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mardi, 17 octobre 2006

Raymond van der Uys

Comme Une famille parfaite est un film réalisé par les auteurs de Dancing, dont j'avais d'ailleurs (brièvement) dit du bien dans ces carnets, je m'apprête à le regarder en direct sur Arte. Or, je m'aperçois qu'une nouvelle fois, mais tout à fait inexplicablement, Arte est en allemand. Je ne veux pas dire que je suis tombé sur un programme en allemand et que les sous-titres n'apparaissent pas : il s'agit de la version doublée ou surdoublée en allemand. Ainsi, à l'instant, l'annonceuse française parlait distinctement en français, mais une voix allemande la recouvrait !

Cela ne me gêne pas, en soi, de regarder un téléfilm français en allemand, quoique je préfère la V.O., y compris quand il s'agit de ma langue maternelle (!), mais ce qui me turlupine, c'est que ce problème, qui s'était déjà posé (et avait duré une bonne quinzaine de jours) est resté inexpliqué par les techniciens de SFR et de Ma Ligne TV. Nous n'avons la télévision que depuis un an (onze mois, en fait), et nous ne la regardons presque jamais, ce qui explique notre manque de pugnacité auprès du service clients... mais tout de même...!

 

Une petite fille noire se lève la nuit, et voit un énorme ours blanc monter l'escalier. Un ours brun la saisit dans ses griffes. Elle rit aux éclats. Les volets ne sont toujours pas fermés. Par le hublot de sa chambre, elle voit s'éloigner les deux ours, sous la neige. Amour d'une musique pleine de menaces et de promesses. (Déjà dans Dancing.) Un avion s'éloigne, lui aussi, dans un ciel nuageux.

 

(Quel est le titre de ce roman de Richard Powers, déjà ? Ce film m'y fait penser.) ....................... Le thème du double père vous obsède, Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic ! ......................... Plowing the Dark : voilà ! (Mon préféré avec Prisoner's Dilemma.)

23:13 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cinéma, Film, Littérature

lundi, 16 octobre 2006

La vie comme aux lendits

En recopiant cette phrase de François Bon, comme aux lendits, je suis passé de Dialecte (Marc Ducret Trio) 

Des lois sans mots qui se tissaient entre eux pour établir et faire respecter comme aux lendits les distances imposées, comme une place à soi-même nécessaire, croire à un territoire comme à une chasse gardée inviolable sur le lieu de chacun son corps. (Sortie d'usine, p. 57)

 

à Are You Going With Me? (Pat Metheny Group), dansant un peu comme aux lendits, vagabond ou saltimbanque.

Frén&sie et m&lancolie, jamais je n'y échappe. (Je me braque un peu aussi, autant dire : je me dévalise ; je me lorgne ; je me scrute ; je suis jumeau.)

09:19 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, Jazz

dimanche, 08 octobre 2006

Double menace avant la traction

    Il ne dit jamais où il va, le chat noir aux yeux d'or jaune.

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Double menace de l'inhalateur et de la betterave racineuse, et, dès Nazelles, à l'orée du pont d'Amboise, un bois d'asphalte au-dessus de la Loire, l'esprit invoque un spectre curieux, et c'est sans doute, par delà la facilité même du geste (déclic inopiné, pas même apprêté, du côté sûr du pare-brise), la 404 qui étonne, davantage que la Traction Avant, et il était curieux de voir aussi les conducteurs laisser passer ce train de véhicules de collection. (Au retour plus encore, et encore plus lentement.)

 

L'Aquarium du Val de Loire a changé de nom, vous m'offrez du brouet quand j'espérais des crèmes. (Redémarre, donc ! Avanti ! )

18:55 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Ligérienne, Photographie, Poésie

mercredi, 04 octobre 2006

Sortie de véhicules

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12:10 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Photographie

dimanche, 17 septembre 2006

Au plafond

    Vu qu'il n'y avait plus de place sur les gradins pour le spectacle de fauconnerie et des otaries, à la buvette juste derrière, sur le coup de trois heures, je me suis envoyé un, puis deux expressos, au point d'être bien, en pleine forme ce soir en écrivant ces lignes, alors que je devrais être rétamé. Trop courte nuit d'ébullition en perspective.
 
Hier soir, dans son bain, mon fils construisait, avec les flacons de shampooing, une sorte de donjon où il a placé ses araignées en plastique pour finir par exulter : c'est le château des araignées... Kurosawa ou Calvino ?
Non, je veux dormir cette nuit, un petit calva près du dojo, et hop ! dans mon kimono ! (Tant qu'on ne me propose pas, d'une voix atroce et rauque "un long concombre" ou encore "une tranche de pastèque avec du miel dans une cuillère d'argent", tout ira bien.)
 
 
Avec le Renard de Feu je suis très maladroit... 

22:55 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature

A Turn in the South, 4 : toute une vie

    Je ne comptais pas reprendre le clavier, ainsi. Veux lire moi. Mais.............

............. hier soir j'ai lu les trois-quarts de C'était toute une vie de François Bon : belles pages sur le monument aux morts de la guerre de 14 (Lodève) et les quatre figures féminines............

::: ce soir, m'asseyant à la bibliothèque, je reprends A Turn in the South de V.S. Naipaul où je l'avais laissé il y a une semaine à peu près ::: page 99 ::: monument vu à Charleston ::: hommage aux victimes de la guerre de Sécession :::

There was rhetoric in that reference to women; monuments of grief and revenge, of grief and piety, are most unsettling when they depict women bowed in grief.

 

Vous ratez tout, qui lisez un livre à la fois. 

