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mardi, 03 juin 2025

SecEM, 51 -°- rhubarbe en moins

7 mars 2026, 10 h 30

 

Pour le chapitre 37 (12 pages, 31.096 signes), il n’est guère vraisemblable d’espérer le traduire en moins de deux jours. Je m’y mets donc maintenant, en espérant en traduire la moitié d’ici les matches de rugby (Ecosse/France à 15 h).

 

8 mars, 7 h 20

34.008 signes, je tiens la barre des 10%. Je ne l’ai pas traduit en moins de deux jours, mais techniquement en moins de 24 heures. J’ai employé les expressions « se regarder en chiens de faïence » et « redorer le blason », mais C*, consultée hier, m’a judicieusement empêché d’utiliser « se passer rhubarbe et séné ».

 

07:26 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 02 juin 2025

SecEM, 52 -°- marottes et baleines blanches

8 mars 2026, 8 h 40

    Le chapitre 38 est plus court que le précédent (26.600 signes), mais il se termine sur une allusion à la phrase de Napoléon au sujet de Toussaint Louverture, en version anglaise : “just who does this N-word think he is?” Je pense retranscrire l’effacement de l’injure avec des astérisques : « pour qui ce n*** se prend-il ? ». (Au passage, et par ailleurs, je continue de trouver très problématique le fait que des personnes qui prônent la mémoire de Toussaint continuent d’utiliser son surnom de « Napoléon noir », qui, par son effet de symétrie avec l’autocrate raciste français, est particulièrement injurieux.)

Il y a dans ce chapitre une phrase qui entremêle deux métaphores différentes, très américaines. Je la note sans avoir encore ce que je vais en faire : “Senator Albert Gore Sr. of Tennessee had rightly understood that Nkrumah’s white whale, the VRP, was no economic homerun for Ghana.” Relier, par un complément d’attribution, Moby Dick et la figure phare du baseball, c’était osé.

 

9 mars, 10 h 40

Hier après-midi, après la manifestation féministe et le déjeuner, il faisait si grand soleil que j’ai passé une bonne partie de l’après-midi sur la terrasse, à lire, au lieu de continuer mon travail. Mais ça m’a fait du bien. Ce matin j’ai terminé ce chapitre 38. Cherchant des synonymes pour ne pas toujours dire « marionnette » ou « pantin de Moscou », je me suis amusé à écrire « joujou de Moscou », juste avant une citation de l’ambassadeur des États-Unis au Ghana disant de Nkrumah qu’il « avait un côté juju, un côté catholique, un côté marxiste ».

On s’amuse comme on peut.

 

Pour la phrase sur la baleine blanche, j’hésite entre une version maximaliste et une version édulcorée (démétaphorisée).

Version maximaliste : « Le sénateur du Tennessee Albert Gore Senior avait bien compris que le projet de barrage, qui était l’objet de tous les fantasmes d’un Nkrumah reconverti en capitaine Achab, verrait l’économie ghanéenne donner des coups de harpon dans le vide. »

Version édulcorée : « Le sénateur du Tennessee Albert Gore Senior avait bien compris que le projet de barrage, la marotte de Nkrumah, n’aiderait aucunement l’économie ghanéenne. »

 

Est-ce que le titre du chapitre (“21 Guns”), qui fait explicitement allusion aux vingt-et-un coups de canon tirés en l’honneur de la reine Élisabeth II lors de sa visite officielle en 1961, est aussi, plus subtilement, une reprise du titre de film 21 grammes, et donc une manière pour H. F. de dire que toutes les tergiversations états-uniennes sur le dossier du barrage annonçaient la fin quasi programmée de Nkrumah ? Trop subtil, alors…

Plus superficiel : H. F. évoque le fox-trot dansé par Nkrumah et la reine, et dont on trouve plusieurs photographies, et même une captation vidéo. On trouve aussi beaucoup d’images tirées de la série The Crown, qui aurait donc repris cette scène.

 

Il me reste les deux longs chapitres 39 et 40, l’épilogue (intitulé Coda) et les remerciements : 42 pages, soit la dose hebdomadaire en janvier-février. Et trois semaines avant la remise du tapuscrit. Large, mais sans possibilité de mollir quand même.

 

10:58 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 01 juin 2025

SecEM, 53 -°- brahmanes au nadir

14 mars 2026, 9 h 15

    Après une semaine de dingue, et avant une autre guère plus calme, j’attaque le chapitre 39 (33.720 signes). L’objectif est de le traduire au cours du week-end. Je compte aussi commencer à relire sur papier les 35 premiers chapitres, que j’ai imprimés mardi.

