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mercredi, 10 février 2016

Palier, 1

Absolument pas liée

À vos voisins de palier

Mais m’entendant piailler

(B.L.)

 

    Tout l’étage s’organise, en quelque sorte, autour du palier.

On y reviendra — c’est toujours ce qu’on dit, ce même on qui photographia avant-hier l’onagre du Muséum —, mais qu’il soit déjà fait état que ce palier entoure, comme c’est l’usage, la cage de ce qui rime avec son nom, l’escalier.

Cette affaire de rimes n’est pas une mince affaire, qui convoque « l’arbre sans son espalier » de Manset et, sur un mode plus léger, l’ultime chanson du coffret Boby Lapointe de mon enfance (“Je suis né au Chili”).

 

Dans mon bureau, il doit faire 17°, peut-être moins — Les travaux du CRL remontent à mon passage furtif par le bureau 44, mais que j’eusse déjà cette chemisette orange brûlée, voilà qui me surprend.

 

je contemplais le masque béti aux yeux fermés aux longs yeux allongés, au front bombé yeux effilés — Le hasard fait que je tombe sur un billet écrit il y a huit ans, dans l’autre maison, après une craqûre, un abolissement. Le palier n'y est pour rien.

05:41 Publié dans 16 en 16, Droit de cité, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 04 février 2016

Fait divers

    Entre deux moments d'affaissement, ou la rédaction sommaire du log book, ou peut-être une improvisation de saxophone, un exercice de hautbois, on pouvait regarder frontalement, puis sous toutes les coutures, cette statuette lobi (ou béti, peut-être), avant d'éplucher le journal local acheté le matin même à Hornu, et où s'étalait, quelque part dans les pages consacrées aux faits divers, ce titre improbable :

Un octogénaire s'étouffe avec un bout de viande

 

L'article était illustré d'une photo de steak frites, avec une légende plus cocasse encore que l'article lui-même :

Un bout de viande fatal

 

(Que n'a-t-on pas lu, de bribes, dans les gîtes ?)

—▓—▓—▓—▓—▓—▓—

2 et 3 mai 2015 089.JPG« Ce n’est pas avec des emprunts, c’est avec des épargnes que la compagnie a pu se créer un port en 1828, un chemin de fer en 1835 ; c’est encore au moyen de ses épargnes qu’elle va compléter ses lignes rapides par un embranchement qui rejoindra le réseau belge à Peruwelz, sur la frontière, en continuant le tronçon de 19 kilomètres qui lui donne par Somain une issue sur le réseau français. »

14:57 Publié dans Artois, à moi, Brille de mille yeux, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 17 janvier 2016

╝3 ╝

    Dès l'intro, tu kiffes.

(J'me comprends. (Ou : je m'comprends. (Tu mets l'accent sur quoi : sur toi-sujet ou sur toi-réfléchi ? Réfléchis à ça.)))

Puisque, depuis une semaine, c'est vraiment, enfin, l'hiver, puisque, ce dimanche, il y a eu une belle – quoique trop brève – promenade sur les bords de Loire, avec seulement des goélands argentés et des mouettes rieuses (dont une avait entièrement retrouvé son masque brun foncé, mue finie dès la mi-janvier*), il faut s'intéresser de nouveau à cette histoire d'automne qui serait là, sous-jacent, courant souterrain, silure du fond de vase, dans tant d'instants des autres saisons.

D'ailleurs, je n'ai pas la moindre idée de mon intention de départ.

Je m'arrange avec l'idée que je me fais de la mémoire.

Ce n'est pas mal, ça, déjà.

Pourtant, on avait dit qu'on reprendrait les formes poétiques tarabiscotées, pas ça.

 

* Cette fin de mue est une coïncidence bien commode.

21:58 Publié dans Aujourd'automne, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 16 novembre 2015

I:e —— {Paraphrasen}

 

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Dort entstanden seine letzten Bilder, jene freien Paraphrasen zu den Formen der Erscheinungswelt, jene seltsamen, leuchtenden und doch stillen, traumstillen Bilder mit den gebogenen Bäumen und pflanzenhaften Häusern, welche von den Kennern denen seiner „klassischen“ Zeit vorgezogen werden. 

