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jeudi, 29 mars 2012

« Moite sous la chaleur »

    « Les enfants donnent la main à leurs pères. Quelques femmes voilées frôlent des adolescentes qui préfèrent le jean à la robe. Des hommes accroupis bavardent à l’ombre d’une porte. Si j’osais, je m’assiérais à côté d’eux, moite sous la chaleur, les yeux mi-clos, pour m’intégrer à ce fragment de monde tranquille. Pas si tranquille que ça… » (Christian Giudicelli. Tunisie, saison nouvelle. Gallimard, 2012, p. 51)

 

Recopiant ces quelques phrases, toujours dans le désir de ne pas ranger un livre lu sans en avoir extrait quelque pépite m’ayant frappé à la lecture, et découvrant l’album du quintette d’Albert Mangelsdorff enregistré en 1963, réédité en 1993 et découvert par moi au hasard du butinage webmatique, je veux noter à la hâte les premières impressions à l’écoute de « Club Trois », la composition de (l’immense – j’ai plusieurs disques de lui) Heinz Sauer :

* cela n’a pas pris une ride, c’est du très grand jazz

* est-ce parce que je suis plongé dans Tunisie, saison nouvelle que j’entends des échos d’A Night in Tunisia puis de Caravan ?

* le solo de trombone de Mangelsdorff est à se pâmer (se damner ? è se dâmer, se pamner)

 

Dans les notes de pochette qu’il avait greffées à l’album en 1963, le tromboniste et leader écrivait ceci :

“What most American jazz men object to Europeans is their lack of originality. If you play as many festivals as I do, and if for two successive evenings you listen to twenty musicians trying to play like John Coltrane, you begin to understand this criticism.”

 

Or, Mangelsdorff, ici comme sur d’autres morceaux plus tardifs que je connais de lui, swingue comme un malade, et sans jamais, de fait, imiter (ni sonner comme) Kai Winding ou J.J. Johnson, qui pourraient passer pour ses plus évidents modèles américains. (Il fut question de mimicry et des Mimic Men de Naipaul lors du dernier séminaire de master, lundi, ce qui peut relancer vers la mômerie, le modelé sans émulation, l’imitation sans émancipation – toutes choses au cœur, stylistiquement, d’une phrase de Joyce.)

Il me plaît aussi (pour en revenir au sujet précédent et ne pas toujours tirer à hue) que le patronyme du tromboniste puisse se traduire, à condition de faire, comme sur la photographie de couverture de l’album du quintette, sauter le deuxième f final, par « village de la lacune » (« le hameau du manque » ?). En effet, l’art si beau, si difficile, du trombone, me semble toujours lié à un travail adverse, à tirer un swing magnifique d’un instrument qui ne se donne pas, qui regimbe. Coulisser et le coulé du phrasé, rien d’évident. Il faut écouter « Set ‘em up », le troisième titre, pour entendre de près, avec joie et terreur, ce combat avec l’ange.

09:41 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, Knobs & thorns, MUS, Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 07 juin 2011

Paukenhändschen im Blaubeerenwald

 

    Elle, c’est-à-dire, il se promène. Il, à savoir elle, trébuche en déambulant. Personne ne leur a rien demandé. Alors, c’était comment ? Des vagissements sanguinolents effrayant même les corneilles vous raclaient les oreilles, et c’est tout ce que tu trouves à dire. Elle, de plus en moins il, s’étonne mais poursuit le sentier, en hâtant même le pas dans ses jupes. Il, fermement elle, s’attarde en se pressant car les oiseaux printaniers la, autrement dit le, rassurent. Ce n’est pas rien, tout de même, en trois minutes déjà, la mi-chemin trouvée. Alors, c’était comment ? Myrtilles, airelles ou cassis ? Et ce kir à la châtaigne hier ! Tout commence à reprendre sens, et à pas comptés, pesant chaque mot de son for intérieur, elle s’éloigne, les mains noires de jus, tandis qu’il se rapproche encore des buissons, mais pour y faire quoi, et c’est tout ce que – battant cognant les bûcherons minuscules dans les taillis – tu trouves à dire. Cependant les scolopendres s’agitent, et elle, comme lui, a disparu, avant le cri primal d’un forficule peut-être ailleurs primate (ellui, il-le).

