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samedi, 28 février 2026
2026 ֍ Cantilènes, 9
impénétrablement dans la mémoire
profondément, dans les tréfonds
inextricablement dans les replis
dans les recoins
impénétrablement
impénétrablement, et donc
le poème ne peut fouiller
que par un langage exsangue
ou vidé de toute image
impénétrablement remisée
dans les tréfonds, dans les recoins
impénétrablement dans la mémoire
naît quelque chose comme un bruit
un souffle de vent qui rapporte
une odeur longtemps étouffée
l’odeur d’un souvenir s’efface
impénétrablement
07:14 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 26 février 2026
2026 ֍ Effigies, 9
Après tout, pourquoi pas ?
Lire, au crépuscule commençant, la biographie de Nina Simone, sur la terrasse, en tentant de se rappeler toutes les espèces d’oiseaux entendues, ou plutôt captées par l’application Merlin, dans le quart d’heure de promenade jusqu’au fond du terrain (du côté du Campot) : pourquoi pas ?
Pourquoi pas user, abuser de ces autoportraits diffractés que je publie sur BeReal ?
Ici même, pour les Effigies, veux-je dire.
L’application a donc identifié ce soir-là les deux espèces de grimpereaux, alors que je n’ai entendu que le grimpereau des jardins, comme chaque jour. Le chant du grimpereau des bois n’a été saisi que très furtivement. Comme je l’ai dit à mon père, même visuellement je ne saurais pas les distinguer ; c’est un peu comme les deux espèces de roitelet. J’ai aussi entendu, longuement, le sifflement puissant de la mésange nonnette, sans jamais réussir à apercevoir la ou les chanteuses.
La semaine dernière, n’ayant pas réussi à emprunter Manne – aux Mandelstams, aux Mandelas je l’ai téléchargé (illégalement bien sûr), et c’est le texte que j’imaginais : infiniment problématique. Je songe à cela en me disant que je préfère aujourd’hui lire la biographie de Nina Simone avant d’aller approfondir, dans les semaines qui viennent, sa discographie. Aujourd’hui j’écoute les deux grimpereaux (ou je feins d’avoir entendu un des deux, grâce à l’application tricheuse), et demain je prends le volant. Aujourd’hier (c’est-à-dire demain) je partage—ais—rai sur Facebook une vidéo enregistrée il y a trois ans et dans laquelle j’évoquai (oui, au passé simple) les livres de la série Aujourd’hui de Dominique Meens, le plus ornithologue des écrivains français (avec Fabienne Raphoz), et le projet vite avorté de co-traduction : c’est lui qui m’avait contacté, c’est lui qui m’a laissé le bec dans l’eau.
18:04 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 25 février 2026
2026 ֍ Ritournelles, 8
Cette chanson, qui t’émeut aux larmes – et c’est bien rare, on en plaisante –, n’est pas citée dans la biographie.
Elle se trouve sur le deuxième album enregistré par Nina Simone, à vingt-six ans, et il s’agit apparemment d’une chanson de Jerry Silverman, qui avait à peu près le même âge que Nina, Eunice Waymon dirai-je ici.
Cette chanson, que je n’ai pas réécoutée – et d’ailleurs je n’écoute aucune chanson de Nina Simone, me concentrant seulement sur ce que raconte la biographie que vient de m’offrir ma mère – monte en moi par vagues, et il me semble même, et c’est bien rare, que ce sont les notes de guitare, détachées, qui viennent rendre plus poignant encore le chant.
Elle reste peu connue.
J’ai dans les oreilles, dans la tête, peu importe où se fabriquent les mélodies de l’intérieur, la façon dont Nina Simone détache et fait durer les trois syllabes de tomorrow en ne répétant jamais le mot à l’identique – et c’est rare, on n'en plaisante pas.
07:25 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 24 février 2026
2026 ֍ SAD, 8
Ce ne sont pas des façons
De montrer ses sentiments.
La prouesse est de ne rien dire.
Son infinie timidité,
Immense, lui donne l’air de
Diriger une symphonie.