(Hermann Hesse. Klingsors letzter Sommer, 1920)

 

18:26 Publié dans Droit de cité, La 42e Clandestine | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 14 novembre 2015

I:d —— {Cythère}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    « J'eusse achevé ma neuvaine à Cythère. »

Il ne faut pas se méprendre toutefois, et la ruse autant que l'adresse, la joie autant que la tendresse, l'habileté autant que la tranquillité, toutes font des prodiges, ou, en tout cas, le corps y retrouve ses marques. La faconde paraissait, il y a six ans (boissons chambrées), inépuisable, et assurément la voix tranchée donne encore, après virage dans l'escalier de bois, de belles clameurs, je me perds et je donne tout en pâture. Pour ça, contrairement à l'alcool, toute résistance se raffermit, et je ne comprends pas encore les vieux vers. Tout homme sur ce point, dit le bon La Fontaine, / Est d'ordinaire un peu gascon...

 

16:00 Publié dans Droit de cité, La 42e Clandestine, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 05 mars 2015

... de quoi panser la douleur...

Face à face : des festons de mensonges, la souffrance d'être, d'être l'autre, de ne pas être. Dans la rupture confectionner de quoi panser la douleur d'être qui devant qui et oublier qu'il est une barrière au corps.

(Marie Cosnay. Adèle ou la scène perdue, p. 76)

08:54 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 22 janvier 2015

“Retourner à Florence”

Je retourne à La Phénoménologie de l'Esprit, perplexe. Après Thanatos au dictaphone, Eros en bottes de cuir... me fais l'effet d'un pantin que ce couple logique s'envoie tour à tour dans sa danse.

Vincent Eggericx. Mémoires d'un atome (2015), p. 25.

 

    Souvenirs de juin 2005, énorme bouchon parisien à chercher l'os, et création du blog ça juste avant. Cela fera bientôt dix ans que je tiens le coup, m'astreins à pondre — peut-être que c'est mon côté butineur, bordélique, le refus des systèmes, qui m'a permis de tenir aussi longtemps.

 

 

En raison du gel,

des déchets sont restés collés

à votre bac,

qui n'a pu être correctement vidé.

Merci de le présenter

à la prochaine collecte.

Tour(s) plus

09:03 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 08 janvier 2015

Mémoire de siamois

    Une histoire me revient, se dit le revenant, une histoire me revient depuis les lointaines lettres de Mozaya, l’histoire de deux frères siamois dont l’un perdit, un jour, la mémoire.

Kossi Efoui. Solo d’un revenant, 2008, p. 197.

 

 

Son vrombissement de 405 gasoil pourrave me tape sur les nerfs, c’est idiot, idiot à, écrire, idiot de le ressentir. Si je compose un abécédaire à la manière de François Bon, ce sera uniquement avec des mots français s’achevant par la lettre g, et il y aura dedans le siamang. Autre chose encore de resserrer les fils de mon essai sur la mêmoire (en allant chez le coiffeur ce matin je songeai à l’intituler Les Accents).

17:06 Publié dans Droit de cité, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 07 janvier 2015

Dose d’effroi

    C’est avec ces lettres qu’il m’arrive encore de remonter le temps, recherchant les indices qui m’auraient permis de mesurer, à leur juste dose d’effroi, ce qui allait advenir.  Comme une ruine soudaine, la saison des fuites allait advenir, la ligne de démarcation, la partition de Gloria Grande, cette guerre, le pays tout entier se recrachant par petits paquets de lambeaux…

Kossi Efoui. Solo d’un revenant, 2008, p. 79.

 

[Manuscrit, septembre 2013. Bordeaux, trams bondés. Les seuls qui se marrent ce sont les mascarons.]

