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samedi, 08 décembre 2007

Ode à Bill (John Ashbery)

    C'est mercredi matin, je crois, que j'ai travaillé au premier jet de cette traduction.

Il s'agit d'un poème tiré d'un des premiers recueils de John Ashbery, Self-Portrait in a Convex Mirror (Viking, 1975). Le plus difficile est de ne pas trahir le caractère "anti-poétique", en quelque sorte, du rythme et du lexique.

 

Ode à Bill

 

Certaines choses que nous faisons prennent beaucoup plus de temps
Et on considère que c’est là quelque chose de normal ou d’utile.
Je quitte un chemin pour me retrouver
Dans un champ de blé labouré. Sur ma gauche, des mouettes,
En vacances loin de la mer. Ma façon d’écrire les gêne, on dirait.

Prenons un autre exemple : le mois dernier
Je me suis promis d’écrire davantage. Qu’est-ce que l’écriture ?
Eh bien, dans mon cas, il s’agit de poser sur une feuille
Non des pensées, en fait, mais des idées, peut-être...
Des idées au sujet de pensées. Pensées, c’est un mot trop ronflant.
Idées, c’est mieux, même si ce n’est pas exactement ce que je veux dire.
Un jour j’expliquerai ça. Mais pas aujourd’hui, non.

C’est comme si quelqu’un m’avait fait un gilet,
Comme si je le portais pour sortir et marcher dans la campagne
Par égard pour ce quelqu’un, et ce bien qu’il
N’y ait personne pour voir ça, à part moi,
Moi et ce que je perçois en moi de mon apparence.
Porter ce gilet, c’est un devoir et un plaisir
Parce que ça m’obsède, ça m’obnubile.

Un cheval se détache du paysage, là-bas au fond ;
Ça fait comme une aspérité. Est-ce que je perçois
Vraiment cela ? Cette vue m’appartient-elle, ou la dois-je
À d’autres vues, passées inaperçues ou restées inédites
Sur le grand arc relâché du temps –
Toutes ces sources oubliées, ces galets lancés,
Des chansons entendues et qui se sont éteintes avant
De sombrer dans la file oublieuse des jours ? Il s’éloigne lentement,
Lève la tête et puise à même le ciel – question
Persistante. Lui aussi nous pouvons le sacrifier
Au progrès suprême, car il faut, il nous faut aller de l’avant.

 

Traduction, Droits réservés.

15:55 Publié dans Darts on a slate | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Poésie, Traduction, Anglais

mardi, 04 décembre 2007

Nothing doing

    Souvent, je me dis – surtout en ces petits matins d’insomnie où je me retrouve coincé et plutôt désœuvré dans le bureau-bibliothèque – qu’il y a des milliers de livres dans cette maison et qu’il est regrettable de ne pas constituer une sorte de répertoire de citations pour essayer de les tirer de l’oubli, voire d’inciter tel ou tel internaute à découvrir le livre d’où serait extraite une citation (et c’est dans cet esprit que j’avais créé la rubrique Droit de cité), de même  qu’il y a, au salon, sept ou huit cents disques de genres divers, dont je devrais chroniquer au moins l’impression qu’ils me font, histoire de tracer ma voie grise, malgré les ronces.
 
Sur l’autre bureau sont empilés plusieurs ouvrages que je dois ranger, notamment des livres de critique sur Sterne, deux textes essentiels d’auteurs africains dont je renonce à penser qu’un éditeur français voudra les publier (Amriika de M.G. Vassanji et Darkvisions de Sola Osofisan), et un volume ‘Budé’ des Odes et épodes de Horace, que m’avaient offert F. et V. il y a déjà trois ans, et où je me plonge  de temps à autre.
 
(Plus haut, j’ai orthographié « désœuvré » avec un e dans l’o, mais je me  demande si ce n’est pas abus de ma part… ou peut-être une résurgence d’un autre vieux projet, littéraire celui-là : Eu dans l’eau.)

12:15 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, écriture

Pédaliers

    Entre se garer des voitures et être rangé des voitures, ne peut-on choisir le Vélib ?

 

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Hier, comme nous passions rue Florian, je m'aperçus qu'aucun de mes deux collègues, pourtant quadragénaires + et bien élitistes, ne connaissait le fabuliste qui donne son nom à la rue.

Il faut dire que ne figurent, sur la plaque, ni les dates du poète injustement méconnu, ni même son identité. Cela devait sembler évident aux édiles ; il faut croire que la culture commune de la IIIème République s'est définitivement perdue.

Il se trouve que j'aime beaucoup ses fables, lues quand j'étais enfant, circa 1983-4, et qui n'ont pas grand chose à envier à celles de son illustre prédécesseur La Fontaine. Pauvre Florian...

 

10:00 Publié dans Minimalistes | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Littérature, Poésie, Ligérienne

In your hammock

Rue de la Moquerie
 
    Un jour, on en eut assez de l'avenue des quolibets, du boulevard de la dérision, et, sans même emprunter la ruelle des calembredaines, on prit la tangente, pour d'autres cieux, pensait-on. À l'orée d'une forêt de feuillus se balançait, fermement attaché entre un chêne et un orme, un hamac couleur des siècles, son tressage un peu las mais toujours solide, où je me couchai, pour attendre. Comme rien ne vint, pas même la mort dont je voulais voir le visage, on s'en fut par d'autres sentiers.

04:19 Publié dans Onagre 87, Rues, plaques, places | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, écriture, Photographie, Ligérienne