21:07 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 23 février 2026
2026 ֍ Affiquets, 8
Ce petit bout de plastique rouge, ce cercle rouge pourvu naguère d’un petit trou afin de pouvoir ajouter ce colifichet de plastique rouge dans un anneau, avec des clés, oui, ce petit cercle rouge que j’ai trimbalé avec moi sur mon porte-clés pendant quatre ou cinq mois, comme un jour le morceau de plastique servant à faire le trou a cassé, depuis je ne peux plus l’avoir sur mon porte-clés, et donc je le trimbale dans mon portefeuille, à moins qu’il ne traîne sur mon bureau, ou dans ce livre, vu que tout traîne dans ce livre, ça traînasse, ça traîne, ça traîne en longueur, péniblement, poussivement, au point de ne pas même dire à quoi sert cet objet, ce petit bout de plastique rouge, qui a passé quelques mois sur un porte-clés, car figurez-vous qu’en fait c’est une clé, ou plutôt un badge, le badge qui me permet d’entrer à toute heure du jour ou de la nuit dans les studios de Radio Campus Tours, badge rouge minuscule dont le sertissage a cédé, m’obligeant à le trimbaler ailleurs que sur un porte-clés, naguère, il y a moins d’un an, vu que je possède ce badge depuis décembre 2024, et que le sertissage s’est cassé vers mai, oh il avait dû se fissurer avant mais je n’avais rien vu, cela c’est naguère, et depuis l’objet traîne dans mon portefeuille, ou sur mon bureau, et assurément dans ce livre, qui sera peut-être lu – par qui ? – quand ce naguère sera devenu jadis, que peut-être ce badge n’ouvrira plus la lourde porte malcommode des studios de Radio Campus Tours.
21:03 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 22 février 2026
2026 ֍ Bobines, 8
Décidément, c’est une manie, de publier le dimanche un texte inspiré d’un film que j’aurai vu le lendemain.
La jeune fille prie pour que le temps s’arrête.
La voilà toujours revenue à ce point du temps.
Elle marche malhabilement en petites socques, frigorifiée par la neige, épuisée par les allées et venues dans les escaliers.
Le film s’arrête le lundi soir. On revient à dimanche.
Un autre point du temps, ça n’avance en rien.
Galerie de personnages burlesques, caricaturaux : on se croirait dans la Manga de Hokusaï.
Dimanche soir, le jeune homme veut partir en France apprendre la cuisine française.
Lundi il fuit ou tente de fuir avec la jeune femme, accusée de sorcellerie.
Les deux amis n’en peuvent plus de se gaver de riz.
Dimanche prochain ce sera comme dimanche dernier, c’est-à-dire aujourd’hui.
Le non-retour est l’inverse du départ : un chant fait de buée.
L’auteur de feuilletons a enfin trouvé une idée en éprouvant la douleur de sa propre mort.
La jeune femme serre un billet sacré entre les doigts, prend une grande inspiration, se retourne vers le cellier.
La jeune fille serre quelque chose entre les doigts, de la buée s’échappe de ses lèvres, et elle se retourne vers le cellier.
La jeune femme serre entre les doigts une petite perle, inspire, a l’air déroutée se retourne vers la réserve de bière.
On est déjà dimanche en quinze, ce qu’on ne peut écrire qu’un autre jour que dimanche.
Pourtant c’est dimanche.
C’est toujours dimanche.
21:14 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 21 février 2026
2026 ֍ Cantilènes, 8
prend le large
un effluve échappé de l’oubli
l’odeur étrange
du dissolvant
sur le mur du préfabriqué
(je n’ai compris que des années plus tard
que c’était du dissolvant
peut-être à la térébenthine)
l’effluve prend le large
a pris le large car
c’est une odeur que je n’ai plus croisée
depuis longtemps
je me demande si je la reconnaîtrais
ou si ce sont seulement les gestes les images
associées à cet instant
qui se sont fixées
impénétrablement dans la mémoire
06:56 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 19 février 2026
2026 ֍ Effigies, 8
De profil le plus souvent les visiteurses ne s’aperçoivent pas qu’on les prend en photo, vu qu’elleux-mêmes sont trop occupé·es à regarder des photos, des photos par dizaines.
Dans l’exposition Martin Parr, plusieurs salles sont dotées de parois trouées, dont les trous forment, de fait, des cadres. Je ne sais si ces parois sont ainsi de façon permanente au niveau 1 du Musée du Jeu de Paume, ni si – dans le cas contraire – il s’agit d’un dispositif voulu ou testé par Martin Parr lors de certaines de ses expositions : toujours est-il que ces trouées s’accommodent à merveille du regard que l’on ne peut s’empêcher, très métaesthétiquement, de porter sur les visiteurses de cette exposition en particulier.
Méta : oui, vu que la plupart des séries de Parr exhibent des personnes ou des groupes de personnes qui sont autre chose que des sujets ou des objets, mais presque des représentations allégoriques (de la surconsommation, de la richesse, etc.). Quand j’ai saisi, dans la même trouée, avec le même cadrage montrant l’intégralité de la photographie représentant une famille très BCBG traversant un ruisseau et la moitié de la photographie montrant de riches spectateurices du derby d’Epsom – la dame au premier rang, effigie elle aussi, emperlouzée et exhibant une somptueusement ignoble fourrure de renard –, quatre visiteurses différent·es, je savais que je constituais moi-même l’ébauche d’une série. De profil, comme je l’écrivais dans la première phrase, la jeune femme ; de profil, coupée, l’autre jeune femme dont on ne voit que le chignon, l’oreille et un pan de manteau ; sur la troisième photographie, l’enfant avec son manteau crème décoré d’éléphants et de pieuvres bleues, la main gauche frôlant le mur ou collée au mur, sous la photographie, lui aussi de profil, regarde je ne sais quoi, on ne sait quoi, tandis que sur la même image, de dos, un·e visiteurse en blouson matelassé, col en fourrure blanche, tourne le dos à l’objectif et regarde donc, immobile, la photo, peut-être le renard, peut-être la tête du renard mort.
