ni s’il a publié d’autres livres depuis (puisque ce volume-ci est une première édition). La plupart des noms de nos peluches commencent aussi par des consonnes, disaient les 2 fils. Il a passé les branches feuillues au broyeur, et coupé de minces baguettes, mille au moins, à la scie. Dans le récit, dès la première page, il est question des signes bleus sur les feuilles blanches lignées (et non quadrillées) ; dans l’un des premiers chapitres de Myra Breckinbridge (que je vais laisser en plan), il est aussi question du nombre de pages du carnet, et du nombre de lignes par page, au fil de l’écriture.

Dans disaient les 2 fils (bruissements d’abeilles, bourdonnements de mouches, fredonnements sans fin de bourdons), outre l’homographie – déjà présente (à ce que je crois, car je ne l’ai jamais lu) dans le titre d’un livre de Serge Doubrovsky (Fils, tout simplement) – entre la filiation et la filature, entre la paternité et le tissage, on remarque la récurrence des adjectifs futile et factice. Dans un lac artificiel se noient les feux d’artifice.

Les phrases – leur agencement, leur forme et même leur saveur – restent la clef de la lecture (texte incongru). Il y a aussi, dans Wert et la vie sans fin, ce passage relatif aux frasques (fragments, parole en archipel, découpures des nuages comme des copeaux dans la montagne). Bref, je mélange tout (furètement répétitif des feutres de couleur sur le papier, c’est déjà le 15ème coloriage depuis hier soir). Chaque minute a son épaisseur dont aucun système de notation ne peut rendre compte (exhaustivité impossible, grincement du relax Lafuma avant frottement frénétique des pieds frappés par une démangeaison). Comme le pas d’un pied-bot ou d’un cul-de-jatte, comme à petites touches la palette pointilliste d’un Seurat de pacotille, le bruit des doigts sur le clavier s’interrompt irrégulièrement pour des silences qui sont aussi chaque occurrence des lettres A ou Z. Le linge sec pouvait attendre.

M’étant arrêté à vingt-cinq pages de la fin du livre de Nicolas Vatimbella (trois heures de l’après-midi, soudaine crispation du gros orteil dans l’espadrille), je me rappelle que le nom du groupe britannique qui faisait la première partie de Depeche Mode à Bordeaux en 1990 (si mes souvenirs du récit que m’en avaient fait mes amies Karine et Dorothée ne sont pas faux) était Electribe 101, et que des spectateurs impatients avaient balancé des cannettes sur la chanteuse.

Jamais il n’a pris la peine de décrire les pièces d’ici ou d’autres demeures en se déplaçant avec son ordinateur portable de l’une à l’autre ; cela demanderait une forme d’ascèse, ou plus de solitude qu’il n’en a à sa disposition. Une nuit blanche ? Ou aller, de nuit toujours, jusqu’au potager où encore son père bine, bêche, creuse, fouille, fouaille et ahane…

[29.07.07.]

11:31 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture

vendredi, 24 août 2007

Moment de flottement

    Finalement, les huées se firent plus pressantes. C’était au plus fort d’une soirée d’été, quand la fête bat son plein, avec les clins d’œil des servantes dans les peñas – clins d’œil qui n’existent que dans l’imagination des poivrots et des rugbymen. Toutes rafales dehors, le chant des époumonés, des égosillées, des étrangleurs de litrons. Voici quelques lunes encore en pyjama, de quoi se dispenser du tic d’écriture qui consiste à répéter toujours encore (ou, encore et encore, toujours). Ici, les italiques prennent toute leur importance, ont droit de cité, dans la place forte. Cet imbécile fat et subventionné que vous voyez pontifier d’un sourire doux et si atrocement sympathique se nomme Erik Orsenna. Même sans la moustache, son nom reste le même, et on le voit encore (encore !) accoudé au zingue comme à un ponton de bastringue. Ça ne veut rien dire, c’est pour la rime : Erik Orsenna dit ne pas comprendre. On rêve alors du jour amer où, la tête écrasée sous la ferraille, il rate le virage et s’enfonce à 300 à l’heure dans un muret en béton. Plus nous faire chier avec ses chansons douces et ses révoltes à deux balles. Les époumonés, les égosillées, les étrangleurs de jaune demandent sa tête au bout d’un piquet. Oui, en fin de compte, les huées se firent plus pressantes. Circulez, rien à voir.

 

[14 juillet]

14:25 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture, Langue française

vendredi, 17 août 2007

Y voir goutte

    Encerclé par le vert qui a sa cour de l’autre côté des vitres, mais qui, balayé de vent et de pluie, ne se laisse distraire, que faire d’autre, entre les diverses crevasses lourdes de la journée, sinon, toujours, relire Ronsard ? Je faux : je me trompe : je falsifie : je dupe : je suis dupe : je tiens fermement une plume qui sert aux mascarades et à démasquer la Camarde. Il fait vert entre les nuages, sans que jamais les yeux n’y comprennent goutte.

[9 juillet.]

14:25 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, Littérature

dimanche, 01 juillet 2007

À mots cassés

    Le rêve escamoté, la féerie de l’été peut reprendre, avec ses cent projets fumeux. Plus de huit jours avant la quille, le soldat commence à empaqueter son barda. Alors, l’hiver revient, comme pour lui couper l’herbe sous le pied, en lui lançant : « Pas de perm ! pas de perm ! » Le soldat, visage coupé d’entailles, se prend à rêver encore de son village natal – Gourbera peut-être, puisqu’il a depuis longtemps appris à plier l’échine. Il avait collé des affiches politiques avec son père, dans le village voisin. C’était à la fin du printemps, quand l’odeur des cerises noires faisait éclater les nuages en longues traînées bleues et jaunes, dans les sillons. Pourquoi céder au désespoir, s’il sait que l’été reviendra, avec ses chimères dont le plus sûr désir est de combattre les frimas ? Le rêve escamoté, la furie peut reprendre ; on attendra, le temps qu’il faudra, la permission.

14:41 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

jeudi, 21 juin 2007

Pas de risque de suture

    Rien de nocturne là-dedans. Juste mon humeur joueuse, rien qu'une gaillarde à danser.

Comme les plis de la main s'enfoncent, se creusent, je vois la lumière du ciel glacé gagner du terrain, et l'ombre s'affiner, se préciser, c'est-à-dire que la pénombre disparaît. En toute logique, non ? (Je ne devrais peut-être pas lire Le Navire de bois de Hans Henny Jahnn au compte-gouttes. À quand alors la trilogie entière ?)

Imaginez une voiture bondée avant même que l'on ait pu y glisser l'essentiel. Comment faire ?

Ce sont mots que le vent emporte. Ce sont des portes jaunes, à la peinture écaillée, dont je tourne le verrou pour me retrouver au chaud avec moi-même.

Pas de risque de suture.

08:54 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture

lundi, 04 juin 2007

Mutinerie

    Dans le désert

des mots rapaces

à perdre les trèfles bienheureux du carré de verdure

 

Dans le silence

elle ténèbre

à se pendre aux branches flétries de la rancune

 

Les dents se ferment

à l'horizon des viandes

à tout prendre

comme s'il pleuvait des morsures

 

Dans les registres

ces fumées noires

à peindre des prés verts, avec leurs trèfles bienheureux.

 

10:01 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie

vendredi, 18 mai 2007

Prennent ratures

    L'auteur de Samedi 12 mai (carnets dont je vous recommande la lecture) m'avait écrit ceci : "depuis quelques merveilleux milliards de siècles, rater occupe et divertit la matière". Or, j'y ai repensé en relisant "L'Eden sans rivage", le très beau texte que Claude-Michel Cluny a consacré à Malcolm Lowry : Un faisceau de ratages. Autrement dit, la démarche devient obsessionnelle, et d'une manière irréfragable.

Le monde tangue quand la langue s'empâte.

17:51 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture

mercredi, 09 mai 2007

Reste

    Toute de nacre

Maintenant qu’elle a retrouvé son arme

Qu’elle s’est replacée

Au nœud gordien du bois

Elle est toute de nacre

 

Le péché sous la peau

N’en faire peu de cas Que très trop peu de cas

La femme nacre barre le ciel

Comme une aiguille dans les Alpes

 

Travaux d’aiguille

Armée

Elle trame creuse la mer

Lance ses filets dans les criques

Elle est toute de nacre encore

La femme nacre

 

Lentement toutefois elle entre dans la danse

Et ce qui vogue dans les airs

Sont-ce des os sont-ce des chansons de marins

Sont-ce peut-être des crânes

Elle tournoie si lentement

Dans les rues de Blois désertées

Toute de nacre.

18:50 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Poésie

samedi, 14 avril 2007

Vanitas

    Après avoir corrigé, au stylo bille noir, les 25 copies écrites en bleu, je me mis en quête d’un stylo plume pour les 6 copies qui restaient, elles-mêmes noir sur blanc et exigeant une couleur distinctive.   Le stylo plume à encre rouge était vide, et je n’avais plus de cartouche. Le stylo plume à encre verte n’était pas vide, mais il fonctionne mal. Croyant placer une cartouche verte dans le stylo plume à encre rouge, je fis un essai de « lancement » sur une feuille de brouillon et vis apparaître un jet de bulles noires ; j’écrivis, sous la colonne de cercles jaillis, IT’S BLACK INK FINALLY. Puis je procédai au même essai avec l’autre stylo plume, aux éclaboussures qui, s’avérant vertes, reçurent la légende THIS IS GREEN INK INDEED. Restent les orbes que dessinent ces cinq colonnes de bulles vertes à la plume et cette unique colonne dissimulée de bulles noires, et ce petit texte buvard, minable (à la pointe), dont personne ne saura que faire (pas moi).

