« lun. 19 sept. - dim. 25 sept. | Page d'accueil
| lun. 03 oct. - dim. 09 oct. »
dimanche, 02 octobre 2011
Le Bâti
Nous avons fait poser, au printemps, des barreaux à toutes les fenêtres non protégées par des volets. Toujours pour cette maison qui n’est résidence que secondaire, nous faisons faire des devis pour les peintures extérieures, mais aussi pour rénover les chambres du rez-de-chaussée. Nous envisageons de faire établir un devis pour abattre un des immenses chênes, celui (trop) près duquel passerait la clôture s’il s’avérait indispensable de séparer notre terrain de celui qui est à vendre. On ne roule pas sur l’or, mais plus moyen de reculer.
[15 juillet 2011.]
21:46 Publié dans Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 01 octobre 2011
Diérèse / diarrhée
(14 juillet 2011)
Hier soir, en poursuivant ma lecture de Malone Dies (que je mène simultanément aux Demeures 7, à Mes deux mondes de Sergio Chejfec commencé hier matin, et au bûcheronnage intensif dans le parc), je me suis demandé – toujours sans pouvoir vérifier – si diaeresis et diarrhoea étaient phonologiquement voisins (paronomase ?). Je pense que oui. Par ailleurs, pour vérifier l’hypothèse de mon hypothèse, il me faudrait, entre autres, le texte français, Malone meurt.
Il s’agit du passage suivant :
« And if ever I succeed in breathing my last it will not be in the street, or in a hospital, but here, in the midst of my possessions, beside this window that sometimes looks as if it were painted on the wall, like Tiepolo’s ceiling at Würzburg, what a tourist I must have been, I even remember the diaeresis, if it is one. » (Malone Dies (1958), Calder & Boyars, 1975, p. 64)
En effet, il me faudrait vérifier tout d’abord d’où vient cette allusion à Tiepolo, et si la diérèse n’est pas – par exemple – une référence à un poème de Robert Browning. Le nom de Tiepolo, en anglais, se prête à l’hésitation entre synérèse et diérèse sur Ti-e. (Par ailleurs, qu’est-ce que ça peut bien être dans le texte français ?)
Si je me suis interrogé sur la possible paronomase diaeresis / diarrhoea, ce n’est pas pure fantaisie scatologique, mais en raison d’une phrase de la page précédente sur la chute des crottes aux antipodes. Lorsque le narrateur, Malone, sent que ses membres sont très loin, et même distincts de lui, il commence par les pieds et finit par son cul : « For my arse, for example, which can hardly be accused to be the end of anything, if my arse suddenly started to shit at the present moment, which God forbid, I firmly believe the lumps would fall out in Australia. » (p. 63) De manière caractéristique, le récit, qui consiste à brouiller tous les repères topologiques en insistant de manière récurrente sur un narrateur non situé, à la position géographique aussi incertaine que son statut existentiel, précise ici, comme par hasard, au détour censément fortuit d’une image (qui n’en est pas vraiment une d’ailleurs), le contexte spatial d’énonciation : Malone, seul, allongé dans une chambre à la localisation indéterminée, a recours à l’Australie pour évoquer les antipodes. Il se trouve donc de l’autre côté du continent que les Britanniques surnomment Down Under. (Et là encore, je m’interroge : qu’est-ce que cela donne, à l’origine, dans le texte français ? Est-ce également l’Australie ? Si tel est le cas, alors l’Australie joue, en français, un rôle de signifiant géographique pur, en quelque sorte, alors que, dans un (con)texte anglophone, le signifiant se charge de connotations plus complexes. Si le narrateur de Beckett parle aussi de la chute des crottes en Australie dans le texte français, n’est-ce pas la voix anglophone de Beckett qui lui fait choisir, par en-dessous, si j’ose dire, cette image, tout autant que la logique géographique ?)