 

 

Janvier 2015. Souvenir de février 2008, virée avortée à Arcachon et Bordeaux, tout affaire d’advenir et de revenant, il a fallu revenir, mon père est resté surtout enfin c’est le plus heureux. Souvenir d’Arcachon donc noyé dans le bleu, l’arc tendu, souvenir de Bordeaux aborigène en février 2014, souvenir de Bordeaux graffité de barbapapas grunge en 2005, souvenir de Bordeaux mascarons seuls à rigoler septembre 2013 et pour cause./

17:03 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 06 janvier 2015

Sur le point d'arracher le clou

    Elle brûla le mobilier, elle brûla des milliers de livres, elle brûla toutes les toiles. Ce fut seulement quand elle fut désespérée qu’elle retira les Mucubais du mur. Elle était sur le point d’arracher le clou, simplement pour une question d’esthétique, car il lui semblait déplacé là, sans utilité, quand l’idée lui vint que peut-être ce bout de métal retenait le mur. Il sustentait peut-être tout l’édifice. Qui sait, si elle arrachait le clou du mur, toute la ville s’écroulerait.

Elle n’arracha pas le clou.

 

José Eduardo Agualusa. Théorie générale de l’oubli,

traduction de Geneviève Leibrich. Métailié, 2014, p. 93

14:30 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 05 janvier 2015

Fermata 2015

    « L’arrêt de bus ne ressemble à rien. Une banquette en béton, deux lampadaires rouillés, une poubelle et une pancarte marquée FERMATA qui oscille dans le vent des montagnes. […] J’ai craché trois fois. Le chartreux n’a rien vu. » (Yves Bichet. L’homme qui marche, chapitre 14, pp. 114-5)

 

Un chat s’est glissé derrière la fenêtre de mon bureau, rue des Tanneurs.

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Son vieux cuir épais n’a dupé personne. Il a cliqué sur le déclencheur, et voilà une autre vue, un jour de Saint Valentin. Du grand n’importe quoi.

14:26 Publié dans Brille de mille yeux, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 09 décembre 2014

Rejoindre par effraction

Et si l'inclination du public pour la poésie s'essouffle, s'il se fatigue d'avoir à la rejoindre chaque fois par effraction, c'est qu'il est fatigant en effet d'avoir à forcer chaque fois une frontière qui se hérisse à votre approche — c'est que le culte effréné de la différence et un certain « en est-ce assez de moi » ? qu'on pressent comme une hantise derrière la plupart des poèmes de ce temps, sont en train de faire une Babel dérisoire d'une poésie que 1924 rêvait de faire ininterrompue — non seulement dans le temps, mais dans l'espace spirituel — non seulement d'un jour à l'autre, mais dans le rapport immédiat de conscience du poète à autrui.

Julien Gracq. “Spectre du Poisson soluble”. PréférencesŒuvres complètes, I, Gallimard, 1989, p. 906.

 

Ai-je besoin de dire que je contresigne, s'agissant de bien des tentations poétiques d'aujourd'hui, cette lumineuse phrase nichée au sein d'une non moins imparable et stimulante relecture, laquelle a soixante-cinq ans de cuvée ?

21:51 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 08 novembre 2014

Dans les limbes, avec Landru

05.07.2014.

 

    Et je retrouvai mon souffle

Et je retrouvai mon foie

Et je retrouvai mon harmonie

 

Je trouvai mon équilibre

Et je retrouvai mon silence

Et je retrouvai mon chant

Et je retrouvai mon néant

 

« Pauvre petit salon ! Que de tristes et anxieuses journées passées entre ses murs, d'où l'ébranlement du canon faisait tomber les cadres, au milieu des livres ficelés en paquets, et près de ce feu de bois vert, le feu parisien des mois de décembre et de janvier 1870-1871 !

Ce salon était à la fois ma chambre à coucher, ma cuisine et tout, et j'y vivais en compagnie d'une poule, la dernière survivante de six volailles : toutes les provisions que j'avais faites, hélas ! — moi qui mange avec les yeux, et ne pouvais m'habituer au rose noirâtre de la viande des tire-fiacres. »

 

faudrait tout dire tout filmer

faudrait tout voir tout décrire

faudrait faudrait

faudrait tout sécher tout mouiller

faudrait tout aplatir faudrait tout punaiser

faudrait tout filmer tout capturer

faudrait captiver tout écrire

faudrait faudrait

faut dru faux drame

faudrait tout cramer tout stigmatiser

j'épingle un monde à mon veston

faudrait faudrait

faudrait un chant à fleur de peau

 

09:27 Publié dans Droit de cité, Formes singulières, Les Murmures de Morminal, Ma langue au chat, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 06 novembre 2014

