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dimanche, 31 mars 2013

Gardons

    On t’a poussé devant, tu t’y es poussé seul aussi il faut dire, on faisait une ronde de protestation, on a tapé du poing, on secouait le flic, on faisait n’importe quoi, toi le magma te déconcerte, on t’a emmené mal au bide à l’Alliance, on est venu t’y cueillir, on te regardait d’un œil inquiet, matraque et stylo, on conduit, on longe, on arrive et on t’apprend que tu es en garde à vue, ça dure cinq bonnes heures, on se fait à tout il paraît.

12:12 Publié dans Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 30 mars 2013

A Pole & a plot

    À l’arrivée, nous fûmes défaits de ne voir arriver qu’une bande d’arrivistes.

Ça va barder, lançai-je alors, en voyant le barda que transportaient ces bardes hautains.

Un commentateur avisé me tira alors par la manche, et me suggéra de ne pas livrer le moindre commentaire – suggestion que je me contenterai de ne pas commenter.

Décidément, il fut décisif, ce moment dans cette gare surpeuplée.

D’un air entreprenant, l’un des arrivistes entreprit, folle entreprise, de me faire l’éloge des entrepreneurs. Folle entreprise, totale folie, digne d’un fou. Dans cette gare, je vis se garer le train à grande vitesse d’où étaient descendus les arrivistes, et pas sur une voie de garage. L’arriviste au dithyrambe s’enhardit alors et me  fit un clin d’œil genre Journal du hard.

Dans son idiome, ce genre de clin d’œil – tout à fait idiomatique – valait idéalisme.

chamet_34.jpgPas un sou de jugeote, lui crachai-je à la gueule, sûr de mon jugement : il fut interloqué de voir un tel juge ainsi le juger. La livraison d’arrivistes, je n’ai pas de quoi en faire un livre. Dans mon malheur, pourtant, je ne fus pas malheureux de ce qu’il advint. Le sourcil nuageux et entouré d’une nuée de ses semblables, l’arriviste au dithyrambe leva les yeux aux nues et me dit : dissipons ce nuage entre nous.

Optimiste par profession, il opta pour un ton professoral, ce qui n’était qu’une option parmi d’autres : vous êtes professeur, et je professe, moi, la liberté d’entreprendre. Je trouvai son jargon plus inqualifiable encore, et pour le disqualifier de ce quai de gare, fort de mes qualifications, entrepris de lui démontrer la piètre qualité de ses propos. Il rua dans les brancards, tandis qu’autour de lui la nuée se faisait ruée, les arrivistes multipliant les ruades.

Je vois qu’il me faut stratifier mon récit, le nuage entre l’ultralibéral et moi ayant viré au stratocumulus, et en voici donc les dernières strates.

Terrifié par mes terrifiantes imprécations, l’arriviste, terrorisé, s’enfuit de la gare pour aller se terrer dans quelque terre accueillante. Une terre unie, baignant dans un universalisme niais. Voyons, le voyage de ce voyeur avait bien failli tourner saumâtre, pas à la revoyure, tous les voyageurs descendent du wagon. Du wagonnet, d’ailleurs, où tous vaquent en wagonnant. Toujours est-il que, ce xénophobe disparu, je pus, le sourire revenu, accueillir mes amis xénomorphes et reprendre l’écriture de mes Xénides.

L’écriture, yo man ! — ce doit être comme un yoyo qu’on yoyote.

À l’écrit, vous ne le sentez pas, mais le zézayeur ne cesse ses zézaiements qu’au zénith, à l’abri d’une verrière de gare… ou pas.

(Ill. : une des planches de G. Roux pour La Chasse au météore)

17:36 Publié dans Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 29 mars 2013

Le printemps semblait poindre

    Le printemps semblait poindre. Et puis rien du tout, peau de zébi en quelque sorte. Les poètes allèrent chercher, au fond des bennes, leurs complaintes sur la prairie morte. D'autres préfèrent cueillir les asphodèles dans la vallée de l'Indre.

Sur les réseaux sociaux, comme toujours, on employait la manière forte. S'enflammer, que cela ne mène à rien, ou à pas grand chose, ne suffit pas à éteindre. Chevillard évoque encore Albert Moindre. —L'hiver, pas de quoi se sectionner l'aorte.

Il vous reste des alizés. Une fauvette noire mâle s'active dans la haie de troènes. —Les poètes, cette race infecte, ne comprennent pas que nous cédions à nos humeurs maussades.

Ce n'est pas encore pour ce week-end, pandas et chimpanzés ! Les poètes fouillent de plus belle dans les bennes, eux à qui on devrait tout pardonner — sirops, furies et passades.

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15:39 Publié dans Sonnets bifides | Lien permanent | Commentaires (0)

Sinful

    Que t'arrive-t-il, ce matin, que tu n'aies rien sur la peau ? Cette phrase contournée, question aux pores ouverts, ne t'accompagnait pas au réveil, mais cela n'eût pas été impossible. Après l'opium d'Ovide, tu as plongé – pour rien, encore – dans le bassin aux Ernests, évitant soigneusement les tables en bois, et les jeunes filles qui déambulaient sur le gravier en mouvements saccadés, comme des pièces de jeu d'échecs.

