vendredi, 08 février 2008

Vendredimmolés

* All the Pretty Horses

* Carpenter’s Gothic

* Child of God

* Dr. Sax

* Outer Dark

* The Madonna of Excelsior

* White Teeth

* Wittgenstein’s Mistress

 

    Huit groupes nominaux, dont un titre honorifique, deux cas possessifs et deux compléments du nom. Trois de ces livres j’ai lu (il y a longtemps, pour certains). Je ne les ai pas empruntés pour moi. La roue tourne.

11:35 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne, Littérature

mercredi, 24 octobre 2007

Un franc succès

    Quand la terreur trouve son rythme de croisière, que les emportements du rouquin prennent le dessus, la barque dévie de sa juste route, et vous voici ainsi englouti, comme si de rien n'était, à l'automne du corail, pour ne pas déflorer encore le peu de mystère qui reste.

Alors, dans le miroir, que voir ?

Parfois je suis face au miroir et ce type me hurle à la face You stand in my way / With nothing to say

En plus il est teint en brune .......... ........ ...... .... ..

Alors, que voir dans le miroir ?

11:00 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, Fiction, écriture

mardi, 09 octobre 2007

Outrages

    Est-ce le signe d’une mentalité torturée, ou encline, du moins, aux aspects les plus douloureux de la foi ? 61583ed3fd2ad4d7be8966ab04ae2624.jpgLes Bretons nourrissent une vraie passion – sans jeu de mots – pour les figures de Christ aux outrages et de Saint Sébastien transpercé de flèches. Comme tout ne saurait être simple, Saint Jean-Baptiste est, lui aussi, très représenté, mais presque toujours en gai triomphateur portant l’enfant Jésus dans ses bras ; les statues de décollation, qui feraient pourtant écho au Christ ligoté, n’abondent pas.

1b1b19be28b9fd99e4337189eef86591.jpg

 

 

Ainsi, même dans une basilique dédiée à la Vierge, comme Notre-Dame du Folgoët, et où foisonnent les statues de la Vierge, on ne manque pas de distinguer, à quelques pas l’un de l’autre, deux Christ aux outrages, l’un robuste et serein, l’autre contrit et fruste. Les Piéta sont également plus nombreuses que les Vierge à l’enfant.

 

[21.08.2007.]

18:46 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bretagne, Photographie, écriture

mercredi, 03 octobre 2007

Sabbat des sorciers

    Shelley hors de sa coquille

Gulliver chassé par les mouettes

& Joyce au comble de l'extase


Dickens guetté par l'épaisseur

Beckett sourd aux injonctions

Roderick dur comme une trique

& moi perdu dans mes pensées

 

(29 septembre)

 

10:30 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, Littérature, Ligérienne

samedi, 08 septembre 2007

Le Prédateur des blogs

    Quand il a coupé le contact de sa Clio, Matthieu Mesplède-Morandini a entendu que la Nouvelle-Zélande menait 14 à 0 contre l'Italie au bout de huit minutes de jeu. Le temps qu'il achète diverses fournitures scolaires pour son fils aîné au supermercado et de reprendre le volant, les All Blacks avaient ajouté vingt-neuf points à l'addition. Pourtant, les courses n'avaient duré qu'à peine un quart d'heure.

À la caisse, Matthieu Mesplède-Morandini suivait un couple qui, songeant sans doute que la foule compacte du samedi après-midi autorise ce genre de fantaisie, avait eu la très bonne idée de vouloir payer ses achats en trois blocs distincts ; la jeune femme laissa tomber un cahier dont la première page était une sorte de C.V.. Matthieu Mesplède-Morandini vit alors qu'elle se nommait Marianne Martin et habitait à Monnaie. Il eut même le temps de mémoriser l'adresse électronique de l'imprudente.

Imprudente ? Oui, assurément, d'ignorer que Matthieu Mesplède-Morandini sert de modèle au psychopathe violeur du Prédateur des blogs...

(Un double Ricard, et vite !)

15:00 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Fiction, Ligérienne

mercredi, 05 septembre 2007

Histoire d’un livre à couverture rose

    Le petit livre à couverture rose – comme tant d’autres du même auteur – aura été lu par trois personnes au cours de ce seul mois de juillet : tout d’abord la mère, qui l’aura choisi par désoeuvrement, par défaut en quelque sorte, avant que le type ne le lise, lui, car il l’avait acheté en mars, avec toute une pile, et aime bien, de temps à autre, lire un texte d’Inoué Yasushi, cette prose plutôt classique, académique même, avec ses tons retenus, ses éclats soudains mais jamais plus vifs que le soleil ou le miroitement de l’eau après le plongeon d’un grèbe, et la grand-mère elle-même avait fini par se rabattre sur cette Histoire de ma mère (en fait, le récit de la sénilité gâteuse de la mère d’Inoué), car l’exemplaire, lu depuis trois jours déjà par le type (le pauvre type), avait été laissé là, sur les briques près de l’âtre, comme abandonné par une main nonchalante au bord d’être en proie au désordre, et donc, en moins de trois semaines, la couverture rose était passée de main en main, et le petit livre avait été lu par l’épouse, le mari et la grand-mère, successivement, ce qui avait pu alimenter quelques conversations, et d’autant mieux que le sujet en est universel. J’écris cela, et l’ordinateur repose sur la table basse en verre, où figurent seulement un livre (plus épais que l’Histoire de ma mère) et un ticket rose Zoo d’Asson Parc aux kangourous qui pourrait servir, un autre jour, une autre fois, de marque-pages à un autre exemplaire de la « Bibliothèque cosmopolite ».

[29.07.07.]

08:00 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, écriture

mercredi, 16 mai 2007

Rue des masques

medium_Anjou_27_fevrier_1_089.jpg

 

    Il y avait si longtemps que rues, plaques, places, gouttières, bribes de murs avaient échappé à leurs regards que soudain ils se dirent que ça n'en valait plus la peine, la coupe était pleine, et du coup  à quoi bon chercher encore la pierre philosophale sous les noms, les signes, les affiches, aux balcons, sous les mots qu'embrase le vent ?

16:40 Publié dans J'allaite le nouveau Kant, II, MAS, Rues, plaques, places | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Photographie, écriture

mardi, 03 avril 2007

23 autoportraits au bord du gouffre

    Il nous défie.

Il s’efface, son manteau d’encre fait écran.

Deux visages spectraux hantent le fond de cette fière stature.

L’œil noir, les traits se diluent.

Orbites enfoncés font lunettes.

Placé debout dans une salle il épie.

La fine moustache de celui qui dessine sculpte un visage harassé.

De sa silhouette à contre-jour, toujours il guette notre regard.

C’est à regret qu’il se détache outremer.

Les manteaux accrochés, le fauteuil pour chevalet, la canne dans la ligne de l’aquarelle au mur, tout converge vers ces yeux profonds.

Épiant, il peint.

L’air mauvais, pianiste phtisique aux doigts endoloris, crache le sang de sa palette.

Un spectre en soutane tenant un chapeau rouge.

La lune rouge voue ce balcon à la folie.

――― Les rectangles glissent du ciel. ―――

――― C’est un linceul recouvrant les rêves. ―――

Un crâne agité succombe au succube hallucination.

Cadavre furieux toujours il nous défie.

Le voici revenu ; il reprend des couleurs.

De la casquette comme un masque.

Avec le sépia qui dégouline la tête semble arrachée au col et au manteau toujours noir d’encre.

Flottent couleurs lumière noyée les veines vibrent.

Respectable, en onze ans il a comme rajeuni, mais son regard foudroyé plus que jamais emprisonne le nôtre.

04:40 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Art, Autoportraits, Peinture, écriture, Poésie, Musées

lundi, 02 avril 2007

Samedîles lointaines

  • Marc Cholodenko. Thierry. *
  • Denis Duparc. Echange.
  • Gaston-Paul Effa. . **
  • Inoué Yasushi. Histoire de ma mère.
  • Manifeste électrique aux paupières de jupe. ***
  • Kaji Motojirô. Le Citron.
  • Robert Pinget et Jean Deyrolle. Cette chose. ****
  • Nicolas Valtimbella. disaient les 2 fils.
  • Catherine Weinpflaezen. La Farnésine, jardins. *****

 

* Le vrai titre n'est pas reproductible avec les maigres moyens typographiques dont disposent ces carnets.

** Exemplaire dédicacé par l'auteur à Didier Daeninckx (photographie en macro à suivre).

*** Exemplaire original (si tant est qu'il y ait eu des retirages), dégotté 5 euros dans le bac d'un bouquiniste inculte du boulevard Saint-Germain.

**** Failli acheter Fable, un des rares Pinget que je n'ai pas.

03:30 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Littérature

dimanche, 14 janvier 2007

Dans son bec un fromage

    Jardin du Ranelagh, deux heures moins le quart.

Flot ininterrompu de voitures, et pourtant enfants qui jouent au ballon, jusque sur la rue. Sur une rue où ne passe aucun véhicule, un bambin tape dans un ballon orange fluorescent que lui renvoie son père (grand-père), qui doit, sous son imperméable beige, avoir le bras en écharpe (forme protubérante et manche droite vide).

J’écris ceci sur l’une des places de l’hémicycle de pierre qui borde la statue de La Fontaine par Correia (1983). Il faudrait avoir un appareil photo avec soi, et puis non puisque je trouverai des reproductions de cette statue – pas très réussie d’ailleurs mais émouvante – sur la Toile. De la place où je suis installé, je vois le profil du renard qui se pourlèche et, si le corbeau penché vers lui m’est nettement visible, seul le quart supérieur du camembert (car c’est un camembert !) n’est pas caché par le socle. La statue a été fondue en Italie (références au dos du socle en italien, pour ceux que cela intéresse).

