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dimanche, 31 mai 2015
▬80▬
puisque dans cette forêt
rompue aux nombreux abattis
ils ont avancé cheminé
narguant les ronces, sans outils
te tairas-tu maudit épeiche
employé par le faîte des
majestueux étroits bouleaux
palimpseste noyau de pêche
saveur de fougère au goulot
▬
20:18 Publié dans Prison des tempos | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 30 mai 2015
▬79▬
planquez-vous
rigodons flambés au calva
ineptes de la fressange
nervis décérébrés pour la frime pour rien
travestis sapristi
emportés à cent verstes
matelots du grand froid
planquez-vous dans les décombres
salis d'autres mémoires
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09:09 Publié dans Prison des tempos | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 29 mai 2015
Se classer soi-même
Le dimanche matin, après une première incartade du côté des boules de graisse et un dialogue haut en couleurs sur les éviers bouchés et lave-vaisselle qui refoule, prendre la route — sous un ciel gris — de Mons, mais, après peu de kilomètres sur l'autoroute au revêtement inquiétant, bifurquer vers le Grand Hornu : oui, c'est aussi le nom d'une commune, et d'ailleurs on ne comprend pas bien comment s'emboîtent les deux ou trois bourgs qui forment ici le tissu urbain.
Au Grand-Hornu, près d'une rue à corons, on entre dans le site de l'ancien complexe minier. Nous y sommes venus pour faire le lien avec la saline royale d'Arc-et-Senans, visitée en août 2013, mais pas seulement — bien sûr, il y a Boltanski. L'architecture idéaliste et rigoureuse, plus épurée encore qu'à Arc, penche plus du côté de certaines réalisations soviétiques qu'elle ne relève des Lumières.
Déambulation entre des colonnes, tour du grand ovale où nous sommes presque seuls ; c'est le matin, il crachine.
Avant, passé un long moment dans l'installation permanente de Boltanski, les archives du Grand Hornu : on cherche à établir un plan d'ensemble, on scrute la rouille, on lit des dizaines de noms, on essaie de comprendre pourquoi certaines portent des photographies en plus du nom, on imagine un algorithme pour l'alternance, bref on se classe soi-même dans l'installation, on repense cette mine, des bribes de l'histoire minière finissent par te traverser, toi qui n'y comprends rien, mais par les noms et les regards tu es forcément de cet ensemble humain porté colossal là sur un mur de boîtes rouillées alignées.
L'ensemble des autres installations de Boltanski que l'on parcourt est tout à fait essentiel, car l'œuvre se prête mal au catalogue, au feuilletage : il faut être au milieu, circuler, écouter, toucher, se perdre et toujours finir par avoir découvert un itinéraire et une hiérarchie. Boltanski est un des compositeurs les plus émouvants de l'époque, je l'écris dans le même sens que l'extraordinaire “Coltrane is such a wonderful poet” de la nageuse, dans Sardines de Farah. Il compose l'époque, il travaille à côté d'elle et donc à côté de nous. Nous, ses arpenteurs, nous recomposons, participons, transformons (par exemple) de nos frôlements obscurs et incertains la salle incommensurable des infinitives voiles.
Visite de ça à quatre, donc, escaliers comme des montagnes russes, avant d'enregistrer avec difficulté les battements de mon cœur qu'on pourra ne pas entendre sur l'île de Teshima. On embarque un Cd-Rom, même pas écouté ; le déchet n'a pas d'horizon : seule compte l'idée qu'on y est audible avec des milliers d'autres cardiaques.
Plus tard, après l'éternelle question sur l'hippopotame de Tervuren, déjeuner seuls dans le restaurant chinois du Grand Hornu, dans une rue criblée de commerces désaffectés, aura une plus faible aura. Mon futur se défend, entièrement.
