samedi, 28 février 2026
2026 ֍ Cantilènes, 9
impénétrablement dans la mémoire
profondément, dans les tréfonds
inextricablement dans les replis
dans les recoins
impénétrablement
impénétrablement, et donc
le poème ne peut fouiller
que par un langage exsangue
ou vidé de toute image
impénétrablement remisée
dans les tréfonds, dans les recoins
impénétrablement dans la mémoire
naît quelque chose comme un bruit
un souffle de vent qui rapporte
une odeur longtemps étouffée
l’odeur d’un souvenir s’efface
impénétrablement
07:14 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 21 février 2026
2026 ֍ Cantilènes, 8
prend le large
un effluve échappé de l’oubli
l’odeur étrange
du dissolvant
sur le mur du préfabriqué
(je n’ai compris que des années plus tard
que c’était du dissolvant
peut-être à la térébenthine)
l’effluve prend le large
a pris le large car
c’est une odeur que je n’ai plus croisée
depuis longtemps
je me demande si je la reconnaîtrais
ou si ce sont seulement les gestes les images
associées à cet instant
qui se sont fixées
impénétrablement dans la mémoire
06:56 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 14 février 2026
2026 ֍ Cantilènes, 7
cela dans un poème
le nombre
(dix-neuf ans)
qui rappelle toujours ce matin-là dans la
maison d’alors
beaucoup écrit déjà
sur cet appel téléphonique
au petit matin
par contre je n’en ai jamais
reparlé je crois avec
notre fils, qui avait cinq ans
— s’en souvient-il
(forcément vu qu’il se rappelle
des moments plus anciens
au début de la maternelle)
les scènes rien ne les farde, la mémoire
prend le large
04:28 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 07 février 2026
2026 ֍ Cantilènes, 6
difficile de résister
à l’angoisse ou à la tourmente
est-ce l’odeur du basilic
ou la fraîcheur de l’eau qui dort
dans les rêves du dimanche
à quoi se raccrocher
aux branches
mais de quel arbre
se raccrocher aux branches, la
langue française a ce cliché :
oui, mais à quoi se raccrocher ?
on ne résout pas l’angoisse
avec des formules à la noix
on ne combat pas l’abattement
avec la seule langue
et c’est terrible d’écrire
cela dans un poème
07:04 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 31 janvier 2026
2026 ֍ Cantilènes, 5
ton rêve il te faut ravaler
la patience des cigognes
la nuit à détailler l’horloge
et le brouillard que dissipait
la lune couleur de lait
sur les pentes raides de ton rêve
un slalom désespérant
le soulier glisse dans la neige
un temps pour tout
et pour la fièvre
où trouver de nouveaux arpèges
pourtant tu donnes libre cours
à cette chute en deltaplane
dans les images d’un songe
et le souffle féroce d’une tramontane
à cette joie cette vitesse
difficile de résister
09:00 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 24 janvier 2026
2026 ֍ Cantilènes, 4
et tes épaules flancheront —
quoi, il faudrait courber l’échine ?
serai-je donc une machine
un lombric ou un liseron
noireauté à l’encre de Chine
un robot dort dans la glycine
tous les passants l’ignoreront,
les enfants comme les darons
un robot dort dans le giron
du bosquet (la rime assassine
suggère ici mégabassine :
ne peut-on se laisser aller
à l’imagination divine
coronille ou azalées ?)
un robot rêve la ravine
sur le réel vient s’empaler :
ton rêve il te faut ravaler
06:14 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 17 janvier 2026
2026 ֍ Cantilènes, 3
quand tout s’effondre
un peu de douceur pourtant
resterait-elle
un peu de tendresse
aussi
dans les recoins du désastre
(la formule est dégueulasse,
inepte,
tout droit sortie
d’un poème de hall de gare)
restera-t-il du désir ?
quand tout s’effondrera
tu seras sidéré
alors que tu savais
que ça arriverait
le monde déjà ne tournait pas rond
et tes épaules flancheront
07:31 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 10 janvier 2026
2026 ֍ Cantilènes, 2
au fardeau que devient le monde
une heure passe vite
et dix-sept années plus encore
(un tiers de vie,
je l’ai écrit)
un tiers de vie, mais seulement
si je mourais d’ici peu
(que de gaieté dans ces parages)
porter le poids de cette angoisse
non du temps qui passe, mais
du monde qui ne passe pas
s’avère
fruit pourri au cœur
remords de l’impuissance
nèfle durcie par le printemps
quand tout paraît s’effondrer
quand tout s’effondre
05:41 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 03 janvier 2026
2026 ֍ Cantilènes, 1
difficile de résister
au temps qui passe, au désespoir
le fascisme, l’impérialisme
l’écocide
ce naufrage
difficile de rebondir
à chaque phrase, à chaque vers
dans l’attente de quoi —
d’un soulèvement de soi-même ?
le givre sur le néflier
a plus de constance que moi
difficile de remettre
sur l’ouvrage le métier,
dans l’angoisse de ce qui toujours
advient en se fardant
difficile de résister
au fardeau que devient le monde
11:23 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