Une vieille gitane trimbale ses trois poneys délabrés dans la partie nord du parc, sans qu’aucun enfant ne se préoccupe d’eux ni d’elle. De l’autre côté, une cabane fermée, rayée de blanc et de vert, aux couleurs des marionnettes du Ranelagh, annonce qu’il s’agit de la fermeture saisonnière d’hiver.

19:20 Publié dans 1295, Aujourd'hier, MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Photographie, écriture

mardi, 02 janvier 2007

« avec une grande componction dans les gestes »

Des cheveux noirs calamistrés, ramassés avec componction, tels

                                      des louis d’or empochés puis

renfermés au fond d’une besace.

Ici je fracasse

                 la foi, selon les lignes serpentines, de

l’oiseau secrétaire.

06:00 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Poésie

samedi, 30 décembre 2006

Images pieuses

medium_Dimanche_3_decembre_2006_125.jpg

 

 

    Suzanne Fromont-Godefroy, dont la boutique est sise 19, rue du Collège, à La Flèche, est-elle apparentée au Fromont qui donne son nom à l’une des petites rues du quartier Victor-Hugo, à Tours ? Ou ce Fromont-là serait-il la commune de Seine-et-Marne ?

14:55 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Photographie, Ligérienne

mercredi, 06 décembre 2006

Journées parisiennes, 1

    29 novembre. 18 h 15.

Rue des Tanneries. Cela me change un peu de la rue des Tanneurs. Je suis arrivé par le bus 91, quasi bondé et escargot. Des visages fermés, des sirènes de SAMU et de police à tous les carrefours. Paris la ville bruit. Paris bruit de millions de fourmillements. C’é comme ça.

Dans le TGV, mon ordinateur m’indiquait un réseau qui, en fait, ne m’a jamais connecté à rien. Ici, au moins, c’est plus honnête : aucun réseau repéré. Tous voisins méfiants ont des accès protégés. C’est bien.

Je vais ressortir, de toute façon ; faire un tour, manger un morceau, peut-être aller au Musée Dapper (ouverture en nocturne, ai-je lu, les derniers mercredi du mois).

 

18:15 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

dimanche, 12 novembre 2006

Dadatologue

    Fatalement, j'ai raté, hier, la publication d'une note à onze heures onze (11/11 à 11:11), mais, quoique je me sois un peu rattrapé ce dimanche matin, c'est pour constater ensuite (au grand dam de mes Hystéries historiées) qu'il ne s'est rien passé, apparemment, le 12 novembre 1111. Comme je ne saurais inventer d'événements fictifs (l'ayant fait, pourtant, une ou deux fois), je me retrouve à déballer ici ma fièvre de nombres, ce qui retarde d'autant la très légère note que m'inspirent les concertos pour clarinette de Franz Krommer.

À quelque chose malheur est bon, comme aurait dit Hugo, puisque, me livrant à de très rapides recherches, j'ai découvert l'emploi, un peu hérétique, du substantif datologue. Il me plaît bien, quand même.

(Il toujours impersonnel, à présent : il, sans illoiement, faudrait reprendre sérieusement l'écriture des sonnets et des tankas, pour ne rien dire du très long texte, abandonné et ridiculement bref.)

12:20 Publié dans Fièvre de nombres, MAS, MOTS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

vendredi, 10 novembre 2006

Talés mais pas mûrs (les kakis)

    Là, comme de bien entendu, je n'ai pas les textes sous la main, donc ce n'est pas encore ce soir que je vous entretiendrai des plaqueminiers & plaquemines dans les haïku de Shiki et de Basho.

medium_Kaki_9.jpgCes alignements de kakis ont tout de ce jeu de mes années gamines, le Puissance 4, que mon fils a découvert cet été dans une version en bois, beaucoup plus solide. À cinq ans, il est difficile, apparemment, de fomenter une stratégie (surtout avec les terribles verticales), et plus encore de déjouer celle de l'adversaire. (En jouant contre un enfant, le plus difficile est de savoir tricher suffisamment subtilement pour qu'il ne gagne ni ne perde trop souvent. À la bataille, quand on s'ennuie, par exemple, regarder par en-dessous les quelques cartes qui restent, si on est en train de perdre, afin de bien donner sa dernière dame quand l'enfant vous sort, triomphalement, un roi ou un as. Vous voyez d'ici, si vous lui piquez un valet, avec votre dame : reparti comme en quarante !)

Bref, je ne sais plus trop pourquoi je dégoise ici en vous entretenant de Puissance 4 et de jeu de bataille, alors que j'aurais pu, tout aussi bien choisir le jeu de bonneteau, que ces quatre kakis, alignés sur fond de mur blanc que traverse un rai de soleil vertical, évoquent aussi, quoique, comme je crois le savoir, le jeu de bonneteau ne compte que trois gobelets et trois cartes. (Et d'ailleurs, j'ai appris tout récemment, pour l'oublier aussitôt, le nom anglais du jeu de bonneteau. Je me rappelle l'avoir découvert dans l'un des chapitres de Gallimaufry, le très distrayant (mais visiblement très oubliable) ouvrage du grand lexicographe britannique Michael Quinion.)

Enfin, les gallimâfrées de kakis, se bâfrer de ces fruits, ça ne lui réussit pas terrible, à notre masque musicien. S'il se laisse trop convaincre par Fire, il va finir à la rubrique Cuisinier casque de kakis.

07:25 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature

mardi, 07 novembre 2006

O Ultimo Mergulho

    Que choisir - des deux danses de Salomé, de l'échappée dans les tournesols, du très surprenant début "réaliste", du couple allégorique formé par Eloi et Samuel, des flamants de Hölderlin, du visage bouleversant de Fabienne Babe - pour évoquer le film de Joao César Monteiro, O Ultimo Mergulho ?

Le Dernier plongeon : rien n'est dernier, rien n'est donné, puisqu'on ne saute jamais deux fois dans la même eau saumâtre. (Port de Lisbonne. (Tramways de Lisbonne au début des années 1990 : vieilles impériales en boîtes de sardines et publicités pour Carlsberg.))

C'est, évidemment, un film bouleversant, mais tous les films de Joao César Monteiro sont bouleversants.

Dans le glissement de la danse "musicale" de la Salomé brune à la danse muette de la Salomé blonde, se joue le dénudement liquide du silence, jusqu'au dénouement, stricto sensu. Répétition, mue, mutité. Les tournesols offrent autant de visages multiples, qui viennent sauver le spectateur de la confrontation au seul visage de la danseuse dédoublée. (Je charabie, mais c'est un film magnifique.)

On peut dire aussi : Joao César Monteiro est un obsédé de la chatte. Autre façon de dire Salomé féline.

Lors de la scène en extérieur, où le groupe des cinq se retrouve mêlé à la fête de Saint-Antoine, dans cet immense escalier rétif aux talons hauts et aux jupes serrées des prostituées, on aperçoit furtivement le cinéaste lui-même, dissimulé dans un coin de l'écran, à la manière d'Alfred H. (ou de Jean de Dieu!) : on le voit se saisir de quelques feuilles de papier hygiénique, à même un volumineux rouleau, puis se tourner vers le groupe des cinq, qu'il lorgne avant d'entrer dans les cabinets publics. Le cinéaste s'efface du plein air pour pénétrer au coeur de l'intimité la plus physique, du monde public vers l'univers privé (secret/scatologique).

 

11:55 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma

jeudi, 02 novembre 2006

Feuilles d'ocre

    De retour après cinq jours d'absence (les notes publiées depuis samedi avaient été programmées à l'avance), je me rappelle avoir beaucoup lu, peu travaillé, médité (en les ramassant) sur la chute des feuilles, orangées plus que rousses, et jaunes souvent plus que brunes. L'enchanteur pourrissant passait parfois me dire bonjour, histoire de faire peser un peu de mélancolie dans ma joie légèrement trop douce, et le rêve qui m'a réveillé aux premières heures de novembre m'a laissé une mauvaise conscience atroce : trois époques de ma vie, théâtre des humeurs, vanité des prétentions littéraires, et trois générations d'amis aussi laissés sur le bord du chemin. Suis-je excusable ?

16:06 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

jeudi, 26 octobre 2006

Faculté de Frédéric Fauthous

    Je crains fort que ça n'intéresse pas grand monde, mais je viens de réussir (ici, dans mon bureau, à l'université) deux fois de suite un "panier" : en lançant directement dans la poubelle 1) le papier d'emballage du sandwich  2) la canette vide de Coca.

Pour la serviette en papier et le gobelet en plastique, je vous tiendrai au courant.

(Oh, lâche-nous les baskets...)

13:23 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne

mercredi, 25 octobre 2006

Trois frousses de Sanfourche

    Avant de faire de menues recherches pour écrire la note publiée hier au sujet d'Alain Ghertman et de François Bon, je ne connaissais pas Jean-Joseph Sanfourche, qui m'a tout l'air d'être une sorte de Gaston Chaissac bis.

medium_sanfourche1.jpg

 

 

Non ?

En moins bien...

medium_sanfourche3.jpg

 

 

Le mage se maquille, la rue se déshabille.

medium_sanfourche2.jpg
Et que dire ensuite, qu'ajouter, si ce n'est le virion échappé d'un cauchemar d'enfant ? Oui, encore et toujours le même cauchemar. Le bruit, la folie, le tintamarre dérapent toujours, dérivent en cauchemar. Froussard, va !

08:15 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

dimanche, 15 octobre 2006

M.S. MuMM

Dans Moon Palace, le narrateur, Marco Stanley Fogg (aussi appelé M.S.), se débarrasse progressivement, afin de subsister, de l'héritage de son oncle, soit 1492 livres répartis dans 76 caisses. (Je n'ai aucun mérite à me rappeler ces nombres, vu que, comme sur le versant onomastique, Paul Auster n'est pas très subtil dans la symbolique : 1776 est l'année de l'indépendance des Etats-Unis et 1492 marque la "découverte" du continent par les Européens).