Il aurait fallu rester une heure planté là ; j’aurais eu de quoi faire une exposition.
D’ailleurs, ces effigies, ces allégories, ces profils, ces groupes, ces monomes – qu’il s’agisse des séries de Parr que je n’envisage pas d’égaler, d’émuler, ou de la mienne, restée à l’ébauche – ne fixent-elles pas déjà un monde figé ? Le cadrage de ces trois images, pour complexe qu’il puisse paraître, ne sera jamais aussi entortillé que la syntaxe de la cinquième phrase de ce texte (ne cherchez pas : celle qui commence par « Quand j’ai saisi… ») : j’ai tout de l’embobineur. Est-ce qu’on m’a, moi aussi, dans ce cadre ou ailleurs, peut-être une heure et demie plus tôt près d’une installation d’Éva Jospin, capturé ?
09:58 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 18 février 2026
2026 ֍ Ritournelles, 7
C’est une phrase, moins qu’une mélodie donc, de Sweelinck ou de Scarlatti, une phrase que je ne saurais pas même fredonner correctement, dont je ne sais la référence – j’ai tout de même écrit qu’elle était « de Sweelinck ou de Scarlatti », ce qui revient à dire que je n’ai pas la moindre idée – et qui m’est revenue tout d’un coup, en voiture, en descendant le pont Mirabeau, en voyant l’eau de la Loire frôler le bord du parapet, dans cette époque de vents violents et d’inondations. Le soir, avant de m’endormir, m’est revenu le premier quatrain de la Lorelei de Heine, là encore pas la moindre idée, si ce n’est que, me trompant sur le dernier mot du premier vers, je me disais que soit je me trompais soit la ballade en allemand, comme en anglais, alterne vers rimés et vers non rimés selon un schéma XAXA. Mais non. Aussi : la phrase de Sweerlatti s’est enfuie.
22:09 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 17 février 2026
2026 ֍ SAD, 7
Pleure après la défaite.
Le ciel s’est découvert de nuages
Et résonne de tout son bleu.
Fête des sens,
Le printemps qui n’arrive pas :
Âge des incertitudes.
08:44 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 16 février 2026
2026 ֍ Affiquets, 7
Ce marque-pages très long (idéal peut-être pour les bandes dessinées ou les livres d’art mais dont je me suis rarement servi) est jaune et bleu turquois eu recto, blanc avec un très long texte au verso. Il promeut le (beau) journal La Garzette, « le journal le plus lu les pieds dans l’eau », qui est édité par la Mission Val de Loire avec le soutien de l’UNESCO. Le verso contient, outre les deux paragraphes de présentation, le QR Code permettant de ‘abonner gratuitement, et un dessin d’Aurélie Calmet représentant une aigrette garzette posée sur un pieu.
C* a récupéré ce marque-pages l’été dernier, il me semble, à la bibliothèque centrale, dont le bâtiment en diamant de béton donne – d’ailleurs – sur la Loire.
08:40 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 15 février 2026
Après trois coups, trois lumières
Le téléphone indique qu’il neige mais je n’ai ouvert aucun volet.
Je joue tous les jours au Koï-Koï, mais j’écris rarement : heureusement, car imagine-t-on les pages et les pages de trash ?
Le maire de Chicago meurt à Miami ; c’est le président Roosevelt qui était visé.
Je m’autoclashe.
Je joue contre un·e Russe, oya, qui prend d’emblée le rideau de cerisier. Je riposte avec la grue, le ruban bleu assorti du cerf (à la pioche). Iel prend le sanglier, moi les papillons avec le ruban bleu de pivoine.
On est parti·es du mauvais pied avec ce texte. Déjà car pas de partie commencée. [Mais si.] Ensuite car je je je je je. [Ah ça...]
J’ai gardé une carte de miscanthe pour attraper la lune, quand cela sera possible. Au cinquième coup tout semble se figer, mais il ne me manque qu’un animal. — La lune tombe dans la rivière ; elle sera pour moi au prochain coup.
À force de déguiser des amorces de projets poétiques au sein des textes, ou de les faire émerger des parties, le récit disparaît.
