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dimanche, 16 décembre 2012

Du tri intéressant — 3

 

l’oubli détale

en lames de fer

A-t-on assez souffert

pour que l’esprit ravale

des souvenirs divers

bleu vauvert ?

15:24 Publié dans Déroutantes & Azalées | Lien permanent | Commentaires (0)

2934 – 3669

    Parfois, dans votre antre, ça sent la saucisse cuite ; d’autres fois, le chou-fleur. Si des amis viennent vous voir, ils ne manquent pas de remarquer, au moins à part eux, que, pour un vieux célibataire endurci, vous ne vous nourrissez pas exclusivement de pizzas et de croque-monsieur. L’autre jour, lors de l’enterrement de l’écrivain, vous aviez mis votre veston rapiécé, celui aux reflets moirés, et vous avez eu honte. Un peu. La honte passée, ne vous est resté qu’une durable impression d’inappartenance, et le sentiment de la vanité des choses. De retour chez vous, vous avez remisé le veston dans le placard de l’entrée, passé l’aspirateur, vous vous êtes allongé sur le sofa. Cela ne sentait pas le brûlé, toujours ça de pris. 

08:59 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 15 décembre 2012

2199 — 2933

    Puis vient un moment où il faut cesser les ronds-de-jambe, les arguties, et surtout de poser des questions. Y aller, franco. Se jeter à l’eau. Quand ce qui prend le plus de temps, c’est de relire pour d’infimes pattes-de-mouche, à quoi bon. Que j’écris sans point d’interrogation, ce qui vous fera les pieds. (Il se disait que ce ne serait pas un roman sur le sujet kantien qui a les mains blanches parce qu’il est manchot.) Vous avez enfilé un frac, bien vous en a pris, vous avez une fière allure, une mine étincelante dans cette queue-de-pie ; d’ailleurs, depuis notre arrivée dans ce château, nous avons été traités comme des coqs en pâte (si ce n’est l’incident malencontreux de votre avant-bras brûlé vif quand éclata l’ampoule).

22:10 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

Duo d’andouilles & d’azalées — 2

là perdit l’équilibre

solitaire éternel

privé d’amour charnel

il s’épuisa à franchir le Tibre

tessons dans le soleil infernal

qu’avec peine dissimulait l’ombre

franchi l’été fangeux hivernal

le fleuve romain un nouveau Nil

souvenirs de grenier de fenil

mais lui esseulé dans la pénombre

sentit dans ses vertèbres

l’os funèbre

 

14:44 Publié dans Déroutantes & Azalées | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 14 décembre 2012

1465 —2198

    L’intervalle n’est jamais secondaire. Chaque paragraphe constitue une masse blanche qui s’interpose entre les intervalles. On croirait que ce fou parle de musique, il n’en est rien puisqu’il n’en sait rien. Dans de tels blocs, déblocages, la moindre coquille ou faute d’orthographe est un grain de sable susceptible, à lui seul, d’enrayer la machine en imposant la question : faut-il corriger ? comment estomper ? n’est-il pas préférable (plus facile) de tout réécrire ? si le verbe égrener, qu’il s’obstine à employer alors qu’il fait partie des mots qu’il orthographie mal, fait apparaître (quel est le verbe correspondant au nom irruption ? n’y a-t-il que surgir ?) des vaguelettes rouges sous la ligne, y a-t-il risque de noyade ?

22:09 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (1)

Dînez, déroutantes — 1

le vendredi

comme promis

les jours médits

pluie en cascade

◄◄◄►►►

en embuscade

on se regarde

d’une guimbarde

qui boulevarde

au temps promis

◄◄◄►►►

le paumé dit

« quelle algarade

tomber en rade

ma mine hagarde

chez moi ça barde »

passants fourmis

◄◄◄►►►

la rue tailladent

de leurs ruades

leurs souliers crades

que d’aucuns bradent

sans une œillade

pour la naïade

◄◄◄►►►

fin des tirades

passez muscade

beauté, naïade

en nous s’évade

jour de malade

tombe la pluie

◄◄◄►►►

jour maladie

le ciel bleuit

ce vendredi

14:40 Publié dans Déroutantes & Azalées | Lien permanent | Commentaires (0)

dit du terreau

la carapate accapare étonne

terreau faribole sangsue

la terre ne ment pas la vouivre

accapare la terre au poivre

et sangsue farine je m'étonne

blême le verbe en songe-creux

accommode la carapate

la vouivre terreuse farine

à moins que de son poivre la vouivre

à néant réduise accapare

les fariboles le terreau

songe blême la carapate

08:20 Publié dans Douzains d'aise | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 13 décembre 2012

