« lun. 17 sept. - dim. 23 sept. | Page d'accueil
| lun. 01 oct. - dim. 07 oct. »
samedi, 29 septembre 2007
Dès qu'Adam...
Dès qu'Adam attaque le scherzo de la Sonate n° 2 opus 35 de Chopin, Marius Tincu aplatit dans l'en-but des Blacks. Joie sauvage, et ferveur sous le clavier. Plus tard encore, ça se gâte. Tout de noir vêtus, quelques gentlemen portent un cercueil.
13:39 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Musique, Rugby, écriture
En vain et sans histoires
Écoutant pour la dixième fois Buvant seul de Dick Annegarn, Araïna a décidé d’écrire enfin le chapitre de sa thèse qu’elle veut consacrer à ce texte, et principalement – d’ailleurs – à sa mise en musique, solo de guitare surtout. Sa thèse porte sur les rémanences contemporaines du poème de Li Po sur la compagnie de l’ombre de la lune, mais, comme elle s’est heurtée à quelques difficultés en traitant de la métamorphose de la lune en chien dans trois œuvres de langue espagnole, il lui semble utile de rebondir, comme on dit si vilainement. L’exilée du ciel, en un sens, c’est elle. Auprès d’elle, sous les draps, Irina se pochtronne, comme d’habitude, au whisky et au bartissol comme d’habitude.
Je repense, en évoquant ce couple d’ombres – Irina et Araïna –, à cette phrase énigmatique : « Ma coupe est vide (je suis abstème) et la lumière du chien est sombre. » (Les Larmes, trad. de Michel Lafon, éditions André Dimanche, 2000, p. 53). Le mot abstème existe-t-il ? je ne l’ai compris que par analogie avec l’anglais abstemious. S’il existe, pourquoi ne l’ai-je jamais rencontré ? Ce semble être une version savante de l’anglais “being a tea-totaller”. S’il n’existe pas, d’où vient le néologisme ? Du texte d’origine (César Aira) ? Du traducteur ? Pourquoi ? Ma voisine de lit m’a suggéré sobre, mais on peut boire de l’alcool et être sobre : abstème signifie, sans équivoque possible, que le narrateur ne boit jamais d’alcool.
Entre-temps, la nuit a envahi la pièce de vie, et, ici, au gîte de Kergaer, c’est le plein matin, même sous un timide rayon de soleil. Nous irons dans d’autres vies, d’autres eaux. (Au fait, l’artiste québécoise se nomme Marie-Josée Laframboise.)
07:06 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, écriture, Chanson, Musique
vendredi, 28 septembre 2007
Emballements, embrasements
Je regarde la flamme qui danse. Toi, tu en as vu passer, dans ta vie, de ces gens petits ! Il fut ballé, sauté, dansé… Dès le premier coup d’œil, il fut enthousiasmé par la beauté brûlante d’Irina, et son sourire au premier chef. Je regarde la flamme qui, telle une belle fille lente, se plie et se dérobe aux à-coups du vent, et porte la nuit autour d’elle comme une toque. Le copiste avait lu Llano au lieu de llanto. Pierre s’était pendu – par amour.
[ 19.08.2007. ]
07:05 Publié dans Dimanche pleurera | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Bretagne, écriture
jeudi, 27 septembre 2007
César : Aira :: Les : Larmes
La matière de ce récit, ce sont les antipodes. Ce n’en est ni le sujet ni le thème, mais la matière. Récit écrit de manière à opérer sans cesse des renversements, des allées et des venues entre des registres et des régimes de sens diamétralement opposés, il ne bouleverse pas le lecteur ; plutôt, il le fait tourner en bourrique, ou en sablier. Sans cesse, le narrateur tourne les pensées, les jugements du lecteur de ce récit censément en train de se faire (mais, en fait, au fond, absolument préfabriqué), pour les inverser, les nier, les faire basculer – tout tournebouler. Si ça vous chante, vous pouvez aller saupoudrer ça de tropismes façon Nathalie Sarraute… mais la différence essentielle, c’est qu’ici rien n’est creusement. Non, tout est chatouillis, grattements à la surface, titillations. Le narrateur remue la vase en de nombreux points distincts de la mare, et très vite on ne perçoit plus même la forme de la mer. (Quelle analogie inepte, dirait-on.)
