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mercredi, 13 septembre 2006
Vitaliano Trevisan dans son vison italien
Vitaliano Trevisan dans son vison italien ne peut pas vraiment être italien, me dis-je, ni habiter Trévise, pensai-je en refermant le long livre à la couverture jaune, non sans avoir mûrement réfléchi à ce que je lui écrirais, à lui, à Vitaliano Trevisan, à cet homme photographié en quatrième de couverture dans son vison italien, pensais-je en envisageant de lui écrire. Il faut que je vous reproche, lui écrirai-je, d’être trop ouvertement influencé par les récits brefs de Thomas Bernhard, et j’en sais quelque chose, moi qui me suis plusieurs fois retenu de prendre la plume pour écrire un récit bref à la manière de Thomas Bernhard après avoir lu un récit bref de Thomas Bernhard, lui écrirai-je, pensai-je en refermant le livre. Il faut que je vous reproche, lui écrirai-je, de m’avoir infiniment séduit, et comme j’ai lu votre « compte rendu » dans la traduction de M. Jean-Luc Defromont, comme je ne suis pas apte à lire l’italien dans le texte, de m’avoir poussé à m’interroger sans cesse quant au responsable de cette parenté si évidente entre votre prose et celle de Thomas Bernhard, que j’ai lue tantôt en allemand tantôt en traduction française, pensais-je que je lui écrirais. Le responsable est-il l’auteur ou le traducteur, pensais-je. Le responsable est-il le traducteur ou l’auteur, lui écrirai-je. Sans doute, pensais-je, me répondra-t-il que les deux sont responsables, que l’auteur est coupable d’avoir subi l’influence de Thomas Bernhard et que le traducteur est coupable de s’être trop référé aux traductions françaises des récits de Thomas Bernhard, m’écrira-t-il, pensais-je. Et il faut que je vous reproche, m’imaginai-je lui écrire, d’avoir écrit une histoire si obsédante et si bouleversante qu’on ne peut pas s’empêcher de vouloir en faire un film et que, dans le même temps, tout film trahirait inévitablement le point de vue du narrateur et l’esthétique même de votre récit, de sorte que c’est une histoire de fous, lui écrirai-je, qu’on se sent obligé d’adapter votre récit à l’écran, comme on dit sottement, lui écrirai-je, mais que cela est, dans le même temps, rigoureusement impossible, comme on dit sottement, lui écrirai-je, comme il était impensable d’adapter les récits de Thomas Bernhard à l’écran, l’ombre moqueuse et bientôt injurieuse de l’écrivain planant sur tout projet de ce genre, car il n’eût pas manqué de vomir toute tentative d’adapter ses récits brefs ou moins brefs à l’écran, pensais-je, et d’ailleurs il en est du film comme de la langue, on ne sait si c’est une question de langue – l’allemand, l’italien ou le français – ou de projet esthétique, et finalement, lui écrirai-je, la seule chose de sûre c’est que j’ai lu votre texte en français, pensais-je, et que j’écris moi-même cette lettre en français, de sorte qu’on est sûr que je suis, pour ma part, influencé tant par les traducteurs de Thomas Bernhard que par le vôtre, et que vous ne pourrez peut-être même pas me répondre en français, lui écrirai-je, pensais-je. En tout cas, pensai-je en refermant le long livre à la couverture jaune, je ne lui écrirai pas que Loupinot court plus vite que le zébu du coin, parce que, pensai-je, cela n’a aucun rapport avec son « compte rendu » ni avec mon envie d’en tirer un film, comme on dit sottement, pensais-je, ni non plus avec l’influence des récits brefs de Thomas Bernhard sur son écriture ou sur le travail de son traducteur, et il faudrait, pensai-je, que je songe à lui demander si c’est bien du vison italien que lui, Vitaliano Trevisan, porte sur la photographie en quatrième de couverture, à moins que je ne m’abstienne de le lui demander, pensai-je, et que je préfère écrire un compte rendu de son « compte rendu », c’est-à-dire que j’écrive, pensais-je, un vrai compte rendu (ou une recension, ou un article de critique) du récit de Vitaliano Trevisan, dont le sous-titre est, une fois encore sous l’influence de Thomas Bernhard, pensais-je, « Un compte rendu », alors que c’est un récit et que le compte rendu est l’œuvre du narrateur fictif, ce qui fait que seul mon compte rendu sera vraiment un compte rendu, car je ne voulais pas à ce moment, pensai-je, entrer dans les subtilités sémantiques du mot compte, qui était aussi relatif au décompte des pas, et même des quinze mille pas éponymes, comme, pour ma part, je peux, selon une coutume qui m’est chère, vous affirmer, sans entrer dans le détail des allers ni des retours, que ce texte compte exactement quatre mille cinq cents signes en comptant les espaces, pensai-je.