21:04 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature

vendredi, 08 septembre 2006

Quelle idée, vraiment...

    Quand je passe au Livre, je n'en ressors jamais les mains vides.

Certains esprits chagrins se plaignent de la pléthore de titres publiés. Abondance ne nuit pas. Ce dont il faut se plaindre, c'est que Nothomb, Houellebecq ou Marc Lévy soient les auteurs les plus vendus. Mais sinon, l'avalanche, elle, ne me gêne pas. Si on publiait moins de titres, ce seraient les livres les plus audacieux, les textes difficiles, les traductions du polonais ou du serbo-croate qui passeraient à la trappe.

Bref : quand je passe au Livre, je ne sors jamais les mains vides.

Aujourd'hui, ma moisson : Anthropologie d'Eric Chauvier, Lichen, lichen d'Antoine Emaz, Mémoire du mal d'Emmanuel Laugier, L'Aphonie de Hegel de Mathieu Bénézet et Quelques animaux de transport et de compagnie de Jacques Rebotier.

22:55 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne

lundi, 04 septembre 2006

Notules ***

    *** (De même de la Fantaisie KV 396, huit minutes de roulis, d’envolées de feuilles, d’aspirations déçues, de violentes mélancolies.)

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Another afterthought :

Tangentenflügel : cet instrument est une forme élaborée du pianoforte avec différents registres, et un son riche, typique du clavicorde, mais pas très éloigné du clavecin.

 

Sinon, pour ceux qui suivent, la mante ci-dessus est la même que celle-là.

19:30 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 31 août 2006

Three or Eleven Ghosts

    Au courrier aujourd'hui, Tokyo infra-ordinaire de Jacques Roubaud, qui n'a pas l'air piqué des hannetons (et, à le feuilleter, point le regret que Gallimard n'ait toujours pas réédité Boomerang, le troisième et mon préféré des Génie du lieu de Michel Butor, car ce petit livre de Roubaud publié par les éditions Inventaire/Invention prouve qu'il est possible de vendre un texte écrit en plusieurs couleurs à moins de dix euros), et A Turn in the South de V.S. Naipaul, dans un autre ordre d'idées. J'ai passé une partie de mon été en compagnie de ce V.S.-là, et surtout The Enigma of Arrival, un livre dont je mettrai bien du temps à me remettre !

Mon fils me remet un bon point des Ateliers de Maisons Calette. C'est une "lettre d'invitation chinoise". D'où sort-il ça ?

Vendredi en huit (et donc vendredi 8...!), j'aimerais aller écouter, à Montlouis, le trio de Jean-Philippe Viret, membre fondateur de l'Orchestre de ContreBasses. Il y aura aussi, samedi 9, au "village gourmand" (quelle ineptie), le quintette de Fabien Mary.

13:30 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : JAZZ

lundi, 28 août 2006

Démon des coïncidences

    Preuve que, dans mon existence, le démon de l'analogie est soutenu, dans ses efforts pour me conduire au vertige*, par le démon des coïncidences, j'ai, après avoir acheté, avant-hier soir, le dernier livre de Jacques Roubaud (dont je parlerai bientôt (heum...)), lu, sur le Forum Renaud Camus, un échange passionnant au sujet d'Augustus de Morgan, ce qui m'a poussé à faire des recherches, et, de proche en proche, à m'intéresser à William Rowan Hamilton, tant par le biais de la Wikipedia anglophone que du tome 8 de ma précieuse Encyclopaedia Britannica. Ces recherches eurent lieu hier dans la matinée. Hier soir, dans mon lit, j'achevais la lecture du plus récent Roubaud, dont le chapitre antépénultième a pour figure principale... William Rowan Hamilton... dont je n'avais jamais entendu parler avant hier matin... J'ajoute que l'un des paragraphes du texte de Roubaud est directement traduit... de l'Encyclopaedia Britannica...  J'ajoute encore que le "multiroman" de Roubaud, publié chez Fayard (comme les tomes du journal de Renaud Camus depuis 1994, et comme son génial roman L'Inauguration de la Salle des Vents), a plusieurs points communs avec les obsessions du Maître de Plieux.

Alors, n'y a-t-il pas de quoi devenir dingue ?

 

* J'avais écrit "vertiage". Vertige du verbiage ?

11:35 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 27 août 2006

Pont des arts, Ravignan

    De quoi reprendre à neuf la rubrique Unissons...

Hier soir, Le Pont des Arts, film intelligent mais pas excellent, parfois beau mais aussi outré en certains aspects, exigeant mais pas si profond que cela. Un ami m'avait raconté, il y a plusieurs années, être allé voir la première de Toutes mes nuits, premier film de ce réalisateur. À l'entendre, cela m'avait eu l'air dangeureusement khâgneux. Eugène Green est un cinéaste qui se cherche, à mi-chemin entre Rivette et Rohmer, ce qui ne fait pas nécessairement des étincelles. Enfin, globalement, c'est un bon film. Natacha Régnier joue excellemment, alors que le parti pris de diction semble plus gêner d'autres acteurs, comme la jeune fille qui interprète l'amie de Pascal (Adrien Michaux, très bon, lui).

Il semble qu'Eugène Green, traumatisé par ses expériences dans le monde de la musique baroque, ait voulu régler ses comptes, et en particulier à travers le personnage de l'Innommable (Denis Podalydès), qui m'a tout l'air d'être une caricature de William Christie. (Toutefois, je n'ai trouvé aucune confirmation de cette hypothèse pourtant assez franche.)

