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mercredi, 18 février 2026

2026 ֍ Ritournelles, 7

    C’est une phrase, moins qu’une mélodie donc, de Sweelinck ou de Scarlatti, une phrase que je ne saurais pas même fredonner correctement, dont je ne sais la référence – j’ai tout de même écrit qu’elle était « de Sweelinck ou de Scarlatti », ce qui revient à dire que je n’ai pas la moindre idée – et qui m’est revenue tout d’un coup, en voiture, en descendant le pont Mirabeau, en voyant l’eau de la Loire frôler le bord du parapet, dans cette époque de vents violents et d’inondations. Le soir, avant de m’endormir, m’est revenu le premier quatrain de la Lorelei de Heine, là encore pas la moindre idée, si ce n’est que, me trompant sur le dernier mot du premier vers, je me disais que soit je me trompais soit la ballade en allemand, comme en anglais, alterne vers rimés et vers non rimés selon un schéma XAXA. Mais non. Aussi : la phrase de Sweerlatti s’est enfuie.

22:09 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 11 février 2026

2026 ֍ Ritournelles, 6

    Dix jours depuis le film — c’est la chanson qui reste.

Promis le ciel : le titre offre un décasyllabe,

Mais aussitôt on penche vers l’alexandrin

(Avec quelques césures des plus effroyables

 

(Et des rimes qui font l’effet d’un tout-terrain

(Je ne dis rien du schéma du sonnet : la peste

Soit de l’innovation !))) et oncques dans la teste

Demeure le refrain, et le riff de guitare.

 

La chanson est terrible, et tragique ; entraînante,

Elle permet d’approfondir ce paradoxe

Qui fait que l’on fredonne souvent des horreurs.

 

Elle chante les corps et les êtres dans l’onde

Épuisés ou déjà péris. Que l’on endosse

Alors un tel fardeau, spectatrices et -teurs !

 

08:45 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Ritournelles, 6

    Dix jours depuis le film — c’est la chanson qui reste.

Promis le ciel : le titre offre un décasyllabe,

Mais aussitôt on penche vers l’alexandrin

(Avec quelques césures des plus effroyables

 

(Et des rimes qui font l’effet d’un tout-terrain

(Je ne dis rien du schéma du sonnet : la peste

Soit de l’innovation !))) et oncques dans la teste

Demeure le refrain, et le riff de guitare.

 

La chanson est terrible, et tragique ; entraînante,

Elle permet d’approfondir ce paradoxe

Qui fait que l’on fredonne souvent des horreurs.

 

Elle chante les corps et les êtres dans l’onde

Épuisés ou déjà péris. Que l’on endosse

Alors un tel fardeau, spectatrices et -teurs !

 

08:45 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 04 février 2026

2026 ֍ Ritournelles, 5

    L’avantage avec l’émission de radio que j’anime, c’est que ce sont les invité·es qui choisissent en général la playlist, avec pour consigne de varier au maximum les langues, voire, si c’est possible, de choisir des chansons qui mélangent ou juxtaposent plusieurs langues. Avant-hier soir j’ai enregistré, avec deux collègues et trois étudiantes, dont deux que je n’avais jamais rencontrées, une émission autour du cours de troisième année Global Understanding, que je n’enseigne pas, et c’est une des étudiantes, Floriane, qui avait choisi trois chansons, dont Tuta Gold du rappeur italien Mahmood. Comme j’écoute toujours les chansons à l’avance, j’ai eu le refrain de celle-ci dans la tête toute la journée (en alternance avec Fashion designer de Theodora, il faut bien le dire, et avec Ah mesdames voilà du bon fromage). Ça m’a même permis de faire une vague blague à partir des paroles, pour effectuer la transition avec la suite de l’émission, mais en me trompant, car j’ai parlé de cartes bancaires dorées ou en or, alors qu’il s’agit de cartes gold : ce serait d’ailleurs un peu compliqué à traduire – « j’ai cinq cartes bancaires, c’est toutes des gold » ? on ne dirait pas trop ça, si ?

