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lundi, 17 avril 2006

Avenue Dureau

17 avril, 10 h 40.

    Comme j’écoute les premières des Variations Goldberg enregistrées par Jean-Sébastien Dureau en 2003 et publiées seulement ce mois-ci en accompagnement de la revue Classica (que je n’avais jamais lue et qui est d’un niveau général bien médiocre), je m’étonne de ne pas trouver plus lente cette interprétation, alors qu’elle est plus longue, d’un quart d’heure, que celle de Wilhelm Kempff (ma référence absolue), et presque deux fois plus longue que la preste et révolutionnaire version de Glenn Gould, et je repense combien, dans la librairie papeterie de Hagetmau, le magazine (que j’avais cessé de chercher, lassé de ne pas le trouver au milieu des blisters et des couvertures glacées, dans les bureaux de presse de Tours) m’a quasiment sauté aux yeux, ce matin. Ce n’est pas tant qu’il s’y trouve moins de titres que dans les échoppes tourangelles, mais il y a, tout simplement, plus de place, ce qui, me semble-t-il, doit inciter les chalands à s’envier davantage de telle ou telle revue, et donc à en acheter plus.

Jean-Sébastien Dureau attaque la cinquième variation, une de mes préférées, et elle me paraît, sinon plus rapide que dans le jeu gouldien, au moins plus enlevée, moins mélancolique que dans l’enregistrement de Kempff. C’est à n’y rien comprendre. (Mais je dois avoir, dans cet ordinateur, la version des Variatione par Glenn Gould, et je pourrai me livrer à d’infinies et inutiles comparaisons.)

20:05 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

mardi, 11 avril 2006

Air varié sur les jeux de fond

    La lourde voix s’envole, et le chant débroussaille l’air. Des coups de ciseau gravissent les montagnes. Joris Verdin joue sa composition, la note tenue sur l’émoi, et le fil glissant de son étonnement.

07:10 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

mardi, 04 avril 2006

Admire

    N'ayant jamais été très féru de Haydn (ou plutôt : n'ayant jamais écouté très attentivement ni très régulièrement sa musique), je ne sais que penser de son Armide, drame héroïque de 1784, et dont l'enregistrement m'avait été offert il y a quelques années pour Noël. Je l'ai écouté hier de bout en bout, et c'est un bel opéra, incontestablement, avec des airs d'une beauté à couper le souffle, mais je n'y prends pas le même plaisir qu'aux opéras de Mozart, dans lesquels la gaieté et la gravité, l'extase et la douleur se répondent par des contrepoints hardis, avec, bien entendu, une riche gamme d'émotions intermédiaires. Dans cette Armide, la gaieté s'exprime toujours gravement, et la gravité avec entrain ; ce genre fort mêlé, fort oxymorique, devrait me plaire, et pourtant je trouve à l'ensemble de la partition quelque chose de raide, de figé. (Il est entendu que certains airs sont bouleversants, je l'ai écrit.)

Sans doute mon avis est-il contradictoire, comme souvent, car je me vautre avec délices, ces temps-ci, dans les opéras de Lully, dont on ne peut pas dire que le chaloupé soit leur principale qualité ; plus hiératique (en quelque sorte), tu meurs.

Mais il faut interrompre l'écriture de cette note, car mon fils, curieux de voir ce défilé (et d'entendre crier "non au CPE", je pense), nous exhorte à nous préparer pour la manifestation. (Quand on dit que c'est la jeunesse qui sème la zizanie dans ce pays...)

09:17 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

lundi, 03 avril 2006

Fléchette

    Au début de l'acte I de l'Armide de Haydn, Rinaldo célèbre sa bien-aimée dans un vers renommé : "la mia tiranna". Dans la version enregistrée par le Concentus Musicus de Vienne sous la direction de Nikolaus Harnoncourt (Teldec, 2000), le livret propose, comme traduction, "celle qui me hante".