733 — 1465

    Il avait donc pris la route à rebours, après avoir déjà égrené quelques élucubrations sur un périple imaginaire, tout entier de mots, chemin sur les bords de Loire en direction de l’estuaire. Ce chantier-là, comme tant d’autres, était au point mort. Pourtant, si on comptait bien, il en avait noirci, des pages, des écrans. Rien, de tout cela, n’avait, pour lui, d’importance. C’était un homme de virgules, donc du genre à n’avoir d’intérêt que pour ce qui adviendrait, la prochaine étape, the next move. Assis dans un fauteuil de bureau, vêtu d’un pull moutarde, entre des murs d’azur brume, il n’avait pas l’air malin. D’ailleurs, comme on – le lecteur, cette hypothèse ? – n’allait pas tarder à s’en apercevoir, il ne l’était pas.

22:09 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 12 décembre 2012

1 — 732

    Dans la vérité du jour, dans la vérité du monde, dans la vérité des chiffres, il avait cherché à reconfigurer la dynastie de ses écrits épars selon le principe incrémentiel, et démentiel, d'un long livre dont le premier jalon compterait 732 signes (sept-cent-trente-deux signes). Il devint fou, bien sûr. Une telle entreprise n’était pas à la portée du premier tombé, et on en voit chaque jour, de ces fidèles plumitifs partant fleur au fusil pour quelque territoire qui leur semble profondément original, et ils tomberont comme des mouches – ça y est, ils ont chu, ils churent, trépassèrent. Quand il en eut fini d’un premier paragraphe à la temporalité alambiquée, il se sentit ragaillardi. Il n’y avait pas de quoi, bien entendu.

 

12:12 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 11 décembre 2012

Ostentation

    Les ordres viennent d'en avant, l'urgence n'est pas affolante, tout de même que les volets métalliques prennent l'ombre, salmigondis de rien, que l'on aille à l'ouest ou détienne des otages, c'est toujours le soleil qui serpente en assumant la fraîcheur des ossements, ôtant la brume, d'une osmose l'autre. Ornements de rien, salmigondis de rien, fraîcheur pour rien, salves, échos, bravades, à force d'ostentation, découlent, débarquent, excèdent le lecteur par virgules, on se retrouve encore avec des ornements pour rien, salmigondis pour que dalle, vraiment, salves, échos, bravades.

 

10:44 Publié dans Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 10 décembre 2012

Elfe noir

    Une fois encore – décidément, est-ce la bénédiction des fins de dimanche nocturnes ? – j’ai un peu bougé, navigué, non jusqu’à la cuisine, mais, les pieds glacés d’être restés près du carrelage froid, jusqu’au sous-sol, accompagner la chatte, et ce avant de poursuivre ma curieuse tâche, transformer un des matériaux du cours d’agrégation, complexe objet, en un exemple documentaire à l’appui du cours magistral de documentation de première année, complexe manœuvre. Toujours je me rassure dans de tels moments, quoique les pieds soient froids, d’ébullition intellectuelle, me disant que la machine est toujours prête à repartir, l’objet parcheminé et insaisissable (dont on a pu craindre qu’il se soit étréci comme nèfle pourrie, ait noirci à l’instar d’une noix caduque) donne de fiers coups de pied. Déjà, la reprise en main de ces carnets, chantiers parallèles, pouvait rassurer, c’était – malgré l’abandon du projet Cummings dont tout le monde se contrefout, mais dans l’anticipation de la traduction des essais d’Amit Chaudhuri – une longue voie meublée de fermes pierres. Moments d’ébullition, d’incarnation farouche, constater que la force reste toujours cette rapidité saisissante de l’esprit, si on ne m’enlève pas ça je ne suis pas encore mort, laissé pour compte, pas sur le carreau.

 

00:11 Publié dans 1295 | Lien permanent | Commentaires (1)