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mercredi, 25 mai 2016
Rash
Untung-untung
25 mai 2013
Un roman de Ford Madox Ford (qui signait encore Ford Madox Hueffer, d'ailleurs), devenu introuvable, est enfin numérisé sur Gutenberg.
J'en profite pour rappeler qu'un roman très sous-estimé (ou tout simplement ignoré) de l'ère "moderniste" fut écrit par FMF en 1933. Il s'agit de The Rash Act, que je place aussi haut, pour ma part, que les grands romans de Virginia Woolf ou Ulysses.
25 mai 2016
Hier soir, lu et médité les remarques — cinglantes mais justes — de Roubaud sur Finnegans Wake.
06:37 Publié dans Untung-untung | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 24 mai 2016
2660 — De nos frères blessés
Les éditions Actes Sud ont publié tout récemment un bref roman d'un jeune écrivain encore inconnu, et qui publie, apparemment, sous pseudonyme. Ce roman s'intitule De nos frères blessés et il s'agit d'un portrait extrêmement minutieux, très documenté, lyrique et emporté, du seul condamné à mort français de la guerre d'Algérie, Fernand Iveton. Iveton n'est évidemment pas le seul Français à être mort au cours de la guerre d'Algérie, mais il a été guillotiné, et c'est son parcours que Joseph Andras retrace dans ce beau récit.
Sur les massacres perpétrés par l'armée française, sur le rôle plus que trouble joué par le gouvernement de la Quatrième République (dont une figure, celle de François Mitterrand, ponctue le texte dès l'épigraphe), sur les ambiguïtés du Parti communiste et de l'Humanité, le lecteur déjà au fait de ce qui s'est passé d'atrocités et de compromissions pendant la guerre d'Algérie n'apprendra pas grand-chose. Toutefois, comme avec tout bon roman, tout grand roman, il n'est pas seulement question d'apprendre mais de pénétrer, par la langue, dans certaines mentalités et dans le déroulement d'événements tels qu'ils ont pu être vécus par un témoin malheureux qui se retrouve aux premières loges.
Le roman alterne longues phrases narratives et brèves phrases nominales descriptives, notamment du ciel ou de tel moment de la journée, non sans rappeler Jean Sénac, auquel toute prose lyrique d'inspiration algérienne fait immanquablement penser. Le roman alterne aussi, dans ses brefs chapitres, le récit de l'arrestation et des différents épisodes qui conduisent à l'exécution de Fernand Iveton, et celui du bref séjour parisien de ce dernier, quelques années plus tôt, peu après la Libération, quand il rencontra son épouse.
De nos frères blessés est une grande œuvre littéraire, non seulement parce que la langue de Joseph Andras tente de redonner un sens, sinon plus pur, du moins plus habité, plus construit, plus profond aux mots de la grande généalogie littéraire de l'engagement et du bras-le-corps, mais surtout parce qu'il ne cesse d'y inscrire la parole du peuple, et de s'inscrire en faux contre la langue artificielle et factice de la politique et du révisionnisme historique. Dans un pays qui a tant de difficultés à admettre tout bonnement la réalité de ce qui s'est passé, dans un pays sans cesse tenté par la fiction nationale, c'est le roman qui se trouve, paradoxalement peut-être, investi du pouvoir de vérité.
La prose de Joseph Andras pourrait être qualifiée de classique, au sens d'un classicisme nourri de nombreux auteurs contemporains ou presque tels (Gracq, Jauffret, Ndiaye) et non d'un académisme de pacotille. Entendre classique au sens d'un refus d'expérimentations qui paraîtraient peut-être, à leur auteur, gratuites. Il est à signaler, toutefois, que la dernière phrase du livre est inachevée et que le roman se clôt sur une virgule, quoi que je laisse à ceux qui liront ce livre la découverte de ce dispositif et de son sens, au bord de l'abîme.
11:23 Publié dans MOTS | Lien permanent | Commentaires (0)
The Unanswered Question
Si la ville venait à se vider de ses voitures, si enfin, même avec d'autres énergies trouvées, la ville était désertée par les pétarades, les bruits de moteurs, le vacarme des groupes électrogènes comme des insupportables vélomoteurs, nous ne manquerions pas de croiser beaucoup plus de passants, nous serions des milliers de piétons à nous croiser sur les trottoirs, mais cela déboucherait nécessairement sur d'autres nuisances, comme les vélos, qui rouleraient n'importe où, sans faire attention à qui que ce soit, ou bien des piétons renfermés sur eux-mêmes, robotiques.
L'utopie s'achève toujours en dystopie, en navrance. Il n'y a pas de refuge, pas de tour d'ivoire qui tienne, pas de pré carré qui permette de courir à son rythme personnel.
Le plus beau des amours se termine en cadavre. La poésie, art de mémoire, finit détruite dans des cellules sombres. Le garçon qui n'a pas connu la désillusion se charge de remords comme un dauphin boursouflé. Bref, c'est la pagaille et la mortitude.
Comment connaître d'autres horizons.
Ce ne sont pas les passants que je croise qui détiennent la réponse.
09:17 Publié dans Élugubrations | Lien permanent | Commentaires (1)
24052016 / 759
Pas atteint sur le chemin du bus, avec mon fils cadet. Il venait de me faire remarquer qu'un des étrons canins jonchant le trottoir était très blanc.
Lernen Sie sehen, und Sie werden wachsen.
09:05 Publié dans 1177 pas, Brille de mille yeux, Droit de cité | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 23 mai 2016
Un chien dans un jeu de quilles
Dimanche 22, 9 h.
Plutôt que me fier au rythme de mes pas, ou à l'odeur, de loin en loin, des lilas, j'aurais sans doute dû, oui, tenter de dénombrer les escargots des trottoirs.
Ils sont innombrables.
Innombrables, façon de parler. Je sais par exemple que, sur une portion très restreinte, entre la poste et le supermarché, j'en ai vu environ une douzaine. Les escargots ne sont donc pas innombrables, et encore moins indénombrables. Il y en a des jaunes crème, des marron rayés, certains, les plus beaux, dont la coquille est rayée de jaune et d'orangé, et on ne cesse de les éviter en marchant.
L'homme tête en l'air, le piéton, écrase forcément des escargots sous ses chaussures. L'homme tête en l'air, de toutes les façons, manque immanquablement la poésie du bitume. L'escargot qui glisse sur le gravier, cornes dressées vers le ciel, ne manque rien de cette poésie, Mais on ne peut rien lui arracher non plus.
La grande chèvre de la ferme peut, de temps à autre, boulotter un escargot avec sa coquille, l'escargot n'en demeure pas moins le plus fort et le plus savant. C'est ce que je me dis en marchant, en oubliant de dénombrer les escargots qui glissent sur le bitume. Je plisse les yeux et je n'en vois plus un seul.
Je deviens à mon tour le piéton enfermé dans sa coquille.
20:33 Publié dans Aujourd'hier, Élugubrations, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)