16:08 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

mardi, 28 mars 2006

(D'après) Guillaume de Machaut

Quand li printempz bourgeonne

Li cuers se meurt d'amour

L'abeille papillonne

Sur la patate au four

 

Et quand l'été arrive

Li solis arde aux ieux

Des ammantes lascïves

Et des cuers audacieux

 

Tes cordes de théorbe

Sung biens casse-berlonz

Maintenant sur l'euphorbe

Butine li frelonz

17:25 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (12)

dimanche, 26 mars 2006

Manuel Jeronimo Romero de Avila

    Connaissez-vous le compositeur espagnol du XVIIIème siècle Manuel Jeronimo Romero de Avila ? Pas moi, en tout cas. Aucune information nulle part. Une énigme.

17:21 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

samedi, 25 mars 2006

Indes galantes

    Refuser la mort.
Trébucher dans la splendeur.
Voir s’anéantir tout espoir de terreur.
C’est à ce moment-là que je tremble d’effroi.
Les porteurs d’étendards arborent fièrement leurs mensonges.
Sans blague, il peut murmurer : sans aucun doute, Bellone est plus belladone.
Revenir à de plus nobles sentiments. C’est là une étape essentielle de ce moment.
Les anges volettent, s’inquiètent, regardent de très haut la fièvre curieuse et muette.
Fureur, stupeur : c’est l’effet de l’Air pour les Esclaves Africains.
Ecrire cette série de douze romans : l’un d’eux, Rigodon.
Mourir pour des chimères, ici ou ailleurs.
Être plus que jamais terrifié. Oui.
C’est le moment de l’extase.
Un sourire aux lèvres.
Le cœur joyeux.
Rire sans fin.
Ecouter le tonnerre.
Pourtant, nuages se dissipent.
Les soucis reviennent encore : froncer les sourcils.
Revenir (encore & encore) à de plus nobles sentiments.
Elle refleurit, l’espoir renaît, et je m’embarque pour Cythère.
Le nuage posé au haut de la colline, le peintre est en proie aux affres.
Voici surgir quelque seigneur, que l’on prend quand même (mais tièdement) au sérieux.
Rêver aux éclats.

07:50 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

vendredi, 24 mars 2006

BWV 1027 sqq

    La grande découverte de la semaine aura été la disque des Sonates pour viole de gambe et clavecin BWV 1027, 1028, 1029 et 1019, dans l'interprétation de Juan Manuel Quintana et Céline Frisch. C'est superbe de finesse grandiose, de minutieuses folies, de détours si directs qu'ils comptent parmi les plus touchants de la musique de Bach. Il n'y a pas si longtemps, la seule idée d'un disque en duo clavecin-viole eût suffi à me convaincre de ne pas m'y intéresser. Décidément, les préjugés sont toujours impertinents. (C'est là préjuger...)

09:23 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

jeudi, 16 mars 2006

Avec croches

    Lors de la création de ces carnets, je me suis inscrit dans l'une des "communautés" de l'hébergeur Haut & Fort, à savoir la communauté Classique. Je voulais seulement faire remarquer que je n'ai encore guère écrit à propos de musique, car je suis un amateur même pas vraiment éclairé ; de surcroît, la dénomination même de "classique" me gêne beaucoup. Il se trouve que mes goûts me portent vers la musique (dite "contemporaine") d'un Dutilleux ou d'un Zograbian, vers les explorations d'un Schubert ou d'un Schumann (plus généralement qualifiées de "romantiques"), vers les pièces de Couperin (qui appartient, historiquement et peu ou prou, à la période "classique", mais qui, comme Lully ou Bach, a fait l'objet de redécouvertes au nom de la musique "baroque"), vers Britten (que dire de lui ? un classique contemporain ?). Toutes ces parenthèses, qui sont elles-mêmes autant de simplifications, montrent à quel point cette étiquette de "musique classique" n'a aucune pertinence ; cela signifie seulement que la communauté en question est une sorte de ghetto réservé aux quelques téméraires imbéciles doux rêveurs fous furieux qui aiment autre chose que la variété, la chanson ou la pop music (ou le jazz, mais c'est encore une autre affaire).

 

Renaud Camus écrit souvent, dans son journal, que, selon des codes pas si anciens que cela, tout ce qui est dénommé aujourd'hui "classique" s'appelait la musique tout simplement, ou, à la rigueur, "la grande musique". Le reste n'en était pas. Il regrette beaucoup, pour sa part, que le petit-embourgeoisement généralisé ait conduit tout un chacun à considérer pop, chanson, etc., comme de la musique à part entière ; je ne partage pas cet avis, mais, à coup sûr, l'étiquette de musique "classique" me hérisse au plus haut point. Mettre Marin Marais, Claude Debussy et Mauricio Kagel dans le même panier, c'est un peu rude... un peu comme si on rangeait les chiures de Marc Lévy et les romans de Balzac dans le même sac.

