« lun. 01 mai - dim. 07 mai | Page d'accueil
| lun. 15 mai - dim. 21 mai »
dimanche, 14 mai 2006
I. Disjecta membra
La main de Cicéron n’est l’oreille de Van Gogh ni la jambe de Rimbaud. Tout comme Rimbaud n’a pas écrit avec sa jambe gangrenée, Van Gogh n’a pas peint de l’oreille. Mais ce n’est pas sa main coupée que tenait Blaise Cendrars en écrivant ses plus beaux textes.
18:35 Publié dans Voici venir Samuel B. | Lien permanent | Commentaires (1)
samedi, 13 mai 2006
XXXI
J'ai fini par rencontrer, après de nombreuses pérégrinations, Barclay Beckett. Il allait fêter ses cent ans, radieux et joyeux, dans sa vieille demeure, en Irlande.
- Jamais je n'aurais pensé que vous seriez revenu en Irlande.
- Mais je n'ai jamais quitté l'Irlande. Episodiquement, à peine.
- Ah ?
Notre bref dialogue fut interrompu par l'arrivée tapageuse de Donleavy, jouant de la clarinette. la vaste pièce s'inonda de monde. Plusieurs slant-cha retentirent. En me lançant un clin d'oeil, Breyten me dit, dans un français rugueux et d'une beauté à couper le souffle :
- Je suis l'année de la mort de Freud. Tu n'avais jamais pensé à ça, n'est-ce pas ?
- Oh, ne m'appelez pas Mathieu, je vous en prie.
- On ne se tutoie plus ?
Ce fut une grande amicale beuverie. Il y avait là plusieurs femmes très élégantes et quelques véritables beautés. L'une, qui se présenta à moi comme la petite-fille de Barclay Beckett (qu'elle persistait à nommer "Uncle Sam"), s'avéra être Wanda Walrus, dont j'ai lu tous les livres et les poèmes et à qui j'ai consacré plusieurs articles dans des revues méconnues publiées par d'impécunieux centres de recherche universitaires français. J'eus avec elle une longue conversation. Elle me dit qu'elle connaissait un peu Enrique Vila-Matas. Quand nous sortîmes dans le jardin, il régnait une nuit noire, et elle me lança : "Tu ferais un très bon centenaire, si tu ne mourais pas avant."
13:05 Publié dans Comment je n'ai pas célébré le centenaire de S.B. | Lien permanent | Commentaires (1)
Trouées, 6 : Plongeoir

12:35 Publié dans Brille de mille yeux | Lien permanent | Commentaires (1)
Le ciel est par-dessus le mur

10:20 Publié dans Rues, plaques, places | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Ligérienne
vendredi, 12 mai 2006
XXX
Ce que dit Barclay :
La messe est dite, et la fesse est maudite.
C'est une farce, dites ?
Je m'enfonce dans la fosse, piochant allègrement avec ma plume.
Messieurs songent.
13:05 Publié dans Comment je n'ai pas célébré le centenaire de S.B. | Lien permanent | Commentaires (0)
Trouées, 5 : Le Petit Billot

Par la croisée, un songe de Vilhelm Hammershoi, un clair-obscur de Georges de la Tour, une plongée de Kaspar David Friedrich, un ouragan de Henri Cartier-Bresson s'envolent, s'échappent, comme un délire vitré.
De ma part, Saint-Nicolas, vous le saluerez...
12:30 Publié dans Brille de mille yeux | Lien permanent | Commentaires (1)
18
Cette trouée où l'octroi
aspire vos yeux,
rêvant sous son masque,
rit à gorge déployée
de n'offrir que des boutiques.
10:40 Publié dans Tankas de Touraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne
Petit oiseau céramicier

07:55 Publié dans Rues, plaques, places | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Ligérienne
Contre les Robespierre de la didactique
Jean-Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du crétin, essai très polémique qui pourfend notamment les méfaits du pédagogisme, vient d'être viré du jury du CAPES de Lettres Modernes, comme il nous l'apprend dans son blog. Les terroristes et les petits-maîtres de la didactique, cette discipline stupide qui aura surtout eu pour mérite de priver définitivement de culture les nouvelles générations d'"enseignants", ont encore réussi à couper une tête. Toujours plus d'homogénéité et de bien-pensance, toujours moins de débat et de profondeur...
