Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 28 janvier 2026

2026 ֍ Ritournelles, 4

    La bonne ritournelle – même quand ce n’est pas une très bonne chanson – c’est une mélodie sur laquelle on peut, même quand on ne connaît que partiellement les paroles, broder, c’est-à-dire ajouter des syllabes ou des mots pour pouvoir expulser, en le chantant, cet air qui vous occupe tout entier (l’esprit, oui, mais ne dirait-on pas aussi, souvent, le corps ?). Avant-hier j’avais dans la tête Kongolese sous BBL, et c’était compliqué car je connais qu’une mince partie du refrain, d’une part, et d’autre part, je trouve ce refrain quasiment impossible à chanter. Ce matin, j’ai Wrong de Depeche Mode dans la tête (en alternance avec My Favourite Stranger) : non seulement ce sont de (très) bonnes chansons, dont les paroles sont relativement simples à retenir, mais de surcroît on peut assez facilement s’amuser à transformer les riffs et les divers instruments par des vocalises innovantes.

(Ce texte restera un texte ; je ne l’enrichirai pas par de douteux fichiers audio.)

 

08:05 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 27 janvier 2026

2026 ֍ SAD, 4

    La vitre ouverte sur le noir de la nuit

Me renvoie le reflet d’un monde inaccompli

Où s’entassent des piles de livres en ombres livides.

 

Pli selon pli la rumination du mal

Nuit au repos, à l’âme —

Vide la coupe où surnage l’espoir.

 

05:40 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 26 janvier 2026

2026 ֍ Affiquets, 4

    Le petit objet qui se trouve près du clavier, et que je ne dois pas oublier tout à l’heure, est une clé USB qui a déjà du carat, car il me semble qu’elle date de mon premier mandat de directeur de département, donc il y a plus de quinze ans, et même si j’utilise très rarement les clés USB, celle-ci, presque vide, me sert dans les rares (donc) occasions où je veux avoir une sauvegarde qui ne nécessite pas de connexion, de sorte qu’on y trouve les versions PPT et PDF du diaporama que j’ai utilisé lors de ma conférence du 6 décembre dernier à Ballan-Miré et les trois fichiers audio enregistrés il y a douze jours dans notre salon avec le traducteur Éric Boury, ces trois fichiers constituant la quasi-totalité de l’émission que je vais diffuser aujourd’hui, à l’exception de deux rapides génériques que je vais enregistrer en direct et des deux chansons que je diffuserai, comme toujours, depuis YouTube, à la console, cela ne devant pas me faire oublier que ce texte était censé évoquer la clé USB, qui est donc simple, sans design extravagant, le corps gris argenté, et le capuchon amovible protégeant la tête transparent, le corps étant marqué d’un côté d’un mot, LISTO, qui doit être la marque, et de l’autre on lit « 4 GO », ce qui confirme le caractère ancien de cette clé USB, car il me semble que les supports de moins de seize gigaoctets n’existent plus depuis belle lurette, quoique je puisse me tromper, ayant dit – et c’est la stricte vérité – que je n’utilise – et donc n’achète – plus de clés USB depuis belle lurette également, expression figée donc que je répète, en précisant avoir appris récemment que la lurette était un petit poisson, même si l’origine de l’expression n’a aucun rapport avec la « cause halieutique », mais avec une déformation du nom heurette auquel était accolé l’article le (l’heurette > lurette), information dont on se contrefout, comme, hormis moi, tout le monde se contrefout de l’oubli ou non de la clé USB sur le chemin du studio de la radio.

 

05:56 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 25 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 4

    Adolescent, je n’avais pas compris grand-chose à Huit et demi. Je l’ai revu cette semaine. Par moments on frôle légèrement l’ennui, tout en étant happé soit par l’histoire et les tribulations du cinéaste en burn-out, soit par les plans, rarement par les deux en même temps. Les vingt ou vingt-cinq premières minutes sont extraordinairement soûlantes, façon fellinienne, mais c’est pour montrer à quel essorage et à quelle overdose de questions et de sollicitations est soumis le protagoniste.

Capture.PNG

Je me rappelais la scène de la visite à la rampe de lancement du vaisseau spatial (or whatever – la mégastructure), et Mastroianni grimpant les échafaudages. Elle est géniale.

Je n’avais aucun souvenir de la scène dans laquelle il regarde, avec toute l’équipe, les rushes et les essais. Elle est géniale aussi.

 

*

*                *

 

Faisant comme je veux ici, je colle ici ce distique que chante Aldous Harding sur le dernier album des Sleaford Mods :

It’s all about me

the Elitist G.O.A.T.

 

Le nom de Fellini se trouve à titre subliminal dans ce refrain. Le titre français du film aussi.

(Je sais ce que je dis. Je dis ce que je sais.)

 

19:28 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 24 janvier 2026

2026 ֍ Cantilènes, 4

 

    et tes épaules flancheront —

quoi, il faudrait courber l’échine ?

serai-je donc une machine

un lombric ou un liseron

noireauté à l’encre de Chine

 

un robot dort dans la glycine

tous les passants l’ignoreront,

les enfants comme les darons

 

un robot dort dans le giron

du bosquet (la rime assassine

suggère ici mégabassine :

 

ne peut-on se laisser aller

à l’imagination divine

coronille ou azalées ?)

un robot rêve la ravine

 

sur le réel vient s’empaler :

ton rêve il te faut ravaler

 

06:14 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 23 janvier 2026

2026 ֍ Moutures, 4

Rédaction, ou Confessions d’un enfant de « travailleur immigré »

Ertunç Barin

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026


[Il s'agit du début de ce texte de prose, qui occupe cinq pages dans l'anthologie In zwei Sprachen leben (127-131). Je donne le texte original allemand en fin de billet. — NdT.]

 

    Vivre dans deux langues. Mon ami, c’est facile à dire. C’est comme deux personnes contraintes de partager un seul corps alors qu’elles sont fondamentalement différentes. Ou comme deux pieds avec une seule chaussure : ils doivent y entrer ensemble, et même courir comme ça. C’est drôle ! Peut-on courir avec deux pieds dans la même chaussure ? Oui, mon ami, tu me le demandes. Je vis ça tous les jours. Le matin, quand je sors de mon appartement, que je le puisse ou que je le veuille – en général on ne me demande pas mon avis –, j’entre dans le monde de la langue allemande. Ma langue maternelle ne m’y est d’aucun secours. Dans la rue, dans le tramway, à l’école, à l’atelier. Des lieux où ces deux langues se rencontrent inévitablement, mais il y en a une qui m’est interdite. Je ne maîtrise pas encore l’autre : ma langue étrangère, comme on la nomme. Mais en quoi est-elle étrangère, cette langue à laquelle je suis confronté tous les jours, en tous lieux ? Je me sers plus souvent de l’allemand que de ma langue. Avec ma langue, je suis seul, impuissant. Il y a longtemps que ma langue maternelle m’est devenue étrangère.

