Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 16 juin 2025

SecEM, 38 -°- avec Baldwin traduit par Darrieussecq

9 février 2026, 7 h 45

    Me voici donc à pied d’œuvre pour le très bref chapitre 24 (11.530 signes) ; cela signifie toutefois que je vais aboutir à 8 feuillets, et que j’ai déjà fixé la traduction du chapitre suivant (bref également) pour ce même lundi. J’ai aussi regardé les statistiques totales pour ce fichier Word, qui dépasse désormais les 700.000 signes, alors qu’il me reste 170 pages bien serrées à traduire…

Pour le titre du chapitre, délibérément redondant (Keep On Keeping On), je ne trouve pas de répétition lexicale évidente ; or, je souhaiterais la conserver. Pour le moment, je n’ai qu’un pléonasme (« continuer de persévérer »).

 

9 h

Ça devait être rapide, ça ne le sera pas.

Dès le deuxième paragraphe, je dois chercher, car le texte en cite une demi-phrase, la traduction française des Notes from a Native Son de Baldwin, traduit deux fois, la seconde – et la seule accessible en ligne – par Marie Darrieussecq. Or, je m’aperçois (comme je m’en étais douté) que French fait un contresens sur la phrase de Baldwin, ou plutôt, qu’en la décontextualisant, il en déforme la portée. Il la tord ; il a tort.

Voici ce qu’écrit French :

The most insistent but by no means the only chronicler of the emancipation moment was the Pittsburgh Courier. Writing near mid-century, James Baldwin had extolled the paper, saying that it “reflects with great accuracy the state of mind and the ambitions of the professional, well-to-do Negro who has found a place to stand.”

 

L’idée qu’il s’agisse d’un éloge m’avait fait tiquer, car, sans connaître extrêmement bien Baldwin, je sais qu’il était très critique de la bourgeoisie hétéropatriarcale afro-américaine, des assis comme eût dit Rimbaud. Or, j’entends dans ce « a place to stand » quelque chose de cet ordre : ils sont installés, ça leur suffit, pourquoi se battre. De fait, si on reprend tout le passage (que je vais donc citer, car c’est ce que j’ai sous la main dans l’immédiat, dans la traduction française de Marie Darrieussecq), on comprend que, loin d’être un éloge, c’est une critique, ou un éloge sarcastique à tout le moins :

Les seuls autres journaux sur ce créneau ayant des ventes significatives dans Harlem sont le Courier de Pittsburgh, qui a la réputation d’être le meilleur du lot, et l’Afro-American, qui ressemble au Journal-American de New York dans sa mise en page et sa typographie, et semble faire un effort considérable bien qu’infructueux pour être à la fois lisible, intelligent et passionné. Le Courier est un journal haut de gamme, qui atteint des sommets dans les nouvelles mondaines et dans les chroniques de George S. Schuyler, dont la sérénité olympienne me met en fureur, mais qui, je dois l’admettre, reflète avec une grande acuité l’état d’esprit et les ambitions du Noir aisé, doté d’une bonne profession, le Noir qui a gagné sa place au soleil. M. Schuyler, connu pour un roman satirique que je n’ai pas lu, intitulé Black No More, est énormément aidé dans sa position par une épouse blanche distinguée et une fille prodige — on la considère sérieusement dans certains cercles comme la preuve de cette incompréhensible croyance selon laquelle l’accouplement Blanc-Noir est plus susceptible de produire du génie que n’importe quelle autre combinaison.

 

Ainsi, que faut-il faire ? Dois-je conserver le contresens (au risque qu’on pense que c’est le traducteur qui se trompe) ou restituer la vérité des propos et de l’intention de Baldwin, fût-ce par un ajustement modeste ? Pour l’instant, j’ai tenté quelque chose du côté de la deuxième option, en effaçant simplement le verbe extol : « En 1955, James Baldwin avait dit de ce journal qu’il… »

 

11 h 20

12.968 signes (c’est trop). À revoir plus tard. De toute façon, je compte faire ce que je n’avais pas fait pour Born in Blackness, quand j’aurai fini : tout imprimer et tout relire sur papier, stylo en main. Dans l’avant-dernier § il y a une autre erreur ; French cite le sermon de Martin Luther King au retour du Ghana et lui fait dire à sa congrégation “you can break aloose from evil and nonviolence, through a lack of bitterness”, ce qui n’a aucun sens. La véritable phrase est évidemment différente : “you can break aloose from evil through nonviolence, through a lack of bitterness”.

J’ai déjà écrit à H.F. pour lui signaler deux ou trois erreurs, mais je suis ici embarrassé : si je lui écris à chaque fois, ça fait vraiment casse-pieds ; si je ne lui écris pas, il peut s’imaginer, si entre-temps telle ou telle petite erreur lui a été signalée, que je traduis sans comprendre, et donc que je traduis en reproduisant des erreurs. Je note ça ici, et peut-être qu’à un moment donné je ferai un tir groupé.

 

Écrire un commentaire