 

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( In westerns, at least, a crowd of wheeling vultures usually means that the hero is inches from becoming carrion. )

12:17 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, MUS, Tropographies | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 06 avril 2011

Elliott, version 555/655

    Dans le labyrinthe, Mathieu perd les pédales. Matthieu mord les médailles. Et ce n’est pas d’énumérer les enregistrements d’œuvres d’Elliott Carter qu’il lui reste à acquérir (by means fair or foul) qui l’aide à retrouver son chemin. Figurez-vous que je crois qu’il a la fièvre, car, ne reculant décidément devant aucun sacrifice pour son grand comeback (six jours après son grand comeback (inaperçu) dans la blogosphère), il annonce à la cantonade (et dix-sept jours désormais après le premier tour des élections cantonales) qu’il compte posséder tous les enregistrements possibles et imaginables des œuvres d’Elliott Carter avant la fin de l’année 2014.

 

13:42 Publié dans MUS, Un sang d'encre, YYY | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 23 février 2008

Tout, moi ça

    Tout moi, ça : avant de quitter mes pénates pour une dizaine de jours, j'avais commencé une exploration plus systématique des quatuors à cordes, mais aussi des quintettes avec instruments à vent de Mozart, avant de pouvoir me lancer (à corps perdu, pensais-je) dans les quatuors à cordes de Beethoven, là encore pour une exploration systématique qui aille au delà de mes habituels et aimés op. 59/3 et op. 131... Or, après avoir entendu une série d'émissions passionnantes consacrées à Liszt, Chopin et Schumann par le pianiste Nelson Goerner, me voici plongé dans l'intégrale Brillant de Chopin, dans laquelle, il faut bien l'avouer, les enregistrements "historiques" des CD 18 à 30 dépassent de cent coudées, pour la plupart, les enregistrements plus récents des CD 1 à 17. Ainsi, à quoi bon les Mazurkas de Cor de Groot si l'on a celles de Rubinstein, qui les feront toujours pâlir d'envie ?

 

Tout moi, ça : au cours de cette dizaine de jours, j'ai écrit quelques textes que je pensais publier dans ces carnets dès mon retour. Or, tout en écoutant la Ballade n° 3 op. 47 par Anatole Kitain (un pianiste dont je pressens qu'il est injustement tombé dans l'oubli), me voici à pianoter, tout à trac, ces quelques gribouillis immédiatement contemporains.

 

Tout moi, ça...

10:40 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Ligérienne, écriture, Musique, Chopin, Piano

samedi, 05 janvier 2008

Blute nur, du liebes Herz

    Dans le bleu des yeux, dans le bleu des lacs

Dans la balayure

Insensible aux remords

Insensible aux marées

 

Comme avant, mieux qu’avant, comme autrefois perdu

Tout comme autrefois retrouvé

 

Dans le bleu des pierres, dans le bleu furieux des paupières

Dans la brisure des eaux

Dans la brisure des vagues

Insensibles d’être d’écume

Insensibles d’être froides

Insensibles d’avoir aimé

 

Comme à chaud, comme à brûler

Tout comme autrefois embrasé

 

Dans le bleu des collines et dans le bleu des prés

À fond perdu

De courir

Dans le bleu des prés

Dans le bleu des yeux.

 

20:55 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Poésie, Musique

jeudi, 11 octobre 2007

Renards, narrats

    En comparant le premier et le troisième des Quatuors de Vincent d'Indy (que j'ai beaucoup écoutés, un temps, mais avais oubliés), il s'avère que les tonalités franchement néo-schubertiennes, voire académiques, de l'un me plaisent infiniment plus que les chemins de traverse enchevêtrés de l'autre. L'un me mène sur des sentiers tantôt ténébreux tantôt gais, mais où je retrouve nombre de mes sensations familières, sous d'autres éclairages, et où paysages et feuillages ne se dérobent pas. L'autre me donne le sentiment, non d'être prisonnier d'un taillis ou d'inextricables ronciers, mais plutôt de reprendre toujours la même route pierreuse et déjointée, dans des décors faux, clinquants, comme en ces rêves d'éternels et balbutiants recommencements dont on s'éveille en sueur, terrorisé d'avoir saisi, dans cette effroyable répétition insensée du toujours-pareil-jamais-normal, le sens jusqu'alors évanescent de son existence. Mais il n'y a pas, là, de révélation : c'est une fiction pour amuser la galerie, et le quatuor, simplement, se perd en volutes et nous endort.

J'écoute diverses pièces religieuses de Johann Joseph Fux (compositeur dont j'ignorais l'existence jusqu'à ce que j'achète, il y a peu et par hasard, ce disque du Clemencic Consort), et je ne sais pourquoi seuls le long et sobre Dies Irae, le très poignant Domine Jesu Christe et le flamboyant Agnus Dei retiennent mon attention. Toujours est-il que je les passe en boucle, sans prendre garde ni au crissement des graviers (au dehors) ni au bruissement du clavier (inside).

15:20 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Musique, Fux, D'Indy

vendredi, 05 octobre 2007

1489 - Vénus velours

    La guitare autruche et l'alto couinant

me tapent sur les nerfs autant

que ces rites cuir à deux francs

freaky interminablement

 

Tandis que Sévère ou Szweryn

fourrés de latex et d'hermine

se gargarisent de vermine

On reprendra deux aspirines

 

(Tant pis pour rien du tout, Léopold !)

 

17:10 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Poésie, Ligérienne

mercredi, 29 août 2007

Mardiscount

Hier, aux Enfants d’Icare, très en vie, j’ai laissé déborder, pour une bouchée de pain, treize envies :

Emanuele Cisi. L’ange caché (Pygmalion, 2000).

Guillermo Gregorio Trio. Red Cube(d) (Hat Hut, 1999).

Peter Herborn. Something personal (JMT, 1992).

Peter Herborn. Traces of trane (Polydor, 1992).

Jo Kondo. Works for piano, by Satoko Inoue (Hat Hut, 2001).

Issam Krimi. Eglogues 3 (Nocturne, 2004).

Daniel Letisserand & Orphéon Orchestra. Poursuites infernales (Amoc, 1999).

Carlos Maza. Fidelidad (Universal, 2002).

Christian Muthspiel Octet Ost II. Indirect View of Beauty (Amadeo, 1994).

Pork Pie (Mariano/Van’t Hof/Catherine). Operanoïa (IMM, 1996).

Bertrand Renaudin. Printemps de paix (CC Production, 1989).

Horace Silver 5tet. Silver’s Serenade (Blue Note, 1963-1998)

Bill Wells 8tet vs Future Pilot A.K.A. (Domino, 1998).

 

------- Mon ami J.P., du saxophoniste Emanuele Cisi, est d’un orfèvre. La fièvre gagne toutes contrées. Trait pour trait, décochant mes flèches au petit bonheur, je m’aventure sur les créneaux. Como bon vieux temps. -------

18:40 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Musique, Jazz, Ligérienne

mercredi, 15 août 2007

Fables de feu

    Fire Waltz, par le quintette de Dolphy. (16 juillet 1961). Il s’agit d’une de mes compositions favorites de Mal Waldron, et, comme je suis persuadé d’en détenir un enregistrement de Waldron en duo avec Steve Lacy, je cherche frénétiquement dans ma discothèque. Rien, évidemment, même de proche en proche, de clarinettiste en clarinettiste. Ai-je aussi été induit en erreur par les nombreux vinyls écoutés, fin juillet, dans la maison de Chalosse ?

Resterait à clore par un détour côté Mingus, dont j’ai fait mon miel (Fables of Faubus, plus que jamais), au point de rapporter, de Chalosse toujours, six CD de Mingus, qu’il serait temps que je connaisse mieux, avec ce bail qu’on se fréquente, lui et moi.

L’autre jour, baigné d’une lumière pluvieuse, nageant en plein bonheur, je me disais qu’Archie Shepp ni Jimmy Giuffre n’ont joué la valse du feu ou ces fables-là, mais que j’aurais, moi, donné beaucoup pour avoir composé l’un et l’autre de ces hauts morceaux (et savoir les bricoler différemment).

[14 août.]

01:30 Publié dans Aujourd'hier, J'Aurai Zig-Zagué, MUS, Pêle-mêle, Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Jazz, Musique

jeudi, 08 février 2007

Frère cadet

    Fêtons dignement & joyeusement le premier anniversaire de

Musicien masque de mots

 

en ouvrant un site dédié aux musiques que j'aime & écoute :

No Foggy Clouds Here

 

08:00 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Musique

jeudi, 11 janvier 2007

À-pics

    Montagnes muettes

Ô massives muettes montagnes

Voici les pics

Voici les fleurs

les mouflons neigeux qui festoient

la verdure de neige

Montagnes d'où jaillies

blancheur contre le marbre

blancheur contre la neige

Montagnes d'où jaillies

blancheur

blancheur folle blancheur folâtre

blancheur comme la nuit

blancheur contre la neige

blancheur contre l'écume blanche

Montagnes marées avalanches

Ô massives muettes vieilles

et jeunes muettes montagnes !

 

11:20 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Poésie

mardi, 14 novembre 2006

Hautbois de mon coeur

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    La musique d'Ornette est belle, proclame, par le recours à l'acronyme MOB, un ensemble de jazz bien français. En écoutant "Proof Readers", le premier titre du coffret Beauty Is a Rare Thing - The Complete Atlantic Recordings du sieur Coleman, fort comme la raison et fou comme un frelon, je me répète que la musique d'Ornette est belle, est belle infiniment la musique d'Ornette.


(Illustration : "Allégorie de la musique".
Détail d'une tapisserie des ateliers de Bruxelles, XVIème siècle.
Château de Loches.)

09:40 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne, Jazz

Enliance

    Le son sans pareil, inimitable, de Steve Lacy, dès Jumpin' Punkins (enregistré sous la houlette de Cecil Taylor, en 1961), et vous revoyez votre enfance, toute en douces stridences. Vos bras en liance.

06:30 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 09 novembre 2006

Jeudissonances

    Ce matin, en travaillant dans mon bureau glacé (ah, l'université!), j'ai découvert les titres suivants : 

  • Urs Voerkel. "Improvisation No. 2" (Tiegel, Atavistic Records 2006).
  • Fred Anderson. "Dark day" (Dark Day + Live in Verona).
  • Jeff Johnson Trio. “Shadow Me” (Free, 1999).
  • Anthony Braxton. “Piece Two” (Creative Orchestra Music, 1976)
  • Sun Ra. “Heliocentric Worlds” (Heliocentric Worlds Vol. 3, Esp-Disk Us 2005)

 

De ces artistes, je ne connais bien qu'Anthony Braxton, pour qui j'ai une profonde admiration (l'écouter subjugue), mais j'aurais bien du mal à avoir une connaissance même partielle de sa discographie, car il doit en être à plus de 150 albums enregistrés... En écrivant cette note, j'écoute "New Leaf", un titre extrait de l'album Seven Black Butterflies de Drew Gress (Koch Records, 2005), qui me plaît moins, en raison peut-être de la structure rythmique, ou de l'usage trop uniforme des répons entre la section des cuivres et la section des cordes, et malgré la ressemblance frappante entre le son chantourné du ténor* et le sax tornade de mon bien-aimé John Zorn...

 

* Vérification faite, il s'agit de Tim Berne. (Entre-temps (encore), j'ai découvert la harpiste (entre autres) Zeena Parkins, par le titre "Solo for Neil" (Necklace, Tzadik** 2006).

** Tiens, le label fondé par John Zorn ! On tourne en rond, merde, on tourne en rond...

10:05 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 08 novembre 2006

Italienisches Konzert BWV 971, Alfred Brendel

    Il nous offre l'Italienisches Konzert et cinq autres pièces pour clavier de Bach dans l'interprétation d'Alfred Brendel (1977; Decca 2006). Puis nous parlons de Liszt et de Brahms.

Première écoute, distraite, hier soir, à l'apéritif, puis reprise ce matin avant de me plonger vraiment dedans, sur les midi. C'est très beau, subtil, pénétrant, mais il faudrait maintenant faire des recherches, écouter encore et encore, et essayer d'approfondir ce doute qui se dessine : l'interprétation ne pèche-t-elle pas par excès de romantisme (au sens musical, dira-t-on, pour faire simple), notamment dans la Fantaisie BWV 903 ? N'ayant pas le temps* ni vraiment de compétences, je préfère noter ce doute ici à la va-vite, faute de mieux, pour l'inscrire, et, qui sait, susciter des commentaires (outrés, je le crains) de la part de mes lecteurs avertis**.

 

* Tout ce que j'ai glané, c'est, d'après la WP italophone, que Glenn Gould détestait le Concerto italien. (Mais, comme Brendel devait détester Glenn Gould...***)

** Je pense à Philippe[s], bien sûr, mais aussi à Zvezdo et à L'Amateur (et j'en oublie).

*** Je dis cela sans en rien savoir... Proposition purement épistémique, vraiment. Mais, à consulter rapidement quelques sites, dont l'incontournable WP, on constate que ce ne doit pas être forcément un contresens. (Le site que Decca consacre à Brendel n'est pas inintéressant, non plus, et montre que ses interprétations de Bach ne sont pas mises en avant.)

14:10 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (8)

lundi, 06 novembre 2006

Plaqueminiers de Virginie

    La boîte de Pandore s'ouvre. C'est une besace, un tunnel, une beauty-case.

De cette malle aux trésors s'échappe ESP dans l'interprétation du Vanguard Jazz Orchestra.

Puis, éblouissement post-hard-bop (ces étiquettes ont-elles encore un sens pour tout autre que celui qui en use?), Bulldog's Chicken Run : Renée Rosnes (qui a notamment accompagné l'un de mes musiciens préférés, l'immense et regretté tromboniste J.J. Johnson) & the Danish Big Band. Qu'il est dommage de ne pas connaître le nom des musiciens et solistes.

De la valise de Pandore s'écoulent de longs fleuves que l'on pourra toujours rattraper, avec le filet à papillons de la mémoire.

Flux et reflux de la prose post-hard-bop.

10:25 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Jazz

vendredi, 03 novembre 2006

Rue Saint-Stéphane

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    Tout ce que l'on peut encore écrire, c'est du vent, c'est-à-dire quelque chose de très beau, un souffle qui n'a jamais le même sens, ni les mêmes sonorités.

Pourtant, il n'était pas séduit par la Symphonie n° 3 op. 42 d'Albert Roussel, dont le Vivace au moins ne s'encombrait pas de subtilités. L'Adagio n'en était pas vraiment un, et c'était peut-être là que résidait le mystère, la plus grande force de cette musique.

Pendant ce temps-là, des fils métalliques rouillaient aux façades de grès, et on emportait par la force des souvenirs brûlants de cette journée d'été passée à Saint-Léonard de Noblat. Toute aube chose, ce serait encore du vent.

16:55 Publié dans MUS, Rues, plaques, places | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 17 octobre 2006

Âme au noir

    Cette musique si poignante, si terriblement belle que, rentré, après le travail, dans la maison vide, je voudrais avoir ceux que j'aime près de moi, et que chaque objet porte les stigmates encore brûlants de l'absence, pour rien au monde pourtant je n'aimerais qu'elle s'arrête.

 

15:15 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (3)

lundi, 28 août 2006

Glass harmonica, cristallophone, idiophone...?

    Toujours aussi ignare, je lance un appel à mes fidèles lecteurs musicologues ou éclairés. Ayant découvert, lors de l'écoute de l'Adagio & Rondo KV 617 de Mozart, l'instrument nommé, en anglais, glass harmonica, je me suis renseigné, par le biais, une fois encore de la Wikipedia anglophone, sur ce curieux instrument. Je vous conseille de vous référer à l'article en question qui, quoique dénué de sources, a l'air sérieux. ce que j'ai retenu, notamment, c'est que cet instrument a été inventé, sous sa forme moderne, par Benjamin Franklin, qui l'a baptisé armonica, longtemps avant l'invention (en 1821) de ce que nous nommons désormais harmonica. Outre Mozart, Beethoven, Donizetti, Richard Strauss et Saint-Saëns ont composé des oeuvres pour cet instrument (mais l'article ne donne, malheureusement, aucune précision supplémentaire).

À noter aussi la croyance, fermement ancrée dans l'esprit de nombreux contemporains de Mozart, que jouer de cet instrument rendait fou.

Ce que j'aimerais savoir, c'est :

1) le nom français du "glass harmonica"

2) les références des opus de Beethoven et de Richard Strauss, en particulier *

3) l'existence éventuelle d'un corpus en musique contemporaine **

 

* On trouve quelques réponses ici, mais c'est un peu court, trouvé-je.

** Le répertoire de liens de la WP anglophone mentionne un quintette de Jan Erik Mikalsen, mais voilà tout.

12:30 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (5)

jeudi, 29 juin 2006

Croquis et agaceries d'un gros bonhomme en bois

    Trois heures et demie. Revenu à la table du salon, after a spell under the cherry-tree, je me suis préparé une théière de Gunpowder, et ai dû tuer un taon, et un frelon, dont le cadavre a laissé une longue traînée de sang sur le parquet flottant (ou dois-je écrire "une longue traînée de saon sur le parquet flotaon"?).

Mon morceau préféré, des Croquis et agaceries d'un gros bonhomme en bois, est sans conteste la "Tyrolienne turque", qui ouvre le bal. Satie y est à son plus ironique, son plus narquois. Jamais il n'est aussi joueur.

17:25 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 21 juin 2006

Flûtes de la mièque

    De retour d'une virée touristique, comme il était trois heures et demie (et nous croisâmes même, près de la place Jean-Jaurès (manquant la faire tomber (de surprise) de son vélo, qu'elle poussait en marchant) une mienne collègue, linguiste de son état), nous proposâmes à notre fils, qui aura bientôt cinq ans, de faire un tour dans le centre ville pour essayer de voir si la Fête de la Musique avait commencé. Rien de tel, pas le moindre podium, ni une once d'animation classique, jazzistique, reggaestique ni électronique (ni... ni...), d'où une légère déception, que mon fils a compensée sans aucune difficulté, en organisant sa Fête de la Musique dans le salon, avant le bain.

 

Programme

W.A. Mozart. Sonate n° 11 pour piano (1er mouvement)

J.-B. Lully. Marche pour la Cérémonie turque. Marche des Combattants.

Pierre-Stéphane Michel Trio. Lulu.

Léo Ferré. Âme te souvient-il (Verlaine). On n'est pas des saints.

Thomas Fersen. Mon iguanodon.

Mathieu Boogaerts. Je ne sais pas où t'es parti.

E. Elgar. Nursery Suite.

17:37 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (2)

mardi, 20 juin 2006

En trilles

     Ramures se perdent en murmures. Le merle vibre, de toutes ses plumes, au crépuscule. Vibre en trilles et part en merveilles. Les mésanges charbonnières reviennent pour une deuxième nichée, à la mi-juin sonnée, et nous bâillons dans la balancelle, la terreur remontée du fond de nos veines. Vibrons en trilles, frétillons. D'autres gardons diront le luisant, le poli de la pierre ruisselante. Tristes trilles aux vibrations polyphoniques, qui expriment, de toutes plumes, la joie, l'extase, la peur de la nuit qui gagne ses terroirs familiers. Balancement des feuilles. Murmures surgissent aux ramures.

18:45 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (3)

lundi, 19 juin 2006

Andante amoroso

    Dans les Sonates pour piano,

ces temps-ci, l'âme nostalgique

empreinte de férocité,

je préfère les Adagio

ou Andante amoroso

 

... comme celui qui chaloupant

va dériver le long des rives, en une danse

mélancolique - cependant

que s'extasie, vrai jet d'eau de fureur,

La pensée d'un poème

à pétrir.

15:51 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 13 juin 2006

Quand elle sera devenue trop lourde

    La semaine dernière, j'ai écrit plusieurs billets, que je n'ai toujours pas publiés. Ici, il y avait des photographies qui ont un peu désarçonné, ou ennuyé par leur fadeur, peut-être. C'était juste des images, des souvenirs de lieux. Aurait-il fallu rebaptiser cette catégorie Brille de mille lieux ?

(Si... quand elle sera devenue trop lourde...)

10:45 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 22 mai 2006

Infinis

    Le diable bat sa femme.

Pris par les figures de Plotin et les ombres des hiboux, je me laisse transporter par la sixième des Rhapsodies hongroises, en tentant de ne prendre garde aux battements de cils insensés du soleil et des nuages. Ma peau est un clavier où s'exclament des éclairs infiniment muets.

14:30 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

jeudi, 11 mai 2006

Inini

    Il y a trois jours, après avoir évoqué assez longuement Tristes Tropiques (la chanson de Gérard Manset) à la demande d'une lectrice, qui n'a d'ailleurs pas reparu, j'avais commencé l'écriture d'une autre note, interrompue après la première phrase. Je livre, sans plus attendre et à la lecture d'un nouveau commentaire, cette première phrase isolée :

Revivre est, de Manset, l’un des albums que j’aime le moins. Pourtant, il s’y trouve deux de ses plus belles chansons, Le Chant du cygne et Territoire de l’Inini, que j’évoquais à l’instant, mais sans dire que, si je devais partir sur une île déserte avec une seule chanson de Manset, je choisirais peut-être celle-là.

 

Je précise, par ailleurs, à l'adresse de M. Morel, que, n'étant nullement un proche de Manset et encore moins au fait de ce qui se passe dans le petit monde de la chanson française, je serai bien en peine de l'informer, comme il l'exige, sur l'éventuel concert de Manset à l'Olympia. (Et même d'autant moins que ce concert me semble, à titre personnel, être la mauvaise idée par excellence, comme je l'ai exprimé clairement dans la note commentée.)

16:05 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 08 mai 2006

Ne sommes-nous pas nous-mêmes… ?

    Quel est le sens de Tristes Tropiques ? Il n’est pas question, dans le commentaire de Celina, de l’essai de Claude Lévi-Strauss, mais de la chanson de Gérard Manset. (Heureusement, d’ailleurs : j’eusse été « bien emmerdé » pour répondre.)

La première fois que j’entendis Tristes Tropiques, ce fut à la radio, à Cagnotte, avec une qualité sonore déplorable. Adolescent, ayant peu d’argent, j’attendis quelques mois que ma sœur, qui vivait alors à Paris et pillait régulièrement les fonds de je ne sais plus quelle médiathèque d’arrondissement (le 5ème, je pense), m’en envoie un repiquage sur cassette. Cette cassette m’a accompagné pendant une partie de ma deuxième année de khâgne à Bordeaux (ce qui, au vu des dates, me fait dire que les “quelques mois” devaient être deux pleines années, car l’album Revivre est de 1991 et ma première tentative pour le concours de la rue d’Ulm était en 1993), et Tristes Tropiques, chanson qui ouvre le disque, est loin d’être ma préférée : guitares trop apocalyptiques, claviers un brin trop planants, texte un peu trop manifeste. (D’ailleurs, l’orchestration donne une grande partie de son sens au texte.)

Bref… Cette chanson emprunte son titre à un très célèbre essai de Lévi-Strauss, publié au début des années 1950, et qui fit date. Manset, qui est, depuis longtemps, un voyageur passionné par l’Amérique du Sud, précise ainsi, dès le titre (et dans le refrain : « sous les fumées d’encens des tristes tropiques »), qu’il est question des Amérindiens. Ainsi, l’idée principale de ce texte semble être : les Indiens disparaissent à cause de l’empiètement de la "civilisation" d’origine européenne, et leurs sociétés mourront bientôt. Mais, en fait, le vrai « message » de la chanson (quoique je répugne un peu à cette terminologie (enfin, dans le cas de ce texte de Manset, il y a, effectivement, une forme assez brutale de vouloir-dire, qui le dépoétise en partie, d’ailleurs)), c’est que la civilisation européenne ancestrale, elle-même, est menacée par la technique, les progrès trop fulgurants de la science, le luxe et le matérialisme ("piscines en marbre de Carrare"). Manset est convaincu que la culture, l’art et l’humanisme, qui régnaient en maîtres jusqu’à des temps point si reculés, sont en train de mourir eux-mêmes face aux coups de boutoir du profit, de l’industrialisation et du capitalisme. La convergence entre ce qui menace les Indiens et ce qui nous menace, nous Européens d’aujourd’hui, est annoncée dès le premier quatrain : « Pas d’étuis péniens, pas de curare / Mais la même terreur qui force à reculer ».

Le fin mot (ou le mot de la fin) serait alors : « pour nous sauver peut-être il n’est pas trop tard ». Je pense que le verbe sauver a ici un double sens :

1) il est encore possible de sauver la civilisation européenne

2) il est encore possible de s’enfuir (se sauver) dans un lieu à peu près préservé (ce que Renaud Camus, très proche de cette idée, nomme « dispar’être »).


Autre chose, chère Celina – je ne sais pas du tout si vous connaissez l’album Revivre dans son ensemble, mais il y a d’autres éléments à prendre en compte, et qui sont étroitement liés à la structure du disque. Tout d’abord, Tristes Tropiques, mélodie agitée, frénésie affolée et inquiète, reçoit, comme écho apaisé, en fin d’album, le très beau et serein Territoire de l’Inini, qui célèbre la vie des Indiens autour du fleuve, sans oublier la menace des   « cendres sous l’abattis »   et  de   l’ « avion reparti ». Autant la musique de Territoire de l’Inini est apaisée et douce, autant les portées des divers instruments semblent, dans Tristes tropiques, se fracasser les unes contre les autres.