Ânes débâtés

    « Il m'aurait aidé à mettre le tout par terre. On se serait retrouvés comme deux ânes débâtés qui considèrent leurs charges respectives, dans l'herbe, d'un air rancuneux, en  chauvissant des oreilles. Je pense que c'est ainsi qu'il aurait procédé, s'il avait disposé de quelques mois supplémentaires ou que je me fusse, moi, dépêché un peu plus que je ne l'ai fait. »

P. Bergounioux. La Toussaint, 1994, p. 52.

 

Mon grand-père maternel, je l'ai laissé filer — il s'est éloigné ou renfermé de sorte qu'on ne communiquait plus autant qu'au cours de mon enfance. Les grands livres nous aident à repenser notre existence. La Toussaint est un grand livre, pas seulement pour les ombres et pas seulement pour Hegel. ▬—▬ Mon grand-père maternel s'est éteint (c'est avec lui que j'ai vu ce verbe prendre sens) le 4 novembre 2012 ; j'ai appris sa mort dans les arènes d'Arzacq, par un appel de ma mère. Je crois que lui, à l'inverse du côté maternel de Pierre Bergounioux, m'a donné le pan le plus mélancolique de ma nature, mais qu'il m'a fait travailler avec enthousiasme à lui donner forme, quand j'étais encore jeune, de sorte que mon quart ariégeois n'est ni la moitié “noiraude” et corrézienne de Bergounioux, ni sa moitié lumineuse et quercynoise. 

Quand je suis allé au chevet de mon grand-père, à l'hôpital de Mont-de-Marsan, la dernière fois que j'ai passé plusieurs heures près de lui, le mercredi avant sa mort, le 31 octobre, j'ai passé plusieurs heures, sans le savoir, à renouer le fil. Il avait perdu sa voix, ou presque, et me l'a dit, d'un air surpris que je ne lui avais plus vu depuis plusieurs années. Lui retrouver cette expression d'étonnement, là, m'a fait beaucoup de bien ; en quelques regards, nous avons plus communiqué qu'en bien des phrases échangées lors des réunions de famille des derniers temps. Ou alors je romance. Mais on romance sans cesse tout cela, c'est la rançon de la vérité humaine.

09:32 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 28 octobre 2014

... beaucoup de pommes d'or....

• • On dorera la chapelle du portique à l'autel, avec beaucoup de pommes d'or, de grenades d'or, de raisins d'or, pour les guirlandes des entrecolonnemens. • • •

 

    Ornette.

Sornettes inévitables sur les envols fous d'Ornette.

YES ORNETTE !

Et si on commençait à redécouper le langage ? OR...

OR NETT E (le métal poli) (gentil abus de langage▬▬▬)

ORNE t TE → tu vis dans ta bagnole, cloche de bois, oie grise dans l'église

MAIS QUAND ÇA FUT ÉCRIT ON S'EN COGNE

cognée → hache

Le mort-né, morne plaine. Un plein bol d'athanor, repassez demain.

 

11:39 Publié dans Droit de cité, J'Aurai Zig-Zagué, Knobs & thorns, MOTS, Un sang d'encre | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 02 octobre 2014

... la chiffonnette sur l'écran....

„Es ist ein Leben, das nichts verloren und vergessen hat, ein Leben, das sich versammelte, da es verging.“

 

    la chiffonnette sur l'écran de l'ordinateur Acer, le verrou Bricard tourné, les deux volumes blancs en marge, la porte-fenêtre qui grince, le type qui bronze en écrivant, la malédiction des mélancolies, tout ce temps à rattraper, ces pages noircies qui ne font que retarder la jouissance,

un monde à redire,

le verrou, le volume, la lingette, le bronzage imparfait, un mélancolique qui s'accouple, tout ce temps à rattraper, pages enfumées fumeuses ne dissimulant pas

la mémoire de la mort,

ces pages noircies grises tristes qui ne font que retarder

la mort de la mémoire,

j'osai l'antimétabole

une vie perdue, une vie sans oubli, sans pages à noircir pour ne pas retarder ce qui n'adviendra pas.

 

 

11:27 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 09 juin 2014

Pong-ping, 2

    J’ai passé à Toulouse un très bref séjour, mais exquis.

