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vendredi, 06 juin 2014

Pong▓Ping, 1

    Irene Aebi est née à Zürich, et c’est à Zürich qu’elle enregistra l’album Blinks, avec son Steve Lacy. Irene Aebi fait partie de ces rares voix féminines que j’aime, dans le jazz – mais alors, follement. Initié à la musique de Steve Lacy par mon beau-père, le premier CD que je m’achetai de lui fut Vespers, et je fus étonné de cette sorte d’oratorio, avec Irene Aebi en grande prêtresse. Irene Aebi, je n’ai pas entendu votre voix depuis longtemps ; demain, je réparerai cet outrage.

22:21 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, MUS, Pong-ping | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 03 juin 2014

Elephant Trees (5’52”)

 

Trzaska/Brice/Sanders, 2012

    Les murmures guettent la parole.

Avec des intonations censément inoffensives, ils figent la vérité dans leur ciment.

C'est difficile, chaque mot pèse, on voudrait ne pas ajouter au tohu-bohu tous ces cris aussi féroces qu'insignifiants. L'eau brune du Thérain offre ici la meilleure image : dans sa façon de refléter le ciel, il y avait étouffement, glu, clap de fin longuement étiré. Il a donc fallu vagabonder, se garder des murmures, qu'ils fussent bienveillants ou sournois. Les regards en coin étaient autant de flèches.

C'est difficile, on finit par s'épancher, laisser aller le flot de ses propres paroles, et, certes, chaque mot devrait peser, ça finit salades, piteuses lessives, couronnes d'or posées sur des têtes informes d'ectoplasmes.

Mais on a tout de même vaincu les murmures, par le chuchotement.

10:39 Publié dans 721, Aujourd'hier, J'Aurai Zig-Zagué | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 02 juin 2014

Three Times Around The Bird Bush (11’21”)

Toxvӕrd/Jacquemyn/Jørgensen, 2013

    Raffût, persiennes ouvertes.

De secrètes luxures, passe une bétaillère.

Au loin les cloches bringuebalantes d'une église fourgonnette.

Depuis tant de départs, une balle rose vous invita au bal, une balle rose posée sur un tissu à motifs africains, grège rêche le plus doux qui fût. On entend la mélopée dans la canopée, nous voici au bord de renaître, différemment, sous un soleil de plomb.

On arrête le pas, presque on en oublierait de respirer.

Devant nous, dans le lointain, la mangrove – mais ici, des millions de plumages multicolores, qui nous rendent muets. Les pneus de l'église crissent, plus près, désormais. Elle écrase un zèbre, se rapproche toujours davantage.

Suggestions de quoi — de phrases ?

L'archet invincible, invaincu, a stoppé net la course folle de la fourgonnette. Il nous présente des vierges barbues, fait apparaître dans le ciel, entre les ramures, d'étranges colifichets étincelants. Maldoror se réveille dans un éclat de rire qui suffit à glacer le sang des blaireaux occupés à fouailler, non loin. Rassemblant le peu de forces qu'il leur reste, les blaireaux s'enfuient ; leur douceur ne peut rien contre les maléfices de Maldoror. Bien heureux encore si l'église endiablée de Maldoror ne les écrase pas.

Traces, lignes, zigzags, dérapages de mine de plomb sur la feuille, mine crissante dans la mine, traces et lignes comme des soldats prêts à crever.

L'archange blond, diabolique, esseulé et heureux, travaille et fouaille le sol de son groin.

Sortent des lombrics, qui se collent à l'archet, éclaboussent la caisse en bois. Pour qui est ce cercueil ? Maldoror a souri, n'a pas répondu. Voyez comme il sourit. Oh ce sourire. Il en a fait pâlir. L'église est embourbée dans le bitume chaud, bouillant, lave de millions de lombrics.

Les lombrics desséchés tombent sur la feuille de papier, découpe au plomb fondu.

Maldoror s'interroge à haute voix, se demande quel crâne ouvrir en deux pour en faire sortir les fertiles arguments qui pourriront le monde comme un fumier. Quel terreau corrompre de son sourire infect. La contagion gagne, mais l'archet a repris le dessus.

 

Abandonnés sous la canopée, nous dormons.

10:31 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)