12:13 Publié dans ABC*ACB, Diableries manuelles, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne, écriture

mercredi, 28 mars 2007

DAZAI : Osamu :: Mes : frères

    La pile de livres à lire s'entasse sur ma table de chevet, et, quoi que je fasse pour en varier l'architecture, je crains qu'elle n'atteigne bientôt le plafond. Récemment, rangeant, j'ai aligné les quatre Pléiade les plus récents, surtout parcourus (sauf le tome III de Michaux, exploré jusque dans les abysses), tout en haut, pensant ainsi endiguer la sédimentation. Mais il en est des achats et des emprunts comme de penser chauffer une pièce froide en approchant le mercure du thermomètre de l'ampoule 100 Watt : vanitas vanitatum.
Cette nuit, j'ai peu dormi. Peut-être était-ce le thé vert offert par l'étudiante chinoise et bu à grandes lampées toute l'après-midi. Peut-être était-ce la lecture de trois ouvrages différents avant d'éteindre les bougies. Le dernier que j'aie ouvert, c'est ce petit volume de DAZAI Osamu, Cent vues du mont Fuji, dont j'ai parcouru la préface et lu les deux premières nouvelles. C'est peu dire que j'ai pris la première, intitulée "Mes frères" en pleine gueule. J'avais acheté ce livre - attiré dans la grande et belle librairie par c'était, qui a fini par s'acheter la traduction récemment reparue de Return of the Native - pour une raison qui en vaut d'autres : j'avais rencontré, trois jours auparavant, et dans un tout autre contexte, le traducteur, Didier Chiche.
"Mes frères" est un texte court, à la structure méandreuse, filandreuse. Dazai prend ses frères, non pour modèles, mais en filature. Au début, il donne le sentiment qu'il va parler de la mort de leur père, de la revue qu'ils avaient fondée ensemble, ou, peut-être, des deux visages de son frère aîné, de onze ans plus âgé que lui. Tout cela esquissé, pourtant (mais d'une manière qui grave l'empreinte de ces quelques motifs durablement dans l'esprit du lecteur), le sujet de la nouvelle devient le troisième frère, l'excentrique influencé par la "préciosité" française, sculpteur mais aussi auteur de poèmes dont Dazai condamne ou moque le côté fleur bleue. De ce qui semble, un instant, être un portrait-charge, émerge progressivement le récit de la mort, pathétique et terrible, de ce frère en fait adoré par Dazai (qui écrivait encore sous son vrai nom de Tsushima Shûji). Dans la dernière phrase, on en revient au point de rupture qui donna naissance à l'écriture de cette nouvelle : le traumatisme de l'héritage laissé par un père mort trop tôt. La ruse douloureuse de Dazai ne s'exprime jamais aussi bien que dans cette merveilleuse dernière phrase : "Si riches soient-ils, des  frères trop tôt privés de leur père sont, à mes yeux, bien à plaindre." (rééd. Picquier Poche, p. 39)
Il existe aussi -  dois-je m'en défendre ? - un amour particulier des noms japonais. L'évocation de la "diction du kabuki" (p. 28), de la dédicace de Kawabata Yasunari (p. 33), ou encore l'amour non réciproque du frère Keiji pour "une fille qui travaillait dans un café à Takanadobaba" (p. 36), suffisent à me plonger dans une durable rêverie... dont la rançon pourrait bien être l'insomnie ?

14:14 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Japon

dimanche, 04 mars 2007

Dans la maison…

Cinq heures vingt.

    Dans la maison morte, lourde de vie, de tant de moments vécus, d’instants à vivre, riche de rires lointains, il me faut le silence. Réapprendre à écrire, et pourquoi toujours se réveiller à cinq heures du matin, depuis deux semaines et demie, et peut-être même avant ? Les musiques, les paroles, les éclats qui habillent le silence, je les porte en moi.

Pour faire chauffer le café et le boire sans faire de bruit réveillant le reste de la maisonnée – j’ai le sentiment d’avoir écrit, l’été dernier, semblable phrase en semblable situation – je l’ai fait chauffer en m’éclairant d’une lampe de poche et me le suis servi dans cette timbale de plastique bleu qui sert aussi de couvercle à la bouteille Thermos du voyage.

Il y a, depuis ces dix-huit jours, des rêves si nombreux, si fréquents, que ce sont sans doute eux qui me réveillent. Venez-vous me parler la nuit ? Mon athéisme m’assure que non, depuis ces pleurs près de votre pierre ; des souvenirs de romantiques allemands me soufflent qu’après tout, oui, pourquoi pas…

Hors de question, dans tous les cas, de créer une crypte. Pas de chapitre à part, non plus : la vie reprend son cours dans la discontinuité. Nul dialogue avec les ombres. Sur le tourne-disques, avoir écouté Jeff Beck et Rod Stewart – deux chansons anciennes de Dylan – un disque plaisant de Ferrat – Captain Beefheart. Et à chaque seconde, chaque note, chaque grain dans la voix, vous entendre, vous imaginer.

Il reste qu’il y a des milliers de pages, des centaines de disques de jazz, des bouteilles, tous indécis à dessiner leurs contours, dans les fumées du futur, et dans la maison riche encore d’instants à vivre.

11:45 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, écriture

mardi, 06 février 2007

N'être océan

   Si seulement désirer n'être océan était une fable,

vertige brûlant,

tuerie par le souffle

aux gouffres rituels,

une                                                                fable :

je m'oindrais

d'eau au moindre caprice du vent

aux moindres frémissements du                      temps.

 


podcast

Another Mr. Lizard. [em] II.

16:10 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, Jazz, Littérature

lundi, 01 janvier 2007

Soulville / Only Yesterday

    Faudra-t-il confesser (mais si oui, où ?) que j’écoutais en fait Horace Is Blue en écrivant le texte intitulé Ecaroh I et II. Il pousse le vice, la discrépance jusqu’à la malhonnêteté. Isidore réclame son onzain, puisqu’il a longtemps vécu dans ce petit village du Loiret où se trouve l’une des rares églises construites sur ordre de Charlemagne et dont certaines parties sont en effet mieux que millénaires. Isidore voudrait qu’enfin j’écrive un onzain pour lui, en son honneur, et trouve que je ne pousse pas assez loin cette histoire de discrépance. Par exemple, ai-je jamais, dans la vraie vie, raconté ma première masturbation à une jeune fille prude en jonglant avec des balles de ping-pong tandis que la jeune fille donnait des gifles à un hamster ? Non, je l’avoue. Tout à l’heure, un triporteur expliquait en long, en ligue, et même en procession, pourquoi la prononciation de gageure n’était en rien une exception aux règles de la langue française. Il a raison, mais c’est par trop évident. J’avoue aussi que j’ai quelque difficulté avec ce concept de « vraie vie », et donc j’imagine que le spectre qui me rend visite et se fait passer pour Isidore n’est pas du tout lui, incontestablement, car jamais Isidore ne se serait abaissé à d’aussi plates, aussi banales, aussi insignifiantes (surtout) formules. (Mais les gifles au hamster sont une belle trouvaille.) Faute de lamproies, dînons d’aloses. Une hirondelle traverse le ciel d’Afrique, et les haruspices se déhanchent pour trouver, en observant ses piqués farouches, un nouveau titre pour le texte fauteusement, pampousement, trompivement appelé Ecaroh I et II. Ne vous en faites pas, laissez l’hirondelle aller bon train, car j’ai trouvé un nouveau titre, grâce à la méth od e C+1 : Yvetaj I uy II. Le lettriste, fâché, me traite de faux frère rallié à la cause oulipienne. Je n’en ai cure. Et même en faisant badaboum, je vais présenter à mes lecteurs (c’est vous, peut-être) mes meilleurs vœux pour l’année qui commence. (2007, je pense, même si j’écris ces lignes en écoutant les ultimes rubati d’Only Yesterday, le 30 décembre à cinq heures et demie (du soir).) Wyommyitd baric !

00:30 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Jazz, Ligérienne, écriture

samedi, 23 décembre 2006

Siège liant

medium_Brehemont_10_decembre_2006_044.jpg

    Aux âmes mortes, l'air frais ne saurait faire du bien. Bah, peu importe... Je sais que, quand l'envie reviendra, ce sera de nouveau la boulimie des ciels céruléens, avec d'autres flèches moins rabougries ou moins farcesques. Bonnes fêtes de fin d'année, dit-on.

(Tout de même, cette quadruple espace & la lettrine en gras, ne serait-ce pas là une version typographique du métronome, ou la politesse du désespoir ? )

Il faudrait du liant.

08:05 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne, Littérature

samedi, 09 décembre 2006

Journées parisiennes, 5 : Dépôt d'ordures interdit

1er décembre. 19 h 40. Dans le train.

    Hier soir, j’étais trop fatigué pour écrire dans ces carnets, et même pour lire. Ce matin, j’ai bénéficié d’une connexion sans fil inattendue, dont j’ai profité pour purger ma boîte à lettres électronique de ses 276 spams, et lire les 22 messages sérieux qui s’y étaient accumulés. Ce soir, j’écris enfin ici, mais je suis profondément déprimé. Est-ce le rythme affreux et bruyant des journées à Paris ? Est-ce la vacuité de certains ateliers, qui m’a agacé ? Est-ce l’enthousiasme et l’hyperactivité de certains chercheurs rencontrés, dont la profondeur des recherches me renvoie, admiratif et peiné, à la vacuité des miennes ? medium_Dimanche_3_decembre_2006_115.jpgEst-ce de ne pas être allé faire un tour dans Paris, pourquoi pas au musée du quai Branly, et d’avoir préféré rester boire, jusqu’à la lie, le calice de ces journées fortes et frustrantes ? Est-ce le soir qui tombait sur le Jardin des plantes et surtout sur les sculptures devant la Galerie de paléontologie, qui m’a rappelé mars dernier (pointe de nostalgie) ? Est-ce le passage par l’échangeur arachnéen de Châtelet, qui m’a rappelé mes trois années de commuting entre Beauvais et Nanterre ? Est-ce de ne plus pouvoir traîner cette carcasse inutile ? Il vaut mieux que je cesse de poser ces questions, de crainte d’être tenté d’y répondre. Le train va démarrer, et, si la lumière veut bien revenir parmi nous, je me saisirai de Wizard of the Crow, histoire de noyer dans la beauté narrative ce spleen plus ridicule que malin.