À mon retour, j’ai appris, par hasard, qu’Élie, Elisée et Onésime avaient deux frères, moins connus je pense, mais surtout que Pauline Kergomard était leur cousine — quelle génération !

Relisons une phrase, prise presque au hasard, dans un des articles encore si vibrants de l’aîné, Élie :

Avec la fumée de tabac qui s’échappait de leurs lèvres, les matelots passèrent, dans l’archipel Tokelau, pour des mangeurs de feu.  (Élie Reclus. “Comment la civilisation civilise”, 1893)

À Muret, non plus, pas d’enfermement, le grand ciel ouvert – des rencontres – des retrouvailles – des mots.

21:35 Publié dans Droit de cité, Pong-ping | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 01 juin 2014

“Trouver le discours adéquat” (Albert Memmi)

À chaque crépuscule, alignées sur le fil du téléphone, les hirondelles de mon jardin papotent bruyamment. Je ne connais pas leur langue mais je suppose que, outre le plaisir d’être ensemble, elles se rassurent l’une l’autre devant le silence de la nuit qui vient.

L’un de ces merveilleux contes hassidiques rapporte cette histoire : pour conjurer une sécheresse persistante, toute la communauté priait inlassablement, en vain. Un pauvre berger, muet de surcroît, ne savait comment se joindre à l’effort commun ; lorsque, mobilisant tous les muscles de sa gorge, il lança un énorme cri : aussitôt s’ouvrirent les cataractes du ciel.

Je ne connais pas le sens de ce conte ; qu’on me permette de l’interpréter ainsi : ce n’est ni parler ni se taire qui importe, c’est de trouver le discours adéquat.

 

(Albert Memmi. Bonheurs. Arléa, 1992, pp. 146-7)

15:56 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 10 mai 2014

... le tout du crapau ....

« Semblablement nos Toüoupinambaoults ont certains gros crapaux, lesquels Boucanez avec la peau, les tripes et les boyaux leur servent de nourriture. Partant attendu que nos medecins enseignent, et que chacun tient aussi par deçà, que la chair, sang et generalement le tout du crapau est mortel, sans que je dise autre chose de ceux de ceste terre du Bresil, que ce que j’en vien de toucher, le lecteur pourra de là aisément recueillir, qu’à cause de la temperature du pays (ou peut-estre pour autre raison que j’ignore) ils ne sont vilains, venimeux ni dangereux comme les nostres. »

(Jean de Lery)

22:46 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 09 décembre 2013

Combiné nordique

1111-1333 

« Resté seul sur son plateau de calcaire, Sven se consacra alors à l’unique activité qui lui devenait chaque jour de plus en plus vitale, la seule qui, à ses yeux, importait : écouter. » (Bertrand de la Peine. Bande-son. Minuit, 2011, p. 21)

 

« Au centre du séchoir, Sven Langhens a scellé le miroir d’obsidienne à la verticale sur une colonne de marbre cipolin. » (ibid., p. 122)

 

    L’aventure du texte bref, du récit même pas à sec.

J’ai lu ce roman dans le train, à la mi-septembre. Il faisait un temps maussade, presquededébutd’automne, rafales de bruine glaciale au retour le soir sombre. Je note ces deux phrases antipodales à la quasi-mi-décembre, avant/afin de pouvoir ranger le livre sur les rayonnages de plus en plus encombrés, en regardant les nèfles qui ne sont pas encore tombées (l’arbre est dénudé de ses feuilles), après être rentré dans le froid et le grand soleil éclatant (ainsi, je crois que l’hiver est la saison qui me donne la plus grande joie).

[Afin/avant.]

Tandis que j’écoute le premier mouvement de la Symphonie n° 1 de Rued Langgard, j’entends, même en forçant le son, Soazig s’affairer dans la cabinededouche, briquer. C’est lundi. Il fait beau. Hier aussi, grand soleil chaud et coupant tandis qu’avec mon fils on faisait la tournée des poinçons.

Si le téléphone sonne, je raccrocherai seulement l’espérance.

