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jeudi, 08 mars 2007
Leurs visages au large
Dans ce livre terrible, le marque-pages est une photographie représentant ma compagne – qui fait un large sourire, proche du rire – et mon fils, alors âgé de deux ans, un sourire doux aux lèvres, les yeux tendrement fixés sur le photographe. Ils sont assis sur le vieux canapé vert déjà défoncé. Comme je lis le livre après ma compagne, je me dis qu’elles ont vu passer (les figures de la photo) les divers cataclysmes de cette situation romanesque accablante. Un bref instant, je suis inquiet en me rappelant que je compte ensuite prêter le livre à ma mère, et que jamais leurs yeux ne supporteront de vivre quelques jours de plus dans ces pages terribles. Puis je finis par me ressaisir, écris ce texte, me sers du thé.
08:45 Publié dans 721 | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : Littérature
mercredi, 07 mars 2007
Souvenir de chez Labadie
Avec une bouteille de Gewürztraminer, le préambule (velouté de petits pois et œuf de caille sur toast) conduisit sans encombres à l’entrée (trois belles tranches de foie mi-cuit avec confit de roses et fraise en tranches, verre de graves blanc), au plat (rognons de veau au madère & légumes en pâte fine), avant le dessert (tulipe de sorbets). Le déca était excellent.
Dans la journée, la banquière avait dit « votre maman », et le notaire « votre papa ». Puis on a mis If not for you sur la platine.
18:40 Publié dans 410/500, Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (2)
Autobiographie neuve
Répondant aux ultimata de l’olibrius Cingal (en lien ci-contre, avec cinq autres privilégiés (il faudrait que je refasse ma liste de liens)), je livre ici dix phrases me concernant, dont une seule est fausse. J’ai un peu copié certaines idées de l’original, mais les faits n’appartiennent qu’à moi.
1. En 1982, j’ai trouvé, dans un camping près de Crystal Palace, une cuillère à café finement décorée, que je possède toujours.
2. En 1985, à la foire de Hambourg, j’ai mangé la dernière barbe-à-papa de mon existence.
3. Fin juin 1987, j’ai passé plusieurs jours à pleurer après avoir dit adieu à mon meilleur ami, qui repartait en Suisse avec sa mère.
4. En 1988 (vers le 1er août), nous avons atteint, en Renault 30 et caravane, un point plus septentrional que le Cap Nord : c’était un village de pêcheurs qui s’appelait Berlevåg (et que ma mère avait persisté, quelque temps, à rebaptiser Røndeslåv).
5. En 1991, j’ai passé une semaine à Madrid à ne rien faire, tout cela aux frais du Conseil Régional d’Aquitaine.
6. Une nuit de l’hiver 1995, en Irlande, j’ai fait sept fois l’amour, avec trois femmes différentes.
7. En 1997, j’ai joué le rôle du jeune homme dans Lorsque cinq ans seront passés de Federico Garcia Lorca.
8. En 2000, en Tunisie, j’ai failli mourir dans un accident de la route.
9. Au printemps 2002, j’ai repris brièvement contact avec mon ami d’adolescence (suisse).
10. En 2006, j’ai vu, pour la première fois, Les fraises sauvages.
08:30 Publié dans Aujourd'hier | Lien permanent | Commentaires (31) | Tags : Littérature, Ligérienne
mardi, 06 mars 2007
Mardi gras
Le fleuve coule sous les arches rouges. Un monde de lumière en rêvant s’élève au ciel. Ce sont, ultimes semonces dans la ronde des ténèbres, ces fureurs terribles que je redoute, sous l’orage. Vos griffes qui lacèrent cette chair – et l’écorce des peupliers – frémissent encore du sang versé, près des fontaines anciennes. Sous les arches rouges le fleuve coule.
08:30 Publié dans J'allaite le nouveau Kant, II | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Poésie, Littérature
lundi, 05 mars 2007
Traductions : Edmund Mach & Pessoa
Je lis – d’un œil curieux – l’édition bilingue du recueil d’Edmund Mach, Triumph des Schockens (Triomphe d’un choqué), dans la traduction de Hugo Hengl (Harpo&, 2005). Impasse de la traduction : le patronyme du poète, Mach, est l’un des motifs les plus puissants de la texture poétique du recueil. Or, ce patronyme est aussi le verbe faire (machen) à l’impératif singulier. (Oui, oui, amis heideggeriens, le poiein est un faire.) Autre impasse de traduction : le recours – dans certains poèmes – aux quatre lettes du patronyme, non comme acrostiche, mais comme pulsation (un peu comme dans les jeux littéraux de Bach, ou les Trois strophes sur le nom de Paul Sacher de Dutilleux).
& ma déception, il y a trois semaines, quand on m’a offert le fort volume des Poésies de Pessoa en Pléiade et que j’ai découvert que l’édition, scandaleusement, n’était pas bilingue. Comment aimer ce livre ? Le lire, oui, encore en faisant abstraction – mais l’aimer ? (Heureusement, j’avais acheté en 1993 l’édition bilingue des poèmes anglais du même Pessoa, ici repris dans une traduction révisée (pas forcément pour le meilleur, d’ailleurs).)
11:20 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Poésie, Traduction