Il y a aussi, pour en revenir à l’hypothèse de la paronomase diaeresis / diarrhoea, une extension du trope rabelaisien du haut et du bas à la configuration planétaire : le haut figuratif du globe (irlandais ? français ? européen, à coup sûr) se vide par le bas (l’Australie). Plus loin, la métamorphose imaginaire/référentielle en plafond peint (ceiling) d’une fenêtre en trompe-l’œil (window) suggère un prolongement de la diarrhée planétaire en diérèse géométrique. (Tout cela, une fois encore, se colorera différemment selon que diaeresis / diarrhoea est bien une paronomase, selon la structure sémiotique du texte français, mais aussi en fonction de l’origine de cette référence à Tiepolo. L’interprétation crypto-rabelaisienne que j’ai esquissée plus haut paraît plus convaincante en anglais : en effet, si la fenêtre est dans une situation similaire à celle du cul (au milieu du corps : it can hardly be accused to be the end of anything), le signifiant window double et même triple la mise, tant avec wind (le vent, avec sa connotation scatologique) qu’avec la terminaison en –ow (objet de nombreux jeux sémiotiques, à l’époque élisabéthaine, tant par allusion au vagin qu’à l’anus).
18:11 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 30 septembre 2011
Vendredi, sans hâte (Unhurried Friday, Act 2)
Pause déjeuner, de retour à la maison. Bruit machinal de la grue qui vire, vociférations du grutier. La chatte mange une sardine, lape le lait, se lèche. Un papillon jaune citron (très pâle) volète dans mon champ de vision. Seule l'allure du prunier, presque nu de feuilles (rabougries), permet de distinguer entre l'augure de jours brûlants et une fin de partie aux accents magnifiques. Peu s'en faudrait que je ne pleure. De joie précaire, espérons.
12:59 Publié dans Soixante dix-sept miniatures | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 29 septembre 2011
Cris / Cries
Guillevic. “Cris”, I, 1-6. In Trouées, pp. 25-6.
L’été, Summertime
Tu as pour toi — You have the cries
Les cris de l’hirondelle. Of swallows accompanying you.
*
La source The spring
Crie son besoin de vent. Cries out loud it needs a breeze.
*
Un cri louvoyant One cry veering
Au-devant des fleurs. Ahead of the flowers.
*
Le nuage s’en va, Disappears the cloud,
Crie le bleu. The blue cries out loud.
*
L’abeille ira crier The bee shall cry
Dans le nef de la fleur. In the flower’s vessel.
*
La fleur The flower
S’ouvre sous les cris Opens up with the cries
Des couleurs qu’elle cachait. Of colours hidden inside.
Je viens de reprendre le brouillon manuscrit de cette traduction. Une fois encore, ni la syntaxe de Guillevic ni sa métrique ne posent de problèmes particuliers. En ce sens, ce n’est pas un poète difficile à traduire. Pourtant, un traducteur qui tente de donner une version de l’ensemble du poème « Cris » aura pour mission de traduire chaque occurrence du mot cri, motif et antienne, par un seul et même mot. J’ai choisi le verbe et le nom cry, parfois en étoffant (crying out loud), mais cela n’est pas absolument satisfaisant ; il me semble qu’il n’y a pas mieux.
Au brouillon, j’avais traduit le premier vers « In the summer ». En reprenant à l’ordinateur, je me suis rendu compte qu’il y avait une ambiguïté énonciative dans le poème de Guillevic : en effet, on peut lire « L’été » comme complément de temps ou comme apostrophe familière. Dans cette seconde hypothèse, le poète s’adresse à la saison, et c’est l’été qui a pour lui les cris de l’hirondelle. Ma première mouture restreignait le choix sémantique. Grâce au tiret semi-cadratin (Gosh, what would translators do without the dash ??), j'ai pu donner une version tout aussi ambigüe de ce tercet.
