mardi, 01 avril 2025
IV, nonante-et-un
poissons qui plongent
poissons qui nagent
poissons venus du fond des âges
et sur le néflier
les timides frêles feuilles
sont trop rares pour ne pas qu’on comprenne
que l’arbre se meurt
du fond de mes souvenirs
comme des écailles sarclées
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lundi, 31 mars 2025
IV, nonante
parfois c’est juste honteux
d’aligner ainsi les vers
ligne à ligne
pire qu’un passé prosaïque
enfoui au fond des oreillers
tapis entre les virgules
rares, les tremblements du sens
vacillent de cette honte
et du banal scandale à se foutre de tout
06:47 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 30 mars 2025
IV, octante-neuf
à partir de demain
les trilles des merles
retentiront plus tard
(plus tard pour nous,
les yeux rivés sur l’horloge)
et dès ce matin, bien sûr,
mais j’ai à peu près dormi
jusqu’à 8 heures
(de la nouvelle)
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samedi, 29 mars 2025
IV, octante-huit
face à soi le bois froid
dont il faut se forcer à penser
qu’il n’est pas malfaisant
et qu’il ne fait pas face
on tapote d’un doigt
distrait sur l’encâblure
on perd le visage en repère
de nuit et d’écorce proche
de ligne en lignée lignée
12:22 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 28 mars 2025
IV, octante-sept
une fièvre de danser
c’est-à-dire remuer
son corps n’importe comment
me saisit
ilendésô
ladounsé grégam
car n’importe comment
est l’autre nom
de nos méthodes
12:22 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 27 mars 2025
IV, octante-six
vous avez dansé le quadrille
et la gavotte et la courante
au petit pied la sarabande
au grand trot la renardée
mais est-ce trop dire
cette sauvagerie
hypnotique qui monte
du plus profond de moi
et explose en un grand cri muet de folie
12:24 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 26 mars 2025
IV, octante-cinq
ce n’est pas vraiment la transe
ni le pouls de la mémoire
qui bat sous ma souffrance
à la décrue du déboire
issoko délassiounom / idom lassiounom
issoko délassiounem / idom lassiounem
c’est l’impossibilité
d’autre chose que danser
dans le béton clair du soleil
07:54 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 25 mars 2025
IV, octante-quatre
lentement ton visage
souriant face à moi
dans le café
où piétinent tant d’espoirs
où même le train ronge son frein
aurait-on envie
de se parler
s’il n’y avait le poids
des remords entre nous
07:51 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 24 mars 2025
IV, octante-trois
In memoriam R.B.
dans la chambre l’ombre
à présent plus bleutée
plus lumineuse peut-être
qu’en janvier donne le timbre
et le ton
de rêves qui peuvent paraître
brisés
(la carriole ventrue, verte,
où nous entassions l’herbe fauchée)
08:30 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 23 mars 2025
IV, octante-deux
vibrato
imperceptible
ou presque :
nuit livresque
à fouiller dans les souvenirs
que l’on pourrait nommer
nuit blanche
sauf à vouloir
embobiner
08:27 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 22 mars 2025
IV, octante-et-un
tenir jour après jour
la corde souple
tenir pour retenir
le temps entre les mailles
de sa mémoire effilochée
tenir tête
juste comme ça, par ténacité,
par refus de se laisser
submerger par la peur
09:37 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 21 mars 2025
IV, octante
chaque matin les tourterelles
reviennent inlassablement
apiter leur nid
(le correcteur orthographique
souligne en rouge l’infinitif
(ce verbe est un régionalisme))
sur la poutre du perron
d’où, dès qu’elles s’envolent,
tombent les trois branches du nid
07:53 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 20 mars 2025
IV, septante-neuf
il y a douze ans j’avais
écrit chaque jour du printemps
un poème en anglais
chaque poème était long
de 91 mots
précisément
(à dire avec la voix de David Suchet)
et ça ferait un recueil
si j’étais un publishitter
07:55 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 19 mars 2025
IV, septante-huit
en traversant le pont Wilson
sous le soleil, dans la douceur
du printemps,
rentrant d’en ville avec
les goélands pas si loin de mon vélo,
leur vol olympien,
je fixe au loin l’îlot
où les cormorans font sécher leurs ailes
au vent et au soleil
17:55 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 18 mars 2025
IV, septante-sept
un éclair moiré
sur la branche du néflier
mourant
(probablement mourant,
desséché désormais :
aura-t-il ce printemps
des feuilles ?)
chasse la pie,
attire mon œil
09:20 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 17 mars 2025
IV, septante-six
côté jardin fleurs et feuilles
tandis que côté rue
sur fond de bitume
les branches sont désespérément nues
et que dirai-je
à la pie qui vient cogner à la vitre
puisque d’autre part les palombes
roucoulent et s’accouplent
frénétiquement
19:02 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
dimanche, 16 mars 2025
IV, septante-cinq
« pleutre »
l’insulte a fusé
aussi étrange que violente
« pleutre »
sortie peut-être d’un souvenir lointain de Cyrano
— alors que le pleutre lui-même
sans doute doué ou affligé
d’une mémoire visuelle
croyait qu’on le traitait de champignon
19:02 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 15 mars 2025
IV, septante-quatre
parallèlement
à rien
chemine
un sentier
qui ne va nulle part
vu que ce sont les corps
mouvants
qui vont
quelque part
19:03 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 14 mars 2025
IV, septante-trois
déjà le quatrième acte,
pensa-t-il en s’étouffant
dans sa toux déjà vieille
de vieux cachectique
faudrait-il ne pas vieillir,
dit-il en reniflant sa morve
l’œil embué
trop tard pauvre Argan
prends juste ton efferalgan
08:11 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 13 mars 2025
IV, septante-deux
passage par les nuages
concentré sur la cime
des cyprès
comme des platanes
au bord des pierres
ou des rivières
le chaloupé des ailes trace
une voie pour l’après
à l’écho des tramontanes
08:12 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 12 mars 2025
IV, septante-et-un
par multiples
indénombrables, les étourneaux
se déploient dans le ciel,
étendent leurs ailes
dans un même immense cèdre
à attendre
le crépuscule qui tarde —
et leur somptueux faux désordre
crée la ville pour ce qu’elle est
07:43 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 11 mars 2025
IV, septante
il faut dire le prunier,
son avalanche de fleurs blanches
noyant nos yeux
face au sombre de la haie
ou le noir de la nuit,
et désormais le gris du béton
où éparpillées
elles sont, par milliers,
descendues former une jonchée
11:30 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 10 mars 2025
IV, soixante-neuf
la gorge en feu
encore et encore
enluminures noires
descendant dans le gouffre
où se terre le sens
pour mieux l’y agripper
quel est votre secret,
et pourquoi suis-je toujours
incapable d’y voir clair ?
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dimanche, 09 mars 2025
IV, soixante-huit
hameçon
dans la joue,
haletant
comme une vieille femme brisée par le vent
qui retient ses larmes,
ce fuyard
feint de ne
pas souffrir,
mais pourquoi ?
19:39 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 08 mars 2025
IV, soixante-sept
belliqueux
ampoulé
théâtral
il traverse la scène
avec le vol ample et lent d’un héron
pour feindre de n’être
pas belliqueux
ampoulé
théâtral
19:35 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 07 mars 2025
IV, soixante-six
tables de faux marbre
et banquettes
qui ont toujours la saveur
des voyages où la fatigue
le dispute à l'excitation —
quatre expressos plus tard
marcher,
traverser le pont
à la mésaventure
08:25 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 06 mars 2025
IV, soixante-cinq
par petites phases
par petites phrases
(qui n’en sont même pas)
faire glisser ses doigts
le long de l’écorce
et, y cherchant autre chose, un souvenir,
trouver la perfidie fumeuse
qui a donné son sens
à (presque) toute ton existence
08:18 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 05 mars 2025
IV, soixante-quatre
la colère écrit
et chante belle,
et dit tant, juste là où
nos essais ne peuvent qu’échouer
chez moi j’y vais par périodes
c’est une toute petite partie du globe
arrêter forcément de pianoter
ne pas s’arrêter aux phrases ravinées
trouver sublime par souffrance le sel dans la plaie
08:39 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 04 mars 2025
IV, soixante-trois
la gorge en feu
ça y est
ça a fini par s’installer
et à présent
juste espérer
que ça ne dégénère pas
car j’ai toujours
on a
toujours mieux à faire, n’est-ce pas
10:22 Publié dans Infortunés védiques | Lien permanent | Commentaires (0)