Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« 2006-05-30 | Page d'accueil | 2006-06-01 »

mercredi, 31 mai 2006

W

    L'un des ouvrages que je préfère, de Perec, est Alphabets, peut-être le plus illisible ; depuis longtemps, chiffons et plumes sont délaissés ; je déplace mes pièces sur un échiquier malpropre.

(Où je me rêve théâtreux, ce que ne voulut pas le Destin.)

20:40 Publié dans Arbre à came | Lien permanent | Commentaires (0)

XV : Fractures

    Il était donc vrai que Beckett traquait les taupes...

[Mardi : Traduisant le chapitre qui relate les retrouvailles de Jeebleh et de Seamus, j'écoute Continuo, le dernier opus du trio d'Avishai Cohen (le bassiste).]

En 1897, l'année de naissance de mon arrière-grand-mère, mais aussi d'Opal Whiteley (que je n'ai pas oubliée), Samuel B. écrit son essai dans lequel il démontre que l'Odyssée a été écrite par une femme. Oscar Wilde croupissait en prison jusqu'au 19 mai de cette même année.

Plus de deux siècles auparavant, Samuel B. se moquait des scientifiques en bâtissant, à défaut de châteaux en Irlande, des éléphants dans la lune.

Seamus sourit. C'est bien le moins.

 

 

16:15 Publié dans Voici venir Samuel B. | Lien permanent | Commentaires (0)

Un : scorpion :: en ::: février

    De ces dix-neuf brèves nouvelles, dont il est question d’écrire bientôt des accourcis, j’ai lu hier soir les cinq premières, et ce matin dans la cour donnant sur la rue – pendant que mon fils nettoyait la cage du varan et arrachait des adventices pour nourrir icelui – les six suivantes. La nouvelle mexicaine est-il un genre à part entière, qui recoupe l’extrême brièveté, l’ellipse fulgurante et un imaginaire corrosif ou sordide, qui mêle ironie et cruauté ? Peut-être pas, car cette écriture me rappelle quelques nouvelles de Manuel Vazquez Montalban lues en 1990 (j’avais trouvé l’exemplaire relié des deuxièmes épreuves non corrigées dans une poubelle, à Dax). Donc, mexicain, bon, plus ou moins.

 

Guillermo Fadanelli. Un scorpion en février. Traduction par Nelly Lhermillier.

Paris : Christian Bourgois, 2006, 140 pp., 15 €.

12:11 Publié dans YYY | Lien permanent | Commentaires (0)

Mummification

    Fuligineuse m'a envoyé, il y a maintenant trois semaines (shame on me) un texte qu'elle a écrit fin avril à partir de phrases publiées dans ce carnet, sous la catégorie Onagre 87 (qui s'est enrichie, depuis, d'autres textes, évidemment). Réticent à vous livrer la contrainte qui préside à l'organisation, et certain aussi que les plus fins d'entre vous s'y retrouveront, je vous livre donc, brut de décoffrage, en quelque sorte, ce texte dont l'auteur est vraiment Fuligineuse (quoique, par ma faute ou ma paresse, il y manque italiques et liens hypertextuels), et qui s'intitule

 

MUMMIFICATION

(Quel faux jeton que moi !)

« Pourquoi apparaissons-nous ? »

À peine une conversation sur telle contrée, tel village, tel voyage possible – à peine la lecture de quelques pages où éclate un lieu, une région, les bords d’une rivière – à peine si je feuillette un atlas, une carte routière – et je suis pris d’une frénésie de bourlingue, de voyage – découvrir une petite abbaye méconnue, un panorama qui semble superbe, une église de village avec son café délabré en face, ce château qui justement n’ouvre pas le jour où vous passez aux alentours, ces routes et ces déroutes.

Après un séjour de dix-huit mois à Rome, Jacques Blanchard se rendit à Venise, où il resta deux ans.

Au lieu de vous entretenir oiseusement et sempiternellement de la fièvre des nombres, je pourrais bien insister sur mes folies alphabétiques, qui m’ont permis de découvrir, jeudi dernier, l’œuvre poétique de Pierre-Albert Jourdan, dont même le nom m’était inconnu, mais qui m’a happé tandis que je cherchais, sur le catalogue du Service Commun de Documentation, s’il y avait des ouvrages de Dieudonné Jourda (pas trace) ou de Pierre Jourde (si fait).