00:00 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (2)
jeudi, 11 mai 2006
Riante dessous
La vérité vous rendra libres... (Elle est inodore, pourtant, cette fleur que je connus dans les bois de mon enfance...)
Autour de lui, avec son architecture capricante, s'étendait la nécropole d'où montait, quand il avait plu, une odeur de terre riche et, s'il faisait chaud, les fragrances entêtantes et capsicantes de ces fleurs vénéneuses qui croissent sur les tombes et que l'on nomme asphodèles. (J. Almira. "La concession", in Le Marchand d'oublies, p. 120)
Mais la littérature vous rendra chèvres. (Où poussent, partout, les fleurs de pierre sur les accents graves...)
22:43 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)
U
Un chanteur nommé Ü s'immisce incognito dans une salle de concert ; un spectateur qui se passionne pour les romans de Kadaré me parle de son chien ; la sono est trop forte, et c'est moi qui dois monter sur scène.
(Où je m'imagine dans le palais des rêves, à m'exploser la voix.)
18:45 Publié dans Arbre à came | Lien permanent | Commentaires (0)
"Le plaisir primitif de la cueillette"
Sur le chemin de l'école, au retour, mon fils a cueilli un bouquet composé de quatre marguerites, puis a ramassé quatre samares. S'en est suivie une conversation philologique de très haut vol sur le genre du mot samare. (Vérification faite, samare est bien féminin, comme je le soutenais. En revanche, le Robert culturel cite les samares "de l'orme et du frêne", alors que, dans mon esprit, ce fruit était associé à l'érable.)
On n'a pas fini d'entendre parler de l'herbier commencé en avril. Feuilles et fleurs sèchent.
17:55 Publié dans Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (2)
Inini
Il y a trois jours, après avoir évoqué assez longuement Tristes Tropiques (la chanson de Gérard Manset) à la demande d'une lectrice, qui n'a d'ailleurs pas reparu, j'avais commencé l'écriture d'une autre note, interrompue après la première phrase. Je livre, sans plus attendre et à la lecture d'un nouveau commentaire, cette première phrase isolée :
Revivre est, de Manset, l’un des albums que j’aime le moins. Pourtant, il s’y trouve deux de ses plus belles chansons, Le Chant du cygne et Territoire de l’Inini, que j’évoquais à l’instant, mais sans dire que, si je devais partir sur une île déserte avec une seule chanson de Manset, je choisirais peut-être celle-là.
Je précise, par ailleurs, à l'adresse de M. Morel, que, n'étant nullement un proche de Manset et encore moins au fait de ce qui se passe dans le petit monde de la chanson française, je serai bien en peine de l'informer, comme il l'exige, sur l'éventuel concert de Manset à l'Olympia. (Et même d'autant moins que ce concert me semble, à titre personnel, être la mauvaise idée par excellence, comme je l'ai exprimé clairement dans la note commentée.)
16:05 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)
Damian Marley, ou l'enfant extraordinaire
C'était une erreur de m'en prendre aussi vertement, dans une note de mon blog précédent, aux animateurs incultes ou écervelés d'une radio locale. Les animateurs qui ont pignon sur rue et pérorent dans les émissions de certaines stations nationales ne valent guère mieux.
Ainsi, tout à l'heure, sur France Info, une journaliste accueillait, le jour du vingt-cinquième anniversaire de la mort de Bob Marley, un confrère de France Inter, qui s'appelle, je crois, Malik Boulabaï. Celui-ci a assez longuement parlé de Damian Marley, dont je n'avais jamais entendu parler et qui, a-t-il dit, est le dernier enfant de Bob Marley, "aujourd'hui âgé de vingt-trois ans". Que je sache (et sauf cas d'insémination très post mortem) un homme mort depuis vingt-cinq ans ne peut pas avoir un fils de vingt-trois ans. Réussir à affirmer cela sans s'apercevoir que quelque chose cloche, c'est curieux (ou est-ce la marijuana, dont on sait qu'elle ne rend pas tout le monde plus intelligent ? (litote)).
(Vérification faite, grâce à Wikipedia, Damian Marley est né le 21 juillet 1978 ; ce n'est même pas le dernier enfant de Bob Marley ; quant à sa mère, Cindy Breakspeare (patronyme que je trouve admirable), elle était Miss Monde 1976. Autant dire que, pour un prétendu "spécialiste du reggae", ce Malik B. a l'air bien flou.)