Passant près d'un carton de vieux livres de poche que je compte vendre, et qui se trouve à la salle de jeux (ou deuxième chambre d'amis), au rez-de-chaussée, je m'imaginais qu'il serait possible de se défaire de tout livre après en avoir cité une phrase, ou exploré un mot, dans un billet publié dans ces carnets.

12:30 Publié dans 721, Fièvre de nombres, MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Littérature

mercredi, 04 octobre 2006

Demain

medium_Figures_rouges.JPG

 

 

 

    Demain et les jours suivants seront plus encore sans écrire, et vous ne pourrez pas dire que vous n'aviez pas été

prévenus.

Toutefois, les fantômes sans regard, les spectres rouges au lourd visage nuageux seront avec nous, ce qui n'est pas

rien tout de même.

16:00 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Poésie

vendredi, 08 septembre 2006

Lignes courbes

    Décidément, il sera dit que je n’écrirai pas. Mais non !

Après une nuit tourmentée, car mon fils s’est réveillé deux fois – il a le sommeil agité depuis quelques semaines, ce qui n’est pas dans ses habitudes –, je finis par me lever et par me rendre au bureau, allumer l’ordinateur de ma compagne, dont je m’aperçois qu’il refuse obstinément de se connecter au réseau : il faudrait vérifier la ‘Livebox’, mais elle est au rez-de-chaussée et, si je descends l’escalier, les craquements infernaux du bois vont suffire à écourter la nuit de sommeil des autres de la demi-heure qui leur reste.

Que se passe-t-il donc ? Hier soir, nous nous sommes aperçus que la ligne téléphonique qui est reliée à l’ADSL était en dérangement : j’avais essayé d’appeler mes parents autour d’une heure de l’après-midi, mais en vain car toujours cela sonnait occupé. En essayant d’utiliser le téléphone le soir, je me suis rendu compte que c’était notre ligne qui ne fonctionnait pas. Il était trop tard pour essayer de dénicher le numéro des services techniques, ou l’adresse du site Web. Tout cela, j’en ai conscience, n’est pas très intéressant, mais ces carnets portent nécessairement la trace de petits désagréments quotidiens. C’est dommage, bien sûr, en un sens, puisque je n’ai pas avec moi les notes griffonnées à la va-vite sur des feuilles volantes. J’avais notamment l’intention de consacrer un texte au petit livre de David Bessis, Ars grammatica, de dire quelques mots du dernier Chevillard, Démolir Nisard, dont j’ai achevé la lecture hier soir, tandis que traîne sur ma table de nuit The Captain & the Enemy de Graham Greene.
Tout à l’heure, avant de m’asseoir et de constater l’absence de réseau, j’ai ouvert les volets métalliques et ouvert les fenêtres, afin de faire entrer un peu d’air frais, qui n’a pas manqué cette nuit (nu sous le seul drap, au petit matin j’eus presque froid). Le murmure lointain de la voie rapide me parvient, troublé de temps à autre par l’accélération d’une moto, saloperie d’engin. Il a pu m’arriver d’envisager de consacrer, dans ces carnets, un billet à chacune des pièces de la maison, en essayant de décrire certains traits saillants, mais la force m’a manqué jusqu’ici ! Si cela ne me passionne même pas, moi… !


Le chauffagiste, avant-hier : Qu’est-ce que vous avez comme livres, dites donc ! (Il n’a vu que les rayonnages de la buanderie et du salon, soit moins du quart de notre bibliothèque.) Il me demande si je suis écrivain. Naturellement, je réponds non. Quand je lui dis qu’il n’en a pas vu le quart, il me dit, même pas sous forme de question : Mais vous ne les avez pas tous lus… Ah, ça ne m’était jamais arrivé. Que répond Renaud Camus, dans ces cas-là ? Quelque chose comme : « ce sont des faux livres, en fait ».

07:45 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note

mercredi, 06 septembre 2006

19. Les Grands Ciseaux

    Le soleil brûlant suffit à déclouer mon cercueil. Morbid kid. Laurent m’a tenu la jambe pour me parler des Bienveillantes, qu'il trouve médiocres et même douteuses, en me soufflant la fumée de sa clope au bec. À l’aller, dans le bus 11, il y avait une jeune fille blonde vêtue d’une robe rose très courte, sac à main rose et tongs assortis, que j’ai d’ailleurs revue une heure plus tard place de Châteauneuf, accompagnée d’un brun mal rasé et portant beau.

Cette propriété, pourtant, est plus délabrée, paraît plus petite que celle appelée Les Petits Ciseaux – son bois fané.

16:41 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne

dimanche, 03 septembre 2006

112 images de Valmer (Sonnet)

faune nymphe scolopendre allée scorpion scorpion scorpion agerata
agerata angelot angelot clair fontaine pèlerin blason vitrail saint
madone autre madone pape rosace jumelles cléomé mante mante caressée
mante écriteau mante de dos bélier banc demeure enfilade angelot mangé

 

naïade en biscuit cheminée arcades arcades fontaine chèvre cochon course
cheval crinière crinière guêpe meganeura libellule duo mimêsis
grimace touché pelle vigne trio équin au loin solo sourire guingois
prunus portugais lion lézard fiacre écriteau lion tête de fiacre

 

cigogne pingouin cigogne rictus cigogne tête de cigogne hibou geste
vanorbeek grille scie sculpture poire autre poire coloquinte cucurbite
cucurbite fleur idem mante globe écriteau toboggan mante

 

coloquinte cigogneaux cucurbite ciel moi lui andouillers langue
rictus langue sérieux festival scolopendre duo enfilade écriteau
duo de dos cannes arcades bourdon gone to the pub clio bourdon clio

11:35 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

samedi, 02 septembre 2006

A Turn in the South, 2

    La deuxième de couverture de l’édition Picador de The Enigma of Arrival, lu cet été, reproduit une photographie ensorcelante, un portrait de V.S. Naipaul de face, dans un élégant costume gris, un chat noir et blanc, qui fixe le photographe, s’échappant de ses bras. À la barbe poivre et sel semblent répondre les deux triangles des oreilles du félin. L’auteur de la photographie n’est mentionné nulle part dans l’ouvrage.

 

Je retrouve ce même portrait sur la deuxième de couverture de l’édition Picador de A Turn in the South. Toujours pas la moindre référence. Quelle est cette énigme ?

 

medium_naipaul.2.jpg

Grâce au module de recherche d’images de l’inévitable Google, j’ai retrouvé, sur un site suédois consacré au Livre du Jour (Dagensbok), le nom du photographe (Jerry Bauer), et j’ai même pu enregistrer une version pas trop réduite de cette photographie.

Pourtant, le charme demeure entier.

14:40 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Mains

    En remontant la rue de la Source – après avoir fait le tour du marché Coty sans retrouver les stands des maraîchers où je me sers habituellement – il m’est revenu que Renaud – le chanteur – a – paraît-il – je ne l’ai pas entendue – « sorti » récemment une chanson dans laquelle il fustige les bobos – bourgeois bohêmes – expression qui m’a toujours semblé porter à faux – et je me disais qu’il préfère peut-être à présent ceux qui prennent le départ du Paris-Dakar – d’autant qu’il a toujours eu le chic de balancer des espèces de pavés dans la mare d’une incohérence et d’une mauvaise foi que lui-même reconnaîtrait – la pire étant, en son temps, Miss Maggie – et je me disais aussi – en remontant la rue de la Source, car tout cela ne dura qu’une demi-minute – bien moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire – surtout si je multiplie les incises – que l’une des phrases de cette chanson de 1984 – 1985 ? – était vraiment d’une consternante bêtise : « Aucune femme n’a sur les mains le sang des Indiens d’Amérique » – car, pensais-je, il s’agit là d’un effet d’image – puisque les femmes, dans l’histoire politique, ont souvent été proches de ce que Péguy disait du sujet kantien : « Il a les mains pures, mais il n’a pas de mains » – et tout cela parce que je n’avais pas retrouvé le stand de mon maraîcher habituel, un agriculteur biologique de Vernou-sur-Brenne.

11:13 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

jeudi, 31 août 2006

Image diurne complexe pour insomniaques invertébrés

medium_Tours_30.08.2006_005.JPG
Dans les bouchons je m'emmerde. Le blaireau derrière moi bigophone portablement, bigorneau de la pire espèce. Et pourquoi bigorneau d'ailleurs ? Pourquoi pas, s'il s'appelle Bernard ?? Ou Thierry, d'ailleurs ???
***
Bon, d'accord, j'arrête les frais.
*****
Dans les bouchons je m'emmerde. Le blaireau derrière moi bigophone, et moi je photographie. Pas mieux, mon cher Bertrand Renard. Vous saluerez Hectic et Jecktic pour moi. Tiens, eux ici !!! Tout de même, les travaux sur l'avenue Anatole-France, ça sera bon bientôt pour les cyclistes. En attendant les bagnoles piétinent. Gaffe de pas devenir beauf, mon bras
à la portière.

03:25 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

lundi, 28 août 2006

Pour foutre la trouille

    Le Conseil Supérieur des Publications MuMM tient à informer les lecteurs du fait (affolant pour certains mécréants ou paresseux) que déjà sept notes ont été écrites en vue d'une publication au cours de la journée du mardi 29 août 2006. Comme on dit en des lieux où l'amour de la belle langue n'est pas aussi prononcé qu'en ces territoires féconds, ça craint du boudin.

18:29 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

samedi, 19 août 2006

Phrase

    Comme on reprend peu à peu le chemin de galets, en écartant les fougères, on se prend à penser que l'alpha et l'oméga du monde de sable et de sel laissé derrière soi sont le Laberdolive 1974 et l'Ognoas 1992, et ce quoique le labeur fût copieux.