 

15 mars, 10 h

Le chapitre traduit compte 38.358 signes, ce qui implique un certain foisonnement (13%), mais qui s’explique aussi par la rédaction de deux notes du traducteur.

Quelques bricoles à signaler (j’ai toujours pensé que ces carnets de traduction me permettraient d’avoir un petit vivier d’exemples au cas où je serais appelé à commenter ma traduction ou à devoir en parler, comme je l’ai fait trois fois pour Born in Blackness).

J’ai appris, avec ce chapitre, que Julius Nyerere avait traduit le Jules César de Shakespeare en swahili (et la WP francophone m’apprend aussi qu’il aurait traduit Le Marchand de Venise). Il faut que j’écrive à mes collègues Aurélie Journo et Nathalie Carré pour savoir si ces traductions sont publiées, si elles ont été étudiées etc.

Dans la dernière partie du chapitre, French, sans doute à court de périphrases pour parler de Kennedy, parle de lui comme du “Massachusetts brahmin”. Je trouve que la traduction littérale ne donne rien, mais je ne trouve pas grand-chose de satisfaisant : manitou, gourou, grand prêtre ? Le terme manitou pose un problème politique par rapport à l’extermination et à l’effacement culturel des Amérindiens aux États-Unis ; gourou est trop négatif ; grand prêtre risquerait d’être pris au premier degré (vu que K. était catholique).

Plus loin, F. dit de Nkrumah : “he was fast approaching the nadir of his power”. Je ne trouve de bonne collocation pour ce nadir, ni de synonyme ou d’équivalent convaincant. Trois options :

  • quant à sa carrière politique, elle approchait à toute vitesse de son nadir
  • il n’avait jamais été aussi près d’atteindre son nadir
  • sa chute n’avait jamais été aussi proche

 

En cherchant des occurrences du terme sur Wikisource, j’ai découvert que ce terme était presque exclusivement utilisé, dans les ressources tombées dans le domaine public, dans les traités d’astronomie et sous la plume de Hugo (dont l’œuvre est peut-être un traité d’astronomie à elle seule). Je ne résiste pas au plaisir de citer le passage en question de Notre-Dame de Paris :

Gringoire, philosophe pratique des rues de Paris, avait remarqué que rien n’est propice à la rêverie comme de suivre une jolie femme sans savoir où elle va. Il y a dans cette abdication volontaire de son libre arbitre, dans cette fantaisie qui se soumet à une autre fantaisie, laquelle ne s’en doute pas, un mélange d’indépendance fantasque et d’obéissance aveugle, je ne sais quoi d’intermédiaire entre l’esclavage et la liberté qui plaisait à Gringoire, esprit essentiellement mixte, indécis et complexe, tenant le bout de tous les extrêmes, incessamment suspendu entre toutes les propensions humaines, et les neutralisant l’une par l’autre. Il se comparait lui-même volontiers au tombeau de Mahomet, attiré en sens inverse par deux pierres d’aimant, et qui hésite éternellement entre le haut et le bas, entre la voûte et le pavé, entre la chute et l’ascension, entre le zénith et le nadir.

Si Gringoire vivait de nos jours, quel beau milieu il tiendrait entre le classique et le romantique !

Mais il n’était pas assez primitif pour vivre trois cents ans, et c’est dommage. Son absence est un vide qui ne se fait que trop sentir aujourd’hui.

 

Enfin, je ne peux m’empêcher de citer ma traduction du récit d’une des tentatives d’assassinat contre Nkrumah :

Le 2 janvier 1964, Nkrumah fut visé par une nouvelle tentative d’assassinat. En début d’après-midi, alors qu’il quittait le bureau présidentiel de Flagstaff House, un agent de police affecté depuis peu à la sécurité des lieux et posté à une cinquantaine de mètres ouvrit le feu sur lui. Tout le monde se précipita pour se mettre à l’abri.

Lorsque le garde du corps de Nkrumah se redressa pour évaluer la situation, il fut touché à la tête et tué sur le coup. Quand le tireur se trouva à court de munitions, Nkrumah s’enfuit en courant et en appelant à l’aide, sans que personne vienne à son secours – une scène presque inimaginable, comme si, après la fusillade visant Kennedy, on n’avait vu accourir ni policiers ni gardes du corps. Dans ce cas précis, le tireur poursuivit le président jusque dans la cuisine du bâtiment, où les deux hommes commencèrent à se battre. Après avoir été mordu à la joue, le président, qui s’entraînait régulièrement, prit le dessus sur son agresseur, le renversa et l’assomma, alimentant davantage la légende selon laquelle Osagyefo était immortel.

Franchement, je me suis demandé si je traduisais une biographie de Nkrumah ou un scénario inédit de Mr Bean.

 

10:16 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)