14:45 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (4)
XXIX
Ajouter une demi-syllabe à un tanka ne doit pas être chose facile. Pensait Samuel Barclay Beckett un beau jour de décembre 1934 en contemplant la couverture ternie de l'édition originale de More Pricks than Kicks. D'où me vient ce sentiment de fin du monde ?
Ses yeux tombèrent, au hasard d'un feuillettage, sur cette phrase qu'il avait marquée au crayon, et qui lui sembla ne pas être de lui : "Past the worst of his best, there was nothing so very terrible in that, on the contrary".
Quand mon âge se tiendra au centre de la trente-deuxième année, je recevrai une lettre d'un inconnu érudit, qui m'écrira que le docteur Seamus Freud est mort, lui aussi, à quatre-vingt-trois ans, mais qu'il est né cinquante ans avant moi. Ce sera à n'y rien comprendre, puisque Freud se prénommera encore, que je sache, Sigmund, et qu'il ne sera pas mort.
"The owner was out in the field, scarifying the dry furrows with a fork."
Cap au pire.
13:05 Publié dans Comment je n'ai pas célébré le centenaire de S.B. | Lien permanent | Commentaires (0)
Trouées, 4 : La Roche aux Fées

Vous saluerez, de ma part, Gargantua, qui sème ses dents de lait et ses osselets vraiment en tous lieux.
Il y avait un groupe d'illuminés fort bruyants, munis de pendules et discutant des liens entre l'architecture de ce célèbre dolmen à couloir et la constitution du corps double, ou je ne sais quelle autre ânerie. À en croire leur attitude tapageuse et leurs discours approximatifs, spiritualité new age et intelligence ne font pas bon ménage.
12:25 Publié dans Brille de mille yeux | Lien permanent | Commentaires (2)
Arcanes des neurones
(La note évaporée, il se remit au clavier.)
Me croira-t-on si je jure ici que je n'avais pas encore eu vent, quand j'écrivais lundi dernier certaine anecdotique note relative à des bols malouins, de la publication, en mars dernier, dans la collection "Continents noirs" des éditions Gallimard, de l'autobiographie d'une écrivaine rwandaise, Scholastique Mukasonga, dont je découvre même, au fil du Net, qu'elle tient un blog ? Il m'est impossible de lui offrir un bol en hommage, puisque le H manquait.
Je dois avouer (car la honte m'étreint (mais il serait plus honteux encore, car plus malhonnête, de m'autocensurer en corrigeant la note vieille de seulement trois jours)) que, me moquant gentiment de ce prénom, je faisais preuve d'une ignorance crasse, en ne me rappelant pas que, dans de nombreux pays d'Afrique, comme le Rwanda, on trouve ce genre de prénoms français inusités et tombés en désuétude, comme Victurnien, Jean Damascène, Triphine ou Placide. Vieux relent d'ethnocentrisme, sans doute, de ma part...
Il se peut aussi que, me trouvant en Bretagne, j'aie surtout (par une simplification tout aussi stupide, d'ailleurs) lié, dans mon esprit, ce prénom de Scolastique (toujours sans son h, sur le bol) au catholicisme très conservateur dont les Bretons sont, selon certains clichés, les parangons. Je n'avais pas dû, dans mes lectures d'ouvrages (romanesques ou non) relatifs au Rwanda, rencontrer ce prénom. Ceci expliquerait cela... Peut-être aussi n'ai-je noté, on the spot, que les sonorités plutôt rêches de ce prénom... Je ne sais. Ah, les arcanes des neurones sont difficiles à pénétrer...
En tout cas, Scholastique Mukasonga, cela fait un sacré nom d'écrivain !
11:50 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (2)
Aaaargh
Est-il, pour un auteur de carnet, chose plus terrible, à la seconde où elle se produit, que l'évaporation d'une note assez longue que l'on vient d'écrire et dont on n'avait pas fait de sauvegarde ? Cela vient de m'arriver. Cela m'apprendra, tiens, à utiliser les ordinateurs de l'université à mauvais escient !
11:38 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (4)
17
Est-ce une allée envolée
au soleil dru du
jardin botanique
ou la tristesse moqueuse
qui fait son nid dans l'étang ?
09:00 Publié dans Tankas de Touraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne
mercredi, 10 mai 2006
Némésis
Les spaghettis froids, en revanche, ça ne vaut rien.