19:40 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Photographie, écriture

jeudi, 07 décembre 2006

Journées parisiennes, 2 : Gabon, présence des esprits

29 novembre. 22 heures.

    La bouilloire va siffler (c’est un air d’Angleterre). J’ai déposé les feuilles de tisane à même la mug (la boule à thé était remplie de vieilles feuilles collées par une moisissure bleu verdâtre). Je crois que je ne vais pas devoir recourir au chauffage électrique de G.I.

Beaucoup marché, comme toujours beaucoup l’on marche à Paris (mais mal, en piéton amateur comme s’en plaindrait Roubaud). La bouilloire siffle. Bientôt. Je vais interrompre ces notes jetées à la va-vite.

Beaucoup marché, exprès, tours & détours, dans l’air frais mais pas hivernal. Le petit restaurant où j’ai dîné (convenablement) était enfumé à un point… j’ai étendu mes vêtements séparément sur plusieurs chaises qu’ils puissent aérer (surtout pantalon, veste et pull). La bouilloire siffle, cette fois.

medium_Paris_012.jpg

Je voulais jeter quelques mots de l’exposition Gabon, présence des esprits, vue tout à l’heure, en nocturne (et donc gratuitement, comme on dirait chez moi) au Musée Dapper. Je ne suis pas allé très souvent au Musée Dapper depuis qu’il a changé de lieu, car le nouveau lieu n’a pas d’âme. C’est une muséographie à la mords-moi-le-nœud, typique parisianisme mollasson de la fin des années 1990. Rien de commun avec le superbe hôtel particulier où le musée vivait auparavant de toute sa vigueur. Le plus triste est que tout le monde trouve ça mieux : neutre, surtout pas connoté grande bourgeoisie comme le précédent lieu. Mais enfin, ce qui est gênant, si on veut, dans ces musées d’art africain, c’est l’idée que toutes ces pièces n’ont pas été collectées ni collectionnées d’une manière très morale. Ensuite, le lieu, puisque l’on veut muséifier, doit être le plus beau possible, et le plus doué d’âme possible, même si cette âme-là est sans rapport avec celle qu’expriment les objets exposés. La discrépance ne me gêne pas, au contraire (Isou est un de mes maîtres, et la rubrique « Unissons » lui doit quelques fières chandelles). La discrépance ne me gêne pas, mais le vasouillardisme approximatif de tous ces nouveaux musées, si, et grandement.

Je n’ai toujours pas traîné mes guêtres, depuis son ouverture, au musée du quai Branly (rien que le nom, mmmm…) ; aussi faut-il dire que je ne suis venu qu’une seule fois à Paris depuis son ouverture, et encore une journée aller-retour, pour les trente ans d’un ami.

(Il faut que j’aille touiller les feuilles, puis les évacuer du liquide, afin de boire ma tisane.)

Bien… que disais-je ? Ah oui, l’exposition Gabon, présence des esprits. Elle est très bien faite, remarquable de sobriété et d’expertise, comme tout ce que fait Christiane Falgayrettes-Levreau. Mais (il faut des mais, aux plus grandes amours même) il faut toujours que la présence de certains des objets paraisse moins pertinente, comme si, les collections du musée n’étant pas assez riches – et elles le sont pourtant diablement – par rapport à la ténuité du thème choisi, il fallait quelque peu tirer sur la corde et refourguer des pièces qui, pour être fort belles, ne sont que très secondairement liées à la question de la présence des esprits… à moins d’arguer, évidemment, que toute forme de sculpture issue d’Afrique noire est spirituelle, ce qui est à peu près vrai.

Ce que je veux dire, c’est que les pièces du rez-de-chaussée sont toutes parfaitement en adéquation avec le sujet : figures de reliquaire, objets-témoins de rites mortuaires, etc. Les grandes cuillers exposées au premier étage, certes extraordinaires, comptent parmi les pièces moins convaincantes, par rapport à la réflexion sur les modalités de la représentation symbolique (et même symbiotique) des ancêtres, ou des défunts.

Toujours aussi impressionné par l’art Fang (et notamment par cette capacité qu’ont les masques Fang, n’en déplaise aux tenants de la différenciation réaliste de cet art, à superposer au masque une surface moindre, découpée, et qui, redessinant un visage, à l’intérieur du masque, met en scène la dualité même du jeu masque-figure. Un masque Fang, arboré par un homme, propose une superposition, non de deux, mais de trois faces : la peau humaine, dissimulée, le masque et la figure sur le masque. Cela n’est pas vrai de tous, mais de beaucoup.), j’ai découvert les kota, et aussi l’art des Tongwo, en particulier la figure de reliquaire qui porte le n° d’inventaire 806, et que je ne pense pas avoir vue lors de précédentes expositions.

Il y a eu, de mon point de vue, un moment assez comique, car je visitais l’exposition en même temps qu’un couple de cinquantenaires très b.c.b.g. (est-ce que cela se dit encore ?) qui s’est longuement arrêté devant les mukuyi des Punu, une remarquable série de quatre masques. Ils s’incitaient l’un l’autre à trouver cela « asiatique » (non mais, tu trouves toi, aussi, hein ? c’est fou, hein, ce n’est pas du tout africain, etc.). La raison en est que les visages sont très stylisés, les yeux fortement bridés et les nez fins (ce dernier point faisant l’objet d’exclamations véhémentes du couple susnommé). L’époux en vint même à se demander pourquoi les cartouches explicatifs ne mentionnaient pas cela, qui leur avait sauté aux yeux, hein, quand même, non, etc. Or, si yeux bridés et nez fins il y avait, il y avait aussi, sur tous ces masques, de très nettes marques de scarification en bouquet (front et tempes), ainsi que d’épaisses chevelures rehaussées et structurées selon un agencement stylisé et tripartite qui peut être signe de beauté, de puissance (par l’analogie avec la forme des cimiers) ou même de vie dans l’au-delà. Bien sûr, je suis loin de blâmer ce couple, qui a très nettement vu quelque chose de très intéressant, et qui représente un trait saillant de ces mukuyi ; mais avoir vu cela les a aveuglés sur tout le reste, ce qui est dommage.

Pis même, on peut imaginer qu’ils contemplent l’art africain et l’art asiatique comme s’ils s’agissaient de deux blocs homogènes, aux caractéristiques spécifiques très précises et incompatibles. Or, l’art africain – qu’on l’affuble de ce singulier ou non – est nettement plus divers et varié qu’il n’y paraît de prime abord. Je me rappelle avoir fortement pris conscience de cela lors de la colossale exposition Africa – The Art of a Continent à Londres, à l’hiver 1996. (Mon Dieu, onze ans déjà, bientôt !) Pour cela, il faut accepter de se dessiller les yeux, et surtout ne pas avoir les yeux rivés aux cartouches explicatifs, justement. Généralement, je regarde la plupart des pièces avant de m’informer des ethnies ou groupes de créateurs, pour ne rien dire des fonctions attribuées par les commissaires de l’exposition.

Je cesse mon bavardage. Le lit m’appelle, et Wizard of the Crow.

 

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Prolongement : Dossier de presse édité par le Musée Dapper.

22:01 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Art, Afrique

mardi, 21 novembre 2006

Christine Angot, dans mes cordes

    Monseigneur Google (je m'imagine assez volontiers le célèbre robot en prélat ventru) a beau me diriger vers les carnets de Zvezdoliki, ou Finis Africae (que je lis irrégulièrement), ou encore vers le blog de Marc Villemain, que je n'avais jamais lu... je ne parviens pas à avoir la confirmation de ce que je pense ête la vérité, à savoir que l'altiste Christine Angot (qui joue notamment dans la version de The Fairy Queen par les Arts Florissants) est l'homonyme de l'écrivain.

Si cette hypothèse se confirmait, cela me permettrait de dire que j'adore Christine Angot, & surtout son jeu. Délicieuse ambiguïté. (On s'amuse comme on peut.)

17:25 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Musique

dimanche, 12 novembre 2006

Hubert : Antoine :: Introduction : à tout autre : chose

    Le poème de Bigongiari qui m'émerveilla jeudi soir s'intitule Con becco di sale ("Avec son bec de sel") et se trouve à la page 38 du choix de poèmes (traduits par Antoine Fongaro) publié dans la collection "Orphée" (Paris : La Différence, 1994). De façon générale, ces poèmes sont très beaux.

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Je n'ai pas pour coutume de parler d'un livre avant de l'avoir terminé, mais, en dix-huit mois, j'ai si souvent remis à la fin de la lecture pour finir par ne rien écrire du tout, que je me dis qu'un tiens vaut mieux que deux oiseaux dans le bosquet. Par ailleurs, dans le cas du livre de Hubert Antoine, il s'agit d'une suite de soixante introductions, et je postulerai donc, avec quelque légitimité, que c'est un ouvrage qui n'a pas de terme. (Pourtant, j'avouerai penaud que mon marque-pages est calé à la page 29.)

