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dimanche, 15 février 2026

2026 ֍ Bobines, 7

    Trop de films tournés à Paris, mais on ne peut empêcher personne de tourner un film à Paris. À côté de ça, j’attends de voir ne serait-ce qu’une scène d’un seul film français largement diffusé, ou même d’un film états-unien, rue Colbert, ou dans le quartier des artisans, ou sur les bords de Loire rive sud, ou devant le rhinocéros de la gare. Je n’avais qu’à apprendre à faire des films, au lieu de pondre des pattes-de-mouche (et de me tromper même dans le langage : quel serait l’équivalent cinématographique d’une expression incohérente comme celle que je viens d’écrire ? un faux raccord ? ou plus audacieusement un point de vue inhabituel ?).

Au cinéma, quel est l’équivalent d’une parenthèse, et d’une parenthèse dans une parenthèse ?

Quand j’ai commencé à tenir des carnets en Touraine, l’idée était, vaguement, de boucler un livre du type Le Département d’Indre-et-Loire ; ça a vite dérapé mais je n’oublie jamais que j’avais commencé, à l’automne 2005 aussi, un roman qui s’intitulait Le vil Landru à Villlandry.

Refourguer des dizaines de livres, vider un peu les étagères.

 

05:40 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 08 février 2026

2026 ֍ Bobines, 6

    On le verra demain, mais c’est un film à voir demain, oui, le lendemain, par un lundi d’hiver, pas trop frais en milieu d’après-midi, douceur et trombes d’eau en sortant du cinéma : sous la pluie, alors qu’il accroche son vélo, en ferme l’antivol, M* nous dit ce qu’il a pensé la semaine dernière du film que nous venons de voir, et que nous avons vraiment aimé, lui pas trop. Jusqu’à l’arrêt de bus, puis dans le bus, ballotté·es nous évoquons telle scène du film, je m’interroge sur le sens de la scène du président portugais avançant au ralenti sur le tapis rouge sous une pluie battante – lui aussi – et apparemment la scène servirait seulement à démontrer l’absurdité du protocole et la conscience que prend le président italien de cette absurdité. C’est donc demain que nous verrons ce film, et ce n’est pas que j’aie le don de double vue, ni de boule de cristal, mais juste que je triche en écrivant – pour une fois – ce texte deux jours après la date de péremption publication. Le film brosse celle ou celui qui le regarde, en lui laissant entendre qu’iel aussi est touché·e par la grâce. Ça se discute, comme on peut couper les cheveux en quatre jusqu’à ne plus savoir pourquoi l’affiche du film, après et non avant le texte, d’un film vu le lendemain et non la veille – en apparence –, en France et non à Prague apparaît dans sa version tchèque. C’est juste que je suis d’humeur joueuse, moi aussi (comme le pape ?).

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18:30 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 01 février 2026

2026 ֍ Bobines, 5

    Je fais ce que je veux et par exemple, au moment où le noir se fait dans la salle, on voit, en gros plan, un portefeuille en cuir brun clair, un bel objet, puis une bousculade dans une file d’attente, puis de nouveau ce gros plan. Un homme d’une cinquantaine d’années, qui vient d’enlever son bonnet, dit « ah, quelqu’un a perdu son portefeuille » puis s’adresse à la dame devant lui. Personne ne réagit, la scène est filmée sur un mode très chaotique, façon Rosetta. L’homme ramasse l’objet, et lance à la cantonade « qui a perdu son portefeuille ? » À ce moment-là, un autre homme, quelques mètres devant lui dans la file d’attente, et qui allait prendre son tour au guichet du cinéma (car, par plan élargi, on découvre que c’est un cinéma), dit « ah, c’est ma blague à tabac, merci ! ». Le premier homme se tourne vers la dame qui l’accompagne, un peu plus jeune que lui apparemment, très jolie, et qui lui dit : « La cigarette a été inventée en 1893, les gens en 1892 ». Tous deux rient, prennent leurs tickets au guichet.