23:41 Publié dans Artois, à moi | Lien permanent | Commentaires (0)
▬78▬
passing shots
revers de fortunes pour
irradier enchaînés
nos âmes jaunes métissées
tant qu'on travaille sans filet
esclaves nos fers à rebours
malaxent nos chairs
patiemment car le navire ne lâche pas
sa cargaison de morts-vivants
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23:07 Publié dans Prison des tempos | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 28 mai 2015
▬77▬
pétrifié par
rémanent survol des nuages
infinis moments de coton
naissant et renaissant du bleu
tant que ma paupière sera brûlée
encens à la saveur de l'aigre fourmilier
mêlant ses déambulations
picaresques d'aimer à toute la
sueur de nos regards pétrifiés sous le bleu
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15:12 Publié dans Prison des tempos | Lien permanent | Commentaires (0)
S = Sadique
Fond bleu : les deux roses, haut placées, se détachent seules. Chancelantes, ondoyantes, elles connaissent la caresse sadique, jamais interrompue, du vent. En toutes saisons, la connaissent ; au printemps seulement, leur danse.
09:09 Publié dans En/tiers (Triolets quantifiés) | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 27 mai 2015
Courte menace
Courtrai. Ce nom parle. Il se scinde pour offrir un signe de ponctuation primordial, le trait d'union (qui, à son tour, pourrait suggérer une contrainte d'écriture) ou le tiret court, regard vers des usages américains. Ce nom aussi ronronne, ou grasseye, plus encore en flamand : Kortrijk. La première nuit, un peu pris dans l'insomnie, j'ai ressassé quelques souvenirs, et quelques noms correspondant à des terra incognita. Courtrai, qui peut être futur ou passé simple, pourvu qu'on s'y attarde, alourdit le récit d'une possibilité opulente.
▬
J'en suis donc (nous en sommes (en câblant la copie-sosie)) à la première nuit. Avions, trains, peut-être voitures dans le virage près du tas de fumier (gigantesque, nous dormions près d'un gigantesque tas de fumier), puis tourterelles bien entendu à l'aurore, on a pensé que les nuits seraient bruyantes, alors qu'en fin de compte Beclers s'est avérée aussi rurale que dans les promesses.
La menace, donc, a tourné court. (Par ce jeu de mots pas très folichon je relie la méditation sur le nom de la ville flamande que nous avons fini par parcourir le mardi et cette brève explication de ce que fut, en un sens, la première nuit.)
▬
Tourner court, contourner (puisque le corps de ferme est fiché entre deux virages), imaginer –dans la nuit des prairies, et d'ailleurs les propriétaires de la ferme, nos logeurs, avaient aussi un ranch– un cheval de trait, et pas un cheval de course. Tirer à la ligne (est-ce que j'en suis coupable?), c'est se faire cheval de trait aussi.
Le trait peut être bref, mais épais aussi, comme la croupe du cheval.
11:59 Publié dans Artois, à moi | Lien permanent | Commentaires (0)
I = Infinitif
Prendre le soleil ou écrire dans le vent sont différents. Ne jamais savoir, pouvoir décider, quel est le genre des infinitifs. Comment le vent accompagne le mouvement précaire de la plume.
09:08 Publié dans En/tiers (Triolets quantifiés) | Lien permanent | Commentaires (0)
▬76▬
pas parti sur la sixty-one
rock autopsie de gigafolie
il pleut du lsd sur mon
nirvana d'artillerie
tant qu'il reste du camembert
en voyant dieu sur sa guitare
mélangeant flipper et juke-box
pomme grattée et œuf sucé
sans la surdité de Ludwig van
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08:19 Publié dans Prison des tempos | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 26 mai 2015
Bizzarerie (8'55")
Un train démarre difficilement, crachote. Locomotive maladive. Comme dans un vieux livre, comme dans un muet de Buster.
Et soudain me voici dans un caboulot, un estaminet, un claque peut-être.
Je danse le tango avec une rousse magnifique, ne devrait-il pas y avoir ici que des brunes empestant le tabac mais mi-onduleuses mi-andalouses ? La rousse forcément se lasse de moi qui danse comme une soupière. Je la suis du regard, j’allume un cigarillo (hein ?), je vais offrir un verre à la grand-mère rigolote accoudée au bar au fond comme à un ponton, elle est gentille, parle guarani et moi je lui réponds en guarani aussi.
Ce n’est pas un claque, figurez-vous. La rousse sort une guitare électrique avec trois amplis, branche tout ça fissa, en un tournemain elle se met à sortir des feulements insupportables de ses bidules, tout de même une belle fille comme ça. Remarquez, je comprends que le tango avec moi, ça ne la branchait pas. Qu’elle se mette à vociférer des lambeaux de phrases en anglais, genre “commuter’s home” et “feather-duster under yer elbow”, ça ne m’impressionne pas.