Aujourd’hui, comme hier, sa maîtresse était absente, car elle ne se remet pas d’avoir couru le Marathon de Paris dimanche dernier.

Aujourd’hui, comme hier, sa maîtresse était remplacée par une dame qui ne dit (aux petits ni à leurs parents) ni bonjour ni au revoir, ne surveille pas les enfants dans la cour, et se laisse totalement déborder dans la classe.

Aujourd'hui, mon fils a cinquante-sept mois.

Aujourd’hui, on va « faire aller ».

Aujourd’hui, pour la première fois depuis longtemps, il n’avait vraiment pas envie d’aller à l’école.

Bien plus chtonienne que celle de Messiaen, cette musique se développe dans la rugosité de piliers d’église marqués par le sang des sacrifices.

Ce n'est pas là une vision très piétiste de Madeleine, ni une "vanité" sombre ou lugubre...

Ce sera mieux ainsi.

Ce tableau représente une Madeleine pénitente au crâne, très caractéristique de l'époque maniériste, tant dans les formes de la jeune femme que dans sa quasi nonchalance et sa main surprise ; on remarque par ailleurs ce qui semble être un visage d'angelot caché dans le drapé de la robe, tout près du sexe

Cherchant des informations sur le mois de mars 1123, afin de composer l'une des Hystéries historiées, je découvre une page Web consacrée à l'Histoire de Lucelle, commune et abbaye dont j'ignorais totalement l'existence ; or, je lisais hier soir, avant de m'endormir, le quatrième chapitre de Suburban blues, dans lequel Yémy forge le néologisme lucelle, qui échappe à une jeune femme, en un moment d'extase sexuelle porteuse de métamorphoses lexicales.

Comment disparaissons-nous !

D’une trouble majesté, Affettuoso (première pièce du disque d’Œuvres d’orgue de Joris Verdin (dont il est lui-même l’interprète)) se situe dans le sillage d’un Messiaen, sans paraître en partager le goût des sphères éthérées.

Dans le square noir de monde, les feuillages applaudissent à tout rompre.

De leurs maigres gestes en forme de signatures émane une grande joie.

Dédier une semaine à saint Ouen, prendre les eaux à Eugénie et les orgues à Rouen.

Depuis, je lis, par à-coups, les proses brèves de L’Espace de la perte, qui sont éblouissantes.

Des guillemets à l’italique, il y a le fossé séparant le poème du roman, et qui n’existe pas. Ces épîtres seront cause de notre mort prochaine.

Elle joue de la "guitare" (théorbe, luth) à bord d'un "drakkar" richement peint.

Heureusement, d'autres chapitres me laissent tranquille, mais je m'aperçois, écrivant ceci, que j'ai oublié de poursuivre la série des faux dictons de ce mois.

Idéalement, la catégorie 1295 devrait compter 107 ou 83 textes.

Il y a de curieux hasards.

J’ai appris récemment que lycaon se prononçait vraiment [likaon] et non [likã], comme, par analogie avec Laon, paon, faon, taon, je me l’étais figuré.

Je crois me rappeler que le narrateur précise que "ça n'existe pas".

L’automne est une saison bien plus équivoque, à cet égard, sous nos latitudes.

L’hiver n’est jamais si soudain que le printemps.

L’œil capte ce que ne saisit aucun mort.

La feuille de format A4 annonce le Premier Printemps des Intellectuels, Poètes, Ecrivains et Artistes Noirs, à la Sorbonne, le 8 avril 2006 à 13 h 30 (amphithéâtre Richelieu), à l’initiative de Djibril Gningue, président de l’Association Internationale Cheikh Anta Diop.

La mer lie de vin, on s'enfonce dans l'eau avec vous, puis pleure en entendant le jeune homme chevelu appeler, éploré, Branca Flor.

La mésange charbonnière n'est pas revenue rôder près du nichoir, ni le chat noir et blanc dans la haie de thuyas.

