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mardi, 24 octobre 2006
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Il n’a jamais fait si doux si tard dans l’année, et curieusement personne ne le dit, n’en parle, alors que d’ordinaire les banalités météorologiques sont le lot de toute saison, surtout quand il se dessine quelque trait hors du commun. Personne ne le dit et personne n’en parle, et n’est-il pas bizarre aussi que le portail se soit dévergondé jusqu’à dépasser la butée de fer et se retrouver du côté du trottoir, sans qu’il y eût d’autre solution que de le dévisser ; tout de même, il n’y était pas arrivé tout seul. Ni le portail ni le soleil n’ont grand-chose à voir, non plus, avec ces doubles rues, panneaux indiquant deux dénominations différentes (l’une traditionnelle et l’autre jacobine, je présume) et caractéristiques de Saint-Léonard de Noblat, ici comme ailleurs, dans le Limousin rieur.
20:50 Publié dans 410/500 | Lien permanent | Commentaires (1)
Ensemble, op. 317
le ciel comme une braise verte #
un croupier ramasse l'offrande #
pour la forme #
rue du change
faire l'appoint c'est pour ma pomme
(parfum de paradis perdu) #
vous jouez l'onde à la roulette
à vau-l'eau #
volète le temps peu ou prou #
19:05 Publié dans Fil bleu : Tridents & autres textes brefs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Poésie, Ligérienne
Alain : Ghertman ::: Portrait de G.J. ::: François : Bon
Avant de lire l’ouvrage que cet artiste a cosigné avec François Bon, je ne connaissais pas l’œuvre d’Alain Ghertman. Ensemble, les deux lurons larrons ont livré 73 variations autour d’un personnage, Guy Joussemet. Ce noble collectionneur, commanditaire d’un portrait, s’est retrouvé avec pas moins de 73 versions de sa gueule arrangée par Ghertman. Bon, lui, a surtout écrit ce qu’il avait à dire du travail de l’artiste. Portrait du portraitiste, autant dire (et tout cela rien moins que vertigineux). Les 73 portraits sont rassemblés sous le titre Portrait de G.J., et le texte de Bon (en 73 fragments) se nomme Peint sur le cul du diable (voir d’ailleurs fragment 70).

Ghertman a sans doute été très fortement marqué/inspiré par Bacon, mais pas seulement. Bon, à n’en pas douter, a été marqué par Ghertman ! Il y a des passerelles entre les images et les paragraphes. Un jeu de passe-passe, bonneteau du diable. Prenons par exemple le 28ème portrait, profil de suie qui fait une forme de globe. Dans le §28, Bon évoque « une minuscule tête de mort olmèque en obsidienne » que Ghertman a dans la poche, et que l’écrivain compare au « mediator de guitare » que lui triture sans cesse (« c’est la même chose »). Dans le §52, pas trace de la longue coulée de larme en tracé vigoureux de gomme (voir 52ème portrait). Et ainsi pas de suite. De la suie quand même, oui.

Dans le §61, Bon rapporte les visites de Joussemet à Jean-Joseph Sanfourche, peintre qui vit à Saint-Léonard de Noblat. J’y étais le 8 juillet. (No big deal, I know.) Comme j’écoute les sonates pour luth de Sylvius Leopold Weiss en écrivant ces quelques mots, et comme l’illustration du disque est un tableau de François Puget, voilà mes deux fétiches, hic et nunc : une vue de Saint-Léonard et un joueur de luth.
18:41 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)
24 octobre 1553
Entre la mort de Lucas Cranach et celle de Michel Servet, quelques jours brumeux trouvent leur souffle, aux ondées tristes et même pas factices.
17:00 Publié dans Hystéries historiées | Lien permanent | Commentaires (0)
D'un ton patelin
Sonna l’heure du cinquième café, aussi d’arrêter de se crêper le Chinon. Endormie, appuyée nonchalamment sur la paume de sa main droite, elle eut un léger geste d’humeur – ou d’ennui – qu’aucun des convives ne put interpréter comme tel, si elle semblait dormir. Il régnait, sur la ville et ses pierres grises, un soleil brûlant d’octobre. Avant de se quitter, ils échangèrent encore quelques propos conventionnels – sur la tournure des événements ou le tanin de ce pichet – et, tandis que lui allait essayer de démêler quelques épais mystères prosodiques, à la demande (inopinée, inattendue) de trois jeunes filles studieuses, ses convives partaient bambocher de plus belle, au ciel navré des tapis rouges.
15:53 Publié dans YYY | Lien permanent | Commentaires (0)
Terribles images que voilà
Au haut d'une tourelle du treizième siècle, dans une salle où somnolent trente volumes empoussiérés de l'Encyclopaedia Britannica et un vieux Macintosh que plus personne, jamais, ne prend la peine d'allumer, la fumée d'une cigarette Benson & Hedges fait de curieuses volutes, et la cendre projetée sur la table finit par se poser sur la moquette, de l'autre côté des sièges où sont installés les deux acteurs amateurs, après un rebond sur une chaise noire en plastique.
12:29 Publié dans Soixante dix-sept miniatures | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne
Solitude, op. 713
La conspiration des squelettes #
- feuilles tombées au sol - trouble notre destin #
La bourrasque comme un festin #
dans le ciel affamé éclate en vaguelettes
Je vois un recoin de cuisine
au haut d'une maison au toit pointu
À ce dernier étage étroit vois-tu
vivoter la nuit qui décline ?
Aigrettes cormorans rides d'eau sur la Loire
goélands assoupis colverts
là-bas, près du tronc abattu, sur l'écran vert #
Reflets du fleuve comme moire #
Nous vivons seuls sous les pierres d'azur #
Le soleil voile un pan du mur #
Quelques mots d'explication (que l'on peut se passer de lire) : les dièses indiquent les arrêts de bus qui ponctuent l'écriture de tout poème-transport (voir la rubrique Fil bleu : Tridents...) ; la majeure partie du sonnet (vers 4 à 11) a été écrite entre l'arrêt Passerelle et l'arrêt Mirabeau (sur le pont, traditionnellement embouteillé) ; enfin, ce texte mérite son inscription dans les Diableries manuelles, puisque, comme tout poème-transport, il a été composé sur une feuille de format A6, à la plume noire ; évidemment, les liens ont été ajoutés lors de la retranscription du poème, ici, dans mon bureau, à l'université.
09:27 Publié dans Diableries manuelles, Fil bleu : Tridents & autres textes brefs, Sonnets de juin et d'après | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Poésie