20:20 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (2)
Ce que dira l'imprécateur
Je juge ces femmes.
Oryx and Crake, je n'en ai cure.
Honnir des sorcières, des créatures du diable.
Nourrir des vipères, et puis quoi encore ?
Honnir.
Allez, maudissez-moi.
Terre des mes ancêtres, aux
Hululements des hiboux
Ocres ou bruns, je te voue.
Reste à
Nourrir des vipères.
18:50 Publié dans Zézayant au zénith | Lien permanent | Commentaires (2)
Stances de l'époux
J'ai fait une découverte, qui est, à ma modeste échelle, rien moins que sensationnelle : la peau de poulet froide est un mets succulent. Froide, meilleure que chaude, et seule sans chair, meilleure qu'accrochée à son blanc. J'aimais la peau de poulet, mais croustillante, chaude et accrochée à sa chair. C'est un vrai renversement copernicien.
(Vous en déduirez que, préparant le repas de mon fils, j'ai perruqué (synonyme gascon ou patoisant de grignoter ou grappiller).)
18:15 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0)
Mort un 10 mai
John Hathorn (5 août 1641 - 10 mai 1717) fut l'un des juges assesseurs des procès des sorcières de Salem et, plus tard, le seul qui ne regretta pas ses actions.
Il fut aussi le grand-père de l'écrivain Nathaniel Hawthorne qui modifia légèrement son patronyme pour s'épargner la honte d'être associé à son grand-père.
18:00 Publié dans Hystéries historiées | Lien permanent | Commentaires (0)
Âme noire
Immédiatement après que j'eus écrit (et publié dans la foulée) la note relative à notre promenade de ce matin au Jardin botanique, une mélancolie atroce me saisit, me pétrifia, et je ne pus plus envisager de me mettre au travail. J'enfilai le blouson rouge que je traîne par passades depuis 1992, et marchai jusqu'au salon de coiffure où je cueillis, au vol, fils et compagne, afin de les accompagner à la médiathèque de La Riche.
D'ordinaire, pourtant, l'écriture a sur moi un effet euphorisant, et m'incite à plus d'efforts. D'ailleurs, cette promenade était très joyeuse, et le texte que je lui ai consacré est surtout hantée par les ombres de l'ours mort et de sa veuve affligée.
À présent, le trio pour piano KV 496 m'apaise et m'attriste.
17:17 Publié dans 721 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE
Italianismes
À force de frayer dans les eaux troubles, vous vous êtes effarouchée...
" J'ai profité d'une petite pause pour leur indiquer qu'en italien, langue que je connais bien, si frère se dit fratello, en revanche, pour soeur, on emploie sorella, et dire fratella et fratellita mia, c'est une grossière erreur, mais, pour toute réponse, ils m'ont ri au nez, aux éclats et à l'unisson. " (Mater la divine garce. Traduction de Gabriel Iaculli. Gallimard, p. 58)
Ainsi vont les finesses et les jacasseries de l'inceste.
17:10 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)
Jardin botanique, mercredi matin
Automne, feuilles de paulownia. Au printemps, fruits du magnolia.
L'ourse Sophie est plus désemparée que jamais, solitaire à tourner en rond dans sa triste fosse de pierre. Willy (nous informe une affichette signée par un responsable de la municipalité) a dû être euthanasié le 30 mars.
Une tortue d'eau, d'une espèce que je ne connais pas et n'avais jamais vue là, a gobé sous nos yeux un poisson mort.
Parfois, le soleil apparaissait, pareil au paon roué.
14:12 Publié dans Soixante dix-sept miniatures | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Ligérienne
XXVIII
Quand je commandai, au tout début du mois d'avril, un exemplaire du dernier livre de Margaret Atwood, The Penelopiad, je pensais le ramener à ma mère (qui, contrairement à moi, aime cette écrivaine) lors des vacances de Pâques, et ce d'autant que mes parents rentraient d'un voyage à Chypre. Je ne savais pas alors que l'exemplaire mettrait plus d'un mois à me parvenir (à tel point d'ailleurs que j'avais oublié avoir passé cette commande), me donnant alors l'idée de le transformer en cadeau de fête des mères (cette divulgation n'a pas d'importance : ma mère ne lit pas ce blog), et je n'avais pas non plus emprunté, plus ou moins par hasard, Wittgenstein's Mistress, le roman de David Markson (je l'ai choisi sur l'un des rayonnages de la bibliothèque d'anglais des Tanneurs le 13 avril, pour le soixante-septième anniversaire de Seamus Heaney).