Je fume mon cigarillo, qui a un goût de pâte d’amande et de rhubarbe. Je vais aller lui prendre le micro, ça ne la désarçonnera pas, rien ne la désarçonne, une belle fille comme ça pensez, et je chanterai une longue litanie de prénoms, tous les prénoms que j’ai inventés dans tous les romans que je n’ai pas écrits, je porte sur mes épaules le fardeau des fictions, ne suis-je pas Morminal le porteur de mensonges, celui à la tronche charbonnée, gestes courts, qui ne supporte pas l’alcool sauf les bières belges les vins rouges le blanc sec le Vouvray et les digestifs genre armagnac ou poire ? Je chante je chante j’exulte je vitupère j’en suis au cinq-centième prénom je pense et elle elle fait feuler sa gratte.
On ne passera pas la nuit ensemble, hein, on passe la nuit ensemble.
texte improvisé en 8'55" sur le titre 11 de l'album de l'octuor du Lyonnais Daniel Letisserand (Poursuites infernales)
14:22 Publié dans J'Aurai Zig-Zagué, Les Murmures de Morminal, MUS | Lien permanent | Commentaires (0)
Ben Okri ··· The Forgotten Odysseus
THE FORGOTTEN ODYSSEUS
Ulysse retrouvé
Odysseus never finds the same woman
Ulysse — la femme qu’il trouve n’est pas celle
He left behind. He lost her in the songs
Qu’il avait quittée. Il l’a perdue dans les chants
Of the bird-like sirens, under the belly
Des sirènes oiseaux, sous le ventre
Of the sheep, in the one-eyed sleep
Des brebis, dans le sommeil borgne
Of Polyphemus, and the dreams of Calypso.
De Polyphème, et dans les rêves de Calypso.
When he finds her again, woven into
Quand il la retrouve, tissée, inséparable
The hallucinations of his dangerous
Des périlleuses hallucinations ponctuant
Homecoming, the old dog, as much travelled
Son retour, le vieux chien, qui autant que son maître
In dreams as its master, remembers when
A arpenté les rêves, se rappelle
Time was new, without the war love started.
Le temps neuf, avant la guerre d’amour.
Penelope, veiled and hiding from lusting
Pénélope, voilée, cherchant à échapper
Suitors, remembers a man less old, less
Aux prétendants ardents, se rappelle un homme
Wily, less haunted by the endless seas,
Moins vieux, moins roué, moins hanté par les mers infinies
The alien suns and pullulating wars:
Par les soleils d’ailleurs et les guerres sans nombre.
A man unknown for whom Ithaca is not
Un inconnu, pour qui Ithaque n’est pas
Homecoming, but the first broken journey
Retour chez soi, mais le premier voyage
Towards a forgotten way of dying.
En pointillés vers un mourir oublié.
10:54 Publié dans Darts on a slate | Lien permanent | Commentaires (0)
▬75▬
pas moyen de s'en sortir
rarement pareil sentiment de déchéance
immiscé dans quoi ?
noyé dans quoi ? parlant
trente phrases de concert, pour quoi
encore inventer ?
mêle-toi de tes oignons, hein
par ici on n'aime pas les fouineurs, et
surtout pas les gens heureux
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09:27 Publié dans Prison des tempos | Lien permanent | Commentaires (0)
D = Débotté
Envahie, dans un coin, par le lierre, la terrasse vaque. Ce qui ronge son gris, son blanc sale, lui donne vie. Au débotté, un merisier sauvage donne d'étranges leçons de maquillage.
09:07 Publié dans Aujourd'hier, Diableries manuelles, En/tiers (Triolets quantifiés) | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 25 mai 2015
C = Côtoyer
Le vent me fatigue, me forcerait à enfiler un veston. Pourtant, la chemisette d'un vert prairie délavé côtoie mon livre, toujours. Quand s'écartent les nuages, que se calme le vent — soleil nourricier.