Alors que j'étais en cinquième et dernière année d’école primaire dans mon pays natal, je suis venu en Allemagne avec mes parents. Ou plutôt, on m’a amené en Allemagne. Personne ne m’a demandé mon avis. Au début, je n’osais pas m’asseoir dans le tramway. Je restais toujours debout. J’étais mal à l’aise, j’avais peur... Que faire si quelqu’un s'asseyait à côté de moi et me parlait, si on me posait une question ?

Je voyais les gens rire. De quoi ? De qui ? De moi peut-être ? Je n’en savais rien. À dire vrai, j’aime bien quand les gens rient. Mais quand ils sont près de moi et qu’ils n’arrêtent pas de rire, j’ai parfois un sentiment étrange. Je deviens plus sensible, voire hypersensible. Je ne sais pas pourquoi.   Ai-je peur ? Au milieu des Allemands, ai-je perdu la parole ? ai-je perdu ma vigueur ? Franchement, j’ai peur, depuis que je suis ici, en Allemagne.

 

 

 

Der Aufsatz oder Geständnisse eines »Gastarbeiter«-Kindes

In zwei Sprachen leben. Das ist nicht so einfach, mein Freund. Es ist wie zwei Menschen, die in einem Körper leben müssen und dabei grundverschieden sind. Oder wie ein Schuh für zwei Füße, die gleichzeitig hineinmüssen und mit dem man auch laufen muß. Komisch! Wie kann man so laufen? Ja, mein Freund, du fragst. Ich erlebe es jeden Tag. Morgens, wenn ich meine Haustür aufmache und die Wohnung verlasse, ob ich kann oder will - das wird oft nicht gefragt-, gehe ich in die Welt der deutschen Sprache. Dort kann mir meine Muttersprache nicht mehr helfen. Auf der Straße, in der Straßenbahn, in der Schule, in der Werkstatt. Das sind die Orte des unvermeidlichen Zusammentreffens der beiden Sprachen. Die eine darf ich nicht benutzen. Die andere kann ich noch nicht beherrschen: meine Fremdsprache. So nennt man sie. Wie kann ich aber selbst diese Sprache als fremd bezeichnen, mit der ich jeden Tag überall konfrontiert bin? Ich brauche öfter die deutsche Sprache als meine. Mit meiner eigenen Sprache, allein und hilflos stehe ich da. Meine Muttersprache ist mir längst fremdgeworden.

Als ich in der letzten Klasse der fünfjährigen Grundschule in meiner Heimat war, bin ich mit meinen Eltern nach Deutschland gekommen. Besser gesagt: Ich wurde nach Deutschland gebracht. Niemand hat mich dabei gefragt, ob ich will oder nicht. Damals, an meinen ersten Tagen in Deutschland, habe ich es nicht gewagt, in den Straßenbahnen zu sitzen. Ich stand immer. Unsicher und ängstlich... Was könnte ich tun, wenn einer sich neben mich setzen und mit mir sprechen oder mir irgendeine Frage stellen würde?

Ich sah die Leute, die lachten. Über was? Über wen? Über mich etwa? Das wußte ich nicht. In der Tat habe ich es gern, wenn die Leute lachen. Aber wenn sie ständig neben mir lachen, dann bekomme ich manchmal ein komisches Gefühl. Ich werde empfindlicher und sogar überempfindlich. Warum, weiß ich nicht. Habe ich vielleicht Angst? Stumm und schwach unter den Deutschen? Offen gesagt, Angstgefühle habe ich schon, und zwar seitdem ich hier in Deutschland bin.

 

06:54 Publié dans 2026 ֍ Moutures | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 22 janvier 2026

2026 ֍ Effigies, 4

    Ce héron de profil se nettoyant les plumes du bas du cou de son bec acéré n’est donc plus tout à fait de profil – je veux dire par là qu’on ne voit ni son œil ni vraiment son bec, le long cou un peu escamoté venant presque séparer le corps de l’oiseau en deux, avec l’impression que la tête et le corps ne sont pas emmanché·es, justement, pour reprendre le mot célèbre. Mais justement quand j’observe des hérons cendrés je ne pense jamais à La Fontaine ; peut-être que je ne pense à lui qu’en me trouvant à écrire après avoir retrouvé une photo de héron cendré dans mes archives, et donc à partir de cette photo. La locution prépositionnelle à partir de – on comprend désormais qu’il n’est plus question d’oiseaux ni de photographie mais seulement de langue – est d’ailleurs bien étrange : il faut partir de la photographie, c’est-à-dire la quitter. Bientôt en route on ne voit plus, même en se retournant, le point de départ.

Promis, je ferai mieux jeudi prochain.

 

Marais d'Orx, 29 octobre 2016.

09:43 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 21 janvier 2026

2026 ֍ Ritournelles, 3

    Franco Battiato est un chanteur que je ne connais que depuis un peu plus de trois ans. Je me rappelle avoir découvert son existence au début de l’automne 2022, suite à un sondage un peu débile que j’avais lancé sur Twitter (j’ai depuis supprimé mon compte), et qui proposait de choisir entre quatre chansons italiennes populaires emblématiques. Comme je ne connais rien à la chanson italienne, j’avais aussi reçu des conseils, dont celui d’écouter Battiato, ce que j’ai fait.

Je n’ai pas le temps d’évoquer en détail ce chanteur, auquel je pense consacrer une émission de radio un jour car son œuvre est extrêmement plurilingue, mais une des premières chansons que j’ai entendues de lui, en piochant presque au hasard sur YouTube, est Frammenti, une chanson relativement peu connue de lui, qui se trouve sur l’album Patriots (1980) et n’est reprise sur aucune des anthologies : elle ne figure pas, par exemple, sur le coffret 3 CD Le nostre anime. Or, même après des dizaines et des dizaines d’écoutes – je suis capable de la chanter avec ma voix de casserole –, elle reste une de mes préférées.