11:35 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

vendredi, 07 juillet 2006

Conversation universitaire, II

    Oui, contre le Portugal, on s'est plutôt ennuyés, c'était un match pénible, alors que, contre l'Espagne et le Brésil, c'était l'érection permanente.

Dis donc, c'est toi qui reprends le cours sur Gay Studies ?

Il faudrait surtout que tu arrêtes le Vouvray...

10:20 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

Conversation universitaire

    Non, tu vois, Louis Saha est vraiment nul ; il a réussi à jouer dix minutes contre le Brésil et dix minutes contre le Portugal, et non seulement il n'a pas gagné un duel, perdu à peu près tous les ballons, mais en plus il s'est pris à chaque fois un carton jaune, ce gros mauvais.

Justement, tu devrais être content. Il ne pourra pas jouer contre l'Italie.

Oui.

Football ? Oh please, not here...

07:45 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

lundi, 03 juillet 2006

Diamants d'ici

    Faut beaucoup lire par ici.

Oh, quand même, cinq notes par jour en moyenne, ce n'est pas la mer à boire.

Hmmm... Changeons de sujet.

Oui ?

Tu mets toujours trois points de suspension ?

Oui. Pourquoi ? C'est une question de convention, non...?

Oui, mais...

?

Ma question n'est pas conventionnelle, tu peux au moins me reconnaître ça.

Pour le coup...

Ce que j'essaie de te dire, c'est que tu passes ton temps à peaufiner, à finasser, à creuser de toutes petites choses, et ça, ça ne t'a pas traversé l'esprit. Pourtant, les écrivains qui se sont interrogés sur les points de suspension ne manquent pas.

Justement.

Oui, je sais que tu n'étais pas très convaincu par l'étudiante qui avait toute une théorie sur les quatre points de suspension. Mais quand même...

Non, ce que je disais, c'est : justement.

?

Justement, il y en a assez qui se sont penchés là-dessus. Je peux vaquer à autre chose. En plus...

Quoi ?

Au début, je comptais me contenter de nos deux premières répliques. Pourquoi as-tu tout fait déraper ?

Par désir de suspension, peut-être.

Je vois le genre.

07:30 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

lundi, 26 juin 2006

En traduisant Links...

    Traduisant, je bute sur la phrase suivante :

Nor did he like Af-Laawe's lip.

 

Il s'agit ici, non de la lèvre, mais de l'expression figurée, qui signifie "culot". Have the lip to do something : avoir le culot, le front de faire quelque chose. Mais je suis gêné aux entournures, car j'aimerais garder la notation de physionomie. Alors je traduis, dans un premier temps :

Il n'aimait pas non plus la moue d'Af-Laawe.

 

Au début du chapitre suivant, l'expression revient, sous une forme légèrement différente. Soudain, je suis tenté de traduire cette lèvre métaphorique par le beau mot français de morgue (au sens de "suffisance"). Ce qui donne :

Il n’aimait pas non plus la morgue d’Af-Laawe.

 

Or, une fois le changement effectué dans les deux phrases, je réalise que la scène se passe dans un cimetière, et que ce personnage douteux, plein de duplicité (comme presque tous les personnages de Nuruddin Farah qui sont affectés d'un nom double), est à la tête... d'une entreprise de pompes funèbres ! Il est plein de morgue, assurément...

 

Mieux, encore. Au début du chapitre 23, qui se termine par la scène du cimetière, j'avais traduit, dans une comparaison difficile à rendre, l'anglais morgue par le français caveau :

Jeebleh thanked him and pushed away the omelette, which was cold as a morgue.

Jeebleh le remercia et repoussa son assiette, où la tortilla gisait, froide comme un caveau.

 

Je ne suis pas très sûr, d'ailleurs, d'être satisfait de cette traduction, pour un certain nombre de raisons. Mais ce qui est sûr, c'est que, maintenant que j'ai fait le choix d'un terme amphibologique en français pour traduire la métaphore lip, je ne reviendrai pas sur ce caveau.

(...)

16:15 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

jeudi, 22 juin 2006

Choses de la vie.

    Se couper les ongles après la vaisselle du flan. Toujours.

18:10 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Phrase

    Le bâtiment voguait sur la mer démontée que de fières chaloupes creusaient, comme des alouettes, sans prendre garde à la tempête qui toujours plus croissait, sous la lune.

10:25 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

dimanche, 18 juin 2006

Walking on the moon

    Quatorze ans.

So they say...

Demain, pourtant, c'est lundi.

We'd be together...

Le 18, normalement, c'est jeudi.

11:21 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mercredi, 14 juin 2006

Flemme

    Et ces notes écrites la semaine dernière, tu les publies quand ?

22:18 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

mardi, 06 juin 2006

Un : scorpion :: en : février

                                                                   [Les 11 premiers accourcis]

 

    1. Vladimiro essaie de convaincre son supérieur et son épouse de la légitimité des attentats islamistes.

2. Un père est rassuré, car sa fille n’a rien cassé au collège.

3. Le narrateur va aux putes à la mairie.

4. Un syndicaliste meurt dans un hold-up.

5. Le martinet flanque une volée sur l’estrade.

6. Dans le car, Valeria assiste, impuissante, au viol de Carmela, que déflore un soldat.

7. Un Madrilène serre les mâchoires pour se retenir de jouir et pose un lapin à l’Indienne.

8. Un paterfamilias réinvente l’in-nocence de bien curieuse façon.

9. C’est le récit le plus bref du recueil (qui en compte dix-neuf).

10. M. Fadanelli ne veut pas que son fils tricote un bonnet pour la fête des mères sans perdre les pédales.

11. Le goût du sucré convole avec le sens du sacré.

14:20 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Fiction

mercredi, 31 mai 2006

Mummification

    Fuligineuse m'a envoyé, il y a maintenant trois semaines (shame on me) un texte qu'elle a écrit fin avril à partir de phrases publiées dans ce carnet, sous la catégorie Onagre 87 (qui s'est enrichie, depuis, d'autres textes, évidemment). Réticent à vous livrer la contrainte qui préside à l'organisation, et certain aussi que les plus fins d'entre vous s'y retrouveront, je vous livre donc, brut de décoffrage, en quelque sorte, ce texte dont l'auteur est vraiment Fuligineuse (quoique, par ma faute ou ma paresse, il y manque italiques et liens hypertextuels), et qui s'intitule

 

MUMMIFICATION

(Quel faux jeton que moi !)

« Pourquoi apparaissons-nous ? »

À peine une conversation sur telle contrée, tel village, tel voyage possible – à peine la lecture de quelques pages où éclate un lieu, une région, les bords d’une rivière – à peine si je feuillette un atlas, une carte routière – et je suis pris d’une frénésie de bourlingue, de voyage – découvrir une petite abbaye méconnue, un panorama qui semble superbe, une église de village avec son café délabré en face, ce château qui justement n’ouvre pas le jour où vous passez aux alentours, ces routes et ces déroutes.

Après un séjour de dix-huit mois à Rome, Jacques Blanchard se rendit à Venise, où il resta deux ans.

Au lieu de vous entretenir oiseusement et sempiternellement de la fièvre des nombres, je pourrais bien insister sur mes folies alphabétiques, qui m’ont permis de découvrir, jeudi dernier, l’œuvre poétique de Pierre-Albert Jourdan, dont même le nom m’était inconnu, mais qui m’a happé tandis que je cherchais, sur le catalogue du Service Commun de Documentation, s’il y avait des ouvrages de Dieudonné Jourda (pas trace) ou de Pierre Jourde (si fait).

Aujourd’hui, comme hier, sa maîtresse était absente, car elle ne se remet pas d’avoir couru le Marathon de Paris dimanche dernier.

Aujourd’hui, comme hier, sa maîtresse était remplacée par une dame qui ne dit (aux petits ni à leurs parents) ni bonjour ni au revoir, ne surveille pas les enfants dans la cour, et se laisse totalement déborder dans la classe.

Aujourd'hui, mon fils a cinquante-sept mois.

Aujourd’hui, on va « faire aller ».

Aujourd’hui, pour la première fois depuis longtemps, il n’avait vraiment pas envie d’aller à l’école.

Bien plus chtonienne que celle de Messiaen, cette musique se développe dans la rugosité de piliers d’église marqués par le sang des sacrifices.

Ce n'est pas là une vision très piétiste de Madeleine, ni une "vanité" sombre ou lugubre...

Ce sera mieux ainsi.

Ce tableau représente une Madeleine pénitente au crâne, très caractéristique de l'époque maniériste, tant dans les formes de la jeune femme que dans sa quasi nonchalance et sa main surprise ; on remarque par ailleurs ce qui semble être un visage d'angelot caché dans le drapé de la robe, tout près du sexe

Cherchant des informations sur le mois de mars 1123, afin de composer l'une des Hystéries historiées, je découvre une page Web consacrée à l'Histoire de Lucelle, commune et abbaye dont j'ignorais totalement l'existence ; or, je lisais hier soir, avant de m'endormir, le quatrième chapitre de Suburban blues, dans lequel Yémy forge le néologisme lucelle, qui échappe à une jeune femme, en un moment d'extase sexuelle porteuse de métamorphoses lexicales.

Comment disparaissons-nous !

D’une trouble majesté, Affettuoso (première pièce du disque d’Œuvres d’orgue de Joris Verdin (dont il est lui-même l’interprète)) se situe dans le sillage d’un Messiaen, sans paraître en partager le goût des sphères éthérées.

Dans le square noir de monde, les feuillages applaudissent à tout rompre.

De leurs maigres gestes en forme de signatures émane une grande joie.

Dédier une semaine à saint Ouen, prendre les eaux à Eugénie et les orgues à Rouen.

Depuis, je lis, par à-coups, les proses brèves de L’Espace de la perte, qui sont éblouissantes.