20:16 Publié dans En/tiers (Triolets quantifiés) | Lien permanent | Commentaires (0)
Par les papilles (432/519)
On aime les asperges, depuis toujours, et la saison en est toujours trop courte. Alors, en vivant si près de Chinon, Loudun et Saumur, on exulte — voilà des contrées souvent arpentées avec les papilles. Chantiers relancés (pour l’écriture en gris et vert aussi), champs sillonnés.
Aussi, un rêve fou a émergé, de faire pousser des framboisiers contre la haie de troènes, ou près des néfliers, sans détour ni disette. Treize phrases à faire cuire, à faire pousser au beau milieu des groseilliers. Et cinq mots pour rien.
18:28 Publié dans Onagre 87 | Lien permanent | Commentaires (0)
Par les papilles (308/366)
On aime les asperges, alors forcément Chinon, Loudun et Saumur sont des contrées arpentées avec les papilles. Tous les chantiers sont relancés, tous les champs sillonnés. Pourtant, un rêve fou a émergé, de faire pousser des framboisiers contre la haie de troènes, sans détour ni disette. Treize phrases à faire cuire, à faire pousser au beau milieu des groseilliers.
18:23 Publié dans J'allaite le nouveau Kant, II | Lien permanent | Commentaires (0)
Le lit de l'analogie
Pas d'autre possibilité que de commencer de nouveaux textes, de nouveaux projets, sans quoi la répétition finit par valoir tarissement, et on se prive de la surprise ou de l'exaspération fertile, comme ce samedi en fin d'après-midi, après avoir quitté l'autoroute, à traverser quatre fois de suite en moins de dix kilomètres la même voie ferrée, suivant aveuglément — on n'a plus le choix, on s'aveugle, on voyage sans cartes cette fois-ci — les indications du GPS.
La frontière traversée, on ne se rend pas compte de grand chose, pas de gamine boulottée par les renards rouges mais déjà une remarque sur ces grosses vaches qui m'ont frappé le regard, des vaches rosées, on y reviendra.
On doit donc franchir quatre fois la même voie ferrée, c'est comme un tricotage, pour le peu que j'y comprenne.
Après ces tergiversations, ou ces méandres (le lit de l'analogie est fécond), nous voici, non même pas à Beclers, on a quitté Beclers et on a l'impression que la maison est à Thimougies, puisque le bourg que nous traversons se nomme ainsi et que le GPS nous indique désormais tout proche le logis. Quand on arrive au logis, il n'y a personne, juste ce corps de ferme en quadrilatère à moitié seulement retapé, le portail clos et ce petit chien qui aboie comme un forcené devant. On passe outre, il pleuviote — ce Playmobil gigantesque et écaillé pour les lettres et le dépôt du lait ne nous barre pas la voie, nous voici avec K-Way et sacs devant la porte du logis du fond, la clé trouvée dans le barbecue, on s'installe.
Pendant plusieurs semaines, j'avais lourdement plaisanté sur le nom (Beclers), rappelant (d'on ne sait où — blême mêmoire qui vient tout relier, raccorder, rapiécer) la vieille pub (cette saveur, c'est Beuclère), mais le lendemain, je crois, on a compris que ça devait se prononcer bé-clé (comme la becquée, ou comme un B suivi d'une clef). ░▒▓░▒▓░▒▓ Ce n'est pas l'Artois, mais le Hainaut, je crois. Je crois que ce n'est pas l'Artois, mais comme je ne me suis pas intéressé de près à la question, je me saisis de ce mot, Artois, j'en fais une sorte d'abracadabra avec l'art, le toi, le toit, la dureté peut-être, à coup sûr le rassasiement (être hart). Nous n'avons donc pas vécu en Artois, plutôt dans le Hainaut, beau mot aussi, région singulière par son peu de traits saillants (à part les vaches roses ?).
12:10 Publié dans Artois, à moi | Lien permanent | Commentaires (0)
▬74▬
platitudes platoniques
rimées pour rien, d'une
ineptie infinie
nerveuse, toi tu es nerveuse
terriblement,
estuaires aux élixirs :
marmonnements de sornettes
platoniques pour quelles platitudes
sottises fades, sornettes
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11:45 Publié dans Prison des tempos | Lien permanent | Commentaires (0)