Or, il se trouve que, feuillettant l'exemplaire du roman de Margaret Atwood (qui n'a, une fois encore, pas l'air de casser des briques), je me suis rappelé que la narratrice de Wittgenstein's Mistress cite à plusieurs reprises l'hypothèse selon laquelle l'Odyssée aurait été écrite par une femme, hypothèse qu'elle n'attribue pas à son véritable auteur (car elle s'embrouille assez souvent, ce qui fait le charme du roman). Atwood, qui se targue pourtant d'une culture à toute épreuve, ne semble pas avoir eu vent de cela. En tout cas, elle n'en souffle pas mot dans les notes qui closent l'ouvrage.
J'ai donc pris mon plus beau clavier pour écrire un courrier électronique au professeur Seamus Waddington, qui m'a confirmé tout le bien que je pensais de l'auteur de l'hypothèse pourtant passablement farfelue et évoquée ci-dessus, et tout le mal que l'on peut dire de l'écrivaine canadienne. Le plus surprenant, c'est qu'Enrique Vila-Matas a aussi répondu à mon e-mail, que je ne lui avais pourtant pas adressé.
Voici ce que m'écrit le génial écrivain barcelonais :
Cher Mathieu,
que l'Odyssée ait été écrite par une femme ne fait aucun doute. D'ailleurs, Fleur Jaeggy m'a confié un jour n'avoir jamais pu traduire un seul vers de l'Iliade. N'est-ce pas là une preuve irréfutable ?
Toutefois, cher Mathieu, vous m'avez menti sur vos recherches, et, depuis, je vous appelle le mystificateur à la dernière gorgée de bière. Vous savez pourquoi : en me quittant, ce soir-là, vous avez prononcé cette phrase d'une beauté envoûtante : "Je prends cette dernière gorgée de bière, et après un taxi." Voilà pourquoi je vous nomme, depuis lors, le mystificateur à la dernière gorgée de bière, ce qui vous rend cher à mon coeur et me donne grand plaisir dès que je reçois un e-mail de vous, même si je préfèrerais vous voir creuser l'éventuelle parenté entre votre maudit Barclay et son petit neveu Justin.
Il n'est pas facile de ramper sans chaussures.
Bien à vous,
Enrique V.-M.
Dois-je lui répondre en faisant une allusion savante au roman de Markson, ou simplement m'offusquer qu'il puisse répondre à un courrier que je ne lui ai jamais envoyé ? Ah ! il n'est pas facile d'être le confident d'écrivains géniaux. Quand j'aurai fini d'écrire ces pages pour ne pas célébrer S.B., je prendrai pour nom de plume Max B., histoire de montrer à tous mon visage de traître.
13:05 Publié dans Comment je n'ai pas célébré le centenaire de S.B. | Lien permanent | Commentaires (5)
Trouées, 3 : Abbatiale de La Roë

Rarement (hormis pour le château de la Mothe Champdeniers, circa 1999) aurai-je eu l'impression d'un monument autant abandonné des hommes et du monde. Un grand pré fauché derrière, quelques tables de pique-nique, trois statues en ferraille rouillée, la porte de l'abbatiale close - tout comme si nous étions les premiers visiteurs depuis des années, tout comme si le village même n'était pas habité.
12:20 Publié dans Brille de mille yeux | Lien permanent | Commentaires (0)
Avant de regagner les draps
J'ai refermé les volets métalliques. Dehors, dans la rue, même les lampadaires se sont assoupis. Dans le salon, le brachiosaure ronfle et dérange les piles de livres. Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit de sonnet.
00:43 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne
mardi, 09 mai 2006
Psaume sur magnétophone
Quand on trouve, dans le texte d'un roman en langue anglaise, un verset de la Bible dont chaque mot a son importance, on le traduit fidèlement. Puis, pris d'un scrupule (et d'une curiosité légitime), je vérifie la source (Psaume 51, quatorzième verset), et je m'aperçois qu'aucune des traductions françaises consultées ne mentionne une idée pourtant essentielle dans la version anglaise (la culpabilité).
Ne connaissant pas le texte original, et n'étant nullement compétent pour trancher en ces matières qui font s'arracher les cheveux à des milliers d'érudits depuis les siècles des siècles, je me trouve confronté à un dilemme : garder la version française la plus attestée, pour que les lecteurs français qui connaîtraient le texte puissent identifier la source ; traduire le texte anglais très fidèlement, pour ne pas perdre cette idée de culpabilité, qui s'inscrit dans un jeu d'échos essentiel dans l'ensemble du roman. Bien sûr, la deuxième solution est la moins mauvaise, mais il faudrait pouvoir donner la référence et s'expliquer de ce choix dans une note de bas de page, ce que jamais l'éditeur n'acceptera (d'autant qu'ils ne me connaissent pas encore, au Seuil, mais s'ils m'autorisent cela, ils n'ont pas fini d'en baver (voyez, à titre d'exemple, cette note qui ne devait faire, dans mon esprit, que trois ou quatre lignes [pour ne rien dire des commentaires (pas moins de quinze moins de vingt-quatre heures après la rédaction de ce billet)])).
22:05 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (15)
Délices & supplices du traducteur
Plus c'est beau, plus c'est coton.
13:43 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (4)
XXVII
Le 13 avril 1939, Samuel Barclay Beckett fêtait ses trente-trois ans avec un mois d'avance, et n'osa toutefois pas parodier la Cène, au cours du repas d'anniversaire auquel il n'avait pas invité ses meilleurs amis, de crainte que l'un d'entre eux n'ait le regard acéré de Judas. William Barker Lymer mourait à Hawaï, à cinquante-cinq ans, pour être aussitôt oublié ; pour son enterrement, ils étaient cent treize à table. Le 13 avril 1939, pendant que Samuel B. se préparait à se remettre d'une mémorable gueule de bois, naissait Seamus Justin Heaney, poète irlandais qui reçut le Prix Nobel en 1995, vingt-six ans après son illustre et dublinois prédécesseur.
13:05 Publié dans Comment je n'ai pas célébré le centenaire de S.B. | Lien permanent | Commentaires (0)
Trouées, 2 : Le grand Bé

La mère de l'illustre écrivain ressentit les premières douleurs sur le grand Bé (la légende voulant qu'il y naquit).
Vous saluerez, de ma part, la pomme, la pipe et la colombe.
11:15 Publié dans Brille de mille yeux | Lien permanent | Commentaires (10)
Pont de Lussac

09:40 Publié dans MAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne
lundi, 08 mai 2006
Fresque murale de Saint-Savin

18:30 Publié dans Soixante dix-sept miniatures | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Ligérienne
Sur fond de ciel de nacre (Quinton)
Sous notre ciel de nacre les voiles d'or vont filant leur œuvre. Un ciel de nacre entre les passerelles. J'ai encore dans l'œil un Château Saint Ange croustillant et doré comme un pain blond, et le ton de jade de la terrasse de Saint-Germain-en-Laye sur un ciel de nacre que je savoure depuis ce jour-là. On voit pesamment approcher le char, tout noir sur le ciel de nacre. En effet, figurez-vous une pâleur d'ambre jaune, deux soleils noirs nageant sur un ciel de nacre, la bouche la mieux coupée, la plus amoureusement antique, une poitrine sans ombre, sans demi-teinte, d'un seul ton, et modelée cependant d'une manière admirable, des bras d'un tour divin, et des mains aux longs doigts effilés, comme Ingres seul peut en dessiner.
[Soient remerciés Paul Mathieu, Simone Auguste, Guillaume Gillet,
Paul-Jean Toulet et Théophile Gautier.]
17:35 Publié dans Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)
(((Virevoltes)))
Vingt-trois virevoltes en seize jours, une série interrompue par les congés, mais aussi par la difficulté de poursuivre selon la contrainte d'origine. De nombreuses trouées poissonneuses gisent pourtant dans mes archives.
15:20 Publié dans Virevoltes | Lien permanent | Commentaires (0)
Recours
Si jamais je manquais un jour d’inspiration dans l’écriture de ces notes, j’aurais toujours, pour recours, a) d’écouter la radio, ce que je fais rarement mais jamais sans trouver x sujets de réflexion ou d’agacement b) de compiler mes nombreux livres pour tirer, de phrases écrites par d’autres, un suc propice c) de choisir des photographies dans mes dossiers – mais si je devais ainsi manquer d’inspiration, je n’aurais sans doute plus envie de tenir ces carnets.
14:45 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (0)
Pas de bol...?