On en passe par le texte traduit. (On en passe toujours par le traducteur ; on en vient toujours au traducteur, comme on en vient aux mains. Le texte que l’on a lu, c’est celui du traducteur, un texte un peu ventriloque, sans doute beaucoup hanté par en dessous, du tréfonds. On en vient là, à ces mots tracés par Michel Lafon, s’ils lui furent dictés, intimés peut-être, par César Aira.)
« Il y avait un Japon en train de se poser doucement sur l’Argentine, mais sur toute l’Argentine, centimètre par centimètre, dans la douleur, une douleur suave, bleue, violette. » (p. 64)
Convoquez Borgès et Cortazar si vous le voulez – et vous aurez raison car leur influence saute aux yeux – mais tout ici n’est que collusion/collision, coïncidence/dissension, explosante/fixe, et surtout hallucination née de la longue contemplation d’un globe coloré ou d’une mappemonde comme celle que j’avais enfant au-dessus de mon lit.
À un moment, hors des virevoltes et pirouettes auxquelles le lecteur se soumet (nommons ce phénomène de lecture la loi d’accélération antipodale, si vous le voulez bien), il peut bien rêver même à certains mots par-delà leurs connotations immédiates déjà pas simples. Ainsi l’Argentine suggère à la mémoire un vers de Baudelaire, la gueule de Maradona bouclé en 1982, un quartier de Beauvais (qui devait ce nom à la fleur d’argent), un zézaiement de Boby Lapointe.
Passé par les antipodes comme on a pu être passé par les armes, le temps d’un aveu, l’esprit projette de lancer enfin, pour de vrai, le chantier des Tropographies.
[ 19 août 2007, Kergaer ]
07:04 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, écriture, Bretagne
mercredi, 26 septembre 2007
1474 - Bon, pas bon, mauvais, moins pire...
Jean II le Bon (qui, après avoir épousé Bonne de Luxembourg, eut des démêlés avec Charles le Mauvais (je n'invente rien, esprits médiocres)), fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers le 19 septembre 1336. Une semaine plus tard, le 26 (il y a 771 ans), était-il déjà embastillé à la Tour de Londres (et non fumant des londrès à la Bastille) ?
20:00 Publié dans Hystéries historiées | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Histoire, Fiction, écriture, Ligérienne
Éléments du mobilier
Une crampe passagère (déjà passée) à la cuisse gauche, la flamme allongée de la bougie (dans un verre à pied), le vrombissement parfois ronronnant du frigo, le corps vissé ou rivé à cette table dans la vaste pièce de vie, il ne reste que deux pages sous la couverture rouge. Comme le shampooing qu’Irina a employé pour sa douche tout à l’heure – de marque Iroise (Araïna a passé sa journée à fredonner le refrain d’une chanson un peu bébête de Souchon) – sentait le fluor, elle craint qu’il lui pousse des dents sous le cuir chevelu. Elle fera brûler un cierge à l’ossuaire hollandais de Saint-Penthézec. Irina et Araïna se sont enlacées silencieusement sous la couette, et il reste toujours deux pages (à lire) sous la couverture rouge, et deux mouches près du luminaire violet, et un reflet diffracté dans la vitre du buffet de la cuisine, dans la vaste pièce de vie. Relevée, Araïna cherche à se rappeler le nom complet de l’artiste québécoise dont elle a lu, dans un prospectus quelconque, qu’elle exposait à Quimper : quelque chose Framboise ? Tourne en rond comme dans sa cage un loup à crinière. Elle est entièrement nue, dans la lumière d’hiver. Voudrait pleurer, pour tant de raisons pêle-mêle. Plie.
[ 19.08.2007. ]
13:36 Publié dans Pêle-mêle | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Bretagne, écriture