10:54 Publié dans Âcres fins | Lien permanent | Commentaires (6)
Larmes de l'onde
Amarré passe un remords de pommier
grille mordu dans la gaze du sort :
L'île mouillée, douleur du seul œil, dort.
L'Adour reluit
imberbes sables déchirants
tourbes des signes impeccablement blancs ...
... et l'on étend glauque et ardent
leurs joncs savants.
09:55 Publié dans Xénides | Lien permanent | Commentaires (5)
Tout ciel m’est un
Le lit à baldaquin, sous la tornade, a l’air cocasse. Nous voyons, le long du fleuve, avancer les bagnards, leurs boulets accrochés aux chevilles, comme des poètes punis d’avoir trop joué sur les mots. Regardez s’envoler le lourd duvet où la comtesse avait l’habitude de s’allonger délicatement. Il a l’air d’un canard géant. Vite, un grog pour mon rhume !
05:55 Publié dans 59 | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 12 septembre 2006
Jardins de Valmer, 5 (version 649/775)
Chapelet d’andouilles ! Ô, j’ai lieu de louer !
Vous pendez durement, mollement, comme un dais.
Tout est truqué, tout faussé. On s’endort avec vous.
(Même si vous dormez, pas un cul n’en a cure. Pas une fesse ne se presse contre vos courbes dures. Pas besoin de vous faire un dessin, hein ? Vous me comprenez à mi-mot, saloperie d’andouilles !)
Andouilleries de curcurbites, courbées sous le poids des ânées, vous pouvez braire, ou vous taire. On ne vous mènera pas, biches, jusqu’au cerf. Pas braire ni bramer ! À quatre vous pendez.
Sous vous poussa la mandragore.
Mais enfin, je m’énerve, et vous restez là, grosses, molles et dures, lourdes et terrifiantes. À quels supplices vous a voué le dieu qu’on dit bienveillant ? Sept tortures renaissent, comme un flambeau caparaçonné.
16:20 Publié dans 721 | Lien permanent | Commentaires (0)
It's not yesterday / ... anymore
Il éprouve la même joie, intense, qu'à l'âge de sept ou huit ans, quand il écoutait cette même chanson, dont alors il ne comprenait même pas les paroles. Il se demande s'il doit se réjouir d'être aussi constant dans ses enthousiasmes ou s'il doit déplorer d'être resté gamin. Peut-être la vraie satisfaction est-elle d'éprouver encore de la joie, quelle qu'elle soit.
13:31 Publié dans ABC*ACB | Lien permanent | Commentaires (1)
Jardins de Valmer, 5
Chapelet d’andouilles ! Ô, j’ai lieu de louer !
Vous pendez durement, mollement, comme un dais.
Tout est truqué, tout faussé. On s’endort avec vous.
Andouilleries de curcurbites, courbées sous le poids des ânées, vous pouvez braire, ou vous taire. On ne vous mènera pas, biches, jusqu’au cerf. Pas braire ni bramer ! À quatre vous pendez.
Sous vous poussa la mandragore.
07:55 Publié dans 59 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne
lundi, 11 septembre 2006
Ratage
De la farine dans le nez. Du potage au-dessus des yeux.
Ratage.
