dimanche, 11 janvier 2026
2026 ֍ Bobines, 2
Le nouveau film de Jim Jarmusch est parfait — et parfaitement creux.
Parfait : tout est filmé au cordeau, avec alternance des plans et placement de certains plans dans chaque sketch ; tout est écrit de façon millimétrée, avec la triple discussion sur l’eau que l’on boit, la triple (et horripilante) apparition des skaters au ralenti, la triple variation sur l’expression Bob’s your uncle.
Parfaitement creux, car c’est un exercice de style pur. Jarmusch montre qu’il sait composer un triptyque (look at me writing!), qu’il sait filmer (look at me shooting this shot!), qu’il dirige superbement d’excellent·es acteurices (look at me directing!), mais ça ne débouche sur rien. La seule façon de prendre du plaisir à ce film est de répondre à l’exercice de style par un exercice d’admiration béat, ou de ne très vite rien attendre de ce film, de se contenter d’un bel objet narratif.
Il y a quelques années – dix, peut-être – j’avais lu (pas en entier, du coup – de mémoire je me suis arrêté vers la fin du troisième tome) le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell, qui m’avait fait le même effet : une machine parfaitement huilée, une structure parfaite, mais l’histoire qui est racontée n’a aucun intérêt. Ainsi, l’œuvre paraît terriblement datée. Il me semble que c’est pareil pour le Nouveau Roman : les romans de Robbe-Grillet, et peut-être aussi la tétralogie de Claude Mauriac, ont mal vieilli car ce n’étaient que de purs exercices, tandis que les livres de Sarraute, Pinget et Claude Simon passent la rampe des années. (Butor est un cas ambivalent.)
Pour en revenir à Father Mother Sister Brother, il faudrait revoir Mystery Train, afin de voir si c’est aussi creux, trente-cinq ans plus tard. J’avais beaucoup aimé ce film, au cinéma en 1990 et plus tard, à la télé, à la fin des années 1990 je dirais. Nous avons revu il n’y a pas si longtemps Night on Earth, avec les garçons, et nous avions trouvé ça longuet, en particulier le sketch italien, avec Begnini, qui en fait des tonnes et n’est pas du tout dirigé pour le coup. En fait, mon scepticisme à l’égard de Jarmusch ne date pas d’hier : dès sa sortie j’avais trouvé Down by Law lourdingue, puis il y avait eu Dead Man, que j’avais trouvé lourdingue aussi dans son utilisation du noir et blanc (outre que Jarmusch ne fait rien de la référence à William Blake, pur vernis intello) ; plus récemment, j’ai trouvé Only Lovers Left Alive totalement nul (et d’ailleurs, je m’en souviens à peine).
Reste ici, presque immatériel, aere perennius, le jeu d’Adam Driver, dont la moindre expression faciale fait naître un monde. Il portait déjà, presque à lui seul, Paterson (que j’avais bien aimé). Mayih Bialik et le duo frère-sœur du dernier sketch tirent également leur épingle du jeu, malgré la froide inanité des dialogues.
21:31 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)


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