Des guillemets à l’italique, il y a le fossé séparant le poème du roman, et qui n’existe pas. Ces épîtres seront cause de notre mort prochaine.

Elle joue de la "guitare" (théorbe, luth) à bord d'un "drakkar" richement peint.

Heureusement, d'autres chapitres me laissent tranquille, mais je m'aperçois, écrivant ceci, que j'ai oublié de poursuivre la série des faux dictons de ce mois.

Idéalement, la catégorie 1295 devrait compter 107 ou 83 textes.

Il y a de curieux hasards.

J’ai appris récemment que lycaon se prononçait vraiment [likaon] et non [likã], comme, par analogie avec Laon, paon, faon, taon, je me l’étais figuré.

Je crois me rappeler que le narrateur précise que "ça n'existe pas".

L’automne est une saison bien plus équivoque, à cet égard, sous nos latitudes.

L’hiver n’est jamais si soudain que le printemps.

L’œil capte ce que ne saisit aucun mort.

La feuille de format A4 annonce le Premier Printemps des Intellectuels, Poètes, Ecrivains et Artistes Noirs, à la Sorbonne, le 8 avril 2006 à 13 h 30 (amphithéâtre Richelieu), à l’initiative de Djibril Gningue, président de l’Association Internationale Cheikh Anta Diop.

La mer lie de vin, on s'enfonce dans l'eau avec vous, puis pleure en entendant le jeune homme chevelu appeler, éploré, Branca Flor.

La mésange charbonnière n'est pas revenue rôder près du nichoir, ni le chat noir et blanc dans la haie de thuyas.

La pente rude à l'ânière, avec ses bêtes au joug. La faîne est bien le fruit du hêtre.

Le bar du Musée, près de la place Anatole France, est l’un des établissements les plus hideux et les moins conviviaux de Tours, mais on s’y retrouve quand, à l’heure du déjeuner, on a raté le bus 8 et qu’on doit poireauter vingt-cinq minutes avant le suivant.

Le berger honni accompagne ses pas sans honte.

Le cerveau échauffé, on se gorge d'eau, comme la prairie nourrie de pluie, aux premiers vents du printemps. (Peut-on écrire que cet anglais n'est pas catholique ? Mais la langue entendue est gouleyante comme une pierre frottée qui grasseye.)

Le chapitre IV de l’essai classique de Piera Aulagnier, La violence de l’interprétation, s’intitule « L’espace où le je peut advenir ».

Le cheval au labour cerne un chant qui s'éteint dans les volutes roux des sillons.

Le délivre.

Le premier billet publié de la catégorie Onagre 87 était « Ode naïve », mais deux textes avaient été écrits plus tôt ce même jour, qui avaient signé l’acte de naissance de cette série. « Ode naïve » fut écrit en bus, entre les quais et l’arrêt Chopin, au dos d’un bulletin de bibliothèque (les Sonnets de Shakespeare, dans la traduction des époux Bournet, parue chez Nizet en 1995, ouvrage à rendre avant le 10/11/05, et qui fut rendu en temps et heure), avec un bic noir, m’appuyant sur ma serviette.

Le Robert des noms propres, que je consulte pour retrouver les dates du prince (Andrinople, 1459 – Naples, 1495), indique bien qu’il (Djem) fut vaincu par Bâyazîd II (Bajazet) puis retenu prisonnier en France, mais il ne parle pas du tout de Bourganeuf.

Le titre est-il ironique, ou suis-je sourd aux intentions du compositeur ?

Les marchands du temple sont bien en place.

Loi des carrés : les Soixante-dix-sept miniatures doivent être, in fine, 77 ; de même, il faudra cinquante-neuf textes dans la catégorie 59, et quatre vingt sept pour Onagre 87.

Mélopées qui défigurent les visages du Christ, mais on n’est pas à l’abri d’un sursaut de cabri, d’une ruade d’âne, d’une valse chevaline débridée qui viendra, par la faune, remettre nos préjugés à leur place.

On a beaucoup glosé, en ma présence, de ma fausseté, de ma surdité, de mon obtusion, de mes assonances.

On dit on.

On imagine la magie.................. aucun âne n'est saisi de faim-calle.

On tirera au sort l'ordre des chapitres, dans le Livre.

Or, une dame nous tendit un prospectus pauvrement ronéoté, après s’être assurée, nous scrutant un interminable instant, que nous écoutions Alain Mabanckou avec la déférence qui s’impose.

Pas par commodité, mais pour ne plus s’y retrouver, comme dans le labyrinthe de fer forgé.

Plus subtil : dois-je m'en tenir à trente-et-un tankas ?

Pourtant, tous les Bourganiauds, eux qui s’inquiétaient de ne jamais me voir sortir, et de me penser dépérir, ont gardé le souvenir du prince ottoman.

Premier midi ensoleillé a déjà goût d’été.

Rassurons les matérialistes qui craindraient que la majuscule ici imposée au nom commun livre ne signifie une quelconque sacralisation : fort heureusement, le Salon célèbre surtout les bouquins de stars du show business, les éditeurs soucieux de vendre de la soupe, le Lion’s Club ou France Télévisions, qui sont, comme chacun sait, les officines de la bibliophilie contemporaine.

Roubaud est déjà passé par là. (Au cube et plus bellement, soit.)

Samedi, il faisait un temps mouquirous (en gascon dans le texte), hier un printemps superbe, aujourd'hui entre les deux. Hegel météorologue (un titre pour Derrida).

Si l'espace advient, plus de je dit...?

Soyez donc rassurés : vous ne croiserez pas beaucoup d’éditeurs et de lecteurs aux paupières brûlées par les braises de l’Idéal.

Telle est la simple question posée, à l’un des coins du labyrinthe de mots qui constitue la dixième double page de l’édition française du curieux poème de Ryoko Sekiguchi, Cassiopée Peca.

Telle semble être l’exclamation que le narrateur du dernier roman d’Enrique Vila-Matas, Docteur Pasavento, inscrit, marque d’infamie et de facétie, au front de son lecteur.

Toutefois, je le feuillette avant d’en commencer la lecture, et je tombe d’abord sur les en-tête des pages 141, 157 ou 165, où le titre du chapitre est repris, mais où, par une légère incurie typographique, la petite majuscule est U au lieu de Ù : la formule devient une belle et sombre phrase déclarative « l’espace ou le je peut advenir ».

Un sandwich et un demi ; la première terrasse, en bras de chemise.

Un Sisyphe de somme s'épuise, sans jamais (pense-t-on) connaître l'insomnie.

Une haute pile de livres que lit régulièrement mon fils, et jusqu'alors épars, a été, par mes soins, assemblée et forme un tumulus au milieu du salon.

Vous ai-je déjà raconté comment je vécus enfermé, pendant trois pleines semaines, dans la tour de Zizim, à Bourganeuf ?

Vus d'en haut, les deux corps nus qui tâtonnent près du rivage comblent le vide à l'horizon.

11:38 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

jeudi, 11 mai 2006

Arcanes des neurones

    (La note évaporée, il se remit au clavier.)

    Me croira-t-on si je jure ici que je n'avais pas encore eu vent, quand j'écrivais lundi dernier certaine anecdotique note relative à des bols malouins, de la publication, en mars dernier, dans la collection "Continents noirs" des éditions Gallimard, de l'autobiographie d'une écrivaine rwandaise, Scholastique Mukasonga, dont je découvre même, au fil du Net, qu'elle tient un blog ? Il m'est impossible de lui offrir un bol en hommage, puisque le H manquait.

Je dois avouer (car la honte m'étreint (mais il serait plus honteux encore, car plus malhonnête, de m'autocensurer en corrigeant la note vieille de seulement trois jours)) que, me moquant gentiment de ce prénom, je faisais preuve d'une ignorance crasse, en ne me rappelant pas que, dans de nombreux pays d'Afrique, comme le Rwanda, on trouve ce genre de prénoms français inusités et tombés en désuétude, comme Victurnien, Jean Damascène, Triphine ou Placide. Vieux relent d'ethnocentrisme, sans doute, de ma part...

Il se peut aussi que, me trouvant en Bretagne, j'aie surtout (par une simplification tout aussi stupide, d'ailleurs) lié, dans mon esprit, ce prénom de Scolastique (toujours sans son h, sur le bol) au catholicisme très conservateur dont les Bretons sont, selon certains clichés, les parangons. Je n'avais pas dû, dans mes lectures d'ouvrages (romanesques ou non) relatifs au Rwanda, rencontrer ce prénom. Ceci expliquerait cela... Peut-être aussi n'ai-je noté, on the spot, que les sonorités plutôt rêches de ce prénom... Je ne sais. Ah, les arcanes des neurones sont difficiles à pénétrer...

En tout cas, Scholastique Mukasonga, cela fait un sacré nom d'écrivain !

 

11:50 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

mercredi, 10 mai 2006

Stances de l'époux

    J'ai fait une découverte, qui est, à ma modeste échelle, rien moins que sensationnelle : la peau de poulet froide est un mets succulent. Froide, meilleure que chaude, et seule sans chair, meilleure qu'accrochée à son blanc. J'aimais la peau de poulet, mais croustillante, chaude et accrochée à sa chair. C'est un vrai renversement copernicien.

(Vous en déduirez que, préparant le repas de mon fils, j'ai perruqué (synonyme gascon ou patoisant de grignoter ou grappiller).)

