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jeudi, 19 février 2026

2026 ֍ Effigies, 8

    De profil le plus souvent les visiteurses ne s’aperçoivent pas qu’on les prend en photo, vu qu’elleux-mêmes sont trop occupé·es à regarder des photos, des photos par dizaines.

Dans l’exposition Martin Parr, plusieurs salles sont dotées de parois trouées, dont les trous forment, de fait, des cadres. Je ne sais si ces parois sont ainsi de façon permanente au niveau 1 du Musée du Jeu de Paume, ni si – dans le cas contraire – il s’agit d’un dispositif voulu ou testé par Martin Parr lors de certaines de ses expositions : toujours est-il que ces trouées s’accommodent à merveille du regard que l’on ne peut s’empêcher, très métaesthétiquement, de porter sur les visiteurses de cette exposition en particulier.

Méta : oui, vu que la plupart des séries de Parr exhibent des personnes ou des groupes de personnes qui sont autre chose que des sujets ou des objets, mais presque des représentations allégoriques (de la surconsommation, de la richesse, etc.). Quand j’ai saisi, dans la même trouée, avec le même cadrage montrant l’intégralité de la photographie représentant une famille très BCBG traversant un ruisseau et la moitié de la photographie montrant de riches spectateurices du derby d’Epsom – la dame au premier rang, effigie elle aussi, emperlouzée et exhibant une somptueusement ignoble fourrure de renard –, quatre visiteurses différent·es, je savais que je constituais moi-même l’ébauche d’une série. De profil, comme je l’écrivais dans la première phrase, la jeune femme ; de profil, coupée, l’autre jeune femme dont on ne voit que le chignon, l’oreille et un pan de manteau ; sur la troisième photographie, l’enfant avec son manteau crème décoré d’éléphants et de pieuvres bleues, la main gauche frôlant le mur ou collée au mur, sous la photographie, lui aussi de profil, regarde je ne sais quoi, on ne sait quoi, tandis que sur la même image, de dos, un·e visiteurse en blouson matelassé, col en fourrure blanche, tourne le dos à l’objectif et regarde donc, immobile, la photo, peut-être le renard, peut-être la tête du renard mort.

 Il aurait fallu rester une heure planté là ; j’aurais eu de quoi faire une exposition.

D’ailleurs, ces effigies, ces allégories, ces profils, ces groupes, ces monomes – qu’il s’agisse des séries de Parr que je n’envisage pas d’égaler, d’émuler, ou de la mienne, restée à l’ébauche – ne fixent-elles pas déjà un monde figé ? Le cadrage de ces trois images, pour complexe qu’il puisse paraître, ne sera jamais aussi entortillé que la syntaxe de la cinquième phrase de ce texte (ne cherchez pas : celle qui commence par « Quand j’ai saisi… ») : j’ai tout de l’embobineur. Est-ce qu’on m’a, moi aussi, dans ce cadre ou ailleurs, peut-être une heure et demie plus tôt près d’une installation d’Éva Jospin, capturé ?

 

Paris, 15 février 2026

Paris, 15 février 2026

Paris, 15 février 2026 

 

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