dimanche, 01 juin 2025
SecEM, 53 -°- brahmanes au nadir
14 mars 2026, 9 h 15
Après une semaine de dingue, et avant une autre guère plus calme, j’attaque le chapitre 39 (33.720 signes). L’objectif est de le traduire au cours du week-end. Je compte aussi commencer à relire sur papier les 35 premiers chapitres, que j’ai imprimés mardi.
15 mars, 10 h
Le chapitre traduit compte 38.358 signes, ce qui implique un certain foisonnement (13%), mais qui s’explique aussi par la rédaction de deux notes du traducteur.
Quelques bricoles à signaler (j’ai toujours pensé que ces carnets de traduction me permettraient d’avoir un petit vivier d’exemples au cas où je serais appelé à commenter ma traduction ou à devoir en parler, comme je l’ai fait trois fois pour Born in Blackness).
J’ai appris, avec ce chapitre, que Julius Nyerere avait traduit le Jules César de Shakespeare en swahili (et la WP francophone m’apprend aussi qu’il aurait traduit Le Marchand de Venise). Il faut que j’écrive à mes collègues Aurélie Journo et Nathalie Carré pour savoir si ces traductions sont publiées, si elles ont été étudiées etc.
Dans la dernière partie du chapitre, French, sans doute à court de périphrases pour parler de Kennedy, parle de lui comme du “Massachusetts brahmin”. Je trouve que la traduction littérale ne donne rien, mais je ne trouve pas grand-chose de satisfaisant : manitou, gourou, grand prêtre ? Le terme manitou pose un problème politique par rapport à l’extermination et à l’effacement culturel des Amérindiens aux États-Unis ; gourou est trop négatif ; grand prêtre risquerait d’être pris au premier degré (vu que K. était catholique).
Plus loin, F. dit de Nkrumah : “he was fast approaching the nadir of his power”. Je ne trouve de bonne collocation pour ce nadir, ni de synonyme ou d’équivalent convaincant. Trois options :
- quant à sa carrière politique, elle approchait à toute vitesse de son nadir
- il n’avait jamais été aussi près d’atteindre son nadir
- sa chute n’avait jamais été aussi proche
En cherchant des occurrences du terme sur Wikisource, j’ai découvert que ce terme était presque exclusivement utilisé, dans les ressources tombées dans le domaine public, dans les traités d’astronomie et sous la plume de Hugo (dont l’œuvre est peut-être un traité d’astronomie à elle seule). Je ne résiste pas au plaisir de citer le passage en question de Notre-Dame de Paris :
Gringoire, philosophe pratique des rues de Paris, avait remarqué que rien n’est propice à la rêverie comme de suivre une jolie femme sans savoir où elle va. Il y a dans cette abdication volontaire de son libre arbitre, dans cette fantaisie qui se soumet à une autre fantaisie, laquelle ne s’en doute pas, un mélange d’indépendance fantasque et d’obéissance aveugle, je ne sais quoi d’intermédiaire entre l’esclavage et la liberté qui plaisait à Gringoire, esprit essentiellement mixte, indécis et complexe, tenant le bout de tous les extrêmes, incessamment suspendu entre toutes les propensions humaines, et les neutralisant l’une par l’autre. Il se comparait lui-même volontiers au tombeau de Mahomet, attiré en sens inverse par deux pierres d’aimant, et qui hésite éternellement entre le haut et le bas, entre la voûte et le pavé, entre la chute et l’ascension, entre le zénith et le nadir.
Si Gringoire vivait de nos jours, quel beau milieu il tiendrait entre le classique et le romantique !
Mais il n’était pas assez primitif pour vivre trois cents ans, et c’est dommage. Son absence est un vide qui ne se fait que trop sentir aujourd’hui.
Enfin, je ne peux m’empêcher de citer ma traduction du récit d’une des tentatives d’assassinat contre Nkrumah :
Le 2 janvier 1964, Nkrumah fut visé par une nouvelle tentative d’assassinat. En début d’après-midi, alors qu’il quittait le bureau présidentiel de Flagstaff House, un agent de police affecté depuis peu à la sécurité des lieux et posté à une cinquantaine de mètres ouvrit le feu sur lui. Tout le monde se précipita pour se mettre à l’abri.
Lorsque le garde du corps de Nkrumah se redressa pour évaluer la situation, il fut touché à la tête et tué sur le coup. Quand le tireur se trouva à court de munitions, Nkrumah s’enfuit en courant et en appelant à l’aide, sans que personne vienne à son secours – une scène presque inimaginable, comme si, après la fusillade visant Kennedy, on n’avait vu accourir ni policiers ni gardes du corps. Dans ce cas précis, le tireur poursuivit le président jusque dans la cuisine du bâtiment, où les deux hommes commencèrent à se battre. Après avoir été mordu à la joue, le président, qui s’entraînait régulièrement, prit le dessus sur son agresseur, le renversa et l’assomma, alimentant davantage la légende selon laquelle Osagyefo était immortel.
Franchement, je me suis demandé si je traduisais une biographie de Nkrumah ou un scénario inédit de Mr Bean.
10:16 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)


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