La pente rude à l'ânière, avec ses bêtes au joug. La faîne est bien le fruit du hêtre.

Le bar du Musée, près de la place Anatole France, est l’un des établissements les plus hideux et les moins conviviaux de Tours, mais on s’y retrouve quand, à l’heure du déjeuner, on a raté le bus 8 et qu’on doit poireauter vingt-cinq minutes avant le suivant.

Le berger honni accompagne ses pas sans honte.

Le cerveau échauffé, on se gorge d'eau, comme la prairie nourrie de pluie, aux premiers vents du printemps. (Peut-on écrire que cet anglais n'est pas catholique ? Mais la langue entendue est gouleyante comme une pierre frottée qui grasseye.)

Le chapitre IV de l’essai classique de Piera Aulagnier, La violence de l’interprétation, s’intitule « L’espace où le je peut advenir ».

Le cheval au labour cerne un chant qui s'éteint dans les volutes roux des sillons.

Le délivre.

Le premier billet publié de la catégorie Onagre 87 était « Ode naïve », mais deux textes avaient été écrits plus tôt ce même jour, qui avaient signé l’acte de naissance de cette série. « Ode naïve » fut écrit en bus, entre les quais et l’arrêt Chopin, au dos d’un bulletin de bibliothèque (les Sonnets de Shakespeare, dans la traduction des époux Bournet, parue chez Nizet en 1995, ouvrage à rendre avant le 10/11/05, et qui fut rendu en temps et heure), avec un bic noir, m’appuyant sur ma serviette.

Le Robert des noms propres, que je consulte pour retrouver les dates du prince (Andrinople, 1459 – Naples, 1495), indique bien qu’il (Djem) fut vaincu par Bâyazîd II (Bajazet) puis retenu prisonnier en France, mais il ne parle pas du tout de Bourganeuf.

Le titre est-il ironique, ou suis-je sourd aux intentions du compositeur ?

Les marchands du temple sont bien en place.

Loi des carrés : les Soixante-dix-sept miniatures doivent être, in fine, 77 ; de même, il faudra cinquante-neuf textes dans la catégorie 59, et quatre vingt sept pour Onagre 87.

Mélopées qui défigurent les visages du Christ, mais on n’est pas à l’abri d’un sursaut de cabri, d’une ruade d’âne, d’une valse chevaline débridée qui viendra, par la faune, remettre nos préjugés à leur place.

On a beaucoup glosé, en ma présence, de ma fausseté, de ma surdité, de mon obtusion, de mes assonances.

On dit on.

On imagine la magie.................. aucun âne n'est saisi de faim-calle.

On tirera au sort l'ordre des chapitres, dans le Livre.

Or, une dame nous tendit un prospectus pauvrement ronéoté, après s’être assurée, nous scrutant un interminable instant, que nous écoutions Alain Mabanckou avec la déférence qui s’impose.

Pas par commodité, mais pour ne plus s’y retrouver, comme dans le labyrinthe de fer forgé.

Plus subtil : dois-je m'en tenir à trente-et-un tankas ?

Pourtant, tous les Bourganiauds, eux qui s’inquiétaient de ne jamais me voir sortir, et de me penser dépérir, ont gardé le souvenir du prince ottoman.

Premier midi ensoleillé a déjà goût d’été.

Rassurons les matérialistes qui craindraient que la majuscule ici imposée au nom commun livre ne signifie une quelconque sacralisation : fort heureusement, le Salon célèbre surtout les bouquins de stars du show business, les éditeurs soucieux de vendre de la soupe, le Lion’s Club ou France Télévisions, qui sont, comme chacun sait, les officines de la bibliophilie contemporaine.

Roubaud est déjà passé par là. (Au cube et plus bellement, soit.)

Samedi, il faisait un temps mouquirous (en gascon dans le texte), hier un printemps superbe, aujourd'hui entre les deux. Hegel météorologue (un titre pour Derrida).

Si l'espace advient, plus de je dit...?

Soyez donc rassurés : vous ne croiserez pas beaucoup d’éditeurs et de lecteurs aux paupières brûlées par les braises de l’Idéal.