14:33 Publié dans Droit de cité, Self-Be/Portrayal, YYY | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 10 juillet 2013

Dedans du dedans

    « Après quasiment une décennie dans le fauteuil d'un psy, cinq bouquins où je me raconte en long et en large et en hauteur et en bassesse, je me reste totalement étranger. Pourquoi j'ai toujours été fendu par le milieu, coupé en deux, zigzaguant d'un pôle à l'autre éperdument, à perdre la tête. Sans jamais perdre le nord. Arrivé en fin de parcours, je ne me comprends pas. Depuis plus de soixante ans. Alors elle, au bout de quelques mois, comment veut-elle que je la comprenne. Les yeux dans les yeux, ventre contre ventre, bouche à oreille, un quart de siècle : on ne sait pas ce qu'il y a chez l'autre. Dedans. Et l'autre ne sait pas non plus vraiment ce qu'il y a dans ce dedans. Le dedans du dedans nous échappe. Psy ou pas, besoin pratique d'autopsy. Contraignant. Avec les moyens du bord, pêcher çà et là quelques certitudes, émettre quelques hypothèses. Sur soi, sur autrui. Faire travailler, vaille que vaille, la mémoire. Et puis, on raconte. Sa vie, celles qui la croisent. On raconte des histoires. »

 

(Serge Doubrovksy. L’Après-vivre, p. 320)

20:51 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 12 juin 2013

Trois § de La République des savants

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Tout me manque

 

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, surtout

 

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le temps

.

06:06 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 20 avril 2013

Copernic et les poubelles

« La formalisation mathématique s'est développée pour elle- même à des hauteurs jamais, au XXIe siècle, égalées. Cependant que la formalisation mathématique atteignait, aux XXe et XXIe siècles en particulier, des hauteurs que Copernic lui-même n'aurait jamais songé à entrapercevoir, nous continuions imperturbables : Eh bougnoul va niquer ta race et vider les poubelles, ou, plus châtié, qu'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. »

(Nathalie Quintane. Crâne chaud, 2012, p. 109)

09:25 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 23 décembre 2012

Pierrot en râgâ

    J'aurais dû profiter d'une soirée plutôt calme pour composer quelques textes, les publier en avance. J'ai préféré écouter des malkauns et Pierrot lunaire (dans la version de Marianne Pousseur, qui ne me ravit pas, a priori), en achevant de lire Netherland et en commençant d'un pur silence inextinguible (enfin !).

« The double-deckers lose their elephants' charm. »


Comme c'est à la page 172, je pourrais faire un effort supplémentaire. Mais, officiellement, ce n'est pas ici que je recycle. La fin du monde : en couverture.

Trop d'italiques. Raharimanana marchait jeudi midi le long de la rue des Tanneurs.

08:21 Publié dans Droit de cité, MUS, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 29 mars 2012

Travail(ler) des images

« La marge d’image questionnée par Clément Chéroux n’est-elle pas emblématique de cette marge d’indétermination à laquelle toute recherche se confronte nécessairement dans son étude des vestiges de l’histoire ? On ne saurait clore la question en projetant toute l’histoire dans un absolu inimaginable. On ne saurait la clore en rejetant l’archive du côté de la « moindre image », ou de l’« image sans imagination ». Une image sans imagination, c’est tout simplement une image sur laquelle on ne s’est pas donné le temps de travailler. Car l’imagination est travail, ce temps de travail des images sans cesse agissant les unes sur les autres par collisions ou par fusions, par ruptures ou par métamorphoses… Tout cela agissant sur notre propre activité de savoir et de pensée. Pour savoir, il faut donc bien s’imaginer : la table de travail spéculative ne va pas sans une table de montage imaginative. »

 

Georges Didi-Huberman. Images malgré tout.

Minuit, 2003, p. 149

10:58 Publié dans Droit de cité, MAS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 22 mars 2012

Un western en Alaska

 

“Like some wet, furred beast, Hoke shuddered, burrowing more deeply into Belle’s blankets.” (The Ballad of Dingus Magee, p. 122)

 

Même se débarrasser des choses à la va-vite prend trop de temps.

Cette phrase peut, hélas, s’entendre dans des contextes divers, et donc – aussi – affreux, tragiques.

 

Subienkow repartit à Michaelovski et passa une année à organiser une expédition pour remonter le Kwikpak.

╬╬╬ Tout ça pendant la Symphonie n° 0 de Schnittke, je vous le signale.