18:15 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mardi, 09 mai 2006

Pont de Lussac

medium_iii_lussac_7.2.jpg
    D'un pont médiéval du quinzième siècle qui permettait d'accéder au château ne restent que cinq piles, dont trois sont encore immergées. Cette vue est un assez joli symbole de l'expérience du voyageur curieux dans cette petite ville de Vienne, car qui cherche le Musée de la Préhistoire, censément situé dans un hôtel particulier du XVIème siècle, ne pourra nullement le trouver. Le "Musée" est fléché mais introuvable (même en s'aidant du plan de la commune proche de l'église), et ce sans qu'aucun habitant ne soit capable de vous dire s'il s'agit du musée que vous cherchez ni même où se trouve "le musée" (n'importe lequel).
Nous avons croisé un couple de quinquagénaires qui, nous prenant pour des Lussacois (?), nous ont demandé, pour leur part, où avait lieu la "Fête des Bisons". Est-ce que j'ai une gueule à aller à la fête des Bisons ? Je suppose que oui.

09:40 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ligérienne

mardi, 25 avril 2006

Hoquet toqué

Lundi, huit heures du soir.

 

    Il y a plus de trois heures que je suis saisi d’un hoquet de plus en plus pénible, et qu’aucun procédé n’éloigne. Il y avait déjà eu deux accès, vers midi puis deux heures. Citron ou vin blanc avaient suffi ; ici, pas miette.

Cet après-midi, à Dax, je suis entré à la librairie Campus. Le garçon qui y travaille depuis trois ans est un ancien camarade de tennis, du temps où je jouais à Pouillon (circa 1986-87). Sans me reconnaître, il m’a annoncé qu’il y avait un dégât des eaux. Au même moment est entrée Luce, la bibliothécaire, venue l’aider et reprendre les cartons « pour le Salon » (il y a un Salon du Livre à Dax en fin de semaine !!!). J’avais avec elle, quand j’étais lycéen, de longues conversations. Elle est entrée puis ressortie, sans me reconnaître.

Pourquoi me serais-je fait connaître d’eux ? Nous connaissons-nous encore ?

 

Au moins ai-je acheté le dernier roman de José Eduardo Agualusa et le gros Quarto de Jouhandeau, Chaminadour. De quoi meubler mes heures hoquetantes ? Pas même. J’ai trop mal, maintenant, pour lire.

16:25 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

vendredi, 21 avril 2006

Hudson : River : Bracketed

    Ce roman d’Edith Wharton, publié en 1928, est, par maints côtés, très beau. (À mes yeux, rien ne surpasse Ethan Frome, mais c’est sans doute que, comme je l’ai lu il y a très longtemps, la mémoire colore et embellit, aussi de ses lacunes, tandis que la proche présence des textes découverts récemment me rend plus perspicace et plus sourcilleux.) Comme lors de ma lecture, il y a quatre ans, de The Custom of the Country, à l’emballement des cent ou deux cents premières pages, a succédé une légère lassitude vers le milieu. Mais je me suis exalté de nouveau en lisant les trois dernières parties, et ce roman-ci est bien supérieur, car tenu de bout en bout, écrit magistralement, dans une langue riche et foisonnante, sans crainte de s’abandonner dans les méandres des âmes.

 

Pour ne pas résumer le roman, je dirai qu’il s’agit d’une version de David Copperfield racontée à la troisième personne, adaptée à la côte Est des Etats-Unis, et sans la géniale cocasserie du grand roman de Dickens. En effet, il s’agit là d’un remarquable Künstlerroman, si ce n’est que l’importance de l’identité esthétique du personnage principal, Vance, est au centre du récit de Wharton… et que l’auteur suit son protagoniste sur une demi-douzaine d’années, et non de l’enfance à la trentaine, comme pour son prestigieux modèle.

Ce qui « marche » le moins bien, c’est la description du contraste entre l’élévation spirituelle de l’écrivain et les contraintes suffocantes du matérialisme qui l’encercle de toutes parts. Là – et en dépit de personnages qui servent de charnière entre les deux univers, les deux “épouses” en particulier – Wharton frôle le manichéisme. C’est pourtant ce contraste un peu lourdaud qui donne aussi ses plus belles pages au roman. (Rien n’est simple, il faut croire.) Le plus prévisible, en l’espèce, c’est la mort de Laura Lou, tout comme Dora dans David Copperfield : Wharton se montre ici nettement moins fleur bleue et plus cynique que Dickens, puisqu’elle montre comment Vance se trouve ainsi allégé du fardeau d’une femme qui ne pouvait partager ses goûts. Il y a là une grande amertume, et sans doute une lucidité désespérée qui sourd à chaque page.

La communion d’esprit entre Vance et Halo (“Advance and Heloise” en version non abrégée) laisse pressentir la fin du roman, mais elle offre aussi des développements sublimes sur l’écriture, la poésie, la perception romanesque du monde, les embarras d’un amour principalement fondé sur une commune passion pour l’art et l’idéal.

 

Composé en sept parties, le roman offre à son lecteur « une structure belle », comme dirait Markowicz, et déjà ce n’est pas rien. Il tient en haleine, en dépit de la quasi absence d’événements. Je me suis surpris à imaginer les lieux, les décors, les tableaux qui occupent une grande partie de l’espace narratif du roman. The Willows, la demeure, qui, par son charme mystérieux, sert de déclencheur à la vocation d’écrivain du jeune Vance, est fort bien dépeinte, et incite diablement à la rêverie. De manière générale, Wharton se montre ici romancière des lieux, des maisons, des rues, des salles, mais ce qu’elle donne le moins à voir, c’est le fleuve, qui, s’il donne son titre au roman, n’est pas vraiment présent. D’ailleurs, ce titre, à première vue énigmatique, est une expression correspondant au style architectural dont The Willows est un digne représentant.

Ainsi, si le roman s’inscrit encore dans la tradition du « grand roman universel » et dans une conception post-romantique de la figure de l’artiste, des lectures politiques et féministes très subtiles sont également possibles, comme si Wharton jetait, de loin en loin, de petits grains de sable susceptibles d’enrayer le beau mécanisme victorien de sa fresque admirable, de sorte que c’est un texte très troublant.

 

Bien sûr, il faudrait – à ce stade de mes petites élucubrations – citer un ou deux passages du roman, mais j’en ai marre et je le ferai plus tard, point barre (comme dirait Birahima, le narrateur d’Allah n’est pas obligé). Ou plutôt, non ; restons ensemble encore le temps de quelques phrases. Je pourrais partager avec vous l’une de ces coïncidences amusantes qui se produisent sans arrêt. Mardi soir, je vérifiai, dans le dictionnaire de Maurice Lachâtre, la différence entre marguerite et pâquerette, cette dernière étant aussi appelée « petite marguerite ». Le matin, j’avais lu le dossier que consacre le Magazine littéraire à Duras. Le soir, avant de m’endormir, je lus cette phrase du roman de Wharton : « The late Colonel had been vice-consul in a French colonial port, and Mrs. Hubbard prided herself on her French. » (New York : Appleton & Company, 1929, ch. XXXIII, p. 400). Ça ne s’invente pas.

 

Nous ne faisons que nous entregloser, écrivait Montaigne, et je pourrais ajouter aussi, en préparant le terrain pour l’extrait de Hudson River Bracketed sur lequel s’achèvera ce billet, que l’on s’exalte souvent pour des mots en miroir, des formules où se dissimule l’aspect chatoyant d’expériences qui nous sont familières, sans compter que les meilleurs livres sont ceux qui nous donnent l’envie de les lâcher pour prendre nous-même la plume (et déguiser un je envahissant sous les dehors fades et rebattus d’un on d’opérette, à moins que l’on ne soit devenu soi-même (c’est-à-dire : moi) un autre, un on bien avancé, ce Vance de Wharton, en lisant son roman) :

“Vance travelled home heavy-hearted, trying on the way to distract his thoughts by thinking up subjects for his next story.
Not subjects: they abounded – swarmed like bees, hummed in his ears like mosquitoes. There were times when he could hardly see the real world for his crowding visions of it. What he sought was rather the development of these visions: to discover what they led to. His imagination worked slowly, except in the moments of bruning union with the power that fed it. In the intervals he needed time to brood on his themes, to let them round themselves within him.” (Hudson River Bracketed, ch. XXIII, p. 270)

 

Bon, j’ai trop dégoisé, il fait un temps splendide, soleil d’avril parfois à peine frais et souvent brûlant, on va sortir, hein, et je ne sais même pas quand je me connecterai pour publier cette note, ni surtout la précédente écrite, étroitement liée (pourtant) à ce jour du 21 avril. De plus, je devais marquer hier d’une pierre blanche : j’ai enfin repris le collier de ma traduction, que je dois rendre début septembre, et dont la remise en route ne peut plus subir de retard maintenant. Mais, l’état avancé d’affolement mental ou d’emballement idéaliste mis à part, je ne sais trop s’il y a encore un rapport avec le sujet de ce billet (dont j’avais d’ailleurs écrit qu’il s’achèverait avec l’extrait ci-dessus, mais on le sait, je ne saurais tenir mes promesses, d’autant que l’adverbe encore s’est transformé, par la précipitation des doigts effleurant le clavier, en encre, et je songe que cela ferait un très beau titre Encore l’encre, à moins que, pompeusement, prétentieusement, je ne préfère Ma vie est un Künstlerroman (mais vous verrez bien (tu vois, le problème de MuMM, c’est qu’il sait pas finir))).

22:25 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

samedi, 01 avril 2006

Carrément casse-cannes (C.C.C.)

    Mes parents sont partis pour l'après-midi, avec mon fils, qui avait été très déçu, fin novembre, de ne pouvoir visiter que les jardins du château de Villandry. Les intérieurs ont dû rouvrir depuis la mi-février, et, même s'ils ne constituent pas le clou de cette visite, il y tenait très fort. Ils devaient essayer aussi de visiter les grottes pétrifiantes de Savonnières, qui ont l'air d'être une belle ringardise, ou un joli attrape-andouilles, une sorte de Musée du Lacet pour touristes désespérés, dont, en un mot, nous nous dispensons fort bien, c'était et moi.