Vous connaissez sans doute ces bols de style breton, où est inscrit à l'extérieur, en lettres manuscrites noires, un prénom. Quoique je trouve ces bols assez laids, j'ai commencé, depuis la naissance de mon fils, à chercher, dans les boutiques qui en vendent, son prénom, sachant que, de toute manière, entre les différents grands-parents et arrière-grand-parents, cela nous pendait (en quelque sorte) au nez. Or, et bien que son prénom soit on ne peut plus classique, attesté et de belle ancienneté religieuse et culturelle, jamais je n'en trouvais. Hier matin, comme nous visitions le site des rochers sculptés de Rothéneuf (près de Saint-Malo), que nous avions déjà découvert, par hasard, en avril 1999, j'ai avisé, près du guichet d'accueil, l'officine où sont exposés des centaines de ces bols, avec les prénoms les plus farfelus : deux exemplaires du bol Scolastique, Marie-Rozenn en trois exemplaires, Annaïs avec deux n, j'en passe et des plus invraisemblables. Si vous connaissez des petites filles prénommées Scolastique, saluez-les de ma part, sans oublier de leur souhaiter bon courage sur le doux chemin de la vie. Or, nous ne finîmes par trouver de bol pour notre fils qu'au bout de plusieurs minutes de quête, nous acquittant alors, devant ses yeux implorants, des huit euros demandés afin de lui procurer cette joie ; il ne boit plus jamais de lait ni de chocolat au lait depuis l'âge de trois ans et demi, mais il y mangera ses petits suisses... ou des fraises, comme ce midi, d'ailleurs, où le bol fut étrenné.
14:00 Publié dans Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (4)
XXVI
Quand on visite le château de Combourg, on ne manque pas d'entendre prononcer le nom de Madame de Récamier.
Rien de plus (à moins que).
13:05 Publié dans Comment je n'ai pas célébré le centenaire de S.B. | Lien permanent | Commentaires (5)
Trouées, 1 : Le parc de Combourg

Vous saluerez de ma part Atala et le dernier Abencérage.
Le parc solitaire et glacé ? Non. Un cheval noir, superbe mais boiteux, déjeunait d'herbe. Après la visite du château, une averse nous cueillit à froid.
Nous n'avons pas croisé de spectrale jambe de bois.
12:10 Publié dans Brille de mille yeux | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE
Filles économes
En préparant les carottes et les pommes de terre (qui avaient "fait des filles"), je me suis, en ôtant des morceaux minuscules qui obstruaient les lames de l'économe, épluché la peau du pouce.
11:35 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Ligérienne
Ne sommes-nous pas nous-mêmes… ?
Quel est le sens de Tristes Tropiques ? Il n’est pas question, dans le commentaire de Celina, de l’essai de Claude Lévi-Strauss, mais de la chanson de Gérard Manset. (Heureusement, d’ailleurs : j’eusse été « bien emmerdé » pour répondre.)
La première fois que j’entendis Tristes Tropiques, ce fut à la radio, à Cagnotte, avec une qualité sonore déplorable. Adolescent, ayant peu d’argent, j’attendis quelques mois que ma sœur, qui vivait alors à Paris et pillait régulièrement les fonds de je ne sais plus quelle médiathèque d’arrondissement (le 5ème, je pense), m’en envoie un repiquage sur cassette. Cette cassette m’a accompagné pendant une partie de ma deuxième année de khâgne à Bordeaux (ce qui, au vu des dates, me fait dire que les “quelques mois” devaient être deux pleines années, car l’album Revivre est de 1991 et ma première tentative pour le concours de la rue d’Ulm était en 1993), et Tristes Tropiques, chanson qui ouvre le disque, est loin d’être ma préférée : guitares trop apocalyptiques, claviers un brin trop planants, texte un peu trop manifeste. (D’ailleurs, l’orchestration donne une grande partie de son sens au texte.)