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Ce n'est pas précisément du film que je veux parler, mais de ses à-côtés. Un film parisianiste, se dit-on... Un film "d'intellos", redoute-t-on... Un film de normalien, ou de sorbonnard, frissonne-t-on... Heureusement, Le Pont des Arts n'est rien de tout cela. Et ce n'est pas du Pont des Arts que je voulais parler.

De quoi alors ? De quoi reprendre à neuf la rubrique Unissons...

Voici : cherchant, dans le générique de fin, le nom de la soprano qui interprète le Lamento de la nimfa de Monteverdi (c'est Claire Lefilliâtre), j'ai vu apparaître la mention suivante : "Remerciements au château de Ravignan pour ses armagnacs". Or, nous nous sommes arrêtés, il y a dix jours, au cours d'une virée dans l'est des Landes, entre Laberdolive et Ognoas, devant ce château de Ravignan, que je ne connaissais pas, et qui est très à l'écart des grands axes (et pas du tout indiqué, de surcroît).

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Dans la scène où Manuel (Alexis Loret), nouvellement veuf, rend visite à ses beaux-parents, il boit un armagnac dont on voit clairement (couleur, lumière, rictus de l'acteur à la déglutition des minces gorgées) que ce n'est pas du jus de pomme.

Autre singularité, plus marquante encore de mon point de vue : une ancienne camarade de Normale Sup', qui enseigne de surcroît dans la même université que moi, au Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance, joue le rôle de la "professoresse de surréalisme". Elle s'appelle Julia Gros de Gasquet, et, en cherchant des renseignements sur elle par l'intermédiaire de la grande Toile mondiale, je tombe sur une page du journal d'un acteur, Manuel Weber, datée de décembre 2003, dans laquelle il raconte avoir confronté, en compagnie de Julia, la diction baroque, découverte sous la houlette d'Eugène Green, avec le théâtre nô. Or, le théâtre nô, s'il n'est pas représenté dans Le Pont des Arts, y est en représentation (avec Mathieu Amalric caché dans les spectateurs, m'a-t-il semblé). Vous trouverez ici les détails d'une lecture consacrée à la correspondance de François Truffaut, avec bios et photos de Julia Gros de Gasquet et de Manuel Weber.

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J'apprends aussi que ma collègue vient de faire paraître un essai intitulé En disant l'alexandrin, l'acteur tragique et son art, XVIIe-XXe siècles (Honoré Champion, 2006, 396 pages). Mais nous nous sommes, dans ces discordantes unissons, éloignés du château de Ravignan et de Perquie, n'est-ce pas ?

07:10 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (10)

vendredi, 25 août 2006

Dans le royaume des araignées

    Dans le royaume des araignées, les chevaliers gardent leur calme, et des cartons de livres s'épanchent doucement sur les étagères qui, de tout temps, leur tendaient les bras. Dans le royaume des araignées, la musique (Wheels et Biggus D.) a repris ses droits. Pianotements, heurts, dans le royaume des araignées. Retrouver le goût du sel, dans le royaume des araignées, où les animaux de la mer apparaissent au moindre clic d'interrupteur. Trois nouvelles planètes habitent notre imaginaire, ce dont les araignées n'ont cure.

11:14 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (1)

mercredi, 05 juillet 2006

Dans l'atelier, suite

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    C'était hier.  Aujourd'hui, je n'y arrive pas. (L'orage de la nuit ?) Suffit-il de s'y mettre ? Pas sûr. Bruit, fatigue, jambes lourdes, inutile de s'y mettre si c'est pour écrire n'importe quoi (ou presque) .

 

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Ces quelques images illustrent plutôt la note écrite hier. La photographie ci-contre montre mon ordinateur, avec le fichier Word en 200% (ça doit être la page 188 ou quelque chose comme ça, car je travaille sans interligne), et la couverture de l'édition sud-africaine de Links, que je préfère pour plusieurs raisons.

 

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Bon, si je vous dis qu'en ce moment nous écoutons, en fait, You Are the Quarry de Morrissey, vous allez vous dire que cette troisième image est vraiment maniérée, ou mensongère. Pourtant, quand je traduisais, hier, c'était bien Apollo et Hyacinthus, que j'écoutais. J'ai parlé d'opéra l'autre jour, mais ça n'est pas vraiment un opéra ; évidemment, je simplifie toujours.

 

 

Sinon, parmi mes facilités du moment (je sombre dans la facilité), la rubrique Unissons accueille les notes pour lesquelles je n'ai pas le courage de procéder à un décompte statistique.  

(Incidentally, this is the 700th post...)

 

11:10 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 04 juillet 2006

Unissons nos efforts

    Dans la dernière des variations d’après “La belle Françoise” (KV 353, interprétation de Bart van Oort), le clavecin a presque une sonorité de guitare. Or, c’est un piano-forte.

Quel est le point commun entre Pas de nom de Gérard Manset et Les Gueux de Dick Annegarn ?

 

Cendrars comme Le Clézio s’intéresse à l’or. J’écris mes textes avec les conseils avisés d’un poisson d’argent. (Fair Portia, je sais que votre portrait est dans la cassette de plomb.)

Y a-t-il des enregistrements de la Julie de Nicolas Dezède ? Et des Mariages Samnites d’André-Ernest-Modeste Grétry ? J’en doute. (D’ailleurs, qu’est-ce donc qu’un Samnite, ou qu’un mariage ainsi épithétisé ?)

 

Vous voyez ce pilote ? Il flambe son essence, et ça fait des plombes qu’on attend ses photos. Harpagon peut aller se rhabiller.