Ces remarques ne portent donc, pour être honnête, que sur les neuf premières "introductions". Ces remarques d'ailleurs risquent de faire long feu. Ces remarques ne sont que des marques (de mon désarroi).

Mon désarroi allait grandissant, tandis que je lisais, jeudi soir, les neuf premières "introductions" du livre de Hubert Antoine. Je n'ai pas, depuis, repris l'ouvrage, sauf pour feuilletter les trente premières pages. Mon désarroi est dû, je pense, à la tonalité foncièrement illogique des fragments. On devine des règles de composition, peut-être du même ordre que celles qui président à mes Xénides, ou, qui sait, à mes chers 721. (Que je vienne de regarder les Bleus prendre la pilée face aux Blacks ne doit pas être tenu pour avoir une quelconque influence sur ce billet.)

Mon désarroi ouvre-t-il la voie aux réticences ? J'écrirai pourtant.

J'écrivais donc que les textes brefs d'Introduction à tout autre chose (Verticales, 2006) donnent l'impression d'avoir été écrits soit selon une technique d'écriture proche de l'automatisme surréaliste (et l'épigraphe d'Achille Chavée n'entre pas modérément dans cette hypothèse), soit selon des principes de composition syntaxiques et lexicaux plus retors (c'est-à-dire plus ouvragés). Peut-être, évidemment, y a-t-il une combinaison des deux. Toujours est-il que je me surprends à admirer les ressorts de l'écriture dans ses formes les plus réduites (à l'échelle d'une phrase, voire d'un simple groupe nominal) et à ne rien saisir d'une "introduction" dans son ensemble (à part, tout de même, pour l'"Introduction des Etats-Unis", plutôt transparente dans sa signifiance).

Hubert Antoine sait fort bien écrire. J'en trouverais, à chaque page, dix exemples. Mais à quoi cela mène-t-il, rime-t-il ? Je n'en ai pas la moindre idée. Alors, dois-je m'en tenir à l'admiration muette de certaines phrases par moi isolées, comme

Couve un de ces moments où le cerveau gratte. (p. 21)

 

ou de certains paragraphes savamment construits, et très efficaces, comme

Je sens la nuit comme un coulis pour ceux qui n'ont rien à croquer. J'y crève d'angoisse, ce froid sans degré. j'ai beau essayer de forniquer quelques aveugles séduites par mon désintéressement, d'obscures pensées me font haïr la sauce béchamel. (p. 25)

 

?

(Oui, le signe de la fin est bien ? .)

08:50 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Littérature

mercredi, 25 octobre 2006

Starps, du sport

    Souhaitant évoquer de nouveau Sprats, le petit texte (entre science-fiction et parabole kafkaïenne) de David Bessis, je dois toutefois ronger mon frein, car j'ai prêté mon exemplaire à un ami très cher, mais pourrais bien signaler que j'ai échangé quelques courriels courtois et instructifs avec l'auteur lui-même, qui ne manquera pas de tomber encore sur cette page-ci, vu qu'il se tient au courant de ce qui se publie sur la Toile par le truchement des alertes de Dame Google. (Il n'a pourtant pas dû lire l'acrostiche que je lui ai dédié, vu que son nom n'y apparaît pas de manière suivie !)

medium_sprats.jpg

Or, je suis tombé, dernièrement, dans le petit livre de R.L. Brett, Fancy and Imagination (Methuen, The Critical Idiom), sur le nom d'un théologien anglais du dix-septième siècle, Thomas Sprat, qui préconisait, dans son History of the Royal Society, un style éloigné des embellissements et des fioritures de l'époque élisabéthaine. Cela est patent dans la citation suivante, qui donne la mesure de ce qu'était, pour lui, la réussite des académiciens de la Société Royale :

They have therefore been most rigorous in putting in execution, the only Remedy, that can be found for this extravagance: and that has been, a constant Resolution, to reject all the amplifications, digressions, and swellings of style: to return back to the primitive purity, and shortness, when men deliver'd so many things, almost in an equal number of words. They have exacted from all their members, a close, naked, natural way of speaking; positive expressions; clear senses; a native easiness: bringing all things as near the Mathematical plainness, as they can: and preferring the language of Artizans, Countrymen, and Merchants, before that, of Wits, or Scholars. (Thomas Sprat. History of the Royal Society. Section XX: "Their manner of Discourse".)

 

Enflures, digressions, amplifications : voici une esthétique résolument tournée contre les poètes précieux et les écrivains baroques. Que sont donc, à cette aune, les tentacules du narrateur de Sprats ? Sprats est-il un livre qui s'interroge sur l'amputation des tentacules, comme Paulhan jadis sur l'arrachage des fleurs de Tarbes ? Que dire de la symétrie entre les onze lettres qui forment le nom de David Bessis (5+6) et les onze qui forment celui de Thomas Sprat (6+5) ? Irai-je un jour manger des toasts aux sprats à Onzain ? Et surtout, par quel miracle ai-je réussi à composer cette note dans le délai imparti (la durée de Paranoid android, par Brad Mehldau) ?

 

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Further reading :

16:24 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Littérature

vendredi, 06 octobre 2006

Morte l'éponge

    Territoire tropiques

foule désabusée qui se cherche un royaume

fantômes du néant que ramène un passé déjà déserté

vide de ses blessures

 

Fêlures de jadis,

le long desquelles s'ébattent les cormorans :

la longue vie comme un ruban

s'effiloche d'être gorgée.

 

La faim nous gagne marécage

où trempent nos idées reçues

Ce rêve n'aura pas de fin

dans le bourbier du fleuve mort De longue  vie

seule une trace 

06:19 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Poésie

jeudi, 28 septembre 2006

Difficile, III

    Vous m'assurez que la difficulté réside dans les sérigraphies et l'insuccès. Je vous certifie que ce qui me fait le plus de peine, c'est que les éditions Harpo& ne parviendront pas à poursuivre la publication de la collection "comme dix raies blanches". Rouge bouge, et la flamme d'une chandelle ne s'éteint jamais.

08:00 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, Littérature

lundi, 18 septembre 2006

Lu au Parc Zoologique de Beauval

CYCLISTES,

n'oubliez pas d'enlever votre écarte-narines

avant d'entrer dans la cage des rhinocéros !

 

14:31 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

samedi, 02 septembre 2006

Le missel d'Astolphe Sijouvray

[Lire ce qui précède : I, II, III, IV]

   Je reposai le combiné de l'appareil téléphonique (à moins que ce ne fût l'inverse, dans la mesure où plus personne ne sait plus distinguer le combiné de l'appareil, ni le homard de l'écouteur, ni le cochon de son lard) sur son socle (???).

Je venais de m'entretenir pendant vingt minutes avec le commissaire Astolphe Sijouvray, qui, ayant eu vent de mon aventure (peut-être qu'une patrouille avait décelé l'odeur suspecte et caractéristique des munsters dans la rue où je réside et que mes activités de blogueur m'ont déjà fait repérer par les renseignements généraux), m'avait appris que l'hurluberlu à qui j'avais ouvert ma porte et dont j'avais accepté le présent alsacien ne se nommait en aucun cas Astolphe Sijouvray, étant donné que lui, le commissaire, n'avait pas d'homonyme (je veux bien vous croire, Monsieur le commissaire), qu'il s'agissait d'un imposteur (je veux bien vous croire, Monsieur le commissaire) qui sévissait depuis des lustres dans la cité (je veux bien vous croire, Monsieur le commissaire) mais que la police n'avait pu encore arrêter (silence de ma part) car il était "plus évanescent que la brise" (sic). Il m'avait également appris que les munsters n'étaient nullement empoisonnés et que je pouvais "les manger sur mes deux oreilles" (?).

Je repris dare-dare la confection de mes cartons d'invitation, et méditai l'information la plus importante de cette conversation téléphonique à bâtons rompus : la seule trace tangible que la police eût en sa possession était un missel entièrement couvert et rempli de griffonnages divers et indéchiffrables, que les experts les plus pointus dans le domaine des codes et hiéroglyphes n'étaient pas parvenus à traduire. Le commissaire Astolphe Sijouvray, convaincu que l'imposteur ne m'avait pas choisi par hasard, moi, l'auteur d'une thèse hallucinante sur les Maximes de Vauvenargues (écrite sans avoir lu le corpus) et de plusieurs ouvrages sur l'imposture en art, me demandait de prêter main forte aux enquêteurs, et affirmait qu'il en était de mon devoir de citoyen.

Je lui avais promis de passer le lendemain ; il m'avait fixé un rendez-vous à onze heures du matin. Quoique j'eusse insisté à plusieurs reprises pour savoir quel danger représentait l'imposteur qui prenait son nom, le commissaire refusa obstinément (et à la façon des diamantaires) de me répondre, se contentant de me répéter que nous parlerions de cela le lendemain.

Il me restait à imaginer le missel, ce dont, tout en contemplant les faces de plus en plus hâves d'Adolphe et d'Adjani, je fus loin de me priver, comme bien l'on s'en doute, et à faire taire mes doutes, qui ne cessaient de grandir au souvenir des idiosyncrasies de langage de mon interlocuteur.

 

01:50 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

mercredi, 30 août 2006

Commissaire Astolphe Sijouvray

    Je regardais Adolphe, ce mauvais film adapté d'un fade roman, et je pensais à cet Astolphe, avec ses mystères, ses munsters. Tout de même, mettre sur le même plan Lapinot et Bolaño, ça ne manquait pas de culot. Et puis, me disais-je, le lifting lui va mieux qu'à Isabelle Adjani. Lui, au moins, il n'a pas l'air figé dans la cire, et ses vingt-cinq ans de moins ne semblent pas tels. Penser qu'elle a plus de cinquante berges et qu'elle a laissé son talent d'actrice sur la rive. Oui, mais, me rétorquais-je à moi-même, Astolphe Sijouvray n'est pas lifté. Certes.