Le choix du nom spring pour traduire source s’est imposé immédiatement, et je le conserve, faute d’alternative, et ce en dépit de l’ambiguïté éventuelle qui peut naître dans le contexte du premier fragment : il n’y a aucune ambiguïté été/source, mais le double sens de spring (source/printemps) est susceptible d’entraîner des confusions. Ni fountain ni well ne conviennent ici.
Dans la traduction du quatrième fragment, l’effet de rime et la syntaxe plus archaïsante sont délibérés. Discutable, mais au moins j’ai tranché. (Alternative, très plate : « The cloud goes away / Cries the blue. »)
Dans la traduction du sixième fragment, c’est pour le rythme et les sonorités (assonance cries / inside) que j’ai choisi de moduler le troisième vers au passif. La poétique de Guillevic ne repose pas sur un système rimé, mais il me semble que l’essentiel est de respecter surtout la volonté de Guillevic de faire image sans céder à la métaphorisation.
Enfin, en vérifiant sur Google, par acquit de conscience, si la collocation « cries of swallows » était attestée, j’ai découvert cinq poèmes en prose de Rosmarie Waldrop. Il n’est pas impossible que je donne prochainement, de l’un d’eux, une traduction.
12:22 Publié dans Darts on a slate | Lien permanent | Commentaires (1)
mercredi, 28 septembre 2011
Peupliers de l’irréel (640/770)
Du côté de la route, les nèfles, dans le vert flamboyant de feuilles qui s’illusionnent à croire à un printemps revenu, deviennent grosses comme des poings d’enfant, avec leurs cinq minuscules fanes pareilles à des doigts effilés, végétaux. Bruce Chatwin a écrit que le peuplier était le signe de ponctuation de l’humanité. Du côté du rond-point, où la petite chatte se fait les griffes sur l’écorce du prunus, le soleil donne à plein, de sorte que même les lattes éclatées et pourries de la seule chaise en bois qui nous reste des années beauvaisiennes s’imagineraient être revenues au tronc. C’est une de ces journées où, comme le dirait Philip Roth, on s’enfonce plus profondément dans un monde irréel. Pourtant, le soleil est là, qui nous fait signe, bel et bien là.
In Patagonia, p. 81
The Humbling, p. 126
09:29 Publié dans 410/500 | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 27 septembre 2011
Trois poètes, chaleur lilas
Quel bonheur, ce redoux, cet été indien !
Quelle douceur, de lire, auprès du lilas défleuri, dans la chaleur – alors que ce sera bientôt octobre –, en caressant Séhune, quelques pages de The Humbling, puis de découvrir l’existence de trois poètes censément nobélisables et dont deux sont de langue anglaise : Ko Un, Robert Bly, Les Murray.
Quelle douceur chaude d’été indien.
16:42 Publié dans J'allaite le nouveau Kant, II | Lien permanent | Commentaires (0)
113
13 juillet 2011, deux heures et demie de l’après-midi.
Je viens de marquer, en jouant avec Oméga, 113 au jeu de fléchettes d’Alpha. Cela m’a rappelé les longues heures passées à jouer aux fléchettes, enfant, ou même adolescent, à Cagnotte.
Ce matin, je n’ai « bûcheronné » qu’une heure, lassé par les averses et l’humidité poisseuse collant les bribes d’écorce au manche de la hache.
Après ceux d’hier, d’autres peintres sont passés ici, pour un devis.