Si les échecs peuvent rendre fou (ce que pense Paul Auster), la musique aussi, à un certain degré d'écoute (ce que pense Colomba).

Tu ne cesses d'interrompre le fil de ta vision ; que t'arrive-t-il ce matin ?

Peut-être est-ce d'avoir admiré, toute la semaine déjà, les feuilles qui poussent avec vigueur sur les saules pleureurs (ceux du square au bout de la rue, ceux de l'avenue voisine, ceux du parc), tandis que ni le prunier ni le cerisier ne se sont réveillés. Ce n'est sans doute pas plus mal, si ce froid de canard (on dit toujours un froid de canard, les ours polaires trouvent ça bizarre) dure encore, paraît-il jusqu'à la mi-avril, ce n'est pas possible, on ne tiendra pas, même avec le soleil on ne tiendra pas. Au moins, après ça, je sais que je peux écrire, sans trop forcer mon talent, un onzain pour célébrer Ivo Perelman.

Célébrer n'est pas le mot juste, je ne trouve pas le mot juste, les jeunes filles continuent de se mouvoir étrangement, il règne, au fond du bassin aux Ernests, un froid vaseux, il y a si longtemps (bouzin déglingué dans la chambre dont tu as oublié jusqu'au numéro) que l'on n'a pas écouté ce beau disque d'Oscar Pettiford ça va me rendre fou. Les jeunes filles se poursuivaient à pas ultra-lents, souples comme des virgules, raides comme des contre-cotices.

Et fou de métaphores, devenu dingue après trop de parties d'échecs sur le dos d'une contrebasse, tu es parti dans un envol de cymbales, c'est curieux tout de même, ce silence qui ne parvient pas à s'immiscer dans le feutre, ce glissando, curieuse leçon pour d'étonnantes ténèbres, cette eau poreuse qui m'étouffe au fond du bassin aux Ernests.

(2060)

09:13 Publié dans B x A, J'Aurai Zig-Zagué, MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 28 mars 2013

La besace de Dieu

    Tout tombe un jour dans mon escarcelle. Après les cols blancs fonctionnaires, les incroyants inventèrent les cols verts. — Ah, ce pain ! quel délice !

Le cas de tricherie étant flagrant, l'étudiant fut renvoyé devant la commission de discipline. « Le début des terres se nomme Mauritanie. »  Ce flacon ouvert m'a soulevé le cœur, j'avais six ans, c'était au sous-sol, je m'étais ouvert le genou en courant trop vite sur la route, sale môme.

 

18:46 Publié dans Dimanche pleurera | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 27 mars 2013

Sehr ruhig (1921)

    Entre

gamine des rues,

ose entrer ici — dans ce musée vivant

nature irruptive.

 

Wagons de tes cheveux,

entre la fenêtre et la table,

lisibles,

lumineuse présence à l’entrée du musée —

entre

sans ambages dans ce

zoo de sons et de couleurs.

 

17:25 Publié dans Zézayant au zénith | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 26 mars 2013

Nonette

    Restée sur le bastingage,

une page

de toute beauté

oraison autant qu’appel

libellule sans but

farouche envolée dans le vent

 

Klička et Dvořák pesaient encore dans ce souffle

alerte, vivace

rébus, cette page envolée

encre persistante d’une

libellule exterminée.

 

17:40 Publié dans Zézayant au zénith | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 25 mars 2013

Geirr Tveitt

    Glaner les parfums

errer ainsi ton prénom

île en île, prairies

racines reprenant la route

riffs d'avant le futur

 

Trouer les fjords, fondre la terre

vases prairies racines

errantes dans les étangs d'or

inhabités de vouivres

têtus à reprendre la route

tenaces comme un envol d'aigles.

 

22:33 Publié dans Zézayant au zénith | Lien permanent | Commentaires (0)

Brief an den alten Dichter (version française)

n'écris pas de sonnets – méfie-toi

des sestines – ne va pas

je t'en prie succomber au plaisir

puéril de pondre une série de haïku –

évite surtout de mettre au

goût du jour les ballades lyriques

(bordel de bleu, on est en 2013) –

laisse tomber ton amour des limericks –

et arrête de te complaire

dans ces contrepets que tu oses

nommer poèmes en prose – jette

au panier rondeaux et odes –

et surtout – je te jure

ce n'est pas un conseil facile –

écris pour un vrai lecteur pas

pour ces bribes guillemetées


    Ce poème est une vraie première. Hier, dimanche, à sept heures du matin, j'ai composé un poème en anglais pour le nouveau recueil en cours, et, le relisant, recomptant, révisant, j'ai aussitôt eu envie de le traduire en français, ce que j'ai fait en quelques minutes. Les 16 vers ci-dessus sont donc ma première auto-traduction. Comme j'ai envie, depuis quelque temps, de traduire en plusieurs langues mes Douzains d'aise, voire d'autres textes plus anciens de ce carnétoile, ce n'est probablement pas la première.

09:25 Publié dans Aujourd'hier, Darts on a slate, MAS, Self-Be/Portrayal | Lien permanent | Commentaires (0)