Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 06 février 2016

Petit salon, 1

    L'expression même, petit salon, a des airs de colonel Moutarde et de clef anglaise. Je n'y peux rien, si, pour moi, il en est ainsi.

Le petit salon est, à l'étage, une pièce minuscule, dont on aurait pu faire une chambre, mais où n'aurait tenu qu'un lit simple. Nous y avons, dès l'emménagement, remisé le vieux canapé en mousse des années beauvaisiennes, lequel, déplié — il occupe alors la totalité de la pièce, en largeur, et presque en longueur —, nous sert de couche quand, laissant notre chambre, nous trouvons refuge près des chambres des enfants.

Actuellement, le petit salon est une des pièces les plus chargées de la maison, à l'exception de la buanderie et de l'atelier, où l'on ne fait que passer comme chantait Léo Ferré. Outre le canapé en mousse, avec ses deux boudins (accoudoirs ? dossiers ?), il y a une petite bibliothèque où se trouve une moitié de la collection de bandes dessinées, ainsi qu'un secrétaire en bois qui appartenait autrefois à notre fils aîné mais qui, encombrant, n'était plus très pratique non plus pour le travail. (Personnellement, j'ai toujours détesté les secrétaires : il me faut au moins deux espaces en plus de la feuille ou du cahier ou de l'ordinateur dans/sur lequel j'écris. La tablette d'un secrétaire est trop étriquée.)

Au-dessus du canapé, quatre planches d'histoire naturelle de la fin du dix-huitième siècle, représentant divers poissons, dans des cadres orangés. Près du canapé, le bac de rangement en plastique où se trouvent quelques jouets rarement utilisés par notre fils cadet sert aussi de table de chevet ou de table basse pour les (rares) fois où l'on fait salon, pour le thé, ou alors certains dimanches, après le déjeuner, pour le café.

Il m'est arrivé souvent de lire, assis ou allongé dans le sofa de mousse (il est encore très confortable), et même d'écouter, au casque, avec le vieux lecteur de CD qui a fini par échouer là, planqué sous une couette pliée en huit, au-dessus du secrétaire, des symphonies de Brahms ou de Mahler.

Quand les enfants étaient malades, nous y finissions ou y passions, l'un ou l'autre (C*** ou moi) la nuit, sur le qui-vive, d'un sommeil intermittent. Lorsque j'étais en Afrique du Sud et que les garçons puis Claire étaient tous tombés malades de la grippe, l'un après l'autre et à intervalles rapprochés, c'est ma mère, pas encore abattue par la grippe et plus en état que C***, qui y avait passé deux ou trois nuits, pour veiller sur les garçons. À peine rentrée dans les Landes, elle avait passé une semaine au lit...

Il me semble qu'à un moment donné, par exemple quand A*** était en sixième, alors que le fameux secrétaire était encore dans sa chambre, il y avait, dans cette pièce, le minuscule bureau de totale camelote où j'avais installé l'ordinateur portable d'A***, qu'il n'avait pas encore le droit d'avoir dans sa chambre. Il me semble, et quelques photographies, sans doute, en attesteraient.

La forme des pièces d'une maison change plus vite, hélas, que notre mémoire tourneboulée.

 

faut dru faux drame — Tout texte un peu suivi doit-il, à un moment donné, verser dans le drame, c'est-à-dire dans la péripétie factice ? Il faudrait relire tous les grands romans expérimentaux des années 60 à 80 pour commencer à trouver des réponses un peu solides à cette question.

Peut-on narrer une demeure ?

 

18:08 Publié dans 16 en 16 | Lien permanent | Commentaires (0)

Écrire un commentaire