113 : le boustrophédon de 311. Tous deux sont premiers, je crois. Ce sont aussi des nombres qui présentent d’intéressantes combinaisons : ainsi, 311 = (19x10) + 112 tandis que 113 = (19x6) – 1. De même, 311 = (23x10) + 92 tandis que 113 = (23x5) – 2. La série se poursuit de manière moins nette avec 29, car si 113 = (29x4) – 3, en revanche 311 = (29x10) + 21 (et je ne sais que faire de ce 21, qui n’est ni le produit d’un carré, ni un multiple très singulier : si la suite impliquait de passer de 11 à 9 puis de 9 à 7, ce n’est pas le carré de 7 qui s’ajoute mais 7 multiplié par 3, ce dont, répétons-le une fois encore, je ne sais que faire). Avec 31, un de mes nombres (premiers) préférés (et pas seulement à cause des tankas et de Roubaud), la série devient évidemment plus propice à la rêverie arithmétique : 311 = (31x10) + 1, tandis que 113 = (31x4) – 11 ou (31x3) + 20 – résultat qui pourrait sembler moins intéressant, si ce n’est qu’il met l’accent sur une décomposition banale mais, du coup peu opérante ou peu usitée, de 31 : 31 = 20 + 11. (Je crois avoir composé, il y a longtemps, des tercets formés de deux décasyllabes et d’un endécasyllabe.)
Dans la poursuite de rêveries arithmétiques liées à des logiques de composition, je me suis dit, en jouant (brièvement : n’ayant que quatre ans, Oméga s’est vite lassé de son peu d’habileté) aux fléchettes, que je pourrais tirer aux fléchettes les règles de composition arithmétique et aléatoire de certains textes. (Après tout, je pourrais commencer dès cet été.)
(Ajout du 27 septembre. Je n'ai évidemment pas composé le moindre de ces textes-fléchettes, tout d'abord parce que les enfants n'ont pas du tout mordu au jeu, et que la cible est restée dans son coin tout l'été. Elle est même restée à Hagetmau. En revanche, je suis totalement idiot de ne pas avoir encore vraiment puisé dans les textes écrits cet été pour densifier le rythme de publication dans ces carnets.)
08:40 Publié dans Fièvre de nombres | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 26 septembre 2011
Appel, 1 (Trouées, p. 95)
Rien de plus facile, en apparence, que de traduire ce poème en respectant sa structure anaphorique, son côté incantatoire lancinant, son lexique précis. Pourtant je ne suis pas tout à fait certain d'avoir fait le bon choix pour le dernier tercet. En effet, j'ai été tenté, pour plus d'idiomatisme, de traduire les trois singuliers par des pluriels (Also with lightnings / Also with waves / Also with laments). J'ai renoncé à cette solution, qui brisait l'effet voulu de monotonie (répétition du déterminant le en français) en donnant à penser que Guillevic variait / ouvrait dans le dernier tercet.
Par la force des pins, With the strength of the pine-trees,
Par la sève des chênes, With the sap of oaks,
Par celle des fraisiers, With the sap of strawberry bushes,
Par le suint des moutons, With the sweat of sheep
Par celui de la pierre With the stone's sweat
Que le chemin rejette, As the path pushes it,
Même par le brouillard, Even with the fog,
Même par la limace, Even with the slug,
Même par l'eau des flaques, Even with the water in puddles,
Aussi bien par l'éclair, Also with the lightning,
Aussi bien par la vague, Also with the wave,
Aussi bien par la plainte, Also with the lament.
09:28 Publié dans Darts on a slate | Lien permanent | Commentaires (1)
Vitrail, 174-5 (Stained Glass) - Guillevic
Voici une tentative de traduction des quatre dernières sections du poème "Vitrail" (Guillevic. Trouées, 1981, pp. 174-5).
Vitrail Stained Glass
Il n'ira pas He shan't go as far
Jusqu'à se dire As saying
Que sourire That smiling
Fait toujours Still belongs
Partie du masque To the mask.
*
Non ! No !
S'écrie-t-il. He shouts.
Pas de masque No mask
Sur la feuille On the sheet.
Question d'honneur ! It's a matter of honour !
*
Il a vu parfois Sometimes he has foreseen
Dans un éclair In a flash
Que s'il y a des masques That if there are masks
Et qu'ils tombent And if they're taken out
Rien ne sera changé. Nothing will change.
*
Il. He.
09:07 Publié dans Darts on a slate | Lien permanent | Commentaires (6)

