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dimanche, 15 octobre 2006

Ce parler de travesti

    François Bon parle de travestissement, et la voix elle-même se travestit. (La phrase, elle, se vêt. L'écriture en lambeaux ou pourpoint doré, qu'importe.)

Au même titre donc le jeu circulant, de machine à machine, de l'établi au vestiaire, de ces dialogues à voix de châtrés grande folle, ce parler de travesti les masques à tout moment pris, un ridicule cri de coq oh ne me touche pas ici devant tout le monde pour un geste le moindre, une main posée sur l'épaule, aurait pu s'interpréter comme affirmation quand même du corps, l'impossibilité qu'ils en taisent complètement la voix dans cet enfermement ici de l'homme avec d'autres hommes sous le ressassé du pointage à vie. Ce parler travesti avait son poids, n'était pas le futile d'une parole évaporée ici où l'on venait pour se louer, emmurés de l'interdit posé sur le toucher sauf la main (François Bon, Sortie d'usine. Minuit, 1982, p. 52)

 

Ce roman, qui fut écrit (ou, tout au moins, publié) quand j'avais huit ans me remet en mémoire ces camarades qui, entre le CM1 et la classe de cinquième, jouaient exactement à cela. Je me souviens d'un, particulièrement, Laurent G* (que j'avais été très surpris de retrouver un mercredi pour un match de tennis, car nos clubs respectifs jouaient l'un contre l'autre, mais nous ne savions pas, ni lui ni moi, que nous faisions du tennis), dont la réplique quasi systématique était, voix zaza-serrauldienne à l'appui : "Arrête, espèce de pétale, tu vas me refiler le soda."

Il faut dire que son patronyme, qui signifie abominable en allemand (or, nous étions germanistes), reflétait assez mon sentiment à son égard, mais, si j'essaie d'adopter un point de vue moins radical qu'à l'époque, je me dis que ce genre de jeu était gentiment puéril, voilà tout. Il n'empêche que je persiste à penser (et même à écrire, très bientôt sous vos yeux écarquillés) que ce genre d'attitude et de réplique témoignait d'un milieu familial où l'homophobie-par-ignorance devait régner en maître (voire, pour accorder l'expression à son sujet, en maîtresse).

Que mon expérience de ce genre de jeu stupide (dont un autre camarade, d'école primaire, le très célèbre Stéphane B*, qui est le seul être au monde sur qui j'ai porté la main (avec comme conséquence un nez stéphanien rudement amoché), était aussi très friand) ait pu coïncider avec l'observation d'un semblable phénomène dans le monde des adultes, à la faveur d'un roman sur le milieu ouvrier, voilà qui me plonge dans le désarroi : était-ce une mode passagère dont certains enfants se firent le porte-voix ?

23:55 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, Homophobie

Dans toutes les fins

    Dans toutes les fins

Gronde la rumeur

Mot qui perroquet

Que tenir endort

 

Tous les trains me minent

Mystère de la moire

Trente de ces hosties

 

[Sphère, 56]

21:41 Publié dans Xénides | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Poésie

Sortie du fanzine

Redonnée sa chance à Richard Millet, et découverte une prose curieuse de Gérard Gavarry, seront les deux passions languides (passives, surtout) de fin septembre, début octobre. 

Un jour donc qui n'en était qu'au matin de sa durée et dont il fallait bien s'accommoder, travaillant pour oublier l'écoulement du temps, puisque le travail même peut constituer la fuite immédiate de l'ennui, ce qui s'achève et disparaît de l'établi laisse un vide qu'une pièce brute est déjà là pour emplir, et dont le brut même laisse voir, irréalisé mais présent, son fini, et sans commandement ni hâte oblige à la tâche. La pensée se laisse enraciner comme à y glisser lentement, qui dit comme une voix et parfois jusqu'aux lèvres le filetage à chercher du taraud, ou bien quel tourne-à-gauche dans le tiroir ou la boîte. (François Bon. Sortie d'usine. Minuit, 1982, p. 37)

 

Le long des murs rouges, sur le long linoléum rouge flambant neuf qui fera tout à fait dégueulasse dans même pas dix ans, et où l'on n'osera plus faire passer ministres ni maires ni autres huiles, je place ma perceuse et, le regard vif sous la visière, guette les promeneurs.

17:55 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Ligérienne

Chant de bambous

medium_Jardins_de_Chaumont_Oct._7_073.jpg    Clair et net, l'enchevêtrement laisse filer ses musiques amères, comme du verre tinte dans la nuit, le fête bientôt finie, et des feutres posés sur les cymbales, des coups de marteau cotonneux lancés à l'assaut de l'espace, on joue des épaules à n'en plus finir, comme une pointe fine marque de sa lame un pleur tombé sur les pages d'encre verte, et, les épaules vibrant encore de ce chant sonore, on s'en retourne à l'abri des buissons, dans les haies dénuées de cette forêt verticale, vertige consommé.

Jardins de Chaumont, 7 octobre 2006.

13:45 Publié dans Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Poésie, Ligérienne, Littérature

M.S. MuMM

Dans Moon Palace, le narrateur, Marco Stanley Fogg (aussi appelé M.S.), se débarrasse progressivement, afin de subsister, de l'héritage de son oncle, soit 1492 livres répartis dans 76 caisses. (Je n'ai aucun mérite à me rappeler ces nombres, vu que, comme sur le versant onomastique, Paul Auster n'est pas très subtil dans la symbolique : 1776 est l'année de l'indépendance des Etats-Unis et 1492 marque la "découverte" du continent par les Européens).

Passant près d'un carton de vieux livres de poche que je compte vendre, et qui se trouve à la salle de jeux (ou deuxième chambre d'amis), au rez-de-chaussée, je m'imaginais qu'il serait possible de se défaire de tout livre après en avoir cité une phrase, ou exploré un mot, dans un billet publié dans ces carnets.

12:30 Publié dans 721, Fièvre de nombres, MAS | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature

Du cancer de l'amie

    Livré ici, un extrait de la lettre n° 2978 de Virginia Woolf (The Sickle Side of the Moon, tome 5 de la Correspondance, p. 366). Il s'agit d'une lettre du 23 janvier 1935, adressée à Ethel Smyth, compositeur (-trice?) et amie de V.W. :

I agree with you entirely about death from Cancer: I forget how you said it: something about having a chance to die standing up. That is a very true remark, and sometimes you say a thing that I had it in mind to say. But why ain't I to come, when you, if you, die? Why? Aren't I capable of comfort? No – a mere reed, floating along a sugary stream, in your view. And so you dont want to see me.

Je suis entièrement d'accord avec toi, pour ce qui est de mourir d'un cancer : je ne sais plus comment tu as formulé cela, mais il était question de la possibilité de mourir debout. C'est une remarque d'une grande justesse, et il t'arrive de de m'enlever les mots de la bouche. Mais pourquoi ne dois-je pas venir te voir, quand tu seras près de mourir, et si cela arrive ? Pourquoi donc ? Suis-je incapable d'apporter le moindre réconfort ? Non, à tes yeux, je ne suis qu'une tige de roseau qui se laisse emporter au gré des flots suaves. Et du coup tu ne veux pas me voir.

 

11:25 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature

¤ Feu meurtri #1001

    Tu t'en iras : la braise, urne, cendres dans l'âtre,

Images déferlant dans ton esprit meurtri,

Sont le feu mort ; le ciel, à la flûte du pâtre,

Se dissipe, dissous. Le monde est un théâtre.

 

10:55 Publié dans Rimes quartes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Poésie

Les chrotomis sont très gentils...

medium_Jardins_de_Chaumont_Oct._7_065.jpg

 

 

 

 

    ... mais ils font de grosses fautes de français !

(Va falloir songer à payer l'ardoise !)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jardins de Chaumont, 7 octobre 2006.

09:15 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Ligérienne