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dimanche, 23 décembre 2012

8107 – 8849

    Il se rend à la boulangerie. Le mercredi, pour 3 baguettes rustiques achetées, la 4ème offerte. C’est pratique d’avoir un congélateur. Ou de se bourrer de pain comme un gros abruti pendant deux jours, avant de faire diète plus ou moins, les autres jours de la semaine, en attendant le mercredi. Non, rien de tout cela n’est probable, ni souhaitable. Si j’étais réduit à la misère, ou très indigent, je ne ferais pas ça. Je vivrais dans un studio chichiteux chauffé à 14°, ça, c’est sûr (à moins que l’appartement ne soit chauffé par les voisins – après tout, j’ai vécu en appartement et j’aurais voulu qu’il fasse moins chaud, je ne chauffais jamais, alors que le F4 faisait 82 m², c’était en Picardie en plus). Je ne sais rien de la pauvreté.

11:42 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

Pierrot en râgâ

    J'aurais dû profiter d'une soirée plutôt calme pour composer quelques textes, les publier en avance. J'ai préféré écouter des malkauns et Pierrot lunaire (dans la version de Marianne Pousseur, qui ne me ravit pas, a priori), en achevant de lire Netherland et en commençant d'un pur silence inextinguible (enfin !).

« The double-deckers lose their elephants' charm. »


Comme c'est à la page 172, je pourrais faire un effort supplémentaire. Mais, officiellement, ce n'est pas ici que je recycle. La fin du monde : en couverture.

Trop d'italiques. Raharimanana marchait jeudi midi le long de la rue des Tanneurs.

08:21 Publié dans Droit de cité, MUS, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 22 décembre 2012

7365 – 8106

    Le mot bone ? On trouve la chair dans l’os même. Pas la moelle, la chair. Il sait, en s’enfonçant le poinçon dans l’avant-bras, délivré, que le son on est le plus beau de la langue française, une diphtongue royale, majestueuse, dont il ornera désormais ses récits. Quel dommage, se dit-il aussi, que les mots roman récit nouvelle ne contiennent pas ce son, tandis que conte ou continent l’offrent à l’œil autant qu’à l’oreille. Par ailleurs, se dit-il encore, la suite de lettres o + n n’est jamais muette en français, ce qui ne va pas de soi pour cette langue. On trouve donc la chair dans l’os même, pas la moelle, pense-t-il encore.

Au réveil, c’est à peine s’il se rappelle qu’il ne parle pas français et qu’il écrit ses livres en bulgare.

18:07 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 21 décembre 2012

Du tri intéressant — 4

son grand gosier

avalant la neige

diminue et abrège

nuages rassasiés

aux reflets bleus et beige

sortilèges

11:48 Publié dans Déroutantes & Azalées | Lien permanent | Commentaires (0)

6624 – 7364

    Je connais un bar, écrit-il, je connais une sorte de petit restaurant ou de café étrange, où l’on joue au tarot, au poker, où les patronnes invitent d’éclectiques formations de musiciens qui se rassemblent autour du piano Callas, tandis que les clients, sirotant qui une Loburg, qui une Leffe, qui un verre de claret chaud, les écoutent, guettant les mouvements du chapeau électrisé (avec ses ampoules), dans une ambiance feutrée et tranquille de fin du monde, clients qui se hissent sur les tabourets, contre le comptoir, ou se vautrent sur les poufs de diverses couleurs pastel, jeunes filles vêtues de pulls marins seyants, adolescents déjà vieux aux chevelures remarquables, un bar où le piano Callas semblait s’enivrer sous les volutes.

10:12 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 20 décembre 2012

5884 – 6623

    Les deux néfliers, jumeaux approximatifs, n’avaient plus, en ce jour de solstice, que quelques nèfles à offrir au regard. Leurs branches noires de pluie s’entrecroisaient, on y imaginait encore la présence spectrale de l’épais feuillage. Dans l’antre de l’écrivain, où il n’a pas fini de mettre en bocaux la dernière fournée de gelée de nèfles, on trouve à présent, sur son bureau, ouverts, épars, des volumes de l’Encyclopaedia Britannica, du dictionnaire Langenscheidt et plusieurs dictionnaires de rimes étalés au sol. Il a dû lui prendre la fantaisie d’écrire une vie imaginaire de Nietzsche ou de Robert Walser, ce qui ne manque jamais d’arriver quand, le ciel gris, les branches noires des néfliers dégoulinantes, il se sent en panne.

12:20 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 19 décembre 2012

5145 – 5883

    Pétrarque a salué, en Urbain V, un très grand homme, un esprit d’une force exceptionnelle. On ne manque pas, quand on visite Uzès, de s’intéresser aussi à lui – mais aussi à Charles Gide. Puis on croit confondre avec Uzeste, et Clément V (qui se prénommait… Bertrand). Quand on finit par s’apercevoir qu’en fait la farce moyenâgeuse (« salut la gueuse ! ») avait eu lieu, le 14 juillet 2006, par une belle chaleur, à Uzerche, on est définitivement découragé de tant de recoupements – détours – conflagrations – croisements – paronymes par myriades. Un soldat de fer, dégingandé et squelettique, mimait l’histoire de Don Quichotte, à moins que je ne confonde encore. Peste foutre. Parfois, dans votre antre, ça sent le chou ou la chipolata.

09:15 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 18 décembre 2012

4407 – 5144

    L’intervalle n’est jamais secondaire. Chaque paragraphe constitue une masse blanche qui s’interpose entre les intervalles. Le texte fait grise mine. L’auteur – le « scripteur anonyme de la table du fond » n’est jamais très loin – puise dans la matière diverse de ses jours (écrits, discussions, souvenirs, fantasmes, fanatismes) de quoi alimenter ces sortes de romans tout à fait incongrus et conventionnels. À force d’abuser des adjectifs, il a réussi à décourager ses éditeurs, qui ne le lisent que d’un œil, ou se contentent de demander au service juridique de vérifier qu’il n’y a rien de contentieux entre ses pages. Alors, dans la masse blanche, apparaissent des ponctuations grises, noires, caduques, l’illusion d’aller de l’avant.

09:07 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 17 décembre 2012

3670 – 4406

    De retour chez vous, jeune homme, vous enlevez vos souliers, appuyez sur la touche PLAY du magnétophone à cassettes, qui joue, invariablement, Je suis une guitare de Moustaki ou Banlieue nord de Manset. Vous dansez dans le couloir, allez jusqu’au balcon. Ce ne sera rien, il ne faut qu’un souffle de vent pour vous asseoir là, près de la baie, et vous vous attellerez à une version latine. Vous avez dans les narines l’odeur persistante d’encaustique qui vous accompagne dans l’ascension des trois étages. Bien que vous n’aimiez pas la danse classique, vous ne cessez d’en revenir à l’idée que votre vie est un ballet. Vous attendrez quelques années avant de reprendre l’avion, à destination de Singapour. En attendant, vous valsez seul.

09:00 Publié dans 732+366 | Lien permanent | Commentaires (0)