Bon. J'avais remisé les 77 munsters dans un abri de fortune construit dans le jardin, à l'ombre des thuyas, et préparais à présent les invitations à vingt-trois de mes amis, pour une

Soirée Alsacienne

sans flammeküche ni cigognes

Au menu : Munster et Gewürtztraminer, exclusivement

 

J'avais pris soin, avant de composer moi-même les cartons d'invitation à cette soirée d'un nouveau genre et du dernier chic, de goûter le munster apporté par le dénommé Sijouvray, afin d'en vérifier la gouleyance, de fait étonnante), et de me munir d'une vingtaine de bouteilles d'un excellent Gewürtz (comme on dit par chez moi). Du dernier chic, oui : imaginez donc douze messieurs et douze dames triés sur le volet, tant pour leur beauté que pour leur amour immodéré du fromage et de la bibine, se livrer à de telles agapes et ne pouvant pas décemment, vu le menu, penser à conclure quelque aventure que ce soit (encore qu'il n'est pas rare de voir des couples se former et des passions se nouer autour des fromages les plus odorants de notre beau pays).

Je me réjouissais déjà de cette soirée, qui allait avoir lieu dans mon humble demeure, le vendredi suivant. C'était compter sans un appel téléphonique du commissaire Astolphe Sijouvray...

 

[Affaire à suivre, après-demain...]

[Episode précédent : III]

21:55 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

lundi, 28 août 2006

L'émissaire Astolphe Sijouvray

[Précédents chapitres : I et II]

 

    JE suis venu pour empuantir ta demeure !!!

Le sieur Astolphe ayant ainsi tonné, cela m'étonna. Il tourna les talons, et je rangeai dans mon réfrigérateur la trentaine de kilos fromagers.

21:35 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note

mercredi, 05 juillet 2006

Anamphore

    Vais quand même pas vous dire ce que je cherche à faire, avec mes histoires d'heures, quel sort je conjure, quel but je vise, vais pas faire ça. Vais pas vous expliquer par a+b les arcanes éberlués de mon tout petit cerveau risotto con carne, ni passer par quatre chemins pour décourager les plantes vivaces de me pousser dans les orties et se prendre dans mes pinceaux, vais pas vous dépeindre mes motifs, non. Vais pas vous faire ça, de toute façon j'écris trop, vais pas changer maintenant, non. Vais pas sécher car il vase, vais pas vous mettre en boîte, vous charrier, vais pas vous trouver une jarre ou une aiguière pour que vous y reposiez à la fraîche, un peu courbaturés mais bien au frais, vais pas oser. Vais pas affoler la chèvre, embrouiller le hamac, débroussailler les tignasses déjà un peu littéraires de ces carnets, vais pas vous dégotter une cruche, qu'elle puisse vous fixer de ses yeux de merlan frit, vais pas vous emmerder comme ça, promis. Vais pas me mettre à dégoiser plus que nécessaire (voire), ni vitupérer en plein milieu de la chaussée (voire), ni causer des incidents de circulation, en appeler à la voirie (voire), faudrait voir. Vais pas vous trouver un coussin, un oursin bien douillet, un couillard bien dodu pour clore ce billet, vais pas me pavaner des plombes encore, corniaud, vais pas faire ça. Vais donc pas trouver de grande soupière, ni de vaisselier, ni d'urne cinéraire, oh non, vais pas déraper.

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mardi, 04 juillet 2006

Le munster Astolphe Sijouvray

[Lire le chapitre 1

 

    J'étais assez embarrassé pour répondre à mon hôte.

Il y avait, dans la courette, une bise agréable. (C'était le mois de janvier, et je n'aurais peut-être pas dû sortir en peignoir.) Tandis qu'une stalactite me pendait au bout du nez, je me livrai à sept bonnes minutes de réflexion, avant de répondre le plus honnêtement du monde au sieur Astolphe Sijouvray :

"Monsieur, votre question m'embarrasse. Des deux livres entre lesquels vous hésitez, il en est que je n'ai pas lu mais que j'emporterai l'été prochain dans ma valise avec la ferme intention de réparer cet oubli, et l'autre que je n'ai pas du tout l'intention de lire. Pour le premier, vous devriez tout de même savoir qu'il n'est pas encore publié en français. Pour le second, vous devez vous moquer de moi."

Astolphe Sijouvray se lissa une barbichette absente, roula entre ses doigts des favoris imaginaires, délogea d'entre ses dents une miette de salade chimérique, avant de m'offrir un large sourire, qui, au vu de sa physionomie générale, était plus affreux et effrayant encore que sa mine ordinaire. Puis il partit d'un grand éclat de rire et commença à m'expliquer que cette question était en fait un test, et que je venais de gagner au grand concours du Munster Astolphe Sijouvray, oui, que j'avais gagné pas moins de soixante-dix-sept munsters de 400 grammes chacun, que sa camionnette était garée juste dans la rue voisine et qu'il allait revenir me remettre mon lot.

(Nous étions en janvier. Il valait mieux, pour le munster.)

 

... Affaire à suivre ...

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dimanche, 02 juillet 2006

Le mystère Astolphe Sijouvray

    Il fallait bien commencer par noter que la somme de son prénom et de son nom reposait sur un équilibre subtil, entre le cube de 2 et le carré de 3, débouchant sur le nombre premier qui fait partie de mes préférés, 17. Toute personne dont le prénom compte huit lettres et le nom, neun Buchstaben, fait aussitôt l'objet de ma curiosité bienveillante, sinon de mon admiration.

Lui, Astolphe Sijouvray, muni d'une canne à pommeau d'or et vêtu d'un habit à queue-de-pie, se présenta un jour à mon domicile. J'étais encore en peignoir (car je dors nu et, quand je n'ai pas d'affaire urgente pour me pousser sur les routes, l'été, je me vêts, au lever, d'un simple peignoir de bain qui me donne l'allure lascive d'une star de grande classe, une version masculine d'Ava Garner, dirons-nous pour faire simple). Astolphe Sijouvray me tendit sa carte, d'une élégance infinie.

Quand je fus rassuré sur ses motivations (il n'était ni témoin de Jehovah, ni mormon, ni, pire encore, conseiller financier d'un institut spécialisé dans les nouvelles mesures de défiscalisation), je l'invitai à venir prendre avec moi une tasse de Rembeng. Il déclina mon offre, préférant "boire une tasse de thé vert Gunpowder dans votre ravissante courette". Bien sûr, pour l'accueillir dans l'infâme cour de gravier qui sépare la maison de la rue, il fallut déplacer la Clio et sortir les cabriolets Régence. Déjà, la scène n'était pas du tout décalée. (La Clio, elle, cala. Merde alors, elle sort du contrôle technique, cette putain de caisse ! (Car je parle ainsi dans la vie de tous les jours, et hors de mes précieux carnets.))

Astolphe Sijouvray ne voulait pas me demander quoi que ce soit, et, en dépit de son allure surannée, il n'était même pas venu me proposer un pacte avec le diable, or a new lease of life, que sais-je... Il voulait absolument que je lui donne un conseil de lecture, car il hésitait, m'expliqua-t-il avec force ronds de jambes et circonlocutions, qui, pour être savamment tournées et charmantes de rhétorique, ne m'en donnaient pas moins l'impression qu'il cherchait, in vulgar parlance, à noyer le poisson (car l'hyperhypotaxe sert aussi, dear students and fellow scholars et n'en déplaise à Henry James, à cela). Bien entendu, il lui était impossible de battre la campagne autour des buissons, puisque nous étions en ville, dans ma courette, qui est, de surcroît, en fait de buissons, protégée par une épaisse haie de thuyas (l'arbre le plus affreux qui soit, cela n'a aucune espèce d'importance ici, mais autant le noter). Mais les digressions n'en tombaient pas moins de sa lèvre digne et subtile.

Un conseil de lecture, donc. (Il faut toujours se méfier des personnes qui préfèrent une tasse de Gunpowder à une mug de Rembeng, alors que je serais plus mesuré dans mon jugement à l'encontre des amateurs de Gainsborough qui ne goûtent pas trop Rembrandt : voyez comme l'alphabet est retors...)

Il voulait savoir si je lui conseillais plutôt de lire Les Détectives sauvages de Roberto Bolaño ou Lapinot et les carottes de Patagonie, de Lewis Trondheim.

 

... À suivre...

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vendredi, 30 juin 2006

L'armée et la mort

    Je n'invente rien. À onze heures et demie, comme le soleil commençait à chauffer près de la haie, à l'endroit où j'avais installé la table de jardin et mon ordinateur, j'ai changé de place, pour préférer l'allée de graviers. J'avais déjà traduit huit pages et demie de Links, sans être réellement satisfait, si ce n'est qu'à tout le moins la fin du premier jet, qu'il suffira de reprendre et d'harmoniser, est proche.

Dans le chapitre 26, Jeebleh rend visite à une fillette de cinq ans qui, quatre ans auparavant, lors des combats entre milices claniques et marines américains, a été emportée sur les pales d'un hélicoptère. Si elle n'est pas morte, elle en a gardé de lourdes séquelles : sourde à vie, elle n'a jamais pu aligner deux mots, n'a jamais ri ni souri. L'un des récits insiste sur le vacarme assourdissant des hélicoptères, ce jour-là, sur Mogadiscio dévastée.

