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samedi, 05 novembre 2011
Aux yeux de Frumence
Ta moustache nous ensemence
Frêle maréchal des logis,
Quoique tu aies pour nom Frumence
Et si depuis longtemps tu gis
Hors du vaste décor lunaire
Où Henri Rousseau te dressa
Pour séduire celle qu'une aire
Aux bêtes fauves ne pressa.
C'en est ainsi, pauvre Frumence
Au prénom tantôt oublié
Inactif à toute romance,
Et sans rendre mon tablier
Que ma plumine trubliée
Ton souvenir réensemence !
16:16 Publié dans Aujourd'hier, Diableries manuelles, MAS, Sonnets de juin et d'après | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 04 novembre 2011
Au départ de Tavers
Détestant autant l'alizé
Que vague et sombre le soleil,
Abhorrant le reflet vermeil
Sur l'abbatiale de Luzé
D'un rayon à peine en éveil,
Nous avons gagné Trélazé
– Tout en maudissant l'alizé –
En pélerinesque appareil :
Makila à la main, pour les
Brigands de bord de Loire ; ourlets
Bien nets au bas du pantalon ;
Gourdes, carnets, tout ce qu'il faut
Pour s'escagasser les talons
Sous de fictifs vols de gerfauts.
08:45 Publié dans Sonnets de juin et d'après, Tropographies | Lien permanent | Commentaires (1)
jeudi, 03 novembre 2011
Eux et nous, mystérieuse angoisse (Ben Okri, 2009)
Nous nous trouvions dans la propriété sublime de notre hôte mystérieux. Un festin avait été dressé, en plein air. Nous étions nombreux. Certains étaient déjà assis, certains debout derrière les invités attablés. On peut dire que nous étions trop nombreux pour la quantité de nourriture, en tout cas c'est l'impression que nous avions.
Soudain, on eut le sentiment que tout le monde allait se précipiter sur la nourriture et qu'il nous faudrait agir comme des barbares et manger à pleines mains, qu'il nous faudrait nous battre à même les tables de ce somptueux festin. La tension dura longtemps.
Notre hôte ne faisait rien, ne disait rien. Personne ne savait ce qu'il fallait faire. Il soufflait un vent de rébellion. C'est alors que survint un événement étrange. Ceux qui étaient attablés se servirent et commencèrent à manger. Nous mangeâmes sans nous hâter. Mon épouse était assise à côté de moi. Les plats étaient prodigieux.
Nous mangions sans oublier les invités debout derrière nous : ils ne mangeaient pas, ne bougeaient pas. Ils se contentaient de nous regarder manger.
Est-ce que nous nous sentions coupables de manger ? C'était un sentiment complexe. Il n'est pas possible de le résumer ainsi. Ceux qui étaient attablés mangeaient. Voilà. Voilà tout.
Nous mangeâmes pendant un certain temps. Puis les gens derrière nous se mirent à murmurer. L'un d'eux lança à voix basse : "Le premier qui nous donnera à manger aura..."
J'étais tenté de leur donner à manger, mais comment faire ? Par qui commencer ? C'était une situation inextricable. En nous retournant, nous les verrions tous, nous serions pris dans une situation binaire. Ce serait vous et eux. Pourtant, cela n'avait pas commencé comme ça. Nous étions tous réunis pour le festin. Vous étiez à table, vous commenciez à manger : ce n'était pas plus compliqué que cela. Eux, ils n'étaient pas à table ; ils ne mangeaient pas. Ils ne faisaient rien. Ils ne s'étaient même pas avancés pour prendre une assiette et se servir. Personne ne leur avait dit de rester debout à nous regarder manger. Ils étaient seuls responsables de la situation.
Alors, se retourner et leur donner à manger reviendrait automatiquement à les voir, à les traiter en inférieurs. Mais en fait c'étaient eux qui, par leur comportement, avaient provoqué cette situation.
Par conséquent, nous continuâmes de manger sans prêter attention aux murmures. Nous eûmes bientôt fini notre repas. Repus, nous décidâmes d'explorer d'autres recoins de la propriété. En l'occurrence, il restait encore beaucoup de nourriture.
Ma femme et moi fûmes parmi les derniers à quitter la table. En me levant, je regardai derrière nous. A mon étonnement, il n'y avait là que trois personnes. Comment cela, pas plus ? On aurait cru qu'il y avait une foule. Peut-être étaient-ils plus nombreux, peut-être les autres avaient-ils renoncé, peut-être étaient-ils partis, ou morts.
Tandis que nous mangions, j'avais plusieurs fois pensé que rien ne les empêchait de nous planter un couteau entre les côtes.
Ma femme et moi nous éloignâmes avec les autres, pour aller dans les jardins sublimes de cette somptueuse propriété.
La journée avait passé comme un rêve baigné de soleil.
Traduction d'un "stoku" de Ben Okri, in Tales of Freedom (2009).
11:46 Publié dans Darts on a slate | Lien permanent | Commentaires (1)
Barre mal
Barre sur la nuque, et capteur de mouvement. Nuit très écourtée.
Nuits très minimales pour vies animales.
04:22 Publié dans Minimalistes | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 01 novembre 2011
Droit de cité
Sans le démon qui me taraude
Et m’incite à lever l’auvent,
Il y aurait quelque maraude
A prêcher plus près du couvent
Mais tout de même, une voilée
Ça ne s’enlève pas pour rien
– Même pour prendre une volée –
De bois vert si l’on est chrétien
Vos virgules qui dénaturent
Un soupçon de lubricité,
Je veux qu’un cloître les emmure
Sans qu’un point ait droit de cité
18:11 Publié dans Odelettes d'été | Lien permanent | Commentaires (0)

