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dimanche, 21 mai 2006
VIII. D’un panier de fruits renversé
L’une des gravures les plus célèbres de Hogarth est une illustration du grand poème burlesque de Samuel B. Bien des choses ont été dites sur cette image du cavalier fanfaron et ridicule, qui laisse entrevoir la filiation entre Hudibras et le Don Quichotte, à ceci près que c’est ici le chevalier qui est gras et ventru comme Sancho Pança – à ceci près que le dessin formé par la crosse de son pistolet est trop astucieusement placé devant l’entrejambe du matamore de pacotille pour ne pas être délibérément obscène.
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samedi, 20 mai 2006
VII. Les forains manifestent
La main de Cicéron était portée par un bras d’une exemplaire fermeté, car Cicéron est l’un des rares orateurs romains à n’avoir jamais brassé du vent. Parfois, il suffit d’ajouter un car entre deux phrases indépendantes pour donner plus de nervosité et de bizarrerie à quelque chose de parfaitement banal. Les écrivains soucieux de plaire prendront garde de ne pas abuser de ce stratagème, qui n’est qu’un triste truc. À l’inverse, trop d’énoncés juxtaposés peuvent lasser et donner également l’impression d’un procédé stylistique routinier, à moins que l’effet accumulatif ne soit délibéré, comme dans le cas d’un grand poème burlesque et satirique.
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vendredi, 19 mai 2006
VI. Messieurs songent
Samuel B. sont deux grands écrivains, que l’on admire, lit ou néglige, ignore ou confond. Ils appartiennent à ce purgatoire des songes où sont relégués tous les grands écrivains. Il y a peu, n’écrivais-je pas : « Messieurs songent » ?
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Verset personnel
J'espère vraiment que le module de programmation des notes ne va pas faire des siennes, comme il le fait régulièrement ces derniers temps, car c'est aujourd'hui ton anniversaire, et je te le souhaite radieux.
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jeudi, 18 mai 2006
V. Faire l’épître
Samuel B. était un épistolier étonnant, qui n’a pas hésité à inclure, dans son roman, des missives attribuées à ses personnages, et qui lui permettent de dénoncer leurs travers. Je veux dire que les épistoliers incriminés écrivaient sûrement de travers, en crabes, fourbes, fourbissant leurs hypocrisies comme des armes. Samuel B. était trop sensible aux pouvoirs de la lettre et des Lettres pour ne pas accorder une très grande importance aux épîtres. Sa correspondance avec sa meilleure amie (qui ne se prénommait pas Shane mais Eliza Mary Ann) en témoigne.
Dans un autre ordre d’idées : « il faudrait faire la lettre », dit la mère de Renaud Camus (si je n’ai pas lu son premier journal de travers.)
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mercredi, 17 mai 2006
IV. La main à (la) plume
Lire l’essai de mon amie Shane m’a donné envie de me remettre au latin. La main de Cicéron, c’est la main de l’orateur, mais c’est aussi celle de l’écrivain, de l’épistolier, que l’on oublie trop souvent au profit de Sénèque ou Pline le Jeune. Ce n’est pas encore la main de l’orant, qui prie le Dieu des chrétiens, ni la main tranchée sur les portes en bois des églises et des cathédrales, pendant les guerres de religion.
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mardi, 16 mai 2006
III. Voici venir Samuel B.
Il n’a pas encore été question de Samuel B. Laissez-les pointer le bout de leur petit nez, avec leur famille, leur cohorte, leurs mots par myriades. En attendant le moment où nous les verrons émerger – et peut-être émarger, s’ils restent désireux de parapher mes paragraphes – restons encore quelques instants avec Samuel Barclay Beckett, qui a cent ans révolus maintenant, quoi qu’il en soit. Ou ne les aura-t-il assurément que le 14 juin, date de son certificat officiel dûment tamponné par de dublinoises autorités ? Je ne sais. À défaut de ses proses, sa vie a fini par me lasser, et la fiction se nourrit de changements d’air réguliers. Ouvrez-moi ces fenêtres !
Est-il possible d’écrire que Samuel Beckett est né le 13 avril 1906 à Dublin ?
Est-il possible d’écrire que Barclay Beckett est né le 13 mai 1906 à Stillorgan ?
Est-il possible de m’expliquer pourquoi j’ai publié trente-et-un textes composant une oeuvrette qui ne manquait pas de chien, chaque jour, entre ce 13 avril et ce 13 mai, à 13 h 05 ?
N’ai-je pas dit que je tournais une page ? Assez de questions. Voici venir Samuel B.
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lundi, 15 mai 2006
II. Genre / J’en ris encore
Ce jeudi matin, la file d’attente était si longue, au bureau de poste de la rue Nationale, que j’ai eu le temps, en attendant mon tour, de lire la préface de 1999 ajoutée à l’édition révisée de Gender Trouble. Un jeune homme qui piaffait et a voulu griller la queue (il n’est pas question de friture ni de pratiques sadomasochistes) s’est fait gentiment rembarrer par une dame très polie. Il n’avait pas de livre.
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