Or, j'ai passé la matinée à travailler dans le jardin, avec des passages réguliers d'hélicoptères dont le vacarme est assourdissant. Quand j'étais enfant et adolescent, je vivais à la campagne, mais non loin d'une base militaire où se trouvaient de nombreux hélicoptères. Pendant des heures entières, certains après-midis, les hélicoptères tournoyaient dans le ciel, de sorte qu'il était impossible de profiter d'une belle journée de printemps ou d'été. Si on ne voulait pas devenir fou, il fallait se calfeutrer chez soi. Ce matin, en dépit des passages réguliers de quelques hélicoptères, je me suis refusé à fuir. Et, tandis que je traduisais ces pages qui narrent les atrocités des combats dans lesquels éaient impliqués les hélicoptères de l'armée américaine, je me rappelais ce que jamais je n'avais réussi à faire comprendre à un camarade de collège à qui j'expliquais que le bruit des hélicoptères était affreux, non seulement parce que c'était un vacarme infernal qui montrait que l'armée, dans notre pays, avait tous les droits (et surtout celui d'emmerder le monde et de ruiner le pays en toute impunité), mais surtout parce que ce vacarme était le même que celui qui sévissait dans les pays en guerre. Même pour l'enfant au calme dans les champs de son enfance landaise, même pour le traducteur en paix dans le jardinet de sa petite vie citadine, le tintamarre des militaires est le signe que l'armée française, partout, a commis des massacres et en commet encore.

Je n'invente rien.

16:55 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

mardi, 13 juin 2006

Phrase

    Ce n'est pas seulement la monotonie des rythmes chaloupés, sur cette gabare qui remonte doucement vers la source du fleuve, mais le droit de saisir l'eau entre deux pouces, qui me retient, les yeux rivés à la berge, et les années qui passent, avec leur lustre étincelant.

10:05 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

lundi, 05 juin 2006

Phrase

    Soudainement cessent la folie la frénésie l'offense et la flaque de larmes perdue dans la rivière de cailloux secs, desséchés, cessent les étaux les verrous les ciseaux si soudainement.

18:31 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

vendredi, 26 mai 2006

Souvenir de Poitiers

    Une rengaine amusante, absurde, chantée de façon chaloupée, modestement maniérée, adroite et astucieuse :

Je suis l'homme à la tête d'ail / Celui qui vous prend bien / Le chou

 

Il y a un an exactement, juste avant de créer, chez ce même hébergeur, mon premier carnet, je proposais, en avant-propos d'une communication sur les formes de l'illisible dans un roman de Wole Soyinka, une réflexion autour de trois refrains dénués de sens dans une chanson de Gérald Genty. J'ai eu mon franc succès (in the worst possible sense).

19:05 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne

samedi, 06 mai 2006

Une mère et son fils...

[Jets du jeudi]

 

    18 h 45.

Une mère et son fils, endormis.

J'admire ces nombreux passagers qui peuvent dormir, à une heure pareille. Ce n'est pas seulement cette mère et son fils, dont l'attitude symétrique est d'une beauté bouleversante, mais des dizaines d'autres.

Dormir ainsi, j'aimerais.

La mère et son enfant, qui peut avoir trois ou quatre ans, sont endormis et inclinés dans la même attitude. Ils sont très beaux. Les autres passagers endormis ne sont pas beaux - juste la beauté du sommeil [[[endormis]]].

Ou suis-je heureux de ne pas avoir, justement, la faculté de m'endormir ainsi ?

Quand je suis revenu des toilettes, j'ai vu, regardant ma place dans cet Aqualys, les voies défiler au fond. Ma place est la dernière en queue de train.

Ecrire à l'encre me prend plus de temps, et je dois me corriger plus laborieusement, mais je suis heureux de savoir encore écrire à la main (à l'encre).

Beaucoup écrit aujourd'hui, et mal installé, au colloque, dans la salle de conférences du C.E.R.I.. Beaucoup écrit aussi en vue de ces carnets, et à l'encre. Levé à cinq heures du matin, et cinq heures de train dans la journée. Il faudrait tout de même que j'invente [[[sic???]]] cette faculté à m'endormir.

Lamentable, je trouve mon style.

 

11:15 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

samedi, 29 avril 2006

Clayettes de dalles brisées

… Vendredi 28 avril…

 

Avant tout, c’est une photographie, qui représente une jeune femme vêtue en suffragette. Seule, assise derrière une table jonchée de ce qui ressemble à des clayettes de dalles brisées, elle ne peut voir, à l’arrière-plan, les deux grandes portes blanches, surmontées chacune d’un cadre où se trouve une photographie en noir et blanc (deux vues de Venise ?). La jeune femme, dont on voit, sous la table, les bottines noires aux fermes lacets et le bas de la longue jupe à gros carreaux, est en train de trier les dalles brisées qui l’entourent de tous côtés.

Cette photographie géniale, reproduite en page 8 du Monde des livres de ce jour, est attribuée à un certain Bachrach (sans prénom), et illustre un article consacré à la traduction française du journal d’enfant d’Opal Whiteley (“L’enfance rêvée d’Opal Whiteley” par Catherine Vincent), dont je n’avais jamais entendu parler avant, mais dont je voudrais maintenant tout savoir. Il s’avère, à lire cet article, que la jeune femme – une Américaine née en 1897 et qui resta convaincue (peut-être à raison) qu’elle était la fille illégitime de Henri d’Orléans et de la cousine d’icelui, Florence, duchesse de Bourbon-Parme – avait écrit son journal vers l’âge de sept ou huit ans, et qu’elle dut passer huit mois à en reconstituer le texte, car une de ses sœurs en avait déchiré les pages en milliers de morceaux.

La photographie représente donc Opal Whiteley assemblant, à l’âge de vingt-deux ans, les pièces éparses de ce puzzle. Tout donne à rêver, ici : le nom de la jeune femme ; son mythe personnel (sans qu’il soit avéré qu’elle était mythomane) ; le texte disséminé en dalles brisées ; la publication d’un journal d’enfant apparemment empreint d’un immense et surprenant lyrisme (supercherie ?) ; le fait que, si l’on en croit le silence absolu de l’auteur de l’article sur ce point, elle n’ait plus écrit à l’âge adulte (syndrome de Bartleby ?) ; son internement de l’âge de 51 ans à sa mort, à l’âge de 95 ans.

 

Bien entendu, je ferai des recherches poussées lors de mon retour sur les terres tourangelles du haut débit, mais je n’hésite pas à ajouter une sixième raison de me passionner pour ce destin étonnant : la coïncidence de dates entre Opal Whiteley et l’une de mes arrière-grand-mères, Mamie Yvonne (ma seule Mamie, les autres ayant d’autres surnoms), née en 1897, fille de l’assistance publique placée très tôt comme domestique, et qui, toute sa vie, raconta ses souffrances d’avoir été considérée comme « la bastarde » et sa fierté d’avoir engendré une lignée. J’ai connu trois de mes bisaïeules, et c’est d’elle que je me sentais le plus proche – plus proche d’elle, même, en mon enfance, que des mes grands-parents. Elle est morte le 12 février 1993, à l’âge de 95 ans. De quoi engendrer quelques pages de Familienroman

Il sera sans doute question, de nouveau, d’Yvonne et d’Opal, dans ces pages.

05:00 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

jeudi, 27 avril 2006

Zizim

    Vous ai-je déjà raconté comment je vécus enfermé, pendant trois pleines semaines, dans la tour de Zizim, à Bourganeuf ? Le Robert des noms propres, que je consulte pour retrouver les dates du prince (Andrinople, 1459 – Naples, 1495), indique bien qu’il (Djem) fut vaincu par Bâyazîd II (Bajazet) puis retenu prisonnier en France, mais il ne parle pas du tout de Bourganeuf. Pourtant, tous les Bourganiauds, eux qui s’inquiétaient de ne jamais me voir sortir, et de me penser dépérir, ont gardé le souvenir du prince ottoman.

16:35 Publié dans Les Murmures de Morminal, Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

lundi, 17 avril 2006

Empailler : le : toréador

17 avril, 11 h 05.

 

    Que penser de Pierre Jourde ? J’avais manqué m’endormir en lisant quelques chapitres de La littérature sans estomac. Ma compagne n’a pas encore voulu ouvrir le roman du même, que lui a offert ma grand-mère à Noël ; la quatrième de couverture en est aussi peu engageante que possible (une histoire de professeur de lycée, racontée dans un style fort plat, apparemment).

Tenté par son sujet (“l’incongru dans la littérature française, de Charles Nodier à Eric Chevillard”), j’ai emprunté l’essai intitulé Empailler le toréador (Paris : Corti, 1999), et qui, avec des objectifs et une ampleur bibliographique dignes d’une thèse de doctorat, fait l’effet d’un saupoudrage assez improductif. Par exemple, en dépit de ce qu’annonce le sous-titre, il n’est question des romans de Chevillard que deux pages par ci, trois pages par là, et sans véritable analyse. D’ailleurs, l’essai vaut surtout par ses citations, et l’on peut savoir gré, au moins, à son auteur d’être allé dénicher autant de passages savoureux.