23:30 Publié dans Minimalistes | Lien permanent | Commentaires (0)
Clermontueuse
Personne ne rêve autant que l’hirondelle, quand elle vole des jours durant, des heures durant, des nuits durant, gobant moustiques, luttant contre les vents, et qu’elle revoit ce coin de poutre, cette resserre où elle retapera – de boue séchée volée dans les marais, de fils de couleur trouvés dans les parterres – le nid de l’année passée, tant et si bien qu’elle ne songe plus qu’à cela, même prise dans les vents les plus violents, même au-dessus de l’océan, ce désert d’eau, et que tout son voyage est un rêve, comme jamais d’autre il n’y a.
21:12 Publié dans 410/500 | Lien permanent | Commentaires (1)
Éric Chevillard, riche vieillard ?
Il met la dernière main, mine de rien, à son soixante-dixième roman. Il a quatre vingt dix-neuf ans, est entouré d’honneurs et couvert de jeunes filles (à moins que ce ne soit l’inverse) et de femmes moins jeunes mais plus expertes encore dans le déduit. Tu es parvenu à tes fins, hein ?
Mine de rien, il va publier son soixante-dixième roman, plus beau et plus drôle que tous les précédents, Maintenant roule. Il avait songé à Maintenant rouge, ou Maintenant rousse, mais c’est plus amusant comme cela. Les titres l’obsèdent de plus en plus, mais il refuse de l’avouer, de crainte que l’on ne pense qu’il joue les divas. Il est resté plus simple d’abord que jamais, et mystérieux aussi, à sa façon.
Depuis Vieille barbe, publié en 2039, il n’a plus un poil sur le caillou.
Depuis La Lune pour ne rien dire, publié en 2045, il n’a plus vraiment décroché de sa console de jeux intersidérale.
Depuis Gamin, au panier !, publié en 2021, et dans lequel il se risquait, par le biais d’une métaphore sportive, à critiquer la politique d’émigration choisie du gouvernement de centre-droit dirigé par Marine Le Pen, on ne lui parle plus trop de politique, et lui non plus n’en est pas très friand. D’ailleurs, qui s’y risque encore ?
Depuis Les Stratagèmes de la pierre précieuse, publié en 2033, il n’a cessé de parler d’or, ce qui le changeait de ses braquages de jeune homme.
Depuis Zoziau aveugle, publié en 2057, sa vue s’est encore améliorée, et il peut écrire de plus belle sur l’œuvre des peintres aimés.
On ne sait plus très bien combien il touche chaque année en droits de traduction, d’adaptation à l’écran. Ça n’intéresse pas grand monde, car le bougre sait se faire oublier. Mais les premiers mots de Maintenant roule, des dizaines de milliers de groupies sont prêts à les boire à même ses lèvres, et au fond de son œil malicieux on devine encore l’amusement que procurent, dans son esprit, ce grand malentendu qui se prolonge.
18:25 Publié dans Âcres fins | Lien permanent | Commentaires (0)
Honni baba
Ce n’est pourtant pas sorcier à comprendre : je ne mettrai pas ce masque. Point barre.
Je veux bien jouer au cerceau, même me creuser les méninges, petits chevaux Monopoly ou bataille tout ciel m’est un, mais ce masque sanguinolent qui va me coller à la peau, je n’en veux pas et je hurlerai si on me le met d’office.
14:18 Publié dans 59 | Lien permanent | Commentaires (0)
L'Arbre à lettres
Eh non ! Je n'ai encore rien lu de Kostolanyi Deszö, mais je retiens ce titre : Le traducteur cleptomane. La coïncidence est trop belle !
Par ailleurs, il y a, dans l'exemplaire d'Alouette acheté hier, à la page 136, un marque-pages de la librairie L'Arbre à lettres.
09:41 Publié dans Ex abrupto | Lien permanent | Commentaires (6)
Jardins de Valmer, 4 : La mante religieuse de Jean-Luc Goupil

Elle tient entre ses pattes antérieures un globe. Je crois qu’elle le gobe. Je la vois le gober. Au désert vert de sa tôle, dans les jardins, pas loin d’une théorie de coloquintes, le toboggan réagencé nous entraîne dans notre chute. Silence !
04:15 Publié dans Minimalistes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne

