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dimanche, 15 novembre 2015

I:e* ——{Greer}

 Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Toujours embarqués dans les apories ou les insurmontables complexités de cette question, la liberté d'expression, et des décisions diplomatiques, nous retombons dans les symboles, drapeaux tricolores dont on craint qu'ils ne veuillent pas tous dire la même chose pour tout le monde (ce qui est inévitable), tours Eiffel redessinées, archaïsme et idolâtrie, joie de vivre et terreur, à tel égard qu'en déplaçant légèrement l'objectif, la polémique autour de la censure susceptible de frapper les interventions, outre-Manche, d'une écrivaine et essayiste, Germaine Greer, on peut reformuler, reprendre, réfléchir toujours et ne jamais renoncer à réfléchir.

(Ce livre est un miroir qu'en tous sens, sur ce qui brûle, je promène.)

12:12 Publié dans La 42e Clandestine, Narines enfarinées | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 14 novembre 2015

I:d —— {Cythère}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    « J'eusse achevé ma neuvaine à Cythère. »

Il ne faut pas se méprendre toutefois, et la ruse autant que l'adresse, la joie autant que la tendresse, l'habileté autant que la tranquillité, toutes font des prodiges, ou, en tout cas, le corps y retrouve ses marques. La faconde paraissait, il y a six ans (boissons chambrées), inépuisable, et assurément la voix tranchée donne encore, après virage dans l'escalier de bois, de belles clameurs, je me perds et je donne tout en pâture. Pour ça, contrairement à l'alcool, toute résistance se raffermit, et je ne comprends pas encore les vieux vers. Tout homme sur ce point, dit le bon La Fontaine, / Est d'ordinaire un peu gascon...

 

16:00 Publié dans Droit de cité, La 42e Clandestine, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)

I:d* —— {carnage}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Le livre n'est pas commencé depuis trois jours que déjà le carnage s'invite. Or, le carnage ne s'invite jamais, il est là, dévaste, entre, force la porte. Il ne s'invite pas plus qu'il ne s'évite. Il n'existe pas de politique qui puisse empêcher le carnage, mais on doit agir pour plus de liberté, donc contre les ennemis de la liberté, tandis même que le bilan s'alourdit.

 

05:57 Publié dans La 42e Clandestine | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 13 novembre 2015

I:c ——{Gould}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Glenn Gould joue Brahms.

Ni fanatique de Gould, ni amateur chevronné de Brahms, cela pourtant me retient — toujours j'y reviens.

Ce à quoi tu n'es pas revenu, tu n'en reviens pas, c'est Thomas Bernhard. Avec Beckett, tu en étais fanatique, il n'y a pas si longtemps. 

La grâce, l'élégance

& à côté l'indécence. ————

 

11:50 Publié dans La 42e Clandestine, MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 12 novembre 2015

I:c* ——{une seule idée en tête}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Les 18 et 19 février 2009, Louis Sclavis et Aki Takase enregistraient l'album Yokohama, avec ses treize compositions, dont certaines reprises de projets antérieurs de l'un ou l'autre musicien. Aujourd'hui, réécouter, attentivement, tout en conduisant, sur de multiples petits trajets, cet album, en chantant presque simultanément et in petto je roule & je glisse & je pense & je glisse en roulant je pense en roulant car c'était ce disque-là que j'écoutais alors, dans cet hiver froid, avec ses éclats de soleil fous, un hiver particulier, on prenait des poses de statues devant la cathédrale en convoquant les caméras (n'était-ce pas le 19 ? non, le 10), on postait des paquets à Sarkozy en convoquant la presse écrite (n'était-ce pas le 18 ? non, le 11), et aujourd'hui encore j'écoute le sax soprano et la clarinette de Sclavis, le piano d'Aki Takase & je roule & je glisse & je pense & je glisse en roulant je pense en roulant.

 

08:57 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, La 42e Clandestine, Self-Be/Portrayal | Lien permanent | Commentaires (0)

I:b ——{hêtraies}

 

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Dans les hêtraies de Bastelica, au nord-est d'Ajaccio, en moyenne montagne, alors qu'il traquait des mouflons, il est tombé sur une aire de gypaètes. La femelle, planquée, couvait, mais le mâle ne tarda pas à rappliquer pour veiller au grain, et ses manœuvres d'intimidation firent fuir cet homme imprudent, ainsi que les mouflons, dont la piste ne put être retrouvée que le surlendemain, par une chaleur épouvantable, après qu'on se fut désaltéré à la fontaine de Boccialacce, à Bastelica.

 

06:52 Publié dans La 42e Clandestine | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 11 novembre 2015

I:a ——{yeux explosés}

Première neuvaine, 11-19 novembre 2015

 

    Les yeux explosés, d'avoir trop écrit, ou lu, ou d'écrire encore, d'avoir encore à écrire, il leva les yeux de cet écran, cet énième écran, et de cet énième accent aigu. Il lui semblait que son cerveau était à l'arrêt, en prise avec quelque chose de nouveau, peut-être une vieillesse acceptée. Un vers de Mallarmé, peut-être, mais la barque de Charon n'avait pas grand rapport avec ce souvenir.

Parfois, en se regardant dans le miroir, il se trouvait blême, et d'autres fois rougeaud ou bistre.

Il n'oublait pas d'où il venait, de Gouy-les-Groseillers. Il lui avait fallu refaire le chemin, passer par-dessus de longues années d'amnésie pour réapprendre cela, aussi banal et terne que ce fût, et pour s'en réapproprier les mots. D'ailleurs, encore aujourd'hui, il lui arrivait de vérifier après avoir hésité à mettre un i après le double l de groseillers. On écrit, oui, mais on n'écrit jamais assez.

Les yeux explosés, d'avoir trop réfléchi (à son teint), il leva les yeux, chercha dans le ciel le vol de grues qu'il entendait par hallucination. Il devait chercher sa vie dans les interstices. Il le ferait.

Écrire encore, d'avoir encore à écrire, autant de plis par où se perd la voix, que l'on retrouve peut-être, au bout du chemin. Trop de peut-être. Il la retrouverait.

 

11:05 Publié dans Fall in Love, La 42e Clandestine, Les Murmures de Morminal | Lien permanent | Commentaires (0)