samedi, 04 avril 2026
2026 ֍ Cantilènes, 14
et me voici comme encerclé
le fauconnier m’attend en bas
la main gantée rudement
la main qui rudoie
moins que le cri
comme encerclé
dans les spirales
que l’air chaud me fait esquisser
que direz-vous en me voyant
foncer sur la proie ou le leurre
que direz-vous
si je m’enfuis
seul et si je choisis
de délaisser cette morne vie aveuglante
on n’écrira rien de plus sur moi
mais l’eau coule plus heureuse
dans la fontaine des absents
08:30 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 02 avril 2026
2026 ֍ Effigies, 14
Il ne s’agit pas de dériver des images vers les mots, ni vers un labyrinthe d’intertextualités plus ou moins complexe. Disons que, parvenu au quart de l’ouvrage, on s’offre une respiration, une pause, avec ce vieux réac de Taine (que j’ai longtemps confondu avec Renan, et dont je ne suis pas bien sûr de connaître grand-chose).
De temps en temps, on déterre des inscriptions qui mettent en lumière ces habitudes et ces sentiments si éloignés des nôtres. En voici une, publiée cette année même sur un jeune athlète de Théra, et trouvée sur le piédestal de son effigie. Les quatre vers ont la beauté, la simplicité, la force d’une statue : « La victoire pour le pugile est au prix du sang ; mais cet enfant, le souffle encore chaud de la rude bataille du pugilat, demeura ferme pour le lourd labeur du pancrace, et la même aurore a vu Dorocléides deux fois couronné. »
Mais il faut songer au mal en même temps qu’au bien. L’amour que suggérait la vie des gymnases est une perversion de la nature humaine ; à cet égard, les récits de Platon sont exorbitants. De même encore ces mœurs antiques qui dans l’homme respectent l’animal, développent par contre-coup l’animal dans l’homme : là-dessus Aristophane est scandaleux. Nous nous croyons gâtés parce que nous avons des romans crus ; que dirions-nous si l’on jouait sa Lysistrata sur un de nos théâtres ? Heureusement ce que la sculpture montre de ce monde singulier, c’est la beauté toute seule.
Hippolyte Taine, Voyage en Italie (1874), tome I, chapitre V
Nous aussi, nous voyageons en Italie. En faisons-nous pour autant un fromage (tout un pastis) ?
08:23 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 01 avril 2026
2026 ֍ Ritournelles, 13
Depuis quelques jours, j’ai plusieurs chansons de William Sheller dans la tête. (Ce n’est pas un hasard, et c’est ma faute bien sûr, car dimanche matin, pour relire des chapitres de la traduction sur écran, j’ai lancé un best of, en me disant que j’en connaissais plusieurs et que ça ne me distrairait pas trop.)
Ironie, celle qui s’est affirmée le plus comme ver d’oreille – j’ai entendu des journalistes de France info employer ce mot au sujet de Frozen – est celle dont je me disais, jusqu’ici, que je ne comprenais pas pourquoi elle avait été un des tubes du chanteur, Dans un vieux rock’n’roll.
Ironie, frisant le méta, le refrain contient un vers qui résume le fonctionnement des vers d’oreille :
J’ai dans la tête un transistor qui fredonne
(Qui, à moins de trente ans, comprend encore ce vers, d’ailleurs, avec le mot transistor ?)
07:26 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