Ce n’est donc pas un essai, mais une sorte d’anthologie ou de compilation qui refuse de dire son nom. Dès qu’il cherche à comparer, et même à tirer des conclusions, Pierre Jourde n’est guère convaincant, d’autant que nombre des exemples choisis n’illustrent pas vraiment la démonstration en cours. Ainsi, l’une des sous-parties du troisième chapitre, « Typologie de l’incongru », s’intitule En route vers le n’importe quoi. Jourde veut y montrer comment des procédés rhétoriques comme la gradation débouchent, en système d’incongruité, « sur n’importe quoi ». Le premier exemple qu’il donne, et qui est censé donner le la, est une phrase de Perec, dont, de toute évidence, Jourde n’a pas du tout compris le mécanisme : « Il est venu à mes oreilles étonnées cette nouvelle qui me laissa tout à la fois pantois, perplexe, piteux, podagre et presque putréfié. » Jourde implique que la succession des adjectifs est complètement arbitraire, loufoque, de l’ordre du n’importe-quoi. Or, il ne faut pas avoir lu beaucoup de textes oulipiens pour s’apercevoir que, à défaut d’une réelle cohérence sémantique, une contrainte sémiotique forte oriente cette série : les cinq adjectifs, qui commencent tous par la consonne P, obéissent à une logique alphabétique, puisque la deuxième lettre suit l’ordre des voyelles dans l’alphabet français (a, e, i, o, u). Il me semble même qu’un lecteur un peu vif s’attendrait à ce que la phrase s’achève avec l’inclusion de la semi-voyelle Y, et un adjectif comme pyromane, par exemple.

Ne pas voir cela, c’est ne pas savoir lire, c’est ne pas comprendre l’auteur que l’on cite, et, surtout, c’est se priver d’un beau développement, car, si Pierre Jourde s’était avisé de ce décalage entre incohérence sémantique et congruité sémiotique, il aurait pu en tirer d’intéressantes conclusions sur le lien entre l’essor des littératures de l’incongru à la fin du dix-neuvième siècle et l’émergence des formalismes.

22:20 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

lundi, 10 avril 2006

Tariq :: Dynamo :: Goddard

Tariq Goddard. Dynamo. Sceptre, 2003.

 

    Il y a quelques jours, j’ai achevé la lecture de Dynamo, le dernier roman paru * de Tariq Goddard.

Ce jeune romancier britannique paraît se spécialiser dans les romans qui se passent durant la période des années 1930, et en particulier ses aspects les plus troubles, puisque, après un premier roman, Homage to a Firing Squad, qui s’attachait à un épisode fictionnel (et ironiquement sanglant) de la guerre civile espagnole, il plonge ici ses lecteurs dans le Moscou des années noires et des purges, en un récit tout aussi « microcosmique », puisqu’il s’agit de la semaine précédant le match de football opposant le Dynamo, l’équipe du Parti, au Spartak. L’essentiel de l’histoire, comme le titre ne l’indique pas, est racontée du point de vue des dirigeants du Spartak, qui sont sous le coup des plus graves menaces s’ils ne laissent pas gagner leurs adversaires mais reçoivent aussi un coup de téléphone difficilement interprétable du camarade Joseph Staline – no less ! Le roman s’achève au moment du coup d’envoi, sans qu’il soit possible de déterminer avec précision quelle est la décision prise par joueurs et dirigeants.

Comme il est fréquent dans ce type de roman historique reposant sur un principe d’attente, sinon de suspense, plusieurs histoires se croisent ou s’enchevêtrent : celle de l’avant-centre Radek, qui, au comble du désespoir amoureux, refuse de jouer ; celle des deux dirigeants, Tomsky et Copic ; celle de Josip, Catalan qui a fui l’Espagne franquiste pour échouer dans une dictature où le quotidien s’avère plus atroce encore ; celle de Koba, espion malgré lui, et qui se suicide à la fin du neuvième chapitre ; enfin (entre autres), celle de Slovo, qui tombe amoureux fou de la femme interdite, à savoir de la maîtresse et victime de Klimt Grotsky, chef de la police secrète et dirigeant du Dynamo !

It’s a good read, comme disent les critiques anglais. Le récit évite la plupart des pièges liés à son sujet “historique” et donne une vision convaincante de la vie moscovite de ces années-là (pour ce que j’en sais…) Toutefois, je dois avouer que le style de Tariq Goddard a tendance à me hérisser, par trop de nonchalance affectée. Ainsi – et c’était déjà le cas dans son premier roman – je n’arrive pas à passer outre l’invraisemblance (minime, m’objectera-t-on) qui consiste à faire parler des Russes (ou des Espagnols) de la fin des années 1930 dans l’argot anglais de la fin du vingtième siècle. Déjà, la convention qui consiste à faire parler un ensemble homogène de locuteurs « allophones » dans une langue qui n'est pas la leur a parfois du plomb dans l’aile… mais là, il pousse le bouchon, pour employer une autre métaphore familière.

Speaking of metaphors, Tariq en emploie des vertes et des pas mûres (par exemple tout en haut de la page 208, quand il compare Copic à un dinosaure en hibernation (!)). À coup sûr, il a l’art de surprendre (et c’est, sur l’ensemble du roman, un compliment).

De très nombreux passages sont remarquablement écrits. Pour n’en prendre qu’un, le réveil de Radek au début du chapitre 11 :

The banging Radek had thought he had heard in his sleep was in fact coming from his window; a flotilla of snowballs were being hurled at it by what sounded like banshees. He grabbed the window nearest to his bed and flung it open. Above him the sky was coughing up clouds, like clots of blood, and below the crowds were roaring his name, his name and that of his team, and there weren’t just a few of them gathered here, there were thousands. (p. 246)

 

 

* Aucun des romans de T.G. n’a été traduit en français. Vérification faite, il a publié l’an dernier un troisième roman, The Morning Rides Behind Us. L’absence de toute traduction est curieuse, car il s’agit d’un auteur déjà assez connu en Grande-Bretagne, dont l’édition française suit généralement les tocades avec beaucoup d’attention.

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jeudi, 06 avril 2006

Elégie pour l'escargot

    Accrochées aux branches du cerisier, les cordelettes des macaques dansent dans l'air. J'avais le désir d'écrire bien des billets sur divers sujets, ou tel poème imaginé en étendant le linge, et voilà cette phrase qui s'impose avec sompuosité ; bien sûr, c'est celle-là que je voulais écrire, puisque c'est celle que j'ai écrite.

J'aime les saisons contrastées

La nuit glacée midi brûlant

Le ciel pan bleu nous soulevant

Vers des euphories attristées

J'aime les saisons contrastées

 

Hier soir, en refermant les volets métalliques articulés du salon, j'ai écrasé, entre deux lattes de métal où il avait trouvé à se reposer, un escargot qui, d'après ce qu'il restait de sa coquille, devait être fort beau et d'une espèce peu fréquente (ou jamais vue de moi, dans tous les cas). J'en étais triste, et, ce matin, en ouvrant les volets, mon regret redoublait.

Trois livres se sont refermés ces trois derniers jours, et j'eusse aimé, pour chacun, écrire un petit texte. Cependant, il faudrait bâcler, et je ne m'en sens pas l'envie... à moins de n'en dire vraiment que quelques mots, sans prétendre en rien même à l'exhaustivité ? (C'est-à-dire : à rendre compte exhaustivement de mon goût...?)

Heureusement que j'avais programmé à l'avance, hier, quatre photographies de la série des Virevoltes. Au vu de la contrainte, toutefois, les vers vont devenir de plus en plus ardus à écrire.

Notre lenteur nous étonne. Le froid du métal est abominable. Escargot, garde ton secret...

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samedi, 01 avril 2006

Dernière minute

    Jacques Chirac a annoncé, ce matin à 8 h 15, qu'il ne promulguerait pas la loi sur l'égalité des chances et en demandait une deuxième discussion au Parlement.

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vendredi, 31 mars 2006

Petites Proses de Damas

    Je ne saurais imaginer que mourra, dans la nuit du 30 au 31 mars 2327, âgé de trois-cent-cinquante ans et des brouettes, un écrivain qui, inlassablement, insupportablement, publia de son vivant dans les 653 volumes. À sa mort, il laisse un énorme vivier d'inédits, que ses exécuteurs testamentaires publient en six forts volumes, sous le titre Petites Proses de Damas. On y trouve, notamment, une fascination pour la décomposition palindromique du nombre 110 en deux nombres premiers.

07:20 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

mardi, 28 mars 2006

WHH

    Signe ou coïncidence ? Deux livres que je viens de lire, simultanément d'ailleurs, font assez longuement référence à W.H. Hudson, dont je pensais (sottement, arrogamment) être l'un des rares à connaître un peu les textes, pour des raisons complexes d'ailleurs*. Il s'agit de Rannoch Moor, le dernier volume paru du journal de Renaud Camus (chaudement recommandé) et du dernier roman traduit d'Enrique Vila-Matas, Docteur Pasavento (ditto).

Son nom, depuis que je le rencontrai, me fascina, et c'est peu dire que son œuvre aussi fut matière à intrigues et échauffement de synapses.

 

* Mon intérêt pour les auteurs « coloniaux » (en amont de mes travaux sur la postcolonie) d'une part, fascination du vieux Hueffer (mais si : F.H.H., aka F.M.H. aka F.M.F.) pour W.H.H. d'autre part.

09:00 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

dimanche, 26 mars 2006

Visions de printemps II

    Lentement j'abandonne mon large froc de moine, ou le dégage de mes épaules. Un ânon au fond, et l'histoire de l'âne. A story for asses. Mâchonner paisiblement assis contre le tronc d'un arbre (frêne?).

Ce n'est pas un froc. Voix off. Voix offerte. Cut. Cutanée. Lointaines figures s'éloignent sur le chemin sans plus rien dire qu'à sonnailles. Feu de joie, lente procession criarde de femmes sautillant à quatre pattes, toujours la même mélopée. Le repas funèbre s'anima, devint une immense frairie.

Ce n'est pas un froc. Ce n'est pas une guitare. C'est la "guitare". Ronde autour du feu. Fichus autour de la tête, les femmes battent la terre pelée de la main droite dans un mouvement sans cesse repris, aux accents lancinants de la rauque mélopée. Mine salopée.

Quel

est ce rituel ?