(Mais on le fait, c'est à craindre.)

 

Prenons un exemple. Je suis en train d'écouter les poèmes de Baudelaire mis en musique par Debussy, dans la version enregistrée par Felicity Lott en 1986, avec Graham Johnson au piano. Hier soir, j'ai découvert avec bonheur la 9ème Sonate pour violon et basse continue de Jean-Ferry Rebel, par l'Assemblée des Honnestes curieux (ensemble entendu à l'Hôtel de ville de Tours le mois dernier, dans un programme consacré à Haendel). Dans la matinée, mon fils m'avait réclamé Atys, l'opéra de Lully (pour des raisons complexes, qui tiennent plus, je pense, de sa passion naissante pour l'histoire (les rois, les Romains, les Gaulois, le Moyen-Âge) que d'un réel penchant musical (mais enfin, il écoute quand même Lully sans s'en lasser)) dans la création mondiale signée par l'immarcescible William Christie et ses non moins insubmersibles Arts florrisants, en 1987.

Vais-je devoir parler d'oeuvres si dissemblables sous une même communauté, ghetto ou lit de Procuste ? Les plus optimistes me rétorqueront : qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse... C'est vrai, et j'écrirai prochainement des textes [je me contraindrai à écrire des textes] sur ces divers compositeurs. Mais le flacon importe un tantinet, quand même.

 

Ajouté cinq minutes plus tard : vérification faite, la communauté "Classique" en question n'apparaît pas dans la page d'accueil de Haut&Fort, pour la simple et bonne raison que mon carnet en est le seul membre. Ce n'était pas le cas il y a un mois et demi. J'aurai fait fuir l'autre (les autres?). Du coup, c'est décidé : je me soustrais à cette étiquette et crée une autre communauté, dans laquelle j'invite les amateurs de... de quoi?? de "grande musique".

10:04 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

lundi, 27 février 2006

Widerstehe doch der Sünde

    « Je battais les taillis et les prés gorgés d’eau. »

La superbe cantate BWV 54 exsude l’inquiétude sereine d’une voix en proie au pêché, d’un corps tenté, d’une tintinnabulation fébrile, de fibrilles qui vont s’élargissant, dans la dignité et l’ampleur d’un appel à se maîtriser, à se respecter, à se fortifier, quasiment à se barricader contre le Mal ; la seconde aria, qui clôt cette brève cantate, témoigne d’une joie grandissante, car les semis prennent forme, le Diable (nommé) s’enfuit déjà – le ciel et ses taillis nous appartiennent en propre.

« Une éparse joie baigne la terre, et que la terre exsude à l’appel du soleil. »

13:10 Publié dans Droit de cité, MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 12 février 2006

Nulla in mundo pax sincera

    Longtemps, je n'ai guère aimé la musique de Vivaldi.

Quel soupçon, quelle réticence - quel adolescent et imbécile préjugé me retenait ? Lorsque je découvris l'oratorio Juditha triumphans, il y a deux ou trois ans, je fus subjugué. Depuis, c'est comme si un empire, une caverne pleine d'ors sonores, un ciel qui était déjà là mais que je ne savais entendre s'était révélé à moi.

Ces temps-ci, je fais mes délices des concertos pour flûte à bec, avec Laszlo Kecskemeti, mais aussi du coffret Erato de musique sacrée par l'Ensemble Vocal de Lausanne et l'Orchestre de Chambre de Lausanne sous la direction de Michel Corboz. Entre autres splendeurs, les quatre partitions qui composent le motet (non numéroté en RV) Nulla in mundo pax sincera figurent au sommet, telles, aux touffeurs de l'été, les neiges éternelles au sommet d'un pic parfaitement pyramidal.

Trop parcouru de bouffées fiévreuses pour en écrire davantage, je me laisse aller, languissamment, à écouter le chant si pur des cimes.

10:20 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (4)