La lune prise, j’ai marqué 6 points. Au premier coup suivant je pose la lune et l’adversaire prend le phénix qui était dans la rivière, grâce à une plaine de paulownia.
En fait étrangement ici ce sont les récits qui sont illisibles, et tout ce qui est discours entougne sans doute, mais ça se lit.
Cette deuxième manche ne se goupille pas trop mal, mais après trois coups l’adversaire a trois lumières ; il ne faut pas qu’il prenne le rideau. Au cinquième coup, sous la menace, je me contente de marquer 1 point avec cinq animaux.
Je ne déguise pas seulement des « amorces », je déguise aussi – mal – je je je je je.
Rideau pris d’emblée, l’adversaire riposte, avec deux rubans bleus puis la grue.
Onze jours sans écrire tandis que nul jour sans jouer.
Au quatrième coup je marque les 3 rubans calligraphiés, et l’adversaire me laisse la victoire sans attendre ma décision.
Le pire ce serait de s’astreindre à noter le récapitulatif de chaque partie en 3 manches et d’écrire un poème dont la structure strophique (ou le nombre de syllabes par vers (plus intéressant)) serait imposée par ce résultat. Le pire, et le vrai courage.
Grâce à cette 1.542e victoire en 9 mois j’atteins le classement 1918.
Le coura je je je je je.
La nei je je je je je.
Le jeu je je je je.
06:08 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)
2026 ֍ Bobines, 7
Trop de films tournés à Paris, mais on ne peut empêcher personne de tourner un film à Paris. À côté de ça, j’attends de voir ne serait-ce qu’une scène d’un seul film français largement diffusé, ou même d’un film états-unien, rue Colbert, ou dans le quartier des artisans, ou sur les bords de Loire rive sud, ou devant le rhinocéros de la gare. Je n’avais qu’à apprendre à faire des films, au lieu de pondre des pattes-de-mouche (et de me tromper même dans le langage : quel serait l’équivalent cinématographique d’une expression incohérente comme celle que je viens d’écrire ? un faux raccord ? ou plus audacieusement un point de vue inhabituel ?).
Au cinéma, quel est l’équivalent d’une parenthèse, et d’une parenthèse dans une parenthèse ?
Quand j’ai commencé à tenir des carnets en Touraine, l’idée était, vaguement, de boucler un livre du type Le Département d’Indre-et-Loire ; ça a vite dérapé mais je n’oublie jamais que j’avais commencé, à l’automne 2005 aussi, un roman qui s’intitulait Le vil Landru à Villlandry.
Refourguer des dizaines de livres, vider un peu les étagères.
05:40 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 14 février 2026
2026 ֍ Cantilènes, 7
cela dans un poème
le nombre
(dix-neuf ans)
qui rappelle toujours ce matin-là dans la
maison d’alors
beaucoup écrit déjà
sur cet appel téléphonique
au petit matin
par contre je n’en ai jamais
reparlé je crois avec
notre fils, qui avait cinq ans
— s’en souvient-il
(forcément vu qu’il se rappelle
des moments plus anciens
au début de la maternelle)
les scènes rien ne les farde, la mémoire
prend le large
04:28 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 12 février 2026
2026 ֍ Effigies, 7
Il ne nous toise même pas.
Le regard fixé sur la ligne bleue (de la Toscane ? du Latium ?), il est désormais coincé à devoir ainsi entendre des milliers de personnes sans jamais les voir.
Sans jamais pouvoir les voir.
Sans pouvoir.
Il ne nous toise pas, mais il n’a pas choisi.
On s’amuse à écrire qu’il reste de marbre, mais nos écrits ne seront pas plus durables que l’airain.
De profil vu, bien sûr, et en contre-plongée c’était la seule possibilité.
Le photographe aussi avait des pouvoirs restreints.
Moins durables que l’airain.
À passer sous la toise d’un regard aveuglé,
Héroïque,
On n’avait pas compris qu’on vivait
Un poème.
08:28 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 11 février 2026
2026 ֍ Ritournelles, 6
Dix jours depuis le film — c’est la chanson qui reste.
Promis le ciel : le titre offre un décasyllabe,
Mais aussitôt on penche vers l’alexandrin
(Avec quelques césures des plus effroyables
(Et des rimes qui font l’effet d’un tout-terrain
(Je ne dis rien du schéma du sonnet : la peste
Soit de l’innovation !))) et oncques dans la teste
Demeure le refrain, et le riff de guitare.
La chanson est terrible, et tragique ; entraînante,
Elle permet d’approfondir ce paradoxe
Qui fait que l’on fredonne souvent des horreurs.
Elle chante les corps et les êtres dans l’onde
Épuisés ou déjà péris. Que l’on endosse
Alors un tel fardeau, spectatrices et -teurs !
08:45 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
2026 ֍ Ritournelles, 6
Dix jours depuis le film — c’est la chanson qui reste.
Promis le ciel : le titre offre un décasyllabe,
Mais aussitôt on penche vers l’alexandrin
(Avec quelques césures des plus effroyables
(Et des rimes qui font l’effet d’un tout-terrain
(Je ne dis rien du schéma du sonnet : la peste
Soit de l’innovation !))) et oncques dans la teste
Demeure le refrain, et le riff de guitare.
La chanson est terrible, et tragique ; entraînante,
Elle permet d’approfondir ce paradoxe
Qui fait que l’on fredonne souvent des horreurs.
Elle chante les corps et les êtres dans l’onde
Épuisés ou déjà péris. Que l’on endosse
Alors un tel fardeau, spectatrices et -teurs !
08:45 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 10 février 2026
Betty's Body
Untung-untung
10 février 2023
10 février 2026
Tu n’en avais pas assez, de rubriques à reprendre, de trucs en sus de ton taf ?
Te voici donc à constater que tu n’écoutes plus très souvent The Residents, que t’avait fait découvrir Élodie, et la seule chose que tu trouves à faire (il est 5 h, tu ne vas pas cliquer sur le lien YouTube), c’est de t’interroger en constatant que c’était il y a trois ans, alors que tu aurais juré que l’année où tu as travaillé avec Élodie c’était 2021-2022, la première année de ton second mandat de directeur — mais non, tu as effectivement travaillé avec Aurélie la première année, et avec Camille la troisième et dernière ; le poste de secrétaire pédagogique de L1, c’est la valse.
(Je croise encore Élodie dans les couloirs, rarement, mais nos discussions musicales me manquent.)
05:11 Publié dans Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)
2026 ֍ SAD, 6
« Le temps d’apprendre à vivre
Il est déjà trop tard. »
Non, je ne suis pas d’accord, je refuse :
Ivre, la pensée joyeuse s’épuise en
Tarots pour la conjecture,
Fuse en souvenirs à chérir.
04:44 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 09 février 2026
2026 ֍ Affiquets, 6 : la boîte à lunettes
L’étui à lunettes, qui est une boîte bleue légèrement transparente – ce qui, avec sa forme, la distingue de la boîte bleue de Mulholland Drive (donc, elle ne ressemble en rien à la boîte bleue de Mulholland Drive) – est posé sur l’anthologie de langue allemande dans laquelle je pioche pour mes traductions du vendredi (Moutures), elle-même posée à plat sur trois livres qui restent, comme sur une étagère, entre la surtablette à gauche du bureau et l’écran de l’ordinateur, l’un car il s’agit de Paradise de Gurnah et que je vais bientôt faire un cours d’agrégation dessus, un autre car il s’agit d’un carnet dans lequel j’avais eu des velléités d’écriture, le troisième enfin car il s’agit de Praiseworthy d’Alexis Wright, génial et ahurissant roman que j’ai lu en avril 2024 et qui trône là depuis pour diverses raisons. L’épais volume que constitue le dernier roman publié par l’excellente A. W. ne saurait figurer en bonne place dans ce livre-ci, n’étant, à aucun égard, un affiquet, et je dois me garder d’en parler davantage que de la boîte à lunettes bleue, mon point de départ.
Oui, mais un point de départ peut-il être le sujet, ou le centre d’un texte ?
Un point de départ, n’est-on pas censé s’en éloigner ?
Un point de départ, on peut éventuellement y revenir, boucler la boucle.
On ne trouvera pas de réponse structurelle à ces questions, ou en tout cas pas de réponse permettant d’écrire un texte relativement bref et cohérent, dans Praiseworthy.
Mon point de départ était la boîte à lunettes bleue, vide, et si elle est vide, c’est que j’ai les lunettes sur le nez. Si elle est vide en permanence c’est que je dois porter, depuis quelques mois seulement, mes(nouvelles) lunettes en permanence, et donc cette boîte à lunettes, affiquet ou pas affiquet, n’a vraiment plus rien à foutre sur le bureau. Ce texte me sert donc à comprendre qu’il me faudrait – je le ferai dans la journée – transbahuter la dite boîte de ce bureau à ma table de chevet, terriblement encombrée certes, mais où je pose comme ça, sans boîte, mes lunettes tous les soirs, les récupérant à tâtons le matin quand je me lève, avec mes deux téléphones, et les faisant parfois – comme ce matin il y a une heure d’ailleurs – tomber, sans bris, mais quoi que je ne les brise pas de la sorte, elles seraient mieux dans une boîte.
Le point de départ est donc bien resté au centre du texte, sans que je fasse du surplace (après tout, j’ai pris une décision).
La boîte sera transbahutée.
L’usage du verbe m’amuse, sans qu’il soit souligné par le correcteur d’orthographe, surtout parce qu’il implique normalement de déplacer quelque chose de lourd (un bahut). Comme je vais de toute façon ouvrir, parmi les différents onglets me servant à traduire pour cette nouvelle journée en compagnie de The Second Emancipation, le dictionnaire des synonymes Crisco (le meilleur), je l’ouvre donc et découvre que transbahuter a trois synonymes répertoriés : coltiner, transporter, trimballer (que j’aurais écrit avec un seul l, sans doute par contamination de timbale). Pour « timbale », le dictionnaire propose sept synonymes, dont le premier est vol-au-vent : j’ignorais ce sens de timbale, et il faut évidemment se rappeler que la polysémie est l’obstacle n° 1 à une utilisation trop rapide des dictionnaires de synonymes.
D’ailleurs, comme je le dis souvent à mes étudiant·es : les synonymes, ça n’existe pas.
Ce soir, la boîte bleue aura quitté (le (déserté le (délaissé le (abandonné le (déguerpi du)))))) bureau (vidé les lieux).
(Texte achevé.)
07:30 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 08 février 2026
2026 ֍ Bobines, 6
On le verra demain, mais c’est un film à voir demain, oui, le lendemain, par un lundi d’hiver, pas trop frais en milieu d’après-midi, douceur et trombes d’eau en sortant du cinéma : sous la pluie, alors qu’il accroche son vélo, en ferme l’antivol, M* nous dit ce qu’il a pensé la semaine dernière du film que nous venons de voir, et que nous avons vraiment aimé, lui pas trop. Jusqu’à l’arrêt de bus, puis dans le bus, ballotté·es nous évoquons telle scène du film, je m’interroge sur le sens de la scène du président portugais avançant au ralenti sur le tapis rouge sous une pluie battante – lui aussi – et apparemment la scène servirait seulement à démontrer l’absurdité du protocole et la conscience que prend le président italien de cette absurdité. C’est donc demain que nous verrons ce film, et ce n’est pas que j’aie le don de double vue, ni de boule de cristal, mais juste que je triche en écrivant – pour une fois – ce texte deux jours après la date de péremption publication. Le film brosse celle ou celui qui le regarde, en lui laissant entendre qu’iel aussi est touché·e par la grâce. Ça se discute, comme on peut couper les cheveux en quatre jusqu’à ne plus savoir pourquoi l’affiche du film, après et non avant le texte, d’un film vu le lendemain et non la veille – en apparence –, en France et non à Prague apparaît dans sa version tchèque. C’est juste que je suis d’humeur joueuse, moi aussi (comme le pape ?).
18:30 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 07 février 2026
2026 ֍ Cantilènes, 6
difficile de résister
à l’angoisse ou à la tourmente
est-ce l’odeur du basilic
ou la fraîcheur de l’eau qui dort
dans les rêves du dimanche
à quoi se raccrocher
aux branches
mais de quel arbre
se raccrocher aux branches, la
langue française a ce cliché :
oui, mais à quoi se raccrocher ?
on ne résout pas l’angoisse
avec des formules à la noix
on ne combat pas l’abattement
avec la seule langue
et c’est terrible d’écrire
cela dans un poème
07:04 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 06 février 2026
2026 ֍ Moutures, 6
Langue bifide
(titre provisoire – Mit geteilter Zunge)
(lire ce qui précède / à suivre)
Guadalupe Bedregal (Bolivie/Allemagne)
Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026
J’aimais aller à la maternelle. J’aimais chanter les comptines en allemand, car elles me permettaient de goûter un peu à ce monde étranger, de m’y attarder un moment. À la maison, j’avais mon vieux monde familier, ma langue maternelle, et je trouvais cela beau, de faire la navette entre ces deux mondes. Comme les autres enfants, j’avais, moi aussi, une cachette, une île. La mienne était une île linguistique où je pouvais me réfugier à ma guise : à la maternelle, une île espagnole, à la maison, une île allemande que je faisais apparaître comme par enchantement en chantant des comptines. Ainsi, j’ai appris très jeune que les langues peuvent être un refuge.
C’est à cette époque que j’ai redécouvert mon oncle allemand. J’avais toujours su qu’il était allemand, qu’il était juif, mais pour moi cela n’impliquait rien d’étrange. À mes yeux d’enfant, c’était quelque chose d’évident. Tout comme mon grand-père était sourd et distrait, ma grand-mère de petite taille et affable, mon oncle était juif et allemand. À partir de ce premier jour à la maternelle, j’ai commencé à le voir sous un autre jour : désormais, il incarnait pour moi l’autre monde, l’étranger. Ce qui m’était familier et évident chez lui est soudain devenu mystérieux, fascinant. Une fois encore, l’étranger m’attirait irrésistiblement : je voulais découvrir l’univers de mon oncle, son univers allemand, son univers juif. Je m’en approchais prudemment, presque avec révérence : je feuilletais ses livres, je m’asseyais à côté de lui lorsqu’il écoutait de la musique, je collectionnais les timbres des lettres qu’il recevait, je lui demandais comment on disait telle ou telle chose en allemand. C’est à lui que je dois ma deuxième rencontre avec la langue allemande, bien plus profonde qu’à la maternelle. Sans le savoir, la petite fille allemande m’avait donné le sentiment d’être un être à part, d’être différente, ce qui me faisait mal. C’est avec douceur et tendresse que mon oncle a partagé avec moi sa langue, qu’il en a fait un lieu sûr et familier. C’est grâce à lui que j’ai appris à aimer cette langue étrangère.
07:59 Publié dans 2026 ֍ Moutures | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 05 février 2026
2026 ֍ Effigies, 6
N’était-ce que cet objet a désormais disparu, je pense, et qu’en tout cas il ne fait pas partie de la bimbeloterie qui encombre mon bureau, il aurait sa place dans les affiquets. Quand j’écris qu’il a disparu, je veux dire que, sa pile usée, ou la lampe ne fonctionnant plus, il a dû partir au rebut. C’était un gadget qu’on avait eu en cadeau, je crois, peut-être avec un abonnement à Courrier international ou autre, appelle-t-on cela liseuse ou autrement, toujours est-il que c’est une petite lampe qu’il fallait fixer, avec une sorte de réglette, sur le livre afin de pouvoir lire sans lampe. Je m’en suis beaucoup servi, à une certaine époque, lorsque vraiment je ne m’endormais pas du tout et que C* avait déjà éteint de son côté, mais il était malcommode, car il était trop lourd pour la plupart des livres (en bref, dès que la couverture était souple, il la faisait ployer ou plier) et surtout la lampe n’éclairait vraiment bien qu’une partie – je dirais les deux-tiers – de la double page, même après de savants calculs pour déterminer où il serait le mieux placé. Cet objet, ou plutôt la photo de cet objet, a tout à fait sa place dans ce livre d’effigies, à vrai dire, vu que la photo fut prise il y a dix ans, en tandem avec un autoportrait un peu inquiétant, ou ridicule, saisi grâce à la lueur de cette lampe, donc ; il fait donc effigie par contiguïté, ce qui n’est déjà pas rien.
12:11 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 04 février 2026
Ça barde, ça craint
Après la Chandeleur, après le jour de la marmotte, le jour d’anniversaire de Tsitsi Dangarembga – qui n’a écrit que trois romans car elle a aussi réalisé des films, je n’en ai vu aucun – je me suis réveillé tôt, après six heures de sommeil, donc à 4 h, et pour poursuivre la traduction en commençant à 5 h pile, je meuble, aussi à seule fin d’écrire ici un texte, en lançant l’application Hanafuda sur le smartphone le moins vieux. Ces derniers jours, plus de bas que de hauts, quelques coups du sort surtout en ma défaveur (hier soir en ma faveur à la 1e manche, mais pour finir par perdre à la 3e).
Après la pub en turc pour Tiktok (wtf), me voici face à un·e adversaire japonais·e, oya, qui prend le sanglier avec une plaine. Je prends un des rubans calligraphiés. Iel prend la lune et le cerf avec le ruban bleu d’érable. Ça barde. Heureusement à la pioche m’est donné le ruban bleu de chrysanthème, mais celui de pivoine reste dans la rivière, offrant éventuellement la carte des papillons… Au 3e coup je ne prends rien. Iel prend le phénix. Ça craint. Au 4e coup j’atteins 4 rubans, grâce à celui de pivoine (ouf). Au 7e coup je marque deux fleurs grâce à la coupe de saké. Je dis stop.
Pas de risque inutile si près de la fin, surtout en 1e manche.
Pour la 2e manche, je prends d’emblée la coupe de saké avec le ruban bleu (elle était dans la rivière). Hésitant avec le sanglier ou les papillons, je me décide pour l’autre ruban bleu, pioche le rideau, décide de relancer. Au 5e coup, je prends le 3e ruban bleu et pioche la lune, mettant glorieusement fin à la partie en marquant 34 points sur la deuxième manche.
Une forme poétique pourrait voir ici le jour. Regardez-bien (en cliquant sur la vignette pour agrandir) : 17 vers doubles, composés en 1 quintil (pour le premier saké), 1 vers isolé (rubans), 1 sixain (rubans bleus), 1 quintil rimant parfaitement avec le premier (pour le second saké).
Non ? non.
Il faut savoir que j’ai failli ne pas faire koï-koï après le premier yaku, le saké sous les cerisiers.
Les risques, inutiles en 1e manche, doivent être soupesés et réfléchis en 2e manche. Là, le coup du sort s’est mis de mon côté.
05:03 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)
2026 ֍ Ritournelles, 5
L’avantage avec l’émission de radio que j’anime, c’est que ce sont les invité·es qui choisissent en général la playlist, avec pour consigne de varier au maximum les langues, voire, si c’est possible, de choisir des chansons qui mélangent ou juxtaposent plusieurs langues. Avant-hier soir j’ai enregistré, avec deux collègues et trois étudiantes, dont deux que je n’avais jamais rencontrées, une émission autour du cours de troisième année Global Understanding, que je n’enseigne pas, et c’est une des étudiantes, Floriane, qui avait choisi trois chansons, dont Tuta Gold du rappeur italien Mahmood. Comme j’écoute toujours les chansons à l’avance, j’ai eu le refrain de celle-ci dans la tête toute la journée (en alternance avec Fashion designer de Theodora, il faut bien le dire, et avec Ah mesdames voilà du bon fromage). Ça m’a même permis de faire une vague blague à partir des paroles, pour effectuer la transition avec la suite de l’émission, mais en me trompant, car j’ai parlé de cartes bancaires dorées ou en or, alors qu’il s’agit de cartes gold : ce serait d’ailleurs un peu compliqué à traduire – « j’ai cinq cartes bancaires, c’est toutes des gold » ? on ne dirait pas trop ça, si ?
04:39 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 03 février 2026
2026 ֍ SAD, 5
Nous vivons dans un monde retors
(Nous, et pas on : nous sommes pris
Dans ce monceau poisseux.)
Torquemada n’ouvrirait pas nos
Prisons de mots et d’images.
Ce milieu nous lamine.
06:44 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 02 février 2026
2026 ֍ Affiquets, 5
Dans une petite boîte en carton dont le couvercle est légèrement déchiré – ces petites boîtes sont toujours serties au moyen d’un autocollant qu’il est quasi impossible d’enlever délicatement – se trouve un banal flacon de « suspension pour pulvérisation nasale », à base de furoate de fluticasone, dont je m’envoie deux pschitt dans chaque narine tous les matins, après m’être mouché, car il ne faut évidemment pas ou plus se moucher une fois le produit pulvérisé. Je suis ce traitement depuis bientôt trois mois, car la sinusite chronique qui me donne des migraines, notamment mais pas exclusivement au réveil, est liée à des polypes qu’il n’est pas possible, ou conseillé d’opérer, et hormis ces pulvérisations nasales d’un produit plus ou moins anti-allergique, il n’y a pas de modus vivendi. Il est vrai, mes douleurs se sont plutôt atténuées, et en tout cas elles ne sont plus systématiques, quotidiennes. Le vérificateur orthographique a souligné furoate, mais pas fluticasone.
16:30 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 01 février 2026
2026 ֍ Bobines, 5
Je fais ce que je veux et par exemple, au moment où le noir se fait dans la salle, on voit, en gros plan, un portefeuille en cuir brun clair, un bel objet, puis une bousculade dans une file d’attente, puis de nouveau ce gros plan. Un homme d’une cinquantaine d’années, qui vient d’enlever son bonnet, dit « ah, quelqu’un a perdu son portefeuille » puis s’adresse à la dame devant lui. Personne ne réagit, la scène est filmée sur un mode très chaotique, façon Rosetta. L’homme ramasse l’objet, et lance à la cantonade « qui a perdu son portefeuille ? » À ce moment-là, un autre homme, quelques mètres devant lui dans la file d’attente, et qui allait prendre son tour au guichet du cinéma (car, par plan élargi, on découvre que c’est un cinéma), dit « ah, c’est ma blague à tabac, merci ! ». Le premier homme se tourne vers la dame qui l’accompagne, un peu plus jeune que lui apparemment, très jolie, et qui lui dit : « La cigarette a été inventée en 1893, les gens en 1892 ». Tous deux rient, prennent leurs tickets au guichet.
Générique de début.
La blague à tabac
Le film est une succession de sketches qui explorent soit la polysémie du nom blague, soit les différentes façons de fumer en 2026 – dont une saynète exaspérante avec en bande-son Puff the Magic Dragon par Peter Paul & Mary –, soit les violences policières. Dans une saynète particulièrement longue, l’acteur qui jouait le premier homme, celui qui avait ramassé la blague à tabac, se filme en train d’enregistrer une vidéo dans laquelle il lit de nombreux extraits littéraires utilisant l’expression « blague à tabac » et se demandant comment traduire ces différentes phrases en anglais, en allemand, en italien, en moldo-valaque et en indonésien ; des policiers font irruption dans son bureau et lui défoncent la gueule.
Générique de fin
(bande-son : Les gauloises bleues d’Yves Simon)
22:49 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)









