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mercredi, 26 avril 2006
XIV
Entre Samadet et Bégaar, puis, entre Baudignan et Sanguinet, le long des routes vallonnées ou sablonneuses, je tentais d’inventer les vagabondages théâtraux auxquels se prêtaient mal les sièges de la Renault 25 de mes parents.
« Cette courte phrase m’occasionna, je le jure, plus d’effroi, plus de douleur, que si j’avais reçu, inopinément, à bout portant, une giclée de plomb en plein dans la raie. »
Enfant, adolescent, je rêvais d’écrire des milliers de pages landaises, topographies ou saynètes.
13:05 Publié dans Comment je n'ai pas célébré le centenaire de S.B., Droit de cité, Soixante dix-sept miniatures | Lien permanent | Commentaires (2)
Le jeu de la folie est un sport de l’extrême
Mardi matin.
Fermez, oubliez les images éteintes.
“If I had understood why I was doing that, doubtless I would not have been mad.
Had I not been mad, doubtless I would not have done it at all.” (Wittgenstein’s Mistress, p. 16)
« – Peut-être qu’il n’est pas vraiment fou. Peut-être qu’il joue au fou.
– Je ne vois pas la différence. Un individu qui a choisi de vivre dans la rue, dans une bouche d’égout, qui croit à la reconversion de la Russie au communisme, et qui par-dessus le marché veut qu’on le prenne pour un fou, pour moi, c’est un fou. » (Le Marchand de passés, p. 106)
Miroirs alanguis, disparaissez, n’allez éteindre sept soirées.
11:30 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)
Jose : Eduardo : Agualusa :: Le Marchand : de : passés
Comme l’albinos, le caméléon est un foudroyé (souvenir de lectures anciennes).
Ce bref roman, narré par un gecko, a beaucoup pour (me) plaire : situations narratives réjouissantes, réflexions obliques sur l’art photographique, critique de biais des dérives politiques de l’Angola post-colonial. Le lisant, je me suis aperçu que je n’avais aucun souvenir de La Saison des fous, premier roman d’Agualusa paru en français, si ce n’est que je l’avais, comme celui-ci, beaucoup aimé.
Si improbable que soit l’histoire, elle tourne autour des thèmes du mensonge, de la dissimulation et de la folie, ce qui aide à faire passer la pilule… Tant Félix, albinos spécialisé dans la constitution de faux passés contre espèces sonnantes et trébuchantes, qu’Eulalio, ancien centenaire vieux garçon gentiment veule réincarné en gecko, donnent le ton de ce récit où les personnages se rencontrent et conversent “réellement” en rêve. Ce couple étonnant croise la route d’Angela Lucia et de José Buchmann, dont l’identité d’emprunt a été forgée par le marchand de passés – là resurgissent les ombres des noires années 1970.
Ce qui me chagrine le plus, c’est la fascination apparente de l’albinos pour Eça de Queiros (il faut dire qu’il fut trouvé, par son père adoptif, dans une caisse d’exemplaires de La Relique) et du gecko pour Le Livre de l’intranquillité, « qui est peut-être l’œuvre la plus intéressante de la littérature portugaise » (p. 99), et que j’ai trouvé, jadis et pour ma part, très ennuyeux. I may have to give those works another try. (Tiens, au fait, la liste des textes publiés par l’éditeur comprend au moins un titre qui donne envie de découvrir le roman : Le Vent qui siffle dans les grues de Lidia Jorge. (Mais il faudrait aussi donner leur chance à Nuno Judice, à Rosa Lobato de Faria, à Vergilio Ferreira, à Andrea Camilleri, à Arnaldur Indridason, à Jose Angel Mañas, etc.))
Pour en revenir au Marchand de passés, le plus beau, sans doute, est le traitement réaliste des six rêves, mais aussi la figure traumatisante, pour l’homme devenu gecko, de la « première fois », de la soudaine nudité, dans une chambre peuplée de miroirs, d’Alba a.k.a. Dagmar, qui ne cesse de revenir hanter le narrateur.
Folie, hantise, mensonge, mémoire, photographie – hmmmm, Agualusa est un grand romancier.
[José Eduardo Agualusa. Le Marchand de passés. Traduit du portugais par Cécile Lombard. Paris : Métailié, 2006.]
07:15 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (2)