18:10 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 03 juillet 2006

Le Tout-Paris, à vélo

    Elle est revenue du lycée à bicyclette en prétendant qu'avec le vent léger, la chaleur n'était guère perceptible, ou qu'en tout cas ce n'était pas la franche canicule. Puis une demi-heure après, s'apercevant qu'elle s'était beaucoup échauffée, elle a concédé qu'il faisait déjà très chaud.

 

Vais-je vous proposer encore une réflexion sur mes apories de traducteur ? Oui, puisque je fais ce que je veux et puisque Madame de Véhesse a commis l'imprudence de me réclamer d'autres notations dans ce genre. Eh bien, dans Links (tandis que j'écoute les douze variations KV 264 à partir de l'arietta "Lison dormait"), il y a, au milieu du chapitre 27 (j'en suis encore là car je n'ai rien traduit ce week-end), la phrase suivante :

The barber-shop had been the rendezvous for the city's cosmopolitans in the days before the civil war.

 

Ce n'est pas seulement la traduction de rendezvous qui me chiffonne, car il eût été préférable, avec une autre syntaxe, de le traduire différemment (mais finalement, je le garde tel quel, ou plutôt avec le seul ajout du tiret obligatoire), mais aussi (surtout) le substantif cosmopolitans, qui n'a, comme équivalent strict, en français, que le très ambigu "cosmopolites".

En l'occurrence, dans le contexte somalien, cela signifie que les Somaliens qui avaient passé quelques années à l'étranger et qui avaient des goûts moins traditionnels (plus modernes, plus dégrossis, plus occidentaux, que sais-je) se pressaient dans ce salon de coiffure. Cette idée n'est en rien traduisible par cosmopolites. Pour l'instant, j'ai choisi, temporairement, d'écrire, en français, "le rendez-vous de la clientèle huppée de Mogadiscio". Mais je suis frustré. J'aurais aimé qu'il existât, pour les autres cités du monde, une expression équivalente au Tout-Paris (même si la connotation de goûts occidentaux en serait également absente), d'autant que j'aurais évité la traduction littérale de rendezvous : "le salon où se pressait le Tout-Mogadiscio", "le salon où se pressait tout ce que Mogadiscio comptait de gens à la pointe / modernes / ..."

Peut-on aller jusqu'à user de l'adjectif occidentalisé, ici ? Comme ni l'adjectif Westernized ni la racine West ne sont présents dans le texte original, je m'y refuse.

 

Bart van Oort, au pianoforte, semble se gausser délicatement de mes atermoiements.

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vendredi, 30 juin 2006

Obscène / Indécent

    Le "moteur" de mon ordinateur portable fait de plus en plus de bruit. Il n'a que dix mois, pourtant. Avec ou sans batterie, lui qui était si silencieux, il me souffle sa chaleur tonitruante. Bien sûr, je n'ai pas la moindre idée de l'inquiétude réelle que cette évolution technique doit faire naître en moi.

*******

J'ai manqué, en début d'après-midi, m'arracher les cheveux, sur un fragment de phrase pourtant simple : "I covered my indecency". J'ai perçu la difficulté qu'il y avait à traduire ce fragment, notamment dans le contexte. L'un des problèmes essentiels est, évidemment, qu'on ne peut employer, en français, le substantif indécence pour désigner le fait concret d'être nu, le corps nu. Comme je craignais de me laisser embarquer dans une réflexion presque nostalgique au sujet du traité ou de l'essai que j'aurais aimé écrire, il y a déjà fort longtemps, sur l'obscénité et l'indécence, je me suis contenté de traduire approximativement puis de mettre ce fragment de traduction en gras, pour y revenir ultérieurement.

Obscénité et indécence sont deux concepts qui m'intéressent depuis très longtemps. Je viens d'évoquer un essai que j'avais projeté d'écrire, il y a très longtemps (peut-être douze ans, une éternité en tout cas). Si j'avais fait des études d'histoire de l'art, je crois que j'aurais eu l'occasion de creuser cet aspect. Tout, dans ce débat (ce dilemme ? ce dialogue ? cette dialectique ? cette antithèse ?), est passionnant. D'un point de vue linguistique, philologique et étymologique, les deux termes offrent un vaste spectre, mais ils posent surtout des questions essentielles sur les liens entre l'éthique et l'esthétique.

Si je profitais de ces carnets pour coucher enfin, sur le papier, quelques-unes des pistes que j'ai tournées jusqu'ici, à des moments perdus ou dérobés, dans ma tête ?

19:45 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (8)

vendredi, 23 juin 2006

En lisant Bardadrac : Rue de la Jussienne

    Gérard Genette – éminent critique et théoricien dont les concepts servent beaucoup à cacher, chez tel ou tel, l’absence de connaissance et de réflexion (mais mes réserves au sujet de l’usage que l’on fait souvent de la narratologie ne visent pas son auteur et ne sont même pas mon propos de ce jour) – a publié tout récemment un ouvrage intitulé Bardadrac, sorte d’abécédaire, de fourre-tout, affleurements et réflexions diverses d’un niveau très inégal.

 

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Ces différentes entrées ont été écrites, je crois, au fil du temps, et depuis de longues années, ce qui me fait dire que, comme M. Jourdain pour la prose, Gérard Genette a longtemps tenu un blog sans le savoir. (Montaigne aussi, mais lui savait écrire.)