La musique, mêlant savamment une mélodie mélancolique à des orchestrations rock, permet à Battiato de chanter ces très longs versets qui demandent une certaine aisance pour les moduler correctement (il pleut régulièrement dans la cabine de douche où je la chante). Les versets eux-mêmes sont tous empruntés à des poèmes italiens très connus, ou à des phrases lues ou entendues par Battiato à la fin des années 1970 : il s’agit donc d’un collage ou d’un centon, ce qui rend la chanson singulière et fascinante. Par cette juxtaposition autant que par le choix (rare) d’unités très longues (versets), cette chanson contient, et j’en tombe d’accord avec Concetta Sorvillo, certaines des plus belles phrases de Battiato, dont le très mystérieux incipit :

Le vecchie con le scope rincorono i ragazzi cattivi per la strada

 

Il pleuvra encore longtemps dans ma cabine de douche…

 

06:41 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 20 janvier 2026

2026 ֍ SAD, 3

    En évoquant Fanon,

Lisant, relisant ses phrases si denses,

On reprend prise sur le monde.

 

Danse dans la ronde du langage, —

Non ! le corps saigne hors du langage.

Monde, il reste toujours à souffrir avec toi.

 

11:52 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 19 janvier 2026

2026 ֍ Affiquets, 3

    Cet objet-là ne traîne pas sur mon bureau ; il serait aussi erroné de dire qu’il y trône, car il arrive que des livres ou des piles de copies me le cachent. Il n’y traîne pas car il fait partie des petits objets qui ont été délibérément placés là, et dont je m’assure régulièrement qu’ils sont visibles, accessibles, qu’ils n’ont pas été égarés. Cet objet doit avoir vingt ans, peut-être quelques mois de plus : il s’agit d’un galet, peint en jaune ocre, de 6 centimètres de largeur sur 3 ou 4 de hauteur (maximum), et dont l’avers présente une empreinte de coquillage et une photo collée représentant mon fils aîné, A*, un peu plus jeune qu’à l’âge où il tenait les propos de garçonnet dont j’avais commencé le répertoire avec la création de mon autre blog, Touraine sereine. Il me semble que cette photo a été prise au début de son année de petite section, car il ne porte pas encore de lunettes, de sorte qu’il doit s’agir d’un cadeau de fête des pères confectionné cette même année ; l’objet m’a donc été offert en juin 2005. Au revers a été collé un texte très bref, « Avec Papa », signé d’un certain « L. Roth », et dont les cinq vers, assez mièvres – c’est la loi du genre, dira-t-on – sont en partie effacés ou salis par ces vingt années passées sur mes différents bureaux. En le regardant pour écrire ce texte, je m’avise, peut-être pour la première fois, que le revers du galet n’a pas été peint, ce qui s’explique par le fait que le poème en occupe toute la surface. Ayant écrit ces phrases, je le repose, non à sa place habituelle, mais vraiment sous mes yeux, calé sur un stylo quatre couleurs, entre le clavier mobile dont la barre d’espace donne, depuis quelques semaines, des signes de fatigue, et l’écran de l’ordinateur où s’affichent, l’un après l’autre, ces mots.

Capture.PNG

 

Il n’y a pas de hasard, vu que c’est bien moi qui ai choisi ce galet pour le texte de ce lundi, mais hier soir, sur le WhatsApp familial, j’ai ironisé sur les questions de paternité et de filiation, en postant deux fois le même gif That’s my son !, tout d’abord pour commenter le fait qu’en raccompagnant mon fils cadet, O*, et sa compagne à leur appartement après leur virée de deux jours à Rouen et Évreux, O* m’a dit, en réponse à ma remarque sur la température agréable : « oui, j’avais programmé le thermostat ». (Nous avons découvert les nombreuses plaisanteries en anglais au sujet des pères de famille et des thermostats longtemps après que ma manie fut devenue un sujet de moquerie entre nous.) J’ai reposté ce même gif quelques minutes plus tard, quand A* a écrit que, dans leur appartement à Rochefort, il « attend les heures creuses pour faire [s]es lave-vaisselle et [s]es lessives ».

———— Je me suis un peu éloigné du galet, mais je l’ai sous les yeux.

 

06:52 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (2)

dimanche, 18 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 3

    C’était hier soir et ça commençait par un mouton dans un side-car.

Il ne fait pas te plaindre, dit l’ancien directeur de kolhoze reconverti magouilleur en chef, tu as pu t’acheter une moto.

Ça se terminait par le bétail sous la pluie, dans la nuit. Dans le plan précédent, Abel et sa famille, c’est-à-dire son épouse (personnage exceptionnel incarné par une actrice non moins exceptionnelle) et leurs petits-enfants, s’éloignent en Lada, ne sachant pas qu’ils viennent de perdre leur ferme. Ou le savent-ils ?

Image1.png

 

Tout ou presque est à mots couverts, dans Abel.

J’ai eu peur, au début, de m’ennuyer, et au bout de vingt minutes je suis totalement entré dans le film, l’histoire, les faux-semblants de la période de transition immédiatement postérieure à l’effondrement de l’Union soviétique. Un film bouleversant.

19:52 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 17 janvier 2026

2026 ֍ Cantilènes, 3

    quand tout s’effondre

un peu de douceur pourtant

resterait-elle

un peu de tendresse

aussi

 

dans les recoins du désastre

(la formule est dégueulasse,

inepte,

 

tout droit sortie

d’un poème de hall de gare)

restera-t-il du désir ?

 

quand tout s’effondrera

tu seras sidéré

alors que tu savais

que ça arriverait

 

le monde déjà ne tournait pas rond

et tes épaules flancheront

 

07:31 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 16 janvier 2026

2026 ֍ Moutures, 3

Grammaire allemande

Sergio L. Amado Monroy

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026

 

    Je travaille, tu trimes,

il prend l’argent.

 

Nous avons la crève, vous crevez,

il prend l’argent.

 

Moi l’étranger, toi l’étranger,

lui, il prend l’argent.

 

Nous des bêtes de somme,

« non, vous n’êtes pas égaux »,

lui, il est chef d’entreprise.

 

Nous comprenons.

 

 

07:48 Publié dans 2026 ֍ Moutures | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 15 janvier 2026

Trop de coups sans pioche

Riddles commence par se saisir du ruban calligraphié de prunier.

Je réplique en posant le ruban de pivoine.

Il prend le ruban de lespédèze, et la plaine de paulownia associée au poète.

Je ne prends rien, ni à la pose ni à la pioche.

Il prend la lune et deux plaines d’iris.

Je prends l’oiseau de prunier.

Il prend le ruban calligraphié de cerisier.

Je prends le pont (animal d’iris).

Il prend les papillons : 7 fleurs, 4 rubans, 3 animaux dont 2 forts.

Avec l’érable j’ai hésité entre le cerf et le ruban bleu. J’ai pris le cerf, j’ai bien fait.