Bref… Cette chanson emprunte son titre à un très célèbre essai de Lévi-Strauss, publié au début des années 1950, et qui fit date. Manset, qui est, depuis longtemps, un voyageur passionné par l’Amérique du Sud, précise ainsi, dès le titre (et dans le refrain : « sous les fumées d’encens des tristes tropiques »), qu’il est question des Amérindiens. Ainsi, l’idée principale de ce texte semble être : les Indiens disparaissent à cause de l’empiètement de la "civilisation" d’origine européenne, et leurs sociétés mourront bientôt. Mais, en fait, le vrai « message » de la chanson (quoique je répugne un peu à cette terminologie (enfin, dans le cas de ce texte de Manset, il y a, effectivement, une forme assez brutale de vouloir-dire, qui le dépoétise en partie, d’ailleurs)), c’est que la civilisation européenne ancestrale, elle-même, est menacée par la technique, les progrès trop fulgurants de la science, le luxe et le matérialisme ("piscines en marbre de Carrare"). Manset est convaincu que la culture, l’art et l’humanisme, qui régnaient en maîtres jusqu’à des temps point si reculés, sont en train de mourir eux-mêmes face aux coups de boutoir du profit, de l’industrialisation et du capitalisme. La convergence entre ce qui menace les Indiens et ce qui nous menace, nous Européens d’aujourd’hui, est annoncée dès le premier quatrain : « Pas d’étuis péniens, pas de curare / Mais la même terreur qui force à reculer ».
Le fin mot (ou le mot de la fin) serait alors : « pour nous sauver peut-être il n’est pas trop tard ». Je pense que le verbe sauver a ici un double sens :
1) il est encore possible de sauver la civilisation européenne
2) il est encore possible de s’enfuir (se sauver) dans un lieu à peu près préservé (ce que Renaud Camus, très proche de cette idée, nomme « dispar’être »).
Autre chose, chère Celina – je ne sais pas du tout si vous connaissez l’album Revivre dans son ensemble, mais il y a d’autres éléments à prendre en compte, et qui sont étroitement liés à la structure du disque. Tout d’abord, Tristes Tropiques, mélodie agitée, frénésie affolée et inquiète, reçoit, comme écho apaisé, en fin d’album, le très beau et serein Territoire de l’Inini, qui célèbre la vie des Indiens autour du fleuve, sans oublier la menace des « cendres sous l’abattis » et de l’ « avion reparti ». Autant la musique de Territoire de l’Inini est apaisée et douce, autant les portées des divers instruments semblent, dans Tristes tropiques, se fracasser les unes contre les autres.
Ensuite, la chanson qui occupe le centre de l’album et lui donne son titre, Revivre, creuse l’idée qui est au centre d’un des vers de Tristes Tropiques : « mais ce qui meurt un jour un jour revit » (avec chiasme). Du reste, Revivre ne donne pas une vision très joyeuse du recommencement, tout simplement impossible, à en croire la fin abrupte :
On croit qu’il est midi, mais le jour s’achève
Rien ne veut plus dire, fini le rêve
On se voit se lever, recommencer, sentir monter la sève
Mais ça ne se peut pas
Non, ça ne se peut,
Non, ça ne se peut.
11:20 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)
Vertigal
Chose inhabituelle, le sachet de thé Rembeng que j'attrapais dans le placard est tombé à la verticale, sans nullement s'ouvrir ni, par conséquent, répandre à terre son contenu. Hier soir, j'ai commencé de relire Le Voyage vertical, mon roman préféré de Vila-Matas.
Ce n'est pas souvent que je relis, même un livre aimé. Mon thé infuse.
(Il avait le vertige à l'idée d'être publié aux éditions Verticales. Pourtant, à la première occasion, il s'est enfui vers la rue Bottin.)
10:55 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (2)
Après Combourg
Il faisait beau, grand soleil, puis le temps se couvre, se gâte, gâche même le gravier qui ponctue le regard, nuages trop lourds, trop gris pour m’emporter, tels, levés, les orages désirés, mais m’atterrent, m’arrachent même la langue, cette langue elle-même trop lourde pour supporter le poids de telles cascades, de tant d’affaissements. Maintenant, je donne dans la miniature.
10:05 Publié dans 59 | Lien permanent | Commentaires (0)
Comment déblatère-t-on ?
De récents voyages, je ramène des brassées de photographies, dont je n’ai encore publié aucune, préférant toujours donner l’ascendant, en moi, à l’attrait de l’écriture pure, à tel point que ce bref romanceau, Le vin est tiré, que j’avais commencé de faire paraître dans la catégorie Pauvres Pyrénées, souffre d’un certain retard, ou même a subi d’un coup d’arrêt, car chaque chapitre (ou presque) est illustré d’une photographie, et que cela me prend, en fait, plus de temps de chercher puis choisir une image que de déblatérer.
08:50 Publié dans Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (1)