Telle est la simple question posée, à l’un des coins du labyrinthe de mots qui constitue la dixième double page de l’édition française du curieux poème de Ryoko Sekiguchi, Cassiopée Peca.

Telle semble être l’exclamation que le narrateur du dernier roman d’Enrique Vila-Matas, Docteur Pasavento, inscrit, marque d’infamie et de facétie, au front de son lecteur.

Toutefois, je le feuillette avant d’en commencer la lecture, et je tombe d’abord sur les en-tête des pages 141, 157 ou 165, où le titre du chapitre est repris, mais où, par une légère incurie typographique, la petite majuscule est U au lieu de Ù : la formule devient une belle et sombre phrase déclarative « l’espace ou le je peut advenir ».

Un sandwich et un demi ; la première terrasse, en bras de chemise.

Un Sisyphe de somme s'épuise, sans jamais (pense-t-on) connaître l'insomnie.

Une haute pile de livres que lit régulièrement mon fils, et jusqu'alors épars, a été, par mes soins, assemblée et forme un tumulus au milieu du salon.

Vous ai-je déjà raconté comment je vécus enfermé, pendant trois pleines semaines, dans la tour de Zizim, à Bourganeuf ?

Vus d'en haut, les deux corps nus qui tâtonnent près du rivage comblent le vide à l'horizon.

11:38 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (5)

Un ::: scorpion :: en : février

Valeria, personnage de l’une des nouvelles de Guillermo Fadanelli, a un remède souverain contre l’insomnie.

C’était quelque chose de très simple : imaginer un prénom de femme et le comparer au sien, imaginer tous les prénoms possibles qu’elle aurait aimé porter plutôt que Valeria. (Un scorpion en février, traduit par N. Lhermillier, p. 43)

 

Certaines de mes lectrices, vraies professionnelles de l’insomnie, pourraient être tentées d’essayer cette méthode, mais je les aurais prévenues : cela se termine mal pour Valeria.

11:28 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (2)

L’ombre, dis-tu

    Tombe du lit. Lisser les froissements. Ce manteau qui frissonne. Sonne l’heure. Heure des peupliers, qui ploient curieusement. Manteau encore glacé. Lassé de tout, il sombre. Sombre pressentiment. Manteau qui m’entoure. Ourlets des draps, qui blessent. Laisses des nuages. Âge déjà tardif. Difficile de lisser encore les draps. Rapide existence. Stances des derniers adieux. Dieu nous prie, d’outre-tombe. Tombe du lit.

11:12 Publié dans Kyrielles de Kaprekar | Lien permanent | Commentaires (0)

Questions que je n’ai pas posées à Nathalie Léger

    L’auteur des très émouvantes Vies silencieuses de Samuel Beckett a donné hier soir une belle lecture d’extraits de son livre, et répondu avec douceur et maestria aux questions, pour une séance joliment ouverte par Laurent, le libraire du Livre, qui avait écrit un texte d'ouverture très réussi et qui semblait pétrifié par le trac, alors que, m’a-t-il semblé, il n’y avait là qu’une trentaine d’habitués – je ne vais, pour ma part, presque jamais à ce genre de rencontres, non par manque d’intérêt mais parce que je n’y pense pas (hier soir, j’y ai pensé), mais les personnes présentes se connaissaient toutes, se faisaient la bise, sont restées pour le verre de clôture, vous bousculaient aimablement car c’était de ne même pas s’apercevoir de votre existence – qui ne pouvaient en aucun cas le mettre dans cet état (on dira que c’était la présence, étrangement envoûtante, il est vrai, de Nathalie Léger à ses côtés).

N’ayant pas pris de notes, je ne saurais que mentir ou approximer dans mes rafistolages de souvenirs, mais je vais poursuivre le dialogue, au moins dans cet espace neutre et public, en couchant par écrit quelques questions que je n’ai pas posées à Nathalie Léger. Je peux dire que j’ai posé une question sur la méthode (mais j’aurais voulu aussi la lier à sa remarque antérieure sur le jeu de Glenn Gould et suggérer la notion d’improvisation à la Michel Butor) et une question sur l’épigraphe des “Précisions” sur lesquelles s’achève l’ouvrage. Pour le compte rendu, il faudra une meilleure mémoire ou une plume plus alerte que la mienne.