 

04:39 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 28 janvier 2026

2026 ֍ Ritournelles, 4

    La bonne ritournelle – même quand ce n’est pas une très bonne chanson – c’est une mélodie sur laquelle on peut, même quand on ne connaît que partiellement les paroles, broder, c’est-à-dire ajouter des syllabes ou des mots pour pouvoir expulser, en le chantant, cet air qui vous occupe tout entier (l’esprit, oui, mais ne dirait-on pas aussi, souvent, le corps ?). Avant-hier j’avais dans la tête Kongolese sous BBL, et c’était compliqué car je connais qu’une mince partie du refrain, d’une part, et d’autre part, je trouve ce refrain quasiment impossible à chanter. Ce matin, j’ai Wrong de Depeche Mode dans la tête (en alternance avec My Favourite Stranger) : non seulement ce sont de (très) bonnes chansons, dont les paroles sont relativement simples à retenir, mais de surcroît on peut assez facilement s’amuser à transformer les riffs et les divers instruments par des vocalises innovantes.

(Ce texte restera un texte ; je ne l’enrichirai pas par de douteux fichiers audio.)

 

08:05 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 21 janvier 2026

2026 ֍ Ritournelles, 3

    Franco Battiato est un chanteur que je ne connais que depuis un peu plus de trois ans. Je me rappelle avoir découvert son existence au début de l’automne 2022, suite à un sondage un peu débile que j’avais lancé sur Twitter (j’ai depuis supprimé mon compte), et qui proposait de choisir entre quatre chansons italiennes populaires emblématiques. Comme je ne connais rien à la chanson italienne, j’avais aussi reçu des conseils, dont celui d’écouter Battiato, ce que j’ai fait.

Je n’ai pas le temps d’évoquer en détail ce chanteur, auquel je pense consacrer une émission de radio un jour car son œuvre est extrêmement plurilingue, mais une des premières chansons que j’ai entendues de lui, en piochant presque au hasard sur YouTube, est Frammenti, une chanson relativement peu connue de lui, qui se trouve sur l’album Patriots (1980) et n’est reprise sur aucune des anthologies : elle ne figure pas, par exemple, sur le coffret 3 CD Le nostre anime. Or, même après des dizaines et des dizaines d’écoutes – je suis capable de la chanter avec ma voix de casserole –, elle reste une de mes préférées.

La musique, mêlant savamment une mélodie mélancolique à des orchestrations rock, permet à Battiato de chanter ces très longs versets qui demandent une certaine aisance pour les moduler correctement (il pleut régulièrement dans la cabine de douche où je la chante). Les versets eux-mêmes sont tous empruntés à des poèmes italiens très connus, ou à des phrases lues ou entendues par Battiato à la fin des années 1970 : il s’agit donc d’un collage ou d’un centon, ce qui rend la chanson singulière et fascinante. Par cette juxtaposition autant que par le choix (rare) d’unités très longues (versets), cette chanson contient, et j’en tombe d’accord avec Concetta Sorvillo, certaines des plus belles phrases de Battiato, dont le très mystérieux incipit :

Le vecchie con le scope rincorono i ragazzi cattivi per la strada

 

Il pleuvra encore longtemps dans ma cabine de douche…

 

06:41 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 14 janvier 2026

2026 ֍ Ritournelles, 2

    Ce livre est celui qui va me donner le plus de fil à retordre, car que dire des earworms ?

 

J’aurais dû appeler ce livre Earworms.

La raison pour laquelle je l’ai intitulé Ritournelles, c’est en mémoire d’un vieux projet spectral jamais mené à bout – et jamais vraiment commencé à vrai dire – mais un titre en vaut un autre, on dira.

Earworm, la langue française n’a pas d’équivalent : c’est une mélodie ou un air qui vous asticote les oreilles, qui s’est immiscé dans votre tête et qui refuse d’en sortir.

Si je veux simplifier l’écriture des textes que j’ai prévu de pondre chaque mercredi de 2026, les textes de Ritournelles, ne dois-je pas tout simplement évoquer la chanson que j’ai ou que j’ai eue tout récemment dans la tête. À ce moment-là, c’est tout simple : il y a deux jours, je me suis mis à chantonner compulsivement une chanson du groupe Sparks (peut-être mon groupe préféré), une chanson dont je me suis rendu compte que j’en ignorais le titre (et pour cause, j’y viens). Voici mon sujet, chaque chose à sa place quoi.