14:20 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 21 mars 2012

Hoke (-ydokey)

 

“Flowing open, her robe enveloped him. The astonishing bosom unfurled like gonfalons loosed, like melons in dehiscence. But Hoke saw not, partook not. He had already fainted.”

David Markson. The Ballad of Dingus Magee (1965). Counterpoint, 2008, p. 74.

 

Sur les rayonnages, la poussière que l’on soulève ne s’envole jamais longtemps. Et les livres reposent.

Dans l’une des huiles, l’artiste a représenté son vélo, mais tronqué, dans un lavis écarlate. Dans une autre, les traits sont grossiers, repris des dizaines de fois, comme crayonnés, et le titre : How Perfect My Bicycle.

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vendredi, 27 janvier 2012

Flâneries du réel autour d’une chambre (ocre honneur)

    « Le réalisme peut être perçu aussi comme une discipline qui frôlerait très souvent la vraie  vie, ce serait le cas, par exemple, de Flaubert, Kafka, Hamsun, Joyce ou Beckett, qui furent aussi de grands réalistes, mais sachant fuir la machinerie de la convention et évitant de faire de leurs romans des livres de genre déjà vus mille fois. Ils furent finalement des réalistes qui surent insuffler de la vraie vie et de la nouveauté au réalisme et non de l’ennui et de la répétition, en fait ils radicalisèrent tout. » (Enrique Vila-Matas. Chet Baker pense à son art. Traduction d’André Gabastou. Mercure de France, 2011, p. 84)

Vendredi ne comprenait guère qu’on puisse parler des choses lues en termes de choses vues. Trop d’écrivains avaient su opérer une complexe, profonde ou subtile distinction entre l’œil et la taie de l’écriture pour qu’il tombât dans ce leurre. Il ne pouvait pas toujours s’attarder, mais, pour lui, tout était affaire de flânerie, comme dans ce livre d’Apollinaire qui lui était toujours tombé des mains, et donc de butinage.

En anglais, en particulier, le piéton ramène la prose à terre, au terre-à-terre (cf Loiterature, p. 270). Vendredi n’eut pas le temps de s’embarrasser d’ossements. Il prit, lui aussi, le large.

 

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jeudi, 26 janvier 2012

. . Antonio :: Tabucchi : La :: tête ::: perdue :::: de ::: Damascio :: Moreno . .

    Dans ce roman, écrit en 1997 et traduit la même année par Bernard Comment, Tabucchi semble étonnamment joueur, même un brin lourdaud. Cela m’a rendu plus chère son œuvre, et ce texte-là avec les autres dans la valise. Faux polar, faux récit politique, nouvel hommage à la fascination des villes portugaises sur son auteur, La tête perdue de Damascio Moreno est un roman déroutant. Il est difficile de déterminer de quel côté penche la balance – comme il y a plus de deux pôles, sans doute vaudrait-il mieux parler de kaléidoscope (l’image est frelatée, je le sais).

L’un des angles d’attaque les plus redoutables, c’est le personnage de l’avocat, et surtout, dans sa figure, l’admiration équivoque pour Hans Kelsen et « ses théories sur la Grundnorm » (Bourgois, p. 118). Depuis que je sais que l’éditeur Einaudi avait sollicité Primo Levi, peu avant son suicide, pour une traduction du Procès, les rapports entre l’univers du jugement littéraire et le domaine juridique me fascinent.

C’est une hypothèse métaphysique, dit l’avocat, parfaitement métaphysique. Et ça, voyez-vous, c’est vraiment une chose kafkaïenne, c’est la Norme qui englue tout un chacun et dont pourrait descendre l’abus de pouvoir d’un petit seigneur qui se croit autorisé à fouetter une putain. Les voies de la Grundnorm sont infinies. (p. 119)

 

Sinon, le passage – assez explicite – au cours duquel on voit, par le biais d’une émission de télévision, une Norvégienne parler d’un caméléon nommé Fernando Pessoa dans une baraque de bord de mer (p. 189) m’a donné envie de déterminer si le rapprochement entre Pessoa et les caméléons était lui-même une citation, ou une allusion quelconque, mais les pages Web, surtout italiennes, auxquelles j’ai abouti se sont avérées, certes passionnantes, mais non déterminantes.

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