***

Son ouvrage – ni essai, ni témoignage, ni autobiographie, ni rêverie, mais tout cela à la fois – est d’une lecture très agréable, que je vous recommande.

***

 

J’ai dû mal poser ma question sur le rôle joué par les photographies, car Nathalie Léger a surtout répondu à la question des archives et du rôle de déclencheur d’écriture. En fait, ce qui me paraissait intéressant, c’était sa fascination pour certaines photographies plutôt que pour d’autres, d’autant que, dans sa réponse à la première question de Laurent, elle a longuement parlé – mais sans référence aux portraits de Beckett – du punctum et du studium barthésiens. Donc, mieux formulée, la question serait : « quelle est la part agissante de l’imagination dans votre écriture à partir de photographies, notamment dans la mesure où vous vous mettez à la place (dans la peau) du photographe, plutôt que de Beckett lui-même ? » (Je pense notamment aux pages 85 à 87, à propos de Jerry Bauer.)

Autre question, comme vous parlez à propos du couple improbable formé par Beckett et Suzanne, chère Nathalie Léger, de « l’immanquable numéro de clown de la conjugalité » (p. 90), diriez-vous qu’il y a quelque chose de clownesque dans l’œuvre – même non théâtrale – de Beckett ?

Autre question encore, comme vous évoquiez, tant dans le texte (p. 24) que dans l’une de vos réponses, le grabat, que pensez-vous de l’analogie possible entre le mot birth, dont vous rappelez l’impossible traduction selon Beckett lui-même (p. 12), et le substantif berth, qui désigne la couchette étroite des marins, espace clos, espace de navigation, worstward ho !?

(On comprend que je n’aie pu poser cette question de cette façon-là ou dans cette syntaxe là, au risque de paraître définitivement fou. (D’autant que, pour être complet, il faudrait ajouter, sur cette question de la naissance, une remarque à propos du statut d’enfant sans enfants de Beckett, mais aussi sur sa demeure d’Ussy, que le livre de Nathalie Léger évoque souvent, et dont le nom se prête à l’inversion significative : Ussy est l’inverse de l’issue, le sans issue, ou la possibilité d’avoir une issue… ? (D’autant que, pour être complet, il faudrait faire remarquer que Pinget commence à employer le verbe “issir” après sa rencontre avec Beckett, etc.)))

Autre question encore, Deirdre Bair rappelant la formule récurrente de Beckett au sujet du travail biographique qu’elle entreprenait, “I will neither help nor hinder you”, vous semblez n’avoir retenu, de l’influence de Beckett sur vous, que le caractère suggestif, fertile, secourable (helping), et nullement un quelconque obstacle (hindrance) à la parole ou à la prise de parole.

Autre remarque, votre essai témoigne d’une véritable écriture, d’une voix d’auteur. Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les phrases courtes, qui sont très rares. Il y a aussi, s’agissant de la rencontre entre Beckett et Carl Einstein, votre belle métaphore, qui décrit « la pensée de Beckett marchant dans les traces de celle d’Einstein » (p. 37). Elle rejoint, en la contredisant partiellement, la question d’une personne de l’assistance, relative aux lieux et à la claustration dans l’œuvre de Beckett. L’œuvre de Beckett me semble se prêter, au contraire, à l’écho, fait de pérégrinations et de déambulations, que vous en donnez.

Autre question encore, comme votre livre retrace, de manière fictionnelle, la rencontre entre Beckett et Bram van Velde, quel est votre avis sur les deux ouvrages que Charles Juliet a consacrés à ses rencontres respectives avec l’un et l’autre ? (Nathalie Léger a aussi évoqué Cézanne, à propos de la citation de Rilke qui lui paraît emblématique de son projet d’écriture ; or, Juliet vient de publier une lettre à Cézanne intitulée Cézanne un grand vivant…)

(L’intertextualité est un passionnant jeu de fous, où s’invente la quadrature du cercle.)

J’en finis là de mes questions, chère Nathalie Léger, en sachant que d’autres, en grand nombre, restent en suspens.

09:49 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne