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dimanche, 24 janvier 2016
W.C. du sous-sol, 1
J'en suis presque le seul usager.
Il se trouve que je suis celui qui passe le plus de temps au sous-sol, soit pour lancer ou étendre lessives, soit pour ranger des choses à l'atelier (je ne bricole guère — il faudra bien écrire un et même plusieurs textes sur l'atelier, au diable quelle barbe), soit quand je joue au ping-pong avec mon fils cadet, soit que j'aille apprêter la chambre d'amis, ou prendre une bonne boutanche à la cave... Donc il m'arrive de pisser ou plus aux W.C. du sous-sol.
On y trouve d'ailleurs un cahier, un calepin et deux stylos qui ne marchent guère. Ils ne servent guère.
(Ce n'est pas là que j'ai composé les Buandes, amas de manuscrits brefs que j'avais entrepris de dactylographier avant de cesser, de guerre lasse, tout ça n'intéresse personne.)
On y trouve mon vieil Abrégé du Littré, fidèle compagnon de mes premiers vrais émois lexicographiques et de mes premiers vrais pas dans l'écriture, surtout à Talence. Le voilà non pas relégué, mais presque affermi dans ses titres de noblesse, puisqu'il est, avec le Robert culturel du séjour, le seul dictionnaire sous forme voluminique que je consulte encore régulièrement, pour le savoir et le plaisir (et les exercices d'écriture).
Le brave et noble bouquin en papier pelure — héritage de je ne sais qui, il se trouvait à Cagnotte, peut-être mes grands-parents maternels l'avaient-ils donné à ma mère ? — se trouve posé, près de deux ou trois rouleaux de papier toilette, sur une sorte de clayette étroite fabriquée jadis par mon beau-père pour y ranger des CD et où j'ai remisé, moi, en arrivant dans cette maison, quelques dizaines de carreaux laissés en rab par l'ex proprio, qui pensait sans doute que je serais ne serait-ce qu'à moitié bricoleur comme lui. Comme on s'illusionne !
Toujours est-il que de ces gogues je demeure presque le seul usager, même si parfois, mes fils y passent (et y pissent).
22:11 Publié dans 16 en 16 | Lien permanent | Commentaires (5)
samedi, 23 janvier 2016
Détour ░ Bypath
Moi né faux nègre et vécu sosie I at birth a false nigger with a life looking like
de quelqu'un toujours à venir someone always in the making
si j'ai ma chance de mourir vrai if I stand a chance of dying in truth
elle passe par le détour it's with the bypath
de ces phrases restées fidèles of these sentences still faithful
à leur histoire d'enfant tout seul to their history that of a lonesome child
guettant l'écho pour savoir s'il existe looking out for the echo to know if there is one
Ludovic Janvier est mort il y a trois jours, le 20 janvier 2016.
Le poème ci-dessus se trouve dans son recueil Entre jour et sommeil (Seghers, 1992, p. 101). Traduction inédite © Guillaume Cingal
07:58 Publié dans Darts on a slate | Lien permanent | Commentaires (0)
vendredi, 22 janvier 2016
37
lueur verte des
réverbères dans les feuilles
du pont Wilson je
contemple les obscurités
au-dedans et en dehors
Reprise de chantier. Aucun en 2015. Pour le tanka #37 (comme le département), redécoupage des 5 vers en 2+3.
08:11 Publié dans Tankas de Touraine | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 21 janvier 2016
Bibliothèque, 1
Préfère-t-on appeler cette pièce bureau ou bibliothèque ? C'est selon, et parfois les deux assemblés.
C'est qu'un des critères de choix pour la maison, c'était de pouvoir mettre, à peu près, tous les livres et les deux bureaux de travail dans une même pièce, de préférence en longueur. Bien entendu, on rêve toujours de douze mètres sur quatre, avec trois mètres sous plafond, puis la vie vous rattrape. On ne voit pas l'utilité de jouer à la loterie, donc le salon, par exemple, est aussi meublé — un peu — de livres.
On ne pourrait pas compter, dénombrer, dans la bibliothèque, le nombre de livres, et pas même combien d'appareils photographiques ou d'ordinateurs s'y planquent.
Il faut le savoir.
Sujet de philosophie : il faut le savoir.
D'une fenêtre, je vois les branches nues des deux néfliers. (Et ici, pas de document Word préalable — j'écris directement, à même la fenêtre.) De l'autre – il faut se glisser derrière le cabriolet Régence, près du faux placard à la porte duquel sont accrochés les trois costumes – on voit aussi le néflier, la rue, la boîte à lettres, le vieux filtre à café qui lentement, dans l'herbe endormie de l'hiver, dépérit.
Décrire le capharnaüm que représente nécessairement un bureau n'est pas impossible, mais on ne fait que retarder les échéances. Ce qui compte, c'est ramer. Directement, dans la fenêtre. Le nez contre la vitre. Le savoir nous est vital. Là, dans la fenêtre même, on affronte le ramage. (Et on chante un peu. La bibliothèque est aussi lieu de chant, essayer de s'égosiller pour marquer le tempo de l'allégresse. Tenter de s'époumoner, sourire aux lèvres, silver lining à la plèvre.) Et là dans la fenêtre on se coltine la ramure, le bois froid semble-t-il engourdi des branches de néflier et le tréma qu'on ne sait où placer.
La dernière harde.
Même dans la bibliothèque frusquin et fripes, fringues et nippes.
Passade par la plèvre, sourire à la lippe.
Le savoir est indispensable.
Vous n'y pensez pas.
10:06 Publié dans 16 en 16 | Lien permanent | Commentaires (0)
╝5 ╝
Il semblait qu'à midi il faisait plus froid qu'au lever du jour, ou même à mon lever à moi, avant, ce qu'une mère d'élève a confirmé, tandis qu'on discutaillait près du garage à vélos, à l'extérieur de l'école primaire.
Ce n'est pas principalement le froid que suggère le passage d'automne en hiver, qui s'est fait cette année après Noêl, peut-être a-t-on ressenti un vrai temps d'hiver pour la saint Odilon, toujours un jalon que l'on remarque, et là, avec, deux semaines plus tard, bonhommes de neige tassés quasi fondus avec leur regard en trémas, on s'en souviendrait plus que jamais.
Surtout que la saint Odilon tombait cette année le jour de la rentrée, donc le lundi, sur le chronotope particulier de l'année dernière, à peu près au même moment, et pour la première fois j'ai pu accompagner le cadet à sa leçon de hautbois —les autres lundis depuis septembre étaient mangés, sur ce créneau, par mes cours. (D'ailleurs, le créneau, je le foirai. Créneaux foirés, de quoi en faire un plat, même un roman. Everything goes into the book. Mais peut-être pas ce lundi-là. Enfin...) Enfin... Première impression d'hiver, je ne voulais pas en dire autre chose.
Est-ce ce jour-là — déjà le souvenir frêle s'en dissipe — qu'on nous a pilonné avec la mort de Galabru ?
00:53 Publié dans Aujourd'automne | Lien permanent | Commentaires (0)
mercredi, 20 janvier 2016
L'amico misteriosamente scomparso in Africa
Entendre Bernard Blier doublé par un Italien voix suraiguë, c'est bizarroïde, quand même.
La grande époque glorieuse des collaborations cinématographiques franco-italiennes a-t-elle, alors, connu son apogée ?
Autant de questions en porte-à-faux
(même s'il n'y en a qu'une).
15:09 Publié dans Afauxrismes | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 19 janvier 2016
Faire pièce
Au château de Belœil, aucun risque de se surclasser, ni de s'en casser.
Un festival de glaïeuls sans véritable parfum, cohortes lourdes qui passent devant les superbes tapisseries sans paraître les voir. Eaux boueuses, gris plus que verdâtres, de la grande pièce d'eau dont je crois me rappeler qu'il y régnait une sorte de quasi imperceptible flot mouvant. (Pas de bouillon pourtant, cela eût été pour une autre fois, dans une autre dimension, après Sedan.)
La scène où des gueux bourrés à la moelle plantent un précaire mât de cocagne, des grenades éclatées peintes par Oudry, un Voltaire qui n'en était pas un et un Louis XVI qui ne pouvait se ressembler, des putti de granit rongés par la mousse regardaient qui vers le large d'une pièce d'eau comme à Ostende, et qui vers l'arrière, façade arrière du château où le vent donnait le la de cette semaine.
Parfum, qui rime avec fin chez Fersen — pourtant, ce n'est pas possible.
Les glaïeuls n'embaumaient rien ; d'ailleurs, je m'en avise, sot et infoutu d'y retenir goutte, en fleurs, c'étaient des amaryllis.
(Comme chez Paul West.)
Belœil, pourtant : il faudra creuser ça. Pas comme on écarquille un œil, ou comme on écale un œuf, pas comme on épouse une consœur. Pas pour l'œil, pour le mot. Pour les deux points du tréma —— tes baisers sont pointus comme l'accent aigu. Et moi je m'en bats l'œil.
22:48 Publié dans Artois, à moi | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 18 janvier 2016
╝4 ╝
Le froid est là, la neige est blanche.
Et pourtant, en sortant du tramway place Anatole France, ce matin, après avoir relu, plutôt bien assis, plusieurs passages de Richard III, dont la très belle longue scène IV de l'acte IV, c'est une autre chanson de Manset qui s'est imposée, Les rendez-vous d'automne — pourquoi ? sans doute parce qu'elle me hante et me travaille depuis si longtemps, une des premières que j'ai connues, grâce à Christoph qui m'avait prêté une cassette, fin 1989 ou début 1990 — et donc, depuis lors, ces bras qui se tendent et ces troncs qui se fendent ont toujours fait écho en moi à mes vagabondages d'enfant et d'adolescent à battre la campagne, buée de froid et pataugeages dans les bords d'étang (surtout le ru inondé en hiver, asséché en été (ah, Du Bellay !)), le froid doux de Chalosse toutefois — et le cri final — l'Amérique !
Sous la neige, donc, à huit heures et demie, place Anatole France, bras qui se tendent troncs qui se fendent et toi tu casses des briques.
09:39 Publié dans Aujourd'automne, MUS | Lien permanent | Commentaires (0)