Ensuite, la chanson qui occupe le centre de l’album et lui donne son titre, Revivre, creuse l’idée qui est au centre d’un des vers de Tristes Tropiques : « mais ce qui meurt un jour un jour revit » (avec chiasme). Du reste, Revivre ne donne pas une vision très joyeuse du recommencement, tout simplement impossible, à en croire la fin abrupte :

On croit qu’il est midi, mais le jour s’achève
Rien ne veut plus dire, fini le rêve
On se voit se lever, recommencer, sentir monter la sève
Mais ça ne se peut pas
Non, ça ne se peut,
Non, ça ne se peut.

11:20 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 05 mai 2006

Vignettes du vendredi, 2

    Vivaldi, encore. Est-ce que je préfère l'allegro qui ouvre le concerto n°2 de l'Estro Armonico, ou le déchirant andante médian du concerto n°1 ? Question dénuée de sens.

16:05 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : TRES GRANDE MUSIQUE

lundi, 01 mai 2006

Gérard :: Obok :: Manset

    L'album, le dix-septième ou dix-huitième de Manset, est sorti le 6 avril. Je n'en ai appris l'existence que le 26 et me suis précipité à Dax, afin d'en dénicher un exemplaire. Vingt jours, et je suis passé à côté d'une édition limitée qui comprenait un livret apparemment inhabituel. Peu importe : l'essentiel, tout de même, ce sont les chansons. (On apprend, sur la Toile, que Manset a des dizaines d'ouvrages non publiés dans ses cartons, tiroirs ou placards. D'ailleurs, je m'étonne qu'aucun critique n'ait, semble-t-il, remarqué qu'OBOK, dérivé du toponyme djiboutien Obock, est l'anagramme de BOOK).

Obok, donc. Depuis quelques albums, je trouve qu'il y a toujours une chanson, au moins, qui dépare l'ensemble, ou qui est sensiblement moins bonne que les autres. Ce disque ne déroge pas à la règle, malheureusement, car le troisième titre, Fauvette, est d'une écriture relâchée, d'une musique peu inspirée, sans épure, une sorte de jet un rien vériste, comme si la fréquentation de son gendre, l'agaçantissime Raphaël, finissait par déteindre sur Manset, que l'on croyait au-dessus de ça, au moins depuis l'inepte Marin bar... Je dois être un quasi inconditionnel, tout de même, car, après cinq écoutes, je trouve cette Fauvette-là presque supportable.

Sinon, rien à raconter. Rien à redire. Tout à dire, sans doute. cet album est très beau, avec un retour discret des saxophones, deux morceaux au piano solo qui font revivre les Vies monotones. Les guitares électriques n'ont pas le côté fin du monde de Banlieue nord ou de Tristes tropiques, comme le montre le très vivant sixième titre (Chaînes).

Marqué par la mort (Veux-tu?), Obok trace la longue voie des errances et des cheminements de son auteur, loin de tout exotisme de façade. Il frappe aussi par la grande diversité de ses rythmes, du faux reggae Pacte avec mon sang à l'éponyme Obok déjanté et superbe, en passant par de douces ballades (Ne les réveillez pas), mélancoliques mélopées (Jardin des délices), célébrations nostalgiques (La Voie royale).

L'album s'ouvre avec L'enfant soldat, chaloupement tortueux qui dit la dureté des guerres sans clinquant ni clichés. Une métaphore hardie ("Nouveau Tchernobyl / De bave et de bile") semble suggérer que la sortie de l'album en ce mois d'avril 2006 n'est pas fortuite.

Sinon, il paraît que Manset envisage de monter sur scène. Donner un concert, pour la première fois de sa carrière. C'est ce qu'on lit ici et là, et que l'intéressé confirme dans plusieurs entretiens glanés sur la Toile, non sans y ajouter quelques formules qui témoignent de ses atermoiements. Donner un concert, peut-être à l'Olympia. Non, ne faites pas ça... je vous suis depuis seize ans, et je vous assure que cette fausse bonne idée sent la fauvette à plein nez.

Dans tous les cas, je m'enfonce les oreilles dans Obok. Là, pas de déception possible.

14:40 Publié dans MUS | Lien permanent | Commentaires (11)