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vendredi, 23 janvier 2026

2026 ֍ Moutures, 4

Rédaction, ou Confessions d’un enfant de « travailleur immigré »

Ertunç Barin

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026


[Il s'agit du début de ce texte de prose, qui occupe cinq pages dans l'anthologie In zwei Sprachen leben (127-131). Je donne le texte original allemand en fin de billet. — NdT.]

 

    Vivre dans deux langues. Mon ami, c’est facile à dire. C’est comme deux personnes contraintes de partager un seul corps alors qu’elles sont fondamentalement différentes. Ou comme deux pieds avec une seule chaussure : ils doivent y entrer ensemble, et même courir comme ça. C’est drôle ! Peut-on courir avec deux pieds dans la même chaussure ? Oui, mon ami, tu me le demandes. Je vis ça tous les jours. Le matin, quand je sors de mon appartement, que je le puisse ou que je le veuille – en général on ne me demande pas mon avis –, j’entre dans le monde de la langue allemande. Ma langue maternelle ne m’y est d’aucun secours. Dans la rue, dans le tramway, à l’école, à l’atelier. Des lieux où ces deux langues se rencontrent inévitablement, mais il y en a une qui m’est interdite. Je ne maîtrise pas encore l’autre : ma langue étrangère, comme on la nomme. Mais en quoi est-elle étrangère, cette langue à laquelle je suis confronté tous les jours, en tous lieux ? Je me sers plus souvent de l’allemand que de ma langue. Avec ma langue, je suis seul, impuissant. Il y a longtemps que ma langue maternelle m’est devenue étrangère.

Alors que j'étais en cinquième et dernière année d’école primaire dans mon pays natal, je suis venu en Allemagne avec mes parents. Ou plutôt, on m’a amené en Allemagne. Personne ne m’a demandé mon avis. Au début, je n’osais pas m’asseoir dans le tramway. Je restais toujours debout. J’étais mal à l’aise, j’avais peur... Que faire si quelqu’un s'asseyait à côté de moi et me parlait, si on me posait une question ?

Je voyais les gens rire. De quoi ? De qui ? De moi peut-être ? Je n’en savais rien. À dire vrai, j’aime bien quand les gens rient. Mais quand ils sont près de moi et qu’ils n’arrêtent pas de rire, j’ai parfois un sentiment étrange. Je deviens plus sensible, voire hypersensible. Je ne sais pas pourquoi.   Ai-je peur ? Au milieu des Allemands, ai-je perdu la parole ? ai-je perdu ma vigueur ? Franchement, j’ai peur, depuis que je suis ici, en Allemagne.

 

 

 

Der Aufsatz oder Geständnisse eines »Gastarbeiter«-Kindes

In zwei Sprachen leben. Das ist nicht so einfach, mein Freund. Es ist wie zwei Menschen, die in einem Körper leben müssen und dabei grundverschieden sind. Oder wie ein Schuh für zwei Füße, die gleichzeitig hineinmüssen und mit dem man auch laufen muß. Komisch! Wie kann man so laufen? Ja, mein Freund, du fragst. Ich erlebe es jeden Tag. Morgens, wenn ich meine Haustür aufmache und die Wohnung verlasse, ob ich kann oder will - das wird oft nicht gefragt-, gehe ich in die Welt der deutschen Sprache. Dort kann mir meine Muttersprache nicht mehr helfen. Auf der Straße, in der Straßenbahn, in der Schule, in der Werkstatt. Das sind die Orte des unvermeidlichen Zusammentreffens der beiden Sprachen. Die eine darf ich nicht benutzen. Die andere kann ich noch nicht beherrschen: meine Fremdsprache. So nennt man sie. Wie kann ich aber selbst diese Sprache als fremd bezeichnen, mit der ich jeden Tag überall konfrontiert bin? Ich brauche öfter die deutsche Sprache als meine. Mit meiner eigenen Sprache, allein und hilflos stehe ich da. Meine Muttersprache ist mir längst fremdgeworden.

Als ich in der letzten Klasse der fünfjährigen Grundschule in meiner Heimat war, bin ich mit meinen Eltern nach Deutschland gekommen. Besser gesagt: Ich wurde nach Deutschland gebracht. Niemand hat mich dabei gefragt, ob ich will oder nicht. Damals, an meinen ersten Tagen in Deutschland, habe ich es nicht gewagt, in den Straßenbahnen zu sitzen. Ich stand immer. Unsicher und ängstlich... Was könnte ich tun, wenn einer sich neben mich setzen und mit mir sprechen oder mir irgendeine Frage stellen würde?

Ich sah die Leute, die lachten. Über was? Über wen? Über mich etwa? Das wußte ich nicht. In der Tat habe ich es gern, wenn die Leute lachen. Aber wenn sie ständig neben mir lachen, dann bekomme ich manchmal ein komisches Gefühl. Ich werde empfindlicher und sogar überempfindlich. Warum, weiß ich nicht. Habe ich vielleicht Angst? Stumm und schwach unter den Deutschen? Offen gesagt, Angstgefühle habe ich schon, und zwar seitdem ich hier in Deutschland bin.

 

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