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Mais si je fais cela – me contenter d’évoquer la chanson que j’ai ou que j’ai eue tout récemment dans la tête – le hasard risque de mal faire les choses ; au départ je voulais parler de chansons significatives, écrire une sorte d’autobiographie par les chansons. Eh bien, ce sera pour plus tard, quand tu auras plus de temps. Ici ce sera peut-être déjà une autobiographie mal faite. Ça vaut mieux que le vide, surtout avec le risque de l’abandon des autres livres.

Avant-hier soir, donc, et hier derechef, j’ai écouté sur la platine, au salon, A Love Story, chanson de 2023. Tout venait du fait que je m’étais mis à chantonner, plus tôt, quelques vers de la chanson et le riff électronique qui ponctue chaque vers des couplets. Comme pour beaucoup de chansons de Sparks, c’est très facile de chanter quelques vers, mais le travail d’écriture qui consiste à construire des variations sur une trame répétitive rend très difficile de la connaître vraiment par cœur.

Cette chanson est une de mes préférées de l’album de 2023, qui m’avait un peu déçu. L’avoir dans la tête m’a poussé à écouter plus attentivement, et à mieux comprendre pourquoi elle s’intitule A Love Story : c’est un récit sous forme de discours (Ron Mael est un auteur vraiment fabuleux) et qui dessine les contours d’une relation probablement toxique et dissymétrique.

Et donc, aujourd’hui, en écrivant ce texte, je l’ai encore plus dans la tête – c’est fatal.

 

*                     *

*

 

Oui, je suis le genre de type qui, se promenant dans la rue ou juché sur son vélo, peut répéter quatre fois de suite, à l’imitation précise de la chanson d’origine :

Ain’t my thing / It’s her thing

Ain’t my thing / It’s her thing

Ain’t my thing / It’s her thing

Ain’t my thing / It’s her thing

 

11:42 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 07 janvier 2026

2026 ֍ Ritournelles, 1

    Avant-hier soir, il a neigé en région parisienne (donc chez ma sœur) et à Tours (donc chez nous), et dans la nuit vingt centimètres à Rochefort (donc chez A*). Dans la matinée, hier, ma mère a posté sur le groupe Famille une photo de la mare, à Cagnotte, avec cette légende : « Gelée puis grésil = mare blanche mais c’est moins beau que chez vous ! ».

Alors, bizarrement, à chaque fois que je rencontre le mot grésil (et ce n’est pas si rare qu’on pourrait le penser), ça me met dans la tête Dieu, s’il existe de Brassens, alors que le mot ne s’y trouve pas. Il ne s’y trouve pas, mais je sais pourquoi mon cerveau fait ce lien : c’est le vers « Quand il gèle sur le persil » qui lance le processus, car dans mon esprit je fusionne probablement les sons des mots gèle et persil pour aboutir à « grésil ».

 Si mon cerveau était (plus) logique, il irait pêcher du côté de Thiéfaine :

De crise en délirium ; de fièvre en mélodrame

Franchissant la frontière aux fresques nécrophiles

Tu cherches dans les cercles où se perdent les âmes

Les amants fous, maudits, couchés sur le grésil 

 

C’est dans Syndrome albatros, mais cette chanson fait partie de celles dont je ne connais que deux ou trois vers (là je suis allé copier-coller sur le Web, vilain tricheur).

Ou du côté de Murat (L’almanach amoureux), chanson dont, là encore, je ne connais que quelques vers et quatrains épars, mais que contrairement à celle de Brassens, je ne pourrais chanter en entier :

Vient le gentil mois d’avril

Sous son manteau de grésil,

Avril le doux

Est bien le pire de tous

 

Cette chanson, qui évoque sur un mode ironique et décalé les saisons et les proverbes campagnards, me rappelle les jours de vacances à Hagetmau, en particulier en hiver quand on chauffait la maison grâce à un feu dans l’immense âtre. Je ne regrette pas le temps passé à fendre du bois, mais la cheminée fait partie de ce qui fait naître en moi une puissante nostalgie pour cette maison.

 

05:55 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)