Générique de début.

La blague à tabac

Le film est une succession de sketches qui explorent soit la polysémie du nom blague, soit les différentes façons de fumer en 2026 – dont une saynète exaspérante avec en bande-son Puff the Magic Dragon par Peter Paul & Mary –, soit les violences policières. Dans une saynète particulièrement longue, l’acteur qui jouait le premier homme, celui qui avait ramassé la blague à tabac, se filme en train d’enregistrer une vidéo dans laquelle il lit de nombreux extraits littéraires utilisant l’expression « blague à tabac » et se demandant comment traduire ces différentes phrases en anglais, en allemand, en italien, en moldo-valaque et en indonésien ; des policiers font irruption dans son bureau et lui défoncent la gueule.

Générique de fin

(bande-son : Les gauloises bleues d’Yves Simon)

 

22:49 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 25 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 4

    Adolescent, je n’avais pas compris grand-chose à Huit et demi. Je l’ai revu cette semaine. Par moments on frôle légèrement l’ennui, tout en étant happé soit par l’histoire et les tribulations du cinéaste en burn-out, soit par les plans, rarement par les deux en même temps. Les vingt ou vingt-cinq premières minutes sont extraordinairement soûlantes, façon fellinienne, mais c’est pour montrer à quel essorage et à quelle overdose de questions et de sollicitations est soumis le protagoniste.

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Je me rappelais la scène de la visite à la rampe de lancement du vaisseau spatial (or whatever – la mégastructure), et Mastroianni grimpant les échafaudages. Elle est géniale.

Je n’avais aucun souvenir de la scène dans laquelle il regarde, avec toute l’équipe, les rushes et les essais. Elle est géniale aussi.

 

*

*                *

 

Faisant comme je veux ici, je colle ici ce distique que chante Aldous Harding sur le dernier album des Sleaford Mods :

It’s all about me

the Elitist G.O.A.T.

 

Le nom de Fellini se trouve à titre subliminal dans ce refrain. Le titre français du film aussi.

(Je sais ce que je dis. Je dis ce que je sais.)

 

19:28 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 18 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 3

    C’était hier soir et ça commençait par un mouton dans un side-car.

Il ne fait pas te plaindre, dit l’ancien directeur de kolhoze reconverti magouilleur en chef, tu as pu t’acheter une moto.

Ça se terminait par le bétail sous la pluie, dans la nuit. Dans le plan précédent, Abel et sa famille, c’est-à-dire son épouse (personnage exceptionnel incarné par une actrice non moins exceptionnelle) et leurs petits-enfants, s’éloignent en Lada, ne sachant pas qu’ils viennent de perdre leur ferme. Ou le savent-ils ?

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Tout ou presque est à mots couverts, dans Abel.

J’ai eu peur, au début, de m’ennuyer, et au bout de vingt minutes je suis totalement entré dans le film, l’histoire, les faux-semblants de la période de transition immédiatement postérieure à l’effondrement de l’Union soviétique. Un film bouleversant.

19:52 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 11 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 2

    Le nouveau film de Jim Jarmusch est parfait — et parfaitement creux.

Parfait : tout est filmé au cordeau, avec alternance des plans et placement de certains plans dans chaque sketch ; tout est écrit de façon millimétrée, avec la triple discussion sur l’eau que l’on boit, la triple (et horripilante) apparition des skaters au ralenti, la triple variation sur l’expression Bob’s your uncle.

Parfaitement creux, car c’est un exercice de style pur. Jarmusch montre qu’il sait composer un triptyque (look at me writing!), qu’il sait filmer (look at me shooting this shot!), qu’il dirige superbement d’excellent·es acteurices (look at me directing!), mais ça ne débouche sur rien. La seule façon de prendre du plaisir à ce film est de répondre à l’exercice de style par un exercice d’admiration béat, ou de ne très vite rien attendre de ce film, de se contenter d’un bel objet narratif.