Cela fait plusieurs jours que je n'ai pas composé de note un tantinet élaborée ; je ne sais ce que va donner celle-ci, si ce n'est que j'ai déposé quelques poissons ce matin sur deux ou trois blogs, sans compter les innombrables semblables animaux d'écailles et d'arêtes qui, de leur silhouette en papier, ont orné vêtements et murs, pour des jeux enfantins se rapprochant du cache-cache. Je me suis esquivé dans la matinée, pour le marché de la place Coty.

Cet après-midi, c'était et moi avons vu les navrantes installations du C.C.C. (navrantes, à l'exception du petit film tourné je ne sais où en Croatie par un vidéaste au nom légèrement serbo-croate lui aussi). On ne peut en sortir : l'essentiel de la production contemporaine, en matière d'installations, de vidéos, de travaux plastiques autour de modules, de jeux d'échos, d'environnements sonores, est d'une platitude et d'une ineptie à faire pleurer. Evidemment, le responsable du C.C.C. accueille le visiteur en lui proposant la brochure : à moins d'avoir les yeux rivés sur le blabla le plus souvent creux et jargonnant de ces artistes frustrés de ne pas être philosophes, il n'y a aucun espoir,  ce que praticiens et galeristes admettent eux-mêmes, de rien comprendre aux oeuvres exposées. Eh bien ! je refuse cela ! Je ne lis plus les notices et autres livrets d'accompagnement, ou alors après, pour vérifier*. Mais, si l'intérêt est de lire le petit texte farci de termes pentasyllabiques, alors il ne faut pas faire d'oeuvres : écrivez des livres et fichez-nous la paix avec vos machins dont vous admettez vous-mêmes qu'ils n'ont de valeur que par le discours qui les enrobe !

(Je vois vers où va cette note : le vieux débat de l'art contemporain, dont je suis, pour de très nombreux cas, un grand et presque incoditionnel adepte, mais dont j'aime bien pourfendre aussi les ridicules. (Il n'en manque pas, il faut dire.))

Nous avons parcouru la rue de la Scellerie, en nous arrêtant dans plusieurs des boutiques d'antiquaires, librairies anciennes, et même renouveler notre stock de thé dans le salon de cette même rue. Une flânerie de deux heures, de ci de là, dans le centre de Tours.

 

* D'ailleurs, en général, en lisant la notice a posteriori, je me rends compte que j'ai à peu près tout deviné du "sens de l'oeuvre", ce qui est mauvais signe, voire même que je suis allé imaginer telle ou telle "explication" qui est bien plus élaborée que la sauce conceptuelle à deux centimes du "plasticien"... J'ajoute, profitant de cette astérisque en guise de post-scriptum, que c'était vient de me lire un extrait du n°19 de la revue MAP (mouvement action plastique), au sujet d'Isabelle Lévénez, qui expose au C.C.C. une sorte de projection vidéo parfaitement insipide comme il s'en pond des quinzaines par jour dans toutes les écoles d'art plastique du monde. Je vous laisse apprécier cette citation qui vaut son pesant de cacahouètes :

Elle affronte l'indicible, réduit la grosse machine duelle (être homme être femme) en tralala lalère du devenir enfant, devenir homme ou devenir femme, devenir l'autre. [...] Si sa peinture devient sonore c'est pour mieux désigner le vertige, le trou ("les petites filles ont un trou par où s'échappe la mémoire") comme zones picturales paradoxales.

 

Outre que ce genre de balivernes peut se reproduire à l'infini (je suggère à l'auteur de ces lignes d'aller jusqu'à "la création du troulala à air de l'anusité crypto-vénale"), tout ici est entièrement démontable, tout argument réversible : en quoi le vertige est-il une "zone picturale paradoxale" ? Et je ne dis rien des trois premiers mots, qui, sous des dehors géniaux, sont un truisme de la plus belle eau, car on pourrait dire cela de toute forme d'expression artistique non verbale, et même, dans une certaine mesure, de tout ce qui relève de l'écriture. Dostoïevski, Berg, Delacroix, Bach, Mallarmé, le Caravage, Britten, Shakespeare, Soutine, Soulages, Dante, et tant d'autres... tous affrontent l'indicible...

18:40 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note

jeudi, 30 mars 2006

John Mc Gahern

    À quelques jours des deux centenaires de Beckett, John Mc Gahern, le grand écrivain irlandais s'est éteint, ce midi. Je l'apprends à l'instant, en vérifiant ma boîte à lettres électronique. Bernique ! 

His words have soothed us and they have kept our minds and souls vivid.

Ayons une pensée pour lui. Lisons ou relisons ses livres.

23:27 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

dimanche, 26 mars 2006

Visions de printemps

    Bizarres aquarelles, voix rauque ou perdue, titres très colorés : le générique de Veredas.

Nous avons neuf tisanes différentes, toutes en feuilles, et aucune en sachat (de vrais puristes). Un champ désolé d'oliviers, ou est-ce une colline, une butte ?

Lumière superbe, herbe verte.

Homme plaid à carreaux autour des épaules, jeune fille cape bleu ciel. Tous arbres tordus, herbe toujours lumineusement verte. Âniers qui passent.

Une quenouille : boa tarde. Autres quenouilles, qui dialoguent avec une hache. Filer, fendre. Rouge superbe du même geste que les gaveuses de mon pays. Les pierres jointent mal, au crachat dans les mains.  Le chemin de Damas ne mène pas aux caravanes, mais au torchon de l'arrière-plan. Ce qui fascinera, c'est le pantalon rapiécé, patchwork aux tuyaux asymétriques.

Un dragon sortira la tête de l'embrasure de cette demi-porte, pour faire taire le bûcheron de fortune, qui maintenant chante, sans se soucier du dragon. Pas du tout. Il est question de Maures (dans le sous-titrage anglais : moors, d'où ôer l'eau et le double rond de la lune).

Grande étendue jaune maintenant. Ajoncs, colza ? Air de guitare rès artisanale, de ferraille rapiécée, et passage de lourds laineux bêlants de gauche à droite. Ce n'est évidemment pas du tout une guitare. Est-ce bien la vérité, ou la verdure, la verdeur du cinéaste si vivant, dont l'image décharnée désenchante même les surfaces autrement imprimées ? Danses et chants (au coin du feu la vieille feule) semblent l'aune de tout discours. Le tissu fane.

Du chaudron maintenant la tête du dragon va jaillir et emporter la "guitare".

Le ver est dans le fruit, c'est dire que le printemps est dans le regard. Symétrie rouge de la fillette muette et de la ferraille posée sur les genoux du conteur bûcheron de fortune. Lampe à huile rire mouvement nerveux des sandales (ce qui se tient en travers des yeux). Attendons le dragon.

21:02 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Le Saché de Balzac, ou la malédiction ?

    J'ai parcouru, plus que lu, le livre de Marie-Françoise Sassier, Le château de Saché, refuge de Balzac. Nous avions visité Saché il y a plus de dix ans, et nous avons récidivé il y a bientôt deux mois, à l'occasion d'une très décevante exposition de Kantorowicz qui ne recèle quasiment que des croûtes (et qui doit s'achever bientôt, je pense).

Eh bien ! Il semble que la postérité de Balzac à Saché soit victime d'une forme de malédiction, car ce livre-là n'est guère meilleur que l'exposition en question : maquette hideuse, qualité très piètre des reproductions photographiques, sans parler de l'inévitable chapitre hagiographique à la gloire du président du Conseil Général. Bien entendu, on y apprend "des choses" sur les différents propriétaires du manoir depuis le dix-neuvième siècle, en particulier sur Paul Métadier, qui fut à l'origine de la création du Musée Balzac... mais on sent bien que ni l'auteur ni l'éditeur ne sont touchés par la grâce du bon goût, ni surtout, nourris d'une véritable admiration pour l'écrivain.

Le plus navrant, ce sont, sans doute, les cinq ou six pages consacrées à la célébration du bicentenaire de la naissance de Balzac, en 1999, dont il semble que rien ne l'ait distinguée de n'importe quel ringardise pseudo-populaire. Costumes paysans "d'époque", enfants des écoles rameutés pour faire nombre, grande randonnée pédestre où il ne semble pas que l'oeuvre de Balzac ait joué le moindre rôle...

En fin de compte, rien ne vaut d'arpenter les chambres de la demeure et les pelouses ou parterres, mais c'est regrettable, car il ne s'en faudrait pas de beaucoup pour que ce livre soit, non seulement instructif, mais aussi très plaisant

medium_hpim1378.jpg

11:23 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mardi, 21 mars 2006

Au Musée d’Ayala

    En rentrant d’accompagner mon fils à l’école maternelle, je songeais à deux choses très précises : la lettre Y ; les mots qui contiennent trois fois la voyelle A, et seulement elle. Quand je me trouvai face à notre maison, je constatai que la porte-fenêtre de la chambre à coucher, qui se trouve à l’étage, au-dessus du garage, était grande ouverte. Je l’avais ouverte pour aérer, avant de descendre préparer le petit déjeuner. Puis ma compagne est partie au lycée, j’ai habillé mon fils, fait la vaisselle – nous avons quitté la maison en devisant du Carnaval (qui a lieu cet après-midi dans son école) et j’ai oublié cette maudite porte-fenêtre, qui est restée ouverte à tous les vents et aux cambrioleurs pendant une bonne demi-heure. Je ne sais si c’est le signe que l’heure n’était pas propice aux larcins, que le quartier est sûr ou bien (hypothèse plus retorse) qu’une maison trop évidemment livrée désarçonne les éventuels cambrioleurs, mais toujours est-il que rien ne semble avoir disparu. Déjà, par le passé, j’ai dû remonter précipitamment à l’étage une fois dehors, afin de refermer cette même porte-fenêtre.

