mercredi, 29 juillet 2026
Si « Waterloo » t'emmerde...
Je vais reprendre aujourd’hui ma lecture, interrompue depuis avant-hier après-midi (Claire, du coup, m’a « dépassé »*). Quelques mots donc de cet interminable, sûrement, livre I, « Waterloo ». Tout d’abord, on peut considérer que tout ce long passage n’a rien à faire dans le roman qu’il alourdit et allonge sans raison, si on juge que le sujet des Misérables est l’inégalité sociale en France et ses conséquences morales. L’insertion de ce long livre de dix-neuf chapitres (il m’en reste quatre à lire) montre que Hugo voulait d’abord écrire, plus largement, le roman du dix-neuvième siècle. Il l’écrit dans ces pages, Waterloo c’est le tournant du siècle : « Waterloo n’est point une bataille ; c’est le changement de front de l’univers. » (p. 329)
(On pourrait dire, à moitié par plaisanterie, que Hugo fait court, vu qu’il propose, dans un roman d’à peine mille pages, ce que Balzac se proposait de faire avec sa Comédie humaine, et qui, inachevé, occupe tout de même douze volumes de la Pléiade.)
Qu’ai-je noté alors ?
Le toponyme Hougomont, dont Hugo fait ses délices sans jamais expliciter la parenté avec son patronyme.
La présence du mot blockhaus, déjà attesté donc en 1862, et peut-être déjà à l’époque des guerres napoléoniennes (pas sûr).
Ney faisant tout, par bravoure et bravade, pour être tué, et n’y parvenant pas (p. 336).
Napoléon : « il était temps que ce vaste homme tombât » (p. 329). Hugo procède par assimilation téléologique : la construction finaliste des romans est un miroir de la loi divine (« Napoléon avait été dénoncé dans l’infini, et sa chute était décidée »). On n’oublie pas que le livre II de la Première Partie s’intitule « La chute », le livre V « La descente » et le livre VIII « Contrecoup ».
Il faudrait citer intégralement les deux pages du chapitre XV, dans lequel Hugo fait du célèbre merde « l’insulte à la foudre » qui « atteint à la grandeur eschylienne » (p. 340).
Enfin, sur la gaieté de Napoléon à l’aube de la bataille : « Nos joies sont de l’ombre. Le suprême sourire est à Dieu. » (p. 318)
Sur ce, je pars finir ce livre I (qui me plaît, en fait – et pourtant, l’histoire militaire m’a toujours profondément emmerdé).
* Claire, qui pourra commenter ici librement, comme elle l'a fait il y a quelques jours, a ironisé sur le début du chapitre III : « Retournons en arrière, c'est un des droits du narrateur, et replaçons-nous en l'année 1815, et même un peu avant l'époque où commence l'action racontée dans la première partie de ce livre. »
11:31 Publié dans « En relisant Les Misérables » | Lien permanent | Commentaires (1)


Commentaires
"Quand il tomba, lâchant le monde,
L’immense mer
Ouvrit à sa chute profonde
Le gouffre amer ;
Il y plongea, sinistre archange,
Et s’engloutit. –"
Écrit par : cété | mercredi, 29 juillet 2026
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