Il y a quelques années – dix, peut-être – j’avais lu (pas en entier, du coup – de mémoire je me suis arrêté vers la fin du troisième tome) le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell, qui m’avait fait le même effet : une machine parfaitement huilée, une structure parfaite, mais l’histoire qui est racontée n’a aucun intérêt. Ainsi, l’œuvre paraît terriblement datée. Il me semble que c’est pareil pour le Nouveau Roman : les romans de Robbe-Grillet, et peut-être aussi la tétralogie de Claude Mauriac, ont mal vieilli car ce n’étaient que de purs exercices, tandis que les livres de Sarraute, Pinget et Claude Simon passent la rampe des années. (Butor est un cas ambivalent.)

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Pour en revenir à Father Mother Sister Brother, il faudrait revoir Mystery Train, afin de voir si c’est aussi creux, trente-cinq ans plus tard. J’avais beaucoup aimé ce film, au cinéma en 1990 et plus tard, à la télé, à la fin des années 1990 je dirais. Nous avons revu il n’y a pas si longtemps Night on Earth, avec les garçons, et nous avions trouvé ça longuet, en particulier le sketch italien, avec Begnini, qui en fait des tonnes et n’est pas du tout dirigé pour le coup. En fait, mon scepticisme à l’égard de Jarmusch ne date pas d’hier : dès sa sortie j’avais trouvé Down by Law lourdingue, puis il y avait eu Dead Man, que j’avais trouvé lourdingue aussi dans son utilisation du noir et blanc (outre que Jarmusch ne fait rien de la référence à William Blake, pur vernis intello) ; plus récemment, j’ai trouvé Only Lovers Left Alive totalement nul (et d’ailleurs, je m’en souviens à peine).

Reste ici, presque immatériel, aere perennius, le jeu d’Adam Driver, dont la moindre expression faciale fait naître un monde. Il portait déjà, presque à lui seul, Paterson (que j’avais bien aimé). Mayih Bialik et le duo frère-sœur du dernier sketch tirent également leur épingle du jeu, malgré la froide inanité des dialogues.

 

21:31 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 04 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 1

    En gros plan, la caméra filme un accouplement d’huîtriers pie.

La façon acrobatique dont le mâle se baisse après avoir voleté quelques secondes en se collant au dos de la femelle n’appelle pas de lecture allégorique.

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Sur l’île d’Amrum, dans la semaine entre le suicide de Hitler la capitulation de l’Allemagne, il n’y a plus de couples, et ce depuis longtemps déjà : les enfants Hagener vivent, dans la maison de famille (dont le porche d’entrée est constitué de deux fanons de baleine), avec leur mère et leur tante, leur père – un haut dignitaire nazi – étant resté sur le continent (la terre ferme, Festland) ; ni Sam Gangsters, ni l’oncle Onno, ni le boulanger Tewe ne semblent avoir d’épouses ; l’oncle Théo a émigré à New York tandis que la femme qu’il aimait, juive, était déportée et tuée par les nazis. Sur l’île d’Amrum, entre le 30 avril et le 8 mai 1945, tout ce qui compte pour Nanning, le protagoniste de 12 ans, c’est de trouver de quoi faire, à force de trocs et d’ersatz, des tartines de pain blanc avec du beurre et du miel pour sa mère, qui refuse de s’alimenter depuis l’annonce du suicide de Hitler ; suicide qui a coïncidé avec la mise au monde de son quatrième enfant, une petite fille.

Amrum est un beau film, juste, émouvant, assez conventionnel dans la façon de conduire le récit. Mais en connaissez-vous beaucoup, des films mettant en scène la question de l’identité linguistique à travers le contraste entre ceux qui parlent le dialecte îlien et ceux qui, tout en se targuant d’être du coin depuis neuf générations, ne le parlent pas ? Et surtout, avec un limerick en allemand, un enfant mimant le phoque afin de le piéger, une scène de rêve filmée de façon pas du tout « onirique », et – last not least – un accouplement d’huîtriers pie ?

 

06:15 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)