 

Treize hommes rassemblés, un de dos au premier plan, sept au fond adossés au mur de la grange, et cinq entre les deux "groupes". Vêtements paysans, bérets, paroles rauques, la pluie jaune du soleil. On doit adorer, vénérer celui qui, dans un film, montre aussi beau le vautour volant. Vautour fauve, plus bel oiseau, au moment où j'écrivais "pluie jaune".

Maintenant la scène des bergers d'Arcadie, le jeune berger stéréotypé, rebec et tout le tremblement (ou est-ce un flageolet?), dont la jeune fille (la fillette?) s'est approchée, agneau dans les bras, robe orange ultra-courte, dans la désolation du paysage grégaire. Air de flageolet, air de berger, puisque tu n'as pas trop l'air d'un verger.

Puis la rencontre. Verdure lumineuse encore et encore. Faux berger bonnet phrygien. À la frange d'un sublime paysage fait de riens. Les moutons noirs et blancs te suivent, mais c'est pour la galerie, pour le film, pour construire l'espace dénudé de nos regards à ta semblance, dans l'attente des flots oranges de cette rivière où se baignèrent les jeunes filles, et celle-ci, dans sa robe quasi de mariée se déshabille, puis filmée de dos, fesses et dos beaux mais hanches presque mâles de dureté, nage en cercles concentriques, rejoignant toutes trois dont le presque trop vrai berger (braiements) vole les habits à leur insu. Danse de leur nage dans l'eau, l'orage gronde-t-il ? Une nattée, peau très mate, cheveux d'une longueur étonnante, très belle malgré son peu de poitrine : le presque plus si faux que cela berger s'extasie dans l'espace.

Et in

Arcadia ego

 

Chants, diadème, répons, voile orange comme une couronne. Chants énigmatiques de tant de simplicité ouverte dans le creux des yeux. Fuite vers le sombre des forêts, je distingue les rousseurs de l'automne, que déchire l'orange de la vêture, de la parure.

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samedi, 25 mars 2006

À ciseaux rompus

[Jeudi, onze heures du matin

une étudiante m’a posé un lapin]

 

    Dans les salons de coiffure se développe un art de la conversation dont la futilité a souvent été soulignée, mais non (généralement) le caractère particulièrement entrecoupé : sèche-cheveux, tondeuse ou téléphone sont au nombre des appareils qui interrompent de force la discussion. Souvent, je reste muet, mais c’est parfois moi, également, qui joue le rôle du chœur météorologique (la pluie et le beau temps, les mœurs du temps, les contretemps, tous sujets qui évitent de trop prendre à rebrousse-poil).

Un jour, à Beauvais, une coiffeuse m’avait avoué être raciste, puis avait expliqué pourquoi. Je lui avais dit, assez doucement, ma façon de penser, puis je n’étais plus jamais revenu dans son établissement. De toute manière, je ne suis guère fidèle, en matière de coiffeurs. J’en change comme de camisole. Trois ou quatre coupes d’affilée, c’est le summum de ma fidélité. On a les donjuanismes que l’on peut.

 

Nous avons tous des myriades de souvenirs capillicoles.

Entre autres surgeons qu’évoque le seul mot de coiffeur, je songe à la chanson de Gérald Genty, au banal distique initial :

Je préfère que le coiffeur parle peu

Je préfère qu’il se concentre sur mes cheveux

 

Le célèbre sketch de Desproges (on ne dit pas « je vais au coiffeur » mais « je vais au capilliculteur biocosméticien ») est presque effacé, ce matin, par le souvenir d’une mélodie lancinante, sans paroles, qui s’intitule Le Coiffeur : l’air se trouve sur un double album de Dexter Gordon que possèdent mes parents. Comme il s’agit d’une collection bon marché, de style best of, aucune référence ni au groupe de musiciens qui accompagnait le saxophoniste, ni au compositeur. Le titre en français laisse imaginer qu’il s’agit d’une chansonnette des années 1950 ; las de chercher l’origine de ce morceau, j’ai fini, un beau jour, par composer mes propres paroles sur cet air :

 

Quand je vais chez le coiffeur, je lui dis mes malheurs

Quand je vais chez le coiffeur, je lui dis mes humeurs

Mes folies

Mes soucis

Mes ennuis

Mes envies

 

Quand je vais chez le coiffeur, il saisit ses ciseaux

Quand je vais chez le coiffeur, il cisaille en biseau

Les cheveux

Des morveux

Des envieux

Des heureux

 

N’ayant ni sens de la honte ni dignité, je vous la chanterai un de ces quatre !

 

§§§ Bonus I et II §§§

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vendredi, 24 mars 2006

Fatrasie du mercredi, 8

    Lorsque je vis en 1996, avec Jean-Pascal, à Cambridge, le film des frères Quay adapté du roman de Walser, Institute Benjamenta, force est de dire que : 1) je l’ai trouvé très beau 2) je n’avais jamais entendu parler de Walser auparavant 3) je n’y ai rien compris.

Admirateur de Walser, je n’ai toujours pas lu, à ce jour, ce qui est pourtant son roman le plus célèbre. Passent les vents, les piles restent.

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mardi, 21 mars 2006

Latréaumont

    En réponse au commentaire de Stéphane :

J'ai emprunté dès hier un exemplaire de ce roman, par ailleurs épuisé, à la Bibliothèque Universitaire. Il s'agit de la collection des Classiques Populaires Garnier, dont j'ignorais même l'existence. Le texte a été établi et (brièvement) introduit par Claude Cantégrit. L'introduction s'achève d'ailleurs sur un parallèle avec Maldoror, mais le plus amusant est que l'universitaire (ou le typographe) s'est emmêlé les pinceaux et orthographie Lautréamont en gardant le nom du héros du roman de Sue ! Ce qui donne quelque chose d'assez incompréhensible. Jugez plutôt :

On ne peut alors s'empêcher de songer, comme Sue, à Macbeth, mais aussi à tous les descendants maudits de la race romantique et, par-dessus tout, à Isidore Ducasse, comte de Latréaumont [sic]. Et non seulement pour la filiation nominale (qui a déjà été soulignée et établie et que nous ne discuterons pas ici), mais aussi pour le lien d'ordre spirituel qui unit le personnage historique et littéraire qu'est Latréaumont à celui de Maldoror.

 

Comme j'égratigne (gentiment) un collègue, je dois avouer

        1) n'avoir jamais lu un roman d'Eugène Sue

        2) n'avoir jamais entendu parler de cette influence au cours de mes études ducassiennes et n'être tombé par hasard sur le titre du roman que ce samedi

        3) avoir participé naguère, avec plusieurs amis, à un roman collectif qui empruntait tous ses titres de chapitre à La Vigie de Koat-Vën. Nous en sommes venus à bout, et ce fut une sorte de baggy monster à peu près farcesque et illisible, mais seul l'un d'entre nous a lu, une fois notre entreprise achevée, le roman de Sue.

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dimanche, 19 mars 2006

Colloque sentimental

    « – Ça va ?
– …
– Ça va, toi ?
– …
– Sinon, toi, ça va ?
– …
– Sinon, toi, ça va, à part ça ?
– …
– Sinon, toi, ça va, à part ça, en ce moment ?
– …
– Si ? Non ? »

21:35 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Le diable et son train

Vendredi 17, dix heures du soir.

[Bonus : Note disparue.]

    Par une ironie qui se trouve être emblématique du roman à cet instant interrompu, les commandes des deux petites lampes situées au-dessus des sièges sont inversées*, et la lampe qui éclaire la place près de la fenêtre, où se trouve la tablette inamovible où poser feuille et stylo, ne marche pas. Je me suis déplacé d’un siège – maintenant que le compartiment est presque vide – pour mieux voir ; mais j’écris avec la feuille calée sur mon genou par le roman de Beyrouk (qui n’est pas le roman en cours de lecture, mais le roman lu auparavant).

 

* Rendre simple et aisément compréhensible une explication technique est ce que je trouve le plus difficile.

08:46 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

samedi, 18 mars 2006

Sudoku-post

    Vendredi 17, 21 h 30.

Ce matin, j’ai noté, sur une feuille A4 rouge pliée en deux, des bribes en style télégraphique, qui correspondaient aux actions « nues » (brutes) de mon voyage.


Ce soir, j’ai un peu fait de même, dans l’idée d’en composer un texte haché, intitulé «Aller-retour». Je n’ai d’ailleurs pas abandonné cette idée, mais, sous l’influence du style si particulier (même en traduction) d’Enrique Vila-Matas (les sept premiers chapitres de Docteur Pasavento), je me suis mis à écrire mal (mauvaise calligraphie, cacographie donc : pointe fine, inconfort de la tablette inamovible du compartiment Corail, et remous du train n’aidant pas) mais dans une syntaxe plus élaborée sur l’autre feuille rouge pliée en quatre.

Je ne vais pas déjà parler de Docteur Pasavento, si ce n’est pour dire qu’il est composé de quatre parties, dont les trois premières totalisent 41 chapitres, et la quatrième en compte 40. Les 81 chapitres se redivisent-ils en un carré de 9 ?


Je ne suis pas seul obsédé par les chiffres, [[[mais ça ne prend pas la forme du sudoku. J’attends le prochain roman de Vila-Matas : il va bien parler du sudoku, puisque le narrateur de Docteur Pasavento se dit surtout intéressé par les pages sportives du quotidien qui l’emmène vers Séville.

Ce passage entre trois crochets est ajouté ce matin samedi 18 (de même que les deux premières parenthèses de ce billet (de ce post (de cette note))). Ma mère adore les sudoku. Je ne peux tenir ma langue, ni m’en tenir à l’esquisse. Ça (pas l'eau du bain tout de même) déborde.]]]

15:30 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

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