Il ne prend que 2 plaines, ne peut rien marquer.

Au coup ultime, je pose la coupe de saké, marque 1 point avec 5 animaux. Cette avance très faible est également inespérée.

 

Je commence donc la deuxième manche. Je pose le ruban de chrysanthème, ne pioche rien.

Riddles prend le poète et la lune.

Je prends les fleurs de cerisier et le ruban d’iris.

Il prend le ruban d’érable.

Je prends deux fleurs de glycine, ne pioche rien.

Il prend le ruban de lespédèze, ne pioche rien.

Je pose la plaine d’érable (ayant le cerf en main également), ne pioche rien.

Il prend le coucou (glycine).

Je prends les papillons avec le ruban bleu, ne pioche rien.

Il prend le pont de huit planches.

Je prends le cerf, ne pioche rien.

Il prend la grue, ne pioche rien.

Je prends les deux pivoines et le phénix, marque 2 points en faisant yame.

 

Screenshot_20260115-140333_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

À l’entame de la dernière manche je prends le ruban calligraphié de paulownia avec la grue, ne pioche rien.

Riddles prend les papillons avec le ruban, ne pioche rien.

Je prends le sanglier, ne pioche rien.

Il prend le phénix et deux plaines d’érable.

Je pose le poète, ne pioche rien.

[...]

Je prends le ruban de glycine, prends les oiseaux en vol (miscanthe).

Il prend le rideau de cerisier, ne pioche rien.

Je pose la plaine de glycine restante, ne pioche rien non plus.

Il prend les deux plaines simples d’iris.

Je prends la lune (miscanthe). Trois lumières, mais avec le poète donc nul yaku, aucun point. Je ne pioche rien.

Il marque dix plaines à l’avant-dernier coup, doit faire koï-koï.

Je prends le pont de huit planches.

Il prend 2 plaines supplémentaires et double ses points in extremis, pour une victoire sur le fil 33 à 27. Je n’avais pas assez d’avance, et trop de coups sans pioche.

 

14:13 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Effigies, 3

    Cette fois-ci, c’est bien une effigie, et de profil, prête à être estampillée à l’avers d’une médaille : la mienne.

(J’écris des livres ; au fond, ça fait vingt ans que j’écris ces livres.)

Cet autoportrait – ou selfie – me rappelle que j’ai découvert Rivers Solomon – dont les deux derniers livres m’ont déçu – il y a sept ans, par son premier roman. On pourrait certes s’attarder sur l’étagère, qui s’est encore chargée depuis, ou sur le gilet sans manches de l’université, proprement suspendu, mais ici, outre ma tronche plus jeune et un pull irlandais bleu-gris que je n’ai plus, c’est la couverture et le titre qui m’intriguent.

20181205_112156    En regardant l’image je me suis immédiatement avisé que Rivers Solomon avait sans doute utilisé la structure a(n) + nom singulier + of + nom de catégorie au pluriel sur le modèle des substantifs collectifs si bizarres en anglais : a murder of crows, a bevy of partridges, a murmuration of starlings (ce dernier ayant d’ailleurs fini par acquérir un peu droit de cité dans la langue française – depuis quelques années je lis des textes dans lesquels il est question de murmurations, et c’est même le nom d’une maison d’édition). Bref, je me suis avisé simultanément que Rivers Solomon avait sans doute utilisé unkindness aussi dans ce sens-là et que peut-être je n’y avais jamais pensé avant. Il faudrait réécouter la vidéo que j’avais consacrée à ce roman (dont j’ai dit récemment, en chroniquant ma déception face aux deux derniers, que j’aimerais avoir le temps de le relire), mais selon toute probabilité je n’y avais jamais pensé avant aujourd’hui : unkindness, c’est à la fois une congrégation de fantômes et la méchanceté propre aux fantômes (traduite par Francis Guèvremont et la maison d’édition Aux Forges de Vulcain par incivilité : L’incivilité des fantômes).

Ce titre est excellent, rien à redire. Si on tentait de restituer la polysémie structurelle du titre anglais – et en un sens bien sûr on ne le peut pas – il faudrait oser : Un fiel de spectres. La véritable effigie, ici, c'est le titre, et le visage dessiné sous le titre. Les spectres sont-ils fielleux ou les fantômes incivils ? Le spectre ici aussi fait bien de ne pas me dévisager, figé dans le passé et fiché dans ce fauteuil où je pourrais vouloir – et en un sens bien sûr c’est impossible – le rejoindre.

 

08:13 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 14 janvier 2026

2026 ֍ Ritournelles, 2

    Ce livre est celui qui va me donner le plus de fil à retordre, car que dire des earworms ?

 

J’aurais dû appeler ce livre Earworms.

La raison pour laquelle je l’ai intitulé Ritournelles, c’est en mémoire d’un vieux projet spectral jamais mené à bout – et jamais vraiment commencé à vrai dire – mais un titre en vaut un autre, on dira.

Earworm, la langue française n’a pas d’équivalent : c’est une mélodie ou un air qui vous asticote les oreilles, qui s’est immiscé dans votre tête et qui refuse d’en sortir.

Si je veux simplifier l’écriture des textes que j’ai prévu de pondre chaque mercredi de 2026, les textes de Ritournelles, ne dois-je pas tout simplement évoquer la chanson que j’ai ou que j’ai eue tout récemment dans la tête. À ce moment-là, c’est tout simple : il y a deux jours, je me suis mis à chantonner compulsivement une chanson du groupe Sparks (peut-être mon groupe préféré), une chanson dont je me suis rendu compte que j’en ignorais le titre (et pour cause, j’y viens). Voici mon sujet, chaque chose à sa place quoi.

Capture.PNG

 

 

Mais si je fais cela – me contenter d’évoquer la chanson que j’ai ou que j’ai eue tout récemment dans la tête – le hasard risque de mal faire les choses ; au départ je voulais parler de chansons significatives, écrire une sorte d’autobiographie par les chansons. Eh bien, ce sera pour plus tard, quand tu auras plus de temps. Ici ce sera peut-être déjà une autobiographie mal faite. Ça vaut mieux que le vide, surtout avec le risque de l’abandon des autres livres.

Avant-hier soir, donc, et hier derechef, j’ai écouté sur la platine, au salon, A Love Story, chanson de 2023. Tout venait du fait que je m’étais mis à chantonner, plus tôt, quelques vers de la chanson et le riff électronique qui ponctue chaque vers des couplets. Comme pour beaucoup de chansons de Sparks, c’est très facile de chanter quelques vers, mais le travail d’écriture qui consiste à construire des variations sur une trame répétitive rend très difficile de la connaître vraiment par cœur.

Cette chanson est une de mes préférées de l’album de 2023, qui m’avait un peu déçu. L’avoir dans la tête m’a poussé à écouter plus attentivement, et à mieux comprendre pourquoi elle s’intitule A Love Story : c’est un récit sous forme de discours (Ron Mael est un auteur vraiment fabuleux) et qui dessine les contours d’une relation probablement toxique et dissymétrique.

Et donc, aujourd’hui, en écrivant ce texte, je l’ai encore plus dans la tête – c’est fatal.

 

*                     *

*

 

Oui, je suis le genre de type qui, se promenant dans la rue ou juché sur son vélo, peut répéter quatre fois de suite, à l’imitation précise de la chanson d’origine :

Ain’t my thing / It’s her thing

Ain’t my thing / It’s her thing

Ain’t my thing / It’s her thing

Ain’t my thing / It’s her thing

 

11:42 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

Comme un(e) manche

Je travaille depuis 2 heures : un cours de 3e année, la reprise d’une traduction de Ngũgĩ wa Thiong'o, la relecture de quelques poèmes de Jack Mapanje pour un autre projet. Et donc pause : j’ouvre l’appli Hanafuda Koi-Koi. Tout pour ne pas me remettre à l’autre énorme traduction, hein. Après une pub pour une boîte de merde genre Shein, l’appli « recherche un adversaire », qu’elle finit par trouver (un pseudo en caractères japonais, illisible pour moi donc).

Trois chrysanthèmes dans la rivière, dont le ruban et la coupe de saké. L’adversaire s’étant saisi de la grue et de la lune après deux prises, je n’en mène pas large. Et sur mon clavier la barre d’espace est rétive, depuis plusieurs semaines déjà. C’est coton car j’écris le texte tout en jouant ; or, on ne dispose que de 60 secondes pour chaque tour. À la troisième prise, j’attrape les chrysanthèmes ; oui, mais l’adversaire attrape son troisième ruban calligraphié, relançant (imprudemment ? nous verrons). Oui, c’était imprudent : à l’avant-dernière prise je marque 1 point pour les plaines (ou fleurs) et 5 points pour le saké sous les cerisiers : 42 à 18.

Pour la manche 2, la lune et le rideau sont dans mon jeu. Je réussis à les poser dès les deux premiers tours, mais l’adversaire marque les 3 rubans bleus, relançant (imprudemment ? peut-être mais a-t-il le choix vu son déficit de points ?). Oui, c’était imprudent : à la cinquième prise, je marque les 6 points (doublés) des 3 lumières.

Screenshot_20260114-070203_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

 

Pour la manche 3, je n’ai aucune carte posable. Mais je mène 54 à 6, espérons. La coupe de saké est dans la rivière mais je prends bientôt la lune. À la cinquième prise, l’adversaire, qui détient pourtant la carte du rideau, choisit, en piochant un chrysanthème, de prendre le ruban bleu et de marquer 1 seul point, pour relancer. C’était habile : au tour suivant, il prend le phénix et un autre ruban, pourrait marquer 16 points mais relance bien sûr. Imprudemment je me défais d’une fleur de pivoine (prolepse : oui, c’était une boulette car il me restait d'autres cartes et le seul ruban bleu non posé était celui de pivoine) ; comme de bien entendu l’adversaire prend le ruban de pivoine et la coupe de saké, marque 66 points en une seule manche. J’ai mal joué sur cette dernière manche. (Une manche comme un manche.)

On (j’) espère que je suis meilleur traducteur.

 

07:09 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 13 janvier 2026

Tout en jeux de mots (vaseux)

Cette victoire en deux manches face à Neorex, je n’avais pas prévu de l’écrire (de la transcrire ?).

Je ne sais d’ailleurs pas très bien ce qui se trame ici.

L’idée de raconter (ou de décrire (ou de transcrire (même les verbes sont impuissants à dire – pour le moment – ce que je fabrique ici))) des parties de Koï-Koï a fini par émerger dans la droite ligne d’une obsession de jeu.

Screenshot_20260113-075503_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Avant de me remettre à la relecture des épreuves de NSRJ, une petite partie ? oh oui, tiens… Et donc cette partie, je la clos en deux manches, ce n’est pas si souvent. Plus rare, en une manche – j’espère un jour en dire un mot (en faire un texte).

Aussi j’ai du mal imaginer le·a lecteur·ice de ces textes. Quelqu’un·e qui connaît le jeu s’y amusera éventuellement au fil de quelques paragraphes, sans plus ; quelqu’un·e qui n’y connaît rien peut lire ces textes comme une sorte de prose codée expérimentale. Tentative d’épuisement d’un jeu japonais, mais à vrai dire c’est moi qui m’y épuise.

En tout cas, en deux coups de cuillère à pot, j’ai réglé son compte à Neorex, et d’ailleurs remarquez que la deuxième (seconde) manche aurait pu y suffire : 26 points, ce n’est pas si loin de 30.

Il suffit de marquer 30 points, lors de la première manche, pour avoir partie gagnée : les scores, au Koï-Koï, fonctionnent par vases communicants, le score des deux adversaires devant toujours totaliser 60. C’est d’ailleurs pour cela qu’alors que j’ai marqué 40 points contre Neorex, mon score a été plafonné à 60 : en toute logique on s’attendrait à ce que je gagne 80 à 0, ou 40 à 0 s’il n’y avait pas de vases communicants.

C’est vaseux.

On voit que je tente de parler de cette partie après l’avoir jouée, sans avoir pris de notes.

La manche 1 fut assez classique : saké à la lune (je crois), koï-koï, puis doublé de fleurs et d’animaux permettant de totaliser 7 points, soit un score après yame et avant la manche 2 de 44 à 16. Lors de la manche 2, j’ai joué de façon plus risquée, car j’avais un chrysanthème dans ma main et, une fois captée la carte du rideau, puis celle de la lune, j’attendais de piocher la carte du saké. Après un koï-koï qui aurait pu être imprudent (mais je comptais sur mon matelas de points pour que la défaite éventuelle en manche 2 ne soit pas trop handicapante), j’ai pioché de fait la coupe de saké lors de la dernière prise : 6 animaux, 10 fleurs (donc 3 points), plus les 10 points de deux sakés 26 points.

Je crois avoir déjà fait le jeu de mots stupide sur la coupe de saké et le coup de bol ; toutefois il est ici plus pertinent que jamais.

(Vaseux aussi est un jeu de mots. Un jeu de mots vaseux.)

 

08:09 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ SAD, 2

    Sans besoin d’un cœur qui divague

Ni des regards par en-dessous,

L’amour n’est pas ce qu’on proclame :

 

Lame de fond,

Tsunami,

Vague à l’âme qui fait se sentir vivant.

 

07:28 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 12 janvier 2026

2026 ֍ Affiquets, 2 (la bague)

    C’est une bague en toc, de couleur orange, une sorte d’anneau très épais, en plastique probablement, et dont le motif central est un carré bordé de vert, avec quatre cœurs bleus qui ressemblent presque aux empreintes utilisées par Claude Viallat, ainsi qu’un point blanc au centre des quatre cœurs ; cette bague a été retrouvée par mon fils aîné, lors de son dernier séjour, sur une des étagères de sa bibliothèque de bandes dessinées, sans que personne ne sache d’où sort cet objet, ni à qui il appartient.

 

*

*                  *

 

(J’ai choisi le titre de cette rubrique, Affiquets, sans avoir suffisamment fait de recherches, mais je m’amuse de découvrir que, dans son Dictionnaire des proverbes publié en 1842, Pierre-Marie Quitard disait des agiaux, terme qui « désigne ainsi une toilette extraordinaire et ridicule », que c’était un « vieux mot qui veut dire affiquet ». On est toujours le vioque de quelqu’un.)

 

08:28 Publié dans 2026 ֍ Affiquets | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 11 janvier 2026

2026 ֍ Bobines, 2

    Le nouveau film de Jim Jarmusch est parfait — et parfaitement creux.

Parfait : tout est filmé au cordeau, avec alternance des plans et placement de certains plans dans chaque sketch ; tout est écrit de façon millimétrée, avec la triple discussion sur l’eau que l’on boit, la triple (et horripilante) apparition des skaters au ralenti, la triple variation sur l’expression Bob’s your uncle.

Parfaitement creux, car c’est un exercice de style pur. Jarmusch montre qu’il sait composer un triptyque (look at me writing!), qu’il sait filmer (look at me shooting this shot!), qu’il dirige superbement d’excellent·es acteurices (look at me directing!), mais ça ne débouche sur rien. La seule façon de prendre du plaisir à ce film est de répondre à l’exercice de style par un exercice d’admiration béat, ou de ne très vite rien attendre de ce film, de se contenter d’un bel objet narratif.

Il y a quelques années – dix, peut-être – j’avais lu (pas en entier, du coup – de mémoire je me suis arrêté vers la fin du troisième tome) le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell, qui m’avait fait le même effet : une machine parfaitement huilée, une structure parfaite, mais l’histoire qui est racontée n’a aucun intérêt. Ainsi, l’œuvre paraît terriblement datée. Il me semble que c’est pareil pour le Nouveau Roman : les romans de Robbe-Grillet, et peut-être aussi la tétralogie de Claude Mauriac, ont mal vieilli car ce n’étaient que de purs exercices, tandis que les livres de Sarraute, Pinget et Claude Simon passent la rampe des années. (Butor est un cas ambivalent.)

DriverBialik.PNG

 

Pour en revenir à Father Mother Sister Brother, il faudrait revoir Mystery Train, afin de voir si c’est aussi creux, trente-cinq ans plus tard. J’avais beaucoup aimé ce film, au cinéma en 1990 et plus tard, à la télé, à la fin des années 1990 je dirais. Nous avons revu il n’y a pas si longtemps Night on Earth, avec les garçons, et nous avions trouvé ça longuet, en particulier le sketch italien, avec Begnini, qui en fait des tonnes et n’est pas du tout dirigé pour le coup. En fait, mon scepticisme à l’égard de Jarmusch ne date pas d’hier : dès sa sortie j’avais trouvé Down by Law lourdingue, puis il y avait eu Dead Man, que j’avais trouvé lourdingue aussi dans son utilisation du noir et blanc (outre que Jarmusch ne fait rien de la référence à William Blake, pur vernis intello) ; plus récemment, j’ai trouvé Only Lovers Left Alive totalement nul (et d’ailleurs, je m’en souviens à peine).

Reste ici, presque immatériel, aere perennius, le jeu d’Adam Driver, dont la moindre expression faciale fait naître un monde. Il portait déjà, presque à lui seul, Paterson (que j’avais bien aimé). Mayih Bialik et le duo frère-sœur du dernier sketch tirent également leur épingle du jeu, malgré la froide inanité des dialogues.

 

21:31 Publié dans 2026 ֍ Bobines | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 10 janvier 2026

2026 ֍ Cantilènes, 2

    au fardeau que devient le monde

une heure passe vite

et dix-sept années plus encore

(un tiers de vie,

je l’ai écrit)

 

un tiers de vie, mais seulement

si je mourais d’ici peu

(que de gaieté dans ces parages)

 

porter le poids de cette angoisse

non du temps qui passe, mais

du monde qui ne passe pas

 

s’avère

fruit pourri au cœur

remords de l’impuissance

nèfle durcie par le printemps

 

quand tout paraît s’effondrer

quand tout s’effondre

 

05:41 Publié dans 2026 ֍ Cantilènes | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 09 janvier 2026

Bourrasques et miscanthes

La tempête a soufflé cette nuit, et encore aujourd’hui. En vélo ce n’était pas commode.

Ce matin tôt j’ai atteint mon plus haut classement au Koï-Koï, 1793. En buvant du Pu-erh j’entame une partie, à 15 h 15. L’adversaire, Mr E., prend le ruban calligraphié de prunier puis riposte à ma prise de la coupe de saké par le ruban de paulownia. Papillons pour moi, lune pour lui. Cerf pour moi, ruban bleu de pivoine pour lui. À partir de la cinquième prise j’enchaîne tardivement les rubans. À la septième il totalise 10 fleurs mais fait koï-koï. En dernier lieu je marque 5 animaux.

Au Cappucino, la playlist hésitait entre l’improbable et le pénible.

1000011401.jpgMenant 32 à 28, je prends d’emblée le rideau de cerisier (prise) et la grue (pioche). La coupe est dans la rivière.

Au Livre, où j’ai découvert la parution d’un nouveau livre de Ryoko Sekiguchi, que j’ai acheté, L.* m’a fait son grand numéro de radicalité, en tapant totalement à côté.

La manche 2 fait long feu : à la deuxième prise l’adversaire prend la coupe après la lune.

J’avais rechargé la batterie de mon vélo dans le bureau ; sans cela je n’aurais pas pu, entre la fatigue et les bourrasques, gravir la Tranchée, au retour.

Ah non, il fait koï-koï : la manche 2 se poursuit donc. Il n’avait pas tort. Acculé, je ne peux que le laisser finir avec 11 fleurs ou plaines et marquer 14 points.

Hier soir à l’entraînement de ping-pong j’ai fait les exercices avec E*, qui est nettement plus fort que moi – pas difficile – mais qui ne comprend pas du tout les exercices demandés.

Le début de la troisième manche est un effet miroir de la précédente : il prend d’emblée le rideau de cerisier (prise) et la grue (pioche). La suite est pathétique pour moi, car je n’ai rien en main. À la cinquième prise l’adversaire prend le phénix et met fin à la partie, avec une victoire 48 à 12.

Ce matin, dans une copie de traductologie, j’ai écrit, en face du mot « ajustement », qu’une étudiante employait de façon récurrente : « nouveau concept ? vous devriez le faire breveter ».

Il me faut tenter une autre partie, face à eve (sic). Elle est l’oya, prend le rideau de cerisier ; je prends la coupe ; elle prend le sanglier et les deux plaines de miscanthe ; je prends le cerf ; elle prend un ruban calligraphié ; je prends l’hirondelle et le ponton ; elle ne prend rien ; je prends un ruban de glycine ; elle prend deux plaines supplémentaires ; je prends la grue ; au sixième coup je mets fin à la manche (5 animaux et 5 rubans, 2 points, bien payé, ouf).

1000011402.jpgDevant la boulangerie du haut de la place du Monstre, à midi, un employé défaisait les décorations de Noël en exhibant le sourire du plombier boulanger, un nounours gisant comme mort à ses pieds.

Pour la deuxième manche, je prends rapidement le sanglier et les papillons ; j’ai une carte d’érable dans ma main, donc attendons. À la cinquième prise l’adversaire prend la lune et marque les trois lumières.

Il y a encore une nouvelle employée chez le torréfacteur.

La troisième manche démarre poussivement : une paire de chrysanthèmes, les papillons, le cerf, enfin le rideau accompagné du ruban de magnolias ( ?). L’adversaire prend de l’avance mais je finis par piocher la coupe de saké, qui me suffit pour gagner l’ensemble des 3 manches d’un cheveu.

Au courrier : Courrier international, avec une couverture sur Trump et le Venezuela ; deux petits livres de Jacques Ponzio sur Monk, envoyés directement par l’éditeur.

Peu après, je gagne face à F-sharp, en trois manches nettes : 8, 10 et 3 points (ce dernier score suite à un double koï-koï désespéré tenté par l’adversaire qui aurait gagné si le hasard avait fait tomber la coupe de saké dans son escarcelle). Pas noté le détail des coups, ni fait de capture d’écran.

Figurez-vous que j’écoute en boucle Nudge It et Mork n’ Mindy.

 

15:58 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Moutures, 2

Rituels

Chantal Estran-Goecke

Traduit de l’allemand par Guillaume Cingal © 2026

 

    Sur la table, le papier blanc.

L’intention de t’écrire

une longue lettre en français.

Deux dictionnaires à côté ; juste pour vérifier.

« Indispensable, le petit Robert. »

In…dis… pensable… ?

Le stylo encre. La plume magique.

Parviendra-t-elle à convertir mes pensées en mots

Que tu comprends ?

Non, impossible. Échec annoncé.

 

05:35 Publié dans 2026 ֍ Moutures | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 08 janvier 2026

« You lose »

Hier, il y a eu deux ou trois parties jouées pour lesquelles j’ai envisagé de m’interrompre quelques instants, le temps de griffonner au crayon sur un bout de papier une sorte de résumé dramaturgique et chiffré : les parties qui présentent un véritable intérêt sont celles qui font l’objet soit d’un lent et improbable creusement, soit – plus classiquement – d’un retournement de situation aussi rare que déroutant, comme hier, où, mené 56 à 4, j’ai réussi à marquer un triple 9 sans lumières et à l’emporter donc de justesse, 31 à 29. (De mémoire.)

Que cela soit dit : ces textes, j’en suis pleinement conscient, sont aberrants.

Il n’empêche que me voici, après 1 h 30 de travail, à m’offrir une première pause. Il est 6 h 25 ; je vais voir s’allumer le lampadaire du néflier (qu’il vaudrait mieux nommer réverbère à l’érable), dans cinq minutes donc, pendant la partie.

 

Screenshot_20260108-063314_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Cliquant sur « find opponent » (j’ai basculé l’application en anglais, juste pour voir), je vois que je suis censé attendre 59 secondes. Au bout de 27 secondes, la partie débute, avec moi à la manœuvre (je suis l’oya, donc). Je prends la lune et deux fleurs ; mon adversaire prend les papillons et le sanglier, de sorte que je saisis la plaine d’érable qui se trouve dans la rivière pour empêcher un éventuel Ino-Shika-Cho : peine perdue, car il avait les deux érables restants et fait yame au quatrième coup.

La deuxième manche est également une course, car l’adversaire est d’emblée en tête : je prends un paulownia pour empêcher le saké à la lune, puis un érable pour empêcher le triple ruban bleu. C’est mal embarqué, tout ça. Au bout de quatre coups, mon adversaire a deux lumières et 5 fleurs (ou plaines / plains dans la version anglaise). Au cinquième coup, il prend la lune et marque 11 points sans relancer.

Situation presque désespérée avant la troisième manche. Je suis contraint de faire koï-koï au cinquième coup après avoir associé les 3 lumières (phénix, cerisier, lune), ce dans l’espoir de poser la coupe de saké (et/ou plusieurs fleurs supplémentaires — j'en ai 9 déjà*) ; dès le coup suivant l’adversaire empoche un cinquième ruban, douchant définitivement mes maigres espoirs.

 

(Note de traductologie : la version anglaise de l’application propose de recatégoriser les noms victoire et défaite en verbes, avec renvoi à la personne et sujet exprimé : you win /you lose. Écrivant ceci, je feins que la langue originale soit le français, mais il faudrait réfléchir à partir des formules de la version japonaise ; c’est au-delà de mes compétences.)

 

 

 

* Histoire de montrer en quoi la prévoyance et la tactique ne peuvent rien face au hasard : si au lieu d’offrir un ruban à mon adversaire, la pioche avait posé une plaine de chrysanthème, j'aurais ensuite posé la coupe de saké et marqué 11 fleurs (2 points), les deux sakés (10 points) et les 3 lumières (6 points), le tout doublé car j’avais déjà fait koï-koï, donc 36 points et victoire par 49 à 11 pour moi.

 

06:35 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Effigies, 2

OUM (Oiseaux Urbains Malchanceux). Exposition Sacha Ketoff. Château de Tours, 14.11.2008.    En novembre 2008, nous vîmes une exposition de Sacha Ketoff au château de Tours. En octobre 2011, je ne me rappelle plus pourquoi, j’avais repris ma photographie des Oiseaux Urbains Malchanceux pour écrire un texte de la série Entre Baule et Courbouzon (un des derniers, d’ailleurs). Je constate que dans ce texte où se déploie entre autres l’anagramme Icare/carie, je citais le vers de Claire Diterzi, Envoie un pigeon ou un SMS. Ça irait bien dans les ritournelles, mais je le sais depuis février 2006, tout est dans tout.

Ce matin, fort matinalement, il faudrait dire en mode nocturne même, je reprends cette image de mauvaise qualité : cadrage imparfait, reflets, contrastes approximatifs, et j’en passe. Le reflet, justement, de ma tronche – ah, j’avais dix-sept ans de moins, un tiers de ma vie a passé depuis – au-dessus de l’aile du pigeon de gauche m’inciterait à chercher d’autres reproductions de cette œuvre, sauf que voici, justement, une effigie. Spectrale, effacée, certes, mais apparition toutefois d’un visage humain. Le peintre a donc symétriquement composé son diptyque, le pigeon de droite aux plumes plus blanches que l’autre, tous deux malchanceux : oh, que mourt, aqueste. Qui est capable de dire combien de pigeons morts (écrasés ou bouffés par un chat) iel a vus dans sa vie ?

(Tout est dans tout, surtout les adverbes.)

 

05:02 Publié dans 2026 ֍ Effigies | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 07 janvier 2026

« Des lumières restent dans la rivière. »

Tandis que retombe une très fine neige, sur une couche de trois centimètres qui n’a pas fondu partout, loin de là, j’attaque une partie, après avoir subi – d’un œil, car j’écrivais ce début de phrase – une publicité pour le jeu CodyCross.

Screenshot_20260107-065749_Hanafuda Koi-koi Dojo.jpg

 

Je suis oya ; je prends le sanglier, mais rien ne sort après pioche. Mon adversaire prend le ruban bleu d’érable. Me concentrant sur les animaux, je prends le pont de huit planches. Après la troisième prise (paulownias simples et rien à la pioche), je totalise 6 fleurs. 8 après la quatrième. 9 après la cinquième (avec le poète), mais mon adversaire m’a presque rejoint (8 fleurs), et je ne peux rien prendre d’emblée. Après la sixième prise, mon adversaire domine : 9 fleurs, 4 rubans. Personne ne prend rien. Je prends l’hirondelle et un ruban. Mon adversaire réussit à faire deux yaku à la dernière prise : 6 rubans, 10 fleurs, donc 33 à 27.

Mon adversaire ayant pris la grue, je capture le rideau de cerisier. La coupe de saké est dans la rivière, personne ne peut apparemment s’en saisir. La pioche me l’offre au troisième coup, et j’annonce yame, car l’adversaire a déjà deux lumières majeures.

Fort d’un mince avantage (32 à 28), je commence la troisième manche par le ruban de cerisier. Rien à la pioche. Ruban de pivoine et grue, mais l’adversaire a pris la lune et un chrysanthème simple baigne dans la rivière, faisant planer la menace d’une mort subite par coupe de saké. À la troisième prise, l’adversaire prend le chrysanthème, mais avec une autre fleur, et totalise 6 fleurs (contre 3 à moi). Des lumières restent dans la rivière. À l’avant-dernière prise, l’adversaire prend le ruban calligraphié de paulownia, et atteint 10 fleurs, soit 1 seul point — donc koï-koï. C’est le dernier coup. Je pose une fleur de miscanthe, récupère le sanglier à la pioche et marque 14 points (Ino-Shika-Cho + 5 animaux).

 

07:02 Publié dans Koï-Koï | Lien permanent | Commentaires (0)

2026 ֍ Ritournelles, 1

    Avant-hier soir, il a neigé en région parisienne (donc chez ma sœur) et à Tours (donc chez nous), et dans la nuit vingt centimètres à Rochefort (donc chez A*). Dans la matinée, hier, ma mère a posté sur le groupe Famille une photo de la mare, à Cagnotte, avec cette légende : « Gelée puis grésil = mare blanche mais c’est moins beau que chez vous ! ».

Alors, bizarrement, à chaque fois que je rencontre le mot grésil (et ce n’est pas si rare qu’on pourrait le penser), ça me met dans la tête Dieu, s’il existe de Brassens, alors que le mot ne s’y trouve pas. Il ne s’y trouve pas, mais je sais pourquoi mon cerveau fait ce lien : c’est le vers « Quand il gèle sur le persil » qui lance le processus, car dans mon esprit je fusionne probablement les sons des mots gèle et persil pour aboutir à « grésil ».

 Si mon cerveau était (plus) logique, il irait pêcher du côté de Thiéfaine :

De crise en délirium ; de fièvre en mélodrame

Franchissant la frontière aux fresques nécrophiles

Tu cherches dans les cercles où se perdent les âmes

Les amants fous, maudits, couchés sur le grésil 

 

C’est dans Syndrome albatros, mais cette chanson fait partie de celles dont je ne connais que deux ou trois vers (là je suis allé copier-coller sur le Web, vilain tricheur).

Ou du côté de Murat (L’almanach amoureux), chanson dont, là encore, je ne connais que quelques vers et quatrains épars, mais que contrairement à celle de Brassens, je ne pourrais chanter en entier :

Vient le gentil mois d’avril

Sous son manteau de grésil,

Avril le doux

Est bien le pire de tous

 

Cette chanson, qui évoque sur un mode ironique et décalé les saisons et les proverbes campagnards, me rappelle les jours de vacances à Hagetmau, en particulier en hiver quand on chauffait la maison grâce à un feu dans l’immense âtre. Je ne regrette pas le temps passé à fendre du bois, mais la cheminée fait partie de ce qui fait naître en moi une puissante nostalgie pour cette maison.

 

05:55 Publié dans 2026 ֍ Ritournelles | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 06 janvier 2026

2026 ֍ SAD, 1

    Pris·e dans la tourmente du manège

Qu’on dirait maudit,

Impossible de descendre :

 

Neige dans la ruelle,

Dis-moi quelque chose de neuf.

Cendre, fais-moi renaître au monde.

 

07:30 Publié dans 2026 ֍ SAD | Lien permanent | Commentaires (0)