 

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L’entrée Jussienne (pages 174 à 177) est, comme souvent, une réflexion décousue (je me comprends) à partir de souvenirs d’enfance. Il y est question de l’atelier où travaillait le père de Genette, rue de la Jussienne. Genette explique l’étymologie de ce toponyme, dérivé par déformation de "Sainte Marie l’Egyptienne". Ce qu’il semble ignorer – à moins qu’il ne veuille faire montre de son savoir, ce qui serait bien inhabituel – c’est que c’est Alexandre Dumas qui a révélé cette étymologie, peut-être apocryphe ou douteuse, dans La Dame de Montsoreau.

21:30 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Dumas, Paris, Genette, Narratologie, Ricci, Montsoreau

Vous rêviez de symétries...

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    Vous rêviez de symétries, de quatuors, de quatrains de sonnets, croisés ou embrassés, libres ou en prose, vous rêviez de l'église Saint-Etienne de Beauvais ou de l'abbatiale de Sorde (dans les Landes), vous vous laissiez aller à votre goût sordide des symétries, des palindromes, votre plaisir des plaques, votre fièvre de nombres, quand l'évidence vous tomba dessus : il faut sans cesse dynamiter la symétrie, trouver le continu sous les aspérités de la discontinuité, crever l'abcès pour trouver l'abscisse, tout cela à belles dents, à coups de ciseaux, à six heures du soir ou du matin, jamais sans simagrées, mais en évitant les grimaces. Vous rêviez de symétries, et le cauchemar se referma sur vos cheveux. Vous voilà bien barré.

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00:45 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (2)

jeudi, 22 juin 2006

Dieu reconnaîtra les siens

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Me promenant dans les rues de Tours, je saisis ce moineau, sur lequel j'avais failli marcher la minute d'avant, et qui s'était confortablement installé sur l'essuie-glaces arrière d'une Citroën (ou d'une Renault : est-ce le haut d'un losange ou le pointu d'un chevron ?).
Quelques instants après, n'y pensant plus, me laissant aller à mon amour des plaques et des noms connus ou inconnus qu'elles révèlent ou donnent à lire, j'appuie, une fois encore et comme si souvent, sur le déclencheur de mon appareil.
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15:50 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (1)

Leck mir den Arsch / Leck mich im Arsch

    Subtil distinguo sémantique que n’auront pas manqué de souligner, déjà, philosophes, philologues et musicologues, le Canon KV 233 s’intitule Leck mir den Arsch (littéralement : lèche-moi le cul) et le Canon KV 231 Leck mich im Arsch (littéralement : lèche-moi dans le cul).

La nuance, comme la pratique le prône, est de taille.

 

Que n’apprend-on pas, dans les projets interdisciplinaires des collèges de France, ces beaux airs éthérés qui permettraient d’éjouir germanistes et professeurs de musique ?

Voilà une expérience pédagogique et linguistique à tenter : voici, chers parents, pour clore notre spectacle de fin d’année Lèche (à) moi (dans) le cul, par le Chœur des 4ème C.

 

(Ce qui nous changerait du Papa Pingouin, de la grande section de maternelle, convenez-en. Maître Capello en mange son chapeau, a capella.)

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mercredi, 21 juin 2006

Mon grand-père maternel

9 juin, 11 h 45.


    Figue n’est pas une figure. Il manque le bout filtre à la gauloise que tient mon grand-père entre ses doigts. (Il a arrêté de fumer il y a déjà plus de dix ans.)

Mots croisés et jardinage, d’une part.

Nous faisions, ensemble, des feux d’herbes. Nous ramassions les figues. Pour beaucoup de gens – dont je suis – devenir adulte est synonyme de cet abandon progressif de la proximité avec les grands-parents.

Nous ramassions des figues, faisions du feu.

Il m’a appris à moudre du grain pour les poules, mais aussi à nouer seul mes lacets. (J’avais sept ans et demi et on me faisait constamment honte de ne pas savoir le faire.)

Sans doute est-ce pour cela que les grands-parents sont plus attachés à leurs petits-enfants : crainte de ne les voir grandir, mais aussi et surtout certitude de les voir s’éloigner d’eux en grandissant.

Il n’aime pas la littérature, mais il m’a inculqué (inoculé) l’amour des mots.

Pourquoi mes pensées vont-elles vers lui aujourd’hui ?

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mardi, 20 juin 2006

Fatrasie

    Elles auront pleuré les larmes de leur corps.

Du sable, du sel.

Le temps du coucher, quelques mots jetés.

Une chenille d'Australie qui porte, sur sa tête, une couronne, ou plutôt un cimier fait de ses différentes mues passées. Son nom...? Je ne m'en souviens pas.

Il y eut des contrées sauvages, sous leurs yeux.

Elles ont pleuré pour rien.

Du sel, du sable la nuit pour s'endormir.

Quelques phrases s'envolèrent le long des paupières, avec les pierres du chemin.

Il est prudent, cet homme.

Vrombissent les mouches.

Sable sous les racines du saule.

On pleure toujours pour rien.

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lundi, 19 juin 2006

Petits arrangements

    Le récent changement de mise en forme dans les pages Haut&Fort a fait disparaître l'outil de statistique qui ornait discrètement le bas de la page d'accueil. Je viens aussi de découvrir qu'il n'est plus possible de lire toutes les notes d'une même catégorie : seules les dix notes les plus récentes s'affichent. Sinon, on peut toujours afficher la totalité des titres, mais le texte n'apparaît pas.

(Tu ferais mieux, dit Henry Jekyll, de publier enfin ces fonds de tiroir d'il y a dix jours déjà.)

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Sons si nus

    Quelle est cette parenté sonore  - qu'un musicologue dénicherait illico, tandis que je m'enfonce dans des abîmes d'intuition aveugle et d'amateurisme -  entre l'allegro du Concerto n° 9 KV 571 et le premier mouvement, allegro idem, de la Symphonie n° 6 KV 43 ?

Tu vois, j'ai commencé par ce disque enveloppé dans du papier orangé, et où figure le Concerto dit "du Jeune homme" (ou Jeunehomme, en un seul mot), car j'avais voulu, m'en inspirant, écrire un bref roman épistolaire, en 1991, avant de faire ta rencontre.

La musique souvent me prend comme une mer.

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mardi, 13 juin 2006

Itinéraire dans l'errance

13 juin. 

    J'ai découvert récemment le petit livre que Bertrand Agostini et Christiane Pajotin ont consacré aux haïkaï de Jack Kerouac, et qui s'intitule Itinéraire dans l'errance, Jack Kerouac et le haïku (Grigny : Paroles d'Aube, 1998). Il est fort intéressant, bien écrit, parfois poseur (mais c'est un reproche que je suis bien malhonnête de formuler à l'encontre de qui que ce soit), et il donne, après la partie essai, un choix de "108 haïku" (les auteurs emploient le pluriel invariable), en version bilingue. Certaines des traductions, déjà publiées aux éditions Seghers, sont signalées par des astérisques et sont l'oeuvre de Philippe Mikriammos. Le lecteur doit supputer que tous les haïku/haïkaï qui ne sont pas accompagnés d'astérisques sont traduits par les auteurs de l'essai.

Les lecteurs habitués à mes récriminations pour des vétilles, jérémiades pour du lait renversé et autres complaintes pour des fariboles, ne s'étonneront pas de ce qui va suivre, et que le début de la phrase précédente ("Le lecteur doit supputer") laisse présager, sans doute.

Voici.

Je suis agacé par la très grande imprécision et le caractère franchement foutraque de l'appareil critique et bibliographique.

Les auteurs des traductions sont signalés de manière vague, soit. Mais la bibliographie est au-dessous de tout : ainsi, elle n'est classée ni par ordre chronologique, ni par ordre alphabétique de nom d'auteur, ni d'une autre manière un tant soit peu rationnelle, ce qui fait qu'on n'y comprend rien. Un seul exemple : il est fait état, fort succinctement, d'un ouvrage qui s'intitule Haïku, publié chez Fayard en 1978. Pas de nom d'auteur : on suppose qu'il s'agit d'une anthologie ou d'un florilège (pourtant, les anthologies ont un ou plusieurs auteurs, mais enfin...). Toutefois, cette entrée est précédée d'un ouvrage de Kerouac et de la biographie de Kerouac par Gifford et Lee ; elle est suivie d'un autre livre de Kerouac. Le doute s'installe : ce volume intitulé Haïku, intercalé entre des textes d'auteurs dont le nom commence par K ou G, ne serait-il pas une édition française des haïkaï de Kerouac ?

Le lecteur se tourne alors vers les notes relatives aux différents chapitres. L'ouvrage publié chez Fayard figure dans plusieurs notes du chapitre 1. Ô joie ! En se reportant au texte du chapitre 1, on peut s'apercevoir que les diverses citations de cet ouvrage dans le chapitre 1 sont 1) de Gary Snyder 2) de Paul Claudel 3) non identifiées.

Il doit bien s'agir d'une anthologie, accompagnée pourtant, semble-t-il, d'analyses critiques. Jamais l'auteur ni la nature de cette anthologie ne sont mentionnés. Pas moyen de savoir ce qu'est ce mystérieux livre édité par Fayard en 1978, à moins de faire soi-même les recherches bibliographiques... Pour le lecteur ordinaire, agacement. Pour le chercheur, inutilité fondamentale de ce travail qui s'appuie sur des sources secondaires vagues, peut-être inventées (hypothèse pessimiste ou vila-matasienne). Alors, à quoi bon ?

On me répliquera que je pinaille. (C'est vrai.) Que l'essentiel est dans le texte même, dans les informations données ou les analyses. (Oui, assurément.) Que l'ouvrage donne à lire une centaine de haïkaï de l'écrivain américain, ce qui n'est pas négligeable. (Entendu.) Mais il n'en demeure pas moins que je ne comprends pas ce zèle inexplicable à encombrer un ouvrage de notes et de bibliographies si mal faites qu'elles n'ont aucune espèce d'utilité. Quelles sont les raisons d'un tel zèle ? Pour donner le change ? Pour "faire scientifique" ? Par absence absolue de sens de la perfection ? Et que dire de l'éditeur qui laisse passer un manuscrit aussi mal ficelé ?

J'en termine, avec une remarque sur les traductions, qui ne sont pas mauvaises, loin de là. (Cela dit, pour en avoir tâté, le haïku est sans doute le genre poétique le plus facile à traduire, surtout quand on ne respecte pas le décompte syllabique. (Dans ce cas précis, c'est le poète lui-même, Kerouac, qui écrivait des haïkaï libres.)) Je remarque toutefois de nombreuses fautes de sens ou de rythme.

Ainsi, à la page 152, le haïku

Fish submit,

Fisherman sit

And cast the line

 

est traduit comme suit par les auteurs de l'essai

Le poisson se soumet,

le pêcheur s'assoit

Et lance sa ligne

 

Le rythme (3-4-4) est perdu. La rime (submit/sit) est perdue.

Et le sens ? Petit détail : sit n'est pas sit down...

Plus gênant, maintenant... Le pluriel (fish submit) est traduit par un singulier que seul pourrait motiver le parallèle avec le deuxième vers, si ce n'est que "Fisherman sit" ne doit pas forcément être interprété comme une licence poétique. En effet, à lire cette traduction, Agostini et/ou Pajotin ont certainement pensé que la disparition du déterminant <the> dans "Fisherman sit" était une version poétique (et fautive grammaticalement, pour permettre la rime) de la phrase ordinaire "The fisherman sits". Cela me semble faux. Il est nettement plus plausible de parier sur une moindre distance avec la langue ordinaire, en interprétant les trois verbes submit, sit et cast comme des bases verbales à valeur impérative ou optative. (Un peu comme God save the Queen, mais avec des poissons...)

Une première version de la traduction serait alors :

Poissons soyez soumis,

et toi pêcheur assis

lance la ligne

 

Cette traduction "nouvelle" n'est pas sans défauts, mais elle garde la rime, respecte mieux le sens littéral, propose une alternative rythmique (gradation descendante 6-6-4 en lieu et place de la gradation ascendante 3-4-4) et un réel choix quant au sens. Si les auteurs de la traduction que je critique ici ont pensé que le deuxième vers était une licence poétique au prix d'une double violation des normes grammaticales, il fallait alors traduire par une double faute de grammaire... quelque chose comme "pêcheur s'assoye"... mais tout sauf ce plat et faux "le pêcheur s'assoit", qui ne tranche sur rien.

(Je vais encore me faire des amis...)

11:05 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 31 mai 2006

Questions que je n’ai pas posées à Nathalie Léger

    L’auteur des très émouvantes Vies silencieuses de Samuel Beckett a donné hier soir une belle lecture d’extraits de son livre, et répondu avec douceur et maestria aux questions, pour une séance joliment ouverte par Laurent, le libraire du Livre, qui avait écrit un texte d'ouverture très réussi et qui semblait pétrifié par le trac, alors que, m’a-t-il semblé, il n’y avait là qu’une trentaine d’habitués – je ne vais, pour ma part, presque jamais à ce genre de rencontres, non par manque d’intérêt mais parce que je n’y pense pas (hier soir, j’y ai pensé), mais les personnes présentes se connaissaient toutes, se faisaient la bise, sont restées pour le verre de clôture, vous bousculaient aimablement car c’était de ne même pas s’apercevoir de votre existence – qui ne pouvaient en aucun cas le mettre dans cet état (on dira que c’était la présence, étrangement envoûtante, il est vrai, de Nathalie Léger à ses côtés).

N’ayant pas pris de notes, je ne saurais que mentir ou approximer dans mes rafistolages de souvenirs, mais je vais poursuivre le dialogue, au moins dans cet espace neutre et public, en couchant par écrit quelques questions que je n’ai pas posées à Nathalie Léger. Je peux dire que j’ai posé une question sur la méthode (mais j’aurais voulu aussi la lier à sa remarque antérieure sur le jeu de Glenn Gould et suggérer la notion d’improvisation à la Michel Butor) et une question sur l’épigraphe des “Précisions” sur lesquelles s’achève l’ouvrage. Pour le compte rendu, il faudra une meilleure mémoire ou une plume plus alerte que la mienne.

***

Son ouvrage – ni essai, ni témoignage, ni autobiographie, ni rêverie, mais tout cela à la fois – est d’une lecture très agréable, que je vous recommande.

***

 

J’ai dû mal poser ma question sur le rôle joué par les photographies, car Nathalie Léger a surtout répondu à la question des archives et du rôle de déclencheur d’écriture. En fait, ce qui me paraissait intéressant, c’était sa fascination pour certaines photographies plutôt que pour d’autres, d’autant que, dans sa réponse à la première question de Laurent, elle a longuement parlé – mais sans référence aux portraits de Beckett – du punctum et du studium barthésiens. Donc, mieux formulée, la question serait : « quelle est la part agissante de l’imagination dans votre écriture à partir de photographies, notamment dans la mesure où vous vous mettez à la place (dans la peau) du photographe, plutôt que de Beckett lui-même ? » (Je pense notamment aux pages 85 à 87, à propos de Jerry Bauer.)

Autre question, comme vous parlez à propos du couple improbable formé par Beckett et Suzanne, chère Nathalie Léger, de « l’immanquable numéro de clown de la conjugalité » (p. 90), diriez-vous qu’il y a quelque chose de clownesque dans l’œuvre – même non théâtrale – de Beckett ?

Autre question encore, comme vous évoquiez, tant dans le texte (p. 24) que dans l’une de vos réponses, le grabat, que pensez-vous de l’analogie possible entre le mot birth, dont vous rappelez l’impossible traduction selon Beckett lui-même (p. 12), et le substantif berth, qui désigne la couchette étroite des marins, espace clos, espace de navigation, worstward ho !?

(On comprend que je n’aie pu poser cette question de cette façon-là ou dans cette syntaxe là, au risque de paraître définitivement fou. (D’autant que, pour être complet, il faudrait ajouter, sur cette question de la naissance, une remarque à propos du statut d’enfant sans enfants de Beckett, mais aussi sur sa demeure d’Ussy, que le livre de Nathalie Léger évoque souvent, et dont le nom se prête à l’inversion significative : Ussy est l’inverse de l’issue, le sans issue, ou la possibilité d’avoir une issue… ? (D’autant que, pour être complet, il faudrait faire remarquer que Pinget commence à employer le verbe “issir” après sa rencontre avec Beckett, etc.)))

Autre question encore, Deirdre Bair rappelant la formule récurrente de Beckett au sujet du travail biographique qu’elle entreprenait, “I will neither help nor hinder you”, vous semblez n’avoir retenu, de l’influence de Beckett sur vous, que le caractère suggestif, fertile, secourable (helping), et nullement un quelconque obstacle (hindrance) à la parole ou à la prise de parole.

Autre remarque, votre essai témoigne d’une véritable écriture, d’une voix d’auteur. Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les phrases courtes, qui sont très rares. Il y a aussi, s’agissant de la rencontre entre Beckett et Carl Einstein, votre belle métaphore, qui décrit « la pensée de Beckett marchant dans les traces de celle d’Einstein » (p. 37). Elle rejoint, en la contredisant partiellement, la question d’une personne de l’assistance, relative aux lieux et à la claustration dans l’œuvre de Beckett. L’œuvre de Beckett me semble se prêter, au contraire, à l’écho, fait de pérégrinations et de déambulations, que vous en donnez.

Autre question encore, comme votre livre retrace, de manière fictionnelle, la rencontre entre Beckett et Bram van Velde, quel est votre avis sur les deux ouvrages que Charles Juliet a consacrés à ses rencontres respectives avec l’un et l’autre ? (Nathalie Léger a aussi évoqué Cézanne, à propos de la citation de Rilke qui lui paraît emblématique de son projet d’écriture ; or, Juliet vient de publier une lettre à Cézanne intitulée Cézanne un grand vivant…)

(L’intertextualité est un passionnant jeu de fous, où s’invente la quadrature du cercle.)

J’en finis là de mes questions, chère Nathalie Léger, en sachant que d’autres, en grand nombre, restent en suspens.

09:49 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne

lundi, 08 mai 2006

Vertigal

    Chose inhabituelle, le sachet de thé Rembeng que j'attrapais dans le placard est tombé à la verticale, sans nullement s'ouvrir ni, par conséquent, répandre à terre son contenu. Hier soir, j'ai commencé de relire Le Voyage vertical, mon roman préféré de Vila-Matas.

Ce n'est pas souvent que je relis, même un livre aimé. Mon thé infuse.

 

(Il avait le vertige à l'idée d'être publié aux éditions Verticales. Pourtant, à la première occasion, il s'est enfui vers la rue Bottin.)

10:55 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (2)

samedi, 06 mai 2006

Encore trois quarts d'heure avant...

[Jets du jeudi]

 

    Huit heures du soir.

Encore trois quarts d'heure avant Tours ! Ce train qui s'arrête dix minutes à Orléans, puis dans de nombreuses gares, est bien long, tout de même, après une si longue journée. Ecrire encore, les mains tachées d'encre. (Le titre du (décevant) recueil posthume de Robert Pinget est Taches d'encre.*) Les mains sales d'encre, écrire encore**. Depuis l'arrêt à Orléans, justement, et l'échange des locomotives, je suis assis dans le sens inverse de la marche. Ecrire et lire sont, du coup, des tâches plus éprouvantes [[[des occupations susceptibles de provoquer des maux de tête]]]. J'ai délacé mes chaussures. Je ne vous épargne rien***. Il est beaucoup question de chaussures et de lunettes, de pieds et d'yeux, dans les textes les plus populaires connus de Beckett.

 

* [[[Je recopie ces encres dans le carnet, ce soir, vendredi, en écoutant (c'est vraiment un hasard) Comme le buvard boit l'encre, de Gérard Manset.]]]

** [[[Note astérisquée écrite le jour même, au bas de la feuille et maintenant déjà publiée (Tu retrouves, avec la plume...).]]]

*** [[[Le plus bref des récits du Marchand d'oublies (et le plus faible, de très loin) narre la métamorphose d'Olympe en épargneul.]]]

15:25 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Ligérienne

vendredi, 05 mai 2006

Vignettes du vendredi, 3

    Les deux livres reçus au courrier, aujourd'hui, sont la traduction de Wittgenstein's Mistress, par Martin Winckler (une édition originale parfaitement neuve, de l'époque où les livres de P.O.L. avaient des couvertures glacées, et parfois illustrées (ici une photo de John Foley qui n'est pas sans rapport avec la photographie de la couverture de l'édition américaine de Dalkey Archive : rivage, perte de vue mais pas de silhouette au loin)), car c'était veut lire, dans mon sillage, ce roman, une fois achevé Docteur Pasavento, et, achetée sur eBay, une édition originale mais un peu usée du Marchand d'oublies de Jacques Almira, un auteur dont le nom m'était familier mais dont je n'ai rien lu, et que j'ai acquise car le titre m'a mis en mémoire une très belle strophe d'Aragon*, qui, d'ailleurs, n'est pas absente du bref récit éponyme qui ouvre le livre.

L'exemplaire du Marchand d'oublies, que j'ai eu pour une bouchée de pain (c'est-à-dire, port compris, pour le prix de cinq baguettes bien cuites), arbore aussi une dédicace de l'auteur (pour D.M., en souhaitant lui faire plaisir). J'ai réduit, par discrétion, le nom à ses initiales, mais c'est le genre de dédicaces qui, émouvantes, emballent la machine à hypothèses : le dédicataire est-il mort ? n'avait-il plus de "plaisir" (en admettant qu'il en ait jamais eu) ? au vu de l'écho entre la dédicace et le thème du récit éponyme, ne s'agit-il pas de la dédicace standard offerte à tout lecteur ? ou, au contraire, l'auteur et ce D.M. étaient-ils proches ? intimes ?

 

*

Rien n'est plus à la même place

Et l'eau des fontaines Wallace

Pleure après le marchand d'oublies

Qui criait Le plaisir, mesdames !

Quand les pianos faisaient des gammes

Dans les salons à panoplies.

 

15:20 Publié dans Unissons | Lien permanent | Commentaires (2)