Cet incident m’interrompit dans mes songeries, rêveries autour des mots et des lettres, réflexions aussi autour des noms propres. Faut-il ajouter ici, quoique je n’y songeasse nullement il y a dix minutes en rentrant de l’école maternelle, que j’ai regardé avant-hier le film de Wim Wenders, Die scharlachrote Buchstabe, adaptation du roman de Nathaniel Hawthorne (The Scarlet Letter, bien sûr), dont l’héroïne se nomme, assez curieusement, Prynne avec un Y ? (Elle se prénomme, non moins curieusement, Hester, avec un déplacement du H. (Mais on ne voit pas tout cela à l’écran. On peut connaître les noms pour avoir lu le livre, mais on ne voit dans le film, en fait de lettre, que le A. Pouvoir du cinémA.))

L’incident est clos, je pense. Mais il n’en demeure pas moins qu’il a interrompu le cours de mes pensées, de même que, comme l’écrit si bien Andrés Pasavento, le narrateur du dernier roman paru d’Enryque Vyla-Matas, « il faut se dire qu’une aspirine change une pensée, bien que personne ne sache pourquoi ». Je songeais donc aux mots qui contiennent trois fois la lettre A, et n’ont pas d’autre voyelle. J’y insiste, une fois encore : je ne pensais pas du tout au film de Wenders, ni au roman de Hawthorne. Il s’agissait plutôt d’une rêverie autour du mot Carnaval, puis autour du e muet de mascarade, du jeu de baccarat, des hasards d’un tel jeu, la baraka, etc. Mais cette rêverie était née d’une simple constatation, idiote sans doute : des quatre livres que je suis en train de lire (et dont l’un est interrompu sine die), un seul ne contient pas du tout la lettre Y dans son titre et le nom de l’auteur, d’où ma décision de n’orthographier – le temps de lire Docteur Pasavento ou d’en parler dans ces carnets – le nom de l’écrivain barcelonais que j’admire par-dessus tout Enryque Vyla-Matas, afin de résorber cette fâcheuse dissymétrie. J’ai interrompu il y a deux semaines ma lecture de Mason & Dixon de Thomas Pynchon (dont il est question dans Docteur Pasavento) ; j’ai commencé hier soir la lecture de Suburban Blues, le roman du jeune écrivain franco-camerounais* Yémy ; enfin, j’avais commencé hier matin la lecture de Dynamo de Tariq Goddard. J’ajoute que, pour écrire ce billet, j’écoute les actes IV et V d’Atys, opéra de Lully. Il manquait donc un Y, au bas mot, au glorieux Barcelonais.

[* Ce genre d’adjectif est sujet à caution : on peut se retrouver accusé d’à peu près n’importe quoi, de “cosmopolitisme” par les ultra-nationalistes et de racisme par les anti-racistes. Je précise, comme s’il en était besoin, que j’emploie cet adjectif pour dire, tout bonnement, que Yémy réside en France, a peut-être même la nationalité française (on ne fiche pas encore la carte d’identité des écrivains sur la quatrième de couverture), mais qu’il est, nous dit l’éditeur, né en 1975 à Douala, et que son narrateur se dit “K-mérien”. Il se situe donc dans le champ de ce que la théorie postcoloniale anglo-saxonne qualifie de hyphenated identity, une identité nationale et culturelle double. Voilà. (Comme quoi, pour simplifier avec un adjectif à tiret, on se retrouve à écrire une note d’une demi-page !)]

 

Prenez un cachet d’aspirine. Ça change les idées.

Blanc comme une épreinte de loutre, je poursuis cette curieuse chronique, ne désespérant pas de lasser même les plus fidèles de mes lecteurs. Je poursuis en prenant la tangente. Vous parler de mon long rêve de cette nuit. Le texte ne sera pas ultra-court, c’est déjà trop tard pour cela, alors autant embrayer sur un rêve extra-long. Car j’ai rêvé d’œuvres peu connues, toiles d’artistes philippins déjà anciens, morts depuis belle lurette. Je revoyais l’autoportrait de Fernando Amorsolo (dont le nom même invite aux lectures alternativement les plus noires et les plus printanièrement idéalistes), ce curieux tableau qui représente l’artiste, à gauche, s’accrochant, de la main droite, au chevalet, qui occupe le tiers droit de la toile ; le peintre semble avoir une phalange manquante à l’index. Je revoyais Tampuhan, le célèbre tableau de Juan Luna, peint en 1895, quatre ans avant la mort de cet artiste à la vie mouvementée : il représente, vue de l’intérieur d’une maison, une terrasse qui donne sur une rue haute en couleurs et riche en lampions ; une jeune femme en robe, très agitée, fait face au spectateur ; un homme en costume beige clair lui tourne le dos, et semble regarder, la joue droite maussadement appuyée contre le poing, la rue. Je revoyais enfin une photographie prise par le grand Fernando Zobel lui-même dans les années 1950 : ce cliché en noir et blanc représente un ouvrier qui tire sur sa cigarette en s’abritant à l’intérieur d’une locomotive absurdement minuscule ; l’homme nous fixe, mais n’est-il pas lui-même surveillé par les deux globes laiteux du lampadaire à l’arrière-plan ? Le tirage a mal vieilli et s’intitule Man seated in a caboose ; il est conservé au Musée Ayala.

 

Mon rêve était comme une rue haute en couleurs et riche en lampions, un matin de carnaval, un cauchemar sans importance, un manque soudain de baraka, et je tournoyais dans les couloirs du Musée Ayala, où je ne suis jamais allé mais d’où j’ai ramené, en rêve, la conviction que j’étais épié par les lampadaires éteints de la rue où je vis. Peut-être le thé ou l’aspirine me délivreront-ils de ces tableautins.

 

[Bonus : la note évanouie.]

11:45 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

lundi, 20 mars 2006

Abdourahman : Waberi :: Aux : Etats-Unis : d’Afrique

    Le dernier roman paru d’Abdourahman Waberi est tout à fait recommandable. À partir d’une idée complètement casse-gueule (l’inversion, point par point, de la situation géopolitique), il réussit à tisser un récit fragmentaire, qui s’adresse principalement au tu de l’héroïne, Marianne / Maya.

***************

Le titre est assez connu ou compréhensible : l’expression est souvent utilisée par les panafricanistes les moins désenchantés ou les palabreurs les plus ironiques. Ici, Waberi part de l’idée que la situation de notre planète est exactement l’inverse de ce qu’elle est en fait, du point de vue du rapport des forces entre continents, entre religions, peuples, etc. Autrement dit, l’Afrique est l’eldorado où affluent des réfugiés de tous les coins du monde, Amériques et Europe déchirées par les guerres civiles sanglantes, les dictatures sanguinaires et sans espoir d’avenir. Les dirigeants africains commencent d'ailleurs à vouloir se débarrasser de toute cette racaille...

Il est à noter que Waberi, pour la commodité du sujet, fait l’impasse sur l’Asie, qu’il s’agisse des poches de pauvreté (Laos ou Sri Lanka) ou des nations les mieux émergentes (Inde) ou surtout d’une superpuissance comme la Chine, qui, ne l’oublions pas, est en train d’imposer ses codes et ses décisions à tout le monde. (Quand la Chine s’éveillera, qu’ils disaient… Ce n’est pas que la Chine ne se soit pas éveillée, c’est qu’elle est devenue de plus en plus active et subtile, en endormant et muselant, dans le jeu diplomatique et économique, tous ses éventuels rivaux. Enfin, ce n’est pas le sujet de ce billet.)

***************

J’avais été légèrement (oh, très légèrement, tout est relatif) déçu par les deux ouvrages précédents de Waberi, et en particulier par Transit, que j’avais trouvé légèrement redondant, emphatique, parfois à la limite du creux de la vague, comme si son auteur (que j’admire beaucoup et dont le sommet reste, à mon sens, la Trilogie de Djibouti (disponible en collection ‘Motifs’), en particulier Le Pays sans ombre) devenait tributaire d’un certain discours obligé.

Ainsi, Aux Etats-Unis d’Afrique me fait presque l’effet d’une renaissance. Waberi fait cavalier seul, sur la corde raide – et finalement, avec cette forme d’utopie très particulière, qui narre le retour au pays natal d’une Normande adoptée par des Africains de l’Est opulents et intellectuels, Waberi se trouve, non une autre voix (car le style est inimitablement le sien), mais un autre chemin, d’autres possibilités, des combinaisons multiples qu’il n’avait pas encore entrevues, ou que, à tout le moins, il n’avait pas encore suscitées sous sa plume. Ce qui le sauve, en fait, c’est son goût du fragment, qui le dissuade de vouloir donner une allure cohérente ou homogène à son roman : ici, le bris, la bribe, la fracture conviennent merveilleusement bien. L’inversion poussée au système eût été catastrophique.

***************

Peut-être n’ai-je rien dit du roman, et d’autres, moins au fait de l’œuvre de Waberi, ou plus tentés par une étude «objective» de ce livre, tireront-ils de tout autres conclusions. Peut-être n’ai-je souligné, dans ce billet, qu’une seule toute petite chose : ma bien subjective admiration grandissante pour les funambules, les danseurs de corde, les écrivains qui, d’une idée de départ bancale, d’un sujet audacieux, piégé, infaisable, font un livre inattendu, indéniablement réussi, et touchant.

 

A. WABERI. Aux Etats-Unis d’Afrique. Paris : Lattès, 2006.

11:45 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

dimanche, 26 février 2006

Autoportrait

medium_hpim1735.jpg
Payolle, 24 février 2006.

16:35 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

mercredi, 15 février 2006

La Rouille et le vert

medium_hpim2515.jpg

17:20 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

lundi, 13 février 2006

Pour cela, préfère l'impair

medium_hpim1351.jpg
Moulage de la main de Balzac.

07:51 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

jeudi, 09 février 2006

Endécasyllabe statuaire

medium_hpim1344.jpg
Balzac par Rodin, au château de Saché

19:27 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

Toutes les notes