Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 02 octobre 2016

Alep heures noires

    S'affranchir de tous ces habits jumeaux, multiples, dissemblables.

On les a retrouvés au portemanteau, dans le mastodonte, et comme ils avaient fini par envahir totalement le placard du couloir, on s'est dit que l'invasion ne pouvait plus continuer. Les tergiversations. Les rodomontades de ces manteaux, gilets, blousons, vestons, vestes, même tenus à l'écart au sous-sol, dans le mastodonte, ces rodomontades avaient assez duré.

Bien sûr, on avait tenté de raisonner tout cela en rappelant que dans cette région le climat était doux, tempéré, et qu'il n'y avait finalement qu'une sorte de longue demi-saison. D'où ce fatras de gilets et de vestes.

Le stouf est dans le mastodonte !

A-t-on besoin pour une promenade, qu'il fasse un grand soleil de début octobre ou une petite bruine de mars, de tant de gilets et de vestons ? C'est la guerre. Impitoyablement. Impitoyablement. On imagine déjà les tas de gravats, ces tas de vêtements empilés et sales, qui rappellent des heures noires. Les heures noires. Le Christ sciant même les écrous.

Des portails rouges couleur sang, trébucher dans les crevasses du gazon, une promenade anodine qui deviendrait féroce. Impitoyablement. Heures noires de la promenade. Cycliste passant sans rien savoir des bons fruits tombent dessus, écorchures. Balafres de la promenade. Le tumulte pareil à un début de symphonie de Zeljenka.

C'est cela qui compte, impitoyablement.

L'ombre d'octobre est impitoyable.

Pétrir la chair de ses propres pas, habiter ses souliers à chaque instant où l'on marche, tout cela est difficile, mais moins que d'éviter le carnage. La vieillesse : une question posée à la tempête. Le nombre 55 bien net, marqué sur le mur blanc, s'incruste dans l'œil et ne le quitte plus jusqu'à l'assaut des furieux montés en vacarme.

Le treillis des vignes et la gangrène du tuffeau pétrissent la chair de la promenade. C'est ça qui compte, impitoyablement.

On n'a pas idée d'imaginer un cycliste sous les obus.

À Alep se rejoue la farce tragique des Sudètes.

Écrire un commentaire